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 Un Pied devant l'autre. {Ayumi Iwasara}

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Delicate Boy
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MessageSujet: Un Pied devant l'autre. {Ayumi Iwasara}   Jeu 3 Fév 2011 - 23:47


« Eh bien… puisqu’il ne pleut plus, je vote pour le parc. Je te retrouve dehors, d’accord ? »

Emrys répondit au sourire de la jeune fille par un sourire-signe qu'il n'était pas encore totalement arriéré et avait quelques notions de politesses-et lui fit un vague geste de la main. Pour lui dire qu'en effet il était d'accord, ou qu'il l'avait entendue, ou bref ; en tout cas il agita sa main droite dans sa direction un bref instant, alors qu'elle repartait d'un pas vif en direction des chambres. De toute façon, s'il lui avait laissé le choix, c'était que les deux lui convenaient. Le jeune anglais n'était pas encore stupide au point de risquer de se mettre tout seul dans une situation désagréable, jusqu'à preuve du contraire, et faisait attention à ce qu'il disait. Dans la mesure où il aimait lui-même marcher, il était tout naturel qu'il ait pensé au Parc, après tout. Ses yeux se déportèrent vers les fenêtres, légèrement absent, lorsque les paroles de la jeune fille aux yeux pourpres semblèrent trouver un écho dans son esprit.

Non mais quel crétin, quel crétin...


Il fut pour se frapper la tête contre la rampe, mais ne se sentait pas d'expliquer l'origine d'une bosse quelconque à qui que ce soit, et évita donc. Ses yeux bleus foudroyèrent le vide du regard, et il poussa un soupir contrarié. Il avait la tête ailleurs, ces temps-ci. Peut-être le manque de sommeil, il ne savait pas trop. Comme il s'en était déjà plaint à maintes et maintes reprises, il n'arrivait pas à dormir, ici. Pourtant, quand Iwasara était arrivée, la première chose qu'il avait remarqué avait bien été qu'elle était trempée, non? Alors comment avait-il pu ne pas penser qu'il pouvait, éventuellement, dans un cas ou dans un autre, eh bien, hm, pleuvoir? Crétin. Bon, dans les faits, il ne pleuvait pas. Ou plus, en tout cas. Ça rattrapait son manque d'attention, fort heureusement, se dit-il en décrétant qu'aller l'atteindre dehors serait peut-être une bonne idée, justement. Sinon elle allait finir par revenir et allait se demander qu'est-ce que diable il faisait encore là, à rester réfléchir sans piper mot devant les escaliers. Ah, ça, ç'aurait été parce qu'elle ne savait pas à quel point il aimait se poster dans les escaliers et attendre de voir ce qui passait par là, clairement. Sinon, elle l'aurait juste pris pour un cinglé-ce qu'il n'était pas, par ailleurs, il pouvait l'assurer. Il était sain d'esprit, juste un peu..., décalé, depuis qu'il avait poussé cette fichue porte. Et on ne pouvait pas l'en blâmer, n'est-ce pas? Il ne pensait pas, non.


Le jeune homme accéléra le pas sans trop y penser quand il se rapprocha de la porte qui menait au Parc, au Lac et à tout ce qui pouvait bien se trouver alentours. Quand il appuya sur la clenche, un vent frais lui arracha un frisson, et il s'empressa de refermer le battant derrière lui pour éviter les courants d'air désagréables. Il ne faisait pas vraiment chaud, mais on ne pouvait pas dire qu'il faisait froid pour autant, heureusement. Parce que ce n'était pas sa pauvre veste noire qui l'aurait empêché de mourir de froid, bien qu'elle le coupait admirablement bien du vent. Le jeune homme profita du temps dont il disposait pour sortir une cigarette de sa poche-comme quoi on peut gaspiller son temps à faire n'importe quoi-et l'alluma distraitement. Un bref coup d'œil au ciel confirma à Emrys ce qu'il savait déjà : à savoir, qu'il ne pleuvait pas. Miracle. Honnêtement, ce n'était pas le genre de climat qu'il détestait le plus. La pluie, il voulait dire. Parce que de toute façon, il était clair que l'Angleterre n'était pas le pays le plus sec au monde, bien qu'il était persuadé qu'on avait tendance à exagérer grandement le nombre de précipitations par jour. Oui, parfois, même souvent, il arrivait qu'il ne pleuve pas. Sérieusement. Mais, bon, il fallait avouer qu'il pleuvait souvent. Au moins, ici, quand il pleuvait, il ne se sentait pas trop dépaysé, hm. Même si ça l'empêchait d'aller marcher, dans le même temps. A moins de ne braver les éléments et de sortir, sa capuche sur sa tête, sous un ciel en colère, évidemment. Mais aussi téméraire qu'il soit, il ne tenait pas à tomber malade.


Il s'appuya contre le mur, près de la porte, et plissa les yeux pour tenter de distinguer plus loin que sa ligne d'horizon. Sans succès, évidemment. Personnellement, le garçon aux cheveux bruns n'avait pas essayé d'aller aux limites du Pensionnat. Mais il imaginait sans mal qu'on ne pouvait pas passer. Ça n'aurait pas été aussi drôle, sinon.
Il se redressa en entendant la porte s'ouvrir, ayant presque oublié ce qu'il faisait là. Quand il disait qu'il avait la tête ailleurs, hein...


{Retardretardretardretardretard-shameonme. Aha j'ai décidé d'être à l'heure maintenant. Si si. Même si comme dirait quelqu'un que je connais, ce poste n'est pas très extrasensoriel.8D}



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« I'm in the basement, you're in the sky ;
I'm in the basement baby, drop on by.

