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 Les sourires se passent de paroles [ Soledad ]

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MessageSujet: Les sourires se passent de paroles [ Soledad ]   Dim 14 Juin 2009 - 16:08

« Elle m'aime, un peu, beaucoup, passionément, à la folie, pas du tout, elle m'aime, un peu... »

Keiko tirait sans pitié sur les innocentes pétales, les séparant de leurs sépales avec une précision toute relative. Un, deux trois, quatre, les pétales volaient autour du garçon allongé dans l'herbe. Accoudé dans le champ de paquerette qui s'étendait tout près du lac, le jeune homme appliquait ce que Ming Yu lui avait dit sur le destin des fleurs. Pour savoir si telle ou telle personne nous aimait, il fallait arracher quelques pétales, et réciter ce petit poème. Keiko avait compris, tout compris, et il venait de commencer avec l'une des innocentes pauvres fleurs blanches qui poussaient tout autour de lui, par milliers, par millions. Le grand bohémien se concentrait bien à sa tâche, pour une fois. C'était pour Rikka, alors forcément...

« Passionément... A la folie ! »

Keiko fit un large sourire à cette révélation, qui se ternit bien vite. Il baissa son regard ambré en murmurant, penaud

« Non, je ne veux pas qu'elle soit folle. Surtout pas à cause de moi... Bon, poubelle poubelle ! A la suivante ! »

Ming Yu lui avait surtout souligné qu'il ne fallait pas se formaliser d'un mauvais résultat et que recommencer pouvait aider à jeter une nouvelle fois les dés sur la table du hasard. Bon après, en général, on ne jetait pas, quand on tombait sur cette promesse d'amour fou... Après être tombé deux fois sur «Pas du tout» et une autre fois sur «A la folie», Keiko annonça un nouveau résultat, qui sembla le satisfaire un peu plus. Il s'écria

« Beaucoup ! Beaucoup ! C'est beaucoup ! Ahah, je le savais ! »

S'ensuivit un grand eclat de rire de la part du simplet q ui se releva d'un coup, jetant les fleurs qu'il avait dépiotées dans le lac comme on jette un mauvais présage dans les oubliettes de la mémoire. Malheureusement pour lui, Rikka était plus proche de la folie que de l'amour, et pas de la folie pour lui mais pour cette etrange poudre blanche qu'elle avait laissé tomber lors du bal. Keiko avait mis la petite pochette dans un coin de sa chambre où personne ne pourrait la trouver en attendant d'en savoir plus. Comme mû d'un instinct d'intelligence, le jeune homme n'avait pas posé directement la question à Rikka. En fait, lorsqu'il la voyait, il préférait de loin la faire sourire et il oubliait généralement de lui poser la moindre qustion, son esprit n'étant pas fait pour la déduction. Et là, il s'offrait un moment de détente parmi tant d'autre et de nouveau il se mit à courir, sautiller et crier sa joie un peu partout, fut-ce stupide, fut-ce futile. Peut-être que ses eclats de voix embêtaient Kurogane en train de s'entraîner quelque part et que celui-ci viendrait le réprimender, mais il n'y pensait guère. En ces moments de profonde deprime sur le pensionnat, Keiko semblait être l'un des seuls à avoir conservé sa candeur expressive et le plus souvent positive. Un instant, il avait flanché, mais après sa rencontre avec l'ange noir de la tour... Tout s'était inversé. Peut-être que la peur qu'il avait ressentie quand le regard glacé de son interlocuteur l'avait condamné d'on ne sait quelle sentance effroyable, il en avait tiré quelque chose... Lui même ne savait pas ce qu'il s'était passé, il avait déjà presque oublié. Keiko ne vit que dans l'instant, et jamais il ne parviendrait à mettre sa trace dans la durée. La seule trace qu'il aie vraiment imprimée fut sur la vie de Roy, et c'est bien la seule dont il se souvenait encore un peu. Il priait tous les soirs pour le repos de son âme, en espérant toujours un peu qu'il se reincarnerait quelque part.

Keiko tournoya encore un bon moment près du lac, le temps magnifique contrasant beaucoup avec le ton maussade des pensionnaires. Mais lui, il souriait, son visage hâlé reprenant des couleurs. Cependant, la fleur qu'il avait si bien dépecée lui fila entre les mains. Keiko laissa échapper un cri de stupeur et ne put qu'assister à la lente chute de sa fleur dans le lac.


