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 ❝ LINDEN Claris ▬ « Nous étions toujours ensemble. »

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Féminin Pseudo Hors-RP : Sköll
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• Age : 17
• Pouvoir : T'as une drôle de tête ce matin, non ?
• AEA : Un papillon philosophe parlant couramment le mirrorien.
• Petit(e) ami(e) : Une brioche.

RP en cours : Ça risque d'être un peu mouvementé.

Messages : 156
Inscrit le : 12/01/2011

MessageSujet: ❝ LINDEN Claris ▬ « Nous étions toujours ensemble. »    Jeu 13 Jan 2011 - 22:03



* Claris Linden


*nom – Linden
*prénom – Claris
*age – 13 ans.
*né(e) le – 30/06/1999.

Pouvoir
« Gémellisation. »

Claris n'a jamais retrouvé Yoan. Pourtant, il n'est pas si loin... En effet, depuis son entrée au pensionnat, on peut observer un très net changement chez la fillette, qui ne se manifeste que dans certaines situations particulière. Lors d'une forte émotion, ou lorsqu'elle dort ; on peut voir son corps de petite fille perdre ses formes naissantes et ses traits enfantins prendre un dessin plus grave. Jumeaux, certes, mais la différence est tout de même flagrante, lorsque Claris devient Yoan pour une durée limitée, sans en avoir aucune conscience. Différence d'autant plus choquante que ce Yoan-là n'est que peu semblable à celui qui existait jadis...

Alter Ego Astral
Mirror – Monarque

Imaginé par les jumeaux dans le cadre d'un jeu, Mirror est un papillon géant - presque aussi grand que la tête de Claris, en l'occurrence - aux couleurs du monarque, orange et or. Peu sociable, il préfère voleter au plafond loin des humains, tout à des pensées manifestement fort compliquées : en effet, l'insecte à l'âge indéterminé se targue d'être le digne possesseur d'un savoir sans commune mesure, et un philosophe aguerri. Bouffi d'orgueil, il pourrait indigner nombre d'"esprits inférieurs" par son maintien hautain, si seulement il parlait une langue qu'il n'était pas le seul, avec les jumeaux, à comprendre.

Passions
Les pâtisseries, tout ce qui peut être source d'amusement ou de jeu. Elle aime son frère, elle aime essayer de nouvelles choses avec un enthousiasme débordant, même si elle n'est pas très habile de ses mains. Claris se complait également dans les acrobaties en tous genres et le sport en général, bien qu'elle en récolte régulièrement de multiples contusions.

N'aime pas / Phobies
Claris a une peur panique de l’obscurité profonde et surtout des fantômes et des histoires d'horreur. Elle déteste être malade, ainsi que la couleur violette - qui ne a pas du tout avec ses cheveux ! Sinon, la fillette n'a pas assez de craintes pour la dissuader de foncer tête baissée dans tout ce qui semble avoir un minimum d'intérêt. Quoi qu'avec une assiette de choux de Bruxelles...



♪♫
« Et si moi je suis barge ce n'est que de tes yeux. Car ils ont l'avantage d'être deux... »

Physique


S'il fallait décrire Claris par le biais d'une image, on la comparerait à un tourbillon. Tourbillon de couleurs, tourbillon de formes, de gestes, de paroles et d'émotions. Une mouvance impossible à arrêter et un caractère furieusement endiablé, entraînant pour certains, fatiguant pour d'autres.
Claris ne fait jamais de pause. S'arrêter, pour elle, est synonyme d'ennui immédiat, et l'ennui est bien la dernière chose qu'elle supporte. Assise sur une chaise sans rien à portée, avec la sommation de se tenir tranquille, elle se tortillera sur son séant, soumise à la plus terrible des tortures. Comme si une famille entière de lapins fous bondissaient en permanence dans son estomac, la fillette se sent obligée de faire les gestes les plus larges et voyants, bouger le plus et le plus vite possible. Ne marchant jamais, elle va et vient à toutes jambes, tournant, sautant, dansant même, au point que l'observateur finit par ressentir un intense besoin de faire une pause pour évacuer le tournis qu'elle lui donne.
En outre, Claris met un point d'honneur à ne jamais parler comme tout le monde, mais à énumérer à toute vitesse toutes les choses qui lui passent pas la tête, quitte à massacrer quelques fois la syntaxe ou même de sacrifier des mots entiers. C'est que pour elle, tout ce qu'elle peut penser a forcément un intérêt. Raconter sa journée dans les moindres détails à un parfait inconnu ne la dérangerait nullement ; Claris a, en effet, une spontanéité telle que les bonnes manières ou les mises en gardes n'ont que peu de prises sur sa petite tête. En outre, elle es un peu têtue et oublie très vite les recommandations que l'on peut lui faire : l'idée que tout le monde ne puisse pas être beau et gentil a du mal à faire sa route entre ses neurones, tant l'optimisme y est fermement enraciné. Et s'y accrochant, se nourrissant d'une puérilité encore largement présente malgré son âge. Claris voit la vie en rose et n'entend pas descendre de son nuage paradisiaque : totalement imperméable aux remontrances et aux différentes responsabilités qu'on pourrait lui attribuer, la fillette ne se préoccupe ni des regards de ceux qui estiment qu'elle devrait grandir - de toute façon elle ne les voit pas - ni des grognements de ceux qu'elle horripile. Les sourires de ceux qu'elle aime lui suffisent largement : son coeur est très grand pour quelqu'un de sa taille, et elle donne sans compter à tous ceux qui l'entourent indifféremment. En revanche, lorsqu'une personne se montre méchante avec elle, elle tente parfois de se venger, mais la plupart du temps ses façades de résistante sont temporaires et s'écroulent vite avec quelques cris et des larmes. Et lorsque quelque chose ne lui convient pas, elle est prompte à traiter ses tortionnaires de tous les noms et à aller bouder un moment, quand bien même cela ne servirait strictement à rien. Cependant, il est extrêmement rare d'entrevoir sur ce visage rayonnant autre chose que de la joie ; Claris est un tourbillon de bonheur. Claris est contagieuse, Claris est un peu casse-cou, elle n'a pas consciente du danger. Claris est bruyante, elle fait mal à la tête. Claris n'est pas très intelligente et n'a pas deux sous de jugeote. Mais Claris est attachante, Claris est comme un bonbon à la menthe qui égratigne la langue avant de se faire d'une douceur de crème. Claris est un tourbillon de vie.


Physique


Si Claris n'était pas aussi prompte à donner la migraine par sa simple présence, son passage pourrait facilement échapper aux témoins. Ceci tout simplement parce que sa taille, de temps à autre, ne lui permet pas d'être aperçue par qui regarderait droit devant soi - oui, malheureusement ce sont des choses qui arrivent. Cependant, elle sait bien comment attirer l'attention ; qu'elle le veuille ou non, Claris n'est de toute façon pas assez discrète pour passer inaperçue de quelque façon que ce soit. Non pas qu'elle soit particulièrement voyante, ceci dit. Sa taille relativement moindre étant due à une croissance encore en cours, il n'y a pas grand-chose qui la distingue alors des autres petites filles de son âge. A la limite entre enfance et adolescence, Claris est encore menue, même si quelques rondeurs enfantines persistantes lui procurent un air candide et doux. Cependant, un seul regard à deux grands yeux d'un bleu aquatique, parfaitement éveillés et brillants, suffit à faire deviner sa nature facétieuse. En perpétuel mouvement, Claris fait preuve d'une aisance surprenante sur ses pieds, dansant et virevoltant entre les obstacles dans ses courses effrénées, ce qui ne l'empêche pas de faire régulièrement tomber les choses fragiles qu'on lui met entre les mains. Lorsqu'elle secoue sa tête blonde en niant l'évidence avec une moue boudeuse, ses mèches claires coupées court sans pour autant constituer un carré parfait lui donnent l'air électrifiée, et elle souffle sa frange avec mauvaise humeur. Sa peau est blanche, ni spécialement bronzée ni trop pâle, et son allure bien européenne a quelque chose de nordique. N'aimant pas à porter de nombreuses couches de vêtements sur elle, Claris va souvent en shorts, un peu moins en jupes - moins pratique pour barouder - et ne manque pas une occasion pour salir ou même abîmer ses affaires. Quoi qu'elle soit coquette à ses heures perdues, admirative devant la prestance des adultes, la fillette a autre chose à faire que de s'occuper d'elle - sauf lorsque, prise par l'ennui, elle décide d'aller jouer avec un maquillage qui ne lui appartient pas.
Discrète lorsque muette, elle est par conséquent la plupart du temps omniprésente par sa constante activité, et ce tout au long de la journée jusqu'à ce que, épuisée par ce rythme effréné, elle ne s'endorme pelotonnée dans un coin, un air d'insouciance persistant sur son visage angélique.