Hold your breath and count to ten
And fall apart and start again -
Hold your breath and count to ten,
Start again, start again... »

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Dernière édition par Emrys Sulwyn le Mar 9 Aoû 2011 - 17:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un Pied devant l'autre. {Ayumi Iwasara}   Lun 21 Fév 2011 - 23:03

{ No Rain in my Music }

    It’s a stormy day, Ooho
    My heart’s joyful but my sky’s gray Ooho
    And in your eyes is drawn my way…

    Le bruit de ses pas était amorti par la couche de moquette que foulaient ses fine chaussures de lycéenne ; sa marche était silencieuse, mais l’air mélancolique qu’elle fredonnait la rythmait d’une douce cadence. Sa guitare à l’épaule et l’autre à la main, Iwasara parcourait le long couloir aux murs percés de portes régulièrement espacées. Marchant d’un pas égal, la jeune femme parcourait des yeux les plaques accrochées aux battants de bois à l’apparence banale, cherchant son nom gravé en noir de cette écriture informatique austère et pleine de distance. 12, 13, 14… A la quinzième porte, la guitariste s’arrêta et cessa de fredonner. Son nom était bel et bien inscrit sur la plaque, ainsi qu’Emrys le lui avait prédit, à coté de celui d’une certaine Symphrosina Derosile. Iwasara hésita une fraction de seconde, puis frappa deux coups légers au battant. Ne recevant aucune réponse, elle posa la main sur la poignée de la porte et l’ouvrit, pénétrant dans une chambre aux murs blancs. La chambre classique version pensionnat, pour quatre personnes. Au premier coup d’œil, elle remarquait quatre lits, quatre armoires, une porte qui semblait donner sur une salle de bain privée. Elle s’avança en jetant des coups d’œil autour d’elle, évita le lit qui portait encore les traces d’un corps endormi et s’approcha de celui près de la fenêtre, sur lequel elle déposa son fardeau. Elle resta ainsi immobile un moment, puis sortit sa guitare classique de sa housse et l’accrocha dans son dos à l’aide d’une sangle. Bien entendu, on pouvait toujours lui dérober sa gratte électrique. Mais il était théoriquement impossible de quitter le pensionnat en lui-même, c’est pourquoi elle pourrait toujours la récupérer en cas de vol. Cependant, elle préférait ne pas prendre de risque avec son autre instrument, nettement plus précieux à ses yeux et riche en souvenirs. Et de toute manière, elle n’allait que très rarement quelque part sans au moins l’une de ses guitares avec elle.
    Ceci étant… la jeune japonaise tourna résolument les talons et quitta la chambre en fermant la porte derrière elle. Elle refit alors le chemin parcouru dans le sens inverse et se trouva de nouveau dans le hall, qu’elle traversa rapidement en ne faisant que jeter un coup d’œil aux fenêtres à présent débarrassées du rideau pluvieux qui tombait dehors encore peu de temps auparavant, pour gagner une porte menant théoriquement à l’extérieur interne du pensionnat.
    Iwa n’aimait pas la pluie. Là d’où elle venait, il pleuvait perpétuellement. En en était parvenue à haïr ce caprice du ciel comme la matérialisation de tout ce qui n’allait pas dans son monde. La misère, la cruauté, le vice. Cette pluie grise devenait, année après année, comme une chape épaisse et lourde qui vous collait à la peau et alourdissait votre marche, vous tirant peu à peu vers le sol, cernant vos yeux et noyant votre voix, jusqu’à vous aveugler par sa noirceur collante qui vous montait à la gorge et vous étouffait peu à peu… C’était comme si toute la laideur du monde qui vous entourait vous tombait dessus sans cesse depuis les cieux vide.

    The sky is crying Ooho
    My life is waiting, you know
    You’re no longer here, I wonder if
    It’s not this crual dream who chased you away…
    Non, décidément, les temps pluvieux n’étaient pas à son goût.
    C’est pourquoi, lorsqu’Iwasara ouvrit la porte pour déboucher sur le parc encore humide de l’averse récente, un sourire effleura son visage. L’air frais lui apporta la senteur des herbes mouillées, l’odeur de la nature après la pluie, la plus exquise de toutes.
    Puis elle tourna la tête tout en lâchant la porte qui se referma avec un claquement discret. Elle aperçut alors Emrys, adossé au mur et lui sourit à sa manière habituelle, furtive, sérieuse, mais intense. Non pas qu’elle ait douté que le jeune homme l’attendrait dehors comme convenu mais… si, elle avait tout de même eu un léger doute. Après tout, accueillir les nouveaux pensionnaires devait être un travail bien fastidieux. Mais le fait qu’il ne se soit pas dérobé lui faisait plaisir. Rapidement, le regard pourpre d’Iwa tiqua devant la cigarette allumée qu’il tenait à la main. Un bref souvenir de son père, des voyous ou simplement des jeunes désœuvrés trainant dans les rues de Watari… Ce fut une brève évocation, mais comme la pluie, l’image d’une humanité en décadence. Son expression se fit un brin attristée, puis ses grands yeux reprirent leur clarté et se posèrent de nouveau sur le visage de l’adolescent :

    « Je ne t’ai pas fait attendre ? »


[Et moi donc u_u]
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MessageSujet: Re: Un Pied devant l'autre. {Ayumi Iwasara}   Mar 1 Mar 2011 - 4:22

Emrys ne put retenir une légère grimace en repensant à ce que son père lui disait sans cesse, tenant sa cigarette allumée entre son index et son majeur droit. «Vas pas fumer, tu vas te crever la santé!» Mouais. Ça allait lui gâcher sa santé, il le savait ; mais c'était une mauvaise habitude dont il n'avait jamais réussi à se débarrasser, depuis qu'il avait commencé. Au début du lycée, peut-être? Quelque chose comme ça. Non pas que c'était vraiment le moment de penser à ça, mais il avait croisé plusieurs personnes, que ce soit à l'extérieur ou dans le pensionnat, qui lui lançaient des regards noirs ou exaspérés à chaque fois qu'il sortait son briquet. De toute façon il savait être respectueux, et ne fumait pas en présence d'autres personnes à moins d'être sûr que l'autre ait le même travers que lui. Raison pour laquelle, quand il entendit Iwasara arriver par la porte que lui-même avait emprunté auparavant, il prit une dernière bouffée de sa cigarette. Puis la saisit de nouveau entre ses doigts et la laissa tomber au sol, l'écrasant machinalement sous son talon. Oui, bon, il n'avait pas envie de chercher une poubelle ou un cendrier, là tout de suite. Ça ferait aussi bien l'affaire. Il souffla un léger nuage de fumée, pivota légèrement sur son pied droit pour faire face à la jeune fille, et lui sourit.

