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 «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]

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Playing Gooseberry
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MessageSujet: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Dim 23 Oct 2011 - 15:45

Bordel de merde, c’était trop demander, un coin où y ait personne ? Hans se posait cette question depuis un bon moment déjà et, à vrai dire, la réponse lui semblait plus évidente à chaque nouvelle porte poussée, chaque pièce traversée en coup de vent : oui, c’était même carrément beaucoup trop, fallait croire. En se réveillant d’un sommeil agité ce matin-là –ou à tout le moins, ce qui lui avait semblé être le matin mais devait s’apparenter à un après-midi nuageux pour le reste du monde–, il s’était d’emblée senti mal. Pas le genre de mal qui vous prend comme ça, traîtreusement, par derrière ; plutôt de ceux auxquels vous vous attendez le soir, avant de dormir, mais dont vous vous foutez parce que de toute manière, vous n’y pourrez rien. C’était une habitude, chez Hackermann. Une putain de sale mauvaise habitude. Il n’avait personne à blâmer sinon lui-même et, très franchement, ça ne le tentait pas. L’idée de larver dans son lit pour le reste de la journée lui avait paru séduisante de prime abord et puis, finalement, il avait dû se raviser : sa chambre, en plus d’être un vrai moulin puisqu’il ne pouvait pas enfermer Hugo dehors ou dedans, était le premier endroit où on irait le chercher. Oh, s’était-il alors dit, c’est pas comme si je me cachais. J’ai juste pas envie qu’on me voie aujourd’hui. Du pareil au même, diriez-vous peut-être, mais lui la voyait, la différence.

Rapidement, il avait compris que le meilleur lieu où faire son trou serait les toilettes. Enfin, l’aurait été s’il n’y avait pas eu autant de passage. Sérieusement, il était crevé et avait envie de vomir tripes et boyaux ; une voix dans sa tête n’arrêtait pas de le narguer à coup de « bien fait » et autres « tant pis pour ta gueule, c’est ta faute, fallait tranquillement dormir cette nuit ». Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes, ironisa-t-il. Le Berlinois s’était habillé en hâte, d’un jean délavé qui avait connu des jours meilleurs, un T-shirt d’un grisâtre un peu foncé, un gilet et ses éternelles converses usées et, incapable d’avaler quoi que ce soit, était parti en quête de son havre de solitude plus que de paix. Salon, out. Parc ? Exit. Cuisine, hors de question : la simple pensée de l’odeur de pâtes ou de gâteau là-bas l’en dissuadait. Les quelques salles bizarres du pensionnat, il préférait autant que possible les éviter –cette véranda étrange par exemple lui faisait froid dans le dos, si bien qu’il n’y mettait guère les pieds plus que nécessaire. La cave, c’était pas un meilleur plan, il ne se sentait pas d’aller dans un coin aussi glauque alors qu’il ne pouvait même pas courir sans avoir de vertiges –il n’avait pas essayé, cela dit il devinait que ce serait le cas.

Alors, pour finir, il était là, dans ces couloirs qui n’en finissaient pas et se ressemblaient à s’y méprendre, à vouer le monde entier aux gémonies sans grande volonté. Pour ce qu’il en avait à foutre, lui, au fond ! S’il devait rester enfermé ici, tant pis : tout ce qui comptait, sur le moment, c’est qu’il se sentait mal, qu’il se faisait chier et que ces putains de médocs à l’infirmerie y changeraient que dalle. Perdu dans des pensées emmêlées, avec pour seul fil d’Ariane le malaise qu’il trainait derrière lui avec une constance qui forçait le respect, il était spectateur de ses propres actions. Du moins, jusqu’à ce que son pied bute dans un objet sur le sol encombré, lui arrachant une exclamation surprise.

Super, un grenier. Avec ce qu’il impliquait de poussière, de lattes à moitié décollées, de vieux objets qui ne serviraient plus à personne. Et de tranquillité. Etait-il déjà entré ici avant ? Sans doute, conclut-il en laissant son regard courir sur les meubles entassés dans la pièce, mais il ne devait pas y avoir fait plus attention que ça. Pas de bruit, sinon celui de sa respiration un peu saccadée et cette fichue musique qui résonnait dans ses oreilles. Lente, pas franchement rassurante mais pas oppressante non plus ; en d’autres termes, il avait connu pire. Un rayon de soleil entrait par la lucarne ; Hans observa un moment les grains de poussière qui flottaient là, baignés d’une lueur dorée. Il fit quelques pas, prenant garde cette fois à ne rien faire tomber, avant de se laisser chuter sur le sol. Assis là, il songea qu’il devait bien s’intégrer au paysage : aussi mal en point, abîmé, inutile et profondément chiant que ces trucs cassés. Allez, sourit-il en sortant une cigarette, Caliméro, c’est pas le moment de se plaindre. Le sort néanmoins semblait s’acharner contre sa pauvre petite personne : il avait laissé son briquet dans sa chambre. Merde, merde et merde. Ne sachant lequel de ces deux besoins, entre celui de rester assis quelque part sans bouger, sans empirer les nœuds dans son estomac ou faire sonner le gong dans sa tête, et celui de fumer était le plus important à ses yeux, il ne bougea pas et baissa un instant les paupières. Peut-être qu’il aurait vraiment dû s’établir dans les toilettes, au final. Il aurait pas eu la paix mais au moins, il aurait eu du feu.

Un bruit attira son attention ; il devait y avoir quelqu’un. L’Allemand se demanda s’il avait fermé la porte derrière lui, mais ne parvint pas à s’e rappeler. Génial. Cool, vraiment : il se prit à espérer que ladite âme charitable viendrait jusqu’à lui et aurait un briquet, ça n’aurait pas fait plus plaisir à un pyromane. Ouais, qu’on lui passe de quoi s’en griller une et qu’on s’en aille plutôt qu’on lui demande quoi que ce soit.

Dans des moments comme ça, il se sentait trop embrumé pour trouver des trucs intelligents à répondre.
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Dim 23 Oct 2011 - 23:48

{ FTW and leave me alone }

    Le bruit de tes pas, meublant ce silence vide, un, deux, un deux. Ralph avait envie d’un pot de peinture. Pour le renverser sur cette saloperie de mur blanc qui remplissait ses rêves et y croissait comme de la mauvaise herbe, sans cesse et sans relâche, trop tenace pour qu’il puisse s’en débarrasser. Chaque fois qu’il croyait l’avoir viré de sa tête, il revenait. C’était insupportable. L’amnésique n’en dormait plus : chaque fois qu’il commettait l’erreur de s’allonger sur son lit, désormais, la peur lui nouait l’estomac, faisant de ses tripes une boule nerveuse contractée au centre de son organisme comme si tout en lui se tordait de douleur. Du coup il n’avait pas pioncé depuis plusieurs jours, et il commençait à être à bout.
    Quelle heure était-il ? 9h ? 15h ? Quelque chose entre les deux, sans doute. Ralph n’avait pas de montre, et Liam n’était pas là pour le guider vers une horloge. L’AEA avait disparu, encore, depuis quelques jours. Le blond commençait à penser, dans des moments de délire, que le blanc qui se déversait dans son cerveau le chassait chaque fois, de plus en plus loin, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus revenir et que Ralph se retrouve seul au monde. Seul. Elle lui manquait, cette satanée boule de poils, bon sang ! Qu’est-ce qu’elle foutait ?
    Il aurait pu demander à Luna –ou pas, il doutait même qu’elle sache lire l’heure – ou à Courtney, ou même à sa petite copine aux cheveux rouges, là, Aphrodite. Mais il ne savait pas où elles étaient, et il ne savait pas comment les trouver. En fait, si les gens ne venaient pas à lui de temps en temps – comme pour vérifier qu’il était en bonne santé – sans doute les contacts humains de Ralph au pensionnat se résumeraient-ils à un regard échangé dans un couloir, et encore… soit une fréquence très proche du zéro absolu.
    Déprimant.
    La seule personne qu’il aurait bien aimé voir, même dans cet état, ç’aurait été Cahier. Il se sentait bien, en présence du jeune garçon… mais malheureusement, il ignorait totalement où il pouvait bien se trouver. Et malgré la possible amitié qui les liait, les lieux que fréquentait le jeune pianiste lui étaient inconnus. Si c’était pas malheureux.
    Le jeune homme se sentait mal, presque malade – en même temps, vu les heures de sommeil qu’il avait à rattraper, normal. Un début de migraine tapait sous son crâne, et ses entrailles semblaient nouées. Il se sentait sale, sans savoir pourquoi. Il aurait voulu quelque chose, n’importe quoi, qui puisse lui faire oublier ce foutu tableau blanc, lui faire oublier cette foutue voix dans sa tête, et le laisser dormir, enfin. Bordel.
    Il avait trouvé un briquet dans ses affaire, sans savoir ce qu’il foutait là, au même titre que les couteaux qu’il y découvrait régulièrement – ce qui avait fini par ne plus l’étonner. Il jouait avec la molette, faisait jaillir une petite flamme entre ses doigts, s’y brûlant parfois sans y prêter attention.
    Ou aurait-il pu aller pour trouver du calme ? Peut-être dormir ? Un endroit sombre, quelque part où il n’y aurait pas de blanc pour l’emmerder, et personne pour provoquer en lui des envies de refermer ses doigts sur une gorge qui n’aurait rien demandé. Un endroit où il pourrait en avoir marre tranquille, et que le monde entier lui foute la paix – même s’il fallait l’avouer, rejeter la faute de ce qui lui arrivait sur la totalité du monde était tout de même de franche mauvaise foi.
    La cave ? Trop noir, doué comme il était, il réussirait sûrement à louper une marche en y descendant. La forêt ? A cette heure ? Non, pas assez sombre. Que restait-il… sa chambre, hors de question. Il y avait passé trop de nuits blanches. Le grenier. Tiens, ça c’était une idée : sombre, encombré et généralement désert… le paradis des dépressifs, en gros. Et un coup de mélancolie par-dessus le mal-être.
    Décidément, Ralph avait l’esprit réveillé pour des pensées drôlement sombres, aujourd’hui.

    Quelques minutes plus tard – non, une demi-heure en fait, il avait réussi à se perdre - le jeune homme ouvrait avec effort la trappe qui menait au grenier. Il hissa son corps dégingandé à travers l’ouverture et laissa lourdement retomber la trappe, jetant un regard autour de lui. A première vue, tout semblait normal. Normal, c’est-à-dire qu’il s’agissait d’un espèce de bric-à-brac incompréhensible, un amas de tas de trucs inutiles ou cassés jetés là à cause, justement, de leur inaptitude à servir à quoi que ce soit maintenant qu’ils étaient brisés. Ralph songea que ça devait quand même être vachement triste – sauf que là, il ne se sentait pas d’humeur délicate… il rêvait plutôt d’un cachet d’aspirine. L’amnésique laissa échapper un soupir, jetant un coup d’œil rêveur à la lumière qui tombait de la seule lucarne de la pièce. Puis il s’aperçut, à l’aide de la lumière que laissait filtrer celle-ci, qu’au final il n’était pas seul.
    Son briquet claqua une dernière fois, la flamme s’éteignit et la menotte à sa main gauche tinta.
    Et merde. Dire qu’il pensait ne croiser personne en venant. Fuck. Le pensionnaire qui avait eu la même idée que lui était assis… ou affalé au sol, selon le point de vue. Apparemment, il l’avait déjà remarqué – en même temps, même s’il avait essayé de se faire discret, le blond n’y aurait sans doute pas réussi. Génial. Donc, il allait falloir qu’il se trouve une autre planque. Merde de merde. Ca faisait beaucoup de jurons en quelques secondes.
    Vu qu’il fallait du temps pour qu’une idée monte au cerveau de Ralph, même lorsqu’il était plongé dans un état de morosité qui activait ses cellules grises – lui permettant de râler à profusion – le jeune homme resta debout, une main dans la poche, le briquet tournant dans l’autre, à regarder son vis-à-vis. Il avait une cigarette entre les lèvres. Éteinte. Le regard aussi inexpressif qu’à l’ordinaire, Ralph fit sauter le briquet dans sa main sans cesser de fixer l’inconnu, peut-être même avec une sorte de proposition lisible dans son œil jaune.




Bienvenue chez les shootés o/
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Mer 26 Oct 2011 - 13:14

[HS : Oh oui, le monde merveilleux des shootés ! Là-bas l'herbe se fume et est rose, le ciel est toujours vert et on ne sait jamais quelle heure il est...8D]
S’il s’était senti un peu mieux, ce type lui aurait presque fait peur en arrivant : dans la semi-obscurité qui régnait en maîtresse implacable sur le grenier encombré, le nouveau venu ne lui avait pas semblé très rassurant. Sans doute cela venait-il de son expression peu amène, s’était laissé aller à penser Hans en posant ses yeux sur son visage, ou peut-être, continua-t-il en descendant, de cette menotte qui pendait à son bras, à la manière des criminels « sitôt pris sitôt repartis » des films policiers auxquels il avait été gavé. Le lieu même n’inspirait pas la plus grande confiance : après tout, il fallait pas être bien dans sa tête pour venir s’enterrer ici. Le coin était aussi glauque que déprimant, sentait le vieux bois et la poussière, sans parler de tous ces objets propices à une mauvaise chute qui jonchaient le sol. Vraiment, ce n’était pas pour rien que le Berlinois était venu échouer ici. Il ne comptait y croiser personne –enfin, se corrigea-t-il, d’accord, il y avait atterri plutôt par hasard, mais c’était bien la raison qui l’avait poussé à y rester. C’était tranquille.

Seulement voilà, il ne se sentait pas « un peu mieux ». Son estomac au bord des lèvres, une bombe à retardement en guise de tête, des muscles dont il n’avait jamais jusqu’ici ne fut-ce que soupçonné l’existence hurlant leur désapprobation à chaque mouvement. Et comble du comble, une cigarette et pas de quoi l’allumer : prends-ça, Tantale. Ces quelques considérations avaient largement contribué à éclairer l’image du jeune homme près de lui –ou loin ? Les distances se jouaient de lui depuis qu’il s’était levé. Car si le junkie avait pris quelques secondes pour, bon gré mal gré, le détailler, il ne lui avait pas fallu plus longtemps pour repérer ce qui en faisait un envoyé de la Providence : un briquet. Putain, commenta-t-il intérieurement avec son ironie coutumière, je devrais me mettre à croire en Dieu, avec ça ; Tout-Puissant, si t’as entendu mes prières, merci. Pas sûr que la fumée arrange son cas, surtout dans l’air saturé du grenier mais, très franchement, il s’en contrefoutait. Comme de beaucoup d’autres choses d’ailleurs, sur le moment. Etre enfermé ici ? Rien à foutre. Risquer de choper un cancer un de ces quatre ? Super, il sautait de joie rien que d’y penser. Faire cramer une vieille commode trop sèche ? Peut-être que le proprio se bougerait le cul quand son « soi-disant pensionnat » serait en flamme, pour ce qu’il en avait à faire. Que ce garçon ait une couleur d’yeux pas commune ? Par pitié, il en croisait des roses, des bleus, des violets et des rouges, à croire que cette fichue baraque à elle seule finançait la moitié des fabricants de lentilles… Il allait pas s’arrêter à ça, quand même ? Il avait déjà demandé du feu à plus louche que ça.

… Ou, avec un peu de recul, peut-être pas puisque généralement, il avait son briquet ou, chez lui, des allumettes. Enfin, railla le blond, il faut un début à tout. Il préférait que le Messie du tabac soit un type comme ça plutôt qu’un crétin souriant à l’air débile et un tantinet trop désireux d’engager la conversation. Il allait pas chipoter, pas son style. Pas le courage, non plus. Hackermann voulu se redresser faute de se relever, avant de se résoudre à abandonner cette seule ambition : à peine avait-il entrepris de pousser sur ses jambes qu’il se ravisa, pris de légers vertiges. Bon, laissons tomber et restons avachi sur le sol, y a pas de raison. L’autre faisait sauter le briquet dans sa main, tout en gratifiant Hans d’un regard aussi impassible que celui que lui aurait jeté un mur. Pour un peu, il se serait levé, et aurait chopé cette saleté au vol. Vissé au plancher toutefois, impossible de l’atteindre ; et en l’état actuel des choses de toute façon, il aurait été capable d’attraper le vide, à quelques bon centimètres de l’objet de sa convoitise. Se taper l’affiche pour un truc aussi con, n’importe qui s’en serait passé. Même quand on avait jamais vraiment fait reluire son image, ou qu’on n’en avait pas du tout –de ces deux catégories, il ne savait pas trop où se ranger, quoiqu’il penchât pour la seconde tant il aurait pu prendre le thé avec l’Homme-Invisible sans avoir l’air bizarre.

« Tu me le passes, demanda-t-il simplement, trop crevé pour provoquer son vis-à-vis ou faire preuve d’un excès de politesse qui ne lui était de toute façon pas coutumier, ou tu continues à jouer avec ? »

L’un dans l’autre, c’était pas plus mal qu’il ait croisé quelqu’un : ça lui faisait sa première phrase de la journée, si on faisait exception des quelques magnifiques jurons qu’il n’avait pas manqué de sortir régulièrement. Il regarda la clope éteinte entre le majeur et l’index, vaguement jaunis. On aurait dû l’engager pour faire campagne, tiens : matez l’épave, fumez surtout jamais, les enfants, c’est pas bien du tout.