« Oh, nan... »

Il se pencha pour la récupérer, tendant au possible la main. Il crut l'attraper, serrant les poingts, fit descendre son bras un peu plus loin, et ce qui devait arriver arriva. La fleur dans la main, complètement trempé, Keiko était assis dans une cinquantaine de centimètre d'eau. Il recracha un peu de l'eau claire, plus heureux d'avoir retrouvé sa fleur que malheureux de s'être trempé. En plus, elle n'était pas si froide, en cette chaude après midi de début d'été, cela faisait plus du bien qu'autre chose... Surtout que dans cette partie du lac, l'eau n'était pas vaseuse, on aurait dit un ruisseau à l'eau claire ou une plage à peine agitée par de petites vagues. Keiko s'ebroua comme un chien l'aurait fait et alors qu'il allait se relever, nota une silhouette sur la berge, à qui il fit un grand signe de la main plein d'amour - alors qu'il ne la connaissait certainement pas.

Quelle belle journee vraiment ! ~
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MessageSujet: Re: Les sourires se passent de paroles [ Soledad ]   Dim 14 Juin 2009 - 18:16

Boum Badam Badaboum !

Ceci n'est pas le son d'une batterie de Heavy Metal.
Ceci n'est pas une tentative de musique sur des casseroles.
Ceci est le son d'un corps tombant d'un lit superposé, le mien plus précisément. Oh, je vous vois déjà venir, faut être une sacrée cruche pour tomber de son lit et blah et blablablah. Mais il y a une chose que vous devriez prendre en compte, et qui est que se faire réveiller par un cri perçant de faucon juste à côté de son oreille n'aide pas vraiment à se lever de façon normale et indolore. Je me frottai les yeux plusieurs fois avant de récupérer le contrôle de mon cerveau. Ah, c'était Esperanza qui venait de rentrer de chasse, une souris ensanglantée dans le bec qui gouttait sur mes draps. Avec l'équivalent d'un soupir plaqué sur mon visage, je réussis à me mettre debout, malgré mes magnifiques ecchymoses. Me doucher m'habiller me coiffer. Une routine que j'exécutai avec lassitude, sans même la présence d'une de mes camarades de chambre emcombrant la salle de bain, d'ailleurs je n'avais jamais vu ces filles, à en douter presque de leur existence. Ca ne m'intéressait pas de m'en faire des amies, de toute manière. Je tentais de me persuader que je n'avais besoin de personne, que les gens étaient tous les mêmes, qu'il ne servait à rien de les apprécier pour les perdre. Et le Pensionnat ne changeait rien, c'était toujours les mêmes personnes, babillant les mêmes mots creux et inutiles, incapables de comprendre ce qu'on ressentait à ne rien pouvoir répliquer. A ma façon, je les enviais en les méprisant, à quoi bon, à quoi bon.

Les pensées continuaient de s'enfiler comme des perles sur un collier comme mes pas s'enchaînaient, au hasard de couloirs interminables, croisant des silhouettes floues, pour qui j'étais bel et bien transparente, ça valait peut-être mieux ? J'arrivai finalement dans la cuisine, attrapait une pomme avant l'habituelle bousculade de midi et filai sans demander mon reste vers le soleil et l'extérieur, où je serai peut-être tranquille, puisque tout le monde préférait manger. Esperanza me suivait, je marchai d'un pas légèrement plus dynamique. Après tout, c'était une belle journée pour vivre, encore un peu, et tenter de déjouer l'ennui qui nichait au creux de mon estomac, un beau jour pour tricher avec la vie, pas vrai ?
Le collier s'était défait, les perles glissaient et tombaient et l'échevau des pensées s'était emmêlé. Allongée sur l'herbe, des jolies phrases plein la tête, dommage, hein, dommage d'avoir été trop curieuse, et un deux trois, nous irons au bois, le loup te mangera...
Esperanza s'envola. Elle, elle était vraiment prisonnière, ce devait être horrible, tiens, pouvoir voler mais être confiné dans cette vollière et tiens ! Si l'on montait assez haut, on pourrait peut-être sortir du Pensionnat. Mais après tout, j'y étais bien à présent, plus besoin de se soucier de l'avenir, j'étais comme une marionnette désoeuvrée puisqu'on a coupé ses fils, et même enfermée, j'étais enfin libre de mes mouvements, enfin libre de faire ce qui me plaisait, et l'ennui et la solitude composaient un doux prélude à la folie, jolie mélodie, sombrera sombrera pas ?

