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 SULWYN Emrys ▬ « I'm gonna make it to the top - well, let me show you »

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Delicate Boy
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• Age : 24
• Pouvoir : Ressentir les émotions des autres.
• AEA : Bilboquet. L'escargot. Le meilleur. Le plus rose.
• Petit(e) ami(e) : Iwa coeur coeur love ♥ (Mais il n'oublie pas Soren.)

RP en cours : Dysphorie en Euphorie.

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MessageSujet: SULWYN Emrys ▬ « I'm gonna make it to the top - well, let me show you »    Lun 24 Mai 2010 - 4:32



* Emrys Sulwyn


*nom – Sulwyn
*prénom – Emrys
*age – 17 ans
*né le – 15 Août 1992.

Pouvoir
"Empathie."

▬ Emrys est capable de ressentir les émotions des personnes proches de lui sur un plan physique. Concrètement, si vous lui parlez et êtes euphorique, il va également se sentir euphorique. Plus ce que vous ressentez est fort et plus il le perçoit nettement : si vous exultez, il est fort probable que vos émotions surpassent les siennes. Il lui est parfois difficile de distinguer les sentiments qui lui appartiennent de ceux des autres et, quoi qu'il en soit, c'est très fatiguant à la longue.
Sur un plan physique, son pouvoir induit une hypersensibilité tactile en cas de fatigue. Plus il est stressé et fatigué, plus sa peau réagira. En somme, une caresse ou un baiser sera plus agréable là où le moindre coup le fera bien plus souffrir.

Alter Ego Astral
Bilboquet.

▬ A savoir un escargot rose bonbon gros comme la paume de sa main. Étant plus jeune, Emrys aimait ramasser les escargots qui grimpaient sur le muret dans son jardin : pas étonnant que son ami en soit un. Il était également en plein conflit intérieur et, histoire de ne pas être le seul à ne rien comprendre à la vie, il s'est dit qu'un escargot mâle et rose comprendrait parfaitement son problème. A savoir : peut-on être une fille sans aimer le rose et la danse ? Question existentielle.
Comme Emrys persistait à se considérer comme une fille malgré son regret inconscient de ne pas pouvoir être un garçon, Bilboquet et lui sont rapidement entrés dans une relation conflictuelle. Résultat, cette sale bête n'est pas un modèle de gentillesse. Non, Monsieur passe son temps à attirer l'attention sur lui, à clamer qu'il a raison et à se vanter de tout. Ce qui explique pourquoi on a parfois envie de le jeter par la fenêtre. D'autant plus que cette limace idiote a une voix atrocement aigüe et adore chanter sous la pluie. Vous serez prévenu.
Enfin. Quoi qu'il en dise, Emrys tient beaucoup à son ami et déteste que quelqu'un d'autre que lui se permette de le menacer ou de lui faire du mal. Car après tout si c'est lui qui l'a crée, c'est à lui de s'en occuper.

Passions
▬ Emrys adore le dessin et la peinture : une des rares activités "imposée" par ses parents qui a résisté aux ans et à la crise d'adolescence. On ne peut pas le qualifier de prodige mais il se débrouille bien, comme on peut s'y attendre venant de quelqu'un qui prend des cours depuis de longues années. Sa seule autre vraie passion est la course. Courir, il sait faire : il le fait même très bien. Il a toujours été parmi les premiers de ses classes en rapidité et en endurance et concurrençait sans mal les garçons (de toute façon il en était sensé en être un, donc c'était parfait).
Du reste il aime la nature de manière globale, les films romantiques et les films d'actions (voire un mélange des deux, ce serait parfait), toutes les associations du monde, le rock, les montres et les chapeaux, gagner des paris, la magie, le cinéma, le bowling, les gâteaux apéritifs...

N'aime pas / Phobies
▬ Se déshabiller, évidemment. Qu'il soit seul ou accompagné, il déteste ne serait-ce qu'enlever sa veste et la douche est plus ou mois une torture pour lui. Outre cela, Emrys a peur de se retrouver seul ou mis à l'écart et craint constamment le rejet. Parfois, ça peut le rendre excessivement gentil ; d'autre fois ça peut le rendre violent.
Pour ce qu'il n'aime pas, on peut citer l'intolérance, la plupart des alcools, les zones non-fumeur, tout ce qui est lié de près ou de loin à la pornographie, la faim dans le monde (c'est un grand idéaliste, oui), les jeux vidéos en général, les trop gros chiens, les rats et avoir des céréales mais plus de lait - ou le contraire.




« And now I know how it works ;
If you're too nice, you lose. »

Physique

Certaines personnes ont l'air sportives, d'autre ont des allures d'intellectuels ; certains encore paraissent brusques, violents. Si l'on se fie aux préjugés et aux premières impressions, l'on dirait alors d'Emrys qu'il a l'air 'délicat'. Fragile, fin, cassable ; artiste, peut-être. Doux, aimable, normal. Peut-on seulement le toucher sans le faire vaciller ? Quand il est seul, il semble si absorbé dans ses pensées que rares sont ceux qui songeraient à le déranger.
Sa silhouette n'est certainement pas étrangère à cette impression de douceur et de fragilité. Quoi qu'il fasse et peu importe les vêtements – souvent trop grands – qu'il porte, sa minceur reste visible. Il n'est pas maigre pour autant, non ; malgré tout, certains diraient qu'il est trop fin pour son propre bien. « Je tiens ça de mon père », répète-t-il – et il n'a pas tout à fait tort : il y a une forte part de génétique dans sa silhouette longiligne, ça ne fait aucun doute. L'autre part, plus discrète, vient des repas manqués et du manque de consistance de la nourriture qu'il accepte d'avaler. Il mange peu, peu souvent, et fait de l'exercice de manière régulière. Avec un tel emploi du temps, difficile d'être autre chose qu'un fil de fer.
Sa taille, pour un garçon, mérite à peine d'être notée. Son mètre soixante-quinze le place dans une saine moyenne ; c'est bien une des choses qu'il préfère chez lui. Il aurait aimé être plus grand, bien sûr, plus imposant aussi – mais au final il ne se trouve pas si malchanceux que ça. C'est vrai, après tout il aurait tout aussi bien pu faire un mètre soixante. Alors non, il ne se plaint pas et non, les remarques sur sa taille ne le blessent pas. C'est loin d'être un point sensible.
Tout le reste l'est, en revanche.
Il chausse du 41 mais réussit tout de même à s'en plaindre ; a de longs doigts et les ongles coupés courts mais trouve malgré tout ses mains trop petites, trop féminines. Ce ne seraient que de petits détails pour beaucoup d'autres, oui, mais pour lui c'est une source de stress constante. Ne serait-ce que regarder ses mains et se dire que « non, ce ne sont pas des mains de garçon » peut réussir à le plonger dans une réelle détresse suivant les jours : alors imaginez quand il doit prendre sa douche. Ce ne sont plus de vagues imprécisions ou de légères différences qu'il a sous les yeux, mais des forme et des rondeurs qui ne lui appartiennent pas. Il déteste se voir nu. Ses hanches, aussi étroites et osseuses soient-elles, n'ont rien à faire là. Ses cuisses sont toujours trop marquées, sa poitrine pourtant ridiculement plate trop visible et trop présente. Ses épaules ne sont pas assez larges, ses bras trop fins. Rien ne va, tout le trahit.
Du moins c'est ce qu'il croit.
A faire du sport, il a réussi à s'imposer un masse musculaire respectable, un ventre plat et un corps globalement ferme. Ça aide, c'est sûr. Avoir des épaules un tout petit plus large, un minimum de force... Il essaie de gagner des points là où il peut. Inutile de préciser qu'il ne se maquille pas : c'est plus qu'hors de question. Jamais de la vie. Surtout que son visage n'est pas si mal comme ça – un peu féminin, oui, mais rien de choquant : de toute façon il n'a jamais été une fille très délicate. Son menton et sa mâchoire assez marqués étaient considérés comme des défauts quand les jupes étaient de rigueur pour lui, mais à présent ils le desservent très largement. Ça lui évite les regards trop insistants, même s'il y en a eu et qu'il y en aura toujours.
Ses yeux bleus, légèrement en amende, sont sûrement son plus beau contraste et sa plus grande fierté. Nettement visibles sous les quelques mèches presque noires qui barrent son front, ils n'ont jamais cessé de lui attirer des compliments : tant et si bien que, à la longue, il en est venu à les considérer comme jolis à son tour. Du reste, sa lutte constante contre la féminité le pousse à garder une coupe de cheveux ni trop courte ni trop longue. Assez net sur l'arrière, court devant les oreilles et un peu de longueur sur le front : juste assez pour que ça reste bien masculin sans virer dans l'autre extrême pour autant. De toute façon, des cheveux vraiment courts donnent chez lui l'effet inverse ; au lieu d'être encore plus viril – ce à quoi on pourrait s'attendre, au final – il n'en est que plus efféminé et c'est tout simplement détestable. Comme cette coiffure lui va, il l'entretient et n'en change pas.
Peut-être ressentirez vous son mal-être physique dans sa façon de ne jamais savoir où mettre ses mains, ou bien encore dans sa manie de croiser les bras sur sa poitrine, de tirer sur la fabrique de ses t-shirt. Il n'y peut rien ; ne s'en rend même pas compte. Il doit constamment composer avec son corps et ce jusque dans les vêtements qu'il met. Pas de pantalons trop serrés – parce qu'on ne sait jamais – ni de t-shirt trop collants, pas de rose ni quoi que ce soit pouvant être considéré comme féminin. Des tenues banales, des converses, du noir du blanc du bleu. Il ne met pas ce qui lui plaît mais plutôt ce qu'il pense pouvoir mettre sans risquer d'être grillé. Sa brassière prévue à cet effet le compresse jour et nuit, son dos en souffre et il s'en fiche. Un t-shirt et une veste sur le dos même en été, et peu importe s'il crève de chaud. Et même sa voix, qu'il empêche quasi-automatiquement de monter dans des aiguës parfois plus confortables.

Au-delà du regard des autres, c'est son propre reflet qui le fait plus souffrir ; ce corps ne lui appartient pas. Ce n'est pas le sien.
Il n'en veut pas.

Caractère

Emrys est foncièrement gentil. Ça se voit, ça ne changera pas et quoi qu'il fasse cette partie de sa personnalité finit invariablement par reprendre le dessus. Il aime rire, faire rire, offrir des cadeaux et tenir compagnie à quiconque le lui demande ; adore par-dessus tout être avec des personnes qu'il apprécie et les faire se sentir le mieux possible. C'est un garçon sympa, vraiment. Plutôt ouvert d'esprit, abordable et sociable... Il a de la conversation et sait se montrer poli et respectueux. Ses parents ont plutôt réussi son éducation, c'est sûr. Voir quelqu'un pleurer près de lui le fait complètement paniquer ; ne pas réussir à consoler ses amis également. Il ne supporte pas de voir ceux qu'il aime souffrir. Aussi simplement que ça.
Il faut dire qu'Emrys, s'il est si gentil et concerné par le bien être des autres, c'est qu'il est extrêmement sensible. Tout le touche, d'un chien écrasé à une voisine handicapée qui n'arrive pas à monter les marches de son immeuble correctement. A cause de cette trop forte empathie, il se retrouve régulièrement à stresser pour les autres ou, bien malgré lui, à se sentir aussi mal qu'eux alors même qu'il devrait plutôt essayer de leur remonter le moral. Il pleure devant les films ; rit facilement à des blagues parfois stupides. Hypersensible. Et c'est fatiguant, et ça l'énerve mais il n'y peut strictement rien alors il a appris à faire avec. Plus ou moins. Le seul vrai ennui avec ça c'est que s'il est vite ému, il est aussi vite énervé. Les insultes le touchent de plein fouet et il lui faut rassembler toute ses forces pour ne pas éclater en sanglots ou envoyer son poing dans la mâchoire de celui qui l'a provoqué. Parfois il arrive à se calmer ; parfois, c'est tout simplement impossible.
Assez patient et étonnamment peu curieux pour quelqu'un de son âge, vous pourrez également constater que le britannique oscille entre solitude et désir de compagnie. Habitué des mises à l'écart plus ou moins brutales, sa sensibilité à fleur de peau l'a forcé à se construire une carapace. C'était ça ou se briser en mille morceau : il n'a pas eu le choix. Alors oui, même si aujourd'hui il va mieux – et quiconque l'ayant connu il y a deux ou trois ans pourrait confirmer que la différence est frappante – Emrys reste un garçon qui a parfois besoin de s'isoler pour mettre ses idées au clair. Il en a besoin au même titre que ses amis lui sont nécessaire, comme deux facettes indissociables de sa personnalité. Être entouré l'aide à oublier ses problèmes, être seul l'aide à se rappeler de certaines choses. Oublier serait bien pratique, pourtant.
Une bonne partie du mode de penser du jeune homme tourne autour de sa transsexualité. D'une part il déteste ne pas être un garçon, d'une autre il déteste ne pas être comme tout le monde ; au bout du compte, cette différence et ce mal-être ont crée chez lui une crainte quasi-maladive du rejet. Il a peur qu'on ne l'aime pas, peur de mal faire, de mal dire, de se tromper : peur de se faire mal voir et de finir au pied du mur. Du coup il fait bien attention à s'intégrer sans trop sortir du lot, à être lui-même sans insister pour autant. Il préfère encore qu'on l'oublie. Être dévisagé sans arrêt... Non merci, il a déjà donné. C'est pour ça qu'il ne dit jamais rien à personne. Qu'il ment, prétend et se convainc que c'est sa seule et unique option. A force on finit par y croire.
Mis à part ce léger détail auquel il ne fera jamais allusion, Emrys est un garçon assez optimiste, plutôt indépendant et relativement mature. Il lui arrive bien sûr de faire l'idiot, comme tout adolescent digne de ce nom, mais il reste quelqu'un sur qui on peut compter en cas de problème. Un éternel romantique qui a besoin de recevoir autant d'affection qu'il en donne. Parfois il aimerait être plus fort, plus rigide et plus indifférent ; bannir tout les côtés même vaguement féminins de sa personnalité.
Seulement il n'est pas si mal comme ça, en fait.

Histoire courte


...




Informations Hors-RP
Avez-vous bien lu les règles ? Ça avait été validé, ne vous en faites pas. ♥
Où avez vous trouvé ce forum ? Je sais plus wesh.
Est ce votre premier perso...
♦ ...Dans un forum RP ? Mes histooooires
♦ ...Dans ce forum ? Sont des fucking romans.