« Ou t’en veux une, peut-être ? »

On était jamais trop sûrs et lui, il en avait plein. Avare en règle générale, il préférait simplement être certain qu’il le lui passe, son fichu briquet ; Hans n’était jamais d’humeur à tomber dans les grandes largesses. L’autre n’avait pas une tête à fumer mais, pour venir ici, il devait avoir des ennuis. Oh, pas qu’il se souciât du bien-être de son prochain –qu’ils se débrouillent tout seuls, merde– mais le meilleur remède à tous les maux du monde, c’était notoire, il s’agissait de la nicotine. Avec ça, on allait tout de suite mieux ou, en tout cas, on s’occupait à autre chose. Plus elles étaient fortes, mieux c’était.
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Mer 26 Oct 2011 - 18:12

{ ... }

    Machinalement, Ralph se fit la réflexion que l’autre pensionnaire n’avait pas l’air dans une forme éclatante. Sans blague Ralphy, mais c’est que tu es intelligent comme garçon, non ? Lui répondit dans un coin de sa tête une petite voix sarcastique et nasillarde, tandis qu’il observait les vains efforts du jeune homme pour se redresser. Il ne savait pas ce qui lui était arrivé, mais il n’avait visiblement même plus la force de se relever. Et d’après l’orientation de son regard, d’après ce que Ralph pouvait voir de lui dans la semi-obscurité, le seul truc qui l’importait dans la situation actuelle, c’était le briquet que l’amnésique avait dans la main, pour allumer sa clope. Eh bien. D’un autre coté, peut-être n’y avait-il pas moyen de faire quoi que ce soit pour lui, et dans ce cas souffrir en silence et s’en tirer une serait le meilleur moyen d’oublier un peu ce qui lui arrivait. Quoi que… une simple cigarette, ça suffirait ? Ralph n’en avait aucune idée… plus précisément, il ne se souvenait pas avoir allumé une clope dans sa vie, et donc si la nicotine avait des effets apaisants ou non. D’un autre coté, il ne s’était jamais posé la question – ça ne l’avait jamais intéressé jusqu’à maintenant. Tout comme les substances avec lesquelles se défonçaient régulièrement différents pensionnaires. Il avait souvent voulu échapper à ses hantises, mais cette manière de le faire ne l’avait jamais interpellé. Jamais. Quelque part, il avait comme l’impression que ce n’était pas une bonne chose. Pourquoi ? Que savait-il, après tout ?
    L’autre ado finit par abandonner ses efforts infructueux pour tenter de ramener son corps à une position à peu près verticale et glissa de nouveau au sol comme s’il n’y avait plus le moindre potentiel énergique dans ses muscles. Faute de pouvoir se mettre à la hauteur de Ralph pour lui parler, il laissa juste tomber d’une voix lasse et légèrement pâteuse, en parfait accord avec la tronche qu’il tirait. Crevé. Malade. Mort.
    Un peu comme l’amnésique, quoi – en pire, sans doute. Ralph, lui, n’avait rien consommé d’illicite – il était juste en manque de sommeil. Et peut-être un peu mentalement dérangé. Ca compte ?

    « Tu me le passes, ou tu continues à jouer avec ? » Le jeune homme fit une pause, puis reprit, comme s’il pensait avoir besoin de marchander : « Ou t’en veux une, peut-être ? »
    En fixant le briquet, bien entendu. Ralph le fit rebondir une dernière fois, puis le lança sur les genoux du gars sans hésitation, comme s’il avait décidé de lui donner depuis longtemps et n’attendait qu’une demande de sa part. Ce qui n’était sans doute pas techniquement le cas – après tout, le fait que Ralph n’est pas capable de réfléchir sur un tel sujet ou du moins n’en a pas l’intention est désormais un fait établi.
    Est-ce qu’il en voulait une ? Son premier réflexe mental fut de répondre non – sans en connaître la raison d’ailleurs, sans doute était-ce une réaction par défaut. Il hésita cependant, non pas sur la réponse à donner – trop compliqué – mais sur le fait qu’il doive ou non ouvrir la bouche. Ralph, c’est l’asocial qui parle que quand on lui demande une réponse, et en l’occurrence, Ralph c’est celui qui est venu s’exiler au grenier parce qu’il en avait marre de la foule. Donc, parler ou non ?
    Et merde, il pensait beaucoup trop.

    « Non, t’inquiète. » Marmonna-t-il en effectuant vaguement un geste négatif de la tête.
    Aimable, comme à son habitude, le Ralph. Enfonçant sa main libre depuis un bref moment dans sa poche dans un geste devenu habituel, le jeune homme avança de quelques pas pour aller se laisser glisser à terre, lui aussi, face à l’autre pensionnaire, à une distance raisonnable. Pas trop près, juste assez pour l’entendre parler – si d’aventure il décidait de lui taper la causette – et pour récupérer son briquet quand celui-ci déciderait de faire le voyage retour. ‘fin, pas comme si c’était indispensable non plus, hein. En tout cas, il était vraiment crevé et ses jambes commençaient à montrer des signes de faiblesse – véritable raison de son affalement pour le parquet, qui n’était pas motivé par une simple passion pour la poussière et la crasse qui recouvrait le sol. Qu’est-ce que c’était crade, ici.
    Ses yeux – non, son œil, l’autre toujours étouffé sous une épaisse mèche cendrée – s’adaptait peu à peu à la pénombre, et il put distinguer quelques détails physiques de son interlocuteur. Pas trop grand d’après ce qu’il pouvait distinguer avec la position qu’il prenait, des cheveux apparemment longs, attachés en une queue de cheval, d’une couleur que Ralph jugeait assez étrange – en gros ils étaient blond, mais il restait du noir sur certaines mèches, donnant un mélange un peu hétéroclite – sur une peau d’une blancheur maladive. Ses yeux étaient sombres mais Ralph ne pouvait en distinguer la couleur dans l’obscurité, ils étaient appuyés par les cernes noires sous ses yeux. Il avait pas l’air frais.
    Avec un soupir, le blond aux airs de borgne s’adossa à un meuble quelconque qui se trouvait par un heureux coup du sort derrière lui. Et resta là sans bouger, les yeux baissés sur ses baskets, une jambe repliée soutenant son bras gauche à la main négligemment lâchée dans le vide. Et la chaîne de sa menotte s’y balançait doucement, sans qu’il y prête attention. Il avait l’air pensif, ou peut-être juste perdu, mais ne réfléchissait en réalité à rien… il était juste fatigué. Il n’avait pas l’intention de faire la conversation, d’ailleurs, il n’avait jamais été du genre loquace. De toute manière, si l’autre était là, c’était sans doute un peu pour la même raison que lui, alors pourquoi se faire chier ?
    Après s’il lui parlait… S’il lui parlait il répondrait sans doute, tant qu’il ne s’agissait pas de paroles niaises et agaçantes – mais il y avait peu de chances que ce soit le cas, de son point de vue. En attendant, il n’avait rien à dire, juste l’intention de stationner là un moment. N’en déplaise à l’adolescent à la cigarette.




Et les moutons sont vert radioactif et ils se transforment en arc-en-ciel quand on shoote dedans (8
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Jeu 27 Oct 2011 - 13:40

[Oh oui, des arcs-en-ciel ! On peut transformer les oiseaux en pommes ?XD]
Un demi-sourire sans joie étira les lèvres de l’Allemand lorsque l’autre lui jeta son briquet. Trop cool, songea-t-il, au moins il ne le garde pas pour lui. Qu’en aurait-il fait, d’ailleurs ? C’était stupide : il n’y avait que les fumeurs pour trimballer ça partout avec eux, comme un gris-gris, un petit « chasse ennuis » personnel. A cela près que ce n’était sûrement pas une clope qui allait le débarrasser de tout ce qui le faisait chier dans ce bas-monde –Dieu savait que pour ça, il y aurait eu du boulot, à commencer par cette fichue porte qui passait sa vie à le narguer depuis le hall. Il ramassa le petit objet, le regarda un instant : c’était vraiment, vraiment très con au fond, ne put-il s’empêcher de penser, de se réjouir d’un truc pareil. Waouh, il avait de quoi allumer sa cigarette et putain, il était content. Comme quoi, dans ce pensionnat aussi merdique que paumé, il fallait savoir se contenter des petites joies de la vie. C’était bête à en pleurer, un briquet. Mais il allait pas non plus cracher sur sa première bonne nouvelle de la journée, à plus forte raison quand tout semblait indiquer qu’elle serait la seule. C’était déjà pas mal, en soi. Lorsque le type en face lui certifia ne pas en vouloir de quelques mots, agrémentés d’un vague geste de la tête que lui-même aurait été bien en peine de réaliser, Hans haussa imperceptiblement les sourcils. Ce mec était soit une âme charitable toujours prête à aider les pauvres hères en mal de feu, soit un pyromane. Dans les deux cas, très honnêtement, ça lui allait. Pas de problème, si monsieur voulait foutre le feu quelque part. En fait, c’était même une idée assez séduisante ; tant qu’il avait le temps d’en griller au moins une, lui…

Ce qu’il fit de suite, d’ailleurs ; et sitôt la fumée nocive traversa-t-elle ses poumons qu’il se sentit mieux. A tout le moins, il cherchait à s’en persuader. Il fallait bien que ça serve à quelque chose, il fallait bien que ça ait une utilité quelconque. Autre que de gonfler le porte-monnaie des oncologues, cela dit en passant. Hackermann fut secoué d’une nouvelle quinte de toux, et c’est à regret qu’il recracha un nuage grisâtre dans l’air saturé de poussières. Le nouveau venu se laissa choir en face de lui. De toute évidence, c’était pas un fantôme venu lui faire un cadeau et repartir aussi sec. Hans hésita ; tant mieux, tant pis ? C’était pour avoir la paix qu’il était venu ici après tout, quel intérêt y avait-il à rester s’il ne la trouvait pas ? Néanmoins, une chose en entrainant une autre, il resta. D’abord parce que maintenant qu’il s’était posé, tenir sur ses deux jambes relevait de l’utopie, un doux rêve lointain à caresser du bout des doigts –ou peut-être un cauchemar atrocement proche qu’il repoussait vaille que vaille et lui donnait l’impression de tanguer comme sur un bateau en pleine mer, il n’était plus sûr. Une sorte de reconnaissance stupide, machinale sans doute joua-t-elle son rôle elle aussi : on lui avait refilé un briquet, il allait pas se barrer comme ça. Toute façon, se laissa-t-il aller à penser, ironique, même si on te l’avait demandé t’aurais pas pu. Le toit pourrait s’écrouler sur ta tête que tu pourrais toujours pas. Réjouissant, non ?

Il en profita pour détailler encore l’autre garçon, dont l’allure lui semblait toujours aussi étrange. Une mèche retombait sur son visage : encore un accro du peigne, commenta le Berlinois. Style T.J, et une flopée de types qui devaient passer au moins une heure devant leur miroir tous les matins…, rien qu’y penser, ça lui donnait envie de rire. C’était ridicule, quoi ! Pour une fille, d’accord. Mais ça s’arrêtait là. Son regard cependant revenait toujours à la menotte qui cliquetait au poignet du jeune homme, lui évoquant inexorablement quelque course poursuite avec les flics, soldée d’un échec cuisant côté poulets. Comme dans un film d’action, manquait plus que les cicatrices et le flingue. Sans oublier le bon vieux couteau, indémodable celui-là. C’était sûrement rien, ou juste pas grand-chose ; peut-être que c’était rien qu’un nouvel accessoire de mode ou il ne savait trop quoi –Hans ne s’était jamais tenu très au courant de ce genre de trucs, enfilant chaque jour à la va-vite un des deux, trois jeans de son placard avec n’importe quel T-shirt un peu abîmé. Pourtant, c’était suffisant pour le mettre mal à l’aise, et capter son attention vagabonde qui, elle, avait grand besoin de se fixer sur quelque chose de précis : comme cette menotte, par exemple.

Il laissa filer quelques secondes, inspirant une nouvelle bouffée, le regard dans le vide. Le silence semblait de circonstance ici, au milieu de ces objets cassés, vieillots, qui n’avaient pas dû entendre le moindre mot depuis un moment. Pas un de ces silences à couper au couteau, mais juste une absence de mots. Jusqu’à ce que la curiosité prenne le pas sur son mal de tête assommant : merde, il ne mourrait pas sans savoir à quoi elle servait, cette fichue putain de menotte.

« Tu t’es échappé de chez les flics, ou quoi ? »

Pour y avoir déjà séjourné une ou deux fois –sans suites, heureusement : on n’avait pas de raison de tester quelqu’un d’autre que celui qui conduisait et lui n’avait ni permis ni bagnole–, force était de reconnaitre qu’on avait envie de se barrer, et fissa. Cigarette dans la main droite, Hans porta la gauche à sa bouche, pris d’une soudaine nausée qui passa aussitôt ; il se remit à fumer, l’air de rien. Encore une bonne raison de ne rien avoir avalé depuis la veille. Ca aurait quand même été con de lui gerber dessus, pas vrai ? Il avait désigné, en prononçant ces quelques mots, le bras de son vis-à-vis puis lui avait relancé le briquet : rien d'étonnant à ce qu'il ai mal visé, il n'aurait pas mieux vu s'il avait été ivre. On se sent tout de suite mieux, siffla un voix dans sa tête, quand on est complètement shooté, hein ? C'est ta faute, connard, démerde-toi tout seul.
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Jeu 3 Nov 2011 - 22:02

{ If there’s something I know, it’s that I don’t know anything. }

    Le silence s’étira sans que ni l’un ni l’autre ne prenne la peine de le briser. Après tout, à quoi bon ? Pour dire quoi ? Salut, merci, il fait beau aujourd’hui ? Bien sûr. Comme si ils avaient tous deux la tête de quelqu’un qui a envie de se taper la discut’. Non, c’était plutôt, « tu veux la fermer, tu veux que je la ferme, alors fermons-la et tout va bien. ». Ou quelque chose du genre. En fait, il aurait sans doute pu être brisé très facilement, ce silence, et même sans grognements ou paroles peu aimables mais voilà… pour dire quoi ? Ralph n’était pas bavard. Il n’avait tout simplement rien à dire ; lui demander de tenir une conversation, c’était comme demander à un aveugle de décrire un tableau pour passer le temps. Il ne savait rien. Il n’avait rien à dire. C’était peut-être pour cela qu’il réfléchissait aussi peu, au fond. Pour ne pas s’attarder sur sa propre ignorance, ce sentiment d’impuissance et de faiblesse écœurant qu’il n’avait en aucun cas l’envie de ressentir.
    Le fumeur ramassa le briquet sur ses genoux en souriant en coin. Tant mieux pour lui. Ralph ne pensait pas qu’une clope ou de quoi l’allumer aurait suffi à le faire sourire… quoi que, qu’en savait-il ? Il n’avait jamais expérimenté. Alors encore une fois, se taire, par manque d’expérience, par manque de connaissance. Mais malgré tout, il trouvait un peu exagérément simple que le simple fait de pouvoir s’en griller une ait la capacité de rendre quelqu’un heureux. Enfin, si lui ça lui allait…
    Le jeune homme aux mèches bigarrées tira une première bouffée de sa cigarette et Ralph se cala plus confortablement contre l’empilage d’objets divers qui lui tenait le dos. Enfin, aussi confortablement que possible, vu qu’à priori la pile de cartons, jouets abandonnés et autres choses inutiles ou brisées n’était pas faite pour supporter le poids d’un jeune homme de 18 ans en bonne force physique, eût-il le ventre vide. Le jeune homme en question songea vaguement qu’il ferait mieux de faire attention à ce que tout ne lui dégringole pas sur la figure. Vu sa chance légendaire, ça ne l’aurait pas étonné. Et il y avait tout de même mieux que mourir écrasé sous un tas d’objets hétéroclites, poussiéreux, moisis, et sans intérêt pour la plupart. Quoi que, pour l’intérêt… Ralph promena son regard autour de lui, tandis qu’une odeur de fumée emplissait la pièce, sans prendre attention aux yeux sombres de l’autre pensionnaire qui le détaillaient. Des jouets cassés, inutilisables. Des objets anciens qui n’avaient plus grâce aux yeux de leur ancien propriétaire, des choses et d’autres qu’on avait entreposées, laissées, abandonnées, parfois jetées ici pour ne plus les voir, pour ne plus qu’elles prennent de place. Abandonné, l’avait-il été lui aussi, quand il s’était réveillé seul devant cette lourde porte qui s’était empressée de l’enfermer comme un chien errant dans un chenil ? Non, il n’était pas pareil à ces objets brisés, songea-t-il en appuyant la tête contre un vieux carton. Les objets, eux, renferment les souvenirs de ce qu’ils ont déjà « vécu », quand bien même ils n’ont pas de cœur pour battre. Lui n’en avait pas. Cela faisait-il de lui un être encore plus inutile que tout ce bric-à-brac insensé amassé là, couvert par la poussière des ans et moisi par l’absence de lumière ?
    Foutu cerveau qui se remettait en marche que quand il aurait seulement voulu un peu de paix.
    Ralph secoua légèrement la tête, faisant glisser quelques mèches cendrées sur son œil jaune qui fixait le parquet. Autour de lui, le silence était toujours aussi complet, ni lourd ni étouffant, juste présent, peut-être même respectueux d’un certain point de vue – après tout, tous deux étaient venus le chercher ici, ce silence, alors…
    La seule chose qui rendait Ralph conscient du fait de ne pas être seul était la respiration de l’autre garçon et le bruit de ses lèvres, de son souffle lorsqu’il tirait une nouvelle bouffée de sa cigarette. Ainsi que l’odeur de la chose en question.

