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 LITWILLER Rachel { Belief is all you need.

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Short Burning Fuse
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Féminin Pseudo Hors-RP : Nii' / MPDT
-
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• Age : 22
• Pouvoir : Donner des gifles arcs-en-ciel.
• AEA : Une belette qui devrait apprendre à parler à l'endroit.
• Petit(e) ami(e) : Personne. Elle passe direct à la case fiancé et mari, elle.

RP en cours : Evil comes disguised


Messages : 100
Inscrit le : 20/03/2012

MessageSujet: LITWILLER Rachel { Belief is all you need.   Mer 21 Mar 2012 - 4:28



* Litwiller Rachel


*nom – Litwiller
*prénom – Rachel
*age – 17 ans
*né(e) le – 03/03/1995
!

Pouvoir
  Contrôle des couleurs. En clair, Rachel peut modifier selon ses envies la couleur des choses qu'elle touche avec ses mains : un mur peut passer du bleu au vert, un vêtement du noir au rose. Elle peut décider d'en colorer seulement une partie ou bien tout l'ensemble. Plus la surface est grande, plus cela prend du temps – et inversement. Cela vaut aussi bien pour les solides que les liquides, les tissus que la peau ou même les cheveux. Les effets sont temporaires  : elle peut soit redonner sa couleur d'origine à l'objet en le retouchant, soit attendre que ça passe. En général, ça s'en va au bout de deux ou trois jours. Si elle colore trop de choses (ou de trop grandes choses) ses nerfs seront de plus en plus mis à vif ; mauvaise idée, donc.

Alter Ego Astral
  Il s'agit d'une belette brune au ventre blanc, longue d'une vingtaine de centimètres, prénommée Wayne. Il se glisse partout, observe tout et tout le monde et parle presque exclusivement par contradictions – ce qui rend la discussion difficile. De toute façon, il parle peu.

Passions
  Rachel n'a pas de vraies passions. Elle sait broder et quilter et aura tendance à dire qu'elle aime ça, plus par habitude que par réel goût cependant. La musique l'intrigue et la dégoûte à la fois ; idem pour ce qui est électronique ou, de manière générale, tout ce que vous pouvez trouver amusant. Ah, si : elle aime les patins à roulettes.

N'aime pas / Phobies
  Même problème que précédemment : Rachel change sans cesse d'avis sur les choses, sans réussir à se fixer. Résultat il se peut qu'elle dise aimer le rose un jour et que le lendemain elle se ravise, pour encore changer d'avis la semaine suivante. Disons que les abeilles, guêpes et autres bestioles volantes lui font peur. Et qu'elle hait les pantalons si ce sont des filles qui les portent. Côté phobies, elle a simplement peur des armes à feu. Si vous en portez une, elle vous fuira. Ou bien elle vous suppliera de ne pas lui tirer dessus, au choix.



« I've done a lot of things wrong
But I swear I'm a believer »


Physique

Rachel n'a rien de particulier. Non, vraiment ; elle n'est rien qu'une fille passe-partout de plus, une adolescente dont les qualités et les défauts se contrebalancent suffisamment pour la faire passer inaperçue. Elle pourrait être jolie ; elle pourrait être laide. Elle fait partie de ce juste milieu vaguement ennuyeux où tout ce qu'on vous dira sera purement subjectif. Pour certains vous serez ceci, pour d'autres cela... Ni assez belle, ni assez moche pour faire l'unanimité. Mais tant pis, on fait avec.
La normalité, chez Rachel, c'est un petit mètre soixante trois parfaitement assumé et une cinquantaine de kilos à la balance. Il faut dire que si ses repas sont caloriques, elle faisait suffisamment d'exercice en journée pour perdre les graisses superflues. Une ossature fine lui confère une silhouette menue ; malgré tout, elle affiche de jolie rondeurs tant au niveau de la poitrine que des hanches. Elle pourrait être qualifiée de fausse-mince car si elle n'avait pas des os aussi fins, ses formes seraient beaucoup plus nettement marquées – mais ça ne lui a jamais posé de cas de conscience jusque là. Sa taille est fine, son dos droit, ses jambes légèrement arquées vers l'intérieur. L'exercice physique et les longues marches qu'elle effectuait quotidiennement lui ont permis d'avoir des muscle plus fermes, mais on devine rien qu'à la regarder que ce n'est pas une sportive émérite. Pas effrayante pour un sou, la demoiselle.
Et c'est pas son visage qui va l'aider de ce côté-là, inutile de rêver. Tout dans son faciès évoque une rassurante normalité. Les quelques tâches de rousseur qui parsèment ses joues ; son petit nez droit ; ses pommettes rondes ; ses lèvres fine et rosées ; ses dents mal alignées mais saines. Oui, difficile de voir en Rachel autre chose que la voisine de classe sensée et sympa, la sœur d'un pote ou même la baby-sitter de confiance. Impression bêtement renforcée par les lunettes rouges, rectangles et vaguement trop grandes pour elle bien calées devant ses yeux gris-bleus. Il lui arrive d'oublier de les mettre ou de les ranger dans sa poche, mais la majeure partie du temps elle les aura sur le nez. Ça lui donne un air un peu plus sévère, quand elle fronce les sourcils et darde son regard clair sur vous. Ça lui donne aussi un air un peu plus intellectuel. Un peu. Ses cheveux, eux, sont d'un brun tout à fait typique, raides et pas spécialement beaux – tant qu'ils tiennent en place, elle s'en fiche assez. Si elle les a détachés, c'est jour de fête : dans le cas contraire, ils seront plus probablement maintenus en queue de cheval haute, en tresses ou en couettes basses. Détachés, ils lui tombent un peu plus haut que la mi-dos. Elle a également des cicatrices, à l'arrière du crâne et au niveau des épaules. Mais comme elle les cache, il y a peu de chances pour que vous les aperceviez.
Côté vestimentaire, Rachel est aussi instable qu'une girouette : les couleurs et les coupes s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. Vous ne la verrez jamais en short ou en pantalon, c'est chose sûre. Robes, jupes, rien d'autre. Si elle ne porte pas de robe elle aura peut-être un chemisier, un haut à manche courte ou un sous-pull – mais rien d'extravagant, en tout cas. Idem pour les jupes : un peu au-dessus du genoux, pas plus. Forcez la à mettre une jupe plus courte et vous la trouverez aussi gênée que si elle se promenait en sous-vêtements. Pas de bijoux, pas de talons, guère beaucoup d'accessoires ; un bandeau, peut-être, un bracelet pourquoi pas. Globalement, donc, tenues longues et couleurs plutôt sobres. Sauf si elle est d'humeur un peu folle et qu'elle décide de mettre une tenue plus 'cool'.