Je sentais pourtant que ces pensées ne m'appartenaient pas, s'immiscaient dans mon esprit pour y semer le doute et la pagaille, mais c'était bon de s'abandonner, juste une fois, à ces relents de non-sens. Je croquai dans la pomme, et le jus acide acheva de me réveiller de cette transe étrange. Je n'étais pas folle, pas encore. J'avais juste besoin d'un peu de compagnie, les humains ont quand même un léger besoin de vie sociale, paraît-il.
Mon faucon reviendrait bientôt, je me levai et mis une main en visière, elle allait sûrement venir de la forêt. Puis je distinguai un mouvement du côté du lac, comme un signe de la main. Personne d'autre ne se trouvait dans les parages, ça devait m'être adressé, mais je ne connaissais encore personne au Pensionnat, Zachary excepté, mais il ronflait quand j'étais passée devant sa chambre. Qui donc, alors ?

Surprise, curieuse et vaguement heureuse, je m'approchai, jusqu'à distinguer à contre-jour un grand dadais d'une vingtaine d'années qui souriait comme si le monde entier était un pays de douceur et de jasmin parsemé d'herbe bleue et de lapin violets gambadant gaiment, mais je m'égare. Un jeune homme, donc, avec le sourire d'un gamin de cinq ans, se tenait debout dans cinquante centimètres d'eau, une marguerite amputée de ses pétales à la main. J'approchai d'un pas prudent, me demandant ce que l'énergumène me voulait, et recherchant un peu de distraction, aussi.

J'approchai donc, lorsqu'un grand poids arrivant à toute viesse dans mon dos me déséquilibra et me jeta au sol. Esperanza avait en effet prit la fâcheuse habitude de confondre mon dos avec une piste d'atterissage, ce que j'apréçiais très modérément. Sous le poids dee cette satanée bestiole à plumes, je m'effondrais donc lamentablement sur le gravier, m'écorchant généreusement les mains et les genoux.
Un cri retentit.


" Aaaaaaahhhh !!! Aïeuh putain !"

C'était exactement ce que j'aurais hurlé, si j'avais pu. Sauf que c'était le jeune homme d'à côté qui hurlait, l'air tout aussi stupéfait que moi. Que se passait-il ? Pourquoi hurlait-il alors qu'il ne lui était rien arrivé ? Et pourquoi hurlait-il exactement ce que je venais de penser ? Tout cella était vraiment bizarre.
Je me relevai avec une grimace éloquente, car cette chute avait réveillé mes ecchymoses du matin, et m'approchai du garçon, une moue interrogatrice sur les lèvres.
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MessageSujet: Re: Les sourires se passent de paroles [ Soledad ]   Lun 15 Juin 2009 - 8:55

« Aaaaaaahhhh !!! Aïeuh putain ! »

La voix grave du pauvre jeune homme debout dans l'eau avait dérapé, virant dans les aigus, ce qui n'était certainement pas le plus étonnant de l'affaire. En effet, en plus de ne pas connaître le sens du mot putain et de ne l'avoir jamais utilisé de toute sa vie, il n'avait pensé aucune de ces paroles, que ce soit l'exclamation, le juron ou la déclamation de douleur. Keiko porta les mains à sa bouche, éberlué, manquant de faire une nouvelle fois tomber sa pâquerette. Le grand homme avait bien entendu et utilisé sa propre voix, pourtant, il avait bien articulé ces syllabes, mais... Disons que le grand scénariste du monde s'était un peu trompé dans les bulles de chaque personnage, attribuant celles d'un autre à lui même. En effet, à cet etrange phénomène avait précédé de peu la chute de la silhouette qui s'approchait de la berge. Le garçon, une petite seconde après, le temps de reprendre ses esprits et d'essayer de comprendre ce qu'il se passait - ce qu'il ne parvient pas à faire - il se dit que le mieux était peut-être d'aider cette jeune personne allongée sur les caillasses. Keiko s'approcha donc en pataugeant de l'endroit où était tombée l'inconnue pour la relever mais lui même s'empêtra dans un caillou qui perturba sa course, et il finit de nouveau dans l'eau, éclaboussant au passage la jeune fille qui venait de se relever d'elle-même, les mains et les genoux egratignés.