Histoire



Yoan se tient sur la pierre surplombant la rivière. Lorsqu’il regarde l’eau s’écouler, si vite, si vite, il se demande à quelle allure son corps serait emporté par le courant.

- The way I live is not that unusual -

    - Mademoiselle Linden ! Revenez ici immédiatement !

Il y a de la menace dans la voix de la surveillante, mais pas assez pour freiner la course de la petite blonde qui s’échappe de la cantine dans un déluge de cris, vivats ou huées. Brandissant fièrement la brioche de son voisin, acquise en revanche face à une blague de mauvais goût de la veille, la fillette s’échappe en riant après avoir tiré la langue à la gouvernante. Celle-ci, rouge et suante, ne dépasse pas le pas de la porte et vocifère avec entrain tandis qu’à l’intérieur de la baraque de bois les autres enfants en profitent pour crier à tue-tête.

    - CLARIS LINDEN !

Ce n’est pas comme s’il était envisageable de ne pas entendre la voix de Miss Roosewealth. On dit, parmi les enfants, qu’elle peut porter sur plusieurs kilomètres. Ce n’est sans doute qu’une exagération de plus, pense Yoan en fermant son livre et levant les yeux vers la source du bruit, mais il y a des fois où l’on serait bien tenté d’y croire.


Courant toujours, triomphante, Claris serpente entre les cabanes dortoirs, son butin à la main. Elle sait que personne ne la poursuivra, malgré les cris de la matrone. Il y a ceux que l’on punit et ceux que l’on gracie. Claris faisait partie de cette seconde catégorie. Toujours. Apparemment, ils n’avaient pas jugé utile de la réprimander.
Tant mieux pour elle.
La fillette ralentit, hors d’haleine mais encore toute frétillante, et s’arrête derrière une des constructions de bois dans le but de déguster son second petit déjeuner. Réjouie, elle mord dans la brioche à pleines dents et en savoure chaque bouchée avec délice.


Yoan est tenté de laisser son livre en place. Après tout, il ne voit pas bien qui le lui prendrait. Il n’y a pas de voleurs entre les dortoirs 7 et 12, et c’est dans ce coin-là qu’il se trouve. A la limite il y a Nell, la kleptomane de la baraque 4 qui irait jusque-là, mais il en doute. Et puis, on ne l’encourage pas à la facilité non plus.
De toute manière, il n’est pas si intéressant que ça, ce livre.
Le garçon se lève tandis que résonne la cloche de 10h. 10, comme son âge. Yoan aime les chiffres. 103 pas jusqu’à la salle de musique. Levant les yeux vers le ciel d’un bleu uniforme, il se demande où est Claris.


Claris, qui a fini de manger sa brioche, est déjà en route pour le cours de musique. Non, en fait, elle n’est plus qu’à cinq pas. Deux. Non, en fait elle s’est pris la porte.

    - Claris ? Mais que… ?

L’éducateur qui vient d’ouvrir se penche sur la fillette qui se tient le nez à deux mains. Il fronce les sourcils et l’observe, mais ne fait pas un geste dans sa direction. Claris le reconnaît, entre ses doigts croisés. Les yeux bruns, le nez long. Lui, c’est celui qui ne réagit pas.
Yoan dirait que c’est celui qui observe la réaction sans aide extérieure. Mais Claris ne comprend pas ce qu’il veut dire par là.
Alors elle se frotte le nez, puis sourit de toutes ses dents à l’éducateur et se remet debout. L’homme s’excuse et la fait entrer ; il a l’air satisfait.




Yoan fait glisser l’archet sur les cordes du violon. La mélodie commence bien, puis une fausse note se fait entendre, suivie d’une autre. Il reçoit un léger coup sur les doigts, ne grimace même pas, recommence. Dans les rangs, un ou deux « désagréables » ricanent méchamment sans qu’aucun adulte ne les reprenne. A la troisième fausse note, particulièrement comique, ressemblant au cri d’un canard, un petit blond ne peut retenir un éclat de rire. Aussitôt la voix sèche de l’instructeur et le bruit d’une gifle se font entendre. Personne d’autre ne bronche. Yoan continue de jouer ; ses doigts sont engourdis par les coups. Mais il n’y peut rien, s’il n’est pas doué au violon. Ses points forts sont le piano et la clarinette, mais il est censé jouer d’au moins quatre instruments à la perfection.
De l’autre côté de la vitre de verre, Claris est au piano. Elle n’est pas plus douée que lui au violon, il le sent, il le sait. Cependant, ses fausses notes à elle font rire les adultes et les enfants. Comme s’il s’agissait d’un autre monde, là-bas. Comme si la couleur du monde était déterminée par les personnes qui l’occupent.
Tout bien réfléchi, c’était sans doute le cas.



Yoan grimpe sur la pierre. Dressée entre deux arbres et des touffes d’herbe verte, elle surplombe la rivière qui coule en contrebas. Elles ne sont qu’à un ou deux mètres, en fait. De l’autre côté, il peut apercevoir une prairie verdoyante, et plus loin, un champ, et encore plus loin, un peu de fumée dans un coin de ciel bleu…

- The world around me seems so far -


    - Rends-moi ça !
    - Cyanne ! T’exagères !
    -Ooooh arrête avec ça Maeva, c’est pas ça qui va lui manquer avec toute la chair qu’elle a sur le dos !
    - Eh !
    - Cyyyyyyyaaaaaaanne !

Dans un bruit de chute assourdissant suivant le rugissement précédemment mentionné, Claris se jette sur son amie aux longs cheveux et roule avec elle sous la table. Se penchant en avant, les trois autres perçoivent quelques bruits de lutte, rapidement suivis de gloussements étouffés. Cependant, impossible de savoir qui se fait chatouiller à mort à l’heure actuelle. Il ne faut pas toucher au goûter de Claris, non, jamais.
Yoan lève les yeux vers les discrets objectifs camouflés entre les feuillages. Il est habitué à distinguer ces petits cercles sombres partout où il va, maintenant ; une fois qu’on en a pris conscience, difficile de les oublier.
Cyanne allait se faire passer un savon. Elle n’avait pas l’autorisation de manger entre les repas. Elle était au régime, comme « toutes les filles de son âge soucieuses de leur apparence » ; Ce qui était bel et bien son cas, d’ailleurs. Sans doute l’aurait-elle commencé toute seule, ce régime, si elle avait auparavant su de quoi il s’agissait.
Yoan échange un regard avec Maeva et June, qui lui sourient. Il est en permanence entouré de plus de filles que de garçons mais au fond, cela ne le dérange pas vraiment. Si c’est pour rester avec sa jumelle le plus longtemps possible, alors il peut supporter n’importe quoi, de toute façon. Même l’attitude protectrice de June ou la complaisance effacée de Maeva. Même ces caractéristiques peintes sur leurs visages comme à l’encre ineffaçable.
Soudain, une tête blonde ébouriffée surgit de sous la table, tirant le garçon de ses pensées ; Triomphante, Claris s’extirpe de la nappe en brandissant son bien et nargue son amie qui, à genoux, pleure sur sa jupe déchirée. Les suivant des yeux, Yoan songe que Cyanne n’est décidément pas faite pour l’extérieur, ne serait-ce que parce qu’elle déteste la terre, le soleil, la poussière, tout ce qui peut salir ses habits ou abîmer sa peau. Une vraie princesse ; alors que Claris, elle, est une enfant insouciante et casse-cou qui ne s’embarrasse guère de sa condition de fille ou de l’état de ses vêtements. Le regard du blond dérive sur les deux jeunes femmes qui tentent désormais de calmer Cyanne, prête à se ruer sur sa cadette pour lui faire payer le prix du sang. June, 19 ans, a tout de la mère poule autoritaire, plus concernée par le bien-être de ses frères et sœurs que par le sien. Maeva, 16 ans, montre toutes les caractéristiques d’une charmante épouse en devenir ; douce et réservée, vivant dans ses rêves de prince charmant. Elles sont ainsi, aussi différentes les unes des autres que des fleurs dans un jardin multicolore.
Non, plutôt, un étrange jardinier les a faites ainsi.

