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 "La mort lave tout... et ne nettoie rien." (PV Cahier)

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MessageSujet: "La mort lave tout... et ne nettoie rien." (PV Cahier)   Mer 31 Aoû 2011 - 15:40

« La mort lave tout... et ne nettoie rien. »


Cela faisait déjà une semaine, ou peut être deux qu'Alexander était tombé dans l'ignoble piège qui s'était refermé à jamais sur lui que représentait le pensionnat. Il n'avait pas vraiment notion du temps. Il s'ennuyait terriblement dans les couloirs. Étrangement, il réussissait à croiser bien peu de monde. Heureusement, il se sentait moins seul grâce à ses compagnons de « cellule », même si, par respect pour sa naissance, il aurait préférer y séjourner seul. Le pire de tout, était sans doute ne plus avoir un domestique dévoué pour le lever pas trop tard. Désormais, il devait tout faire par lui-même. Il ne s'en plaignait pas. Dans un sens, cela était assez amusant dans le sens où tout lui paraissait entièrement nouveau. Mais s'il pouvait s'enfuir, il l'aurait fait volontiers. Gray était assez inquiet pour l'un de ses compagnons en particulier, William. Il le trouvait plutôt déprimé, ou plutôt bien plus triste que lui comme dévoré par une malsaine mélancolie. C'est à partir de cette inquiétude à la base anodine, que le jeune homme décida de partir explorer l'extérieur de la résidence, espérant y trouver un lieu où se recueillir, et souhaiter un peu de bonheur à son entourage, Après une petite heure, ou peut être deux – après tout, le temps semblait s'être arrêter dans cet étrange microcosme – il finit par tomber sur un cimetière laissé à l'abandon.

Le jeune homme frissonna un peu. Il ne faisait pas très chaud dehors, et malgré son élégante cape, il ne pouvait s'empêcher de craindre le froid. Certes, l'air pouvait peut être paraître frisquet en cette journée de fin d'été brumeux, comme tous les jours de ces contrées grisâtres, mais l'atmosphère en elle-même l'inquiétait, et il ne serait pas impossible qu'un peu de peur fut responsable de ses quelques tremblements. Il était très pâle aujourd'hui. Il n'avait pas très bien dormi. Il ne se plaisait pas ici. Mais pour ne pas démoraliser le moral des autres, il se taisait. Il pleurait tard, pour que personne ne soit témoin de sa honte. Un homme ne devait pas pleurer en public. Il voulait partir, mais devait se résigner à la triste réalité imposée par cette espèce d'univers irréel. Le jeune homme soupira.

Son attention se porta alors sur les tombes. Il devait sans doute s'agir des sépultures des anciens prisonniers de ces lieux hélas laissées à l'abandon. Son altruisme se réveilla alors. Il s'imagina dès lors son propre enterrement, avec une tombe insalubre et délaissée comme toutes celles qu'il voyait devant lui. Il en ressentit une grande gène. Il faut avouer en effet qu'il n'est en rien agréable de se voir mourir, mais encore moins de sombrer définitivement dans l'oubli. Les souvenirs étaient tellement fragiles, volages, ils nous trahissent à tout instant sans le moindre remord. Ces êtres cotonneux sans consistance se consument simplement au grès du temps, s'oublient ou se refoulent. C'était le cas pour ceux du petit aristocrate, il oubliait la plupart des événements passés avant son arrivée ici. Il se souvenait de l'essentiel au moins : de sa mère, de Dieu et d'autres choses du même genre. En revanche, toutes ses lectures passionnées s'étaient absentés de sa mémoire, cette puissance bien paresseuse parfois. Mais face à ce triste paysage, une lui revint en tête comme par enchantement. L'auteur lui restait cependant anonyme, tout comme l'ouvrage. Timidement, il la répéta à haute voix :

- « La mort lave tout... et ne nettoie rien. »

