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 KINNUNEN Aarne { Proud like a God.

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Self-Inflicted Masochist
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Masculin Pseudo Hors-RP : Nii' / MPDT
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• Age : 27
• Pouvoir : Te coincer pour mieux te violer.
• AEA : Un hippocampe maltraité.
• Petit(e) ami(e) : Nikoleta. Même si y'a des risques de chutes dans les escaliers qui se profilent.

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MessageSujet: KINNUNEN Aarne { Proud like a God.    Mar 10 Juil 2012 - 2:19



* Aarne Kinnunen


*nom – Kinnunen
*prénom – Aarne Verneri
*age – 22 ans
*né le – 26 Octobre 2007

Pouvoir
"Création de parois transparentes".

▬ Il peut faire surgir des murs transparents plus ou moins épais du sol, des murs, du plafond ou bien dans le vide. S'il crée un mur le séparant totalement de son interlocuteur, les sons provenant de l'autre côté sembleront plus étouffés pour lui comme pour l'autre. Ils ne le protègent pas du pouvoir de l'autre et subissent les dommages (s'il en crée un pour se protéger d'une balle, elle se fichera dedans). Si quelqu'un réussit à casser un de ses murs, il se brise et disparaît – causant à Aarne une vive douleur. De même, plus il est fatigué et déconcentré, plus ses murs seront fins et fragiles. Ils disparaissent d'eux-même quand il s'éloigne trop d'eux.

Alter Ego Astral
Kassius.

▬ Plus précisément, un hippocampe gris d'une quinzaine de centimètres de haut. Il nage dans l'air comme il le ferait dans de l'eau, sans se presser. C'est un animal grognon qui passe son temps à faire la leçon et à réprimander les personnes qu'il croise sous prétexte de 'son grand âge'. Parce que oui, Monsieur n'est plus une jeune pousse frétillante comme tous ces idiots qui courent dans les couloirs.

Passions
▬ Mer, poissons, aquariums... Aarne a passé tellement de temps entre des baies vitrées qu'il ne s'imagine pas la vie sans tout ce bleu. Être entouré d'eau et de poissons le détend, et c'est dans l'Aquarium où travaille son père qu'il est le plus serein. Il connaît d'ailleurs un nombre de choses impressionnante sur la faune maritime ou lacustre.
Dans un autre ordre d'idée, il aime se battre. Difficile de dire s'il préfère frapper ou être frappé ; il semble autant aimer faire mal qu'avoir mal. Il est rare qu'il n'ait pas au moins un bandage ou un pansement, un bleu ou une marque quelconque sur la peau – visage inclus.
Il y a la danse, aussi. Il aime créer des chorégraphies ou apprendre et exécuter celle des autres. Ce n'est pas exactement une passion mais ça l'occupe et l'aide à se dépenser.
Sinon il aime les jeux vidéos, le bleu, l'argent et le blanc, les yeux sombres, les chansons allemandes et japonaises, avoir raison, parler fort. Le bruit. Peu importe quel bruit, juste du bruit.

N'aime pas / Phobies
▬ Curieusement, Aarne a peur de l'eau. Contradictoire avec son amour des poissons? Pas du tout. Il aime passer du temps derrière des vitres mais n'a jamais appris à nager. Résultat, la peur d'un jour tomber et se noyer dans un élément qu'il aime tant ne le quitte pas. Il aime aller à la mer mais jamais il n'a laissé l'eau monter plus haut qu'au niveau de son bassin.
Il a aussi peur des oiseaux, et plus ils sont gros plus il s'agite. Un moineau, il le fera juste filer avec des mouvements de bras. Un corbeau, il recule prudemment.
Sinon il n'aime pas les garçons trop efféminés, les personnes qui ne disent rien, un grand nombre de nationalités, le silence, la télé-réalité, être contredit, le rose, les fins heureuses. Ne pas avoir ce qu'il veut. Il a aussi horreur d'être ignoré et ne supporte pas qu'on refuse de lui répondre.