Au moins, songe le jeune garçon en se levant alors que retentit la sonnerie des six heures, personne ne risque de ressembler à untel autre, ici. Ici. Qu’est-ce que c’est, ici, au fait ? Lorsqu’il a utilisé ce mot devant Claris, il y a une semaine, sa jumelle lui a demandé en écarquillant les yeux s’il y avait vraiment un ailleurs. Si naïve. Si ignorante.
Ça fait mal, de la voir comme ça.
Yoan est le premier à se présenter au cours de géographie, comme toujours ; c’est ce qu’on attend de lui, alors c’est ce qu’il s’applique à faire, et il peut voir l’approbation dans les yeux de l’instructeur qui l’accueille. Celui qui est persuadé que le garçon est un jeune surdoué passionné par les chiffres, obéissant, qui ne serait en retard en classe pour rien au monde. Celui qui sait que June astreindra ses cadets à obéir à la cloche, que Maeva se lèvera sagement, que Cyanne arguera que son vernis à ongle n’est pas sec et que Claris se plaindra du contenu inintéressant du cours. Qui connaît l’ordre exact dans lequel arriveront les élèves. Non, l’ordre dans lequel ils sont censés arriver.
Yoan aimerait bien sécher un cours un jour, pour voir.
Mais cette idée a quelque chose de dangereux et terrifiant. Alors il se tait. Et il s’astreint à ne pas se traiter de lâche.




La voix de l’instructeur est irrésistiblement soporifique, mais Yoan a une remarquable capacité d’attention. Ce n’est pas le cas de Claris qui roupille paisiblement sur sa table, cachée derrière son manuel. Le surveillant l’a vue, depuis le moment où elle a commencé à piquer du nez, mais n’a pas fait un geste vers elle. En revanche, Yoan sait qu’il n’a pas intérêt à dévier les yeux du tableau d’un iota. Ce qu’il sait de l’attitude de sa sœur, il ne l’a pas appris en se retournant pour la regarder. Il le sait, c’est tout.
Mais d’autre part, il n’a pas l’intention de relâcher son attention, concentré comme il l’est, à essayer de voir à travers les planisphères étalés sur le tableau noir. Il suit des yeux la courbe des continents, tente de percer le secret de ces images qui ne ressemblent à rien de ce qu’il connait. Et pendant ce temps, l’instructeur débite de sa voix monotone un discours sur la pauvreté en Afrique, quand la majorité de la classe ne sait même pas où celle-ci se situe.
Pas sur la carte, non. En vrai. Par rapport à eux.
L’instructeur a toujours expliqué de nombreuses choses sur le monde, sans jamais faire de lien avec ses élèves. Yoan ignore où il se trouve. Il ne sait même pas s’il foule le sol de la même planète que ces Africains dont l’adulte déplore les misérables conditions de vie. Tout paraît si loin, comme dans une des histoires qu’il a l’habitude de lire dans son temps libre. Autour de lui, certains élèves s’apitoient, d’autres posent des questions d’une pertinence variable, persuadés de tenir la solution à tous les problèmes du monde ; d’autres encore ont bien plus d’intérêt pour les avions en papiers qu’ils font virevolter à travers la classe sous l’œil satisfait des surveillants. Et Yoan a l’impression d’être seul à se poser la question cruciale.
diable sont-ils sur ce planisphère ?
Mais il ne pose pas cette question non plus. Il sait que l’instructeur ne lui sourira pas s’il le fait. Tout comme il ne répondra pas à toutes les autres interrogations, si nombreuses, qui tournent perpétuellement et en vain dans sa boîte crânienne pleine de chiffres et de théorèmes.

Soudain, un bruit de chaise renversée fait sursauter toute la classe. Tous les élèves se retournent, dans un mouvement presque uniforme : Brutalement tiré de son siège par un surveillant au visage sévère, un garçon d’une dizaine d’année balbutie des excuses atterrées, entre deux hoquets de frayeur. Sous les yeux de ses camarades, l’enfant laisse tomber de ses mains tremblantes un avion de papier, et Yoan le reconnaît : c’est un des « assidus » du dortoir 6. Sans un mot, la grosse main du colosse au visage fermé s’abat sur la fragile construction, et d’un geste impitoyable, il attrape le gamin au collet pour le tirer hors de la salle malgré les sanglots qui l’agitent.
Et comme si rien ne s’était produit, sans même attendre que les pleurs du gosse se soient estompés, l’instructeur reprend le débit monotone de son cours, tandis que tous les élèves reprennent dans un même mouvement leurs activités précédentes. Yoan fixe à nouveau la carte. Il ne sait pas s’il s’agit d’un accord tacite entre les élèves, d’une tradition ou d’une règle absolue. Du plus loin qu’il s’en souvienne, les punitions ont toujours été ignorées de cette manière ; lui-même n’échappe pas à cette redoutable habitude.
Comme les autres, il n’arrive pas à réfléchir à l’arbitraire de ces châtiments.
Par contre, l’évènement a eu le mérite de réveiller sa chère petite sœur, songe-t-il en percevant l’éveil de la conscience de Claris, dans le fond de la pièce. Quelques minutes s’écoulent, seulement troublées par un ou deux toussotements de l’instructeur, puis une brève pensée lui parvient de sa jumelle, comme portée sur une vague immatérielle.
« Son Afrique là, on dirait une chaussette. »
Immédiatement suivie d’un gloussement quant à lui bien réel. Yoan sourit discrètement, amusé, et cesse de s’intéresser au cours pour compter le nombre de pays représentés sur la mappemonde, occupation nettement plus intéressante. Qu’a-t-il à faire de la misère d’un peuple qu’il ne connaîtra jamais ?



Le groupe joue au ballon autour de Claris. Claris souriante, Claris qui rit, qui tourbillonne. Mais soudain, elle aperçoit Yoan, Yoan seul, Yoan penché sur la pierre, et elle s’arrête, elle court vers lui en criant son nom…

- My world is only made of me and you -

    - Dis, il parle de quoi ton livre ?
    - D’un garçon dont les parents sont tués par des malfaiteurs. Pour se venger, il devient policier et essaie de les retrouver.
    - Il est bien ?
    - Ça va, oui.

Assis sur l’épais tapis de la salle commune de leur dortoir, Yoan tourne une page tandis que Claris lui explique en long et en large toutes les raisons pour lesquelles elle n’aime pas les romans policiers et préfère les histoires fantastiques. La 143ème. Sur 230. Il lui reste donc 87 pages. Il n’est pas loin du dénouement de l’histoire, mais le babillage incessant de sa jumelle ne l’incommode pas pour autant : Il n’a pas besoin de l’écouter pour savoir de quoi elle parle, et connaître le contenu de ses paroles ne lui fait pas perdre le fil de sa lecture. Claris ne le dérange jamais. Elle est bien la seule, d’ailleurs.

    - ... et puis c’est trop… Yoan, tu écoutes ce que je dis ?
    - « Un roman policier c’est trop compliqué à suivre, et puis c’est trop sombre, c’est déprimant ! » … Non ?
    - T’es pas obligé de deviner la suite aussi !
    - Désolé sœurette.

Coupée dans son élan, Claris fait la moue, et son frère lève les yeux de son livre en souriant.

    - Fais pas la tête.
    - Je ne fais pas la tête.
    - Si tu la fais.
    - Je te dis que non !
    - Ah bon ?

Et, rejetant son livre sur le tapis, le garçon se jette sur sa sœur avec un rugissement de tigre. La fillette roule sur le tapis avec des cris aigus, se tortillant sous les mains qui lui chatouillent impitoyablement les côtes aux endroits les plus sensibles. Yoan fait durer le supplice quelques minutes, puis tous deux s’écroulent l’un à côté de l’autre, encore haletants d’avoir trop ri. Lorsque l’un s’en prend à l’autre, c’est toujours une torture, justement parce qu’ils connaissent chacun les points faibles de l’autre par cœur.

    - Dis Yoan…
    - Hmmm ?

Le garçon se tourne sur le côté, face à sa jumelle, et rencontre deux fois son reflet dans ses grands yeux couleur d’eau claire. Quand il se trouve face à Claris, il a toujours l’impression d’être la deuxième face d’un miroir. C’est un sentiment plutôt apaisant – comme si à deux, ils formaient un tout.
La fillette a plutôt l’air embarrassée, hésitant à poser sa question ; il l’encourage d’un sourire.

    - Tu… crois que c’est comment, d’avoir des parents ?

Yoan fixe sa sœur longtemps sans rien dire. Il ne sait pas quoi répondre, parce qu’il n’en a aucune idée. Du plus loin qu’il lui souvienne, à l’instar de tous les autres enfants, il a toujours vécu ici, avec Claris. Quand ils étaient trop petits pour s’occuper d’eux tous seuls, un système de garderie les gérait, avec des surveillantes semblables à des nounous. Ils avaient tous deux grandi ensemble, dans cet endroit clos, au milieu de la multitude d’autres enfants qu’il renfermait. Comment fait-on les enfants ? D’où viennent-ils ? Quelles étaient leurs origines, à lui et Claris, qui étaient les seuls jumeaux de tous les dortoirs réunis ?
Toutes ces questions étaient toujours demeurées sans réponse dans la tête de Yoan. Et cela était d’autant plus douloureux qu’il avait l’impression, la quasi-certitude qu’il était le seul à se les poser. Voir sa jumelle partager un minimum ses interrogations le soulageait, tout autant que son incapacité à lui répondre le frustrait.
Il aurait voulu savoir. Il aurait voulu la rassurer.