Caractère

Rachel est agaçante. Ça, oui, elle l'est : elle passe derrière vous, regarde ce que vous faites, vous donne son avis... C'est quelqu'un d'assez envahissant, pour ne pas dire autre chose. Elle se sent concernée par tout ce qui se passe dans le monde, sans distinction, que ça la regarde ou non. Et en général, ça ne la regarde pas. Si vous lui dites de partir, cela dit, elle obtempérera : chercher les ennuis ou insister des heures durant alors que vous l'avez envoyé paître, très peu pour elle. La jeune fille comprend très bien que tout un chacun ait besoin de son espace personnel, et elle respecte cela. Enfin, plus ou moins.
Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas une mauvaise fille. Une grande partie de sa vie tourne autour du pardon, et elle fait de son mieux pour pardonner à tout le monde ce qu'ils pourront lui faire – que ce soit grave ou non. Elle comprend, accepte et pardonne. En théorie, en tout cas. Dans les faits, elle peine à ne ressentir aucune rancune, et ce même si elle fait de son mieux pour excuser les actes ou paroles des personnes qui l'entourent. Alors oui, peut-être qu'elle vous en voudra un peu : mais ça, elle ne vous le dira pas, ne vous le montrera pas non plus. Rachel vous laissera marcher sur son pied sans rien dire, mais la tête haute. Elle ne répond pas à la violence, ni aux insultes. Enfin, là encore, elle fait de son mieux. Il n'est pas dit que, si sa journée a été mauvaise, elle ne finisse pas par vous crier dessus et partir dans le sens inverse. Ce genre de réactions reste cela dit assez rare. Dans l'ensemble elle préfère rire, sourire, peu importe si c'est crispé ou non. Il faut voir la vie du bon côté, il faut être bon, généreux et ne jamais laisser quelqu'un dans le besoin. Il faut travailler dur, ne pas mentir, ne pas voler ou tricher. Rachel fait de son mieux pour s'accrocher à tous ces principes, vraiment. Et grâce à cela, on peut dire que la jeune fille est un concentré de vertus : jamais elle ne ferait volontairement de mal à qui que ce soit et, quand on lui en fait, elle pardonne aussitôt. Inutile de préciser que ça en fait une amie – ou une cruche – idéale, attentive et désintéressée d'elle-même. Souvenez-vous seulement qu'elle s'efforce d'agir ainsi. Intérieurement, elle peine et grince des dents.
Au final, Rachel est une boule de nerfs prête à exploser à tout moment. Elle garde à l'intérieur ses doutes, questions et cris de révolte, tout simplement parce que 'non, c'est mal'. Elle doit être ceci, cela, comme ci, comme ça. Elle agit exactement comme un enfant sage devant une boite de bonbons : on lui a apprit à ne pas y toucher alors elle applique, mais ça ne veut pas dire qu'elle n'a pas envie d'y goûter. Reste à savoir comment son caractère va évoluer, maintenant que ses parents ne sont plus là pour lui montrer le bon exemple. Est-ce qu'elle doit continuer à agir comme il faut par respect pour eux et pour elle-même, ou est-ce que ça n'a plus aucune importance ? Elle ne sait pas. Elle hésite. Elle tangue.
Du reste c'est une petite demoiselle ni timide ni extravertie, qui aime rire et faire des choses simples. Elle s'énerve rarement, mais vous n'êtes pas à l'abri de petites colères ou de joues gonflées. Bouder, ça lui connaît. Elle n'est pas du genre à crier ou à parler trop fort, mais il lui arrive de s'exclamer un ton trop haut ou de s'apeurer pour de petites choses – et donc, cri suraigu oblige. Avec ses amis elle est joviale et rit volontiers, sans porter ni jugement ni moqueries. Ou tout du moins ne les formule-t-elle pas à voix haute. Avec ses ennemis elle essaie de rester calme et tranquille, pour ne pas leur donner de grain à moudre. Ça ne marche pas toujours, mais elle essaie. Comme pour un peu tout dans sa vie.
Rachel acceptera de prêter main forte à quiconque lui demande de l'aide, et quand elle s'implique dans quelque chose elle fait toujours de son mieux. Elle est volontaire, ne rechigne pas à la tâche et ne supporte pas les fainéants et autres opportunistes. Elle ne supporte pas non plus le désordre : si elle voit une pièce pleine de poussière ou trop dérangée, elle va se sentir obligée de prendre un balais et un chiffon. Chacun sa croix. Elle n'est pas spécialement peureuse et se retrouver seule dans une pièce sombre ne l’inquiéterait pas outre-mesure – mais elle a ses petites faiblesses. Les armes à feu, par exemple. Elle les fuit, ne les approche pas, ne les supporte pas. Elle ne veut même pas en entendre parler.

Histoire


Le 03 Mars 1995, je suis née.

C'était dans l'après-midi, peu après quatorze heures, et tout le monde était à la maison. Papa avait fait venir une sage-femme pour aider maman, au cas où il y ait des complications. Comme la naissance de ma grande sœur avait été un peu difficile, ils avaient sûrement peur que ça recommence. Peur que maman meurt. Peur que je meurs. Les deux, peut-être.
Ça ne s'est pas très bien passé. Je sais que l'accouchement a été long et qu'ils ont dû appeler un médecin. On me l'a souvent dit. Ils ont proposé de l'emmener à l'hôpital, aussi. Mais maman n'a pas voulu. Elle ne voulait pas aller là-bas, elle voulait rester à la maison. Et je suis arrivée, au final. Bien vivante, en bonne santé, et maman n'était pas morte elle non plus. C'est toujours ça qu'ils me disent, quand je demande, et ils ont ce ton fier dans la voix qui me fait sourire. Ils ont l'air tellement contents.