« I will never be what you want me to ;
You pull me under, to save yourself.
You will never see what's inside of me ;
I pull you under, just to save myself. »

Physique

Aarne a des bleus. Régulièrement. Partout. Souvent. C'est la première chose qu'on remarque quand on le regarde : tout ces bleus, ces coupures. Ça choque, ça inquiète. Ça pose question.
« Pourquoi ta pommette est bleue ? C'est quoi ce bandage ? Tu as vu l'état de tes phalanges ? Mon Dieu, qu'est-ce qui t'est arrivé ? »
Il est habitué à préciser que non, on ne le bat pas, quitte à ajouter que l'autre n'est pas dans un meilleur état que lui. On la lui a fait en boucle durant des années, l'interrogatoire moralisateur. Ça ne l'a jamais empêché de revenir couvert de marques et ça n'est pas prêt de changer.
Alors évidemment, quand il a le visage tuméfié ou la lèvre fendue, difficile de poser un avis objectif sur ses traits. Est-ce qu'il est beau, est-ce qu'il est laid ? Aucune idée mais en tout cas, il est abîmé. C'est généralement à ça que s'arrête l'inspection qu'on fait de lui. Il est abîmé ; la beauté passe à la trappe. Et c'est pas plus mal, dans le fond. Parce qu'Aarne, sans être laid, n'a rien d'un Apollon. Il y a quelque chose d'un peu maladroit dans ses traits, quelque chose de sec qui le rend banal, sujet aux critiques et autres ''pas mon genre''. Son nez gagnerait à être un rien plus court, ses yeux un tout petit peu plus grand. Son teint clair pourrait être un atout s'il ne lui donnait pas un air faussement malade dès qu'il manque un peu de sommeil. Et puis il y a son expression, aussi. Il se dégage de lui une impression de pur dédain, de méchanceté gratuite. Il n'a jamais l'air aimable. Que ce soit au naturel où son visage fermé n'inspire aucunement la confiance, quand il vous regarde de bas en haut ou quand il vous sourit, jamais il n'a l'air d'être quelqu'un de bien. Jamais. Même quand il essaie d'avoir l'air avenant – ou qu'il sourit sincèrement – ses traits restent imprimés d'une certaine froideur. Alors non, Aarne n'est pas 'beau'. Il est juste lui. Froid et abîmé.
Au delà de ça, son mètre quatre-vingt-deux et son poids correct lui permettent d'être pris au sérieux. Il n'aurait plus manqué que ça, qu'il soit petit et maigrichon. Il ne l'aurait pas supporté. Alors même si ses épaules sont un rien trop étroites et qu'il n'est pas franchement athlétique, il ne s'en plaint pas. Pourquoi faire ? Il est grand. Ça lui suffit. Et puis quand on n'aime pas particulièrement le sport, il n'y a pas trente-six solutions : soit on se force, soit on assume. Dans son cas, les seules activités un tant soit peu sportives qu'il pratique sont les régulières bagarres dans lesquelles il s'implique et ces doux moments de répit durant lesquels il travaille sur une chorégraphie. L'un lui vaut plus de bleus que d'abdos, l'autre le maintient en forme juste ce qu'il faut. Pas étonnant qu'il ne soit pas l'image même du beau gosse bodybuildé. Pour les sportifs, il passe pour le type qui court de temps en temps juste pour éviter de devenir obèse. Pour les fortes corpulences, il a l'air bien foutu. A quoi bon se fier à un avis extérieur, hein ? Incapables de se mettre d'accord.
Ses phalanges sont râpées, écorchées, ses doigts noueux et longs, ses mains abîmées, maltraitées, trop utilisées, . Elles pourraient avoir dix ans de plus que lui. Ses cheveux blonds, pâles, semblent s'être accommodés du manque de soin qu'il leur prodigue en restant constamment un peu secs, sans éclats. Seul l'arrière de sa coiffure, au niveau de la nuque, se détache du reste de par la teinture noire qui les couvre. Le contraste n'est pas laid ; ça évite de trop s'attarder sur la couleur pâlichonne de sa tignasse. Les quelques mèches qui lui barrent le front logent au-dessus de ses yeux bleus, froids et impavides. Certains comparent les yeux azures à l'océan, au ciel d'été ou encore aux plumes de certains oiseaux sous le soleil ; les siens ressemblent plus à une mare. Une étendue d'eau stagnante où il ressasse, encore et encore, des pensées à la teneur inconnue. Des yeux qui gardent tout pour eux. Qui ne partagent pas. Certains auraient sans doute tendance à dire qu'ils sont jolis parce qu'ils sont clairs – mais chez lui, où c'est monnaie courante, ils n'en sont que plus banals encore. Ils sont bleus. Juste bleus. On aurait bien du mal à leur accorder un qualificatif plus élogieux.
Si Aarne avait voulu cacher ses bleus et ses coupures, il aurait été un abonné des vestes ou des survêtements ; comme il s'en moque, ce n'est pas le cas. Il aime les choses simples, les vêtements plutôt amples, pas prises de tête. Les jeans, les chemises unies, les protèges poignets, les baskets ou les bottines, les cols en V, les t-shirts... Le contenu de son armoire est aussi varié que simple. Il ne met pas n'importe quoi n'importe comment : il porte ce que n'importe qui pourrait mettre. Il n'a pas de style à proprement parler. Il fait dans le net, le propre et le basique. Possède un certain sens de l'esthétique sans en faire trop. Minimaliste. Plutôt que d'habiller une pièce de mille décorations soigneusement choisies pour aller ensemble, il pose deux ou trois meubles aux bons endroits et appelle ça ''un minimum vital qui a de la classe''.