    « Tu t’es échappé de chez les flics, ou quoi ? »
    La voix du jeune homme tira l’amnésique de son apathie contemplative – du plancher, passionnant – dont il émergea en clignant des yeux, relevant son regard jaune vers lui. Il eut un temps de latence durant lequel il examina la question – oui, il ne s’était pas attendu à être de nouveau sollicité avant plusieurs minutes, et surtout pas sur ce thème. Puis son œil dériva jusqu’au bracelet de fer qui, effectivement, enserrait son poignet. Il avait fini par s’y habituer et ne se rendait plus guère compte de sa présence que lorsqu’il devait se laver les mains et que le morceau de chaîne pendant cliquetait contre le bord du lavabo. Comme l’aurait fait n’importe quel bracelet, d’un autre coté… mais un bracelet normal, c’était innocent. Ce qu’il avait au poignet, non. C’était anormal, c’était comme une marque le désignant d’office comme dangereux, c’était… coupable. Ralph avait vu les regards de ceux qu’il croisait. Il avait vu la crainte dans certains, la méfiance dans d’autres. Malgré tout, il n’avait jamais essayé de la retirer. Pourquoi ? Comme toujours, parce qu’il n’en avait pas vu l’utilité, parce qu’il s’en moquait, parce que c’était chiant. Il était une vraie larve.
    Remarquant du coin de l’œil un mouvement du coté de l’autre pensionnaire, Ralph reporta son attention sur lui et le vit esquisser une geste de la main devant sa bouche, comme s’il était pris d’une soudaine nausée, avant de le réprimer et recommencer à fumer. Sa main libre se mit en action et il lui relança le briquet, d’un mouvement un peu bancal ; Ralph tendit la main, ses doigts effleurèrent le métal tiède qui rebondit et alla se perdre un peu plus loin. Étouffant un soupir, le jeune homme se redressa sur un genou et le reprit en évitant tout mouvement inutile, avant de se laisser à nouveau tomber contre la montagne de bordel derrière lui, parfait reflet du jeune homme à qui il faisait face. Plus flemmard, tu meurs. Sa menotte émit un son métallique lorsque les anneaux s’entrechoquèrent, dans le geste qu’il fit pour lancer à nouveau le briquet, puis le rattraper. Il ressentait le besoin d’occuper ses mains, même si ça devait lui rappeler ce foutu truc qu’il avait au poignet.
    Ah, oui, en parlant de ça, il avait toujours une réponse à fournir. Ou pas. Et s’il restait silencieux ? Ca ne serait pas très poli, non ? Qu’est-ce qu’on s’en fout de la politesse… Mais malgré ça, Ralph ressentait un certain malaise à l’idée de ne pas répondre ; après tout, jusqu’ici, le pensionnaire n’avait pas été agressif quand bien même il l’avait dérangé dans sa solitude – bon, il lui avait filé du feu pour se pourrir les poumons mais quand même.
    Alors quoi ? De toute manière il n’y avait rien à dire, songea-t-il en laissant tomber son regard sur son poignet. C’était très simple : il ne savait pas. Tout comme il ne savait pas d’où il venait, d’où venaient ses vêtements, ce qu’il faisait avant d’arriver. Tout comme il ne savait pas qui il était.
    Quelle réponse stupide. Je ne sais pas. Ridicule. Jusqu’à présent, il n’avait jamais dit à personne qu’il était amnésique. Ca le faisait chier d’expliquer. Ca ne regardait pas les autres. En outre, il ne voulait pas avoir à supporter des paroles compatissantes ou des regards inquiets. Merde alors. Ca ne regardait que lui.
    Mais d’un autre coté, il ne savait vraiment pas quoi dire. Et il en avait marre de biaiser ou d’inventer des excuses. Et il avait la flemme.

    « Aucune idée. C’est pas important de toute manière. »
    C’est ça, lâche ça sur un ton égal, avec cet air indifférent qui t’est propre. Après tout tu t’en fous, non ? L’autre peut en rire, te regarder comme un dingue ou un attardé… c’est ce que tu es non ? Alors cherche pas. Te fais pas chier, Ralphy. De toute manière t’es pas venu ici pour ça. Le jeune homme se contenta de regarder un moment son vis-à-vis de ce même air fermé, insondable parce qu’il n’y avait rien à y voir, avant de reporter son attention sur le briquet dont le bruit mat, en retombant dans sa main, était seul à trancher sur le silence qui reprenait possession des lieux.



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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Dim 13 Nov 2011 - 11:31

[C'est encore mieux que Neverland, hourra ! \o/ ]
Si ça se trouve, se laissa aller à penser l’Allemand, c’était un tueur à gages. Un putain de tueur à gages entré au pensionnat au terme d’une mission classée top secret, quand les flics venait de le choper. Et pourquoi pas, ajouta-t-il avec ironie, avec le gouvernement au cul ? Pas n’importe lequel : tant qu’à faire, autant que ça soit la maison blanche, c’était plus classe que la Chancellerie ou le Parlement français. Il était peut-être dangereux. C’était peut-être un horrible psychopathe et lui, il fumait tranquillement avec ce mec dans un grenier sans plus de cérémonie. Pour un peu, il en aurait presque ri. Lui qui avait toujours trouvé sa vie merdique ! Qui avait toujours promené un regard morne sur l’écran géant d’une salle obscure, qui avait toujours critiqué les scénarios rocambolesques soi-disant « tirés de l’histoire vraie de », il avait gagné le gros lot : un séjour forcé tous frais payés dans une bâtisse surannée style années trente, avec sa clique de tarés et de névrosés en tout genre, ad vitam aeternam. Cool, vraiment. Dingue et digne du plus pourri des produits de série B. Et pourquoi il se réveillerait pas dans son lit, comme si de rien n’était ? Hans ne le serait jamais avoué, il n’en avait pas idée ; mais chaque soir en se couchant, il l’avait quelque part espéré. C’était un rêve, pauvre con, tu t’es vraiment fait baiser, sur ce coup-là. Il les oubliait tout le temps, ses rêves, impossible de savoir si celui-là y ressemblait et s’il craignait plus que les autres. Au moins, commenta le Berlinois, quand je sortirais d’ici, j’aurais une histoire super à écrire. Enfin, il aurait encore fallu qu’il puisse tout expliquer et ça, il en était loin. Cette putain de porte, ces putains de salles, ces putains d’animaux merdiques, ces putains de noms qui s’affichaient tout seuls, ces putains de pouvoir, cette putain de musique, cette putain de menotte, y avait de quoi laisser tomber avant de devenir dingue.

Sauf que, voilà, Hackermann avait toujours eu une curiosité franchement mal placée difficile à réprimer : pas pour ses cours, pas pour des livres, pas pour de lointaines terres à explorer ni même pour les filles, mais pour les problèmes des autres en général. Un détail, un petit truc pour retenir son attention, fixer son regard –et en l’occurrence, que la pièce arrête de tanguer avant qu’il rende tripes et boyaux. La réponse de l’autre se faisait attendre et, plus les secondes se suivaient, plus le junkie avait l’impression que ladite réponse serait chiante ou incompréhensible. Quand on mettait du temps à répondre à une question conne, on était soit bourré, soit raide, soit un gros menteur. L’autre se releva sur un genou et récupéra le briquet parti s’écraser lamentablement plus loin. Hans eut envie de l’applaudir pour ce geste dont lui était bien incapable. Il avait même pas envie de tenter le coup, voué à l’échec et un brin trop dangereux, avec ces objets qui trainaient partout. Mort la tête empalée sur le morceau d’un pied de chaise ! Pas de doute, ça aurait fait sensas, il aurait été célèbre, après ça : connu comme le loup blanc… A moins qu’on aille croire que c’était l’autre type qui l’avait buté ? Y avait un cimetière pas loin, nota Hans, plein de tombes. C’était bien pour quelque chose, non ? Crevé à cause du pied d’une chaise, tu parles, il préférait encore se jeter du haut de cette fichue tour. Ça au moins, ça aurait peut-être remué un peu les tripes de ce connard de vieillard tordu qui devait se fendre la poire à les regarder s’agiter.

Le blond entreprit de suivre les mouvements du briquet : dans les airs, dans la main, dans les airs, dans la main, dans les airs…, mais dû bien vite baisser les yeux tant ce simple mouvement, un peu trop répétitif à son goût, lui donnait la nausée. Une seconde, il se jura qu’aujourd’hui, c’était la dernière fois qu’il se sentait aussi mal, qu’il ferait plus attention dorénavant, qu’il vérifierait bien les doses, que ça se passerait plus jamais comme ça. Il se trompait ; il le savait. Hans avait abandonné la perspective d’obtenir une réponse et s’était lancé dans une observation minutieuse d’une latte de parquet, visible sous la poussière, lorsque son vis-à-vis éleva la voix, concis, irrécusable :

« Aucune idée. C’est pas important de toute manière. »

Il arqua vaguement les sourcils, trop paumé pour être vraiment décontenancé : allez faire tomber plus bas quelqu’un qui est déjà au fond du trou, vous. Il savait pas ? Cool. Des poulets lui avaient mis un joli bracelet cliquetant, et lui l’avait cassé, s’était barré pour aller s’enterrer dans ce pensionnat à la con, et il ne savait pas pourquoi. Un sourire sardonique étira ses lèvres un peu sèches : il était pas le cas le plus désespéré du coin, une fois de plus ! Le Berlinois n’essaya pas de déterminer s’il s’agissait d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle. Etait suffisamment embrouillé comme ça sans s’embarrasser de pensées parasites. Dans un ultime effort, le jeune homme tenta de rassembler sa concentration vagabonde en un point : ce type ne savait pas, ou il ne voulait pas lui dire ? Je m’en fous, de toute façon, lâcha-t-il, ce qu’a bien pu lui arriver, c’est sa merde, rien à branler. S’il avait buté quelqu’un, c’était logique qu’il lui dise pas. Qui sait ce qu’il aurait pu aller raconter. Quoiqu’ici, la justice n’avait pas l’air très établie, c’était un des trucs qui l’avait tout de suite frappé. Dès les premiers jours de son long séjour, à la vérité : l’absence totale de hiérarchie. En toute logique, l’endroit aurait dû s’organiser, Sa Majesté des Mouches aurait bien dû exister quelque part ici, un Ralph, un Jack, quelqu’un. Mais non, rien. Chacun pouvait faire comme il voulait, en dépit du bon sens. Cacher ses crimes, ça doit faire partie d’un truc du genre de l’instinct, conclut-il. Moi non plus je le dirais pas, si j’avais fait un truc grave.

Il éluda presque aussitôt l’hypothèse selon laquelle ses propos étaient à prendre tels quels. Amnésique ? C’était trop gros pour lui à avaler, merci ; mais d’un autre côté, il avait vu tellement de choses insensées ici que ça ne l’aurait pas plus étonné que ça. Blasé un jour, blasé toujours, telle était sa philosophie de vie et elle lui seyait à merveille. Pas de bonne surprise, ça voulait aussi dire pas de mauvaises et rien que pour ça, ça valait le coup.

« Aucune idée ? Tu sais pas, ou tu veux pas me dire ? »

Hans inspira une nouvelle bouffée de fumée avant de la recracher, fixant le vide. En soi, quelle que soit la réponse, c’était pas ses affaires. Il avait pas à s’en mêler, encore moins sous prétexte que l’autre lui avait filé un briquet. Hackermann cherchait désespérément quelque chose à quoi s’accrocher, à quoi penser pour n’en pas revenir à se morfondre, à déplorer son sort et prophétiser son avenir avec un réalisme coupant.

« C’est pas vraiment mes affaires, hein ? Si j’étais toi, je m’enverrais chier… »

Triste constatation s’il en était, mais non moins juste.
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Dim 20 Nov 2011 - 17:34

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    L’absence de réaction marquée du blond fut ce qui surprit le plus Ralph – si tant est qu’on puisse qualifier de “surpris” l’air blasé interloqué à 0,0001% qui s’afficha sur ses traits, réponse parfaite à l’imperceptible expression d’étonnement de l’autre ado. Comme quoi, il n’était pas le seul à ne pas savoir faire fonctionner ses muscles faciaux correctement. Enfin, pour l’autre pensionnaire c’était peut-être intempestif, qui sait ; au moins si c’était le cas ne s’approcherait-il pas de la perpétuelle frigidité faciale de l’amnésique aux yeux bigarrés. C’est vrai que s’il n’avait pas la capacité physique de faire un mouvement plus large que celui qui conduisait sa clope à ses lèvres gercées, il y avait peu de chances qu’il ait encore la force de s’étonner de tout ce qui pouvait lui tomber sur le coin de la figure ; et dieu sait que dans le Pensionnat, il y en avait tout le temps, des conneries du genre. A vrai dire, Ralph lui-même n’en avait que peu conscience, mais il avait assez souvent vu ses camarades d’infortune cracher sur les multiples facéties que leur réservait la vieille bâtisse, si différente de leur monde d’origine – il suffisait de voir Cahier feuler comme un matou en colère pour comprendre ça. En même temps, le simple fait de croiser au détour d’un couloir une bestiole qui n’appartenait à aucune espèce connue dans la réalité dans laquelle chacun avait baigné depuis sa naissance avait déjà de quoi mettre la tête de n’importe qui à l’envers. L’amnésique n’avait pas ce problème, non, jamais – c’était peut-être pour ça d’ailleurs que tout ce qui l’entourait l’indifférait à ce point. Tant que physiquement ça ne le touchait pas, c’est-à-dire tant qu’il ne se prenait pas un mur dans la figure, qu’un fantôme n’essayait pas de le tuer, ou autre réjouissance du même genre.
    Au bout d’un moment de silence à peu près aussi long que ceux qui avaient parsemé le début de cette sorte de conversation, Ralph s’ennuya de l’incessant aller-retour du briquet qu’il faisait sauter dans sa paume. Il rattrapa donc une dernière fois le petit engin chromé entre ses doigts et s’immobilisa au bout de son geste, sans laisser retomber sa main, le gardant prisonnier de son poing. S’était-il attendu à une nouvelle réplique de la part de l’autre blond ou non ? A vrai dire, il ne le savait pas bien, et ne s’était pas non plus posé la question… comme à chaque phrase depuis qu’il était entré, que la conversation continue avait peu d’importance à ses yeux… il ne pensait pas que quoi que ce soit de dangereux ou au contraire de révélateur puisse en sortir. Et d’un autre coté, le fait de parler avec l’autre pensionnaire ne le dérangeait pas autant qu’il l’aurait dû, peut-être à cause de la longueur des phrases inversement proportionnelle à leur fatigue à tous deux, ou parce que l’ado semblait également se foutre comme de son premier caleçon de ce qui pouvait se passer aux alentours. Ralph trouvait ça reposant.

    « Aucune idée ? Tu sais pas, ou tu veux pas me dire ? » Reprit le blond de sa voix rauque de fumeur.
    Fugitivement, l’amnésique songea que s’il avait vraiment été un dangereux criminel récidiviste qui venait de faire le mur, le blond aurait mieux fait de se taire. Logiquement, on évite de se taper la causette avec un psychopathe, non ? Après peut-être n’en avait-il rien à cirer, peut-être était-il trop shooté pour y penser ou avoir un peu de sens réel, ou alors il ne croyait pas vraiment que Ralph puisse être dangereux. La bonne blague. Le regard vide, Ralph suivit des yeux le panache de fumée qui s’échappa à nouveau d’entre les lèvres du jeune homme, qui semblait autant à des kilomètres de là que lui-même se moquait actuellement de tout ce qui pouvait arriver.

    « C’est pas vraiment mes affaires, hein ? Si j’étais toi, je m’enverrais chier… »
    Ralph le regarda un moment en silence, lèvres closes d’un air toujours aussi inexpressif, à croire que sous son crâne ses neurones étaient en congé maladie. Si ça se trouve ces cons avaient absorbé la plus grande partie de son malaise précédent. Quoi que, lorsqu’il se mettait à y repenser, il sentait cette espèce de nausée psychique le reprendre ; comme si c’était son cerveau qui allait dégueuler, et pas son estomac. Réjouissant. Maintenant qu’il y songeait, sa rencontre avec le fumeur l’avait un moment distrait de ses problèmes, ce qui l’avait conduit à se sentir superficiellement mieux le temps où il pensait à autre chose. Comme quoi, se morfondre n’était pas la meilleure solution pour aller bien… en même temps, si ce n’était que pour un soulagement de surface, Ralph ne savait pas ce qu’il préférait. Il prit le parti de ne pas retourner se noyer dans des pensées sombres et de se concentrer sur ce que venait de dire l’autre épave qui avait élu domicile dans le grenier ce jour-là.

    « … Ouais, ça serait faisable. » Lâcha-t-il tout d’abord, sur le même ton blasé que précédemment.
    Un autre jour, il aurait pu l’envoyer se faire foutre, le blond, violemment. Voir lui en coller une avec colère. Il commençait à se connaître ; l’épisode avec la petite rousse – qui datait de si longtemps qu’il ne parvenait pas à se souvenir avec précision combien de mois s’étaient écoulés depuis – lui avait bien prouvé qu’il pouvait perdre le contrôle de ses moyens quand on cherchait à toucher à ses souvenirs et son passé. Pareil pour les cauchemars, les réactions inattendues, etc. Il se connaissait sans se connaître, en somme… alors il aurait peut-être réagi autrement un autre jour, mais si à cet instant précis il n’avait pas envie de sauter à la gorge d’un pauvre type qui s’était juste montré un peu trop curieux – même si il ne pensait pas qu’il s’agisse à proprement parler de gentillesse – alors il n’allait pas chercher la bagarre pour rien. Et puis il ne se sentait pas dans le bon état d’esprit pour s’énerver contre quoi que ce soit… quelques minutes plus tôt, il était plutôt à s’apitoyer sur lui-même. Super.
    Enfin bref.

    « J’me souviens vraiment pas. Si j’avais tué quelqu’un dehors, ou quoi que ce soit, pourquoi je le cacherais ? »
    C’est en prononçant ces mots que Ralph se rendit compte qu’il n’avait jamais, jamais parlé de son amnésie à qui que ce soit. A chaque fois que quelqu’un l’interrogeait sur des éléments qui faisaient référence à un passé supposé, il mentait ou déviait la conversation par automatisme. Toujours, et presque sans s’en rendre compte. A vrai dire, ce manque de connaissance ne lui compliquait presque plus la vie à force, habitué qu’il était à mentir. Est-ce que ces mensonges auraient dû lui peser ? Non, plutôt, est-ce qu’ils lui pesaient ? Il était plus logique de se poser d’abord cette question-là, quand on s’appelait Ralph et qu’on avait le quotient émotionnel d’un bigorneau à marée basse. Le jeune homme réfléchit, fit glisser son pouce sur la roulette du briquet, réfléchit, regarda la petite flamme jaillir entre ses doigts et brûler mélancoliquement dans une faible lueur orangée, réfléchit… et ne trouva pas de réponse.