« Ta mère a refusé de sortir de la maison. »
« C'est ici que vous êtes nés et c'est ici que je veux mourir. »
« Ta mère a toujours su ce qu'elle voulait faire. Ce qu'elle devait faire, aussi. »

J'aime beaucoup mes parents. J'aime beaucoup mes frères et sœurs aussi. Je les respecte et je remercie Dieu d'avoir fait les choses telles qu'elles sont.

Et si j'étais morte à l'accouchement, ça aurait été la faute à qui ?


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« Rachel ? Rach- ah, tu es là ! Bonjour, madame Litwiller.

-Bonjour, Fannie. Comment vont tes parents ?

-Ils vont très bien, merci ! Oh, et ma mère voulait vous remercier pour... »

Bon. Le temps qu'elle finissent de discuter, elle en aurait largement terminé avec ses plants. Rachel jeta un regard en biais à son amie et tassa doucement la terre sous ses mains, avec autant de douceur et de fermeté que possible. Pas question de se presser pour autant.
Au bout de quelques minutes elle put se redresser, satisfaite de son travail. Le potager était un de ses endroits préféré ; elle se faisait un devoir d'en prendre bien soin. Pour l'instant ce n'était que de la terre retournée, mais quand les légumes pointeraient le bout de leur nez et que sa mère pourrait les cuisiner, les efforts fournis ne les rendrait que meilleurs encore. Elle en était convaincue.
Elle s'essuya les mains sur le tissu que sa mère lui tendait avant de ne relever les yeux vers son amie. Son grand sourire et sa façon de se balancer d'avant en arrière ne lui disait rien qui vaille, mais elle s'abstint de tout commentaire.

« Tu es venue jusqu'ici toute seule ?

-Comment ça, jusqu'ici ? J'habite juste là, tu sais, répondit la petite blonde en faisant un vague signe de la main sur sa gauche. Mais, non. C'est Leroy qui m'a emmené. On voulait aller en ville, tu viens ? »

Rachel serra nerveusement ses mains devant son tablier noir. Difficile de dire si c'était la lueur d'excitation dans les yeux de Fannie ou le regard tranquille de sa mère dans son dos qui la mettait le plus mal à l'aise, mais le fait était là.
Elle était mal à l'aise.

« Alors ? Hm ? »

Comme toutes les fois précédentes, des images défilèrent à toute vitesse devant ses yeux. Impossible de les identifier ou de les reconnaître tant ces clichés fantômes allaient vite, à peine arrivés et déjà disparus ; pourtant, peu importe ce qu'ils pouvaient bien représenter, ils lui faisaient peur. Elle le savait, elle pouvait le sentir. Ils la terrorisait. Tout en elle en témoignait : ses mains crispées, ses traits tendus – et où donc était passé son sourire ? Elle tenta en vain de le retrouver, mais rien à faire. Elle était anxieuse et savait que ça se voyait. Pas moyen d'y échapper.

Elle déglutit difficilement.

« Peut-être une... Autre fois, d'accord ? J'ai encore des choses à faire, ajouta-t-elle précipitamment, et je, eh, je...

-Ne veut pas venir. »

La conclusion de son amie la laissa muette. Elle acquiesça en silence, gênée. Soulagée, aussi. Le potager était là, devant elle. Il était rassurant, elle l'aimait et voulait continuer de s'en occuper. Il avait besoin d'elle, elle avait besoin de lui, ils se connaissaient parfaitement tous les deux et cette relation lui allait parfaitement. Le terrain connu. Les habitudes.

Je vous en prie, laissez moi vivre ainsi jusqu'à mort. Je n'ai besoin de rien d'autre.

« Tu as déjà dit ça la dernière fois ! Allez, viens. Tu peux pas me faire ça, allez, s'il te plaît, supplia Fannie en saisissant ses mains dans les siennes. On va juste en ville, tu pourras même rester dans le buggy si tu veux. Tu n'auras à parler à personne ! Je veux juste regarder et essayer des choses, rien de grave. Allez, Rachel, je promets à ta mère que je te ramènerais en vie et souriante ! N'est-ce pas, Madame Litwiller ? »

Quand Rachel se retourna pour chercher le regard de sa mère, ce fut pour la voir rire et lui faire signe d'y aller. 'Vas-y, ça te fera du bien. Je vais finir le potager, ne t'en fais pas. Allez, file'. Son père lui aurait dit 'Tu as seize ans, maintenant, tu es une adulte. Si tu penses avoir besoin d'expérimenter de nouvelles choses pour être sûre de ton choix, c'est maintenant ou jamais'. Ses frères auraient dit la même chose. Même sa petite sœur aurait dit la même chose. Ils étaient tous d'accords, tous sûrs d'eux et souriants, tous heureux et sereins. Tellement, tellement sereins.

Mais elle, elle avait peur.

Et elle ne savait même pas de quoi.

« … D'accord, alors, bredouilla-t-elle d'une voix mal assurée. Mais pas longtemps, et – et, Fannie, attends moi !

-Leroy nous attend, lui aussi, lança-t-elle avec bonne humeur. Allez viens, viens, plus vite ! »

Sa longue robe bleue l'empêchait de courir correctement, aussi se contenta-t-elle d'un signe de la main à sa mère avant de n’emboîter le pas à son amie, déjà plusieurs mètres devant elle. Jamais je ne la rattraperais, elle va beaucoup trop vite pour moi.

Et cette pensée, stupide en apparence, ne la quitta plus.

Ça va beaucoup trop vite pour moi.

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Le 18 Janvier 1997, Sadie est née.

Maman a dû aller à l'hôpital. Elle est revenue quelque jours plus tard avec le bébé.

Samuel et Mark avait déjà deviné que ce serait la dernière. Maman avait l'air fatiguée.


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Le buggy tangua un peu quand Leroy monta dedans, mais Rachel n'y prêta pas attention. Yeux baissés, elle continua de compter le nombre de plis que faisait sa robe. Quand elle eut fini pour la énième fois depuis qu'on l'avait forcée à monter dans le véhicule noir, elle bougea légèrement ses jambes.
Voilà. Il fallait tout recompter, maintenant. Un, deux...