« Je ne t’ai pas fait attendre ? »

Il répondit tout d'abord par un simple 'non' de la tête, se retenant de hausser les épaules-parce que, non, vraiment, il le faisait trop souvent. Non, il n'avait pas vraiment attendu ; ou en tout cas pas assez pour pouvoir se plaindre, selon lui. Il ne voulait pas critiquer les filles, loin de lui cette idée, mais certaines étaient assez..., longues, quand il s'agissait de poser ses affaires quelque part ou de se changer. Et il parlait d'expérience : peut-être qu'il n'avait pas de sœur mais, her, il avait tout de même eu quelques petites amies. Et certaines de ses connaissances avaient avoisiné les clichés télévisés, il pouvait en jurer. A côté de ça, le peu de temps qu'avait mis la jeune fille aux cheveux pourpres pour trouver sa chambre et y poser ses affaires, ou quoi que ce soit qu'elle ait pu faire, avait semblé dérisoire. Formel, en quelque sorte. Un minimum syndical. Pas de quoi se plaindre, très loin de là.

«Non, aucun problème. Au contraire, tu as été assez rapide, t'en fais pas.»

Le jeune homme fit un bref signe de tête en direction du Parc-puisqu'après tout c'était la raison pour laquelle ils étaient sortis, le parc-et plongea ses mains dans ses poches, à défaut d'avoir un autre endroit où les mettre. Rester les bras ballant, très peu pour lui. Heureusement, ce qu'il y avait de bien avec la marche, c'était qu'elle permettait de laisser ses bras se balancer d'avant en arrière sans trop y penser. Étant un fervent adepte des promenades, de la course et des longues marches, Emrys avait de toute façon eu le temps d'en recenser à peu près tout les bienfaits, et ce qu'ils soient essentiels ou complètement dérisoires.

«Je propose qu'on suive le sentier, lança-t-il sans trop y penser, regardant dans la direction qu'il avait indiqué quelques secondes auparavant. Au moins, ça nous évitera de nous perdre..., je suis pas terrible en orientation.»

Emrys avait dit cela avec un léger sourire, comme une excuse. Ses yeux se perdirent un court instant sur le paysage autour de lui, et il inspira profondément affichant un sourire plus décidé. Le sentier de terre battue courait dans l'herbe à partir de leurs pieds, et allait se perdre plus loin, là où il ne pouvait plus le voir. Il y avait des arbres aussi. Des fleurs. Ça, il n'y avait pas à dire, c'était agréable ; ou ça l'était tout du moins pour n'importe qui ne passant pas ses journées enfermé entre quatre murs. Uh, invivable. Ne jamais sortir lui semblait aussi idiot qu'impossible. Les grands espaces, c'était bien mieux que les intérieurs, et ce même s'ils étaient douillets à souhait et équipés de tout ce qu'il fallait . Il fit quelques pas en avant, histoire de ne pas rester planté là comme un idiot, et fit signe à la jeune fille de le suivre.

«Ah, au fait, tu as trouvé ta chambre, c'est bon?»

{Disons qu'on est lentes et qu'on s'assume.8D}



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MessageSujet: Re: Un Pied devant l'autre. {Ayumi Iwasara}   Dim 13 Mar 2011 - 18:55

{ So… }

    Emrys s’écarta tranquillement de son support tout en éloignant la cigarette de ses lèvres. La jetant à terre, il souffla un dernier panache de fumée blanche, avant de se tourner vers la japonaise à la guitare en lui souriant. Iwasara l’avait déjà remarqué la première fois, de manière très vague, mais le jeune homme avait un sourire bien franc ; elle lui répondit quasiment spontanément par un de ses demi-sourires habituels. Il se contenta d’abord de répondre à sa question par un simple hochement de tête négatif, avant de commenter :

    « Non, aucun problème. Au contraire, tu as été assez rapide, t'en fais pas. »
    Par réflexe, la jeune fille esquissa un léger mouvement de tête correspondant à un salut dans son pays d’origine ; une habitude de sa « vie précédente ». Elle effleura d’un geste machinal le manche de la guitare dans son dos, comme pour s’assurer de sa présence, manie dont elle n’arrivait pas à se débarrasser - pourtant, le poids de l’instrument suffisait à ne pas l’oublier. Emrys désigna le parc d’un signe de tête, tout en enfonçant les mains dans ses poches.

    « Je propose qu'on suive le sentier, » dit-il, son regard clair tourné vers les pelouses verdoyantes, gorgées d’humidité. « Au moins, ça nous évitera de nous perdre..., je suis pas terrible en orientation. »
    C’est vrai que pour se perdre dans un parc il aurait fallu le faire exprès, surtout en suivant les chemins faits pour la promenade. Enfin, ce choix ne dérangeait nullement Iwasara, qui n’avait rien de très aventureux quand il s’agissait de nature ; ce n’était pas qu’elle ne l’aimait pas, ou qu’elle la craignait, mais elle n’était pas habituée à cette présence verte, fraîche et enveloppante. Chez elle, il n’y avait quasiment pas d’arbres. Quant aux pelouses… il était impossible de les garder en bon état avec la pluie perpétuelle. Son univers était d’asphalte et de béton. Ce qu’elle découvrait en s’éloignant, et de sa ville et de son monde, était très beau, mais inconnu. Et l’inconnu engendre la méfiance, c’est bien connu ; c’était d’ailleurs ce que ne cessaient de rabâcher son professeur lorsqu’il lui donnait des cours d’histoire. C’était la raison de tous les affrontements entre êtres humains, ou presque.
    Et puis de toute manière, jambes nues, uniforme d’écolière, chaussures en tissu, elle n’était pas équipée pour patauger dans l’herbe trempée. D’accord, le froid et la pluie ne l’affectaient plus, depuis le temps, mais tout de même. Elle ne tenait pas à prendre un risque de tomber malade plus grand que nécessaire.
    Emrys fit signe à la jeune femme, qui lui emboîta le pas sur le sentier. Un bref moment, elle se trouva derrière lui, avec la vision de son dos aux épaules moins larges que ce que la norme masculine admettait ; puis elle le rattrapa pour marcher à son coté - après tout, le sentier était bien assez grand pour deux.