Dernière édition par Emrys Sulwyn le Dim 28 Juil 2013 - 19:01, édité 17 fois
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MessageSujet: Re: SULWYN Emrys ▬ « I'm gonna make it to the top - well, let me show you »    Dim 14 Avr 2013 - 17:41

Histoire



• LIVE •

« Alors, lequel tu veux ? »

L'enfant, dans les bras de son père, observe avec un intérêt mitigé les divers jouets qui couvrent les étalages devant elle. Il y a des poupées, des peluches, des voitures ; tout un monde fait de plastique et de synthétique. Elle pose ses yeux bleus partout, fermement accrochée à son seul point de repère. « Maman ? » Non, maman n'est pas là. Elle travaille, maman. Alors il n'y a que papa, pour la fête de la petite Emrys, qui peut lui tenir la main et faire les magasins en sa compagnie.
Dans son soucis de vite retrouver le cocon familial, ses repères et ses habitudes, la petite fille tend un bras hésitant devant elle. Son regard sonde le visage de son père, en quête d'approbation. Il faut dire qu'elle n'a pas l'habitude de choisir. Ses vêtements, sa future école, ses futurs cours de danse, tout cela est programmé sous les directives assez fermes de papa et maman. Pour l'instant, ça non plus ça ne la dérange pas. A son âge elle ne saurait de toute façon pas prendre de telles décisions. Ses parents au moins savent ce qu'ils font, arrivent à choisir ce qu'il y a de mieux pour leur fille unique : ils lui donnent de solide bases. Ils font ce qu'ils peuvent pour la rendre heureuse.
Tout ces arrangements ne lui plaisent pas particulièrement, mais ça ne l'ennuie pas non plus. Si elle n'est pas euphorique à l'idée d'enfiler un justaucorps ou de fréquenter une bonne école, elle n'en est pas attristée pour autant.
C'est un joli juste milieu.

« Le chat ? »

Elle acquiesce de nouveau, le visage enfoui dans le cou de son père. Il sourit et fait bien attention à ne pas lâcher sa petite princesse quand à son tour il tend le bras pour s'emparer de la peluche.

« Tiens, voilà. On va aller la payer et on rentre à la maison. Ça te va ? »

Sa petite tête brune bouge à peine quand elle répond par l'affirmative, yeux clos.
''Oui, je préfère rester à la maison'' ; c'est sans doute ce qu'elle dirait si elle avait la maturité nécessaire pour s'en rendre compte. Le monde extérieur, les autres enfants, les adultes, la rue, tout ces espaces infiniment grands lui donnent le vertige.
Et puis Emrys est timide, Emrys ne vit qu'en privé. Elle préfère de loin rester jouer dans sa chambre ; dehors, quand le temps le permet.
Mais elle est jeune, et personne ne s'inquiète de la voir se perdre dans ses rêveries plus souvent qu'elle ne parle. Ça n'a aucune importance, chez un enfant de quatre ans.

Emrys est si calme et ses yeux, si bleus, ressemblent à un ciel d'été.


• STUMBLE •

Les marches, pour une fois dociles, ne craquent pas. Une, deux, trois. Dix, douze. Quinze.
Les pieds chaussés d'Emrys se posent sur le carrelage du couloir et, à pas de loup, elle tente de passer devant la porte du salon sans se faire repérer. A cette heure-ci, un samedi, sa mère doit forcément être en train de faire du repassage ; elle compte sur le bruit du fer, aussi minime soit-il, pour couvrir celui de son escapade.
Encore deux mètres... Un mètre...

« Tu vas où, chérie ? »

Raté.

« Chez Lindsay, à tout l'heure maman. »

Elle répond rapidement, la voix empreinte d'un empressement qui ne manque malheureusement pas d'alerter sa mère.
Sentant le danger approcher, elle ouvre la porte d'un geste brusque. Elle ne prend même pas la peine de la refermer alors qu'elle s'élance, l'estomac noué, sur le chemin cimenté qui mène de leur porte à l'allée en terre. Dans son dos, les escarpins de sa mère claquent – clac, clac – pour s'arrêter devant la porte. Elle peut presque sentir l'odeur de sa cigarette mêlée à son parfum de jour ; son regard clair traverse son dos, déchire ses muscles. Ça lui fait mal jusque dans ses jambes tremblantes tandis qu'elle accélère encore le rythme, incapable de regarder en arrière.
Emrys n'aime pas désobéir ; en fait, ça la terrorise.

« Emrys ! Tu ne vas quand même pas sortir habillée comme ça ! Emrys ! »

Les reproches s’évanouissent à mesure que ses pas l’entraînent loin de la maison.
Elle est tranquille, personne ne va lui courir après pour la forcer à s'habiller correctement. Pour autant, même une fois que la porte d'entrée se referme et qu'elle se sait seule face à la rue rectiligne qui la mènera chez son amie, impossible de se détendre. Ses mollets restent raides, sa démarche mal assurée ; tout son corps rejette en masse la déception qu'elle a deviné dans les yeux de sa mère. Ça la met mal à l'aise, ça l'ennuie. Elle aimerait rendre ses parents fiers, de temps en temps.
Jusque là c'est plutôt raté.
Dès qu'elle se sait à l'abri des regards d'éventuels passants, bien cachée dans un virage, elle sort un miroir de sa poche et remet quelques mèches de ses longs cheveux en place. Une queue de cheval sommaire, pas de maquillage ; à douze ans, on ne lui en demande pas plus. Seul le jean qui couvre ses longues jambes et le pull un peu trop grand qui la cache des épaules au bassin ont dû lui attirer les foudres maternelles.
Son père, lui, n'aurait rien dit. Il semble se moquer de sa façon de s'habiller, pour peu qu'elle ne sorte pas en mini-jupe et bas résilles. Mais sa mère est plus 'éduquée', plus classe. Plus carrée. Les jeans sont selon elle laids et impersonnels ; inutile d'approfondir son avis sur les gilets d'une taille trop grands. Elle passe son temps à lui répéter que les jupes lui allaient mieux et que les robes la mettaient en valeur, mais la jeune fille rejette du mieux possible toute ses tentatives pour la féminiser. Elle trouve que ce genre d'habits lui convient mieux. Et puis c'est juste une question de goûts, pas de quoi en faire un plat : elle doit déjà porter la jupe et la chemise de son uniforme quatre jours sur sept, on ne va quand même pas lui dicter sa conduite le week-end...
Ses tennis tapent régulièrement contre l'asphalte et elle compte ses pas, l'un après l'autre, pour s'occuper l'esprit. Sa meilleure amie n'habite pas très loin, elle se rend chez elle à peu près une fois par semaine. Pour discuter, se confier, se plaindre... Tout et n'importe quoi.

Ce jour-là, elle a prévu de critiquer ses parents. Et puis, si le sujet ne dérive pas trop, elle pourra lui parler de ces filles, à l'école, qu'elles détestent toutes les deux. Quand il s'agit de lancer des méchancetés, l'inspiration ne manque jamais.
Ça, elle ne le sait que trop bien.

Pas féminine, trop brusque, trop ceci, pas assez cela ; on s'habitue. Du moins s'efforce-t-elle de le croire. Le fossé entre la petite fille et l'adolescente se creuse de plus en plus à mesure que les jours passent, et ce même si personne ne s'en rend compte. La gamine discrète en public mais vive et casse-cou chez elle est de plus en plus solitaire. Elle a arrêté la danse mais n'a rien osé demander depuis, par peur de n'essuyer un refus net et catégorique. Le monde extérieur ne lui fait plus peur. A défaut, il l'agace.
« Ils sont tous stupides. Ils se moquent sans raison. »
Oui mais en attendant, ça fait mal. Très mal, même. Ce sont des moqueries gentillettes, des personnes qui ne voient pas l'intérêt de lui parler. Une ou deux princesse trop jolie qui insiste plus que les autres sans être cruelle pour autant. Rien d'insurmontable. Rien qui sorte de l'ordinaire. Alors elle s'accroche, elle laisse tomber, elle rattrape, elle court, elle se débrouille. Elle ignore, principalement. Mais avec une sensibilité comme la sienne, ça ne marche pas bien longtemps. Elle prend tout tellement à cœur, Emrys.
Au moindre coup de vent elle chavire.
Pourtant elle n'en a pas l'air, comme ça. Déjà grande, ni maigre ni obèse, la jeune fille n'a rien d'une petite pousse fragile, de ces filles qu'on a envie de protéger : loin de là. Elle grogne et s'indigne en silence, répond de temps à autre, lance avec force les ballons de foot qui ont le malheur d’atterrir à ses pieds. Rien de très délicat.
Mais ça, c'est uniquement parce que ses parents ne peuvent pas surveiller ce qu'elle fait à l'école. Leur influence – particulièrement celle de sa mère – l'empêche de prendre ce genre de libertés à la maison. Alors elle sort, marche. Peint, quand le temps lui refuse ses sorties hebdomadaires. C'est tout un monde imaginaire qu'elle a appris à se construire pour occuper les soirées où, en bas, les cris deviennent trop oppressants. Toute une panoplie de couleurs et de sons qu'elle s'est appropriés pour combler les silences à table.

Depuis plusieurs années, papa et maman n'ont plus vraiment le cœur à l'écouter. Alors elle aussi, maintenant, a abandonné l'idée d'améliorer les choses.

Qu'ils se débrouillent. Elle a bien assez de problèmes comme ça.
Arrêtée devant la porte, elle appuie sur la sonnette. Une femme à la rondeur caractéristique a tôt fait d’apparaître sur le seuil.

« Emrys ! Rentre je t'en prie. Lindsay est dans sa chambre, elle doit avoir sa musique sur les oreilles. » La jeune fille entre sans se faire prier, pressée de rejoindre sa camarade. « Comment vont tes parents ? »

C'est un blanc honnête, vraiment. Un silence empli de sympathie et de sincérité. Elle n'y peut rien, si elle ne sait pas quoi dire. Ce n'est pas de sa faute si ses parents ne lui disent jamais rien. Ça n'a rien à voir avec elle, ce n'est pas de son ressort.
L'écho de semaines entières passées à s'éviter l'un l'autre résonne dans ses oreilles meurtries.

« Ils vont euh, bien. Mais vous pourrez leur demander, ils sont tous les deux à la maison aujourd'hui. »

La trentenaire semble se satisfaire de cette réponse évasive et libère son invitée.
Ses tennis frappent les marches avec une énergie renouvelée jusqu'à la chambre de Lindsay, où une petite brune l'accueille avec une exclamation enjouée.

Il y a des choses qui vont bien, d'autres moins. Des filles qui l'ennuient et des garçons qui acceptent de la prendre dans leur équipe le temps d'un match. Ses parents qui se crient dessus mais qui, le lendemain, se sourient comme si de rien n'était. C'est plutôt équitable, non ?

Et puis Emrys n'y pense déjà plus et ses yeux, si bleus, se contentent d'attendre des jours meilleurs



La sentence tombe comme la lame d'une guillotine.
Divorce.

« ...Je comprend pas. »

Mais si, regarde. C'est facile.

Rupture. Fracture. Plus d'assiettes brisées, plus d'insupportables silences. Plus de cris, plus de rires. Plus de disputes et plus de réconciliation. Plus rien de tout ça, jamais.
Finis, les pique-nique en famille au parc, les sorties au cinéma rien que tous les trois, les vacances. C'est fini, on casse tout. On déchire la feuille en deux, mets ta signature des deux côtés, merci et au-revoir.

C'est ça, un divorce. Les larmes en plus.

« Je... Ton père et moi y avons longuement réfléchi. Il n'y a pas d'autre solution, chérie. »

Et des excuses, encore et encore. Il n'y a pas qu'elle qui souffre dans cette histoire : eux aussi ont mal, se sentent coupable. A qui la faute, pourquoi, comment ? Est-ce qu'on aurait pu éviter d'en arriver là ? Est-ce qu'on peut remonter le temps ?
Est-ce que, si je n'étais pas née...

Mais non. Elle sait bien que non. Alors elle se contente de secouer sa tête de gauche à droite, les yeux rouges. Ça lui déchire le cœur. Littéralement.

« Mais, je... »

Maman, papa. C'est indissociable.

« C'est... »

Ça fait trop mal.

« Emrys, je –

-Laissez moi tranquille ! Fichez moi la paix ! »

Beaucoup trop mal. Alors elle se lève brusquement, repousse les bras tendus qui ne cherchent qu'à la consoler. Court dans sa chambre, claque la porte. Espère, ne serait-ce qu'un instant, que le son du verrou qui se ferme leur fera aussi mal qu'à elle.
On en souffre, hein, d'être rejeté ?
Allez, dites le ! Dites le, que ça fait mal !
Dites le !

Les larmes roulent sur ses joues, sur ses draps blancs. Elle déteste ses parents qui refusent de rester ensemble, son amie avec laquelle elle s'est fâchée, toutes les personnes de ce monde qui se permettent de la juger. Elle maudit les jupes ridicules de son uniforme, ses cheveux trop longs qui refusent d'être aussi jolis et ordonnés que ceux des autres filles.
Elle pleure, et c'est tout son cœur qui sanglote avec elle.

« Je veux juste une vie normale » ; si une étoile filante passe, ce sera son seul vœu.

Parce qu'elle pense que c'est la fin du monde, qu'après ça il n'y aura plus rien. Que son bonheur est parti et pour de bon. Pour la première fois de sa vie, elle ne parvient pas à sourire en se disant que demain tout ira mieux.
Parce que si aujourd'hui le sol se fracture, alors demain elle tombe.


• COLLAPSE •

« Tu as monté tout tes cartons ?

-Oui oui.

-Je m'occupe du reste, alors. »

Tant mieux. Un paquet de vêtements dans les bras, elle file dans sa chambre.
Depuis la rapide procédure de divorce, les relations entre Emrys et ses parents sont tendues. Parce que l'un comme l'autre ont voulu la garder, qu'elle s'est opposée aussi fermement que possible au déménagement : parce qu'elle leur en veut, tout simplement. Et si son père a finalement obtenu sa garde constante et sa mère des droits de visite réguliers, ça n'a rien changé à la donne. Aux-revoirs, échanges d'adresses et de numéros, affaires empilées dans des cartons. Adieu le jardin, les escargots. Lindsay. Tout ses repères.
Ses yeux bleus scrutent attentivement la rue par la petite fenêtre de sa petite chambre. Son père continue de faire passer les cartons d'une salle à l'autre, pressé et maladroit. S'il ne casse rien ce sera un miracle.
Comparé à la petite ville où elle habitait jusque là, cet endroit est gigantesque. D'autres appartements au-dessus, en-dessous, à droite, à gauche ; des maisons et des immeubles serrés les uns contre les autres sont le seul paysage qui s'offre à elle. Au moins, elle est sûre de ne pas trouver l'inspiration pour peindre en regardant par là. Il faudra qu'elle aille ailleurs.