« Je suis désolé, Rachel. Pour Fannie. Elle s'excite d'un rien, tu la connais... Elle voulait tellement t'emmener, elle a pas réfléchi. »

La brune releva les yeux vers son ami, lui sourit et lissa sa jupe d'une main maladroite. Fannie et elle se connaissaient depuis qu'elles étaient toutes petites. Vive ou pas, elle n'imaginait plus sa vie sans elle. Elle appréciait aussi les autres filles de la communauté, sans exception notable, mais Fannie était à la fois sa voisine la plus proche et son amie la plus chère. Qu'elle ait réussi à refuser de l'accompagner deux ou trois fois avait déjà été un exploit en soi.
Ça ne pouvait pas durer. Et ce n'était que la première fois d'une longue série, elle en était sûre.

« C'est pas grave, répondit-elle en détournant le regard. Elle s'amuse, c'est bien.

-Mais pas toi. »

Comme à chaque fois que quelqu'un tapait en plein dans le mille, Rachel rougit et baissa la tête.

« C'est pas difficile à voir, Rachel. »

La jeune fille entendit la banquette grincer quand Leroy s'assit dessus, à distance respectable d'elle. Elle aurait bientôt dix-sept ans, lui en avait tout juste dix-huit et pourtant, il lui semblait toujours qu'il avait quatre ou cinq ans de plus qu'elle. Il n'était même pas si grand, pourtant, et s'il n'était pas frêle il n'était pas plus imposant que ses frères, par exemple ; ça devait être autre chose. Elle laissa glisser son regard sur son visage, discrètement. Ses cheveux, aussi blonds et bouclés que ceux de Fannie, frémirent quand il se tourna pour croiser son regard.
Immédiatement, elle se reprit d'affection pour les plis sur sa jupe.

« Tu veux que j'aille la chercher ?

-Ah ? Oh, non non non ! s'exclama-t-elle sans quitter ses genoux des yeux – ce qui lui ôtait définitivement toute crédibilité. Laisse la s'amuser !

-Vous êtes censées vous amuser toutes les deux, fit-il remarquer en descendant souplement du buggy. Je vais aller la chercher, on va te ramener. »

A peine eut-elle ouvert la bouche pour protester que la portière était de nouveau fermée. Vexée d'avoir été ainsi contredite, elle croisa les bras et poussa un soupir ennuyé. Elle aurait bientôt dix-sept ans, oui, et Fannie les avait eu récemment. Elles étaient jeunes, elles avaient le droit de s'amuser. Elles n'avaient que ces toutes petites années pour s'amuser, boire, faire la fête – rencontrer des garçons, aussi. Elles n'avaient que ces ridicules toutes petites années pour rire et expérimenter la vie avant de ne décider si elles voulaient se faire baptiser ou non. Ensuite ils devraient obéir aux règles, comme tout les adultes. Fannie en profitait. Tout le monde en profitait. Avec plus ou moins de débordements. Mais elle, elle...

Rachel glissa sur la banquette pour pouvoir regarder à travers la vitre sur sa gauche. La ville dans laquelle ils se trouvaient n'était pas très loin de leur ferme et de leur communauté. Et elle n'était pas très grande, non plus. Pourtant, quand elle voyait passer des filles en mini-jupe ou que des voitures filaient comme des flèches à côté d'elle, son cœur se mettait à battre plus vite et elle avait envie de se rouler en boule dans un coin. Ses parents disaient toujours que si eux ne voulaient pas vivre ainsi, toutes ces personnes avaient aussi le droit de choisir. Si elle voulait, elle pouvait faire comme eux. Personne ne la forçait à rester. Si elle en avait assez des Amish, elle pouvait s'en aller et faire sa vie ailleurs.

Mais...

« Hey, rabat-joie ! »

Elle quitta la fenêtre du regard, presque à contrecœur, pour poser un regard morne sur sa meilleure amie. Elle avait troqué sa robe foncée et son tablier contre une jupe et un chemisier ; ses cheveux, malgré tout, étaient toujours correctement attachés.
Rachel réprima une grimace.

« C'est joli, non ? J'aime bien, moi ! Hein Leroooy ? »

Leroy, installé devant, répondit par un rire cristallin. La brune quant-à-elle acquiesça vaguement, le regard dans le vide. Son manque de réaction n'empêcha pas son amie de continuer à discuter, aussi vive et enjouée que d'habitude. A quoi bon acheter des vêtements comme ceux-là puisqu'au final elle ne pourrait plus les porter ? A quoi bon, aller boire ou, ou aller danser, apprendre à conduire si quelques années plus tard tout cela ne servait à rien ? Quel intérêt ? Pourquoi ? Fannie ne partirait jamais, elle aimait trop sa maison et sa famille, ses habitudes, ses animaux. Rachel la connaissait trop bien pour en douter. Fannie se ferait baptiser dès qu'elle le pourrait, se marierait et serait heureuse.

Alors à quoi bon ? Elle ne comprenait pas. Pourquoi, pourquoi ? Pourquoi leur laisser le choix de partir si le mieux pour eux était de rester ? Et si le mieux n'était pas de rester, au final ?

« Tu réfléchis encore, Rachel. Arrête de te prendre la tête. Laisse les choses venir comme elles viennent. Tu t'inquiètes trop. »

Le buggy choisit ce moment pour s'ébranler et se mettre en route, détournant l'attention des deux adolescentes de la conversation. Ne plus réfléchir, hein...

« Tu as raison. Désolée. »

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En Août 2000, notre grange a pris feu.

J'étais petite et je ne me souviens pas très bien mais mon frère aîné, Samuel, avait onze ans et ça l'a beaucoup marqué. Moi tout ce que je sais, c'est que j'étais dans le salon avec maman, Ruth et Sadie quand ça c'est passé. J'ai vu de la fumée, par la fenêtre. C'est tout, rien que ça. Et puis papa a crié, dehors, et maman nous a dit de ne pas bouger, qu'elle allait voir. Alors on a pas bougé. On tenait fort Sadie dans nos bras et on a attendu qu'elle revienne, qu'elle nous explique. Je n'oublierais jamais ça. Attendre, attendre, attendre, sans savoir ce qui se passe, sans rien voir. Je crois que Ruth a dit qu'on devrait peut-être aller voir, au cas où ils aient besoin d'aide. On ne savait pas ce qui se passait, on était trop petites pour aider. On ne savait vraiment pas ce qui se passait. Alors j'ai serré son bras contre moi et je l'ai suppliée de ne pas nous laisser toute seule. Je crois que je me suis dit, à ce moment là,

Et si tout le monde était mort ?