    « Ah, au fait, tu as trouvé ta chambre, c'est bon? »
    Iwa hocha la tête :

    « Oui, pas de problème de ce coté-là. Merci de ton aide. »
    Un moment de silence passa, durant lequel seul le bruit des pas des deux jeunes gens se faisait entendre, exception faite des gazouillis de quelques oiseaux. Ayumi jetait des regards à droite et à gauche. Elle n’avait jamais été très douée pour faire la conversation. Ses pensées, elle les transmettait à travers la musique. A cette simple pensée, sa main droite effleura la caisse de l’instrument dans son dos. Ca devenait une habitude ; un repère, peut-être, depuis son emprisonnement ?

    « Il y a beaucoup de monde ici ? » Interrogea-t-elle pour briser le silence, tout en lançant un bref regard pourpre du coté de son interlocuteur. « Quel genre de personnes ? »
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MessageSujet: Re: Un Pied devant l'autre. {Ayumi Iwasara}   Jeu 24 Mar 2011 - 19:42

L'instrument accroché dans le dos d'Iwasara devait lui tenir à cœur, c'était certain. Enfin, Emrys disait surtout ça parce que si ç'avait été lui, il n'aurait pas pris quelque chose d'aussi encombrant pour sortir marcher. Elle avait dû déposer l'autre, apparemment. Enfin, si elle n'avait rien déposé dans sa chambre, d'un autre côté, cela n'aurait pas servi à grand chose de s'y rendre, n'est-ce pas? Se disant cela, le jeune homme se rappela la première fois qu'il s'était rendu dans sa chambre, après avoir fait un bref tour d'horizon du pensionnat, en partie avec Allen. Ça ne lui avait pas paru extraordinaire, vraiment. Il s'était juste dit 'drôlement réaliste, pour un rêve'. Et depuis, il ne s'était toujours pas réveillé. Au moins, il n'avait pas eu grand chose à déposer sur son lit. Sa veste, le peu de choses que contenaient ses poches. Et voilà tout. La jeune fille au regard pourpre, elle, avait ses deux instruments avec elle quand elle était entrée. Il était curieux de savoir pourquoi elle se promenait aussi chargée, sans parapluie, sous une pluie battante, mais par politesse il n'osa poser la question. Ça ne le regardait pas, de toute façon. Et puis elle venait d'arriver : elle devait être assez 'perturbée' comme ça pour qu'il en rajoute.

Il put entendre qu'elle le suivait au bruit de ses pas, derrière lui, mais fut tout de même rassuré quand sa silhouette apparut à côté de lui. Bon, on ne sait jamais : peut-être que chez elle on marchait en file indienne. Ou peut-être que c'était une question de politesse. Ca aurait pu l'être, en tout cas, même si visiblement ce n'était pas le cas. C'était fou, le nombre de pensées stupides qui pouvait vous passer par la tête quand vous étiez face à quelque chose que vous ne connaissiez pas ; or, même si Iwasara avait plus ou moins l'air d'une jeune fille de son époque, ce n'était pas le cas. Et il le savait. Moralité, il ne pouvait s'empêcher de se poser des questions sur sa manière de vivre, ses habitudes et ses coutumes. Il n'avait pas spécialement envie de la choquer d'une manière ou d'une autre, ou de lui manquer de respect sans le vouloir. Et ce n'était pas ses pauvres connaissances sur le Japon, dont il la pensait malgré tout plus ou moins originaire, qui allaient lui être utile. Sa vision de ce pays étant assez caricaturale, eh bien...


« Oui, pas de problème de ce coté-là. Merci de ton aide. »

Pas qu'il ait eu l'impression d'être vraiment utile, mais peu importe. Au moins, elle avait bien trouvé sa chambre. Le contraire l'aurait étonné, mais sait-on jamais. Sans doute n'avait-elle pas eu le temps de faire grand chose, à part poser ses affaires et faire un bref tour d'horizon ; si elle avait croisé quelqu'un, peut-être aurait-elle été plus longue? Pas si l'autre n'avait pas répondu. Peut-être même n'avait-elle pas de colocataire, pour l'instant. Il lui semblait que les noms s'ajoutaient d'eux-même, au fur et à mesure que les pensionnaires passaient la grande porte. Mais il ne comptait pas rester planté devant les portes pour le savoir, donc se le demander était sans doute inutile. Il n'obtiendrait jamais la réponse.
Quelques secondes de silence s'égrainèrent, et le jeune homme se concentra sur le bruit de leurs pas, n'aimant que peu le silence quand il était en compagnie de quelqu'un. C'était gênant, de son point de vue. Encore fallait-il trouver un sujet de conversation ; en général ce n'était pas trop un problème, pour lui. Enfin, il n'était pas spécialement timide et avait l'habitude de parler aux autres, alors il finissait toujours par trouver. Il fallait juste trouver le début. Le début, voilà. Hm...

« Il y a beaucoup de monde ici ? Quel genre de personnes ? »

En voilà une brillante question. Il tourna sa tête du côté de son interlocutrice en l'entendant parler, faisant bien attention à là où il mettait ses pieds tout de même. Il ne s'agissait pas de tomber, n'est-ce pas.

«Ah, y'a pas mal de monde, oui, répondit-il en reposant son regard clair sur le sentier. Je saurais pas dire combien exactement, mais vu le nombre de chambre..., au moins une centaine, ouais.»

Il y avait au moins quatorze chambres de quatre de son côté, alors si c'était la même chose chez les filles, oui, plus d'une centaine. Quoi qu'elles n'étaient pas toutes remplies..., enfin, c'était un ordre d'idée, donc ce n'était pas très grave si ce n'était pas exact.

«Pour le genre de personnes, j'ai envie de dire varié, ajouta-t-il avec un léger rire, tentant de se rappeler de toutes les personnes qu'il avait rencontré. J'ai croisé des personnes d'un peu toutes les nationalités et de toutes les époques, jusque là. Et puis c'est comme partout, y'a ceux qui rient jusqu'à trois heures du matin et ceux qu'on voit jamais.»