D'un geste las, elle se laisse tomber sur son lit. Bientôt la reprise des cours, une nouvelle école, de nouveaux camarades. Son nouvel uniforme, aussi laid que le premier, aura bientôt sa place attitrée dans la penderie. L'ordinateur, dans le salon, n'est pas encore relié à internet ; le téléphone non plus n'est pas en place. Aucun moyen d’appeler son amie pour passer le temps. Rien à faire, en somme, si ce n'est attendre.
Ses mains se déplacent sur le matelas au rythme de ses pensées erratiques. Emrys à appris à s'affirmer, depuis le temps. Elle ne craint pas tant que ça la rentrée et les remarques. Elle sait que si elle arrive à aller vers les autres elle se fera des amis. Au moins un ou deux. Comme elle n'en demande pas plus, ça lui va.
Ses doigts jouent entre ses mèches de cheveux, s'égarent sur son visage. Elle en trace les contours, yeux ouverts puis fermés, détaille chaque morceau de ce qu'elle observe tous les matins dans le miroir. Son cou, ses épaules. Sa poitrine à peine formée, son ventre plat, ses hanches étroites.
Lindsay a promis de la contacter régulièrement mais, dos contre les draps, elle en doute déjà. Elle sait que leur amitié ne résistera pas à la distance. Ou du moins le craint-elle.
Dans un soupir, ses mains reviennent se poser sur son torse presque plat.

« Presque. »

La gêne se peint en rouge sur ses joues claires. Toutes ses anciennes amies étaient plutôt impatientes de prendre des formes ; le sentiment qu'elle ressent n'a pourtant rien à voir avec de la satisfaction.
Ce serait plutôt du malaise.
Voire du...
Non, non. C'est juste la fatigue. Toutes ces émotions ont mis son cœur à rude épreuve, voilà tout. Les changements, le déménagement, les séparations. Elle est juste un peu... perdue.
Ça va passer.



Ça ne passe pas.
Ça ne passe pas du tout, même.

« Emrys ! Tire, tire ! Allez !»

Le ballon qui arrive à ses pieds la surprend moins que les cris perçants du garçon à qui il appartient. Abandonnant son carnet et ses crayons sur l'herbe sèche, elle se redresse et étend sa jambe droite devant elle pour la dégourdir.
D'un geste souple et vif, elle frappe le ballon. Une main en visière pour protéger ses yeux clairs du soleil, elle observe sa trajectoire. Il retombe un mètre devant Charlie, qui la remercie par de chaleureux mouvements de bras.

Ça ne passe... Vraiment pas.
Lasse, elle reprend avec réticence son matériel de dessin. Ça va faire un an qu'elle est ici, treize ans et demi qu'elle a vu le jour. La vie en ville n'est finalement pas si terrible que ça, et elle se surprend même à dépendre de choses dont elle soupçonnait à peine l'existence avant. On se fait à tout.
Lindsay lui passe encore des coups de fils régulièrement ; elle en est la première étonnée. Elle lui rapporte toutes les anecdotes amusantes, les moins drôles, ses problèmes, le temps qu'il fait. A part à sa meilleure amie, elle ne semble manquer à personne. Sa ville natale l'a déjà oubliée et elle s'en accommode étonnamment bien.
Cette école-ci est moins stricte que l'ancienne, les élèves tous plus différents les uns que les autres. Pour la première fois de sa vie elle évite les filles, leur préfère la compagnie des garçons. C'est presque logique, finalement, et ça ne l'inquiète pas plus que ça. Elle est plus brusque, plus vive que la plupart des demoiselles de son quartier. Leurs centres d’intérêts divergent. Les garçons manqués ne courent pas les rues, par ici.
Garçon manqué, hein...
Ça l'arrangerait bien.

Dès le cours suivant, elle prétexte une envie pressante pour s'éclipser aux toilettes. En dehors des heures de leçons ces petites pièces carrelées sont toujours remplies à craquer d'imbéciles en quête de chaleur ; les savoir vides la rassure.
Elle pousse machinalement la porte, se plante devant le large miroir.
S'y observe ; s'y cherche.
Son visage lui paraît trop long, trop irrégulier. Rien à voir avec les faciès de poupée de certaines de ses camarades. Sa mâchoire est trop distincte, ses yeux trop fatigués, ses cheveux trop secs, trop longs. Ramenés ainsi à l'arrière de son crâne et avec sa frange en désordre, sous un certain angle, ils pourraient aussi bien être courts. Elle tourne sa tête sur la droite, sur la gauche. Passe ses mains sur sa poitrine, déjà plus visible que l'an dernier sous le tissu léger de son chemisier. Ses hanches se marquent, sa taille s'affine. Elle paraît encore bien jeune à côté de certaines filles aux courbes déjà voluptueuse, mais c'est encore trop. Trop, trop, trop.
Mains à plat sur son torse, elle appuie violemment sur sa poitrine. Si elle fait abstraction de la jupe, qu'elle oublie la queue de cheval et qu'elle se regarde droit dans les yeux, elle...

« Wh-Her, euh, Emrys. Emrys, c'est les toilettes des garçons, alors euh- »

Le sang fuit son visage à toute allure.
Pauvre abrutie ! Tu t'es tr-
Non.
Tu sais bien que non.

« Pardon, je voulais, juste... le miroir. » Ses balbutiement angoissés finissent de la rendre livide. « J'y vais. »

Et elle sort en courant presque, bouscule Charlie au passage. Elle ne pense plus qu'à rentrer en classe. Refouler ses larmes et rentrer en classe. Essuyer ses larmes et rentrer en classe. Arrêter de pleurer et rentrer en classe.
Arrêter de pleurer, et...
Ses pas ralentissent, s'arrêtent. Elle reste là, au milieu de la coure, les épaules secouées par d'invisibles sanglots. Ses genoux nus tremblent sous tout ce poids, l'angoisse la fige sur place.

Ça ne passera jamais, jamais !
Stupide poitrine qui l'empêche d'être un garçon, stupide cerveau qui l'empêche d'être une fille normale, stupide, stupide, stupide -

« Emrys, Emrys ! Attends ! »

Elle va craquer. Elle le sent, elle le sait ; le stress l'enveloppe toute entière, la panique lui brise les jambes en deux.
Quant-à la main qu'on pose brutalement sur son épaule, elle manque de la casser en mille morceaux de doutes et d'incertitudes.

« Le directeur m'a dit d'aller te chercher ! »

Elle ferme les paupières fort, très fort. Un, deux, trois ; le malaise s'en va. Tout va bien. Elle va bien, elle est normale. Elle a des amis, elle s'amuse. Tout va bien. Elle n'a aucune raison de s'inquiéter, il n'a rien vu de bizarre et elle ne l'est pas non plus.
Elle va... bien. Elle va bien.

« Ton père arrive. Ta mère est à ...l'hôpital, et ils... »

Tout va bien.



« Aujourd'hui, j'ai dû me déguiser pour faire plaisir à ma mère mourante. »

Mourante, oui. C'est le mot.

En chemise et jupe plissée, joliment coiffée et un peu maquillée, Emrys déambule comme un fantôme dans les couloirs de l'hôpital. « C'est gentil », a dit son père. « C'est stupide », a-t-elle pensé. A quoi bon jouer un rôle ? C'est sa mère, pas un inconnu. C'est sa mère.
Mais elle veut lui faire plaisir. Alors elle s'efforce d'avancer avec aisance et de ne pas regarder autour d'elle. Elle est déguisée, ni plus ni moins. Habillée en petite fille modèle. Mise en valeur comme toutes ses voisines de classe. 'Jolie'.
Travesti.
Personne ne fait attention à elle tandis qu'elle se dirige vers l'étage et la chambre qu'on lui a indiqués, et les rares regards qu'elle intercepte sont dirigés vers son père. A côté de lui, elle ne fait guère plus que la taille d'un enfant. On ne la remarque même pas.
Mais elle s'en énervera un autre jour. L'empressement de voir sa mère prend le pas sur tout le reste, annihile tout les sentiments négatifs et positifs qui tentent de s'imposer dans sa poitrine. Quand elle trottine vers le couloir de gauche, observe les numéros, appuie enfin sur la poignée, ouvre la porte, il n'y a qu'elle qui compte vraiment.

« Maman ! »

Elle se jette à son cou, respire l'odeur rassurante de ses cheveux châtains. Son père, lui, reste en retrait. Depuis qu'elle l'a trompée, cette femme ne le concerne plus vraiment.
Il semble bouleversé, pourtant.

« Oh, Emrys... Ne pleure pas, je vais bien. Je vais bien, tu vois ? »

Elle la rassure, la console, la berce. Essuie ses larmes, lui parle de tout et de rien entre deux violentes quinte de toux. Elle a le teint livide, les cheveux ternes, et les cernes sous ses yeux trahissent des nuits longues et éprouvantes. Elle devait déjà aller très mal avant d'être admise ici. Elle devait se sentir seule, dans cette grande maison, sans rires ni personne à qui parler.
Une pointe de culpabilité traverse son cœur.

Puis, sans prévenir, une main sèche passe dans ses cheveux coiffés, retire la pince qui y est maladroitement accrochée.

Et plutôt que de la remettre correctement, c'est dans ses propres cheveux que sa mère la clipse.

« Elle me sera plus utile à moi. Tu n'aimes pas beaucoup les bijoux, non ? »

Elle secoue sa tête de gauche à droite. Il lui semble être redevenue un enfant ; désespérément accrochée aux bras de parents dont sa vie toute entière dépend.

« Emrys. Avec ou sans jupe, je t'aime tout autant. Quoi qu'un peu plus avec une jupe, ajoute-t-elle en souriant. Mais tu n'étais pas obligée de te forcer. Du coup, c'est moi qui suis la moins présentable... »

Ses épaules sont secouées par un rire léger, douloureux. Elle va mourir mais elle en rit. Elle est condamnée mais elle en rit.

Des deux, elle ne sait pas à qui ça fait le plus mal.


• BREATHE •

Les jours passent, les saisons se suivent.
Sa mère va un peu mieux puis plus mal, mieux puis un peu plus mal. Au bout d'un an, on la renvoie habiter chez elle pour de bon. Emrys tape du pied pour qu'elle vienne s'installer avec eux, et n'arrête que quand son père lui fait comprendre qu'elle a un compagnon et qu'il s'occupera très bien d'elle au quotidien. Ça l'ennuie mais elle accepte.
Il pleut, il fait beau. Il pleut, il pleut. Il fait beau.
Il pleut.

« Y fait froid, putain... »

Emrys jette un coup d’œil à Charlie, qui tente désespérément de cacher ses oreilles sous ses courts cheveux blonds.
Après l’hospitalisation de sa mère, Emrys est entrée dans une phase de rejet total. Plutôt que d'être lui elle-même et d'accepter ses certitudes, elle est partie dans l'excès inverse : jupes, tenues plus féminines, carré plongeant soigné. Personne ne lui a rien dit. On a mit ça sur le compte de l'adolescence, sans plus s'en préoccuper. Elle a tenté coûte que coûte de s'adapter, de faire comme tout le monde. D'être 'normale'. D'être une fille comme les autres.
Elle s'est dit que si elle ne changeait pas, elle finirait seule et abandonnée dans un coin. « Je perdrais pied » ; c'est ce qu'elle s'est dit.
Elle s'est trompée de sens en voulant remonter à la surface.
Maintenant, elle a l'impression d'avoir le pied coincé dans une crevasse.

« Tiens. »

Son manteau s'écrase sur la tête de son ami. Qui s'indigne, évidemment.

« Her, non non non. C'est moi le mec. Je te donne mon manteau.

-Sauf que t'en as pas. Et c'est toi qui a froid.

-Merde. »

Emrys rit un peu avant de tirer une bouffée de sa cigarette. Son père a hurlé en sentant l'odeur de fumée, la semaine précédente ; maintenant il ne dit plus rien. Il se contente d'être triste pour elle. C'est une forme de rébellion du placard, comme dit Charlie. Faire des trucs interdits sans les assumer ni vouloir inquiéter personne. Fumer non pas pour se donner un genre ou emmerder le monde mais uniquement pour se détendre. Essayer de s'en sortir tout seul.
Toute. Toute seule.

« Tu te rends compte ? » Tiens. Il l'a pris, finalement, le manteau. « Si t'as déjà l'air aussi fatiguée que ça à quatorze ans, tu vas être comment à vingt ? »

La question lui tire un haussement d'épaule fataliste. C'est dur, de jouer la comédie. Ça ne lui convient pas. Il a essayé de se convaincre que c'était la meilleure solution, a voulu s’identifier à... Il ne sait même pas quoi. Non. Elle ne sait même pas quoi. Elle a voulu abandonner le sport pour se passer du vernis sur les ongles et voilà où elle en est : nulle part. Fatiguée, déprimée, distante. Il ne sait même plus qui elle est.
Il. Non, elle. Il. Elle.

Je sais plus.

« Emrys. »

Les doigts osseux de Charlie la forcent à tourner la tête. Elle frissonne en sentant ses lèvres se poser sur les siennes mais ne dit rien. Seule sa cigarette, agitée de tremblements, témoigne de son humeur.
Il - Elle aime bien Charlie, oui. Elle l'aime même beaucoup. Mais si elle est sortie avec lui, c'est plus pour saisir une main tendue vers la normalité que par attirance. Si tant est que l'on peut parler d’attirance à quatorze ans.
Les garçons, sentimentalement, c'est juste...

… Pas possible.

Elle rompt leur étreinte un peu précipitamment, les doigts crispés à s'en enfoncer les ongles dans la paume des mains. Sa cigarette manque de laisser une trace indélébile sur sa jupe mais elle la jette au sol à temps. Il se lève, l'écrase du bout de ses converses.

« Je dois y aller. On se voit demain.

-Mais... Bon, okay. Et ta veste ?

-Garde la, je m'en fous. »

C'est à peine si elle a élevé la voix – et peut-être même qu'elle ne l'a pas fait, tiens. Il ba – elle balance son sac par-dessus son épaule, part à toute vitesse vers son appartement. Tout ce qu'elle – non, il – non, c'est elle – tout ce qu'elle veut, c'est...
Tout ce qu'il veut, c'est...

Le froid mord ses mollets nus et sa jupe se plaque contre ses cuisses. Un an sous l'eau, c'est trop.

« J'en peux plus. »

Un passant la regarde de travers et peut-être qu'il pense qu'elle a bu, qu'elle compte aller se jeter du haut d'un pont ou même que son petit-ami vient de la quitter ; elle n'en sait rien. Il la regarde en tout cas. Et elle sait, elle sait pertinemment que quand on la voit on pense 'ce que cette jeune fille a l'air triste'. Tout le monde, dans cette rue, dans son école, chez elle, la plus insignifiante personne dans ce monde pense la même chose.