    - … Hein ?
    - … Je ne sais pas, Claris. C’est comme pour tous les autres ; on ne voit ça que dans les livres. Mais ça a l’air gentil, des parents. Même si il paraît que c’est pénible, parfois.
    - Comment ça se fait qu’on en ait pas, nous ?
    - Je ne sais pas, sœurette… je ne comprends pas non plus, tu sais. Je suis désolé.

Claris soupire tristement, mais elle ne détourne pas les yeux. Ils ont toujours pu lire dans les yeux l’un de l’autre, mieux qu’avec tous les mots du monde. Jamais plus que lorsqu’il la regarde, Yoan n’a le sentiment d’être entier. Entièrement compris, accompagné, complété.
Est-ce que toute cette histoire avait un quelconque sens ?




4h23. Claris s’est réveillée en criant. 4h27. Blottie dans les bras de son frère, elle peut voir ses yeux qui suivent le trottinement de l’aiguille, sur l’horloge murale du dortoir 8. Elle sait que dans sa tête, il tire le 8 de ses pensées à elle et qu’il lie sa symétrie parfaite à leur gémellité. 4h30. Yoan distingue chaque détail du cauchemar de sa sœur, qui le repasse en boucle dans sa tête, encore et encore. Il sait qu’il est inutile de lui dire d’arrêter, qu’il doit attendre qu’elle se calme d’elle-même. Il peut sentir son petit cœur battre à tout rompre contre ses côtes à lui. Il a l’impression de serrer entre ses bras un oiseau aux os fragiles.
Alors il la serre contre lui, doucement, dans l’espoir de calmer ces battements affolés, passant la main dans ses cheveux, lui murmurant une berceuse dans sa tête, de façon à ce qu’ils soient les seuls à l’entendre.
Normalement, les jumeaux n’auraient pas du pouvoir se retrouver dans le même dortoir. Yoan avait été assigné au 6, où logent les garçons sages et travailleurs, et Claris à une baraque mixte. Mais les premiers jours avaient vite fait comprendre aux adultes qu’il était trop dur de le séparer ; quand Claris se réveillait en pleurant toutes les nuits ; quand son frère tentait chaque soir de s’enfuir pour la rejoindre. Finalement Yoan avait pu emménager dans le dortoir 8 : cela n’avait pas posé de problème, parce que de tels changements étaient courants. Les adultes programmaient souvent des flux entre les dortoirs : par exemple, introduire un cancre dans un dortoir de fillettes modèles. Laisser entrer le loup dans la bergerie et voir la réaction des agneaux, ou encore jeter l’un d’eux dans la tanière du fauve, voilà ce qu’avait toujours pensé Yoan de ces pratiques. Claris et lui étaient passés par là, aussi. Sa sœur s’en était sortie sans difficulté particulière grâce à son caractère accommodant, et lui avait dû apprendre à se faire respecter. Cependant, il avait vu que cela n’avait pas vraiment été au goût de son inspecteur. Parce qu’il n’était pas censé se défendre ainsi, visiblement.
4h52. Les jumeaux échangent les murmures de leurs esprits ; lorsque personne ne peut les entendre, alors qu’ils conversent de cette façon, Yoan a l’impression qu’ils sont seuls au monde. Il a interdit à Claris de parler de cette connexion entre eux aux adultes. Et puis, il lui a dit de ne pas en parler non plus à leurs amis. Et lorsqu’elle lui a demandé pourquoi, il s’est contenté de répéter que les instructeurs ne devaient pas savoir. 5h. Claris ne comprend pas les réticences de son frère. Mais elle a confiance en lui, elle est persuadée qu’il sait ce qu’il fait et agit pour le mieux. Yoan est la personne à laquelle elle tient le plus au monde ; il est celui qui ne la trahira jamais, auquel elle peut toujours faire confiance, et qui a toujours raison. Il est sa moitié et son protecteur ; c’est ce qu’elle pense, en glissant lentement dans le sommeil, et c’est ce dont il a conscience en écoutant ses pensées s’étouffer et s’évanouir peu à peu.
5h10. Yoan ne peut pas dormir.




    - Hey, Yoan ?
    - Qu’est-ce qu’il y a, Claris ?

Les jumeaux sont à genoux dans la poussière, non loin des préfas où se tiennent généralement les classes. En tailleurs sur le sol brûlant, Yoan se protège les yeux du soleil d’une main, tout en observant avec perplexité sa sœur empiler des cailloux dans un but inconnu.

    - Combien ?
    - 13.
    - Et là ?
    - 16.
    - Combien de pas d’ici au dortoir ?
    - 62.

Claris sourit, et son frère aussi, pour cette seule raison. Elle continue d’empiler des cailloux, et lui de les compter.

    - Tu sais, hier, le surveillant du cours de sciences, euh, tu vois…
    - Celui avec les grandes oreilles ?
    - Oui ! Lui ! Eh ben il m’a dit que, euh… j’aurais dû dire oui.

Le soleil tape impitoyablement sur la nuque de Yoan ; il l’aveugle, il lui donne mal à la tête et lui embrouille les idées. Il a dû manquer une insinuation mentale de sa sœur, parce qu’il a l’impression d’avoir loupé un passage.

    - Dire oui à qui ?
    - Ben à Anir, tu vois…
    - Il t’a demandé ?
    - Euh oui…

Le silence, et les trilles lancinantes des cigales. Yoan dénombre une vingtaine de cailloux empilés. Non, 23 très exactement. Son visage est impassible, ses lèvres serrées, son esprit clos. Il tend la main pour ôter la pierre du sommet de la fragile construction et la poser devant lui. 22. Un nombre double et qui devrait le rester.

    - Tu n’as pas à lui dire oui si tu n’as pas envie, sœurette.

Claris gigote, elle a l’air troublée.

    - Mais le surveillant a dit…

Elle semble se perdre dans une réflexion très compliquée.

    - Pourquoi il voulait, alors ? Je comprends pas pourquoi tu n’es jamais d’accord avec eux, Yoan.

Le garçon reste un moment silencieux. Il y a des choses qu’il se refuse à dire à sa jumelle. Parce qu’elle est si joyeuse. Si naïve, encore. Il ne veut pas lui parler de ça. Alors il sourit d’un air de mystère :

    - C’est un secret.

A vu de la furie blonde qui lui dégringole aussitôt sur le coin de la figure, Claris n’apprécie pas les secrets. Yoan rit, mais ses lèvres restent closes ; elle n’a pas besoin de savoir. Il ne veut pas ternir ces grands yeux clairs.
Quand bien même cette gaieté naturelle lui aurait été imposée. Quand bien même il ne s’agirait que d’une gigantesque farce. Elle n’a pas à en faire les frais.
Il le refuse.




    - Comment tu dis ?
    - Grand comme ça, décrit le garçon en écartant les bras, très raide, sous les yeux écarquillés de sa sœur.
    - C’est pas une blague, grand frère ?
    - Je ne crois pas que ça existe en vrai, mais dans mon livre, ils étaient comme ça. Et leurs ailes étaient comme les reflets l’une de l’autre, de toutes les couleurs, comme un arc-en-ciel. C’est pas génial ?

Il est rare de voir Yoan s’emporter pour quelque chose, mais c’est le seul sujet qu’il a trouvé aujourd’hui pour distraire sa sœur et éviter les questions gênantes de plus en plus fréquentes. Et puis, le souvenir des insectes aux ailes brillantes peintes par son imagination débordante est encore assez vif dans son esprit pour le remplir d’émerveillement. Envahie par toutes les belles couleurs qu’il s’efforce de lui transmettre, Claris affiche un air béat.
Les jumeaux sont à plat ventre sous une table dans l’une des salles d’étude silencieuses. Autour d’eux, toutes les chaises sont vides, ce qui ne les empêche pas de chuchoter. Le livre récemment fini par Yoan gît ouvert sur la tranche, exhibant une gravure aux couleurs un peu passées : elle représente une nuée de papillons sur un fond de forêt ; mais les arbres représentés sont si petits que les insectes paraissent immenses.

    - C’est dommage qu’ils n’existent pas. Regrette Claris avec une moue désappointée, les yeux encore brillants.

Son frère se prend le menton dans une main, comme sous le joug d’une intense réflexion :

    - Hmmm… Tu sais, on ne peut pas en être sûrs. Si ça se trouve ils existent. Mais – et il lève un doigt devant la fillette aux yeux écarquillés, triomphant – il y a un moyen très simple de les rendre réels !
    - Lequel, diiis ?
    - Hm hmm… Mais d’abord tu dois me promettre la moitié de ton dessert de soir !

Claris laisse échapper un cri d’indignation, et le blond regarde avec amusement son visage prendre une originale couleur écrevisse.