Ses yeux noirs se levèrent sur la silhouette. La personne qui la surplombait et lui jetait un regard interrogateur était assez petite par rapport à Keiko qui faisait un bon mètre quatre vingt dix. Cependant, lui à quatre pattes dans l'eau, complètement trempé, l'avisait comme si c'était un géant sur la berge qui la surélevait par rapport à lui. Sa silhouette un peu malingre, son visage ovale, ses grandes mains, ses courts cheveux bruns... Le simplet fit une rapide association d'idées, pensa notamment à Nao pour se faire une idée et finit par faire son choix, qui se retrouva malheureusement être le mauvais.

« Bonjour mon..sieur... ? »

Keiko se releva brusquement. Ses cheveux brun chocolat complètement trempés collant sur ses joues le faisant vaguement ressembler à un chiot abandonné malgré l'air enjoué qui lui collait aux zygomatiques. Deployés sur toute sa hauteur, Keiko était tout de même largement plus grand que le supposé jeune homme, ce qui le surprit un peu, lui que la contre plongée avait un peu trompé. Sans lui laisser le temps de répondre, Keiko avisa les egratignures et s'affola

« Tu as mal monsieur ?! Attendez il faut nettoyer ca sera déjà mieux ! »

Il fit s'asseoir de force le « monsieur », forçant un peu sur son bras, ignorant certainement que ce n'était pas la meilleure chose à faire à quelqu'un qui venait de se faire mal. Il recueillit entre ses mains un peu de l'eau claire du lac et rinça méticuleusement les mains de la jeune femme prise pour un homme. Pendant son ouvrage, le cerveau de Keiko fit quelques rapprochements nécessaires et auparavant passés à la trappe de son esprit. Après avoir nettoyé la première main des gravillons et de la terre qui s'y étaient collés, Keiko leva les yeux vers l'inconnu qui était resté muet depuis tout ce temps. Il le scruta, ce qui pouvait avoir quelque chose de désagréable, les sourcils légèrement froncés, en pleine reflexion. Il finit par murmurer

« Dites c'est pas... C'est toi qui as dit aïe tout à l'heure? »

Keiko baissa le regard. Il devait avoir l'air stupide, à parler ainsi. Surtout qu'inconsciemment, il ne faisait toujours pas la différence entre le vouvoiement et le tutoiement, mélangeant allègrement les deux. Il chercha alors à se justifier et débita à toute vitesse en faisant un brusque mouvement de la main qui renversa un peu d'eau sur les manches du jeune inconnu

« Euh enfin c'est pas vraiment mais en fait oui mais voilà j'ai cru un moment euh... Enfin non rien, enfin j'ai cru que c'était moi qui avait parlé, sauf que j'ai pas mal, en plus l'eau est bonne et... Oh non ! Pardon, je vous ai mouillé ! Enfin euh.. oubliez je dis des choses bêtes. »

Keiko se défila donc une nouvelle fois en mentionnant sa bêtise, ce qu'il faisait lorsqu'il était embarassé. Il état gênant de se rendre compte de sa propre impuissance à reflechir comme les autres, et Keiko en était toujours si honteux qu'il se cachait derrière des phrases toutes faites pour s'effacer devant les autres... Toujours plus intelligents. Sauf que parfois, ses raisonnements n'avaient rien de faux... Aux autres de discerner.
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MessageSujet: Re: Les sourires se passent de paroles [ Soledad ]   Mar 23 Juin 2009 - 15:49

La douleur et la chute avaient mis un terme brutal à mes divagations. Ca, et le cri du jeune homme, qui avait bizarrement viré dans les aigüs. Avec cette taille, cette apparence, il devait avoir une vingtaine d'années, et avoir mué, pourtant ce dérapage des cordes vocales indiquait le contraire. Etrange. Et pourquoi ce garçon avait-il crié, sans aucune raison, pourquoi avait-il cet air surpris ? Et que comptait-il donc faire, en se levant, faisant trois pas avant de trébucher et de s'étaler dans l'eau, m'éclaboussant généreusement au passage ?
Il leva les yeux vers moi, semblant avoir du mal à analyser la contre-plongée et le contre-jour. Il paraissait beaucoup plus jeune ainsi que ce que j'avais cru au premiers abords, avec son sourire et ses cheveux humides. Un regard innocent et heureux, le faisant ressembler à un enfant un peu perdu. Un sentiment de vague malaise m'envahissait. Pour la première fois, peut-être, je me trouvai incapable de jauger de façon précise quelqu'un, de le déterminer et de le disséquer comme les jolis papillons suspendus dans le bureau de mon père. Je n'arrivai pas à lui donner un âge précis, encore moins à percevoir son caractère, indécelable de par ses vêtements basiques et sa façon de se déplacer, comme sur la ligne ténue entre l'enfance et l'âge adulte. Comme le prouva sa façon de s'adresser à moi, me considérant comme plus âgée que lui alors que...