Ils se disent, 'elle -'

Et lui, il n'en peut plus.

Il a essayé. Vraiment. Mais c'est juste impossible. Impossible de sourire à tout bout de champ, impossible de sans cesse avoir à porter cet uniforme. Impossible de se lever chaque matin pour voir la même chose devant son miroir.
Il n'en peut plus ; fini.
Elle meurt et il arrête.

Il le sait, quand la porte de l'immeuble claque derrière lui, que son sac va s'écraser sur son lit et que ses vêtements glissent au sol dans le plus parfait désordre.
C'est plus possible.

Il abandonne, c'est trop dur.

Son jogging et son pull s'enroulent autour de sa peau comme un sparadrap. Et quand son père frappe à sa porte, alerté par tout ce bruit, aucune larme ne perle au coin de ses yeux bleus.
Au contraire. Il n'a jamais été aussi déterminé.

« Je veux déménager. »


Dernière édition par Emrys Sulwyn le Dim 28 Juil 2013 - 19:13, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: SULWYN Emrys ▬ « I'm gonna make it to the top - well, let me show you »    Lun 6 Mai 2013 - 5:39




Les jambes battant dans le vide, Emrys tire une bouffée de sa cigarette. Le carton, sous lui, émet un drôle de craquement. Plutôt que de s'en préoccuper, il préfère ajuster avec soin une mèche de ses cheveux qui refuse de rester en place. Ses talons heurtent de temps en temps le bord du coffre dans un 'clang' sonore qui résonne étrangement dans la rue vide ; bientôt, il cale le mouvement de ses jambes sur une musique à la mode.
Son père voit les derniers détails avec le propriétaire de l'appartement, au troisième : en attendant, il reste ici. Ça commence à faire long mais il attend.
Après avoir calmement expliqué à son père qu'il avait des problèmes dans son école et ne voulait plus y retourner, ils avaient eu une petite discussion : elle avait concrètement mené à deux choses. La première, quelques mensonges pour réussir à justifier son envie de changer d'endroit. La deuxième, une attente inconfortable. Il avait du rester enfermé chez lui pendant plusieurs semaines avant que son père, toujours aussi efficace et prévoyant, ne réussisse à recontacter un ami qui lui avait proposé un appartement et du travail quelques mois plus tôt. Par chance les deux offres tenaient encore et, dès que les différents papiers furent signés, la voiture avait été de nouveau remplie.
Ça commence à faire loin de sa ville natale, de sa mère, de Lindsay. Tant pis.
Il n'a même pas dit au-revoir à Charlie. C'est peut-être mieux comme ça, dans le fond. Il n'allait quand même pas lui expliquer le fond du problème, si ?
« Je t'aime beaucoup, Charlie, mais finalement les garçons c'est pas trop mon truc. »
Et puis il aurait tout compris de travers.
Évidemment.

« Hey, mec ! »

Emrys ne lève pas tout de suite le nez de ses baskets, trop occupé qu'il est à souffler un joli nuage de fumée.
Il est passé au coiffeur la semaine précédente ; pour la première fois depuis des années, il s'est reconnu dans le miroir. Ces cheveux coupé courts, sans maquillage ni artifice, c'est lui. Lui. Pas elle, lui.
Ça va faire un an qu'il y pense, des semaines qu'il en est sûr. Pourtant, impossible d'en parler à son père.
Il va bien falloir faire quelque chose.

Et soudain, c'est la nuit. Ennuyé par la baisse significative de lumière, il regarde devant lui.
Un garçon le dévisage avec curiosité, trop près pour son propre bien. Ou celui de ses poumons, en tout cas.
Pris de panique, il manque de grimper totalement dans le coffre et de s'enfermer dedans.
Heureusement pour sa crédibilité, l'autre parle avant qu'il n'ait eu le temps de replier ses jambes à l'intérieur de l'habitacle.

« Ah, tu m'écoutes ! Tu viens d'emménager ? Moi c'est William. »

Emrys acquiesce, un peu hébété, et serre sans y penser la main qu'on lui tend. Il en mord presque son filtre.

« C'est cool. »

Pendant quelques secondes, le silence s'installe entre eux.
... 'Mec' ?

« Bref. C'est quoi ton nom, à toi ?

-Emrys. »

William plisse les yeux derrière ses larges montures noires, visiblement en pleine réflexion ; son regard finit de gêner le brun. Il se concentre sur sa cigarette, un bras croisé sur sa poitrine, et prie le ciel pour que son père descende le plus vite possible.
Il sait bien que sa voix n'est pas très grave. Il sait bien que dans sa nouvelle école, dès que son père l'aura inscrit, sa jupe finira de noyer les ambiguïtés. Il ne sera même plus une fille un peu brusque : il sera une fille qui ressemble à un garçon.
Il aurait peut-être mieux fait de s'habituer au carré soigné, finalement.

« C'est marrant, je connais une fille qui s'appelle comme ça ! C'est casse-pied, les noms mixtes. Toujours un crétin pour te dire que t'as un nom de nana. »

Le rire grave du jeune homme en face de lui manque de vraiment le faire fondre en larmes. Pourtant, il décide de rire avec lui. Doucement, pour éviter de partir dans les aiguës.

« Je te jure. Tu vas aller dans notre charmante école, hm ? »

Il va pour répondre, mais la porte d'entrée de l'immeuble s'ouvre brusquement. Son père le cherche des yeux ; hausse un sourcil surpris en voyant qu'il est accompagné.
Mourir. Il aimerait mourir, s'enterrer quelque part. Cette ville n'est pas très grande mais il doit bien y avoir un cimetière, non ?
Il va y avoir un bug, bien sûr qu'il va y avoir un bug. Abruti.

« Bonjour Monsieur ! Je faisais connaissance avec votre fils, vu que vous venez d'emménager. Enfin vous le savez, ça, vu que c'est... Vous, mais, ouais. »

Enterré six pieds sous terre, loin, loin, loin.

« … Ah. D'accord. Mais on va devoir monter les cartons, maintenant.

-Je peux vous aider ? Si je rentre chez moi, ma mère va me forcer à faire la vaisselle. Je préfère monter des cartons.

-Comme tu veux. Tu viens nous aider, fils ? »

Tout son visage brûle. Même en remontant sa capuche sur sa tête il peut sentir le regard de son père posé sur lui.
Il voudrait disparaître. Ne pas avoir à affronter son air amusé, ne pas avoir à entendre la fin de la plaisanterie. Parce que bien sûr, il ne conçoit pas que son père puisse être sérieux. Il va le dire à ce type, non ? Qu'il s'est trompé. Que ce n'est pas son fils mais sa fille. Qu'il devra mettre une jupe dès qu'il ira en cours. Il va le lui dire, il en est persuadé.
Alors il évite son regard quand, d'une main tremblante, il lâche sa cigarette au sol et s'empare d'un carton.

« Il est inscrit à l'école du coin, Monsieur ? Notre uniforme est très classe.

-Oh, mais Emrys détestait ses anciens uniformes. C'est un garçon très... pointilleux. »

Leurs regards se croisent enfin ; bleu sur bleu.

« Mais notre uniforme est vraiment trop classe. »



Au moment même où William quitte le petit appartement – en priant pour ne pas avoir à faire la vaisselle – le silence retombe chez les Sulwyn. Les cartons, disposés çà et là dans le salon/salle à manger, font presque autant de bruit que les deux habitants, debout chacun de leur côté. Tant et si bien qu'Emrys, dos à son père, ose à peine respirer.
C'est insupportable. Il doit bouger.

« Je vais... Aller ranger mes affaires. Dans ma chambre. »

Il n'a pas le temps de faire un pas.

« Oh que non. Assied-toi. »

En d'autres circonstances il aurait répliqué ne pas être un chien. Là, il en serait incapable.
Il s'assoit sans protester.
Son père tire une chaise à côté de lui, pose ses lunettes sur la table. Ses cheveux bruns, sa légère barbe, sa solide mâchoire ; autant de détails qu'il a retenu par cœur et que, pourtant, il ne parvient pas à regarder. Même ses mains, dans un coin de son champ de vision, le stressent à s'en rendre malade.
Comme avant l'hospitalisation de sa mère, l'angoisse le fige sur place. La panique brise ses jambes en deux. Et si, et si, et si... Et ça n'en finit pas.
On en a, du temps pour penser, en quelques secondes.

« Je dois te prendre un uniforme masculin, c'est ça ? »

Les larmes montent dans ses yeux bleus. Il ouvre la bouche, cherche à s'expliquer, à répondre ; rien ne vient. Il a tout préparé, pourtant, a tout mis au clair dans sa tête en prévision du jour où il devrait s'expliquer à voix haute.
« Je suis un garçon, c'est tout. Je veux juste être considéré comme un garçon. »
Mais sous le regard attentif de son père, une fois face aux faits, il n'y a plus que sa panique qui accepte de sortir. Sa gorge brûle.
Et si, et si...

Un soupir fend l'air.

« Tu tiens vraiment ton côté prise de tête de ta mère, toi. » De surprise, Emrys lève les yeux. « Je t'ai pas demandé de disserter, je t'ai demandé si oui ou non je devais te prendre un uniforme masculin. Donc ? »

La panique, l'incrédulité ; autant de sentiments qui rendent muet. Alors il acquiesce, le cœur sur le point d'imploser sous le poids du stress.
Son père lâche un 'hmm' dubitatif.

« Je m'en doutais. J'écrirais une lettre à ton lycée. Sachant que ça implique deux choses, au moins : un, que tu ne dises rien à ta mère. Pour des raisons évidentes. Deux... »

Son père lui paraît à présent presque soucieux : et le silence qui s'infiltre dans ses oreilles, sentencieux, ressemble à s'y méprendre à un avertissement.

« Que tu l'assumes. Que ce soit une phase, une... Lubie ou un choix de vie, peu importe. Moi je m'en fiche complètement, mais ce ne sera sûrement pas le cas de tout le monde. Ça risque d'être difficile par moments.

-Je sais ! »

Sa voix, cassée par l'inquiétude, sonne plus aiguë que d'ordinaire.
Et là, face à son père qui agit comme si on venait simplement de lui avouer un secret vaguement gênant, il ne sait plus quoi faire. Il avait imaginé le drame, le rejet ; les cris, l'incompréhension. Cette discussion n'a même pas l'air d'en être une. C'est ridicule.
Il a peur.
Et peut-être que, dans le fond, il aurait préféré qu'on l'en dissuade. Qu'on lui donne une raison de rester au chaud derrière ses certitudes, qu'on l'empêche de sauter le pas.
Parce que si aujourd'hui il saute...

« J’espère bien. J'ai pas envie de m'habituer à dire 'il' si tu comptes rechanger dans un mois.

-Ça va pas, non ? Je sais ce que je fais ! »

Demain, il tombe.


• FALL •

« Her, Emrys ! C'est toi, hein ? »

Jambe tendue, cheville posée sur la barre en face de lui, il se retourne vers le grand brun qui vient de l'aborder. Un sourire maladroit étire ses traits.

« Oui, William. C'est moi. »

Yeux plissés à presque les en fermer, le jeune homme semble se détendre au son de sa voix.
Du peu de temps qu'il a passé dans sa nouvelle école, Emrys a eu le temps d'apprendre deux trois choses fondamentales. Un, qu'il ne pourrait pas avoir un meilleur père que le sien. Deux, qu'aucun de ses professeurs n'a fait de remarque à son propos jusque là – ce qui confirme le premier point. Trois, que tant qu'il porte l'uniforme masculin, personne ne se pose vraiment de questions. Quatre, que William n'y voit vraiment rien sans ses lunettes et est gentiment considéré par ses camarades comme 'le cinglé qui harcèle tous les nouveaux'.
Comme il n'est que dans son cours de sport, ça ne le dérange pas trop. Pour l'instant.

« Je t'ai pas vu dans les vestiaires, je croyais que je m'étais trompé du coup. T'aimes pas te changer en public, hein ? Je te comprends. Non, sérieux – il descend d'un ton et se penche vers lui, l'air soudainement très concerné – c'est malsain, les vestiaires. »

Malsain ? Pour ça, il veut bien le croire. Ils n'ont sûrement pas les même raisons en tête mais, au final, seule la conclusion importe. Il acquiesce donc, mimant l'air conspirateur de son presque-ami pour bien lui montrer à quel point il est d'accord avec lui.
Pour une raison qui lui échappe, son approbation sincère semble réellement toucher son camarade.
Il va pour lui demander si quelque chose le tracasse – parce qu'Emrys étant Emrys, il ne peut pas accepter d'ignorer ce genre de regards – mais un coup de sifflet du professeur l'en empêche. A peine a-t-il reposé ses deux jambes au sol que la longue silhouette de William s'est déjà échappée plus loin, au milieu des autres élèves.
Il les rejoint en trottinant et écoute les instructions d'une oreille attentive. Sa brassière trop serrée le comprime bien, oui – mais elle le blesse aussi plus que nécessaire. Sa respiration, déjà un peu abîmée par la cigarette, n'est vraiment pas aidée. Il tire toutes les deux minutes sur la fabrique de son t-shirt, passe d'un pied sur l'autre en espérant que ni sa stature trop fine, ni ses formes ne le trahiront. Physiquement, c'est...
Éprouvant.

« Emrys, tu rêves ? Le prof a dit de courir. Tu viens avec nous ? »

Ses doigts, repliés sur le bord de son haut, glissent doucement vers les poches de short. Il esquisse un sourire aux deux filles qui viennent de l'aborder ; leur répond par l'affirmative. Elles semblent satisfaites et se mettent à avancer, doucement, à un rythme qu'il assimilerait plutôt à de la marche rapide. Pas à de la course, en tout cas.
Mais ce sont ses premiers jours ici, il ne s'est pas encore fait de vrais amis ; insulter les autres n'est pas dans ses priorités. Refuser une main tendue non plus. Comme quand un an plus tôt il a essayé de s'intégrer en devenant la fille-type, il essaie à présent de se normaliser en tant que garçon : il n'a pas le droit à l'erreur. Pas la moindre. Au premier faux-pas, ce sera la chute.
Il a déjà eu suffisamment mal comme ça. Du moins le pense-t-il.
Quand William les dépasse pour la deuxième fois, manquant de renverser la petite blonde qui l'a interpellé quelque minutes plus tôt, Emrys ne peut empêcher son regard de le suivre. Ce qui n'échappe pas à l'autre fille, sur sa gauche.
Son soupir est méprisant.

« Oui ben, il court vite. Il faut bien qu'il soit doué à quelque chose, vu que sinon il est bizarre.