Dernière édition par Ralph le Sam 10 Déc 2011 - 1:54, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Mer 30 Nov 2011 - 16:52

Y fallait être sérieusement timbré pour se sentir à son aise dans un endroit pareil, c’était là une phrase qu’Hackermann avait souvent à l’esprit. Dès qu’il rencontrait un visage souriant, il ne pouvait se garder d’imaginer quelle personnalité tordue devait se cacher derrière pour être capable d’être heureux ici, loin de tout, parqué comme de vulgaires animaux, entouré de créatures cauchemardesques. S’adapter, ça avait jamais été son fort mais là, quelque chose lui disait que c’était pas lui qu’avait un problème. Que ça venait des types à l’air le plus banal, de ceux que ça avait pas l’air de choquer de causer avec un homme-tigre, de croiser l’héritier d’une riche famille du dix-septième. Enfin, de choquer, façon de parler ; perturber aurait mieux collé à la situation. Y avait un moment où, forcément, faute de s’habituer on finissait par tout laisser tomber et accueillir d’une froide indifférence les bizarreries du « pensionnat ». Les mecs un peu rogues, distants, complètement paumés ou violents, c’était normal. Qui aurait pu devenir autre chose dans des conditions pareilles, hein ? Lui était déjà comme ça avant, mais il reconnaissait ne pas s’être arrangé depuis qu’il était arrivé : plus sujet à la dépression, un peu plus violent aussi, il avait jeté les bons sentiments pourris et la vague perspective d’un avenir merdique à la poubelle pour au final se retrouver avec un beau « rien du tout » qui lui donnait des airs de mort-vivant. Le garçon face à lui avait pas l’air très réactif et, franchement, Hans trouva presque ça rassurant. L’anormalité était ce qui rentrait le mieux dans la norme ici, aussi paradoxal que pût être ce raisonnement. Le regard plus ou moins fixé sur son interlocuteur, Hans considéra son silence sans grande émotion. Putain, songea-t-il, ce type doit se prendre la tête. Ou juste avoir la flemme de lui répondre, ce qui en soi ne l’aurait pas profondément déstabilisé ; ne venait-il pas de le dire, de toute façon ? Il se serait envoyé chier. Il ne se serait même pas répondu. Ces affaires, elles ne le concernaient pas plus que ça, elles n’avaient rien à voir avec lui. Rien de rien, strictement rien, il avait juste…, envie de savoir, comme ça, pas pour dire quelque chose, pas pour lancer la conversation – dans son état, « conversation » et « équations du troisième degré » prenaient des consonances étrangement similaires, à jeter avec un tas d’autres choses impossibles, comme, pourquoi pas, se relever ou marcher droit. Non, juste comme ça, vraiment.

Une badine discussion en trois mots et monosyllabes sur l’hypothétique meurtre d’un mec avec qui il causait dans un coin désert. Cool. Dit comme ça, c’était presque ridicule : mais Hackermann n’avait ni la force ni l’envie d’en rire. Il était pas d’humeur à s’étonner. Comme si souvent, d’ailleurs.

« … Ouais, ça serait faisable. »

Bon, au moins, ça avait le mérite d’être clair : sa tronche d’asocial apathique avait annoncé la couleur longtemps avant qu’il ouvre la bouche. Pas que le Berlinois s’en plaignît ; c’était pas plus mal comme ça, au moins, il savait à quoi s’en tenir. Ces cons qui brodaient avec des phrases compliquées…, qu’ils aillent crever, eux et leur hypocrisie crasse. Un bon coup de gueule et une réponse claire, ça valait toujours mieux que leurs louvoiements à la con. Hans ramena dans un ultime effort ses genoux près de sa poitrine, toujours plus avachi qu’assis pourtant. Il cherchait pas la compagnie, mais partir, c’était pas non plus en option. Et même s’il avait pu, ç’aurait été pour aller où ? Nan, quitte à larver quelque part, autant le faire ici. Que ce soit pour se regarder dans le blanc des yeux sans rien dire avec un inconnu, ça lui passait loin, loin par-dessus la tête.

Les yeux ? L’œil, carrément, se corrigea-t-il. Putain de mode de merde…

« J’me souviens vraiment pas. Si j’avais tué quelqu’un dehors, ou quoi que ce soit, pourquoi je le cacherais ? »

Hans prit son temps pour répondre, et pas parce qu’il cherchait quoi dire. Pourquoi faire ? Puisqu’il était toujours à la ramasse, ça aurait pas été très intelligent de toute manière, il l’avait bien compris. Le temps que l’information transite jusqu’au cerveau, peut-être ? Que ses neurones léthargiques, voire franchement comateux et sclérosés, se remettent de la petite fête solitaire de la veille ? Ou simplement de porter sa cigarette jusqu’à ses lèvres sans se la planter dans l’œil ? Rassembler ses idées n’était pas une mince affaire. Il jeta un nouveau coup d’œil à la poussière dorée qui dansait dans le rayon de lumière. Classe, la poussière.

« Bah, je sais pas moi… T’as peut-être peur qu’un taré veuille te punir, ou un truc du genre, tu sais… Vu les cas qu’y a ici, hein… Ou j’sais pas, les autres auraient les boules, tu serais tout seul. Enfin, ça, toute façon... »

Regard vers le sol. Brève pause. C’était pas juste normal, de planquer ce que tu foutais de mal ?

« Mais si t’as carrément tout zappé… La grande classe, hein, Jason ? Tu peux te la couler douce ici. »

Infichu d’articuler, Hans mâchait la plupart de ses mots. Le plus surprenant restait à vrai dire qu’il reste à ses paroles une certaine cohésion, une harmonie d’ensemble. Il était bien, non, ce mec aux cheveux bizarres ? Coincé dans un asile de fou, la belle affaire ! S’il se souvenait que de ça, c’était pas pareil. Il avait pas de casseroles à trainer, à part cette putain de menotte qui cliquetait à son poignet.
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Sam 10 Déc 2011 - 23:47

{ I've become so numb, I can't feel you there.
I'm tired of being what you want me to be
}

    En un sens, ce n’était pas très grave. Qu’il ne trouve pas de réponse. Après tout, à quoi aurait pu lui servir de savoir si oui ou non il pensait comme une personne normalement constituée, puisqu’il savait déjà qu’il n’agissait pas, et ne ressentait pas les mêmes choses que les gens « normaux » ? Oui, il était bizarre, selon les critères des pensionnaires qu’il connaissait. Il pensait à des choses que la moyenne trouvait dérangeantes de manière tellement naturelle qu’il finissait par s’en effrayer lui-même ; il se moquait de ce qui l’entourait, et il se moquait de lui-même d’une manière ridiculement bornée, comme pour se défendre contre ce que lui dissimulait son corps ; il pouvait perdre tout sens commun et s’attaquer à ami comme ennemi pour des raisons qui auraient semblé totalement ridicules à tout autre que lui. Ca n’était jamais arrivé, mais plusieurs fois cela n’était pas passé loin, et il l’avait senti. Il suffisait d’un coup d’œil mal placé ; d’une remarque sur quelque chose dont il n’avait aucun moyen de se souvenir. D’un éclair bleu, ou d’un mur blanc.
    Ralph passa son pouce à travers la flamme orangée, ignorant la douleur comme si elle n’avait aucune importance, sans lever les yeux vers l’autre jeune homme tandis qu’il marmonnait, après un long silence :

    « Bah, je sais pas moi… T’as peut-être peur qu’un taré veuille te punir, ou un truc du genre, tu sais… Vu les cas qu’y a ici, hein… Ou j’sais pas, les autres auraient les boules, tu serais tout seul. Enfin, ça, toute façon... »
    C’est vrai qu’à entendre ça… non, pas l’idée qu’un malade mental veuille lui faire la peau ; de ça, Ralph n’en avait pas grand-chose à cirer. Étrange, comme l’idée qu’on puisse en vouloir à sa vie le laissait indifférent. Si quelqu’un avait quelque chose contre lui, qu’il vienne, tout simplement… Lui-même n’était pas un exemple de sainteté d’esprit, alors les autres tarés, il les prenait quand ils voulaient. Il ne pensait pas mourir. Ou alors il s’en foutait.
    Mais se retrouver seul à force d’effrayer les autres, ça… Quand il commença à y réfléchir, Ralph dut admettre qu’il n’arrivait pas bien à savoir s’il le redoutait ou non. D’un coté, il n’agissait pas de manière à s’attirer des amis. Il n’allait pas vers les autres, c’était eux qui venaient à lui, ça, il en avait déjà convenu. Mais il y en avait qui avaient peur de lui. Peut-être pas sans raison, d’ailleurs. Quant à ceux qui le fréquentaient, et qu’il aurait sans doute pu qualifier d’amis – quoi que, était-il certain de le pouvoir ? – ils ne semblaient pas le craindre. Mais si Courtney, parfois accompagnée de son amie rouquine – ouais, il avait zappé son nom au final - cessait de le harceler pour le faire bouger, sortir, faire des trucs auxquels il n’aurait jamais pensé tout seul, le regretterait-il ? Si Luna arrêtait de lui sauter dessus à certains coins de couloirs, cela lui manquerait-il ? Si Cahier cessait de lui parler, se sentirait-il abandonné ? Si Liam… Non. C’était une pensée bien pitoyable… mais pitoyable, est-ce qu’il ne l’était pas, un peu au moins ?
    Et merde. Sans relever la tête ou éteindre la flamme qui dansait entre ses doits, Ralph releva son seul œil visible sur le blond qui avait, lui, laissé tomber son regard sur le plancher moisi. Et de se demander, fugacement, si il ne flippait pas en réalité avec tout ce qu’il pouvait imaginer sur l’amnésique à ce moment précis. Tueur en série, évadé, psychopathe ? Et pourtant ça n’avait pas l’air de le déranger plus que ça –à part sa capacité à garder sa clope entre ses doigts, il n’y avait pas grand-chose qui semblait lui importer en fait.
    En un sens, ça devait le rendre « inhabituel », lui aussi. Ca ou la raison pour laquelle il avait l’air en miettes à l’heure actuelle.

    « Mais si t’as carrément tout zappé… La grande classe, hein, Jason ? Tu peux te la couler douce ici. » Continuait-il de cette même voix abîmée, épaisse comme s’il avait dans la bouche quelque chose qui l’empêchait d’articuler clairement.
    Ralph n’avait pas vraiment le même point de vue. Certes, il n’y avait rien ne personne pour lui rendre la vie difficile dans le Pensionnat, aucune réminiscence désagréable de s vie à l’extérieur comme des souvenirs gênants ou des emmerdes aux basques qu’il aurait craint de retrouver même ici. Mais ce n’était pas pour cela qu’il était tranquille. Non, ce qui lui pourrissait la vie, ici, c’était lui-même. Son cerveau dézingué qu’il avait parfois envie d’envoyer faire un tour au royaume des morts pour revenir lui dire comment c’était. Non, il ne se la coulait pas douce intérieurement. Intérieurement, la coupe commençait à se remplir dangereusement ; il avait peur qu’à un moment ou un autre, elle n’explose.
    Cependant, ça ne servait à rien d’y penser encore et encore, ça ne servait à rien de se morfondre. Il avait toujours composé avec ce qu’il était, ce n’était pas maintenant qu’il allait flancher. Depuis le début, Ralph avait avancé en ignorant les appels que lui envoyait son esprit au supplice, tant que ses pieds fonctionnaient assez bien pour trainer sur le sol dans la direction où il voulait aller. Il n’avait pensé à rien ; il sentait que c’était parce que de cette manière, il finirait par s’en sortir. Arriver quelque part, trouver quelque chose qui lui permettrait de… de quoi d’ailleurs ? Foutue incertitude.
    Arrivé à cette phrase précise, Ralph se retrouva un peu perdu vis-à-vis de ce qu’il convenait de faire, à part stagner comme le poisson mort qu’il avait souvent l’impression d’être. Du coup, il revint à sa conviction précédente : ne pas se poser de questions, c’était nettement mieux pour ne pas se prendre la tête. Et merde au reste.
    Appliquant directement cette philosophie fort paresseuse, il faut l’avouer, le jeune homme éteignit son briquet pour ne pas passer pour un pyromane en plus d’un dérangé, et redressa complètement la tête pour regarder franchement l’autre ado avachi dans son coin. Il l’avait déjà assez détaillé comme ça, donc pas la peine de s’attarder de nouveau sur la tronche qu’il tirait, mais à vrai dire l’état dans lequel il se trouvait l’intriguait tout de même. En outre, il ressentait le besoin de changer de sujet, pour ignorer tout ce qui aurait pu le déranger. Philosophie de vie Ralphienne – ne vous cassez jamais ce qui vous reste de méninges actives pour rien.

    « Si on veut. » Répondit-il évasivement à l’affirmation précédente, s’appuyant de nouveau à l’entassement de vieilleries dans son dos. « Au passage, t’es sûr que ça va ? Ce serait chiant que tu clamses ici, non ? »
    En l’occurrence, Ralph ne savait pas bien pourquoi « ce serait chiant », à la limite ça risquait juste de salir la pièce. En plus le jeune homme n’avait pas l’air à l’agonie, même s’il n’était pas très frais… quoi que. Ralph avait eu l’occasion d’observer la vivacité de ses réflexes, et ce n’était pas glorieux. Il n’avait pas l’air de pouvoir se relever seul, voir même se déplacer. Bon après, l’amnésique s’en foutait, il pouvait crever si ça le chantait, mais relever son état lui semblait tout de même de rigueur après un petit quart d’heure passé à se balancer des remarques existentielles de trois mots et demi entre loques émiettées. Ce n’était pas vraiment une proposition d’aide, non, en fait il était même peu probable qu’il ait clairement pensé à lui filer un coup de main mais… ça lui paraissait tout de même à dire. « Normal », si ça se trouve.



Owyah, ça se dit "sainteté mentale" ? >_o Shame on me ._.
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Dim 18 Déc 2011 - 14:31

Pour le coup, sainteté mentale, j'ai comme un doute. Sanité ? Santé ? Sainteté ? Moi je dis, fuck, tant qu'on se comprend !XD


Pyromane, se dit Hans, le regard fixé sur la petite flamme du briquet. Il penchait carrément pour pyromane, maintenant. Si sourire n’avait pas demandé un effort inenvisageable à ses muscles faciaux, sans doute l’aurait-il fait ; après tout, si quelqu’un voulait se charger de foutre le feu à cette putain de baraque à sa place, il allait pas s’en plaindre ! Mais le seul geste qu’il pût faire fut de porter sa cigarette à ses lèvres. Depuis quand elles étaient aussi lourdes, d’ailleurs ? A moins que ce ne furent ses bras qui laissaient tomber l’affaire, ou son cerveau qui déconnait un peu trop pour les motiver –et pourtant, il se privait pas de lui coller une humeur merdique chaque fois qu’il devait se passer un peu trop longtemps de tabac, mais la logique, ça devait pas être son fort à lui non plus. Allez Jason, se laissa aller à songer Hackermann, fais-toi plaisir, hésite pas : crame tout. Un peu de fumée et des cendres, ça lui donnerait peut-être une petite poussée d’adrénaline, assez en tout cas pour se barrer du grenier et aller se jeter directement par la fenêtre –ce qui aurait réglé la grosse majorité de ses problèmes avec une rapidité hallucinante, à commencer par le mal de tête, voire franchement généralisé qu’il se tapait. Les deux, trois inconvénients que ça induisait, il risquait pas de les avoir sur le dos puisqu’il serait mort. Ah, pas que crever brûlé vif ne le tentât pas, mais quelque part, se défenestrer, c’était quand même plus pratique et moins douloureux. Même si, à choisir, entre les lendemains de ce style et un bon bûcher…

Las de fixer le briquet, il laissa son regard partir une nouvelle fois à la dérive, gardant bon gré mal gré ses yeux de se fermer. Ça lui faisait trop peur, de dormir là, maintenant, comme ça. Peut-être parce que ses doutes sur l’identité profonde du type en face de lui n’étaient pas totalement dissipés, bien que la force de remettre en cause ses affirmations lui manquât ce jour-ci. Ou peut-être parce qu’il avait peur de pas pouvoir les rouvrir après coup. Qu’il resterait à pourrir là parce que ses paupières auraient été trop lourdes. Peut-être pour n’importe quelle autre raison qu’il ne voulait pas connaitre ; et de toute façon, dormir aurait été difficile dans des conditions pareilles. Sans ça, c’était dans son lit qu’il aurait larvé, et Hugo aurait eu tout intérêt à s’occuper de son cul s’il avait pas voulu se faire gentiment envoyer chier, sans autre forme de procès. Il arrivait jamais à dormir, dans ces cas-là. Il essayait même plus, c’était pas la peine. Hans fut presque déçu lorsque Jason arrêta de passer son doigt sur la flamme, sans aller chercher plus loin le pourquoi du comment. Pour ce qu’il en avait à battre, il pouvait bien en faire ce qu’il voulait, de se main, ça le concernait pas… Comme par ailleurs les trois-quarts de ce qui se passait dans ce putain de pensionnat de merde. Sur le moment, il n’y auraient eu que deux choses capables de déclencher chez lui plus qu’un bref haussement de sorucils, l’un étant un coup de vent venu éteindre sa clope –un coup de vent dans un grenier n’étant pas très probable, il se sentait plus ou moins en sécurité à ce niveau-là– ou il ne savait trop quel genre de tremblement de terre qui l’aurait balancé à l’étage du dessous. La porte du hall aurait pu s’ouvrir en grand qu’il s’en serait pas plus occupé, il aurait pas plus couru. Ah, ça aurait encore été une connerie de piège à la con, comme ces putains de feuilles, comme ces putains d’animaux imaginaires ou les autres conneries qui circulaient dans le bâtiment ! Il était pas dupe, lui. Ou juste un peu trop malade pour réagir, il hésitait.