Je ne veux pas qu'elle meurt aussi, j'ai besoin d'elle.

Alors je l'ai forcée à rester là, avec moi et la toute petite Sadie. On a pas bougé. On a attendu. Au bout d'un moment d'autres personnes sont arrivées dehors et ils ont réussi à éteindre le feu. Je ne sais pas comment il a pris. Ou si on me l'a dit, je ne m'en souviens plus. Tout ce que je sais c'est que j'ai eu peur.

Il y avait ma belette, Wayne, dans la grange... Je ne l'ai jamais revu depuis. Il aimait bien se cacher là. Papa disait qu'il n'y avait pas de belette, mais je sais qu'il existait. Je le voyais souvent se glisser dedans. Je crois qu'il est mort. Ça va faire douze ans, de toute façon, aucune importante.

Quelques jours plus tard tout le monde nous a aidé à reconstruire notre grange. C'était amusant, il me semble.


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Ouch.

Ça brûle. D'accord. Aucun problème.

Ça tourne, aussi. Plus problématique.

C'est noir. Heh. Alors comment ça peut tourner ?

C'est complètement débile !

Pourquoi pourquoi pourquoi pourquoi

C'est comme un disque rayé et – owh, merde. Ouch.

Ouvre les yeux. Ouvre les yeux, ouvre les yeux.

Oh mais la feeeeerme.

Ouvre les yeux !

Ce que ça peut être ennuyeux comme bruit.

Mais pas le choix. Allez, debout, la belle endormie.

« Rachel ! Ouvre les yeux ! »

Quoi que finalement non. La dernière fois que tu as ouvert les yeux, comme ça, quand on te le demandait...

Ouais. C'était pas très cool.

Garde les fermés. Attends la douleur. La douleur insupportable. On verra après.

Si elle vient.

« Rachel ? Arrête de dormir, sérieusement, allez ! »

Dormir ? Ah. Eh ben, c'est très bien de dormir. Quand on dort, on ne souffre pas.

Mais c'est trop semblable. La tête qui tourne.

Qui fait mal.

Ça ressemble tellement. La lumière en moins. Si en plus ils enlèvent le seul truc joli...

Quel intérêt ? Pfeuh.

« Désolé. »

La voix s'excuse. Incroyable. C'est amusant, d'ici on dirait presque que c'est le noir tournant qui s'excuse et –

« Owh ! »

Aussitôt que la douleur irradia dans sa joue, Rachel cria et se redressa brutalement. Heurtant dans le procédé le front de son sauveur, qui répondit à son agression par un cri étouffé. Comme ça, ils seraient deux à avoir fait crier l'autre. Comme c'est romantique. Enfin elle n'avait aucune idée de ce qui pouvait être romantique ou non pour l'instant – tout ce qu'elle savait était qu'elle avait mal à la tête, mal à l'estomac et maintenant, en plus, mal à la joue et au front. Pour un peu, elle aurait préféré se rendormir sur le champ.
La voix de son frère la ramena brutalement sur terre.

« Rachel ! Ça fait une minute que j'essayais de te réveiller, je commençais à m'inquiéter ! »

Il n'y avait pas une once de reproche dans sa voix, et la seule chose que sa vue brouillée décela dans ses yeux gris fut de l'inquiétude et du soulagement. Pas de reproche et pourtant, rien à faire, elle se sentait coupable. De qui, de quoi, ça restait encore à déterminer.
Elle faisait quoi, déjà, avant de s'endormir... ?
Les larmes coulèrent le long de ses joues avant même qu'elle s'en rende compte. Ça commença doucement, comme la première goutte d'une averse. Et puis, très vite, ses épaules furent agitées par le chagrin. Non, non – pourquoi aurait-elle été triste ? Elle ne se souvenait pas d'où elle était ni de ce qu'elle avait fait, mais elle était sûre de n'avoir aucune raison d'être triste. Pourquoi l'aurait-elle été ? Elle n'était pas triste. C'était si semblable, la tête qui tourne, la tête qui fait mal...

Elle avait...

Peur.

« Her, pleure pas ! Rachel, pourquoi tu pleures ? Ça va ? Tu veux que j'appelle maman ? Tu veux que je te porte ? Tu as mal quelque part ? Tu peux te lever ? Marcher ? »

Elle était terrorisée, même.

Dans un geste qui lui parut étonnamment simple, elle tendit ses bras et enlaça la nuque de son frère. Le sentir contre elle la rassura. Un peu. Les battements de son cœur se calmèrent rapidement, la lumière cessa de l'aveugler. Même la peur, si oppressante jusque là, s'envola doucement quand il la serra contre lui. Elle n'avait pas mal. Son corps allait bien. Il y avait juste son estomac qui se tordait comme un serpent. Rien de plus. Rien de moins.
Elle nicha son visage contre le cou de Mark et inspira calmement.

« Je me souviens pas, murmura-t-elle tandis que ses larmes se calmaient. Y'a le tournis mais pas la lumière, Mark. C'est bizarre, tu sais ?

-Je vais te porter à la maison. Bouges pas, je t’attrape. »

Elle s'accrocha un peu plus fort à lui, tentant tant bien que mal d'empêcher la lumière du soleil de se glisser sous ses paupières. Est-ce qu'ils étaient l'après-midi ? Pourquoi aurait-elle dormi en plein après-midi ? C'était stupide. Pourtant le soleil tapait contre sa tête et ses cheveux à moitié dénoués, elle pouvait le sentir. Elle sentait aussi l'herbe sous ses jambes, froide et humide – et soudain, plus de terre. Sa robe se plaqua contre ses cuisses quand son frère la prit avec mille précautions dans ses bras.
Elle, les yeux mi-clos, continua à lentement mettre de l'ordre dans ses pensées confuses.