-Vraiment trop nul. »

Et il acquiesce, cet imbécile. Devant ces regards inquisiteurs, malgré ses jambes qui brûlent d'envie d’accélérer, il acquiesce. Bizarre ? William, bizarre ?
Sa gorge le brûle.
Si William est bizarre, alors lui il est quoi ?

Il est juste...



« Tu peins ? »

Ses yeux bleus dérivent jusqu'à la fille qui s'est assise à côté de lui.

« Ah. Oui. Qu'est-ce que tu fais là, Jane ? »

Jane ; la petite blonde du cours de sport. Étant dans la majorité de ses classes, il est normal qu'elle se soit un tant soit peu rapprochée de lui. Maintenant qu'il a quelques amis et s'entend bien avec à peu près tout le monde, son stress a commencé à, doucement mais sûrement, s'évaporer en une fine couche de tranquillité : il respire. Enfin façon de parler, vu le peu d'air qu'il réussit à inspirer avec cette stupide brassière, mais c'est déjà mieux que rien. Son père lui achètera quelque chose d'un peu mieux. Bientôt.
Et Jane continue de le fixer.
Qu'on puisse s'intéresser à lui – sentimentalement – est un fait qu'il n'a pas encore osé admettre, en tant que garçon en tout cas. Les filles, jusque là, ne l'avaient regardé que comme une bizarrerie au mieux attachante, plus généralement chiante ; plaire ne fait pas partie de son vocabulaire.
Alors là, il fait vraiment de son mieux pour ignorer la façon dont elle enroule ses cheveux autour de son index. Elle pourrait tout aussi bien écrire 'regarde moi' sur son front.

« Je peux regarder ? »

Il acquiesce ; elle ne bouge pas d'un pouce, ses jolies mains sagement posées sur sa jupe bleue. Et il lui dirait bien qu'il n'arrive pas à dessiner ou peindre en public, qu'elle l'ennuie, mais...
Elle est jolie. C'est bien ça, le problème.

Alors il étouffe un rire, tâche sa joue de rouge du bout de son pinceau. Elle glapit, l'insulte ; il recommence.

Parce que dans ses yeux vert de gris, il espère trouver un reflet qui lui convienne.



Mais ça ne dure pas.
Rien ne dure, de toute façon.

« Emrys, sors de là.

-Jamais.

-T'es ridicule. Je t'avais dit que ce serait pas toujours facile.

-Laisse moi crever. »

Il entend son père étouffer une exclamation exaspérée, de l'autre côté de la porte, et serre un peu plus fort ses genoux contre son torse.
Jane lui est tombé dessus ; c'est aussi simple que ça. Juste un contact de trop, un bête... Contact. Il suffit d'une main qui effleure trop longuement un torse censé être plat ; il le savait, en plus. Il le savait. Il l'a juste oublié, l'espace d'une seconde. Oublié qu'il devait faire attention, mentir, se cacher.
Elle l'a senti. Et lui, il est parti.
Et c'est fini. La peinture sèche sur son visage et ses vêtements, tout comme les restes de joie que ces quelques mois à être lui-même lui ont apporté. Tout sèche, s'écaille, s'en va.
Reste juste la colère, la frustration, le profond sentiment d'injustice qui jamais ne disparaît.
Rien que ça.

« Je t'ai déjà dit que tu étais ridicule ? C'est pas en restant enfermé dans ta chambre à pleurer sur ton sort que tu vas aller mieux. Dis leurs que tu t'en fiches. Fiches-toi en.

-Mais j'y arrive pas, moi ! J'y arrive pas, d'accord ?! »

Son cri et la colère qu'il véhicule laissent derrière eux un long silence.
Il n'y arrive pas, non. Son cœur à lui est mou et fragile et plein d'eau. A la moindre fissure, il pleure à torrent. S'écroule.

« On ne pourra pas partir avant l'été. J’espère que tu en as conscience. »

Emrys étouffe un autre cri dans sa couverture banche.
S'il doit supporter le regard des autres, il va en mourir. En mourir, en mourir.
Et c'est fou ce qu'on dramatise, à quatorze ans.

C'est aussi fou ce qu'on est cruel, à quatorze ans.



Quelle école d'abrutis.

Son casque sur les oreilles, il récupère ses affaires de sport qu'un idiot a cru bon de mettre dans la poubelle. A travers le brouhaha ambiant, il perçoit l'écho de rires moqueurs.
Règle numéro un : ceux qui s'en fichent perdent contre ceux qui se moquent.
Règle numéro deux : se plaindre ne sert à rien.
Il commence à comprendre. Tout à l'heure, il en entendra grommeler quant-au niveau intellectuel de ceux qui ont cru bon de jeter ses affaires à la poubelle ; tout à l'heure, il verra ces même personnes regarder faire sans rien dire. C'est comme ça.
Il faut juste tenir. Encore quelques mois et ce sera bon.
Juste quelques mois.



« Tiens, Emrys, j'ai retrouvé ton cahier !

-... Merci, Will. »



A peine est-il sorti des toilettes, son sac en travers de l'épaule, qu'un petit groupe d'élèves posté à quelques mètres de là s'arrête immédiatement de parler. Il grincerait bien des dents, mais là il est juste fatigué ; il se contente de leur adresser un regard noir et d'aller poser ses affaires près de la barrière.
Il a séché plusieurs cours de sport, depuis que la nouvelle s'est répandue ; et puis il a fini par décider que, de toute façon, ce n'est pas un cours en plus ou en moins qui va changer quoi que ce soit à sa vie.
Pour la énième fois de la semaine, Jane quitte son groupe d'imbéciles et se dirige vers lui.
Pour la énième fois de la semaine, il lui adresse une grimace de dégoût et va s'étirer plus loin.

« Emrys, t'abuses ! Je veux juste parler, quoi. »

Plus pour pouvoir en finir avec cette histoire qu'autre chose, il s'arrête brusquement et se tourne vers elle. Et même quand il la voit garder une distance de sécurité, l'air soudain un peu inquiète, il ne parvient pas à radoucir son expression. Il faut dire qu'il fait déjà son bon mètre soixante-dix ; elle, elle frôle le mètre cinquante.
Niveau athlétisme, leurs différences de capacités est pire que flagrante.

« T'es pas obligé de me regarder comme ça ! A cause de toi, y'en a qui m'évitent. Tu pourrais au moins leur dire que c'est pas de ma faute si on te traite comme ça.

-T'es sérieuse ? »

Et elle acquiesce. Sérieusement, en plus.
Mon Dieu.

« T'es vraiment conne ou tu le fais exprès ? »

Pour le coup, Emrys ne saurait dire qui d'eux deux est le plus surpris par la méchanceté dans sa voix. Mais impossible de faire marche arrière.

« Que tu penses pas à un seul moment que je puisse vouloir garder ça pour moi, d'accord. Mais tu sais quoi ? – et il hausse le ton en disant cela – Si tout le monde se met à te détester parce que t'es qu'une abrutie sans cervelle, eh ben tant mieux ! J'en ai strictement rien à foutre ! »

Rien, rien, rien du tout. Qu'elle se retrouve seule, elle aussi, ça lui apprendra.
Il s'en contrefiche.

« Maintenant j'aimerais courir. »

Et personne ne dit rien. Ni l'enseignant, ni les quelques élèves qui ont pu l'entendre élever la voix. Ils le regardent un moment puis retournent vaquer à leurs occupations quand il s'éloigne à grandes enjambées. Jane reste là ; peut-être qu'elle pleure, il n'en sait rien et ne veut pas le savoir.
Ses foulées s'allongent sans retenue, sans contraintes ; il n'a plus personne à qui adapter son rythme, de toute façon. Il se contente de courir jusqu'à en avoir le souffle coupé, les jambes paralysées, les mains tremblantes. Courir pour oublier, s'en moquer, se vider la tête.
William ralentit, cale ses foulées sur les siennes.

« Emrys ! J'étais sûr que tu courais vite, tu vois ! Allez allez, tu gères là ! »

Ses poumons vont éclater. Il n'est plus habitué à courir si vite.
Il s'en fiche de tout, de rien, de tout, de tout. De rien du tout. Et ça fait toujours, toujours aussi mal. Toujours.

« N'empêche. Quand je disais que c'était casse-pied, les noms mixtes ! T'aurais du changer de nom, style, Arthur. C'est super viril, Arthur. Tu trouves pas, Arthur ? »

Il s'étrangle de rire.



L'année se termine ; il emballe ses affaires sans entrain. Ça commence à devenir fatiguant, cette manie de partir au moindre problème. Mais comme son père semble trouver ça bien pratique 'pour trouver un meilleur travail', il n'a pas l'occasion de revenir sur sa décision.
Juste avant de partir, William vient lui dire au-revoir. Un échange de numéros plus tard, Emrys en est à lui adresser des sourires anxieux. Et si son autre école est pire, hein ? Et si...

« Fiou, j'ai quand même cru que j'allais te rater. 'fin maintenant que j'ai ton numéro, c'est par-fait. » Et vu le ton joyeux de sa voix, impossible de le contredire sur ce point. « Comme ça je pourrais te rappeler dans dix ans, voire ce que tu es devenu. Enfin avant aussi, hein, mais dans dix ans quand même. Genre ouais ! Dix ans quoi. C'est pas rien. »

Son sourire se fait plus pâle encore. Dans dix ans, vu sa capacité à faire face aux problèmes, il sera sûrement plus mort que vif.
Et depuis quand est-il devenu si pessimiste ?
William lui lance un violent coup de poing dans l'épaule, le sourire aux lèvres ; suffisamment fort pour qu'il laisse s'échapper une exclamation de douleur et que son père, derrière eux, hausse un sourcil.

« Mais arrête de déprimer, j'hallucine ! T'as même pas quinze ans et t'es mignooon comme tout, tu devrais sourire ! »

La grimace que William imprime sur son visage en tirant ses joues ne ressemble absolument pas à un sourire ; ce qu'il en reste quand il le lâche, en revanche, si.

« Tu vois, tes amis sont bien plus intelligents que toi. » Et cette remarque-ci vaut une véritable grimace à son père. « Tu devrais prendre exemple sur lui. »

Il lève les yeux au ciel, se perd un instant dans la contemplation d'un nuage. Peut-être bien qu'il devrait, oui ; peut-être qu'il peut. Peut-être qu'il en est capable. S'il s'en donne la chance, il se pourrait même qu'il y arrive.
S'il rate, tant pis. Mais s'il gagne ? S'il court, encore et encore et encore et réussit à gagner la course ?

Maintenant qu'il a sauté, le plus dur est fait. Il doit juste tenir la distance.
Juste ça.



• RUN •

« Hey, Emrys ! Ça va ?

-Oui. Je m'intègre moyen mais, bon, ça va.

-Ouais, cool alors ! Tu peux m’appeler et tout si tu veux parler, hein. Genre ''William pitié je suis triste'' et je dirai ''Okay Arthur, bouge pas j'arrive''. D'ailleurs en fait je devrais être Arthur et toi Merlin, c'est absolument pas logique. Mais tu le feras hein ? »

Un rire amusé résonne dans la pièce.

« Je t'appellerai, promis. »



« Her, t'es une gonzesse en fait ? »

Ignore, ignore, ignore, ignore, ils sont stupides, ignore, ignore.

« Mais fous lui la paix, à la fin ! »



« Je suis désolé, Emrys, mais tu ne peux pas faire partie de l'équipe masculine. C'est une histoire de papiers, tu comprends... »

Tout va bien. Tout va bien, tout va bien, tout va très bien.



« Hey, Miss Emrys ~

-On t'a dit de lui foutre la paix, sérieux. »

Ignore, ignore...

« Mais ! Je suis sûr qu'il serait mignonne en jupe, c'est tout ce que je -

-LA FERME ! »

Ses phalanges heurtent violemment une mâchoire carrée ; surpris et sonné, l'autre titube.
Recule, Emrys. Recule.

« Putain de – ! »

Recule, recule, vas-t-en. Fuis, comme d'habitude.
Déménage, pleure et vas-t-en. T'es bon qu'à ça.
Vas-t-en.



« Her, pourquoi tu parles comme ça ? Y'a un problème ? »

Un bras autour de ses genoux repliés, Emrys inspire profondément. Sa lèvre et sa joue lui font mal, mal, mal.
Tellement mal.

« Je me suis juste pris la tête avec quelqu'un, marmonne-t-il. Rien de grave.

-Oh ? Tu. Ah, t'es dans les toilettes, c'est ça ? Ça résonne bizarrement ! »

Ses yeux bleus se posent sur la porte en bois, les murs blancs. Doucement, il clôt ses paupières et tente d'ignorer les bruits qui résonnent à l'extérieur.
Tellement mal, mal, mal. Une larme roule le long de sa joue bleuie.

« Non. Je suis dans le bureau du CPE. On s'est un peu battus mais ça va, je me suis pas laissé faire. Mon père va arriver bientôt.

-Oh wow, okay ! Ça va aller, hein ? »

Il acquiesce de nouveau, les mains tremblantes. Ça va aller ; bien sûr que ça va aller.
William raccroche enfin. Le portable glisse au sol et, sans un mot, Emrys plonge sa tête entre ses bras. Recroquevillé sur lui-même comme un enfant effrayé, il laisse s'échapper un sanglot. Il a mal, mal, mal. Il a mal. Il ne veut pas sortir des toilettes et il a mal.
Je veux juste être normal.



Allongé sur son lit, Emrys fixe le mur. Pas la fenêtre, pas les quelques dessins qu'il a accroché de-ci de-là ; juste le mur. Sa teinte ocre, ses détails gris, sa frise bleuâtre qui court près du plafond... Il le fixe dans les moindres détails, yeux à demi-clos. Il espère réussir à y faire un trou, parvenir à oublier. Il n'a pas envie d'aller au lycée, pas envie de manger, pas envie de peindre. Il ne saurait dire depuis combien de temps il n'a pas réussi à sourire.
Il a mal.
A défaut d'une autre solution, il s'insensibilise. Comme ce mur, comme ces rideaux ; sans émotions, pas de douleur. Sans émotion, pas de pleurs. Tout irait bien, plus rien ne le toucherait. Ce serait... Le paradis sur terre, non ?
Allongé sur son lit, Emrys ne pleure plus.
Il ne pleure plus du tout.



« Alors, ça va toujours ?

-Oui, oui. Je m'en sors.

-T'as encore déménagé, nan ? Mec, t'en vois du pays ! T'as de la chance, moi je dois rester faire la vaisselle dans mon patelin. C'est cool là-bas ?