Après tout, ces pierres tombales n'étaient pas nettoyées. Était-ce là le triste avenir qui les attendrait tous un jour ou l'autre. Une larme lui vint à l’œil. Se croyant seul, il la laissa coulé lentement sur sa joue. Puis, il l'essuya avec sa manche et se ressaisit un peu. Il comprenait la mélancolie de son camarade de chambre, mais il ne voulait pas l'éprouver comme lui. Il sourit faiblement, comme pour tromper sa propre inquiétude. Puis, décidé à ne pas laisser les déchets de l'oubli s'instaurer, sans être nettoyé, il commença un bien pieux office. Il s'agenouilla devant chaque tombe, et pria en la mémoire du défunt qu'il n'avait eu la chance ou la malchance de connaître. Nous dirons d'ailleurs plutôt le hasard, mot plus neutre, mais toujours assez cruel pour ces lieux. Il s'activa ainsi sans faillir, se sentant enfin utile à quelque chose. Dans ses moments d'égarement, il se répétait avec une certaine amertume cette fameuse citation. Mais qui penserait à lui, après sa mort ?


- « La mort lave tout... et ne nettoie rien. »
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MessageSujet: Re: "La mort lave tout... et ne nettoie rien." (PV Cahier)   Jeu 1 Sep 2011 - 0:42

    Cahier errait tranquillement à travers les longs couloirs froids et un peu glauques du pensionnat. Au fond, il se dit qu'il s'y était plutôt bien habitué. Après tout, cet endroit était plus un refuge qu'une prison désormais. Ici personne ne viendrait le chercher pour lui faire rendre des comptes. Juste quelques personnes (voire la moitié des pensionnaires) qui ne pouvaient pas le saquer, mais c'était très bien comme ça. Lorsque l'on est trop laxiste et qu'on paraît ouvert, n'importe qui pense être en droit de vous aborder librement, sans même respecter un seul code de conduite. La moindre des choses pour Cahier serait de s'excuser du dérangement que l'on impose à l'autre, décliner son identité et si l'on est audacieux, tenter un rapprochement en se serrant la main ou en maintenant la discussion, mais en restant au moins décent. Il repensait encore à cette Bady Moontruc. "On dirait bien qu'on est dans la même galère" qu'elle disait. Parle pour toi ouais. Moi je ressors d'ici si je veux... Du moins, c'est ce qu'il préférait croire. Il revoyait encore la fillette rondouillarde lui tendre sa main poisseuse. C'était sûrement à cause de la pluie, mais l'allure générale de la fille lui avait laissé une profonde impression de dégoût. Cependant, il fallait bien reconnaitre qu'elle avait la qualité d'être franche et ô combien différente des autres filles un peu stupides de son âge. Cahier soupira en pensant que parfois l'éducation vous poussait à faire des choses vraiment contre nature.

    Ses pensées se dispersèrent d'elles-même lorsqu'il aperçut un cimetière à travers une fenêtre auquel il n'avait jamais vraiment prêté attention. Cette fois, une présence humaine avait attirée son regard et ce fût comme s'il avait découvert le cimetière avec, puisqu'il n'avait jamais pris la peine d'y accorder le moindre regard. Le garçon se demandait combien de temps encore le pensionnat garderait ses mystères. Encore un bon moment, de ce qu'il avait pu en juger par les dires des autres pensionnaires plus anciens ici. Il entrouvrit légèrement la porte débouchant sur le vaste parc entourant le pensionnat, grinçant lourdement sur ses vieux gonds usés. Cahier n'était plus effrayé par ce son pourtant désagréable. Il fallait dire qu'ici, toutes les portes produisaient le même, cela forçait rapidement à l'habitude. C'était devenu un son familier, d'ailleurs, il commençait même à en oublier que toutes les portes dans le monde ne faisait pas forcement un tel bruit. Cela lui paraissait maintenant invraisemblable qu'une porte puisse s'ouvrir silencieusement. Il se dirigea d'un pas souple et sautillant vers le dit cimetière pour y observer de plus près le pensionnaire qui s'y trouvait. Cahier avait beau se le cacher, il avait bien besoin d'un peu de compagnie pour égayer ses journées. Même si on ne l'appréciait pas, le simple fait d'aller ennuyer les autres l'occupait et l'aidait à passer ses journées qui étaient pourtant toutes affreusement longues. Il arrivait bientôt au niveau de l'inconnu et ralentit silencieusement lorsqu'il entendit celui-ci marmonner.