« On est où ?

-Dans un champ, répondit Mark tout en avançant avec de grandes foulées. Tu es venue m'aider, tu te souviens ?

-Je sais pas.

-Tu t'es évanouie. J'aurais dû écouter Ruth, tu étais vraiment malade au final. »

Les morceaux de puzzle qui cognaient dans sa tête se remirent progressivement en place, au rythme cadencé des pas de son frère. Oui. Oui, c'était ça ; elle était sortie aider Mark. Puis son mal de ventre avait empiré, sa tête avait tourné et...

Bam.

Un frisson la parcourut de haut en bas. Si ç'avait été possible elle se serait roulée en boule là, dans les bras de son frère, et aurait attendu que le tournis et la douleur cessent. Mais le noir derrière ses paupières était trop effrayant. Trop familier. Elle ouvrit grand les yeux, tentant tant bien que mal de complètement reprendre ses esprits. Ce n'était pas la première fois qu'elle s'évanouissait comme ça ; ça lui arrivait, de temps en temps. Rien de grave, vraiment. C'était peut-être son réflexe bien à elle face à la douleur, son moyen de se protéger. Et à chaque fois, à chaque fois c'était le même trou noir, les même souvenirs, la même sensation de tournis, la même peur irrationnelle qui paralysait le moindre de ses muscles. A chaque fois c'était un saut en arrière dans le temps.

'Il faut pardonner, Rachel. Remercie Dieu d'être encore parmi nous et apprécie la vie à sa juste valeur.'

« Attends Mark attends, attends, lâche moi s'il te plaît Mark, s'il te plaît - »

Le jeune homme posa doucement sa sœur à terre, le regard empli d'inquiétude tandis qu'elle se penchait dans l'herbe.

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En Octobre 2006, on m'a tiré dessus.

Je m'en souviendrais toujours. Il faisait un peu froid, mais dans la salle de classe on était protégés du vent. On était là, on venait de revenir de la récréation. On était contents, je crois. Je parlais avec une amie. Il y avait ma petite sœur, aussi. Je ne sais plus de quoi on parlait, je ne sais même pas si ça a de l'importance. Mais on parlait, quand il est arrivé. Il a demandé quelque chose, je crois, je ne sais plus. Il avait l'air sérieux. Je n'ai pas fait attention. La maîtresse lui a répondu, il est ressorti. Je ne sais pas, ça ressemblait juste à un homme qui a besoin d'un renseignement. Il s'était peut-être perdu, non ? Peut-être qu'il était passé près de l'école et qu'il s'était dit 'tiens, je vais leur demander s'ils connaissent le chemin'.

Mais non. Pas du tout.

Je n'ai pas très envie de raconter la suite. Je ne me souviens pas vraiment, de toute façon. Je sais juste que cet homme est revenu, qu'il avait une arme. Et après, c'est le flou, le flou complet. Tout est allé vite. Beaucoup trop vite. Il a demandé aux garçons de l'aider à décharger des trucs, des planches, des armes, et nous on était recroquevillés dans un coin de la salle. La maîtresse a profité de ce moment là pour partir en courant. Et j'ai su après que c'était pour appeler à l'aide mais, vraiment, sur le moment, j'ai cru qu'elle nous abandonnait. Alors j'ai dû pleurer. Il y avait ma sœur, juste à côté de moi, et je ne voulais pas qu'elle meure elle non plus. Alors on est restées serrées l'une contre l'autre et on a attendu.
On a attendu, attendu. Il a barricadé la porte. Il a laissé partir les garçons, les tout petits enfants aussi. Pourquoi, hein ? Je ne sais pas. Je ne saurais jamais. Mes parents disent que ce n'est pas important. Ça l'est pour moi, pourtant.
Ensuite il nous a demandé de nous aligner devant le tableau.
Je ne sais pas ce que j'ai pensé, à ce moment-là. Je sais juste qu'on se tenait toutes la main et que, dans le fond, on savait très bien qu'il allait nous tirer dessus. On attendait juste qu'il le fasse. Qu'il se décide.
Du coup, j'ai prié. Je ne sais pas si ça a servi à quoi que ce soit. J'aime à penser que oui. C'est plus facile comme ça.

Il y a eu la police, dehors, du bruit. L'homme a parlé au téléphone. Je n'ai pas écouté ce qu'il disait, j'étais trop occupée à prier. Je voulais juste sortir, serrer ma mère contre moi, m'accrocher à mon père, à mes frères, à ma sœur, faire sortir Sadie de là et sécher ses larmes en lui disant que tout irait bien, qu'elle n'avait pas à s'inquiéter. Je voulais juste... Sortir.

Et puis une des fille a essayé de négocier, de lui parler, juste avant qu'il... Tire. Elle voulait gagner du temps, peut-être. Elle voulait qu'il commence par la tuer elle, pour que les autres aient le temps d'être sauvées. Elle avait mon âge. On était les plus vieilles. Alors j'ai dit pareil.
Et c'est stupide, vraiment, c'est complètement stupide de dire un truc pareil ! Je voulais vivre, moi, je voulais vivre et être heureuse, pas mourir. Mais j'ai dit la même chose qu'elle quand même. J'étais déjà morte dans ma tête, je crois. On était sûres qu'on allait y passer. On le savait. On était pas devant la falaise, non, on attendait pas qu'il nous pousse dans le vide.
On était déjà dans le vide. On attendait juste de... toucher le fond.

BAM.

Il a tiré sur la fille. J'ai fermé les yeux, j'ai serré la main de Sadie.

Après, je ne sais plus.

Je me suis réveillée à l'hôpital. Le blanc, c'est la première chose que j'ai vu. Et puis la douleur. Insupportable. Puis supportable. J'ai appris que ma petite sœur allait bien. Que cinq filles étaient mortes. Que j'avais eu de la chance et que je m'en remettrais. Alors j'ai pleuré, encore, et encore, et encore, jusqu'à ce que je m'endorme.

Et après, on lui a pardonné. On a donné nos bénédictions, notre soutien à sa famille. Vous avez tué nos enfants ? On vous pardonne. Vous aussi vous avez perdu un proche, après tout. Il s'est suicidé, le pauvre homme.