    - Ça se fait pas Yoan ! En plus ce soir on a des profiteroles… Gémit-elle, tandis que son tortionnaire éclate d’un rire bon enfant.
    - Bon, d’accord. T’as de la chance. Alors il faut que…

Se penchant, le garçon lui chuchote la marche à suivre à l’oreille, le tout légèrement romancé pour accentuer l’attrait de l’aventure. C’est un de leurs jeux préférés, lors des jours de congé : s’immerger dans les mondes de papier de Yoan, vivre des histoires extraordinaires. L’esprit emmène loin, c’est ce qu’il a l’habitude de répéter. Il suffit d’y croire juste un peu. Juste un peu de bonne volonté.

    - … Mais où tu veux que j’aille chercher des cheveux de sirène ?

Contrairement à son jumeau, Claris a tendance à considérer facilement les problèmes pratiques. Le garçon grimace.

    - Ben je sais pas, moi, t’as qu’à dire que c’est n°405 la sirène. Propose-t-il en songeant à la surveillante brune qui organise les permanences du week-end.
    - Elle ?! S’exclame Claris d’un air révolté : Mais tu as vu sa voix ? On dirait un canard enroué !

Yoan soupire avec un agacement feint tandis que sa jumelle s’esclaffe ; il profite de cet intervalle pour tendre la main et lui voler une mèche de cheveux blonds.

    - Tiens, les voilà tes cheveux de sirène. Déclare-t-il tandis qu’elle reprend son souffle, les yeux brillants. Bon, maintenant, tu l’imagines, et on va chercher le reste. Tu y penses fort, hein ?

Les deux enfants ferment les yeux, front contre front, et Yoan voit se dessiner la silhouette immense, parfaitement ciselée, entre leurs deux esprits. Ses ailes ne sont ni bleu azur ni vert émeraude, mais d’une flamboyante couleur d’or.

    - … Comment il s’appelle ? Chuchote Claris sans ouvrir les yeux.
    - Mirror. Répond-il de même.




Yoan est assis là, encore. Il regard toute cette eau qui rugit et emporte tout sur son passage ; il pleut trop fort, la rivière est sortie de son lit et se déchaîne contre la terre. Mais même en tendant les mains, il ne saisit pas les flots hurlants, seulement des lignes barbelées qui ne savent que lui déchirer les doigts.

- I don’t care about myself -


Claris fronce les sourcils, très concentrée. A sa droite, Yoan lui coule un regard perplexe : il est rare qu’elle soit attentive en cours - qui plus est en plein cours d’histoire, elle qui préfère les grandes aventures aux ennuyeux changements de régime sur la base d’enjeux qui lui échappent. Il la croirait presque en train de réaliser un pliage compliqué sous son pupitre, mais tel n’est pas le cas, au contraire. Elle semble absolument absorbée par les paroles du professeur.
Debout sur son estrade, l’adulte en costume gris, crâne rasé, explique d’une voix solennelle la tragédie qui s’est abattue sur l’Europe au début du XXè siècle. Tout en écoutant d’une oreille distraite le récit des carnages orchestrés par un certain allemand dont le nom n’a été cité qu’une fois, Yoan jette un regard autour de lui : non loin, Cyanne pouffe en coin en passant de petits mots à sa voisine de table. Celle-ci en envoie un à Claris, qui le pose dans un coin de sa table sans y accorder un regard. Chez Yoan, ce n’est même plus de la surprise, c’est de la stupéfaction.
De l’anxiété aussi, lorsqu’il jette un coup d’œil à l’examinateur planté dans l’encadrement de la porte. Il sent que quelque chose n’est pas comme d’habitude. Il prie pour que Claris ne se mette pas en tête de…

    - Excusez-moi monsieur ?

Le sang du garçon se fige dans ses veines alors que la voix du professeur s’éteint. A sa gauche, Claris a levé poliment la main, et son visage est empreint d’une innocente curiosité. Mais Yoan sent une coulée de sueur froide lui parcourir le dos en fixant le regard impassible du professeur ; il voudrait sauter sur sa sœur et plaquer sa main contre la table.
Claris ne pose jamais de question en cours. Jamais. C’est une gamine adorable, pleine de bonne volonté, mais ça l’ennuie, les cours, et tout ce qu’elle guette en classe c’est l’heure de la pause. Toujours.
Le léger mouvement d’autorisation esquissé par l’adulte n’a rien de rassurant pour Yoan. Claris, elle, n’hésite pas à poser sa question.

    - Je n’ai pas compris pourquoi Alfonse Ikler…
    - Adolphe Hitler. Corrige l’homme entre ses dents.
    - Oui, pardon. Je n’ai pas compris pourquoi il voulait tuer la moitié des gens en Europe.

L’homme en gris ne répond pas. Son regard se fait sévère, très noir, et soudain Claris elle-même sent la menace qui s’en dégage. Elle rentre nettement la tête dans les épaules, se tasse sur sa chaise et baisse les yeux comme par l’effet d’une soudaine timidité. Yoan se force à respirer à fond ; ses doigts agrippent nerveusement le bord de sa table. Mais le professeur reprend alors son cours comme si de rien n’était, et il réussit enfin à débloquer son souffle dans sa poitrine. Un coup d’œil en direction de Claris lui apprend que, passé le premier moment de stupeur, elle n’est nullement découragée et continue à essayer de comprendre cette histoire qui la dépasse, quoi qu’en renonçant à la réponse espérée. Yoan a un mauvais pressentiment, et tente de lui signifier de se tenir à carreau, mais pour une raison inconnue elle reste sourde à toutes ses exhortations silencieuses.
Cinq minutes plus tard, sa main s’élève à nouveau parmi la forêt de têtes blondes penchées sur leurs feuilles.
Yoan voit clairement l’enseignant réprimer un soupir et secouer la tête. Il ferme les yeux, cramponné à sa chaise, alors que la peur l’envahit. Pitié, arrête ça. Arrête ça tout de suite. Sois pas idiote, bon sang.

    - Quoi ?
    - Mais si il voulait que des gens blonds, pourquoi il a pas plutôt distribué de la teinture pour les cheveux ?

Derrière eux, Cyanne s’étrangle en essayant de réprimer un rire. Claris se retourne et lui demande ce qui la fait rigoler, d’un ton presque agressif qui se noie dans le brouhaha provoqué par sa question. Soudain, le maître cogne du poing contre la table, avec violence et à trois reprises.

    - SILENCE !

Le calme revient aussitôt. Il pointe un index autoritaire en direction de la petite blonde.

    - Linden ! – c’est la première fois qu’un adulte appelle Claris par son nom de famille – Encore un mot et vous irez au piquet ! C’est clair ?!

De toute évidence, pas assez pour elle. Yoan a l’impression qu’on le brûle à petit feu sur sa chaise ; qu’elle va le tuer, à force de jouer avec les allumettes. Ça va exploser. S’il te plaît, ne recommence pas.
A la troisième occurrence de sa main levée, le professeur ne prend même pas la peine de répondre. Un geste au surveillant à l’entrée et celui-ci se dirige vers la table de Claris avec rapidité, la relevant par le poignet sans prêter attention à ses protestations.
Yoan bondit sur ses pieds en lui criant de la lâcher. Personne ne peut lui reprocher ce comportement, et par ailleurs il ne pourrait pas s’en empêcher. Mais le surveillant se contente de l’attraper au collet de sa main libre et de les traîner tous deux à l’extérieur dans le tumulte d’une salle en ébullition. Yoan est jeté derrière la porte d’une salle vide, et il a beau taper, personne ne vient lui ouvrir. Derrière la vitre déformée, il distingue la chevelure blonde de sa sœur qui s’éloigne, il n’entend que ses cris paniqués. Lui aussi crie, sans doute. Il ne s’en rend pas compte.


Dehors, en fin d’après-midi, les garçons du dortoir 8 organisent une guerre contre les « bagarreurs » du dortoir 9, négligeant visiblement le score actuel, qui est de 10 à 0 en leur défaveur. Pas la peine de compter sur Yoan : il ne se joint jamais à ce genre de jeu. Il pourrait, il le sent ; mais il ne le doit pas. Il n’est pas censé s’amuser à ce genre de chose. Mais de toute manière, pour l’heure, le garçon est assis sur les marches de l’entrée, se rongeant les ongles à s’en faire saigner les phalanges. Son regard ne sait que guetter : la seule raison pour laquelle il est là à attendre au lieu d’agir – mais d’agir, comment ? – c’est qu’il n’a pas senti le mensonge chez le médecin qui est venu lui dire que sa sœur reviendrait dans la journée. Elle reviendra. Il ne peut rien faire d’autre qu’attendre. Alors il attend, en s’attaquant au bout de ses doigts, le cœur gelé par une terreur irrépressible. Tout autour de lui, les yeux sombres des caméras dardent leurs regards perçants sur sa chair à vif d’angoisse. Un seul mot l’obsède : Reviens. Reviens. Je sais que tu es toujours là, reviens.
Lorsqu’enfin il aperçoit la silhouette fragile de sa jumelle, une sorte de courant électrique le traverse de part en part, et avant même de s’apercevoir qu’il s’est levé, il se retrouve près d’elle.