Monsieur.
Il m'avait appelée monsieur.
J'hésitai un instant entre une rage folle ou la démonstration calme et polie que j'étais une fille, oui oui, avec l'aide de mon précieux carnet, qui était... Tiens, il était où ? Je le cherchai un instant du regard, avant d'apercevoir du coin de l'oeil, à la fois la silhouette du garçon qui s'approchait, et l'éclat crémeux reconnaissable des pages de papier.
Merde, mon carnet !
L'objet incriminé flottait sagement à la surface de l'eau, les pages totalement imbibées. Je n'eus que le temps de le récupérer avant que le jeune homme n'approche, du haut d'une taille plus qu'impressionnante. Et avec tout ça, mon carnet trempé laissait goutter son encre, quelle bonne idée j'avais eue d'écrire au stylo-plume, sur mon sweat-shirt gris clair. A peine je l'avais ouvert que toutes les pages se déchiraient et tombaient gaiment au sol - je vous jure que c'est possible ! Pour le coup, c'était mon unique moyen de communication qui partait en lambeaux.
Quelle belle journée.

Un instant plus tard, le grand dadais me rejoignait et m'aggrippait brutalement le bras, me forçant à m'asseoir. Je grinçais des dents sous ce contact, qui fut fort heureusement très bref. Puis il se mit en tête de me nettoyer les mains. Magnifiquement égratignées, d'ailleurs. Rouge ensanglanté, avec de petits cailloux incrustés à l'intérieur et de la terre par-dessus. Je comprenai en effet qu'il veuille m'aider, mais j'étais capable de me débrouiller seule, merci !
Je dégageai rapidement ma main dès qu'il eut fini de la nettoyer et me reculai, tentant de garder une distance convenable avec lui. Pourquoi j'étais ainsi ? Je l'ignorai, mais j'étais incapable de supporter le contact humain, trop plein de... De quoi au juste ? Quelque chose qui me faisait peur. Sympathie, pitié, commisération ? Ou est-ce que je n'avais peur que de cette intimité que le toucher laissait présager ? Qui sait.

En me tortillant de façon plus ou moins discrète, j'avais réussi à grappiller quelques centimètres lorsque le regard du garçon se fixa dans le mien, me clouant comme un lapin devant un phare de voiture qui finit en pizza peu râgoutante sur le bitume. Les sourcils fronçés comme plongé dans une intense réflexion, il me scrutait avec une telle intensité que je n'osai me dérober, malgré une peur qui se diffusait dans mes muscles. Un poids s'installa dans mon estomac sous ces yeux noirs, et ma gorge s'assécha d'angoisse.
Que me voulait-il ?
Puis devant sa question, qui mélait allégrement le vouvoiement et le tutoiement, murmurée comme un grand secret, j'ouvris des yeux ronds comme des billes. Puis il baissa les yeux, comme honteux.
De quoi ?

Je balayai brièvement le panorama du regard, tandis qu'il débitait une explication plus que confuse. Personne autour de nous, personne susceptible de crier. Puisque j'en étais incapable, c'était lui. Voilà, une jolie conclusion toute carrée bien logique comme les aimait mon prof de maths. Oui, sauf que le garçon ne semblait pas avoir crié, du moins volontairement. A moins d'un canular stupide. Mais il avait une attitude franche et semblait sincèrement désireux d'éclaircir la question. A cela s'ajoutait le fait qu'il avait crié, certes, mais exactement les mots qui m'avaient traversé l'esprit.
Le garçon avait l'air d'attendre une explication de ma part. Puis il se défila, comme persuadé que, de toute manière, il avait tort. Il ne semblait pourtant pas si stupide, on avait du lui mettre des idées dans la tête, puisque j'étais aussi perdue que lui. Mais il paraissait honteux de sa question, qui n'avait pourtant rien d'embarassant.

Obscurément, je m'en sentis responsable. C'est sans doute pourquoi je lui fit un sourire rassurant, puis portait la main à ma gorge d'un geste tant de fois pratiqué. Que la plupart des gens était incapable d'interpréter. J'y ajoutais donc divers geste embrouillés. D'abord des bribes de phrases en langue des signes, puis, voyant que le jeune homme ne les déchiffrait pas, je choisis d'agiter mes mains devant ma bouche en bougeant la tête de façon négative. C'était toujours ardu de me faire comprendre des autres, plus encore quand je n'avais pas de support pour écrire. Voilà pourquoi j'avais développé diverses techniques au fil des années, plus ou moins efficaces. La plupart du temps, les gens parvenaient à me comprendre au bout de quelques essais.