Caractère

Aarne a toujours eu le droit de faire ce que bon lui semblait. Il a été couvé, entouré d'amour et de compréhension, de belles valeurs et de patience. Sa mère s'est toujours inquiété pour lui, sa compagne aussi, son père l'a toujours protégé et conseillé, on l'a toujours laissé faire ses propres choix. On lui a tout pardonné, on lui a tendu la main à chaque fois qu'il tombait. On l'a aimé, aimé et encore aimé. On l'a gâté. Pourri. Vacciné. Dégoûté.
Ce dont Aarne aurait eu besoin, c'était d'une bonne claque et de punitions chaque fois qu'il dérogeait à une règle. On aurait dû le calmer, le pousser dans le droit chemin au lieu de le laisser zigzaguer en pensant que c'était mieux pour lui de se rendre compte par lui-même. Parce qu'Aarne, ce n'est pas le genre de garçon qui se rend compte de ses erreurs. Il ne s’éloigne pas de la clôture après avoir reçu une poignée de châtaignes, non : il la fixe et revient avec une pierre pour lui faire comprendre sa façon de penser. Durant toute son enfance il a testé les limites. Y a trouvé des draps plutôt que des murs. Les a déchirés. Au fil du temps, son caractère n'a fait que pousser comme une mauvaise herbe. Dans tous les sens, sans hiérarchie, sans rien. Personne ne saura jamais si cette graine aurait pu donner une jolie fleur ou si, dès le début, elle était vouée à n'être qu'un vulgaire ortie ; trop tard pour ça.
Le petit garçon trop libre est devenu un jeune homme violent, méchant, constamment frustré. Il recherche quelque chose sans trop savoir quoi, teste, tâtonne, essaie. Sans voir les limites. Sans vraiment s'en imposer non plus. Il est trop réaliste, trop terre-à-terre, trop acide et trop colérique. La violence répond à tout et tout l'énerve : inutile d'être un génie pour comprendre que ce mélange n'a rien d'enviable. Aarne a besoin de frapper pour extérioriser sa colère, sa frustration, son agacement et même, parfois, sa joie. Il est incapable de contenir ses émotions. Elles grandissent en lui comme une vigne grimpante, l'étouffent, l'empoisonnent. Il a besoin de s'en débarrasser. Le moindre sentiment doit se manifester, il ne peut pas faire autrement. Que ce soit par la violence, par un rire forcé et douloureux ou encore la danse, peu importe : il faut juste que ça sorte. Qu'il s''en libère. Qu'il s'en débarrasse une bonne fois pour toute.
Comme si son corps ne pouvait supporter les sentiments qu'Aarne lui impose. Pourtant il n'y peut rien, à ce qu'il ressent. Alors il s'en accommode. Fait avec. Et Dieu sait qu'il déteste les compromis : les rares fois où il en a acceptés pourraient se compter sur les doigts de la main. Il refuse de s'adapter aux autres et préfère, le cas échéant, abandonner la compagnie d'un tiers plutôt que trouver un terrain d'entente. Il ne bouge jamais de ses positions. Jamais. Il n'accepte pas ses torts puisqu'il n'a jamais tort et, si vous insistez, c'est uniquement parce que vos points de vue divergent. Ce dont il n'a strictement rien à faire. Son manque de souplesse et d'empathie en font quelqu'un auquel il est extrêmement