« Si on veut. »

Si on veut ? Cool, super. Lui s’en foutait pas mal, alors, ça lui donnait quoi comme réponse ? Le Berlinois décida que, comme tous les amnésiques, Jason –ce surnom lui allait bien, en fait– devait courir après des souvenirs perdus et être franchement spécial. Avoir, genre, un secret d’Etat à défendre. Etre un ancien agent de la CIA. Du FBI. Un truc, quoi, un sujet d’expérimentation, un mutant de série Z. Il devait pas s’être emmerdé et maintenant, y avait rien pour le faire chier non plus. Non, vraiment : si ça, c’était pas la belle vie ! lança-t-il ironiquement. Qui qu’ai été le scénariste de cette histoire débile, il aurait eu deux trois mots à lui dire : imbriquer des histoires dans les histoires, c’était bon pour paumer les gens. Ah, se dit-il, au moins avec moi y a pas ce problème, vu que y a que dalle à dire. Putain de chanceux de mes deux…

Jason s’appuya à la pile d’objets cassés et poussiéreux dans son dos : ils prenaient leurs aises, dis donc ! De vrais rats dans une déchetterie.

« Au passage, t’es sûr que ça va ? Ce serait chiant que tu clamses ici, non ? »

Hans voulut rire mais, sa cigarette de nouveau dans la main, ce fut une quinte de toux qui sortir de ses lèvres en son lieu et place. Si ça allait ? Eh ben putain, non, du tout même ! Il avait envie de se laisser crever là, parce qu’au moins il aurait plus eu de problèmes, ça aurait été vingt, trente, mille fois plus simple ! Mais non, il restait juste à se morfondre sur son sort, pauvre petit Caliméro. Et ça recommencerait dans trois, quatre, sept ou huit jours tout au plus. Ça craignait, et s’il arrivait à faire pitié à un putain d’apathique de tueur à gages, ça voulait dire que ça craignait encore plus que ce qu’il croyait. Mais il crèverait pas ici, nan ; même si sur le coup il aurait bien aimé, il savait que ça se passerait pas comme ça. Malade comme un chien, ça, pas de souci, il le serait encore pour un moment. Mais rien qu’aurait pu le flinguer pour de vrai et pour toujours. Enfin, c’était pas non plus comme si la mort le pressait ! Ils avaient l’éternité pour y penser ici, qu’on disait. Alors pour l’instant…, pour l’instant tant pis.

« Oh, bah je vois vraiment pas pourquoi… Ça ferait une sale odeur, à la limite. »

A moins qu’on s’en rende compte avant ça, se laissa-t-il aller à penser, mais fallait être un minimum réaliste, y avait peu de chances. On se poserait quoi, deux trois questions. Où il est ? Oh bah, je sais pas, il finira bien par revenir, il a pas non plus pu aller très loin, hein ? Et ce serait tout. Ça devait être pareil chez lui, au moment même où il parlait, si on l’avait pas déjà déclaré mort. L’Allemand jeta un coup d’œil à sa cigarette : presque éteinte, presque finie, la pauvre. On n’est pas chez maman ici, pas besoin de faire semblant de s’inquiéter. Mais, bon…

« Faut bien crever de quelque chose. De toute façon, ajouta-t-il après un moment, ça risque pas de me buter. Je pète la forme, ça se voit pas ? »

Il regarda un instant sa clope, hésitant à l’écraser sur le sol. Avec tout ce bois trop sec, c’était pas une mauvaise idée ? Ses neurones fonctionnaient au ralenti, si l’on prenait pour acquis qu’ils fonctionnassent tout court ; le doute avec lequel il était aux prises s’en trouvait justifié. Oh, et puis merde. Jason n’avait pas l’air frais non plus, alors venant de lui, une remarque sur la santé, c’était pas très percutant… Il était largement dans le coaltar, lui aussi. Il avait rien à dire, nan ? Ah, ç’aurait été à mourir de rire : ils auraient mis le feu à la pièce, l’un avec son briquet et l’autre avec sa cigarette, et là, ils auraient cramé tous les deux par flemme de se relever… Epique et glorieux, hein ?
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Dim 8 Jan 2012 - 23:22

{ I dreamed I was missing,and you were so scared
But no one would listen, 'cause no one else cared...
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    Ralph s’apprêtait à replonger dans un miasme gluant d’intenses cogitations concernant son nouveau – et inédit, car il était plutôt rare qu’il en ait un - sujet de préoccupation, à savoir la question de normalité. Ce qui était normal ou non, et s’il était vraiment indispensable de s’intéresser à l’idée, parce qu’il aurait quand même franchement préféré conserver son absence de réflexion proche de l’état larvaire coutumier. Mais une légère sensation d’oppression le poussait tout de même à s’interroger. Fuck.
    Heureusement, et d’ailleurs il en fut un bref instant soulagé, son épineux problème interne fut très vite interrompu – avant d’avoir pu réellement débuter, en l’occurrence – par ce qui devait être une tentative de rire de la part du blond à la cigarette. Tentative fort peu fructueuse, puisque Ralph crut bel et bien qu’il allait s’étouffer à force de tousser à s’arracher les poumons ; la faute de sa clope, peut-être. Ou une conséquence directe et malencontreuse de son état global qui était tout de même, comme il l’avait fait remarquer, assez peu glorieux.
    Remarque à laquelle répondit tout de même le jeune homme après avoir manqué s’étrangler, ce qui surprit légèrement Ralph qui, pour une raison inconnue, ne s’attendait pas à recevoir de réplique et avait même déjà presque oublié ses paroles précédentes.

    « Oh, bah je vois vraiment pas pourquoi… Ça ferait une sale odeur, à la limite. »
    Sous sa mèche cendrée, l’amnésique ferma son œil bleu en une grimace de fait peu perceptible, comme si le simple fait d’éteindre cette lueur azur allait lui permettre de réfléchir efficacement. Une sale odeur, hein ? Ben à la limite, ouais, en effet. Echec de la tentative. L’intoxiqué à la nicotine avait l’air de ne pas trop se soucier de ce qui pourrait lui arriver dans un avenir proche. Voir, pour parler franchement et dans un langage pas trop compliqué pour le mollusque Ralphien, de se foutre royalement de ce qui pouvait bien lui arriver pour le moment. Passé le coté purement pratique de sa phrase – pas con en plus, il fallait avouer que c’était un peu étrange comme réaction. M’enfin, question inhabituel, il était pas mal dans son genre aussi, alors il avait pas grand-chose à dire.

    « Faut bien crever de quelque chose. De toute façon, ça risque pas de me buter. Je pète la forme, ça se voit pas ? »
    Si la question était à la fois rhétorique et ironique, cette tonalité passa complètement au-dessus de la tête de ce cher Ralph. Qui de fait lança très sérieusement un regard à la fois torve et très dubitatif sur le corps du garçon.

    « Franchement ? Non. »
    Silence.

    « J’pense pas que le ménage soit fait souvent, là. »
    Adieu adieu, petites cellules grises. Sans trop savoir pourquoi, Ralph se fit la réflexion qu’il était vraiment con sur les bords – et peut-être pas que sur les bords, d’ailleurs. Curieusement, cela ne lui fit absolument ni chaud ni froid. Tout juste ne leva-t-il pas au plafond un regard ennuyé. Sentant un reflux soudain de la nausée avec laquelle il avait débarqué dans la pièce, le jeune homme émit un son étrange entre grognement et soupir, puis ramena ses genoux contre lui pour y appuyer son menton, tripotant d’une main les lacets de ses baskets tandis que l’autre gisait au sol sans qu’il pense à en faire quoi que ce soit. Et d’ailleurs, qu’aurait-il pu faire d’autre ? Ce n’était même pas comme s’il avait la capacité d’effectuer l’effort nécessaire pour se sortir de toute cette mélasse. Certes, il était en meilleur condition physique que l’autre loque vivante, là, il était même quasiment certain de parvenir à se lever sans problème, mais niveau cerveau c’était pas pareil. De la bouillie, le cerveau. Fugacement, Ralph se demanda si fumer un pétard mettait dans le même état. Puis, dans une succession d’idées plus ou moins logique, si l’autre blond avait effectivement abusé de substance plus ou moins toxiques pour parvenir à l’état dans lequel il se trouvait. Ouais, peut-être. Ou pas. De toute manière il s’en foutait, il faisait ce qu’il voulait.
    Vaguement, Ralph releva son regard jaune sur le mec en face. Depuis combien de temps était-il là ? Il n’aurait su dire si cela faisait deux heures ou seulement cinq minutes. Dehors, il faisait toujours nuit noire. Mû par une inspiration soudaine sans doute miraculeusement tirée du long blanc qui l’avait précédées, le jeune homme posa une question. Enfin, essaya de la poser pendant une demi-seconde, avant de se rendre compte que le fait d’avoir les lèvres posées contre ses genoux n’aidait pas à la communication et ne lui permettait pas de produire autre chose qu’un grommellement incompréhensible. Avec un imperceptible sifflement agacé, le jeune homme redressa un peu la tête et marmonna :

    « Et t’as pas des potes qui vont venir te chercher, par hasard ? »



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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Ven 27 Jan 2012 - 23:59

Synthé ? Allez, "santé", dans ce cas, je porte un toast à Ralph, parce qu'il est trop beau !XD


Le souci, quand on tentait par tous les moyens de ne penser à rien, de se vider la tête histoire que les idées arrêtent de s’entrechoquer dans une cacophonie assommante, c’était qu’au final, on finissait par être décontenancé par un rien. Une réponse là on n’en attendait pas, une poussière qui nous tombait dans l’œil, n’importe quoi d’autre : ç’avait beau être confortable, de ne pas être constamment dans l’expectative, ç’avait également ses mauvais côtés, celui-ci n’en étant qu’un parmi tant d’autres auxquels l’Allemand préférait ne pas trop songer. Lorsque Jason lui répondit, une vague surprise submergea donc cette loque qui, de toute façon, avait déjà le nez dans la boue. Ce type avait quelque chose de pas banal : en plus d’une apathie digne de faire rougir la plus grise des pierres, d’un je-m’en-foutisme jusqu’au-boutiste aux accents par trop familiers aux oreilles du junkie, il y avait ce mur d’incompréhension qui l’entourait. C’était pas la mort, il fallait rien exagérer. Mais Hackermann se sentait mal, ses tripes dansaient une joyeuse gigue, le moindre effort lui coûtait, et toujours trop pour ce que c’était. Il avait jamais eu beaucoup de courage et sa volonté était loin d’être inébranlable. Avoir l’estomac au bord des lèvres n’incitait pas à avoir le cœur sur la main, d’autant que ses muscles endoloris étaient aux abonnés absents.

En gros, ce putain de mur, il avait pas envie de l’escalader : à voir la tête de celui qui l’avait construit de toute manière, il aurait essayé dans de meilleures dispositions qu’il aurait pas réussi. Ce qui était vrai dans un sens l’était tout autant dans l’autre ; Jason ne devait pas tout à fait capter ce que lui racontait non plus. Ils n’auraient pas pu être plus loin l’un de l’autre tout en restant ainsi, face à face, lui semblait-il. Cette distance n’était pas une mauvaise chose, on se sentait tranquille, à l’abri dans sa forteresse que l’autre n’assaillait pas de questions et de curiosité insatiable. Hans songea qu’il était venu dans ce coin pourri pour avoir la paix et, quelque part, il ne pouvait pas dire avoir manqué son coup, en dépit de la présence de Jason. La rhétorique, arme fétiche du blond par excellence, alla elle-même s’écraser lamentablement sans y ouvrir la plus petite brèche. Y avait de quoi baisser les bras, se réfugier dans un mutisme sans appel. Mais de toute façon, qu’ils causent ou se la ferment…, quelle différence ça faisait ? Autant parler, autant se taire ? Difficile à dire.

Il y aurait eu fort à parier que le Berlinois eût, à défaut d’une réelle préférence, laissé le silence s’installer si le garçon à la menotte cassée n’avait pas lâché, l’air de rien, sans prendre la peine de raccrocher ses propos décousus au fil de leur ersatz de « conversation » :

« J’pense pas que le ménage soit fait souvent, là. »

Froncement de sourcils. Ah… ? Non, enfin. Non, c’était vrai. Hans chercha un instant la raison hautement philosophique qui avait pu pousser Jason à se faire une remarque pareille ou, plutôt, à la formuler à haute voix avant de conclure, un peu hâtivement peut-être –mais il était toujours agréable de se laisser dicter sa conduite par la Mère fainéantise– qu’il n’y en avait aucune. Les poussières baignaient dans une lumière dorée, flottaient ou gisaient sur le sol, sur les meubles en un tapis qui menaçait de s’envoler à chaque mouvement. Tout était cassé, brinquebalant et cette pièce puait le renfermé. Hackermann se souvint s’en être fait la remarque en entrant : ça schlinguait, c’était crade et ça finirait par moisir dès qu’une goutte de pluie tomberait sur le toit, avec ce que ça impliquait d’humidité et d’odeurs encore plus rances. En d’autres termes, c’était un grenier qui ressemblait à un grenier, ni plus ni moins. Génial ; ça faisait au moins un coin normal dans ce putain de pensionnat, sans tableaux à la Rembrandt et tapis à la française… Sans boiseries à la con trois fois trop sophistiquées. C’était vieillot, okay : mais c’était normal, dans un débarras de ce style. Et tout indiquait que, non, la pièce avait pas dû voir un torchon depuis une sacrée paye.

Hans songea que la vie avait pas été trop chienne avec lui, et qu’il avait de la chance dans son malheur : échouer ici, quelle veine. Il reporta son attention sur Jason, que la saleté ambiante n’avait pas l’air de déranger plus que ça. Y en avait pour tout le temps se plaindre de tout, de l’insalubrité, de la sécurité et tous ces blablas bourgeois. Pas ce mec, fallait croire, chez lui ça sonnait comme…, comme rien du tout, en fait. Une remarque pas plus négative que « le ciel est quand même vachement grand », ou encore « putain, en fait, une pierre c’est pas un arbre ». Aussi évident que ça. L’autre se rassit, ramenant ses genoux contre son visage. Hans l’envia presque, avant de se raviser ; chacun sa merde, il connaissait pas la sienne mais n’avait sûrement pas envie d’en hériter. Ce type avait pas l’air du style à avoir « zéro soucis zéro prises de tête ». Pourquoi il aurait atterri ici, sinon ?

« Et t’as pas des potes qui vont venir te chercher, reprit le mec en face après avoir marmonné il-n-savait-trop-quoi dans sa barbe, par hasard ? »

Ah. Bonne question. C’était plus ou moins dans l’optique de les fuir qu’il s’était enterré là, alors, allez-savoir… Probable que non. On faisait pas franchement attention à lui, ici comme partout ailleurs. Il avait pas le monopole, l’exclusivité de ses…, eh, fréquentations disons. Ils pouvaient toujours allez voir d’autres gens, pour ce qu’il en avait à foutre, lui. Tant qu’ils auraient autre chose à penser, ils le ramèneraient pas sur le tapis ; et puis, il avait bien le droit de disparaitre un peu sans qu’on en fasse une affaire d’Etat.

Même si, des fois, le contraire lui aurait pas fait si mal que ça.