-Oui, assez. »

Le pinceau glisse sur la toile ; Emrys contemple le résultat d'un regard terne. Par la fenêtre, il peut voir le ciel gris ; son tableau est encore trop bleu. Trop bleu, trop bleu. Ça lui rappelle ses yeux, l'espoir d'un jour voir le beau temps de nouveau. Ça ne va pas, non, ça ne va pas – c'est trop bleu, il déteste ça. D'un mouvement lent et fatigué, il mélange les couleurs sur sa palette jusqu'à obtenir un brun noir mat, indifférent, qui ne veut absolument rien dire. Une couleur qui ne lui inspire rien. Juste ce qu'il lui faut.
Dans sa chambre, les vêtements s'entassent au pied du lit et les crayons, les gommes et les feuilles ne sont que rarement ramassés. Il n'a pas été chez le coiffeur depuis un moment ; ses cheveux commencent à vraiment le gêner et il doit régulièrement les repousser derrière ses oreilles. Distraitement, Emrys se regarde dans la glace de l'armoire. Il a toujours été fin, ce n'est pas inquiétant. Ses traits sont tirés et ses cernes s'agrandissent de jour en jour, mais là encore rien d'inquiétant. Rien d'inquiétant, rien d'inquiétant. Il n'y a rien d'inquiétant, rien d'alarmant dans sa silhouette si ce ne sont ses formes, ses absences et ses trop. Féminin, masculin. Las, il n'a pas même la force de jeter son pot de crayon contre le miroir ; je ne ressemble à rien.

« Her, t'es sûr que ça va ? Ta voix a l'air bizarre.

-Juste un peu fatigué. T'en fais pas, William, on se verra dans dix ans. »

Il n'y croit même pas ; de lourds traits foncés viennent recouvrir le paysage qu'il s'est appliqué à peindre toute la semaine pour, sur conseil de son père, se changer les idées. Dans dix ans il sera mort, mort et enterré. Dans dix ans il ne sera pas plus heureux de vivre que maintenant. Dans dix ans il coulera toujours, alors honnêtement – à quoi ça sert, tout ça, hein ? A quoi ça sert de peindre, de s'amuser, de se faire des amis si c'est pour... Se prendre des insultes, être incompris, avoir mal et avoir peur et vouloir partir, s'enfuir le plus loin possible de tout et tout le monde ?
Ça ne sert à rien. Il en a voulu à Jane et maintenant, il se rend compte que tout le monde est comme elle. Plus personne ne s'ennuie à rester ami avec lui puisqu'il rejette toute les mains tendues et s'isole dans son coin.
Courir, hein ?
Il courra seul. Tout seul. Il n'a besoin de personne.

« Je vais. Dormir. Rappelle moi plus tard, tu veux ? »

Il n'attend pas la réponse de William avant de rabattre le clapet de son portable, coupant court à la conversation. Son tableau est couvert de noir et de mélancolie ; il ne ressemble plus à rien. Paupières à demi-closes, il esquisse un sourire sans joie. Ça lui ressemble mieux, ça. Raté, raté, moche. Personne ne veut d'un tableau raté. Et lui, il est tellement...
Fatigué.
Comme répondant à une sonnette d'alarme, son père frappe à la porte. Malgré le « non » qu'on lui adresse, il ne se gêne pas pour rentrer dans la pièce. Son regard se pose sur la toile ; il fronce les sourcils. Pas fâché, non. Pas même ennuyé ou agacé par les élans dramatiques de son fils comme il a pu l'être par le passé. Juste mortellement inquiet.
Ces derniers temps, le regard d'Emrys est complètement vide.

« Tu viens manger ?

-Pas faim.

-D'accord, je reformule : tu viens manger. Il faut que tu manges, mince ! Tu peux pas passer tout ton temps libre à... Dormir et ruminer. »

Le jeune homme pince les lèvres. Indifférent aux critiques, il étale la peinture brune sur la feuille blanche.

« J'ai pas faim. »

'Le plus dur est fait. Il faut juste tenir la distance.'
Il y a cru, au début. Il a couru, couru, couru. Mais à force de trébucher, de tomber, de se relever et de s'écorcher, de heurter le sol à chaque croche-pied –
Ses jambes ont fini par... Casser. Se briser. Ses chaussures et sa volonté sont usées, il n'en peut plus de s'élancer sur une route dont il ne voit pas le bout. Emrys est fragile, Emrys est faible. Plus il s'enfonce et plus il perd de force ; les regards le transperce et il aimerait se cacher derrière les jambes de sa mère. Elle ne sait même pas ce qu'il vit. Personne ne sait.
Il voudrait juste...

« D'accord. »

Ethan sort son portable d'un geste sûr. Il ne peut pas rester sans rien faire ; ne compte pas attendre les bras croisés. Le jour où Emrys est passé des crises de larmes à l'indifférence pure et simple, il s'est dit que ce n'était qu'une phase passagère. Qu'il se relèverait.
Mais là, son fils ne s'en sort pas.

« J'appelle un psy. Ce sera l'occasion de lui parler de tes hormones, de toute façon.

-Hein ? J'ai pas besoin d'un – !

-Ce n'était pas une question ! » La violence dans la voix de son père le fait taire aussi sec. « J'appelle le psy et je te traîne jusqu'à son bureau si besoin est. Fin de la discussion. »

La porte se referme sans violence, en silence.
Il ne descend pas manger.



Une, deux, une, deux ; inspire, expire, inspire, expire.
Malgré la chaleur et son binder qui lui colle à la peau, Emrys ne ressent aucune gêne, aucune douleur dans la poitrine ou le cœur. Il court, une deux, une deux, concentré sur la régularité de ses foulées et le poids rassurant qui pèse sur ses bras nus. Les maisons se succèdent aux maisons, éparses et devancées par de petits jardins décorés pour la plupart sommairement ; il lève la tête, soupire ce ciel trop bleu. Ça fait plusieurs mois déjà qu'il habite dans les environs et, pourtant, il n'est jamais allé aussi loin. Le village lui paraît tranquille, comme endormi sous la chaleur de plomb de ce mois d'août, et ce silence lui convient. Parce que même si ça va mieux, même si cet endroit lui plaît et qu'il fait beau, Emrys n'a pas envie de croiser qui que ce soit. Il ne connaît encore personne et, quelque part, cette situation lui semble enviable. Il redoute septembre, la rentrée, la ré-scolarisation et tout ce qu'elle implique. Les adolescents, les explications, l'année à rattraper. Les adolescents. Surtout les adolescents.
Le souffle court, le jeune homme ralentit sa course et s'arrête devant le portail d'une énième maison. A côté de la plupart des villes où il a été ces dernières années, cet endroit est ridiculement petit : s'y retrouver n'est pas bien compliqué. Calant son invité surprise contre son épaule, il sort un papier froissé de sa poche. Normalement il n'aurait pas dévié de sa trajectoire habituelle pour faire son jogging, mais...

« Bon, c'est là hein ? »

Le chat ronronne contre sa joue – pour acquiescer, peut-être, songe-t-il en poussant prudemment le portillon. L'animal, en plus d'être parfaitement calme dans ses bras, correspond exactement à la photographie imprimée sur l'avis de recherche : ça n'aurait pas pu être une coïncidence. De là à savoir comment il s'est retrouvé près de chez lui, c'est une autre histoire. Cette fichue bestiole a dû décider de voir du pays. Faire une petite fugue sur un coup de tête. Crise d'adolescence.
En attendant, ses maîtres doivent être inquiets. Sous médicaments ou non, Emrys reste Emrys ; si ce n'est pas leur chat, il se contentera de le ramener chez lui. Son père ne dira sûrement pas non.
Légèrement anxieux, il appuie sur le bouton ébréché de la sonnette. Un sifflement désagréable retentit dans ses oreilles par-delà la porte close : si ça n'a pas réveillé tout le quartier, ce sera un miracle. Il attend, une, deux, cinq secondes ; puis, enfin, la porte s'ouvre.

Sur une petite demoiselle aux cheveux châtains, les yeux ronds comme des soucoupes.

« Carneeeeeey ! S'exclame-t-elle, tournée vers l'intérieur. Ton chat aura pas besoin de cercueil. Carneeeey ? » Semblant se rendre compte de la présence du jeune homme, elle esquisse une grimace gênée. « Oh, euh, rentre, je t'en prie !

-Non, ça ira, je suis...

-Où ça mon chat ? Oh, mon chat ! »

Emrys a à peine le temps de tendre les bras que le chat lui est littéralement arraché des mains ; et s'il y a quelque chose d'amusant dans la façon dont ce garçon serre la petite bête contre lui, il n'en reste pas moins pressé de partir. Les adolescents, surtout les adolescents. Crispé de la tête aux pieds, mal à l'aise dans ses tennis, il enfonce ses mains dans les poches de son short. Il n'a plus qu'à reculer doucement, effectuer une retraite stratégique. Hisser le drapeau blanc, clamer qu'il doit s'en aller et ne pas leur laisser le temps de lui proposer de rester une seconde fois.
Le problème étant que, parfois, réussir à s'enfuir est plus compliqué qu'il n'y paraît.
Il n'a pas non plus envie de faire mauvaise impression. Doucement, ses yeux bleus se reportent sur la jeune fille.

« Merci merci merci. Tu te rends pas compte, j'étais au bord du suicide là. » Emrys sourit ; ça se voit, si. « Mais je te connais pas ! Tu t'appelles comment ? Tu courais ? T'as emménagé récemment ? Tu vas à quelle école, je t'ai pas vu dans –

-Err, si tu es pressé, tu sais, tu peux y aller. Je le retiens ! »

Opportunité inespérée. C'est le moment où jamais : recule et rentre vite chez toi, à l'abri, au chaud, dans un endroit familier et rassurant. Prends tes médicaments, vas voir le psy et dis à ton père que oui, tu vas toujours mieux, non, tu ne comptes pas te remettre à broyer du noir. Oui et non, oui mais non – oui je fais ce que je peux, non je ne me suiciderai pas. Je crois.
Elle a de jolis yeux noisette.
Et lui, il reste planté là sans rien dire.

« Tu me l'as cassé, Elly. »

Le gémissement plaintif du garçon réveille Emrys : il secoue la tête de gauche à droite.

« Non, je ramenais juste le chat. Je voudrais pas vous...

-Tu déranges pas ! Rentre, rentre. Alors attends, normalement doit y avoir... »

La dénommée Elly pousse un glapissement indigné quand son ami traîne littéralement Emrys à l'intérieur, la bousculant au passage – et s'il ne l'avait pas entendu fermer la porte derrière eux, il aurait presque pu croire qu'elle était restée bloquée sur le perron.
En suivant tant bien que mal son guide jusqu'à la cuisine, il se dit que son sourire lui rappelle celui de Charlie. Cette maison est fraîche et respire le propre : tout les rideaux sont ouverts et la lumière s'engouffre sans crainte par les fenêtres. Il y fait bon, le chat part se prélasser sur une table en bois sombre. C'est joli, c'est net et chaleureux : c'est vivant. Il y a des objets qui traînent de ci de là, la vaisselle n'a pas été entièrement faite et, posés sur un buffet, deux verres de sodas attendent que l'on accepte de s'intéresser à eux de nouveau.
C'est... Vivant, oui. Vivant.

« Voilà, une chaise ! T'as soif ? Et ton nom, d'ailleurs, c'est quoi ? On voit pas souvent de nouvelles têtes ici ! »

Emrys papillonne des yeux sans comprendre. Son père fait tout pour rendre le salon plus joyeux, bien qu'il n'y passe guère plus de quelques heures par jour. Il doit travailler. Il fait ça pour moi, avait-il songé à plusieurs reprises en voyant les tentatives – pitoyables – de ce dernier pour faire des pochoirs correct sur les murs ; jusque-là, pourtant, il n'avait pas compris. Ou pas complètement. A quoi bon faire des pochoirs, mettre des bibelots et des jolis rideaux puisqu'ils ne restent jamais longtemps où que ce soit ? Ses propres cartons ne sont même pas complètement défaits. Ça ne sert à rien.
Mais peindre non plus. Le ciel non plus. Le soda non plus. Les amis non plus. Les jolis vêtements non plus. L'école non plus. Vivre non plus et, en définitive, mourir non plus.
Il baisse les yeux vers ses jambes repliées sous la chaise.
Depuis combien de temps n'avait-il pas eu l'impression d'habiter dans une vraie maison ?

« Emrys ! lance-t-il finalement. C'est Emrys. »

Depuis combien de temps ?
Trop longtemps. Ça faisait beaucoup trop longtemps.
Mais ça va mieux, maintenant.

« Emrys, d'accord ! Moi c'est Elly, lui c'est Carney. »

Un coude sur la table, Carney esquisse un large sourire.

« Dis, moi, tu es céliba – ohw, Elly ! »

Ça va mieux.



Elly a quinze ans. Elle a de beaux cheveux châtains qui caressent ses épaules, d'adorables fossettes et un petit nez qui se plisse quand elle sourit. Quelques tâches de rousseur, de jolies formes, et aussi cette drôle de manie de mettre sa main devant sa bouche chaque fois qu'elle rit. Dans le bus pour se rendre au lycée, elle est assise juste devant lui ; et quand elle se retourne pour lui demander comment ça va, qu'elle pose ses lèvres sur sa joue et lui dit bonjour, la couleur du ciel ou la date n'ont plus grande importance.
Elly est belle, belle, belle. Depuis qu'il l'a rencontrée, Emrys n'a d'yeux que pour les siens ; il ne voit rien d'autre, rien.

« Emrys, atten- ! »

A commencer par la balle qui le heurte en plein front.
Sonné par la violence du choc, il finit le coccys en miettes ; visage caché derrière ses mains, il replie ses genoux vers son torse et lâche une suite d'insultes étouffées et incompréhensibles.
Carney et Elly se dirigent vers lui à pas pressés.

« Ça va ? Fais voir. »

Hébété mais encore trop conscient à son goût, il laisse la jeune fille tourner son visage du bout des doigts pour vérifier qu'il n'a rien.
Elly est vraiment parfaite. Elle sourit, elle rayonne : elle déborde de gentillesse et de rires à n'en plus finir.

« Ça a l'air d'aller... »

Ça a l'air d'aller, oui, dans tout les sens du terme. Il va mieux. Son père en soupirait la veille encore, les épaules lestées d'un poids qu'il en avait assez de devoir porter. Emrys va mieux et, plus important encore, il est amoureux. Le voir s'intéresser à nouveau aux autres fait plaisir à voir ; pour l'instant, c'est tout ce qui compte pour Ethan.

Sourcils froncés, le jeune homme saisit les deux mains d'Elly entre les siennes. Elles sont petites et douces ; si petites qu'à côté d'elles, les siennes semblent presque d'une taille acceptable.