difficile de s'attacher. C'est un sale gamin égoïste, égocentrique, qui l'ouvre trop et jamais pour être aimable. Qui cherche les ennuis partout où il pense pouvoir en trouver. Parce que pour lui, s'il faut vivre il ne faut pas le faire à moitié. Il aime pousser son corps jusqu'à ses extrêmes limites, marcher jusqu'à s'en écrouler de fatigue, se battre jusqu'à ne plus sentir ses membres, boire jusqu'à s'en évanouir. Il ne veut pas de moitiés, refuse les demi-mesures ; puisqu'il doit mourir, alors pourquoi s'en faire ? Maintenant ou plus tard, aucune importance. Il n'a – on peut le dire – presque aucun instinct de survie et un côté masochiste qu'il ne cherche pas à cacher. Le soucis c'est que la mort ne l'effraie pas le moins du monde. Elle est presque aussi stupide que la vie.
De toute façon, la vie n'a pour lui aucun sens. Rien n'a de sens. Il réfléchit trop et surtout n'importe comment, sans prendre le temps de se poser et de modérer ses pensées. Tout le dégoûte, tout le révolte, il hait et aime avec passion et détruit tout en se posant mille questions. Dans son cas, être idiot aurait été un plus. Malheureusement il ne l'est pas. Tout ce qu'il voit le blase instantanément, toutes les couleurs sont ternes, peu de choses retiennent son attention. Il ne voit tout simplement pas l'intérêt de vivre. Tout le désintéresse – y compris sa propre personne. Il voit le monde comme une immense mascarade où une bande d'imbéciles danse et s'amuse en craignant l'inévitable. Ça l'insupporte. Il n'arrive jamais à correctement exprimer sa pensée, à mettre des lettres sur ce tout ce qui traverse sa tête, aux mots qui résonnent dans ses oreilles. Alors il ne dit rien. Et ça le frustre, et ça l'énerve, et il frappe. L'inévitable cercle vicieux. Le serpent qui se mord la queue. Plus il a mal plus il mord ; il ne peut plus desserrer les dents, maintenant.
Il est névrosé, a besoin de parler. De mettre de l'ordre dans ses idées. Est amer, immature, incapable de réagir autrement qu'en blessant ceux qu'il aime. Et ce qu'il n'aime pas. Méprise ceux qui ne parlent pas, méprise ceux qui sourient sans arrêt, méprise ceux qui ne savent que se plaindre; les uns ne vivent pas, les autres vendent leur sympathie comme des prostituées leur corps et les derniers sont des bons à rien. Les français sont stupides, les anglais sont coincés, les américains sont tarés. Il a un mal fou à s'inquiéter pour les autres, à se faire des amis, à être sincère envers lui-même. Parce que si parfois il aimerait s'allonger par terre et trouver quelqu'un qui puisse l'aider à arrêter de penser et de s'essorer les neurones, il ne parvient que trop rarement à l'admettre. Il aimerait que tout le monde comprenne sans avoir à s'expliquer. Qu'on l'apprécie sans qu'il à faire quoi que ce soit pour ça. Il ne parvient pas à être hypocrite et, aussi triste que ça puisse être, il est difficile de l'apprécier tel qu'il est. Parce qu'il a l'air narcissique, fier, faux, mesquin. Alors il ment, alors il blesse, alors il s'en fiche, alors il s'enferme. Il s'est coincé lui-même.