« Sais pas, mentit-il avec ce qui se voulut un très bref haussement d’épaules. Toute façon, je m’en branle pas mal, à la première occasion je les plante là et je rentre chez moi. Y a pas d’amis, ici. »

Qui en aurait voulu, quand ces liens étaient voués à l’échec dès le départ ? Hans considéra l’idée de s’allumer une autre clope, la caressa du bout du doigt. Il n’en fit rien.
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Dim 12 Fév 2012 - 21:45

{ Some hundred dead memories falling right on my head }

    L’air toujours autant concerné par ce qui lui arrivait, le blond haussa les épaules :

    « Sais pas. Toute façon, je m’en branle pas mal, à la première occasion je les plante là et je rentre chez moi. Y a pas d’amis, ici. »
    Remarque pertinente révélant que la précédente question était parfaitement inutile, songea Ralph – enfin à peu près, vu que dans sa tête les choses n’étaient pas aussi claires que ça. Les pensées sans intérêt vital, les détails dont il se foutait d’habitude, lui venaient de plus en plus vite au fil des minutes. Il avait de plus en plus mal à la tête, et également un retour d’une légère envie de gerber. Ah, et aussi, il en avait marre de rester assis là dans la poussière à rien foutre, à s’enfoncer dans l’auto-apitoiement, pendant que ses maux de cœur montaient et refluaient à leur guise, le laissant plus intérieurement désarmé qu’un chiot encore aveugle. Fallait qu’il bouge.
    Prenant appui sur une main, le jeune homme exerça une poussée déterminée pour se relever, et se remit debout avec un peu moins d’aplomb.
    D’un côté, qu’est-ce qu’il aurait pu répondre à ça, hein ? Tout comme lui, le pensionnaire échoué au grenier respirait le ras-le-bol et la mélasse. Ils auraient pu se comprendre, peut-être se comprenaient-ils, mais ils étaient également si ce n’est surtout aux antipodes l’un de l’autre. Donc Ralph pigeait pas, que ce soit ce qu’il convenait de faire, ou comment il pouvait se sortir de toute cette glue temporelle noire comme du goudron qui semblait ralentir son organisme et booster son pessimisme débordant, ou encore comment il convenait de lier un dialogue cohérent avec l’autre gars… mais d’abord, qu’est-ce qu’il en avait à foutre de la cohérence ? Il aurait peut-être mieux fait de se barrer, tiens. Ralph ne comprend pas les autres, ils ne se comprend déjà pas lui-même, alors c’est pas maintenant que ça va s’arranger. Cherche pas, y a rien à trouver.
    Là, le commentaire important, c’était ça. Y a pas d’amis, j’en ai pas, t’en as pas non plus et tout le monde s’en fout. Je plante tout parce que cet endroit me fait chier, parce que cette vie me fait chier, je sais pas où je vais mais je me tire, et basta.
    Fallait qu’il dorme. A un endroit où il n’y aurait pas de blanc, pas de noir, personne pour se sentir menacé ou menaçant. Un endroit où il n’y aurait ni cauchemars ni incertitude. Une saleté d’utopie, voilà. Ralph ne savait pas comment il aurait pu se remettre les idées en place, mais c’était pas comme ça, parce qu’il n’y avait pas moyen d’y arriver correctement. Mais il aurait bien voulu tout de même, parce qu’ainsi il aurait peut-être pu virer de sa tête cette façon de penser agressive, hérissée de dégoût, qu’il ne connaissait pas et n’était que le fruit de son épuisement. Ras-le-bol, merde. Qu’on lui donne un bidon d’essence et il aurait trouvé quoi en faire, de ce foutu briquet. Que ce soit pour faire cramer le pensionnat ou lui-même ; il ne savait plus bien.
    L’amnésique laissa passer une sorte de sifflement entre ses dents serrées, et marmonna en prenant appui sur les caisses empilées en équilibre précaire derrière lui :

    « Ouais. T’as sans doute raison. Bon jte laisse, moi faut que je pion… »
    En équilibre précaire, Ralph. Ça veut dire que tu es con de t’être appuyé dessus comme une brute en voulant te donner de l’élan pour te casser de là. Aller voir ailleurs, sleeper quelque part dans un coin où on te foutrait la paix. Dans ce bordel ? T’es mal barré. Le jeune homme entendit un craquement sourd.
    Il releva la tête avec brusquerie, crachant un juron qui fut étouffé sous le bruit de chute d’un tas d’objets hétéroclites s’écroulant sur le parquet pourri comme une avalanche. Une avalanche de vieilleries diverses, de peluches moisies, de robes déchirées et de meubles pourris. Des boîtes qui s’ouvrent et déversent un contenu variable, lettres ou pierre ternies par le temps ; une armoire qui s’abat avec un bruit de verre brisé ; des chaises en bois qui craquent en perdant qui un pied, qui un dossier. Et par-dessus tout ça, le gros nuage de toute la poussière accumulée depuis des siècles d’oubli qui recouvre la scène.
    Tombé à terre après avoir été heurté par ce qui ressemblait à un cadavre de table de jardin, Ralph faillit finir sa vie étouffé par les particules en suspension. Il aboya un « putain ! » élégamment formulé, puis, toussant, émergea d’un tas de peluches, de fringues et de trucs inidentifiables, abandonnés, oubliés, jetés là par dégoût. Un peu comme lui, si ça se trouve.
    Super, c’est partie pour la remontée de pessimisme.
    Avant cela, le blond prit le temps de se demander si la connerie qu’il venait de faire n’avait pas accidentellement abrégé la vie de sa nouvelle connaissance. Vérifions quand même, on sait jamais.

    « Eh ! Et maintenant, t’es crevé ou pas ? » Prit-il le soin de crier entre deux quintes de toux, d’une voix rendue râpeuse par toute la poussière malencontreusement ingérée.
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Mer 28 Mar 2012 - 15:14

Euh... Je l'ai fait ?^^'''
Désolée du retard, je me fais honte toute seule. Mais j'ai eu du boulot récemment, j'ai une excuse !>__<



La grande classe. Franchement, vraiment, rien à ajouter : s’il devait crever comme ça, très bien, songea Hans en se demandant si, au fond, il avait pas déjà passé l’arme à gauche. Empalé sur le pied d’une chaise, cramé avec toutes les vieilleries entassées dans ce putain de grenier, buté par un serial killer avec un peu trop de vague à l’âme, asphyxié pour avoir eu la flemme de respirer, ces options se valaient et avaient pour point commun –outre celui de mettre un terme plutôt brutal à ses jours, ça allait sans dire– d’avoir manqué de peu de passer du stade de « rêverie pessimiste » à celui de « réalité un peu trop concrète » ces dernières minutes. Dingue, cracha-t-il avec amertume, ce qu’on peut risquer sa peau même à rien foutre, dans ce bled paumé… Le junkie hésitait à rouvrir les yeux : si c’était pour voir son propre corps gésir sous les décombres, ou les décombres écraser son propre corps pour ce qu’il en avait à foutre, et ce depuis une hauteur franchement suspecte, eh bien merci mais non merci, il vivrait sans. Ou mourrait, dans l’absolu, se corrigea-t-il en tentant bon gré mal gré de suivre le fil de son idée. Pas besoin de tout ce baratin pour foncer vers une grande lumière blanche, et tout le tremblement…

D’un autre côté, une douloureuse pression sur son avant-bras gauche lui criait que ça aurait pas été si mal, au fond, de laisser son âme quitter ce corps décati à la con. Serrant un peu plus ses paupières closes, il tenta de recoller les morceaux épars de ce dont il se souvenait de la situation : l’autre type, Jason, lui avait répondu. Quoi ? Il savait plus et avait d’autres chats à fouetter sur l’instant. Enfin, bref, toujours était-il que ce connard de première s’était relevé et, évidemment, avait pas pu s’empêcher de se casser la gueule en emportant avec lui la bonne moitié du mobilier. Si un manchot paraplégique essayait de remporter la médaille olympique de cinq cent mètres nage libre, il allait couler. Fallait pas être un devin pour le savoir…, alors, suivant la même logique, à la portée d’un enfant de huit ans et d’un cerveau aussi mono-neuronal que comateux, si on s’appuyait à une putain de pile pourrie de merde de ses deux, évidemment, évidemment, qu’elle allait tomber ! Après avoir maudit un bon millier de fois Newton et sa pomme, Jason et son équilibre à en faire rougir Bozo le clown, ce pensionnat et la Terre en général, l’Allemand daigna accorder au monde autour de lui un bref regard. Qui pour être bref, le fut on ne peut moins : assailli d’un épais nuage de poussière, il les referma aussitôt avec une quinte de toux. Super, s’il arrivait encore à avoir mal, c’est qu’il avait pas clamsé au final. De son bras droit, le seul qu’il avait de libre, il repoussa ce qui, dans un lointain passé, avait dû ressembler à un coffre et avait trouvé bon d’atterrir sur son autre bras.

Entouré d’une inénarrable merde poussiéreuse, plus conscient que jamais de la peur qu’il avait eue lorsqu’une montagne de « trucs » lui avait dégringolé dessus, le cœur encore battant, il ne fit plus geste et ne tenta pas plus de se relever. Un son étouffé lui parvint d’à la fois très près et très loin et, sur le coup, Hans réalisa que lui aussi aurait très bien pu devenir un véritable serial killer. Parce que, là, le fautif, il avait bien envie de l’envoyer prendre le thé avec ses ancêtres.

« Eh ! Et maintenant, t’es crevé ou pas ? »

L’Allemand ne répondit pas, curieux de savoir comment réagirait l’autre gus à l’idée d’avoir commis un meurtre. D'autant que le doute planait toujours ; ça se trouve, se dit-il, ça se trouve, je suis un macchabée en devenir… Voire, j’en suis déjà un, et j’imagine que j’ai mal. Mais là, ça devient carrément tordu. Ses yeux bleus maintenant ouverts, il jeta un regard un peu anxieux à son bras gauche ; mais sa veste le cachait et il ne s’en portait pas plus mal. Il n'y avait rien. Un vieux bouquin, ou peut-être une latte de bois, ne manquerait pas de laisser un bel autographe au-dessus de sa tempe mais, ces quelques détails mis à part, non, il était pas crevé.

Hackermann repoussa bon gré mal gré les babioles à sa portée loin de lui, ne s’arrêtant de tousser que pour adresser ces quelques paroles, si pleines d’amour, de pardon et d’amitié à Jason :

« Putain de merde, tu fais chier, putain, lâcha-t-il sans se rendre compte que plus de la moitié de sa phrase n’était qu’injures. Ça va pas, non plus ? Si tu veux t’enterrer tu t’enterres tout seul, connard… »

Il aurait pu prendre cela comme un « non, t’en fais pas, je vais bien ». Ou, en tout cas « je suis vivant faute de mieux ». Après qu’une commode allongée sur son flanc eut fait les frais du peu d’énergie qu’il restait au blond à travers un coup de pied peu convaincant mais non moins énervé, Hans reprit :

« T’es vraiment un serial-killer, Jason. Je suis sûr que tu m’as tué. J’espère que t’as crevé avec, tiens. Ou jje te jure que je te hante... »
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Jeu 5 Avr 2012 - 0:54

{ ... }

    Il y a des fois où on ferait mieux de s’abstenir. De tout, en l’occurrence ; se réveiller, se lever, errer, et puis faire se casser la gueule à une immense pile de bric-à-brac poussiéreux et potentiellement mortel, voilà en quoi avait consisté l’essentiel de la journée de Ralph, et il s’en serait bien passé. Alors que les particules en suspension soulevées par le magnifique effondrement qu’il venait de vivre en live finissaient de se déposer sur la scène qui avait tout d’un résultat d’attentat à la bombe, le blond maudit la force inconnue qui l’avait poussé à mettre un pied hors de son lit ce matin-là. Quoi qu’à la réflexion ça devait être le blanc des murs qui l’avait fait fuir. Il allait falloir qu’il les repeigne. En jaune, tiens. Alan allait faire la gueule.
    Mais bref.
    Peinant pour se redresser – c’était quand même dingue, la masse de bordel qui lui était dégringolé sur le coin de la gueule, Ralph s’appuya d’un coude à une commode renversée et dégagea d’un coup de pied habile et peu charitable le fauteuil qui s’était affalé en travers de son autre jambe. Heureusement qu’il n’avait pas été plus lourd que ça, ou sinon le jeune homme aurait été bon pour la casse. Et franchement, il ne comptait pas beaucoup sur l’autre junkie pour venir le dégager. Surtout qu’il devait être clamsé. Ou à moitié écrasé sous un tas de planches. Ou quoi que ce soit d’équivalent.
    Ralph s’accrocha à une barre de métal de nature inconnue qui pointait hors de l’amoncellement d’objets hétéroclites répandus sur le plancher pour se remettre debout et s’assurer qu’il n’avait rien de cassé. Le plus incroyable dans tout ça, remarqua-t-il en relevant la tête tout en se débarrassant de plusieurs robes à fleur qui avaient eu le mauvais goût de lui atterrir dessus, c’était que l’entassement avait encore une hauteur suffisante pour l’empêcher de distinguer l’autre pensionnaire à travers tout ce fatras. Enfin si ça se trouve, il était enterré dessous, aussi. Dans ce cas, ça allait être bien plus difficile de le retrouver. Et cette éventualité était probable, vu le temps qu’il mettait à obtenir une réponse… Un instant, Ralph se passa une main dans les cheveux d’un air embêté. Ce n’était pas tant l’idée d’avoir accidentellement provoqué la mort du blond qui le tracassait, mais surtout que se tirer sans l’avoir retrouvé lui semblait remarquablement hors de question, et que de fait il allait devoir chercher son corps, ce qui allait bien le faire chier, et après ça lui apporter encore plus d’em…

    « Putain de merde, tu fais chier, putain ! »
    Ah, tiens. La voix mélodieuse du blond parvint aux oreilles de Ralph, étouffée par la masse de trucs qui devait lui avoir dégringolé dessus. Le jeune homme nota machinalement qu’il y avait trop de « putain » dans sa phrase pour qu’aucune rancœur ne soit conservée à son égard. D’un autre côté, il l’avait un peu mérité.

    « Ça va pas, non plus ? Si tu veux t’enterrer tu t’enterres tout seul, connard… »
    Bon, finalement il n’allait pas avoir à déterrer qui que ce soit, parce que malgré ses dires, le blond n’avait pas l’air enterré si profondément que ça. C’était une bonne chose. Le jeune homme ne répondit rien aux invectivations de son camarade, quitte à passer pour un personnage rigoureusement dépourvu de toute forme d’humour et de répartie – ce qui en réalité n’était pas loin d’être vrai – pour mieux se concentrer sur la marche à suivre afin de rejoindre l’autre garçon.
    Il n’était pas vraiment inquiet pour la santé de ce dernier. Après tout, s'il parvenait encore à l’insulter, c’était qu’il ne devait pas aller bien mal.

    « T’es vraiment un serial-killer, Jason. » Continuait-il d’ailleurs – apparemment la poussière ne lui avait pas asséché la bouche. « Je suis sûr que tu m’as tué. J’espère que t’as crevé avec, tiens. Ou je te jure que je te hante... »
    Peut-être qu’il avait pris un sale coup sur la tête, en fin de compte. Parce qu’il racontait un peu n’importe quoi, là. Mais bon, on ne pouvait pas vraiment lui en vouloir. Etre passé à l’état de macchabée ne semblait pas l’empêcher de râler, en tout cas. Ralph escalada une pile de meubles et glissa sur le versant opposé du tas de vieilleries, en direction de la voix du jeune homme. Lorsqu’une de ses baskets traversa une planche pourrie avec un craquement, il se sentit obligé de répondre pour signaler qu’il n’était pas encore mort, le temps de se dégager.

    « Si je t’avais tué, tu devrais pas pouvoir me gueuler dessus comme t’es en train de le faire. » Raisonnement remarquablement logique, merci Ralph. « Je crois que t’auras pas à me hanter… voilà, » marmonna-t-il en dégageant son pied pour se remettre d’aplomb avec méfiance.
    Jetant désormais des regards circonspects au sol – ou plutôt aux objets sur lesquels il marchait, il s’approcha d’une pile de livres écroulée derrière laquelle il lui avait semblé entendre le jeune homme, et grimpa sur une table renversée d’où il l’aperçut enfin. Il n’avait fait que parcourir quelques mètres et avait l’impression d’avoir traversé une chaîne de montagnes. C’était dingue.
    Du haut de son perchoir, l’amnésique jeta un coup d’œil à son camarade d’infortune et lui lança :

    « Rien de cassé ? Bon à part ta mort bien sûr… »
    Ciel, serait-ce une tentative d’humour ? Si les deux jeunes gens ne se prenaient pas le plafond sur la tête dans les deux minutes suivantes, cela tiendrait certainement du miracle.


Dernière édition par Ralph le Ven 20 Juil 2012 - 20:31, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Dim 15 Juil 2012 - 3:52

[Désolée du retard et de la qualité médiocre du post, mais j'ai pas retrouvé l'original. Il me plaisait mieux mais j'ai perdu mon fichier. Honte à moi.XD]

Sérieusement ? Sérieusement, répondit une sale voix goguenarde dans sa tête. Vois les choses en face, mon grand, t’es tombé sur le pire guignol du coin, et Bozo Bourne le psychopathe a décidé de t’enterrer sous un monceau de gravats puants où on te retrouvera jamais. THE END. Crever ici ? D’accord, mais il y avait encore deux trois trucs qu’il tenait à faire avant de passer l’arme à gauche. Deux trois comptes à régler, deux trois vérités à dire à deux trois personnes, rien de plus. Pas que l’idée de leur parler en flottant dans les airs comme une sale putain de fée pendant qu’ils materaient leur écran de télé à travers lui, avec des yeux de bœuf, ne lui plût pas, songea-t-il avec ironie, mais bon. S’il pouvait éviter, juste au cas où. Hans ne croyait pas sérieusement aux fantômes, exception faite de soirées films d’horreur où une question bien plus cruciale sur le moment que « existent-il ? » s’imposait à son esprit saturés d’images sanglantes et d’ectoplasmes. A savoir : « quand vont-ils venir me dévorer ? ». Là n’était pas la question, et l’Allemand relégua ces nuits poussiéreuses aux oubliettes. C’est pas le moment de te laisser aller, reprit-il, ça se trouve t’es en train de clamser, écrasé par une étagère. C’est pas glorieux, hein ? Ça craint assez, même.

Venant de quelqu’un qui ne faisait pas grand cas de sa dignité, le concept n’en était que mieux rendu. S’il mettait la main sur ce clodo de merde qui squattait son grenier, il… Eh bien, il pas grand-chose, à priori. Pas besoin d’une boule de cristal pour se rendre compte que dans l’état où il était –qui, pour le coup, n’avait rien à voir avec les vieilleries qui avaient trouvé bon de s’écraser sur la loque aux poumons plus crasseux encore qu’elles– Jason ne risquait pas de trouver en lui un adversaire convenable. Voire un adversaire tout court, le Berlinois aurait perdu tous les rounds contre un canard boiteux et borgne. Hackermann releva la tête, bon gré mal gré, lorsqu’un craquement, quelque peu inquiétant, se fit entendre dans la direction d’où, supposait-il, le serial-killer en puissance venait. Il se surprit à presque éprouver, au milieu de toutes ces couches d’agacement et de fatigue monstrueuse, une vague pointe d’inquiétude. Pas qu’il l’appréciait –il ne le connaissait même pas, Jason. Il lui avait juste filé un briquet et, quelque part, sauver la clope de Hans, c’était un peu sauver sa vie.

Ce qui ne l’empêcha absolument pas de se remettre à grogner, pester et vouer cent fois aux gémonies un sort jamais clément quand son interlocuteur répondit, avec toute l’expressivité d’une bouteille d’eau de javel qui, déjà, dans l’esprit du junky, ne le caractérisait que trop bien :

« Si je t’avais tué, tu devrais pas pouvoir me gueuler dessus comme t’es en train de le faire. Je crois que t’auras pas à me hanter… voilà, »

Mister déductions, le grand retour ! Hans songea que Jason aurait presque mérité un prix pour celle-là ; non, les morts ne gueulaient pas. Sans blague. Les yeux bleus du blond se plissèrent, un sourire déchira son visage fatigué. Il aurait pas fait mieux, l’un dans l’autre. Sa fierté lui dicta le contraire mais, allongé au milieu d’affaires de Mathusalem, infichu de se relever, presque désireux de se fondre avec le sol sous prétexte qu’une planche, elle, avait la paix, elle s’était retrouvée bien malmenée en l’espace de deux courtes secondes. Et n’avait dès lors plus franchement voix au chapitre.