Et ceux qui sont bizarres, se retint-il de dire au dernier moment. Ceux qui n'ont pas l'air humains. Ou ceux qui ont l'air humains, mais qui ont quelque chose d'inquiétant. Des monstres, en quelque sorte. A ses yeux c'en étaient, en tout cas.

«Ça ressemble un peu à ici, chez toi, ou pas du tout? Chez moi, poursuivit-il en jetant un regard sur sa droite puis sur sa gauche, c'est un peu pareil. Il y a des Parcs, comme ça.»



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MessageSujet: Re: Un Pied devant l'autre. {Ayumi Iwasara}   Lun 11 Avr 2011 - 23:26

{ Somewhere without green anymore, oh baby, without life anymore... ♫ }

    Le pensionnaire tourna brièvement ses beaux yeux clairs vers Ayu pour répondre à sa question, avant de reporter son attention sur le sentier que tous deux arpentaient :

    « Ah, y'a pas mal de monde, oui. Je saurais pas dire combien exactement, mais vu le nombre de chambre..., au moins une centaine, ouais. »
    Iwasara cligna des yeux, surprise : tant que ça ? A y bien réfléchir, c’était surprenant, mais pas si fou que cela : si le pensionnat attirait des êtres venus de toutes les dimensions et de tous les temps, il était logique qu’il soit assez peuplé. Et la population devait être variée, aussi… autant qu’elle pouvait l’imaginer. A cette pensée, la guitariste glissa un regard discret au jeune homme, songeant qu’il ne venait certainement pas de la même époque qu’elle… peut-être avait-il connu une planète Terre encore belle et verte, encore relativement saine et pas ravagée par la misère et la grisaille qui avait envahi la totalité de son monde à elle. Iwasara jeta un regard autour d’elle, effleurant des yeux l’herbe, les arbres, les quelques fleurs. Une planète Terre comme cela avait-elle jadis existé ? Et maintenant, là où elle était à présent, qu’en était-il ? Songeuse, la musicienne entendit son camarade reprendre :

    « Pour le genre de personnes, j'ai envie de dire varié. J'ai croisé des personnes d'un peu toutes les nationalités et de toutes les époques, jusque là. Et puis c'est comme partout, y'a ceux qui rient jusqu'à trois heures du matin et ceux qu'on voit jamais. »
    Cette allusion à une « vie normale » tira un sourire à Iwa. C’est vrai, quel que soit le milieu social dont elle était issue, et l’état du monde dans lequel elle avait vu le jour, les hommes restaient les mêmes. Ceux qui profitaient de la vie, les timides, les mauvais, les solitaires… D’une certaine façon, il était rassurant pour la jeune fille de constater que sur ce point là au moins, elle ne serait pas dépaysée. Et puis, Emrys lui-même n’avait pas l’air d’un extra-terrestre, raison de plus pour penser que la plupart des habitants de ce manoir ressemblaient plus ou moins aux êtres qu’elle connaissait, chez elle. Peut-être que tout irait bien, finalement.
    Si, tout irait bien. Les doigts de la chanteuse la démangèrent, avides de se poser sur les cordes de sa guitare pour évacuer son stress. D’une manière alternative, elle releva son regard pourpre vers Emrys. Celui-ci tournait ses yeux bleus vers le paysage environnant.

    « Ça ressemble un peu à ici, chez toi, ou pas du tout ? Chez moi, c'est un peu pareil. Il y a des Parcs, comme ça. »
    Ah, quelle question. Les lèvres d’Iwasara laissèrent échapper un petit soupir et un air mélancolique se peignit sur ses traits. Elle s’arrêta au milieu du chemin et, une main sur la sangle de son instrument, répondit avec un sourire empreint d’une once de tristesse :

    « Non. Chez moi, les seules taches vertes qu’on peut voir, c’est sur les tee-shirts et les équipements high-tech des jeunes riches. Les seuls arbres que l’on peut voir, il faut quitter la ville et marcher plusieurs kilomètres pour les trouver. »
    Sous la pluie. Dure réalité. La jeune fille décrocha sa guitare de son épaule et fit glisser la fermeture éclair. Avec la rapidité donnée par l’expérience, elle passa la sangle entre ses omoplates, laissant tomber la housse à terre, et fit résonner un accord. Puis, d’une manière pensive, comme si ses mains étaient entièrement dissociées du reste de son corps et faisaient résonner sa mélodie interne, accompagnant ses paroles, elle enchaîna sur une mélodie de fond, au timbre doux et au son faible.

    « C’est comment à ton époque ? Si ça ne te dérange pas de m’en parler rapidement. »
    La main droite d’Iwa balaya rapidement les cordes de son instrument, sur un air plus entrainant, avant de revenir brusquement à un fond plus mélancolique ; hésitant entre les sonorités. Allez, quand Emrys lui aurait répondu, elle lui demanderait ses préférences en matière de musique. Histoire de se dégourdir les doigts.

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MessageSujet: Re: Un Pied devant l'autre. {Ayumi Iwasara}   Ven 22 Avr 2011 - 14:07

Même si c'était pour faire la conversation, Emrys n'aimait pas poser des questions tout en sachant qu'il se moquait royalement de la réponse. Il y avait mille occasions, dans une journée, où tout à chacun était amené à demander quelque chose par pure politesse, pour faire taire quelqu'un ou pour faire semblant de l'écouter : personnellement, il évitait au maximum. S'il demandait à quelqu'un si ça allait, c'était autant parce que tout le monde le faisait et que c'était une formule usuelle que parce qu'il s'inquiétait de la santé de ses amis. Ou de leurs états-d'âme, tout du moins. Il n'était pas quelqu'un de fondamentalement gentil, avec toutes les qualités du monde et une auréole au-dessus de sa tête, bien loin de là! Simplement il avait toujours été quelqu'un de très attentif. Écouter, il savait faire. Là, la situation était légèrement différente de son habitude, mais il fallait bien faire avec. Trouver un sujet de conversation qui ne soit pas délicat lui semblait compliqué, en l'état des lieux, pour la simple et bonne raison qu'il ne connaissait rien d'Iwasara. Ou presque rien. Alors à moins de parler de la couleur des plantes et de la beauté d'un ciel après qu'il ait plu... Or si c'était pour parler de la pluie et du beau temps, autant marcher seul. De toute façon, pour apprendre à se connaître, il fallait bien commencer quelque part ; et il s'était toujours mal vu demander à quelqu'un sa couleur préféré, son genre de vêtements, ses qualités et ses défauts de but en blanc, comme ça. Ca faisait trop entretien d'embauche, peut-être? Il ne savait pas trop.