Dieu, je t'en prie, aide moi à le pardonner moi aussi. Ça va faire six ans et je n'ai toujours pas réussi. Ça va faire six ans et pourtant quand je ferme les yeux, parfois, j'ai peur de revivre la même chose. Ça va faire six ans et Sadie a toujours du mal à marcher. Ça va faire six ans et quand je m'évanouis, c'est toujours la même chose. Peur, douleur, blanc, noir, tournis, rien rien rien. Rien. Le vide, le néant. C'est effrayant.

J'aimerais ne plus avoir peur. Vraiment.


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« Je te ramène ? »

Rachel leva les yeux vers Leroy et remonta d'un geste maladroit ses lunettes sur son nez. Il lui souriait, tranquille et serein. Et elle, comme la plus parfaite des idiotes, ne put que sourire en retour et acquiescer doucement. Elle adressa un signe de la main à sa mère pour lui faire savoir qu'elle rentrait avec Leroy et suivit le jeune homme jusqu'à son buggy, tête baissée. Elle aurait été emmenée à l'abattoir qu'elle n'aurait pas eu l'air plus détendue.
L'habitude lui permit de se hisser sans mal dans le véhicule, et ce malgré sa longue robe foncée qui aurait pu gêner ses mouvements. Le jeune homme fit de même et, rênes en main, il ordonna au cheval d'avancer. Et soudain il n'y eut plus que ça. Le bruit des sabots sur la terre, puis sur le béton quand ils s'engagèrent sur la route. Les bruits de la nuit. Les bruits du silence.

C'était presque... agréable.

« Mark m'a dit que tu as encore été malade, les mois derniers. Ça va mieux ? »

Un sourire se glissa sur les lèvres de Rachel, réconfortée plus qu'incommodée par la constante sollicitude de son ami.

« Je vais mieux, oui. C'est la chaleur, tu sais bien. Je supporte mal.

-Tu devrais peut-être aller voir un médecin, non ? »

Ses yeux clairs glissèrent sur le paysage, presque fantomatique dans la pénombre. Les arbres, les bâtisses au loin. Tout ça semblait tellement joli, en soirée. Quand le soleil déclinait.

« Pourquoi je ferais ça ? demanda-t-elle finalement, yeux fermés pour mieux profiter du vent contre son visage. Ça arrive à tout le monde de faire des malaises. Deux ou trois fois par an, c'est vraiment pas si grave. »

Le silence se réinstalla. Ni lourd, ni pesant. Plutôt... Respectueux. Rachel savait que Leroy s'inquiétait pour elle. Il s'inquiétait de la même façon pour ses sœurs. En ce moment même il devait hésiter entre insister et la laisser tranquille : il ne voulait ni la voir aller mal, ni envahir son espace personnel.
Elle connaissait ce genre de dilemmes par cœur.
Devoir choisir, ça vous le brisait. Le cœur.

« Bon. Mais si tu as un problème, tu auras toujours quelqu'un pour t'aider. Ne l'oublie pas.

-Je sais, oui, répondit-elle en riant. Je n'oublie pas. Promis.

-Si tu veux parler, aussi. Et Fannie sera toujours là pour toi en cas de besoin.

-Je sais bien. »

Le silence se réinstalla autour de la jeune fille comme une couverture, apaisante et étouffante à la fois. Ils échangèrent encore quelques banalités maladroites avant que le buggy ne s'arrête devant la ferme de Rachel, sombre et endormie. Ils avaient fait quelques détours en chemin ; ses parents et sa petite sœur devaient déjà être rentrés.

« Bon. Merci de m'avoir ramenée, Leroy. Tu diras bonne nuit à Fannie de ma pa- ah ? »

L'étreinte que le jeune homme exerçait sur son bras n'avait rien de douloureux, mais elle ne put retenir une exclamation surprise. Il leva ses yeux bleus vers elle et, à cet instant précis, elle sut qu'il hésitait à lui parler.
Allez, parle. Parle. Dis quelque chose, parle.

« Tu hésites à partir, non ? »

Bam. Sa question frappa Rachel comme une brusque averse. Elles put presque sentir ses épaules s'affaisser sous le poids de ses paroles. Yeux écarquillés. Mains tremblantes. Elle dut se retenir de sauter hors du buggy et de partir en courant. Véritablement.

« Tu as le droit, je veux dire, c'est ton choix, s'empressa-t-il d'ajouter. Si on nous permet de sortir de la communauté, ce n'est pas juste pour faire joli. Mais, juste, hm... »

Son bras fut libéré quand Leroy se retourna pour attraper quelque chose posé à côté de lui, sur la banquette. Malgré tout, elle ne bougea pas. Est-ce qu'elle aurait seulement pu le faire, de toute façon ? Ses jambes n'étaient plus que deux vulgaires morceaux de pierre.

« Tiens. »

Elle saisit le cahier relié qu'il lui tendait, indécise et muette.

« Tu pourras y écrire des souvenirs, des expériences. Je ne sais pas, ce que tu veux. Pour réfléchir. Faire le tri. Tu me promets d'y réfléchir sérieusement ? »

Elle ne dit rien. Il répéta. Elle acquiesça. C'était pathétique, elle en avait conscience. Elle aimait être Amish. C'était merveilleux, c'était tout ce qu'elle avait. Tout ce qu'elle voulait. Fannie avait beau faire des écarts, sortir et s'amuser, elle ne pensait pas un instant à ne pas se faire baptiser. A partir. Et c'était elle, qui s'inquiétait d'un rien et s'accrochait désespérément à son potager et ses habitudes, c'était elle qui pensait réellement à s'en aller. Parce qu'elle avait peur. Parce que toutes ces habitudes, toute cette rassurante sérénité lui faisaient peur. Parce qu'elle n'était pas sûre d'un jour s'en remettre.
Alors elle prit le cahier. Le cacha dans sa chambre et se mit à y écrire tout ce dont elle se souvenait d'important.

Pour faire le tri. Faire des choix.

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Cours, cours, cours !

« Allez, Fannie, plus vite !