« Rien de cassé ? Bon à part ta mort bien sûr… »

Hans essuya une nouvelle quinte de toux et tenta de jauger, depuis son trou, l’ampleur des dégâts. Peine perdue, il n’y voyait rien, si ce n’était bien sûr des monceaux d’objets vieillots, des piles brinquebalantes d’antiquités, et de la poussière dorée qui dansait dans un rayon de soleil. Que de la merde, quoi. Il avisa quelque chose à quoi s’appuyer, un pied de chaise peut-être, ou quoi que ça ait pu être par le passé. Il laissa tomber l’idée ; s’il avait échappé à la mort une fois, c’était déjà beau, pas la peine de tenter le diable en faisant s’écrouler d’autres de ces…, de ces ravissants trucs. Eau-de-javel en avait déjà fait suffisamment à son goût.

« Ça te fait marrer de me mater comme ça ? J’aurais sérieusement pu clam… Eh merde. »

Hackermann laissa sa tête retomber en arrière et poussa un long soupir ; ranger le coin ne lui était pas passé par la tête mais, où qu’il regardât, nulle trace de cette fichue trappe pour monter au grenier. Il fallait bien reconnaitre qu’il n’avait déjà pas fait attention en entrant alors, maintenant que tout ce beau bordel était étalé au sol, rien d’étonnant à ce qu’il ne la voie pas. Il ajouta alors, d’une voix peu sûre :

« Dis, Jason, t’as pas enterré la sortie au moins ? Je préfère crever de faim ici que de bouger quoi que ce soit de cette merde… »

A la réflexion, il venait de fumer sa dernière clope un peu plus tôt. Hors, passer plus d’une heure sans sa meilleure amie, madame Nicotine, toujours prête à l’écouter ne rien dire, était pour lui plus ou moins ce qu’était l’ascension du mont Everest à un paraplégique. Qu’il lui refile son briquet, qu’il puisse s’immoler par le feu. Ça aurait encore été plus rapide. Il considéra l’idée de rejoindre son vis-à-vis, mais la jugea d’emblée trop entreprenante
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Ven 27 Juil 2012 - 19:43

    Prudemment, Ralph jaugea l’empilement hétéroclite qui le faisait face, tentant avec difficulté de déterminer si, oui ou non, le fait de poser ne serait-ce que l’une de ses baskets sur la planche visiblement abîmée qui lui faisait face allait le conduire à une mort brutale et certaine par écrasement. Avalanche de vieux bibelots pourris. Dans un sursaut de réalisme – ou peut-être pas, justement – le jeune homme songea que ce serait vraiment naze, comme épitaphe. « Mort par écrasement sous une tonne de pourritures ».
    De quoi le faire hésiter sérieusement. D’autant que même si cette planche ne cédait pas, il restait toujours le risque qu’il trébuche sur un truc, ou se casse la gueule de quelque façon que ce soit, ou alors que l’autre blond en bas décide de bouger et fasse tout s’écrouler par un geste malheureux.
    Merde, hein.
    Alors que quelqu’un de plus réfléchi – voire de plus intelligent hein – aurait jugé nettement plus prudent de rester immobile sur cette table qui, décidément, offrait un support solide et surtout, stable, Ralph lui descendit prudemment de l’objet pour tenter de se rapprocher de son camarade d’infortune. Il ne restait plus qu’à prier pour que l’amnésique soit plus habile qu’il en avait l’air.

    « Ça te fait marrer de me mater comme ça ? J’aurais sérieusement pu clam… Eh merde. »

    Hm ? Ralph, qui, plus absorbé par le fait de ne pas provoquer un cataclysme supplémentaire que par les insultes, écoutait le jeune homme d’une oreille distraite jusque-là, releva la tête et s’immobilisa, cherchant du regard ce qui pouvait bien foirer, encore. Depuis tout à l’heure, il avait eu le temps de se rendre compte que l’autre pensionnaire jurait rapidement, pour ne pas dire dans toutes ses phrases, mais restait néanmoins en alerte. Après tout, il pouvait très bien se produire à nouveau un truc dangereux, pour ne pas dire potentiellement mortel. Genre, il savait pas, un vase posé en équilibre précaire, ouais. Ou un malade qui aurait décidé de foutre le feu alors qu’ils étaient tous les deux plus ou moins bloqués, pourquoi pas, hein. Dans un environnement pareil, Ralph aurait pu voir débarquer des petits hommes verts dans leur soucoupe qu’il n’aurait pas été plus surpris que cela. A la limite il leur aurait demandé de cramer toute cette merde, ouais. Qu’ils se rendent utiles, au moins.

    « Dis, Jason, t’as pas enterré la sortie au moins ? » Reprit la voix agonisante de l’autre junky au fond de son trou. « Je préfère crever de faim ici que de bouger quoi que ce soit de cette merde… »
    Ah, ouais. En effet. Pas con.

    « Hmmm… » Fut la première chose que Ralph songea à répondre, en regardant tout autour de lui.
    C’est vrai qu’à vue d’œil, la sortie, elle était légèrement perdue dans une sorte de réalité alternative, là. Le jeune homme grogna et se passa une main sur le visage. Il allait avoir besoin d’une pelle.
    Bon. Chaque chose en son temps. Si ça se trouve la trappe n’était même pas ensevelie ; ou alors il n’y avait qu’une ou deux armoires éventrées renversées dessus, qui sait. Pas la peine de voir tout en noir dès le départ, hein.
    Ah oui c’est vrai. Pessimisme, quand tu nous tiens.
    Poussant un énième grognement, Ralph enjamba la commode à laquelle la planche moisie qu’il venait de franchir laissait place, puis, parvenu au bord de l’espèce de trou irrégulier qui s’était formé autour du junky, entreprit de descendre avec précaution d’un ou deux étages. C’est-à-dire, en la présente situation, qu’il se laissa glisser du haut de la commode et atterrit sur une pile de cartons – remplis d’il-ne-savait-quoi – où il s’assit. Il n’avait pas vraiment l’intention de descendre plus bas, sauf si le blond avait un besoin vital de sa coopération. Il avait pas l’air cassé, hein, alors il allait bien pouvoir se relever tout seul… non ? Les jambes pendantes, Ralph posa les coudes sur ses cuisses pour se pencher vers son vis-à-vis :

    « J’crois pas que ce soit mort, pour la trappe. » Dit-il après une brève hésitation. Non, il n’avait pas vérifié, mais il valait mieux lui dire ça que l’enfoncer dans ses réflexions suicidaires. « Tu viens alors, ou pas ? Si tu préfères crever de faim, dis-le que j’te laisse là, hein. »
    Pas sûr qu’il le fasse vraiment, cela dit. Ce serait triste, quand même.
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Jeu 23 Aoû 2012 - 0:04

A la vérité, Hans aurait tout à fait pu se relever. Aurait pu, et aussi malheureux que cela fut sa vie entière tenait dans ces deux mots plus banals que ridicules. Pas question que cet instant différât des autres en aucun point : s’il restait un minimum de continuité à sa vie, le Berlinois tenait à la conserver aussi longtemps qu’il vivrait –et que cela induisît irrévocablement de poursuivre dans une totale médiocrité ne l’effleurait pas seulement. Après mûre réflexion, il était aussi bien par terre. Il ne risquait ni de tomber plus bas, ni de rien faire tomber, et si la Providence se décidait à lui sourire, ou plus exactement s’il poussait un sens de l’équilibre à Jason, il ne se ferait pas ensevelir sous des tonnes de détritus. Franchement, ça valait le coup, il courrait sa chance. Son regard fatigué suivait avec une vague lueur d’amusement les pérégrinations de son compagnon d’infortune qui n’avait pas l’air d’en mener bien large.

Pose ton pied là et tout se casse la gueule, se dit Hans avec le secret espoir qu’il n’en serait rien, une moue soucieuse épinglée sur le visage. C’est que dans le fond, c’était lui qui était tout en bas, et donc par extension lui qui s’en prendrait le plus sur la gueule en cas de rechute ; bref, en un mot comme en mille, il misait tout sur l’intelligence du squatteur –ce qui n’était pas forcément une excellente idée, mais elle avait le mérite d’être plutôt marrante. Ça la sauvait plus ou moins, ça ou la proverbiale fainéantise du junky. Ou les deux.

Jason, au moins aussi ravi que lui, jeta un bref regard alentour. Hackermann lui fit confiance pour cracher de sa part tout le fiel possible à la face de ces vieilleries qui les entouraient. Allez vous faire mettre, les armoires, semblait-il dire. C’était en tout cas ce qu’il pensait et criaient en chœur toutes les fibres crevées de son être : allez-vous-faire-foutre. Le gamin aux cheveux filasse manqua de frapper dans ses mains quand l’autre finit par, au bout du compte, s’asseoir sur une pile de cartons pas plus suspects que tout ce qui trainait dans le coin –prouesse s’il en était, une standing ovation n’aurait pas été de trop.

« J’crois pas que ce soit mort, pour la trappe. »

Cette simple phrase releva un poids de la poitrine de l’Allemand. Il plongea une main dans la poche de sa veste, s’assurant de la présence du paquet de clope désespérément vide. Question miracles, ils en avaient tous pour leur compte ici, alors pourquoi pas en ajouter un à la liste en le remplissant à son insu, comme par magie, hein ? Ils étaient plus à ça près. Peut-être que Jason aurait voulu en fumer une au final.

Il s’arrêta un instant là-dessus : c’était pas normal qu’il soit vide ; le toxico se voyait encore en ramasser un plein sur son étagère en se levant –chacun ses réflexes. Il lâcha le bout de carton, et sourit presque en en rencontrant un second dans sa poche gauche. Bloqués ou pas, triompha-t-il,|i] j’ai mes clopes, je survivrais.[/i] Son humeur singulièrement piquée par sa récente découverte, deux secondes suffirent à le ramener sur terre. C’était pas humain, des nausées pareilles. Les femmes enceintes devaient en baver ; remplir le café de leurs putains de maris d’héroïne, ça leur aurait fait comprendre leur douleur.

« Tu viens alors, ou pas ? Si tu préfères crever de faim, dis-le que j’te laisse là, hein. »

Dans un ultime effort qu’on aurait eu grand tort de sous-estimer, Hans se redressa et s’appuya sur ses coudes, avant de s’adosser à Dieu savait ce qui se trouvait derrière lui, le tout avec la plus gracieuse grimace dont un singe aurait été capable. Ce connard avait parlé de bouffe, il en fallait pas plus pour lui retourner l’estomac. C’était pas pour rien que les chips, les sodas, le café ne laissaient derrière eux qu’un sac d’os antipathique. Avaler quelque chose dans son état aurait été prendre le risque, basiquement, de les voir ressortir par là où il étaient entrés en quatrième vitesse. Crever de faim manquait de classe, encore une fois le Berlinois fut confronté à ce dernier scrupule, un vague relent de dignité. Et puis, bon, il avait aucune envie d’y passer.

« Y a pas le feu, Jason, maugréa-t-il avec un geste ample du bras. C’est vrai quoi, elle a pas l’air près de bouger, tout cette merde, si on renverse rien y a pas de raison qu’on en clamse. »

Il se demanda si le bruit aurait pu attirer d’éventuels pyromanes, avant de brusquement se rappeler qu’il avait lourdement soupçonné Bozo d’en avoir l’âme. Eh, tant pis ? Tant pis, conclut un Hackermann faussement solennel. Les Marlboro dans leur paquet de Camel lui faisaient de l’œil sans même qu’il ait eu besoin de les regarder ; et dans le lot, il devait y avoir deux ou trois intruses un peu plus vindicatives. Leur inventer, sûrement riche comme Crésus, méritait une médaille.

« T’es sûr que tu veux pas une clope ? Ça te détendrait peut-être. Eh, remarqua-t-il en avisant derechef la menotte et les témoins silencieux, éparpillés de la chance de l’autre blond, avec le bol que t’as, ils ont pas dû avoir trop de mal à te coincer, les flics. »

S’il avait réfléchi, il se serait tu et prosterné devant l’inutilité d’une telle remarque. Mais la manette de son cerveau devait être réglée sur OFF ce jour-là ; les plombs avaient sauté, un circuit avait grillé et la maintenance durait un brin plus longtemps que prévu.
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Sam 25 Aoû 2012 - 15:14

    En fait, put remarquer Ralph avec un incommensurable intérêt, en observant les efforts désespérés de son camarade pour retrouver une position un tant soi peu digne, il n’avait pas l’air si pressé de se tirer de là, cette espèce d’oiseau. Les jambes ballantes, le jeune homme aurait très bien pu se moquer de ses tentatives infructueuses s’il avait été plus enclin à railler son prochain ; en effet, le blond gisant plus bas avait actuellement plus l’allure d’un comateux perclus de rhumatismes que d’un jeune adulte bien portant. Enfin, concernant sa santé, on avait déjà convenu qu’elle ne devait pas être très bonne, mais tout de même. Ralph, lui, se sentait mieux que lorsqu’il était arrivé dans cette pièce moisie et poussiéreuse ; la preuve, il arrivait à formuler des réflexions critiques sur leur situation présente. L’exercice, sans doute. Il ne devait pas très bien réagir à son quotidien engourdi et languissant ; cela avait sans doute des répercussions sur le fonctionnement de ses neurones. Le jeune homme envisagea vaguement un footing dans le parc le lendemain. A supposer qu’il passe la journée puis la nuit, et qu’il parvienne à se tirer du mauvais pas dans lequel sa maladresse avait cru bon de le fourrer.
    Enfin, le John en bas avait pu s’en rendre compte, la situation n’affolait pas Ralph tant que cela. Peut-être disposait-il d’un mental d’acier ; peut-être manquait-il trop d’imagination pour envisager la potentialité d’un échec critique qui en l’occurrence mettrait un terme définitif à sa vie. Allez savoir.

    « Y a pas le feu, Jason. C’est vrai quoi, elle a pas l’air près de bouger, tout cette merde, si on renverse rien y a pas de raison qu’on en clamse. »
    Pendant ce temps, le blond avait réussi à retrouver une position assise relativement convenable, et apparemment assez d’intelligence pour entreprendre de digresser sur un autre sujet que le torrent d’injures qu’il proférait précédemment à son égard et à celui des meubles. Non pas qu’il ait l’air décider à faire la paix avec cette montagne de merde, comme il l’appelait, mais la potentielle disparition de la trappe semblait avoir déserté son esprit. Ou alors Ralph était bien plus persuasif qu’il ne l’aurait jamais pensé ; il avait cru comprendre que sa dégaine n’inspirait pas confiance au premier abord. Sauf à Courtney mais ça c’est une autre histoire.
    Quoi qu’il en soit, effectivement, John Doe puisqu’il faut bien lui trouver un nom et que Random Man n’est pas approprié, n’avait finalement pas l’air si pressé de sortir d’ici. Tant qu’il n’avait pas trente tonnes de merde écrasées sur le coin de la gueule, peu semblait lui importer le lieu et la compagnie, en fait. Ralph n’allait pas le contrarier sur ce point ; après tout lui aussi s’en foutait. Ce n’était pas comme s’il avait beaucoup de choses à faire de sa journée. Fuir Luna, pourquoi pas. Chercher Liam pour se disputer avec lui, à la limite. Mais bon.
    Non, sa vie était loin d’être fatigante ; chiante peut-être, mais pas épuisante pour un sou. Qu’on s’étonne après, qu’il fasse peu d’efforts pour se tirer de là.

    « T’es sûr que tu veux pas une clope ? » Reprit le jeune homme en contrebas, « Ça te détendrait peut-être. »
    Haussant les sourcils d’un air faiblement intéressé, Ralph faillit lui demander s’il avait vraiment l’air de quelqu’un de stressé. Franchement.

    « Eh, avec le bol que t’as, ils ont pas dû avoir trop de mal à te coincer, les flics. »
    Nouveau rictus interloqué, et le jeune homme baissa les yeux sur son vis-à-vis pour l’observer en balançant toujours faiblement ses baskets au bout de ses longues jambes. C’était quoi, cette obsession par rapport aux flics ?

    « Ouais, sûrement. » Répondit-il, distraitement, parce qu’il n’avait pas la moindre foutue idée de quelle pouvait bien être la bonne réponse. « Au fait, si moi je me planque parce que je suis un psychopathe, qu’est-ce que tu faisais là, toi ? »
    C’est une réponse comme une autre, hein. Il n’allait pas se torturer les méninges pour cette histoire de keufs, hein ; après , blaguer sur son potentiel de psycho… C’était pas son genre, l’introspection. Par contre, pour le coup, il avait envie de meubler le silence. Parce que ç’aurait été con, quand même, de rester comme ça, lui sur son perchoir, John affalé dans son trou avec ses clopes, avec un blanc énorme dans la « conversation ». Si tant est qu’on puisse qualifier de conversation cet ensemble hétéroclite d’échanges vocaux disparates entrecoupés d’insultes et de jurons en tous genres Il faisait des phrases de plus en plus longues, tiens.
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Sam 29 Sep 2012 - 21:03

Je devais être dans le même état que Hans en écrivant ce post, alors on excuse qu'il soit pas très top et en retard. Voilà. .___.