Ayant détaché un instant son attention de la jeune fille aux cheveux pourpre, il ne remarqua pas immédiatement qu'elle s'était arrêtée ; il fit encore un ou deux pas avant de ne lui-même cesser sa marche et de se retourner vers elle. Il lui lança un regard interrogateur, sans rien dire de plus. Il attendait toujours sa réponse, après tout : et d'après son soupir et cette sorte de mélancolie qui flottait dans l'air et s'insinuait sous sa peau, la réponse semblait toute trouvée. Ce n'était pas comme s'il s'était attendu à ce qu'elle se mette à sourire franchement et ne s'exclame que c'était magnifique et merveilleux, chez elle. Sans trop savoir pourquoi, il en doutait. Quelque chose dans son regard, peut-être.

« Non. Chez moi, les seules taches vertes qu’on peut voir, c’est sur les tee-shirts et les équipements high-tech des jeunes riches. Les seuls arbres que l’on peut voir, il faut quitter la ville et marcher plusieurs kilomètres pour les trouver. »


Emrys ne savait pas trop s'il devait sourire ou au contraire avoir l'air complètement désolé pour elle, et en conséquent mélangea les deux. Plusieurs kilomètres, hein? Il aurait détesté. Il avait habité dans des villes assez imposantes, parfois, et être entouré de béton et de bâtiments ne lui avait jamais plût. Il préférait de loin le calme tranquille des campagnes, les paysages boisés et les chemins de terre où l'on pouvait courir ou monter à cheval. Il ne savait pas comment il aurait fait, à sa place. Enfin, leurs situations n'étaient pas comparables : elle n'avait pas eu le choix, elle, elle n'avait sans doute rien connu d'autre. C'était une toute autre histoire.
Sa compagne de marche sortit sa guitare de sa housse, la laissant tomber sur le sentier, et saisit son instrument entre ses mains. A la voir faire, il aurait juré que c'était extrêmement facile et que même lui aurait pu le faire sans problème. Pourtant, il était certain qu'il n'aurait même pas su comment la tenir, cette fichue guitare. Les musiciens l'avaient toujours laissé admiratif, tant parce qu'il était minable en musique que parce qu'il aimait en écouter. Son père, qui était un grand amateur de musique lui-même, avait pris l'habitude de lui dire qu'ils avaient de la magie dans les doigts, et que c'était une des plus belle chose qu'il lui serait donné de voir dans sa vie. Lui n'avait jamais été doué pour ça, malheureusement. Juste pour le dessin et la peinture.

« C’est comment à ton époque ? Si ça ne te dérange pas de m’en parler rapidement. »

Emrys releva les yeux vers son interlocutrice, concentrant son attention sur ce qu'elle disait et non ce qu'elle jouait. Elle semblait hésiter sur la mélodie à jouer, et lui hésitait sur la réponse à lui donner. C'était selon lui un peu comme dire qu'on avait eu un jouet magnifique pour Noël à quelqu'un qui n'en avait pas eu, en quelque sorte, et ça ne lui plaisait qu'à moitié. Ne rien dire ne lui plaisait pas plus, ceci dit.

«Non, ça ne me dérange pas, répondit-il en souriant à Iwasara, croisant les bras pour ne pas les laisser ballants. Disons que..., ça dépend des endroits. Il y a des villes immenses où tout le monde s'entasse, et des endroits où y'a personne. Le dernier endroit où j'ai habité, c'était assez paumé. Il y avait une forêt, et des arbres un peu partout...»

Il esquissa un sourire indéfinissable, et haussa les épaules.

«Je déménageais souvent, à cause du travail de mon père. Mais c'est plutôt joli dans l'ensemble, mon époque. Pas de quoi se plaindre je crois.»

Je crois, oui. Dommage qu'il ne se soit pas rendu compte à quel point il aimait ces stupides collines vertes quand il pouvait les voir, hein? On se rendait toujours compte qu'on aimait quelque chose quand on le perdait, de toute façon.

«Si j'avais su jouer comme toi, lança-t-il d'un ton plus enjoué, mon père m'aurait vénéré! Je crois que même si on me donnait une flûte je réussirais pas à jouer juste... Ça doit être difficile, d'apprendre à jouer de la guitare.»



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MessageSujet: Re: Un Pied devant l'autre. {Ayumi Iwasara}   Lun 25 Avr 2011 - 19:02

{ Play for life ~ ♪ }

    Iwa n’avait jamais été très encline à comparer les gens. Comparer les possessions, le bonheur, les souffrances de chacun… qu’est-ce que cela apportait ? En quoi cela pouvait-il rendre heureux de se sentir mieux loti que telle ou telle personne ? De toute manière, là où elle avait vécu, tous passaient leur existence dans la misère et la douleur. Alors comparer les souffrances quotidiennes… quel intérêt ? Non, elle ne souhaitait le malheur à personne, elle ne souhaitait pas être « mieux » ou avoir plus que les autres. Dans un monde parfait, tous seraient heureux, c’était ainsi qu’elle concevait les choses lorsqu’elle en rêvait, rarement. Et ce monde parfait, peut-être pourrait-elle le créer ? Peut-être les notes qu’elle tirait de son instrument pourraient-elles entrainer les hommes, pourraient-elles leur faire oublier toute la misère de leur quotidien ? Sa voix pourrait-elle les aider ? Jamais elle n’avait trouvé de réponse à sa question. Mais elle y croyait. Elle voulait briller, et elle voulait que l’éclat qu’elle atteindrait puisse pousser d’autres personnes à chercher la lumière à leur tour.
    En tout cas, les paroles d’Emrys ne la blessèrent aucunement, lui tirant à peine une note de mélancolie et une once de rêve.