    - Claris, ça va ?!

Elle lui renvoie un regard étonné de ses grands yeux clairs. Yoan la détaille des pieds à la tête : son corps n’arbore aucune marque, il n’y a rien d’anormal dans la marée étincelante de ses yeux. Il voudrait la serrer contre lui, la toucher pour être certain qu’il n’y a pas d’erreur, l’inspecter sous toutes les coutures pour être certain que personne ne lui a rien fait. Et elle, le regarde sans avoir l’air de comprendre son inquiétude.

    - Ben oui. Pourquoi tu fais cette tête ?
    - Mais je… enfin, je m’inquiétais ! T’es bête aussi, de t’être comportée comme ça ! Ils t’ont pas fait mal ? Qu’est-ce qu’ils ont fait, dis-moi !
    - Mais… Rien ! Répond la fillette, de plus en plus perplexe. C’était une visite de routine comme celles qu’on a tous les mois, tu sais. Ils m’ont juste dit de ne pas être insolente et de ne pas me bagarrer avec Cyanne. Je pense que – elle fait la moue – je vais arrêter pour de bon de les écouter en cours. Si c’est pour se faire gronder, moi je préfère parler avec les filles.

Yoan la regarde, les bras ballants, désemparé comme jamais. Son regard est posé sur elle, mais elle a l’impression qu’il la traverse pour s’enfoncer dans le sol.

    - Yoan ? Tu fais une drôle de tête.

Juste le temps pour le garçon de passer une manche sur ses yeux en balbutiant vaguement un « non, rien ». Tout va bien. Tout va bien.




    - Dis, euh… en fait… en fait tu sais, moi je…

Elle a les joues roses comme des cerises et ses yeux verts brillent beaucoup. Ses longs cheveux couleur de châtaigne fraîche sont répandus sur ses épaules, elle a joint les mains sur son tablier et tourne nerveusement les épaules d’un côté et de l’autre. Yoan est appuyé contre le mur sur une épaule, les mains enfoncées dans ses poches. Derrière lui, à quelques mètres, il sait que n°216 l’observe attentivement – mais il ne voit là que son dos. En outre, il sait qu’il se trouve dans le secteur où les micros sont hors service (depuis la tempête de novembre) – c’est d’ailleurs pour cela que lorsque Lydia a voulu lui parler, il l’a entraînée derrière ce bâtiment.
L’adolescente cherche ses mots et lui attend patiemment. Lorsqu’il la voit dans cet état, cette fille qu’il connaît à peine, il y a des idées bizarres qui lui viennent à l’esprit. Il connaît déjà la question. Il connaît déjà la réponse.

    - … en fait moi je t’aime…

Lui ne dit toujours rien. Elle paraît rassembler tout son courage pour les mots suivants :

    - … est-ce que toi tu…

Le regard de Yoan s’égare un instant vers les caméras de surveillance. Il y a deux réponses à cette question. Une étiquette à appliquer.
On voudrait, soit qu’il accepte pour lui faire plaisir, soit qu’il la rejette le plus doucement possible pour ne pas lui faire de peine. On voudrait. Yoan sent un élan d’insubordination lui cogner la poitrine. Il ne regarde même pas Lydia pour répondre :

    - Non.

Elle doit le penser méchant, dédaigneux, insensible. Il l’entend renifler sans quitter cette expression ennuyée qu’il a plaquée sur son visage, mais il sait qu’elle n’ira pas ébruiter l’affaire ou s’effondrer en larmes devant tout le monde. C’est une « complaisante ».
Bien après qu’elle l’ait quitté comme une ombre silencieuse, le garçon aux mèches blondes s’effondre contre le mur et enfouit son visage dans ses mains. Histoire de faire illusion.




La pelle du potager racle contre le sol, soulevant dans un nuage de poussière le voile de toutes les illusions. Yoan a le pas inégal : l’outil est lourd pour ses mains plus habituées à tourner des pages qu’à soulever des fardeaux pleins d’échardes. Il se dirige vers l’abri à bois, derrière lequel il sent la conscience de Claris comme une petite flamme dorée. Elle n’est pas seule.
Lorsqu’il tourne le coin, il reconnaît la peau mate et les yeux noirs surpris de le voir là : c’est Anir, encore. C’est la troisième fois qu’il le surprend à essayer de voler un baiser à sa sœur. Il en a marre.
La pelle se lève sans aucune sommation. La mise en garde, c’était les deux fois d’avant.

    - Maintenant tu lui fous la paix, connard !



Yoan est assis sur le bord du lit blanc, les jambes pendantes. Face à lui, la psychologue secoue la tête en lui expliquant que la violence n’est pas la solution. Que jurer, c’est mal. Que la jalousie est une chose normale, qu’elle comprend ce qu’il ressent en tant que jumeau, mais qu’il doit laisser sa sœur vivre un peu par elle-même. Alors que sa tête se balance docilement en un mouvement de compréhension, intérieurement, le jeune garçon crache avec mépris. Psychologue de façade qui ne fait que bêler des évidences et des stupidités. La psy, ici, ce n’est pas elle. Elle n’est même pas fichue de comprendre qu’entre Claris et lui, un plus un ne font pas deux. Un plus un font toujours un.



La pierre le dissimule aux yeux de tous. Il y est adossé, les jambes glissées entre les barbelés, comme s’il voulait devenir pierre lui-même. Ses baskets pendent dans le vide, depuis que l’eau a emporté la moitié de la berge de son côté, mais tant pis, ou tant mieux. Personne ne le voit, là, tout le monde l’oublie, et il pourrait mourir ici, seul, que personne ne viendrait le chercher…

- Walls are all sprinkled with scars -

June est partie. Un beau soir, comme ça, elle a franchi les grilles en leur adressant un simple signe de la main. Et depuis, plus rien. C’est comme ça que ça marche : lorsque les enfants ont trop grandi, ils sont transférés ailleurs. June a 18 ans, Yoan a bien compté. Les doigts serrés sur ceux de Claris, il l’a regardée partir en agitant la main, avec un petit pincement au cœur. Elle va lui manquer, mais d’un autre côté, c’est mieux pour elle : Kevin est parti depuis quelques mois. Depuis qu’il n’est plus là, elle est triste, June. Yoan est sûr qu’elle l’aimait beaucoup ; au moins comme ça, ils pourront se revoir.
Au bout d’un moment, tout le monde part. Même si personne ne sait où. Tous les ans, de nouveaux enfants arrivent, aussi, mais les jumeaux ne savent toujours pas d’où ils viennent. C’est comme si le « village » était un lieu de transit dont ils ne pouvaient voir ni l’entrée ni la sortie.
Ils ont bien tenté d’interroger les plus grands. Depuis que Maeva est amoureuse d’Evan, un jeune homme de la baraque 3 dont Yoan a appris à apprécier la gentillesse, elle est ailleurs, mais aussi plus loquace sur ce genre de questions. Cela inquiète un peu les jumeaux, qui trouvent qu’elle ressemble de plus en plus à une adulte : leurs jeux et leurs conversations ne l’intéressent plus. Elle est ailleurs. Elle est avec Evan.
« Elle est bizarre. » Dit souvent Claris.
Quoi qu’il en soit, Maeva a daigné les éclairer de façon laconique sur la façon dont sont faits les enfants. « Lorsque deux adultes s’aiment vraiment très forts, ça fait un bébé. », c’est sa réponse. Yoan ne la trouve pas vraiment satisfaisante.
Il se demande comment elle peut le savoir, aussi.
Et il a peur de la voir disparaître à son tour.




Lorsque sonne l’heure de la visite médicale mensuelle, la plupart des enfants s’y soumettent avec docilité. En général, on leur sert un copieux goûter après-coup, et rares sont ceux qui résistent à cette perspective. Que représente une petite piqûre face à une table couverte de douceurs ? Même si en général, les passages ne se font pas sans larmes.
La dame aux jolis cheveux bruns place un cache devant l’œil de Claris. La fillette fixe la feuille tachée d’encre, d’un d’abord si concentré qu’on la croirait capable d’y percer un trou. Mais rapidement, sa prunelle brille et elle pouffe sans retenue :

    - Cyanne avec une tête de canard !