Une fois correctement assis –selon la définition pour le moins étendue du terme qu’en avait Hackermann plutôt que celle du Robert–, les monceaux de détritus qui l’entouraient lui parurent bien moins impressionnants. A défaut d’être surmontables, ils ne semblaient plus partir à l’assaut du plafond dans une armée anarchique de meubles, de planches, de merdes chancelantes sur le point de s’écrouler et d’enterrer dans le processus sa maigre personne. A part ça ? Rien de changé ; ses boyaux avaient toujours l’air aussi fans de gigue, sa tête aussi mordue de cloches et ses muscles, victimes d’un alchimiste raté. Les flics, les flics, les poulets, la police, se faire choper, s’échapper, des snipers, des tueurs, des enlèvements, des prises d’otages, le FBI, des course-poursuites, des bagnoles volées, des accidents, des explosions, des menottes, des parloirs, des prisons : autant d’images stroboscopiques qui ne vous sortaient pas de la tête, pas si facilement. La vie de Jason devait avoir ce petit quelque chose de palpitant qui manquait à la sienne, et il ne l’aurait imaginé vivre qu’à New-York, Washington ou Los Angeles. Pourtant le Berlinois ne parvenait pas à accorder l’image de ce type blasé et maladroit, un peu pataud, à celle d’un criminel en fuite.

Pas une seconde la réalité n’entrait en compte : et dans un endroit pareil, qui aurait pu le lui reprocher ? La bannir de ses réflexions était encore le plus sûr moyen qu’il eût trouvé pour ne pas perdre la boule. Ça lui faisait une excuse, et une sacrée belle jambe. La douleur, flanquée d’une indomptable fatigue, éparpillèrent derechef ses pensées vagabondes. Des papillons de cohérence attirés par le bracelet de Jason, mais qui retombaient au sol comme de la poussière. Il toussa vaguement : des clopes avaient une armada de bons côtés qui les excusait. La poussière, c’était juste dégueulasse, ça avait un sale goût sur sa langue. Au moins dans sa chambre, elle restait tranquillement entassée sur les meubles.

Bozo acquiesça à qui mieux mieux, la loque à ses pieds hocha la tête –à moins qu’elle ne laissât tomber son menton sur sa poitrine osseuse par pure négligence. Difficile à dire. Il continua de prêter la même oreille à demi attentive aux paroles de monsieur-le-clown-pyromane-pot-de-javel, triturant toujours le vieux paquet de cigarette qu’il connaissait déjà par cœur :

« Au fait, si moi je me planque parce que je suis un psychopathe, qu’est-ce que tu faisais là, toi ? »

Le junkie releva la tête, fronça les sourcils, plissa les yeux dans un effort de mémoire qui ne lui était pas coutumier. Son cerveau, rétif à toute forme de réflexion, protesta vivement. L’Allemand envoya paitre cette « fichue putain de migraine » et rassembla ses idées éparses : plus facile à dire qu’à faire. Il s’était levé, ce matin-là, avec dans l’idée de ne rien faire. Non, non, ils n’étaient pas le matin : à moins qu’ils ne le fussent ? Bon, se déclara-t-il avec un grand sérieux, pas que j’en ai grand-chose à taper de l’heure, sincèrement. La routine qui, très vite, s’était installée pour Hackermann au pensionnat –celle-là même dont il niait, par conviction et par principe, jusqu’à l’existence– n’étant composée que de détails insignifiants, en oublier un revenait à les oublier tous. Ce qu’il faisait plus ou moins chaque jour. Ce qu’il avait clairement fait ce jour-là.

Pourquoi je suis ici ? Un phoque échoué sur la plage aurait été d’une plus grande éloquence. Pourquoi je suis dans venu au grenier ? Il leva l’index à la peau un peu jaunie et vieille, laissa retomber sa main sur sa cuisse : bien sûr qu’il savait pourquoi il était là. Merde, on n’allait pas n’importe où sans raison, quand même. Il était pas frappé à ce point. Juste, s’en souvenir, c’était pas dans ses plans, semblait-il. Plus il considérait la simplicité apparente de la question de l’autre gus, plus les difficultés qu’il avait à y répondre lui paraissaient hors de propos, démesurées. C’était complètement absurde. Il se mordit l’ongle du pouce, leva un regard un peu paumé vers son interlocuteur, ouvrit la bouche dans une ébauche de réponse et fit quelque chose qu’il n’avait pas fait depuis un moment.

Hans éclata de rire. Parce que c’était vraiment trop stupide, parce qu’il était fatigué, parce que ses nerfs avaient dû être sacrément amochés à coup d’aiguilles, et parce qu’il s’en contrefoutait. Ses côtes seules lui donnèrent le courage de se calmer un peu et d’articuler, entre deux éclats de rire :

« J’en sais rien, mais alors, lâcha-t-il en essuyant ses yeux, que dalle. C’est quand même fort, hein ! J’en sais rien ! Un grenier, ça a dû m’inspirer. »

Hackermann reprit son souffle comme il le put et reprit, un peu moins saoul :

« T’en as de bonnes, hein, Jason ? Pourquoi je suis là, hein… Ah, putain. »

Il repartit de plus belle, se calma à nouveau. Il avait pourtant rien pris, si ? Bah ; ça l’aurait pourri un peu plus, et puis merde. Quel glorieux spectacle il offrait ! Gratis, Jason.
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Lun 29 Oct 2012 - 22:19

    Est-ce qu’on pouvait trouver un quelconque intérêt à demander, ici, les motivations de tel ou tel individu en ce qui concernait sa position géographique ? Dès qu’il y réfléchissait un tant soit peu, Ralph commençait à en douter. Après tout, les conditions d’enfermement ne laissaient pas grand-chose d’autre en termes de divertissement que l’errance perpétuelle dans des couloirs sans fin. A moins que certains pensionnaires ne se lèvent le matin avec une idée lumineuse qui leur ferait accomplir des actions farfelues jusqu’à la fin de la journée… Ca s’était vu, quelques fois. Ralph avait croisé dans la vieille bâtisse quelques énergumènes bizarrement accoutrés qui couraient en hurlant… ou autres. Il avait entendu dire que certains individus étaient plutôt actifs dans leur vie sociale, que ce soit en bien ou en mal, et en faisaient également bénéficier leur entourage. Mais il ne devait pas avoir un sens de l’observation assez développé, parce que qui que soient ces gens, il ne les avait manifestement jamais croisés. Sauf cette fois, au concert où l’avait traîné Courtney, évidemment. La seule exception en… Ralph cligna des paupières : ça faisait combien de temps, déjà ? Combien de temps qu’il était ici ?
    Il ne s’en souvenait pas ; il avait depuis un moment perdu toute notion du temps. Mais d’un autre côté, il n’avait jamais envisagé sérieusement la possibilité de sortir. Il laissait couler et prenait les choses comme elles se présentaient. C’était bien plus reposant, ne pas réfléchir.
    Par exemple, depuis qu’il s’était mis à discuter avec John, il se sentait mieux qu’en bas, dans sa chambre, à broyer du blanc et du noir. Et oui, se prendre trois bonnes tonnes de livres sur la tête n’avait fait qu’amplifier le phénomène ; trouvez mieux, comme paradoxe. Si ça se trouve, c’était comme ça qu’il fonctionnait : suffisait de lui foutre un bon coup sur la tête et ça remarchait correctement. Un crétin de robot.
    … Bon, il allait éviter d’ébruiter l’info, tout de même : il y avait toujours des gens adorables pour prendre ce genre de conseils au pied de la lettre.
    Soudain, le blond en contrebas éclata d’un rire rauque, dans un bref accès d’hilarité dont Ralph ne soupçonnait pas la cause, mais qui finalement, ne l’étonnait pas tant que ça. La situation globale en aurait rendu dérangé plus d’un.

    « J’en sais rien, mais alors, que dalle. C’est quand même fort, hein ! J’en sais rien ! Un grenier, ça a dû m’inspirer. » Ralph l’écouta reprendre une bouffée d’air en se demandant si la clope ne lui avait pas déjà détruit les poumons au point de ne plus le laisser respirer. Impression détrompée quand John Doe reprit : « T’en as de bonnes, hein, Jason ? Pourquoi je suis là, hein… Ah, putain. »
    Ralph imprima une poussée à ses mains derrière son dos et se laissa glisser au fond de la cavité où gisait son camarade d’infortune, à nouveau occupé à se tordre de rire. Jason, hein ? Dommage que Liam ne lui ait pas proposé celui-là ; quoi que, à la réflexion, il ne pensait pas qu’il l’aurait choisi. Non pas qu’il ait vraiment choisi celui qu’il portait à l’heure actuelle non plus.
    Rha, foutue mélasse noire dans sa tête. Il savait pas ? Tant mieux. A la limite, on s’en fout, de ce qu’on fait là, parce que quelle qu’en soit la raison le résultat est toujours le même. C’est pas comme si Ralph avait posé la question par réel intérêt. Il devait juste aimer parler, et qu’on lui répondre une ou deux phrases dénuées de sens ou de consistance. Il devait ne pas aimer le silence. C’était assez contradictoire, en fait. Lui qui passait sa misérable vie de prisonnier à errer loin des gens civilisés – au point de se retrouver en train de taper la causette à un camé exilé tout au bout de cette espèce de ruine poussiéreuse. La belle blague.
    Ralph se laissa tomber face à John et étendit une de ses jambes, autant qu’il était possible dans un espace aussi réduit. Un empilement très artistique de chaises disparates vacilla dangereusement, mais resta finalement dans son état d’équilibre précaire. Tant mieux pour les deux loques qui n’auraient pas mis longtemps à se retrouver enterrées sous une montagne de cochonneries poussiéreuses – ç’aurait été con, quand même, d’échapper à une première avalanche pour mourir écrasés sous quatre chaises et demi. Mais Ralph avait toujours senti qu’il aurait une mort ridicule. Le destin. Sans doute annoncé par la tête de Liam – c’était on ne peut plus clair, ce cadeau foireux.
    Enfin bref.
    Ralph leva les yeux au ciel. Au plafond. Au sommet de l’empilement de poupées cassées et de meubles entassés.

    « Cool. Donc on est bien au fond du trou maintenant. » Railla-t-il joyeusement.
    Oui, il avait de l’humour, parfois – fraîchement découvert, un peu pâle, mais de l’humour tout de même. Le jeune homme tendit la main :

    « File-moi une de tes merdes. Et après, si tu veux, je fous le feu à toute cette bâtisse. Ce sera plus rapide, comme suicide. »
    Le pire étant qu’il était à moitié sérieux. Il fallait croire que la nonchalance quasiment autodestructrice de mister blonde-John était contagieuse.
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Jeu 27 Déc 2012 - 19:35

Reprenant peu à peu haleine, le sourire qui torturait le visage du Berlinois se statufia, oublié sur ses lèvres et sevré de réelle bonne humeur. Sa poitrine encore agitée de soubresauts erratiques défiait l’apathie qu’il sentait courir depuis son cœur en une pulsation jusqu’au bout de ses doigts et qui le poussait, machinalement, à porter une clope à sa bouche desséchée de vieille poussière. On n’était pas moins bien installé ici que dans un salon, et la compagnie était pas plus chiante. Un agrégat de meubles cassés pour siège, avec ce qui avait dû ressembler à une tête de lit pour dossier, un serial-killer pour vous faire la conversation, y avait de quoi s’occuper un moment. Hackermann se demanda un bref instant combien de temps avait passé l’arme à gauche depuis qu’il était arrivé au grenier : mais comme pour tout le reste, la réponse tant espérée se déroba à sa vue avant qu’il pût seulement l’effleurer. Il se consola vite de cette perte en constatant que Jason prenait lui aussi ses aises : à quoi bon se dépêcher ? Lui aussi devait sentir qu’au final, il avait le temps de glander un peu ici avant de retourner s’ennuyer là-bas. Ça faisait pas grande différence et pour être honnête, il se sentait pas assez vaillant pour remonter tout seul et pas assez courageux pour remonter maintenant. Deux mots vinrent à son esprit enfumé : tant mieux.

Il y avait fort à parier que le cas échéant, son discours se serait contenté de quelques lettres en plus, en moins. Hans jeta un regard curieux à la pile qui vacilla, hésita entre ciel et terre pour finalement rester en place, précaire Babel de bois au vernis caillé. Le sourire du junkie se mua en grimace alors que, appuyé sur son épaule droite, il sentit sourdre une nouvelle crampe. Merde, songea-t-il, mais quelle ruine, je vous jure. Il passa en revue les remèdes de grand-mère que ces vieilles peaux lâchaient de loin en loin sur internet et en conclut que, puisque lever le petit doigt était proprement hors de question, le mieux était encore d’attendre. Pas comme si j’avais autre chose à faire, de toute façon, jeta l’Allemand en guise d’excuse, que sa piètre conscience se dépêcha d’accepter. Gracié, il prêta une oreille semi-attentive à la sentence de Bozo. Humour oblige, à moins que les restes de sa belle hilarité se décidassent à se faire entendre avant de rendre l’âme, il rit un peu. Rien de grandiose –c’était même plutôt minable. Mais ça collait bien à la situation et, merde, ça collait foutrement bien à sa blague. On n’allait pas lui faire avaler qu’y avait de quoi se rouler par terre. L’un comme l’autre aurait eu du mal à tomber plus bas.

Hans ne comprit pas s’il avait affaire à un fantôme éthéré de bonne humeur ou une résignation fataliste tout juste sortie du caveau familial, mais Jason tendit la main et il se sentit d’humeur assez chrétienne pour aller prêcher sa religion à un païen : vive la nicotine salutaire, transformons-nous en putains d’apôtres, prédicateurs de la bonne parole, adeptes du sacrifice de soi –sa mauvaise toux et ses intestins emmêlés dans son ventre en témoignaient avec un concret cruel.

« File-moi une de tes merdes. Et après, si tu veux, je fous le feu à toute cette bâtisse. Ce sera plus rapide, comme suicide. »

Il sourit franchement, revigoré par la simple pensée d’un grand bûcher en leur honneur à tous. Alors finalement t’es aussi pyromane, mec ? Parfait, songea-t-il, il s’en accommodait tout aussi bien. Ils auraient au moins le mérite de faire cramer les proprios avec, et de vendre chèrement leur peau plutôt que se laisser crever à petit feu dans cette baraque aux allures de maison hantée. Il se prit à penser que lui et Bozo feraient des ectoplasmes du tonnerre, dans leur genre, à réduire en cendres les jolis cheveux puant la camomille d’une bande de petites dindes. Ça leur ferait les pieds. Il sortit un paquet de sa poche, curieux de voir comment l’autre s’en sortirait et infichu de se rappeler l’effet que lui avait sa première clope ou de la gueule que lui avait fait tirer son premier joint. Il le lança mollement à la loque sise en face de lui, avec quelques mots non moins dépourvus d’énergie :

« Fais gaffe, Jason. C’est fort, dans son genre. D'ailleurs, c'est tout sauf des merdes. C'est des dieux, tu ferais mieux de les respecter un peu. Tu me les refiles après ? s’enquit-il en laissant retomber son bras. Un peu, que je veux ! Ça ferait un putain de gros tas de cendres, ça. »

Constatation utile au demeurant. Mais bordel, qu’est-ce qu’il serait énorme, comme tas. Avec un peu de chance, un avion serait attiré par le brasier. Hackermann n’y croyait plus : le soleil aurait pu exploser, Jason aurait pu être éleveur de moutons, T.J aurait pu avoir une chemise correcte cachée quelque part. Ça voulait pas dire que ça arriverait.
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   Mer 13 Mar 2013 - 21:43

    Amis du soir, bonsoir. A la limite, Ralph serait bien resté dans ce grenier jusqu'à la fin des temps. Il faisait pas trop froid, c'était calme, y avait pas d'excités pour lui pourrir les oreilles, pas de filles accrochées à ses basques, et la compagnie était sympa. Enfin, autant que possible. Et si c'était un peu poussiéreux, pas trop grave non plus hein - il était pas à ça près, et à en croire la voix d'asthmatique de John, lui non plus.
    Et puis vu leurs quotients intellectuels respectifs actuels, ils se seraient pas ennuyés.
    Le jeune homme leva la main d'un geste paresseux pour recevoir le paquet que l'autre blond venait de tirer de sa poche. Ses doigts se refermèrent sur le papier rigide avec un bruit de froissement étouffé et machinalement, il l'ouvrit du bout du pouce. Ça ne le choquait pas, comme sensation, non. Si ça se trouve, il fumait comme un pompier dans une autre vie. Ou pas. Mais quoi qu'il en soit, il ne pourrait pas lui arriver quoi que ce soit de pire que de s'étouffer comme un imbécile devant l'autre loque. Ce serait gênant, mais tant pis, il avait vraiment la flemme de sauvegarder un quelconque amour-propre. Et puis, de toute façon, vu l'état proche de la décomposition qu'il avait pour rival... Ben il risquait pas grand-chose.

    « Fais gaffe, Jason. C’est fort, dans son genre. D'ailleurs, c'est tout sauf des merdes. C'est des dieux, tu ferais mieux de les respecter un peu. Tu me les refiles après ? »
    Sans répondre d'abord, Ralph fit sauter une clope hors du paquet et la coinça entre ses lèvres, avant de renvoyer le paquet au pensionnaire. Voilà, il le récupérait, son Graal. L'amnésique ne prit même pas la peine de remercier ; ça aurait sonné faux à ses oreilles. Et puis, John était parti sur autre chose.

    « Un peu, que je veux ! Ça ferait un putain de gros tas de cendres, ça. »
    Ralph fit claquer la molette de son briquet et alluma la mèche ; badaboum. Ça pourrait sauter. Ça pourrait ne pas sauter. Ce ne serait pas forcément une bonne idée ; il ne tenait pas à dormir dehors non plus. Mais ça lui aurait fait du bien. Aurait. La première bouffée lui brûla la gorge et il étouffa une toux rauque derrière son poing. Il écarta la cigarette de ses lèvres et jeta un nouveau regard à l'autre pensionnaire. Le briquet décrivit une nouvelle série de saltos dans sa main libre.

    « Ce serait pas mal, ouais. Mais - et les commissures de ses lèvres se relevèrent de quelques millimètres à cette idée - si ça crame on crame aussi. »



Ouhouuuu, on progresse.
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MessageSujet: Re: «Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]   

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«Lendemains nauséeux et esprit vaseux, le bonheur des héroïnomanes.» [PV : Ralph]

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