Quand même, si je n'avais plus de carnet...
C'est dur la vie.
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MessageSujet: Re: Les sourires se passent de paroles [ Soledad ]   Mer 16 Sep 2009 - 9:12

Keiko se sentait stupide, comme à son habitude, mais n'aimant pas cette impression dérangeante et souhaitant au plus vite l'oublier, comme à son habitude, il allait certainement trouver un futile sujet de conversation sur lequel sourire de manière plus sincère. Il était déjà en train de chercher parmi ses goûts lequel convenait le plus à l'atmosphère, à savoir l'alliance du beau temps, de l'eau et d'un inconnu. Peut-être pourrait-il commencer par demander le nom de celle qu'il prenait honteusement pour un homme. Il sourit un peu, trouvant un peu impoli de faire la tête alors qu'ils venaient de se rencontrer. C'était un nouveau venu ? Il avait l'air timide ! Il n'avait pas du tout parlé, depuis le début ! Il ne fallait pas être timide, surtout pas avec lui ! Il ne faisait pas peur du tout, et il était gentil. Il ferait du mieux qu'il pouvait pour aider, et serait même ravi d'être son ami, si lui aussi était gentil, comme Eva, ou Nao. Ces deux derniers noms montraient bien combien son jugement était faussé et pouvait parfois être dangereux, tant il acceptait de gens dans le cercle des "gens gentils"

Il avisa le carnet imbibé d'eau du "jeune homme" et fit le rapprochement entre les maints eclaboussements qu'il avait provoqué et l'état deplorant du cahier de sa nouvelle connaissance. Il sembla désolé, mais ne sut pas vraiment quoi dire. Cela ne remplacerait pas son cahier, et puis le monsieur lui faisait des signes bizarres, qui l'intriguèrent fort et lui firent complètement oublier ce à quoi il était en train de penser auparavant. Il bougeait les mains vraiment bizarrement, en plus il touchait son cou, avait-il du mal à respirer ? Keiko regarda le manège de l'inconnu avec une certaine appréhension, essayant de décoder ce qu'il disait. C'était plus ardu qu'il ne l'imaginait, et tout cela le dépassait un petit peu. Il finit néanmoins par avoir une illumination, ce qui se lut sur son visage soudain souriant et très fier de lui. Il tapa dans ses mains une ou deux fois, ravi d'avoir deviné ce qu'il voulait dire, comme si désormais il existait un code secret entre eux, et s'exclama d'une voix fleurie

« Oh ! Vous jouez au roi du silence c'est ca ?! »

Sans lui laisser le temps de secouer la tête en signe de négation, ou du moins en ne faisait pas vraiment attention à ça, il pépia

« Vous savez c'est une ruse des parents pour pas que tu parles, une ruse ! Comme ça ils sont tranquilles quand ils lisent le journal. »

Fier comme un coq de son explication auto-validée, il regarda rapidement de bas en haut son nouvel ami - parce qu'il avait l'air gentil alors ca serait son ami - et ajouta d'un air qui se voulait instruit et mature

« De toutes façons, bah les parents, y sont pas là. Y'a aucun parent ici ! Alors tu peux parler ! »

Visiblement, sa nouvelle connaissance n'avait pas l'air de son avis. Il ne parlait toujours pas ! C'était assez frustrant, et Keiko en perdit un peu son sourire. Allez quoi, le jeu était terminé ! C'était pas drôle, si il parlait pas. Il pourrait même pas savoir son prénom, ni connaître son avis sur la grenouille qu'il avait trouvé tout à l'heure. Il l'avait plantée sur un bâton pour ne pas qu'elle bouge le temps qu'il revienne. Elle devait donc toujours attendre sagement, et ils pourraient faire des courses de grenouilles. Mais il faudrait qu'il parle un peu quand même. Sinon, c'était vraiment pas rigolo. Keiko fouilla dans les poches de son manteau et en tira le carnet de Roy. La poche étant fermée et le manteau étant plutôt imperméable, il n'avait pas subi trop de dommages. Il fit bien attention à ce que le jeune homme ne voie pas ce qu'il y avait de marqué dessus, et arracha méticuleusement une page pour la tendre à sa nouvelle connaissance, accompagné d'un crayon à papier mal taillé. L'air un peu indécis, il fit