-J'arrive pas à suivre, ralentit ! Rachel, s'il te plaît, alleeeez ! »

La jeune fille accéléra le rythme de sa course, une main serrée sur un pan de sa robe pour lui permettre de courir, l'autre fermée sur son cahier relié. Un rire s'échappa de sa gorge quand elle entendit son amie se plaindre derrière elle.

Pour une fois qu'elle avait l'avantage, elle n'allait quand même pas l'attendre !

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En relisant ce que j'ai déjà écrit, je me suis rendu compte que j'avais oublié plein de choses. Oui, j'ai eu peur. Oui, j'ai eu mal. Oui, j'ai été traumatisée.
Mais j'ai aussi vu ma petite sœur apprendre à marcher. Et ré-apprendre, après les coups de feu. J'ai vu la jument mettre bas. Et ma mère m'a appris à faire ce gâteau que j'aime tant, aussi. Mon père m'a lu de belles histoires pour m'aider à dormir. Leroy n'a pas arrêté de me sourire. Et les cheveux de Fannie sont jolis, quand elle court. Même si je n'arrive pas à la rattraper, même si ça va trop vite, je peux regarder ses boucles s'échapper de son chignon.

Les récoltes ce sont bien passées des tas de fois. On a construit des granges. J'ai rencontré des personnes. J'ai appris des choses.

J'avais oublié un côté de la balance. C'est stupide.

Je crois que je n'aurais plus d'écrire ici, maintenant.


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« Et on fait quoi, là, uhh ? »

Les deux adolescents reprirent péniblement leur souffle après leur course effrénée, pliées en deux près de l'église. Ce fut Rachel qui se redressa la première, le sourire aux lèvres malgré ses points de côté.

« On vit ! »

Le cahier s'ouvrit docilement entre ses doigts. La première page émit un petit son plaintif quand elle tira dessus, brusquement. Une fois arrachée de son support, une bourrasque l'emporta quelques mètres plus loin.
Fannie, curieuse, observa avec intérêt le manège de son amie.

« On n'oublie pas, mais on apprend à... vivre avec, j'imagine. »

La deuxième page s'envola un peu plus loin encore dans un léger son de papier froissé.

« Parce je veux te voir sourire encore des années et des années. »

La troisième tomba à ses pieds. Elle n'y prêta pas attention.

« Et te voir te marier avec Mark. »

Fannie poussa un petit glapissement outré, auquel la brune fit la sourde oreille. La quatrième page, puis la cinquième, toutes furent arrachées sans exception. Elle ne pouvait effacer ni la peur ni les malaises mais elle pouvait au moins faire ça. Trop se concentrer sur les mauvais aspects de sa vie lui en avaient fait oublier les bons. Elle aimait cette vie. Qu'on lui ait tiré dessus ou pas, elle l'aimait tout autant. Tant pis si elle tombait. Si elle n'arriverait pas à se relever, et bien quelqu'un l'aiderait à le faire !

Il fallait y croire. Elle n'avait plus que cette solution.

« Maintenant que tu as fini de jeter tes affaires dans l'herbe, résuma la blonde avec beaucoup de poésie, tu peux me répéter ce que tu entendais par 'te marier avec Mark' ? Il me semblait que tu te marierais avec Leroy avant ça. »

Il y eut des cris, bien sûr, et si les deux filles se bousculèrent ce fut comme toujours avec beaucoup de tendresse. Si elles se coururent après, ce fut parce qu'il y avait longtemps qu'elle n'avaient pas pu rire ainsi, sans se préoccuper de rien. Parce que Rachel est heureuse, parce que Rachel veut vivre, parce que Rachel est perdue mais veut croire qu'avoir le tournis ne tue pas.

BAM.

« Fannie ? Ça s'est bloqué, aide moi ! »

Parce que Rachel s'est réfugiée dans l'église. Et que Rachel est une idiote.

« Fannie ? Fannie ! »



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Dernière édition par Rachel Litwiller le Jeu 24 Mai 2012 - 1:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: LITWILLER Rachel { Belief is all you need.   Jeu 22 Mar 2012 - 17:20

Haha j'ai tout de suite deviné que c'était toi Nii' ! Ta manière d'écrire est caractéristique haha 8D Juste pour te dire que je trouvais ton personnage intéressant et différent de ce qu'on voyait habituellement ! J'ai hâte que tu postes l'histoire.

Voilà \o/

Ceci était un message qui se servait globalement a rien mais je suis admin donc j'ai le droit

Aaaaah, ma manière d'écrire est caractéristique? Hmmm. Je le prends comme un compliment. BD

Aha je posterais l'histoire quand je l'aurais écrite je me dépêche okay. Ta réponse m'a fait peur, je me suis demandée pourquoi tu postais... Mais en fait c'était pour rien. |D
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MessageSujet: Re: LITWILLER Rachel { Belief is all you need.   Jeu 24 Mai 2012 - 4:15

WOUHOU J'AI FINI j'ai rushé j'ai marqué n'importe quoi ça veut rien dire et c'est long pour rien mais WAH ce que je suis JOUASSE.

Cassez pas ma joie sérieux. Je vous rappelle que j'ai une angine grave limite mortelle, là.

[ EDIT ] Comme je me rebelle, je me valide moi-même ~ /PIANO/ Non, plus sérieusement, si un membre du staff a quelque chose à redire, faites signe (on sait jamais, mais bon, en théorie je risque pas de faire une fiche non valide dans la mesure où j'en valide moi-même). Je voulais aussi ajouter que, pour ceux qui ne connaitraient pas, Rachel est Amish. Ça et que l'incident qui a eu lieu dans son histoire (la prise d'otage etc) est tiré d'un fait réel, que je me permets donc de citer. Vous pourrez trouver des informations concernant cet évènement ici. C'est en anglais, aha. Mais comme c'est juste à titre d'information, ça ne devrait pas être trop gênant. \o/

Voilà. ♥



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I'm in the basement baby, drop on by.

Hold your breath and count to ten
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Hold your breath and count to ten,
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Voilà mon cœur ; prudence en sortant :
 
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MessageSujet: Re: LITWILLER Rachel { Belief is all you need.   

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LITWILLER Rachel { Belief is all you need.

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