    « La mort lave tout... et ne nettoie rien. »


    Hein ? Il se rapprocha un peu, toujours silencieusement, jusqu'à se trouver à quelque pas du garçon (car c'était bien un garçon à priori) en prenant bien soin de rester dans un angle mort de son champ de vision. Cette fois, il l'entendait presque distinctement, bien que le garçon semblait avoir diminué le volume sonore de sa phrase.

    « La mort lave tout... et ne nettoie rien. »


    Hm ! A en juger par la phrase, l'individu était un tant soit peu cultivé s'il avait pour lecture ce genre d'essais. La conversation ne sera peut-être pas si inintéressante après tout. Quoi que... A bien y réfléchir, Cahier ne s'était jamais vraiment entendu avec les bourgeois non plus, mais ceux ci avaient encore assez de décence pour ne pas le faire remarquer et continuer la conversation comme si de rien n'était. Ah le monde aristocratique... Des codes et des attitudes bien étranges mais qui ont le mérite d'être efficace socialement parlant. Il décidait donc de ne pas être aggressif tout de suite et d'accorder quelque peu de crédit à ce pensionnaire à la culture un peu au dessus de la moyenne locale. Il toussota faiblement pour ne pas faire trop sursauter son futur interlocuteur (même si l'on sait que généralement, ce stratagème ne fonctionne pas et la personne sursaute tout de même) :

    " Alfred Capus hein ? Nous avons donc un grand littéraire au pensionnat. Oh, excusez moi, je ne me suis même pas présenté. Cahier Pantomine, Majordome de la défunte Comtesse Pantomine."

    Cahier assortit la parole aux gestes en une petite révérence bien caractéristique des majordomes (pour ne pas dire "clichée" de cette catégorie) accompagnée de son plus beau sourire, longuement travaillé pour ne pas faillir face aux nombreux invités de la comtesse qu'il devait distraire sans pour autant les apprécier plus que ça. Il crut voir une larme couler sur la joue du garçon, mais eut la courtoisie de feindre l'indifférence, comme si elle n'eut jamais existée. Ce devait être un fils d'aristocrate plus qu'autre chose, étant donné que la force de caractère propre à ceux qui luttait dans ce monde impitoyable du bon paraître et de l'hypocrisie semblait manquer au garçon manifestement trop sensible. Cependant Cahier se rattrapa en se souvenant qu'il avait également pleuré lors de la prise du manoir par la populace, et qu'il ne valait mieux pas juger sans connaitre les circonstances qui poussaient l'individu à se laisser aller de la sorte. Il n'éprouvait néanmoins aucune compassion. Plus.
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MessageSujet: Re: "La mort lave tout... et ne nettoie rien." (PV Cahier)   Ven 2 Sep 2011 - 23:55

Au final, il ne versa qu'une larme sur la dernière pierre aux inscriptions souillées par le temps. Il venait d'effectuer une tâche bien noble, par ce devoir de mémoire, et il en était fier. Il trouvait cela digne d'une bonne personne. Il se sentait comme épuré. Mais bien entendu, il ne se délecta pas trop de ce plaisir à avoir effectuer quelque chose de bien, sinon le geste en aurait perdu toute beauté. Il sourit doucement devant le travail accompli ; invisible certes, mais important. Les morts avaient été priés une dernière fois pour leur assurer un doux sommeil bien mérité. Alexander sourit doucement. Mais en un instant, son faible bonheur se retourna contre lui. Qui l'honorerait décemment après sa mort, comme on le devait envers quelqu'un de sa naissance ? Il craignait de finir dans ses vieux charniers oubliés. Et à cet instant, il se sentit horriblement seul. Il ne pourrait pas, tel Sisyphe, obtenir un droit du régent des Enfers pour revenir dans le monde de la vie pour obtenir une sépulture décente. Son esprit un peu trop romanesque le portait presque au délire. Mais un bon Monsieur ne pouvait se permettre de tels égarement. Il se ressaisit, et chassa ces sottes rêveries. La larme sur sa joue luisait faiblement, comme une petite perle. Dans sa solitude, il ne vit pas que quelqu'un venait se porter solidaire dans ces lieux solitaires. Soudain, on toussota derrière lui, on le fit sursauter. Il se retourna doucement, les joues rouges, gêné d'avoir été surpris ainsi. Un garçon qu'il ne connaissait pas, s'adresser désormais à lui avec une certaine prestance dans la voix.