« Ecris là dessus si tu veux, c'est pas mouillé. Après je pourrai lire, j'ai appris l'alphabet et les lettres, c'est maman qui m'a appris. Mais faut que tu ecris en grosses lettres, j'arrive pas bien à lire en attaché. C'est quand même plus bien de parler. »

[pardon pour le retard ç_ç]
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MessageSujet: Re: Les sourires se passent de paroles [ Soledad ]   Dim 11 Oct 2009 - 17:08

[ C'est moi qui suis désolée.
Et je passe à la troisième personne, excuse-moi du dérangement.
Et pardon pour ce manque flagrant d'inspiration. ]

Sur le visage du jeune homme, on pouvait admirer un jeu d'expressions qui aurait réjoui un peintre surréaliste s'étant retrouvé par un miracle tout à fait improbable enfermé avec les joyeux pensionnaires. Cela commença par la moue caractéristique de quelqu'un qui ne sait pas où se mettre. Quelque chose comme un air désolé, mêlé d'incompréhension, et un petit air de chiot abandonné dans le regard. Puis un grand sourire niais et affectueux, qui aurait pu être destiné à n'importe qui hormis l'étrange jeune fille installée là. Soledad n'avait pas, mais alors vraiment pas l'habitude d'attirer la sympathie. La pitié hypocrite, les regards méprisants, oui, mais la sympathie ? C'était totalement inimaginable. Les signes étranges qu'elle faisait rajoutaient à l'irréaliste de la scène, ainsi que la présence du carnet trempé à quelques centimètres. Comment s'étonner, dans un contexte pareil, de la réponse farfelue du grand dadais ? Un éventuel observateur aurait cligné des yeux, éberlué, puis serait reparti s'allonger sous un arbre dans l'intention de compter les éléphants roses. Heureusement pour cette théorie stupide, personne ne se situait assez près de ce erpé pour en profiter. L'histoire poursuivit donc tranquillement son cours.

« Oh ! Vous jouez au roi du silence c'est ca ?! »

Déconcertée, Soledad leva un sourcil, tiqua, puis secoua brutalement la tête. Qu'est-ce qui avait bien pu amener une réflexion aussi enfantine dans la bouche d'un gaillard de vingt ans ? Ce n'était pas une réflexion ironique, le garçon semblait même tout à fait sérieux dans les explications qu'il avança ensuite, et immensément fier de sa connaissance. Ce décalage total entre son âge physique et son esprit aurait dû mettre la puce à l'oreille de la jeune fille. Au lieu de comprendre dans un brusque éclair de lucidité, elle cligna des yeux, haussa vaguement une épaule et saisit avec avidité le papier qu'on lui tendait. Après tout, ce n'était pas son problème. Elle sortit un stylo de sa poche, gribouilla rapidement quelques arabesques pour vérifier son état de marche. Pas une trace sur le papier blanc. Et merde. Elle souffla dessus à plusieurs reprises, une vieille tactique apprise en cours d'anglais avec son voisin parano. Enfin, cela n'est pas le sujet. Elle refit donc fonctionner le stylo, puis traça rapidement quelques mots, en grandes capitales nerveuses :

" Je m'appelle Soledad. Je suis muette. "

Bon, normalement, ça devait suffire. Elle reboucha le stylo, s'appréta à tendre le papier au garçon. Puis, après une brève hésitation, elle reprit le papier, ajouta quelques mots. Elle était à présent de presque bonne humeur, en tout cas, curieuse d'en savoir plus sur cet étrange jeune homme. Alors il suffisait qu'elle se laisse aller à faire connaissance, quelques instants, avec ce sympathique énergumène.

" Tu t'appelles comment ? "

Pour une fois, elle faisait un effort de sociabilité : elle posait des questions, et avait presque envie d'en connaître la réponse. Elle ne se reconnaissait plus elle-même. De plus, elle avait eu une écriture lisible, sans même s'y obliger. Comme si le Pensionnat lui avait fait renoncer à ses pattes de mouche habituelles pour être compréhensible au garçon. Etrange, bizarre, comme diraient Dupont et Dupont, perdus dans une bande dessinée belge sous copyright. Bien sûr que Soledad avait des références culturelles pourries, mais ne nous écartons pas du sujet, je vous prie. Puis, sous ses yeux médusés, les caractères qu'elle avait formé se transformèrent, grandirent, grossirent, emplirent la totalité de la page. Le message était maintenant en superbes majuscules d'imprimeries, tout à fait lisibles. Mais la jeune fille n'eut pas le temps de s'apesantir sur ces faits, puisque le garçon s'empara du carnet qu'elle lui tendait. Peut-être avait-elle imaginé le phénomène. Après tout, son esprit ne tournait plus très rond, depuis longtemps, alors pourquoi pas ses yeux ?