« C'est bon. Tes yeux m'ont guéri.

-Emryyyys. T'es bête.

-Ah oui, complètement. »

Emrys lance un regard ennuyé à Carney – qui fait des... mouvements de poignets qu'il ne saurait interpréter (et peut-être qu'ils sont inutiles, tout compte fait) – avant de ne saisir la main qu'Elly, un sourire gêné aux lèvres, lui tend pour l'aider à se relever. Son front le lance et son dos est douloureux, mais cette pression familière autour de ses doigts vaut tout l'or du monde. Même les rires et les mimiques de l'autre idiot, les exclamations étouffées d'un de ses amis, le mauvais temps qui menace de reprendre ses droits – tout ça, chacun de ces infimes détails reprend peu à peu sens à ses yeux. Le vent souffle, le ciel est bleu. Il fait encore beau, il a mal et il est heureux.
Il est heureux.

D'un coup de pied agile, il envoie le ballon jusqu'au groupe d'adolescents que Carney est parti sermonner à grand renforts de gestes soignés.

Il est heureux, il est heureux – heureux, juste heureux.
Ils ne savent pas mais il est heureux.
Il est heureux parce qu'ils ne savent pas.

Son père se cognerait la tête contre un mur, s'il entendait ça.

« Dis ! T'as l'air plutôt bon en sport, tu devrais essayer.

-Ah... » Emrys lance un regard perplexe à Carney, qui a littéralement sauté sur Quade, un de leur ami commun. « Euh, je suis juste bon en course. Le reste, c'est pas...

-En course ? Oh, il y a un club ! Tu veux que je demande pour toi ? »

Elle lui adresse un sourire adorable.
Ce que ça peut être mesquin, ça.

« Non, enfin, si, mais c'est... Compliqué, parce que...

-Mais non ! Rosie est dedans. Elle adorerait t'avoir avec elle, j'en suis sûre. »

Rosie ? Le visage d'une fille d'à peu près sa taille à la silhouette tonique et aux courts cheveux blonds lui revient en mémoire. Elle n'est pas dans leur classe et doit habiter un peu plus loin de leur village ; résultat, il ne lui a pas encore parlé outre mesure – et surtout pas sans Elly au milieu. Elle est intimidante, Rosie, très honnêtement.
Mais c'est une fille. C'est une fille.
Les mots de son ancien professeur résonnent en boucle dans sa tête.
« Je suis désolé, Emrys, mais tu ne peux pas faire partie de l'équipe masculine. C'est une histoire de papiers, tu comprends... »
Non ?

« Mais c'est une fille. »

Elly bat des cils, comme si elle cherchait à comprendre le sens de son affirmation ; puis, indifférente, elle hausse les épaules.

« Ben, oui. C'est mixte. »

Mixte ; le cerveau d'Emrys assimile lentement, le cœur au bord des lèvres d'être trop près de son amie. Leurs manches frottent l'une contre l'autre, c'est mixte, il est heureux. C'est mixte.
Un large sourire étire ses lèvres, découvrant pour quelques secondes ses dents blanches sur une joie qu'il n'a pas le droit d'expliquer.

« D'accord, je le ferai.

-Super ! »

Elle plisse le nez, bouche fermée.
Et il s'en veut, de lui mentir. Il s'en veut vraiment.
Sans doute l'accepterait-elle sans le considérer différemment ; Carney est gay, Rosie l'est aussi. Elle milite pour un peu tout et n'importe quoi, prône toutes les égalités possibles, défend ce en quoi elle croit... Alors peu importe l'angle sous lequel il regarde les choses, Emrys ne peut se résoudre à penser qu'Elly est comme Jane, comme tout les idiots qui se sont amusé à lui gâcher la vie. Elle l'accepterait. Ça paraît évident. Ça paraît logique.
Mais Emrys a peur. Il est fragile, faible, son cœur est mou et plein d'eau, recollé avec peine par un père patient et attentionné.
Je ne mens pas vraiment ; on finit par s'en convaincre.

Je ne mens pas vraiment.

« Oh, tu viens chez moi cet après-midi ? Avec Carney et Quade, on a prévu de... »

Et il sourit, incapable d'écouter vraiment.
Parce que ces yeux noisettes sont la seule certitude dont il ait besoin.


• STAY •

Precious and fragile things need special handling ; My God, what have we done to...

« Uh – »

Doucement, comme à regret, les paupières d'Emrys se crispent puis s’entrouvrent ; aussitôt, les grésillements de la radio inondent ses oreilles d'un million d'insectes bourdonnant. Son bras droit, coincé contre la portière, est engourdi et parcouru de désagréables frisson : sa tempe lui fait mal, et il devine que sa tête a dû heurter la vitre au dernier stop. Son père n'est pas le meilleur conducteur d'Angleterre. Loin de là, même. Étonnant qu'il n'ait jamais eu d'accident, à toujours freiner au dernier mo –
Une accélération brutale le plaque contre son siège.
Son cœur rate plusieurs battements et, à l'avant, il entend distinctement Rosie pousser une exclamation ravie. A se demander où sont les mecs, ici, grommelle-t-il en tournant la tête sur sa gauche. Peut-être que la laisser à côté de son père n'avait pas été une si bonne idée que ça, finalement. Aussi... Aussi eux l'un que l'autre.
Délaissant les pilotes du dimanche, Emrys retient son souffle une seconde, rien qu'une, pour ne pas troubler la respiration tranquille qui frôle sa nuque. Les cheveux d'Elly, profondément assoupie contre son épaule, caressent sa joue et frôlent son oreille ; sa frange trop longue, ses cils pâles, ses petites tâche de rousseur... C'est juste là, tout proche, sans importance – ce ne sont pas des détails qui cherchent à se faire remarquer, pas des évidences, quelques ratés. C'est simplement beau à regarder.
Et si Carney l'avait entendu, il aurait sûrement rétorqué avec un grand sourire que « cette chère Elly est encore plus moche de près ». Pas que l'avis de cet abruti d'ho – garçon ait une grande importance, heureusement. Elle en rit de bon cœur, sans s'en offenser, et lui s'abstient d'intervenir. C'est leur façon de se taquiner, mieux vaut ne pas s'en mêler.
Tout en prenant bien garde à ne pas réveiller son amie, Emrys pivote pour voir comment vont les passagers à l'arrière. Ses yeux bleus se posent sur la silhouette élancée de Carney, affalé sur celle plus sportive de Quade. Ils sont presque mignons, comme ça. C'est reposant ; d'habitude, au moindre mouvement vaguement trop affectueux du premier, le second appelle à l'aide et le tient à bout de bras en menaçant de casser ses lunettes – et « ce serait trop atroce », qu'il disait, « je ne pourrais plus te voir si tu fais ça ». Au début, il a vraiment cru que Quade allait tabasser son ami jusqu'à ce que mort s'ensuive ; et puis avec le temps, il a appris à ne plus faire attention à leurs chamailles incessantes.
En attendant, les voir dormir est sacrément agréable pour les oreilles.

Lorsqu'il reporte son regard vers l'extérieur, le jeune homme est frappé par la nette familiarité des lieux. Il est venu camper ici quelques fois avec Lindsay, plus jeune, quand ses parents habitaient encore ensemble ; les arbres, le lac, tout est toujours exactement comme dans ses souvenirs. Presque comme s'il n'était jamais tout à fait parti. Le bâtiment dans lequel son père entre est plus neuf, peut-être, et toutes les peintures ont été refaites – mais que les murs soient bleus ou verts, et peu importe le nombre de tentes plantées sur le terrain, ça reste un lieu qu'il apprécie.
Ils ont pris plein de belles photos, ici.
Suivi par une Elly encore un peu dans les nuages, Emrys saute de la voiture et aide les garçons à sortir les bagages du coffre.

Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas été en vacances avec des amis.
Qu'il n'avait pas été en vacances tout court, en fait.

« J'emmène ça, lâche-t-il avec bonne humeur après avoir enfoncé un bonnet noir sur sa tête, un gros sac au bout de chaque bras. La voiture doit rester par là, du coup il faudrait que vous –

-Arthuuuuuur ! »

A peine a-t-il fait volte-face que deux longs bras se sont refermés autour de sa taille ; pas même une seconde pour crier ou se débattre – juste le temps de tout lâcher et d'accrocher les épaules du garçon qui vient de le soulever de terre. C'est fou, la facilité avec laquelle il l'a hissé dans ses bras : il n'est pas si léger que ça, pourtant. Ce type est juste beaucoup, beaucoup trop grand.
Heureusement qu'il n'y avait rien de cassable là-dedans, songe-t-il en jetant un coup d’œil en biais aux sacs tombés à terre. Son père l'aurait tué.
Soudain ennuyé par la proximité que William a induit entre eux, il tente vaguement de battre des jambes. Tentative rembarrée par la fermeté extatique avec laquelle son ami le tient contre lui.

« Lâche moi, je suis pas une princesse, bredouille-t-il bêtement. Je dois installer les trucs, je te sign –

-Mais tu m'as manquééé ! Et t'es léger comme une demoiselle, Arthur, tu devrais manger plus. Je m'inquiétais, quoi, avec tout ça tout ça et je pouvais même pas vérifier que tu mangeais correctement, Sir. C'est nul d'habiter si loin. »

Tentant au mieux d'ignorer les piaillements de Carney, Emrys n'est pas mécontent d'être reposé au sol. Revoir les épaisses lunettes de William lui tire un pincement au cœur ; parce qu'il lui associe le début des problèmes, qu'il repense à Jane, au sport, aux crises de larmes et aux coups de téléphones qu'il a laissé filer pendant des mois par peur de devoir lui expliquer qu'il a craqué, qu'il n'a pas réussi.
Mais maintenant que tout va mieux, il est content de le revoir ; vraiment. Ce type est du genre indispensable.

« Alors, c'est laquelle ta cop –

-Bieeeen William je te présente des gens, les gens voici William, maintenant on doit installer les tentes et tout et tout alors on se dépêche, allez, allez... »

Alors même qu'il appuie de l'épaule contre le dos du grand brun pour le faire avancer, il voit Elly rire dans sa manche ; se dit que c'est stupide, au fond, parce qu'elle sait.
Évidemment, qu'elle sait. Pas tout, non. Mais le plus important, elle l'a parfaitement compris.
C'est tout ce qui compte, non ? Le reste...
Le reste, on s'en moque.



Quoi qu'ils en disent, moi je sais bien qu'on s'en moque. Elle s'en ficherait. Ça ne fait aucune différence.
En silence, agile et discret, Emrys ouvre la tente des filles et fait signe à Elly de le suivre, sans se préoccuper des remarques de Rosie concernant l'heure ou leur conversation hautement intéressante – ce dont il ne doute pas un seul instant, comme il le lui précise gentiment, mais il a besoin d'Elly là tout de suite et non, ça ne peut pas attendre.
Le vague stress qui perce dans sa voix, s'il fait fleurir un sourire amusé sur les lèvres de la grande blonde, a au moins l'effet positif de la museler : après avoir donné une petite tape dans le dos de son amie et l'avoir aidé à retrouver ses chaussures, elle se laisse aller dos contre son matelas gonflable et s'empare d'un livre qui repose sur sa gauche. Bien. Ça ressemble à un « bonne chance » silencieux, ça. Pas plus sûr de lui qu'avant de se décider à passer la porte en toile, le jeune homme s'éloigne de l'entrée et aide la demoiselle à en faire autant. Son cœur bat à cent à l'heure sous le tissu fin de son gilet, ses cheveux réussissent à le gêner malgré son bonnet et – comble de l'horreur – il doit composer avec une Elly en chemise de nuit et ballerines. Il pourrait jurer que ces dentelles ne sont pas bonnes pour son cœur.
Mais vu l'heure, il aurait dû s'y attendre. Sa montre indique vingt-deux heures passées : si la lune n'éclairait pas si violemment le camping, ils n'y verraient probablement rien du tout.

« Oui ? Tu voulais me dire quelque chose ?

-Euh, oui. Mais pas ici. Viens. »

Sans lui laisser le loisir de protester ou de poser la moindre question, Emrys referme ses doigts glacés sur les siens. Ses petites mains sont encore tièdes d'avoir été enveloppées sous son épais sac de couchage ; et lui aussi aurait chaud, s'il n'avait pas passé dix minutes à se ronger les ongles dehors. William l'a à proprement parler jeté de la tente pour le forcer à se bouger un peu. Ce n'est pas comme s'il avait eu le loisir de protester.
Et puisqu'Elly et lui se tiennent la main, ce n'est sans doute pas la pire décision qu'il ait réussi à prendre de sa courte vie.
Ils marchent un moment en silence, sur l'herbe et les gravats. La seule chose que son amie ose demander concerne son inquiétude quant-à leur sens de l'orientation ; Emrys n'a pas besoin d'insister longtemps pour la convaincre qu'il connaît cet endroit par cœur et serait capable de les ramener sains et saufs aux tentes ou à la voiture sans le moindre problème. Il en est sincèrement convaincu.
Une fois arrivé près du petit lac, les adolescents s'arrêtent. Le vent froid fait glisser des frissons par dizaines jusque dans leurs mains jointes, entre leurs doigts moites. Emrys passe d'un pied sur l'autre, mal à l'aise ; se demande s'il devrait lui donner son gilet, ne le fait pas. On ne sait jamais, hein ? Ça n'a aucune importance, pourtant. Sa bouche se tord dans un angle gêné tandis qu'il réfléchit à quoi dire, quoi taire, comment le formuler et de quelle manière. Un million de phrases toutes plus cotonneuses les unes que les autres tourbillonnent dans son esprit, aucune plus intelligente que les autres : toutes lui semblent belles, aucune ne lui paraît juste.
Au final, est-ce qu'on ne ferait pas mieux de se taire ? Dis-moi.

« Bon. Tu le demandes, ou pas ?

-Hein ? »

Ils sont aussi embarassés l'un que l'autre : lui d'avoir pu être si transparent, elle par crainte d'avoir mal interprété. Peut-être qu'il aurait mieux fait de se taire.
« Tu tiens vraiment ton côté prise de tête de ta mère, toi. »
Un rire gêné rompt le silence ; et Emrys ne saurait dire à qui d'eux deux il appartient mais, vraiment, ça n'a pas grande importance. Il n'a vraiment aucune raison de s'en faire. Parce qu'elle sait, non ?
Pas tout, papa, pas tout. Pardon.

« Non, attends. Je sais pas encore comment formuler ça. »

Devant son air sérieux, elle frissonne et éclate de rire ; il en perd le fil de ses pensées.

« Emryyyys.

-Je voulais parler de tes yeux et des fleurs, ou...

-Ou juste dire 'je t'aime', ça marche aussi. »

Le visage empourpré, gêné, Emrys esquisse une moue perdue.