" Alfred Capus hein ? Nous avons donc un grand littéraire au pensionnat. Oh, excusez moi, je ne me suis même pas présenté. Cahier Pantomine, Majordome de la défunte Comtesse Pantomine."

Alfred Capus ? Capus ? Ca-pus... Etrangement, ce nom ne lui semblait pas totalement inconnu. Gray chercha un temps dans sa fragile mémoire, qui l'avait bien trahie depuis le choc de son arrivée ici. Il avait récité une citation qui lui était revenu en tête, sans en connaître l'auteur. Le garçon devait le savoir. Et c'était bien Capus. Oui, maintenant, il en devenait complètement convaincu. Comment avait-il pu oublier une lecture qui l'avait beaucoup intéressée quelques mois auparavant. Il revoyait désormais l'ouvrage même dans ses mains. Il avait lu un livre de Capus. Le garçon était-il un spectre de ses souvenirs ? Il lui rappelait le chic de la Noblesse, légèrement hautaine mais érudite. Il le détailla davantage de ses yeux doux, usés de fatigue. Il pouvait être noble. Il était cultivé, il fallait donc impérativement adopter l'étiquette. Il essuya la douce ligne liquide le long de sa joue, et tenta de masquer son embarras. Etait-il un grand littéraire ? En tout cas, Alexander aimerait avoir cette prétention, il le fut sans doute, vu ses bons souvenirs, mais la modestie et sa légère amnésie le rendait indigne d'une telle renommée. Il rougit du compliment, peu habituer d'en recevoir ainsi. Le garçon s'était présenté. Cahier... Cahier Pantomime.. Un nom bien étrange, qui lui rappeler des défilés clownesques. Il se prétendait n'être qu'un majordome, pourtant, ne portait-il pas le même nom que sa maîtresse ? Depuis quand asservissait-on les propres membres de sa famille, qui plus est lors qu'on est issu d'une bonne naissance ? C'était très étrange. Le jeune Gray se présenta à son tour comme il convenait, mais ne sachant réellement s'il avait affaire à quelqu'un de la même caste que lui ou un simple domestique, il se fit modéré dans ses politesses. Il inclina légèrement la tête, avec un certain recul et parla d'un voix distante, lente, où chaque mot était étrangement calculé avec souplesse. Il ne le connaissait de toute façon pas assez pour se permettre la moindre familiarité, et encore moins si c'était le domestique d'un autre aristocrate. Enfin, il savait consciemment que l'étiquette n'avait plus beaucoup de sens ici, mais croiser le chemin de quelqu'un qui semblait encore la respecter l'enchantait et le poussait à reprendre ses bonnes vieilles habitudes de petit Lord.

- Vous avez raison pour l'auteur. Je ne puis accepter un tel compliment par contre, j'honorais juste la mémoire de ceux qu'on a oublié, je crois qu'il fallait bien que quelqu'un le fasse.. Mais permettez-moi de saluer à mon tour votre brillante connaissance monsieur le majordome de la Comtesse de Pantomime. Je suis Alexander Gray, fils d'Edward Gray, Lord à la Chambre de la Reine.

Il rajouta alors sur le ton de la confidence légèrement gêné :

- Mais il s'occupa peu de moi, aussi pardonnez mon manque d'éducation.

Il eut presque envie de préciser qu'il n'avait pas pleurer, mais c’eut été un mensonge. Et autant ne pas attirer l'attention sur sa sensibilité d'enfant, encore.
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