Un hoquet de rire masque la question de l’infirmière dans la cabine d’à-côté. Le regard de Yoan glisse sur les tentures blanches, puis sur le visage mou et joufflu du docteur. L’homme au visage flasque agite son stylo devant le test de Rorschach, avec un brin d’irritation. Yoan hausse les sourcils. La femme répète la question.
Le garçon regard la tâche. Il pense « un cafard écrasé ». Sa bouche dirait bien « un bouquet de fleurs magiques » comme Claris, à-côté. Son cerveau soupire.

    - Le système solaire en bulles de chewing-gum.

Les médecins hochent la tête en cœur, comme abrutis. Les infirmières sourient.

    - « Soleil » ? - Sieste. / Pierre. - « Vider » ? - Bain. / Tête. - « Croyance ». - Chocolat. / Vide. - « Bagarre ». - Pansement. / Papier. - « Etudes ». - Table. / Nombre. - « Manger ». - Gâteau ! / Avaler. - « Craquer ». - Bois. / Os. - « Descendre ». - Oiseau. / Oiseau. - « Jumeau ». - Toi. / Toi. - « Vert ». - Vipère. / Champ. - « Table ». - Frère. / Tapis. - « Grignoter ». - Souris. / Horloge. - « Pomme ». - Rouge. / Toi. - « Reflet ». - Papillon. / … Toi.

Ça y est. Yoan a cru voir un éclat étrange dans l’œil humide du docteur : sa gorge s’encombre et son cœur s’étouffe. Il se maudit. Il maudit sa tête de ne pas savoir trouver les bonnes réponses, il se maudit lui-même de ne pas être à la hauteur. Il le sait, en fait. Il est trop jeune.




Claris babille comme un moineau joyeux. Elle taquine Cyanne, parce qu’elle a pleuré, la petite princesse, quand on lui a fait la piqûre : Claris est très fière, elle n’a rien dit, elle a été courageuse. Yoan, qui a vu ses yeux s’embuer vaguement au contact de l’aiguille, ne relève pas et sourit. Claris se tourne vers lui et le sien l’éblouit ; il a l’impression d’avoir le soleil au fond des yeux, et quand elle lui attrape le bras il l’a sur la peau. Sa gorge se noue différemment que quelques minutes plus tôt. Ça fait mal, et il est trop jeune.
Le soir tombant, la luminosité baisse. Yoan regarde le ciel où pointent les étoiles ; quand il baisse les yeux, les autres sont partis devant, et les jumeaux sont immobiles. Claris le regarde, silencieuse : il ne s’en était pas aperçu. La révélation se déroule face à lui comme un tissu soyeux dont le contact lui brûle la peau.
Il ne verra pas le jour. Le jour est là, devant lui, il a les yeux bleus et l’air innocent ; mais lui n’y est déjà plus.
Sa peau est douce, elle a la chaleur du soleil. Il n’y a pas de larmes dans ses yeux, non, la lumière y est trop forte – les lèvres du garçon les caressent, elles effleurent sa bouche. C’est salé, mouillé comme la rosée sur l’herbe tendre.
La même que moi – pareille à l’intérieur, l’un dans l’autre, liés, réversibles.
Toi, sous ma peau. Toi.
Comment te dire adieu ?
Deux mains qui se lâchent et deux souffles qui se séparent, le lien qui se distend, et Yoan ne reviendra pas ce soir. Pendant ce temps la nuit les éloigne, elle les engloutit.


Yoan est debout sur la pierre. Il regarde en bas, les eaux tourbillonnantes, et il se dit qu’il pourrait bien sauter tout de suite. Il se moque des barbelés. Il se moque de la chute. Et ses semelles humides glissent sur la pierre lisse.

- So this is the end of me. -

Il fait noir. Yoan a les doigts moites et la nuque humide d’angoisse. Dehors, aucun bruit plus agressif que le doux bruissement des arbres de part et d’autre de la clôture ne vient troubler la nuit. La salle est silencieuse, les tiroirs clos, et les serrures verrouillées lui opposent une immobilité hostile ; il a l’impression que, faisant fi du signal qu’est censée lui adresser Nell au moindre mouvement suspect, la lourde cadence des bottes de cuir retentit déjà dans le couloir. Il sent presque les mains rudes d’un surveillant s’abattre sur sa nuque : il ne devrait pas être ici.
Dehors, aucun bruit. A l’intérieur, les battements de son cœur jouent une cacophonie insupportable. Yoan l’arracherait bien de sa poitrine pour le faire taire, tout comme le métronome à la régularité douloureuse qui force son cerveau à égrener les secondes – impitoyable.
Dans le couloir, l’ombre de Nell la voleuse vacille au rythme des nuages. A la lueur de la lune, le garçon fait jouer le crochet dans la serrure, comme elle le lui a appris. La contrepartie n’était pas bien grande, pour une compétence pareille. Il a eu du mal à se l’allier, en revanche – mais à présent c’est bon. Cette fois, ça y est.
La serrure émet un cliquetis d’agonie et Yoan plonge deux mains fiévreuses entre les dossiers fripés par le temps. L’enfermement dans un espace obscur où l’on voudrait les oublier – ils s’y développent dans le noir, pareils à des végétaux fétides étendant leurs racines blafardes pour lier les chevilles de leurs proies, les enserrer toutes dans une étreinte sordide et pomper leur essence, les vider à leur tour ; subsister, monstruosités aveugles et voraces.
C’est bon. Yoan ne pense plus à ce qu’il y aura après. Il chasse la peur, la soif est trop grande ; il tourne le dos à la lumière du jour. Parce que c’est tout ce qu’il veut – la Vérité.




Quand le sifflement de Nell retentit, les heures se sont ramollies et mélangées dans la tête du jeune homme. Il a les oreilles qui bourdonnent, du coton entre les tempes ; son estomac se retourne, lacéré par les caractères imprimés minuscules que la nuit a gravés sur sa rétine. L’information ne parvient pas à traverser la vague de nausée qui le submerge. Il relève la tête en hâte, chancelle et tente de se retenir à une chaise ; les dossiers lui échappent des mains. Des liasses entières s’éparpillent autour de lui comme des nuées d’oiseaux blancs et aveugles. Yoan se penche par-dessus la chaise et vomit, quand bien même il n’y a rien à rendre dans son estomac. Les bottes de cuir martèlent le sol en une cacophonie insupportable.
Le garçon essaie de se redresser, mais ses jambes sont coupées, sans forces. Ses semelles glissent sur une mare de papier ; lorsqu’il jette un regard à travers la haute fenêtre, la faible lueur du jour qui s’éveille semble désolée pour lui.
Le soleil lui fait un clin d’œil.
Puis la poigne des hommes en gris s’écrase sur ses épaules et il se sent arraché à son support, soulevé du sol avec une violence assommante. Il se débat. Il hurle. Il vide ses entrailles, encore, il pleure, peut-être, s’arrache les cordes vocales et les ongles sur les murs, insecte impuissant s’efforçant d’échapper à l’attraction d’une tornade. Ses doigts s’accrochent désespérément à l’étincelle du jour qui se lève, ce jour qu’il ne verra plus.
Puis la porte claque et la lumière disparaît.




Il a les poumons en feu. Sa gorge est écorchée, et elle brûle, brûle. Les ronces et les branches fouettent ses plaies à vif, ses jambes fonctionnent toutes seules et il court, il court dans le noir, on lui hurle aux oreilles, il court. Les barbelés n’ont laissé que la chair sur ses os, il ne sait plus s’il court après ou avant, il fuit et c’est tout ; il retourne se jeter sous la lame du scalpel.
Il fait noir. Ses oreilles saignent des cris de douleur.
Il est perdu.



Claris grimpe sur la pierre surplombant la rivière. Debout, les bras écartés, elle regarde en contrebas ; elle contemple l’eau qui s’écoule, si vite, si vite, et elle se demande à quelle allure son corps serait emporté par le courant.

- Something was broken somewhere. -

La brioche roule vers le bord de la table et s’arrête à la limite du gouffre, restant là sur l’arête à vaciller. Elle regarde Claris. Claris regarde la brioche.

    - Je ne vais pas me laisser faire par une brioche.

Une pichenette, et la malheureuse viennoiserie s’écrase mollement à terre, avec un petit bruit mat. Cyanne se met à crier. Miss Roosewealth aussi. Claris leur tire la langue, renverse sa chaise et s’enfuit en courant.