« Non, c'est trop...

-Je t'aime, moi. »

… Trop banal.

« Ouh ~ que vas-tu faire maintenant que je t'ai volé ta réplique, beau prince charmant ? »

Son exclamation frustrée se perd contre les lèvres qu'Elly appuie contre les siennes, et s'il l'entend le traiter d'idiot trop sentimental dans un souffle, il ne l'écoute pas. C'est trop banal ; je voulais des fleurs et des violons.

Le souvenir d'un sourire brisé, persistant, est définitivement remplacé par l'éclat de rire or argent qui se perd entre ses bras.



« Cé ~ li ~ ba ~

-Ta gueeeeule bordel ta gueule ta gueule.

-... taaaaaire ~

-Hhhh ! »

Loin de se préoccuper des grognements de Carney, Emrys exécute une énième danse de victoire. Quade, assis devant les jeux-vidéos avec Rosie, pousse un soupir exaspéré. Ça va faire deux mois que les deux garçons se battent à coup de grimaces, de « célibataaaire » ou autres « la ferme » ; deux mois qu'Emrys et Elly sont ensembles, donc, et deux mois qu'on le laisse plus ou moins tranquille – ce dont il ne se plaint pas. Il est habitué aux ponctuelles baisses de morales de son ami, puisqu'ils y ont aussi eu droit quand Rosie leur a parlé de sa petite copine à peu près un an plus tôt : dans ces moment-là, il est bien placé pour savoir qu'interférer entre lui et sa mauvaise humeur est idiot.
Ce qu'Emrys n'a pas l'air de comprendre, évidemment.
Quand Ethan arrive dans le salon, il doit enjamber les deux garçons qui tentent de se crayonner le visage, par terre, à mi-chemin entre éclats de rire et agacement réel. Parfois, ils finissent par se reparler comme si de rien n'était ; d'autre fois, l'un ou l'autre dit le mot de trop et c'est la catastrophe.
Sourcils froncés, Rosie leur envoie un bonbon à la figure.

« Arrêtez de faire autant de bruit, bande d'abrutis ! J'essaie de gagner, je vous signale ! »

Un ricanement s'échappe des lèvres de Carney ; malgré sa petite taille, il réussit toujours à avoir le dessus sur son ami. Assis sur son estomac, il contemple sa victoire avec un petit sourire en coin qui n'est pas sans énerver sa victime.
Quelque part dans la salle, le téléphone sonne. Trop occupé à tenter de renverser – sans succès – le célibataire installé sur lui, quitte à donner des coups de pieds dans la table basse au passage, Emrys ne pense pas un seul instant à aller décrocher. Son père s'en occupe toujours, pas de raison que ça change : il l'oublie déjà.

« Argh, okay, j'abandonne. Je dirai plus que t'es céli –

-Un mot de plus et je te viole. »

L'air sincèrement ahuri d'Emrys tire un rire clair au jeune homme. Et s'il se relève, un sourire mutin aux lèvres, c'est uniquement parce qu'Elly est sortie de la salle de bain et qu'elle le fixe avec des yeux ronds.

« Eh, celui-là est à moi ! »

Quelqu'un aurait répliqué quelque chose – une ânerie, un rire, une insulte, tout ou n'importe quoi – si un vent de panique n'avait pas brusquement soufflé sur la petite maison joliment décorée.
Une poigne forte soulève Emrys par les aisselles pour le remettre sur pieds. La gravité dans la voix de son père, quand il s'adresse à lui, broie son cœur en mille morceaux. J'ai peur.

« Ta mère a eu un problème, on doit y aller. »

J'ai peur.



Bip. Bip. Bip.

Le docteur m'a dit qu'elle allait bien. Elle dort, mais tu peux aller la voir si tu veux.

Bip. Bip. Bip.

Je ne veux pas dormir chez lui.
On a pas le choix.


Bip. Bip. Bip.

Ne fais pas l'idiot, c'est pas le moment de la mettre au courant.

Bip. Bip. Bip.

L'esprit en vrac, Emrys passe de l'eau sur son visage. Une dame d'un certain âge entre et le regarde un peu de travers ; elle doit penser qu'il s'est trompé de toilettes, il pourrait en jurer. Un bref coup d’œil vers sa jupe la dissuade de tout commentaire tandis qu'elle s'enferme dans une des cabines, indifférente. Foutue jupe. Lèvres serrées, il observe son reflet dans le miroir. Ça le ramène plusieurs années en arrière, tout ça : à l'époque où il n'était pas sûr de grand chose, quand il était sorti avec Charlie et avait essayé de se maquiller pour faire comme tout le monde. Il s'en est passé des choses, depuis. Ça pourrait tout aussi bien s'être produit dans une autre vie.
Pas le moins du monde nostalgique, il passe une main nerveuse dans ses cheveux sombres. Sa mère a l'air d'aller mieux, mais c'est encore loin d'être ça : elle a besoin de l'avoir à ses côtés, alors ils restent dormir chez son... fiancé, pour la semaine. Avec tout ce remue-ménage, il n'a même pas eu le temps de prendre ses affaires, de rappeler ses amis ou de réviser ses cours. C'est un immense bordel dans lequel le copain de sa mère lui a gentiment prêté les affaires de sa propre fille, si gentil et prévenant – mais on ne peut rien lui dire, Emrys, tu le sais très bien. Alors il se retrouve avec un haut blanc et une jupe claire un peu trop courte pour lui, mal à l'aise dans ses baskets, pire qu'un acteur avant de rentrer sur scène. Il n'a... Plus grand chose d'une fille, dans son comportement. Et pourtant elle ne se rend compte de rien.
Ça lui fait plaisir, ça l'énerve. Appuyé au lavabo, il retarde inconsciemment le moment de retourner dans cette chambre blanche pour vérifier qu'ils ne l'ont pas tuée à la morphine entre temps.
Ce n'est pas à elle, qu'il en veut. C'est à lui-même. Incapable d'être...
Normal, ou de s'assumer autrement. C'est le genre de milieu qui blesse tout le monde. Arthur.
Les semelles de ses tennis traînent contre le sol crème lorsqu'il sort de la pièce, heurte l'épaule d'une fille qui y entre ; il s'excuse machinalement, bras serrés contre sa poitrine. Si sa mère dort, au moins, il pourra se reposer à son tour. Il a mal dormi, cette nuit. Comme celle d'avant. Ces retours dans le passé lui font mal à la tête ; cette ville lui fait mal à la tête.
Il a mal et, comme trois ans auparavant, une main se pose sur son épaule.

Et merde.

« Em... rys ? »

Fais chier fais chier fais chier fais chier fais chier –

Il va pour répondre « non », baisser la tête et s'en aller à grands pas, mais il sait que ça ne servirait à rien. Alors il se contente de se retourner, hébété ; de faire un pas en arrière, juste au cas où. D'ouvrir la bouche, prêt à s'expliquer.
Mais face au regard complètement vide d'Elly, il se rend compte qu'il n'a aucune idée de ce qu'il est censé dire. D'habitude, il fuirait.
Seulement là c'est impossible. A ce stade, c'est impossible.

« … Uh – »

Ils sont dans un hôpital. Il ne s'en rend pas tout de suite compte mais, à travers ses poings serrés et sa grimace incrédule, c'est peut-être la seule raison qui l'empêche de lui hurler au visage. Il la regarde, terrorisé ; bredouille des mots et des phrases sans le moindre sens. Merde, merde. Il a peur, il voudrait pleurer.
Ça la calme un peu. Peut-être.

« Tu – » Elle inspire profondément ; croise les bras, plisse le nez. « Tu. Qu'est-ce que tu... »

Elle souffle, impuissante. Et est-ce qu'elle a vraiment compris ? Peut-être qu'elle croit juste que... Peut-être, et si, je ne sais pas, pardon, j'ai peur, j'ai peur –
C'est sans importance, hein ?
Abruti.

« Attends, je peux... T'expliquer, marmonna-t-il en fermant la fermeture éclair de sa veste. C'est –

-T'es une fille. »

Non, non.

« Non, enfin –

-Physi... quement, biologiquement, je sais pas, ce que tu veux. T'es une fille ? »

Non.

« Je –

-Réponds ! »

La violence dans sa voix le surprend ; il acquiesce, trop inquiet pour chercher à mentir. Elle soupire. Passe une main sur son visage. Il ne sait pas ce qu'on est censé dire dans ce genre de cas ; ce qu'on est censé faire. S'excuser, patienter, rire, dédramatiser ? Attendre de voir si elle le prend au sérieux ou pas ? Lui demander si elle ne s'en doutait pas déjà un peu ? Ou...
Ou quoi, au juste ?
Elly a l'air vraiment, vraiment énervée. Et il aimerait lui dire que ce n'est pas le moment, qu'il a d'autres problèmes, qu'il ne peut émotionellement pas gérer ça tout de suite ; seulement ça ne ferait qu'empirer les choses, sa voix est coincée dans sa gorge et il y a du monde qui passe régulièrement près d'eux pour aller aux toilettes. Il ne veut pas faire un scandale dans l'enceinte de l'hôpital.
Il veut qu'elle oublie et que Dieu le répare.

« Et ça t'es jamais... » Elle serre les dents. « Passé par la tête de m'en parler, depuis qu'on est ensemble ? »

Il baisse la tête. Tais-toi, tais-toi. C'est pas le moment, tais-toi.

« Tu pourrais au moins me laisser le temps de t'expliquer !

-M'expli – ha, parce que tu veux parler, maintenant ? Un peu tard mais, wha, on applaudit l'effort !

-Qu'est-ce que tu fiches là, de toute façon ? »

Elle a l'air blessée. Une mère de famille les dépasse sans leur accorder un regard.

« Tu m'avais dit dans quel hôpital était ta mère. Y'a longtemps. Je voulais voir comment vous alliez, vu que je n'arrivais pas à te joindre. »

Elle marmonne ces dernières paroles si bas qu'il n'est pas très sûr de l'avoir comprise ; sa propre gorge est tellement serrée qu'il ne pourrait sans doute pas faire mieux qu'elle, de toute façon.

« Ah. »

Un silence lourd et inconfortable s'installe entre eux. Il ne veut pas s'excuser, pense confusément qu'il devrait le faire malgré tout – dans le doute, ne fait rien. Il doit remonter voir sa mère. Il veut oublier cette conversation. Parce que s'il doit se fâcher avec Elly, avec Rosie, avec Quade ou avec Carney, il n'aura plus aucune envie de retourner à l'école ; de finir ses examens ; d'aller où que ce soit, quand que ce soit, tout sera gris, noir, gris, noir, gris. Son père devra encore le supporter. S'il est instable, il n'aura ni hormones ni chirurgie. Son psy le lui a bien dit.
Il croise les doigts ; elle tape des pieds, soupire, repasse ses cheveux derrière ses oreilles.

« Quand tu reviens, t'as intérêt à tout m'expliquer. »

Je t'aime, ça compte comme une excuse ?

« Je vais te gifler. »

Parce que j'ai mal, là. Ma gorge brûle.

« Et ensuite on ira voir ta mère. »

J'ai mal, j'ai mal.

« Pardon, Elly.

-Tais toi. S'il te plaît. Tais toi. Laisse moi me calmer avant. »

Ma mère a encore plus mal que moi.

« Pardon. »


Dernière édition par Emrys Sulwyn le Dim 28 Juil 2013 - 19:13, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: SULWYN Emrys ▬ « I'm gonna make it to the top - well, let me show you »    Dim 28 Juil 2013 - 19:07



Elly l'a giflé, n'a rien dit à sa mère ; l'a pardonné, plus ou moins, est partie. Quand il est revenu à Embleton, tout ses amis étaient au courant. Quand il est revenu, Elly lui a dit que les pantalons lui allaient mieux que les jupes. Quand il est revenu, sa mère allait mieux.
Quand il est revenu, rien n'avait changé ; ou si peu.
« Tu vois, Arthur, je t'avais bien dit que tes amis étaient cool et tout. Tu devrais me faire confiance, tout ça. »
Ça fait du bien, de respirer.

« Alors, t'as peeeeur ? »

La voix de Rosie est sourde et rauque comme un murmure venu tout droit d'outre-tombe ; il en frissonne.

« Jamais de la vie. »

Bien sûr que non, il n'a pas peur. C'est rien qu'une vieille bâtisse abandonnée. Pas hantée. Squattée, à la limite, mais hantée...
Il jette un coup d’œil à Elly, que toutes ces histoires de fantômes intéressent plus ou moins. Elle a recoupé ses cheveux récemment ; ça lui va toujours aussi bien. Pourtant, il ne lui en a pas fait la remarque. Ça va faire deux mois qu'ils ont rompu, maintenant – et si au début il a protesté et clamé que ce n'est pas une solution, le jeune homme n'a eu d'autre choix que d'accepter la rupture sans passer ses journées le nez dans son oreiller. Le monde a continué de tourner, tout simplement.
Carney s'amuse encore à lui chanter qu'il est célibataire, parfois. Quade est un peu moins à l'aise avec lui, quoi qu'il le nie. Ça ne le dérange plus autant.
Il fait chaud et il pleut en même temps ; lui et Elly n'ont pas rompu à cause de ce foutu détail sans importance. Alors tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, c'est bien ça ?

Un sourire éclaire son visage. Sac sur une épaule, veste sur le dos et capuche remontée sur sa tête, il souffle sur une mèche de cheveux qui l'empêche de voir correctement.

« Bon, je rentre, je fais un tour et je sors. Si je reviens pas vous venez me chercher, hein ?

-Oui chef ! »

Ils se mettent tous au garde à vous ; Emrys avance vers la grande bâtisse abandonnée, sortant de l'abri que leur offrait les arbres. A mi-chemin, il s'arrête pour leur jeter un dernier regard. Il n'a pas peur, bien sûr qu'il n'a pas peur.
Ou juste des sans domiciles fixes ou autres drogués qui pourraient trouver le lieu à leur goût, à la limite.

« Allez, magne, trouillard ! »

Trouillard toi-même.
Il pousse la porte, retire sa capuche.

Clac ; tout se referme.
Attends un peu que le trouillard revienne, tiens.
Il en aura, des histoires à raconter.



• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •


« I'm in the basement, you're in the sky ;
I'm in the basement baby, drop on by.

Hold your breath and count to ten
And fall apart and start again -
Hold your breath and count to ten,
Start again, start again... »

Voilà mon cœur ; prudence en sortant :
 
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MessageSujet: Re: SULWYN Emrys ▬ « I'm gonna make it to the top - well, let me show you »    

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SULWYN Emrys ▬ « I'm gonna make it to the top - well, let me show you »

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