    « Non, ça ne me dérange pas. » Répondait-il. « Disons que..., ça dépend des endroits. Il y a des villes immenses où tout le monde s'entasse, et des endroits où y'a personne. Le dernier endroit où j'ai habité, c'était assez paumé. Il y avait une forêt, et des arbres un peu partout... »
    La jeune fille continua de jouer pensivement, se balançant imperceptiblement au rythme de sa musique.

    « Je déménageais souvent, à cause du travail de mon père. Mais c'est plutôt joli dans l'ensemble, mon époque. Pas de quoi se plaindre je crois. »
    Un faible sourire, pensif peut-être, étira les lèvres de la musicienne. Tant mieux. Elle savait que le passé était plus beau. Que jadis, les choses étaient moins cruelles. C’est vrai que ça ne changeait rien pour elle. Mais au moins d’autres avaient eu la chance de vivre dans un monde meilleur. Et puis, il était étrange de songer qu’à l’époque où elle vivait, l’être humain nommé Emrys Sulwyn avait depuis longtemps quitté le monde ; que sans l’intervention de ce pensionnat, ils n’auraient jamais pu se rencontrer ni se parler. C’était étrange, oui, assez féérique ; assez drôle et merveilleux comme pensée.
    Les mouvements de la main droite d’Iwa devinrent plus précis et affirmés, sa musique se muant en un rythme rock entraînant. Remuant à l’intérieur. Mais elle n’en releva pas moins les yeux lorsque le jeune homme reprit la parole :

    « Si j'avais su jouer comme toi, mon père m'aurait vénéré! Je crois que même si on me donnait une flûte je réussirais pas à jouer juste... Ça doit être difficile, d'apprendre à jouer de la guitare. »
    Cette fois, Iwa lui sourit gentiment. Oui, elle aimait la musique ; elle jouait depuis bien longtemps, alors il était vrai, sans fausse modestie, qu’elle jouait sans doute très bien. Après tout, il s’agissait de toute sa vie. Elle plaça un accord brutal et cessa de gratter pour poser sur Emrys un regard plus intense. Tout était toujours plus coloré chez Ayumi, lorsqu’on parlait de musique. Une véritable transformation.

    « C’est vrai que ce n’est pas simple, au début. Mais quand on aime ça, je pense qu’on peut toujours jouer. Et puis, l’important n’est pas de jouer merveilleusement ou non, en réalité, c’est d’y prendre le plus de plaisir possible et de faire passer dans la musique tout ce qu’on ressent. Et de le faire ressentir aux autres. »
    C‘tait un peu comme si l’instrument relayait l’intérieur de soi-même/ Plusieurs fois, sur scène, la chanteuse avait eu la sensation de se muer toute entière en une déflagration de sons et de couleurs ; ne plus être cantonnée dans son corps, évoluer, se libérer et être la musique. C’était ainsi qu’elle aimait vivre. En donnant tout ce qu’elle avait.
    Un sourire plus gai, plus malicieux, illustra les lèvres de la guitariste, qui demanda d’un air plus ouvert que toutes les autres fois où elle s’était adressée à Emrys :

    « Et sinon ? Tu aimes quelles musiques ? Il y a un titre que tu préfères ? »
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MessageSujet: Re: Un Pied devant l'autre. {Ayumi Iwasara}   Jeu 5 Mai 2011 - 15:02

'Chacun son truc', comme l'aurait dit bien des personnes. Chacun son truc, et Emrys était aussi nul avec un instrument qu'Iwasara, elle, se débrouillait mieux que bien. Oh, ce n'était pas une raison suffisante pour être envieux ou agacé! Ce n'était pas comme s'il n'avait absolument aucun talent en quoi que ce soit, tout de même. Il ne pensait pas le monde juste, d'une manière très générale, mais il aimait à croire que chacun avait quelque chose pour lequel il était plus doué que les autres, au moins un peu. Lui, par exemple, il se débrouillait plutôt bien en dessin. Il pourrait peut-être lui dessiner quelque chose, un jour? Il allait bien falloir qu'il occupe ses journées, de toute façon ; autant le faire en faisant quelque chose qu'il appréciait. Pour autant, il n'avait jamais pensé que c'était une passion, chez lui. Il aimait peindre et dessiner, mais pas au point de vouloir en faire sa vie ou de passer ses journées à ne faire que ça. En cela, il pensait être différent de son interlocutrice. Il avait l'impression qu'elle y tenait drôlement à sa-non, ses-guitares, et que jouer lui apportait quelque chose. Elle ne l'aurait pas fait sans arrêt, dans le cas contraire, ça n'aurait pas eu beaucoup de sens.

La musique s'arrêta assez brutalement, et la jeune fille releva ses yeux pourpres vers lui. Ce genre de regard l'aurait sûrement gêné, s'il s'était senti jugé : mais sans bien savoir pourquoi, il avait la sensation que ce n'était pas le cas.


« C’est vrai que ce n’est pas simple, au début. Mais quand on aime ça, je pense qu’on peut toujours jouer. Et puis, l’important n’est pas de jouer merveilleusement ou non, en réalité, c’est d’y prendre le plus de plaisir possible et de faire passer dans la musique tout ce qu’on ressent. Et de le faire ressentir aux autres. »

Cette réponse, pour le moins satisfaisante, tira un sourire amusé à Emrys. Pas moqueur, bien sûr : il ne se serait pas permis de mettre en doute ce qu'elle disait. Ç'aurait été aussi judicieux, il en était sûr, que de rire en écoutant un pianiste décrire sa manière de jouer quand lui n'y connaissait rien. C'était simplement qu'il trouvait cela..., comment dire, beau? Il avait déjà entendu ce genre de discours, et si le Britannique n'était pas persuadé qu'il s'applique à tous les musiciens, connus ou non, il pensait néanmoins que ça devait être le cas pour certains. Et pour son interlocutrice. Dans tous les cas, c'était un fait, il fallait trouver le temps pour apprendre à jouer. Et avoir un minimum de sensibilité musicale, certainement. Et comme pour toute chose, l'apprentissage d'un instrument devait nécessiter de la patience.