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MessageSujet: Re: Les sourires se passent de paroles [ Soledad ]   Mer 4 Nov 2009 - 21:15

Keiko ne savait pas très bien lire, mais il se débrouillait, c'était Eva qui lui avait appris à bient otu lire comme il faut, même qu'il avait lu un livre compliqué, en quelques mois, en s'y mettant plusieurs heures par jour, et il avait compris ! Eva était gentille avec lui, elle lui faisait tout comprendre, même les mots compliqués. Et même qu'il avait compris la jolie histoire, et qu'il s'en souvenait encore. Les histoires, les jolies histoires, ca il s'en rapellait. Que ce serait bien, si tous les nombres, les additions, les multiplications étaient des histoires. Mais même si sa mère tenait de le lui faire comprendre par ce bisais, tous ces chiffres restaient désespérement vides à ses yeux. Enfin, c'est donc avec minutie qu'il lit les lettres que Soledad ecrivit sur le papier, repétant bien chaque syllabe

« Jeeee m'aaa... M'apelle... Soledad. Bonjour Soledad ! » répondit en choeur la voix de Keiko, toute heureuse, bien que ce genre de réponse soit souvent donné lors de réunions des Alcooliques Anonymes ou toute autre organisation du même style. Il sourit avec gentillesse, l'encourageant à continuer à se présenter, un nom n'étant finalement qu'un repère, bien que donnant bien des indices. Si seulement Keiko comprenait l'espagnol, il saurait peut-être ce que voulait dire Soledad, mais pour le moment, il trouvait surtout que cela ressemblait surtout à soleil !

« Et... Et je suis muuuu... ette ! Muette ! .... Muette ? » Son expression de victoire contre les mots se changea en surprise un peu déçue. Il lui semblait connaître ce mot, mais il ne retrouvait plus où il l'avait entendu. Il leva les yeux au ciel, mais préféra continuer sa lecture, répétant toujours mot après mot ce qu'elle disait. Elle lui demandait son nom, maintenant. Keiko ne reflechit pas beaucoup à sa réponse, cette fois, vu que ça, il savait, et il affichait son savoir avec une mine réjouie, heureux de ne pas paraître trop bête, pour une fois.

« Je m'apelle Keiko ! On m'a dit parfois que c'est un nom de fille mais je suis pas une fille. »

Keiko se balança d'avant en arrière, ne sachant pas trop quoi dire. Elle était pas drôle, à pas parler. C'était quand même plus amusant, de parler. Et moins difficile. Surtout que cela faiait un moment qu'il n'avait pas lu, il lui fallait se remettre dans le dur bain des mots et des lettres qui s'entrecroisent. Disons que la communication ne serait vraiment pas facile, avec elle. Ils étaient de deux mondes radicalement différents. Elle était sans doute intelligente, vu qu'elle faisait que lire et ecrire tout le temps. Même si il ne comprenait toujours pas pourquoi elle s'obstinait à faire cela. Il soupira, et fit un ou deux pas, se retournant sur lui-même, avant de dire, dans un eclair de lucidité

« Ah, muet, c'est pas parler, c'est pas pouvoir parler ! Ou pas vouloir... Tu veux pas madame ? Ou tu peux pas ? »

Il l'avait appris dans un conte. Comme beaucoup de choses. Quand on disait qu'il ne retenait que les belles histoires... Il s'en souvenait, parce que le conte était triste. Il demanda, alors, faisant une association d'idées assez rapide, sur un ton inquiet

« Oh, ca fait combien de temps que vous etes sortie de la mer, Soledad ? Ou il est le prince ? Il faut absolument le convaincre de se marier avec toi et pas avec l'autre ! »

Il prit la manche de Soledad, la secouant un peu. Il fallait faire vite, elle n'avait que trois jours ! Ou comment se croire dans un remake de la petite sirène.

« Je peux t'aider si tu veux ! »

Ah, si il se rapellait où son aide amenait les gens...
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Les sourires se passent de paroles [ Soledad ]

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