Où es-tu ?
Claris a le bout des doigts douloureux, qui rebondissent contre l’entrelacs grillagé enserrant son petit monde dans une éteinte raide et immobile. Elle essaie de compter le nombre de mailles, mais elle s’embrouille au bout de la 21ème. Ses tennis raclent un sol poussiéreux ; elle décide plutôt de compter ses pas.
Combien ?
La fillette s’arrête là où le nœud des arbres s’efface derrière le grillage : entre deux hêtres, elle peut apercevoir un coin de prairie d’un vert tendre que n’a pas le gazon d’ici. Le soleil rougeoie, il chauffe sa nuque et fait chatoyer le paysage. Ses doigts se glissent entre les mailles.
Qu’est-ce qu’il y a, après ?
Les carrés vides défilent mais le tableau ne révèle rien. Claris entend l’écho insistant de ses pas au fond de ses oreilles ; pas un souffle d’air pour entretenir l’illusion d’une deuxième mesure binaire. L’été se moque de sa solitude et referme une main de plomb sur son petit cœur. C’est comme s’il n’y avait plus aucun rire dans l’air depuis que Maeva est partie. Comme si tout s’était tu depuis l’évaporation de son frère.
Mais où es-tu ?
Le panorama s’étale et Claris se sent vide. Le soleil suspendu solitaire dans un ciel sans nuages assèche les allées désertes, et elle a perdu le compte de ses pas. Mais petit à petit, le glougloutement énergique de la rivière se fait entendre, croissant. Encore quelque pas et le grillage laisse sa place aux fils barbelés sur lesquels elle fait coulisser ses mains. Les mailles sont arrachées par on ne sait quoi, les câbles tendus à la va-vite. Une grosse pierre se dresse entre deux touffes d’herbe fraîche comme pour leur faire obstacle. Claris se glisse entre leurs crocs de fer et ses chevilles nues rencontrent la roche froide, qu’elle escalade. Debout à son sommet, elle se tient d’une main au câble en regardant en bas, en bas vers la rivière, qui rugit et s’écoule sans s’arrêter, indifférente.
Elle se balance, l’aventureuse, ses pieds hésitent devant la force du courant. Quelque part à gauche, il y a un oiseau qui chante. Claris regarde la forêt, elle fouille les champs du regard.
Elle descend de la pierre qui reste froid et impassible sous ses doigts.
Et alors ? Au fond de Claris, il n’y a pas de va et viens progressif. Des milliers de questions informulables et aucune réponse, bourdonnant derrière une porte fermée qu’elle appelle « Bonheur ». Il y a de l’incertitude, un sentiment de faiblesse coupable, mais aussi la crainte de l’inconnu tapis dans les recoins sombres. C’est une petite fille qui a peur du noir.
Sauf qu’elle déborde d’une foi énorme.
La seule de toutes les certitudes. Toi.
Et ça suffit. C’est tout ; rien d’autre n’importe, d’accord ?
Alors montre-toi.
Claris fait un demi-tour sur la pointe des pieds – et se fige. Une ombre vient de passer, quelque part dans son champ de vision ; dans sa tête, une légère brise pousse ses pas en avant. Un, deux.
La fillette traverse les allées désertes ; la poussière et le soleil lui piquent les yeux. Les images se troublent, elle essaie de distinguer l’ombre fugace qui l’attire à elle. Ses lèvres défaillantes laissent filer le nom de son reflet en une plainte suppliante. Devant elle, il y a cette large porte sombre, il y a ce château fantôme tiré des contes de Yoan, à l’existence improbable. Claris navigue en plein rêve. Elle veut revoir son frère. Elle s’appuie sur la porte de tout son poids et se glisse dans l’ouverture, la laissant claquer derrière elle.

Nous étions toujours ensemble…


Le ciel est d’un bleu paisible. Les champs ondoient à l’horizon, mer verte hors d’atteinte pour toujours. Et la pierre se dresse derrière les barbelés, immobile sous le soleil, surplombant d’une hauteur pourtant bien peu importante la rivière qui s’écoule en contrebas.




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MessageSujet: Re: ❝ LINDEN Claris ▬ « Nous étions toujours ensemble. »    Jeu 13 Jan 2011 - 23:03

Hoy ! re-bienvenue. (t'a déja pas le temps de rp et tu en refait un ? XD)

Alors le caractère, tout vas bien de ce coté la ^^. Le physique c’est bon également^^ , tout comme le code que je valide de ca pas XD. Mais alors l’histoire… je n’ai rien comprit >< pourquoi plusieurs histoire pêle-mêle ? Qu’est ce que ca apporte au personnage principal ? on a un peu du mal a s’y retrouver même si on comprend bien que l’attention doit être portée sur Clarise et Yoan mais les autres cela ne sert pas concrètement a grand-chose.
Concernant clarisse t Yoan il faudrait que tu développe un peu plus leur cadre de vie, on a du mal a situé l’environnement dans lequel ils se trouvent, ainsi que toutes les autres personnes que tu décris dans le journal. Peut être même aussi savoir comment y ont atterrit dans cet endroit, je pense que peut être développé un peu plus sur leur passé.

Maintenant concernant le pouvoir si j’ai bien comprit le frère et la sœur sont fusionné en une seul et même être, et chacun reprend le dessus en fonction de la situation… ou a moins que je ne me trompe complètement ?

Donc voila ce sont les quelques points a retravaillé (surtout concernant l’histoire) et que tu me dise si j’ai bien saisi ton pouvoir.

Allez, courage je suis sur que tu va y arriver.

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MessageSujet: Re: ❝ LINDEN Claris ▬ « Nous étions toujours ensemble. »    Ven 14 Jan 2011 - 22:19

    Pour ce qui est du pouvoir, eh bien non, ils n'ont pas "fusionné". En réalité, de temps à autre, Claris "disparaît" et laisse la place à son frère qui, hors de ces brèves apparitions, se trouve on ne sait où ~ C'est en lien avec la raison pour laquelle il a disparu.
    Et concernant l'histoire, le pèle-mêle comme tu dis et le fait que ce ne soit pas clair, c'est entièrement fait exprès. Mais si tu veux que je t'explique un peu : On a la légende de départ, qui crée une malédiction que subissent, à travers les âges, des jumeaux ressemblant à Claris et Yoan ~ Les deux passages après, c'est pour montrer plusieurs aspects de cette malédiction, un peu dérivée de la légende (mais ça aussi c'est fait exprès). Pour l'environnement des jumeaux avant leur arrivée... le mystère est fait exprès XD D'autant que ce flou montre assez bien qu'en réalité ils ne connaissent pas vraiment l'endroit où ils sont, vu qu'il ne sont jamais sortis (ce qui sous-entend aussi qu'ils sont nés là °°).
    Bref, mystère et peu de clarté sont fait exprès ** Ca bousille mon effet si je change xD

    Et oui, je fais un nouveau perso, mais je ne réponds pas de mon activité x) Mais chut, c'est un secret ~
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MessageSujet: Re: ❝ LINDEN Claris ▬ « Nous étions toujours ensemble. »    Sam 15 Jan 2011 - 13:10

Je comprends bien, ton point de vue, mais je suis obligé de demander a ce qu’il y a un minimum de clarté dans la fiche. Encore pour le pouvoir c’est okay, je ne reviendrais pas la dessus.

Bon t’as de la chance, d’être une quasi ancienne et que je sois gentil. ^^ (je devrais pas XD) Tes explication me suffirons je te valide donc.

Enyoy !

[Et par la même occasion je compte toujours sur un rp… j’aurais du faire du chantage XD]
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MessageSujet: Re: ❝ LINDEN Claris ▬ « Nous étions toujours ensemble. »    Dim 16 Jan 2011 - 8:32

Bon, je vais clairement embêté tout le monde là, en secouant une fiche validée ... 8D
Bonjour, alors en fait j'aurai une toute toute toute petite question : Pourquoi elle écrit japonais ? Elle est si fan de mangas qu'elle le met dans son vocabulaire écrit ? Donc elle regarde des animes en vostfr ? Hmm, c'est vraiment possible tout ça dans le complexe où ils se trouvent ?



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MessageSujet: Re: ❝ LINDEN Claris ▬ « Nous étions toujours ensemble. »    Dim 16 Jan 2011 - 13:03

    Ouip ~ Mais si ça dérange tant que ça je peux supprimer, c'était juste un détail supplémentaire qui s'accordait bien avec sa personnalité. ^^
    [J'ai rajouté ça en pensant à certains fans de mangas actuels 8D C'est aussi parce qu'elle est assez puérile et naïve tout de même pour une fille de 15 ans xD]
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MessageSujet: Re: ❝ LINDEN Claris ▬ « Nous étions toujours ensemble. »    Dim 16 Jan 2011 - 17:04

Oh bah bien, c'est bon ! Comme tu ne parles de sa passion mangaïque que dans le physique, je me suis demandé si ce n'était pas juste pour le "style" ^^ bref, désolé du dérangement sur ta fiche, je m'éclipse 8D



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MessageSujet: Re: ❝ LINDEN Claris ▬ « Nous étions toujours ensemble. »    Mer 20 Fév 2013 - 23:17

20 / 02 / 2013 : Fiche actualisée.
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MessageSujet: Re: ❝ LINDEN Claris ▬ « Nous étions toujours ensemble. »    

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