Remarque, s'il devait bel et bien passer l'éternité ici, il avait largement le temps de devenir aussi doué que Picasso, lui. Et en sortant-puisqu'il comptait toujours sortir un jour-ils seraient tous devenus des génies dans un domaine.

« Et sinon ? Tu aimes quelles musiques ? Il y a un titre que tu préfères ? »


Ah, excellente question. Qui fit oublier à Emrys l'idée, fort attristante, qu'il ne deviendrait jamais riche et célèbre s'il ne sortait pas d'ici. Quelles musiques aimait-il? C'était ce genre de questions, sans qu'il ait jamais vraiment su pourquoi, auxquelles il avait toujours eu du mal à répondre. Il écoutait ce qu'il appréciait, sans généralement prendre la peine de rattacher chaque chanson à un genre précis. Il aurait pu saisir son Mp4 et se mettre à chercher quels genres revenaient le plus souvent, mais il pensait avoir sa petite idée là-dessus. Quant-aux titres... Il aurait bien cité quelques chansons, mais à bien y réfléchir il n'était pas sûr qu'elle connaisse. A moins que certains groupes aient connus une notoriété posthume fulgurante, ce dont il doutait franchement. Et, par esprit nationaliste, il aurait préféré que ce soient de grands groupes Britanniques, tant qu'à faire, qui aient survécus. Allez, il y avait au moins Muse, qui était connu! L'Amérique ne faisait pas tout, tout de même.

«Eh bien..., j'aime un peu de tout, je crois, répondit-il en haussant les épaules. Je dirais que j'écoute des musiques qui me plaisent, ou qui me parlent.»

Façon de parler. Il réfléchit une seconde, puis reprit :

«Admettons, je pense que j'écoute plus de Rock qu'autre chose. Mais je ne pense pas qu'on connaisse les mêmes chansons, vu la différence d'époques...»



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MessageSujet: Re: Un Pied devant l'autre. {Ayumi Iwasara}   Mar 17 Mai 2011 - 20:02

{ Falling, falling inside... ♪ }

    Emrys mit un petit moment à répondre à sa question. Iwasara attendit avec patience : ce temps de réflexion, elle le connaissait pour l’avoir rencontré plusieurs fois chez les gens qu’elle interrogeait sur leurs goûts en matière de musique. Classique, Pop, Rock, Heavy, Shining, Loud, Blues, Techno ? Il y avait tant de styles différents… et même au sein d’un style, tant de musiques aux caractères éloignés. Il n’était pas rare qu’un auditeur n’apprécie que quelques musiques au sein d’un genre, quand d’autres aimaient le style dans son ensemble. La musique avait une infinité de possibilités ; c’était une autre des raisons qui la rendait si merveilleuse aux yeux d’Ayumi.
    Le jeune homme répondit finalement de manière vague, avec un haussement d’épaule :

    « Eh bien..., j'aime un peu de tout, je crois. Je dirais que j'écoute des musiques qui me plaisent, ou qui me parlent. »
    Chaque personne a un sourire propre. Celui d’Iwasara, c‘était cette faible ébauche de compréhension et de sagesse qui effleurait parfois ses lèvres lorsqu’elle vous acceptait comme vous étiez ; c’était aussi l’éclatante et lumineuse expression qui brillait sous les projecteurs et laissait résonner sa voix avec les vibrations de son instrument. Mais ce dernier ne pouvait être vu que lorsque la musique était au rendez-vous.
    Iwasara connaissait également le fait de ne pas se limiter à un seul type de musique. De son point de vue, il s’agissait d’une vision ouverte très positive ; pourquoi rester bloqué sur un seul genre quand la musique offrait tant de possibilités ? Mais silencieuse comme toujours, respectueuse de pensées des autres, elle laissa Emrys développer, sentant que d’autres phrases s’en allaient naître sur ses lèvres.

    « Admettons, » Reprit-il bel et bien après une courte réflexion. « Je pense que j'écoute plus de Rock qu'autre chose. Mais je ne pense pas qu'on connaisse les mêmes chansons, vu la différence d'époques... »
    Le sourire d’Iwasara se fit plus grand, plus distinct, et sa chaleur plus palpable. Le rock, n’est-ce pas ? Elle avait beau penser que la diversité était une bonne chose, les notes violentes qui remuaient le corps jusqu’au plus profond et faisait vibrer les âmes à l’unisson restaient ses favorites. Le rock lui permettait de crier ce qu’elle souhaitait exprimer, ce qu’une ballade ne pouvait lui offrir. Il y a un temps pour les mots doux et un temps pour la révolte. Un temps pour la tendresse et un autre pour l’emportement ; le tout étant de faire la part des choses.
    Concernant le problème soulevé par Emrys, sa remarque était pertinente. Comment, alors que plusieurs siècles les séparaient, plusieurs siècles durant lesquels les hommes avaient eu bien du mal à rafistoler leur planète pour qu’elle survive le plus longtemps possible, des siècles de perdition, de peur, de tueries et de misère, des siècles de désespoir et d’abandon… comment, à travers ces âges sombres pour l’humanité, la musique de l’époque d’Emrys aurait-elle pu parvenir jusqu’à Iwa ? Empoignant plus fermement le manche de sa guitare, la jeune femme sourit.

    « S’il y a une unique chose que je pourrait qualifier de belle dans le monde d’où je viens… c’est cela. »
    Ce n’était pas sa guitare électrique, qui aurait bien mieux retranscrit les accords durs et métalliques du rock. Mais cette guitare, sèche, avait comme la plupart à son époque des options permettant de modifier les sons qu’elle produisait. Manipulant rapidement un écran tactile étanche quasiment invisible au dos de l’instrument, Iwasara en renforça les accents vibrants. Attrapant son médiator rouge entre le pouce et les autres doigts, elle entama la musique sans préparation préalable. Le rock devait être ainsi ; Inattendu et violent.