« Mais je m'en fiche. »

Histoire courte

...



Informations Hors-RP

Avez-vous bien lu les règles ? code okay (by Kogenta) Rhooo t'aurais dû laisser ma super phrase 8D C'était si recherché, quoi
Où avez vous trouvé ce forum ? Cf Emrys Sulwyn ?
Est ce votre premier perso...
♦ ...Dans un forum RP ? J'avais pas encore de blond. En fait. Voilà. C'est tout.
♦ ...Dans ce forum ? Oui lol mais bon ça a l'air cool xptdr pis je serais sage. =)


Dernière édition par Aarne Kinnunen le Dim 29 Sep 2013 - 1:18, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: KINNUNEN Aarne { Proud like a God.    Dim 29 Sep 2013 - 1:14


De l'eau dans les poumons


« Oui. »

La neige tombe fort sur Helsinki, ce jour-là, et Lallu sourit. Sa robe lui va à ravir. Elle pétille, elle rit, elle vit. Les invités sont tous en place, les photographies sont prises avec soin. Et chaque fois qu'il y a une grimace tout le monde doit se remettre en place, à l'hilarité générale. Tout les proches sont de bonne humeur. Les amis, les familles. La salle est emplie de rire et des douces vapeurs d'alcools trop coûteux.
La mariée resplendit, la mariée illumine toute la salle. Son époux danse avec elle, s'amuse avec ses amis. Ils célèbrent ; évidemment, qu'ils célèbrent. Ils s'aiment, ils se marient, ils sont jeunes et heureux. C'est le plus beau jour de leur vie et ils entendent en profiter comme il se doit. Tout le monde les félicite, les questionne sur leurs projets d'avenir. Ils y répondent avec confiance et entente. Ils ont vraiment l'air fait l'un pour l'autre. Elle, la petite secrétaire médicale aux yeux glacials et lui, le technicien d'aquarium a l'air vaguement mélancolique. Vive les mariés ; des années et des années de bonheur les attendent. L'alcool aidant, tout devient plus rose.
La demoiselle d'honneur pose une main sur son ventre, songeuse. Son enfant est prévu pour le début d'année. Elle ne le sait pas encore, mais elle l'appellera Luukas. C'est elle qui a choisit la robe de son amie. C'est elle qui, assise devant son dessert, a envie d'en pleurer tellement planter sa cuiller dans une si belle part de gâteau serait un crime. Ce n'est pas elle qui a pleuré, pourtant.
Elle se rappelle Lallu, quelques heures avant de prononcer ses vœux, enfermée avec elle dans le salon. Elle se rappelle son reflet tremblant dans la glace tandis qu'elle noue ses cheveux avec le plus grand soin. Et sur son verre d'eau, entre deux lignes dorées, il lui semble revoir ses yeux glacés s'emplir de larmes. C'est comme un tremblement de terre qui avait agité son cœur quand, à travers ce miroir, elle avait vu les larmes dévaler les joues pâles de la mariée. Dans ce reflet elle avait lu de l'hésitation, de la peur, de l'appréhension. Du doute.
Alors que ses doigts suivent les entrelacs de son assiette, elle parvient à retracer dans son dessert trop sucré l'indécision qui avait fait trembler ses lèvres roses. Lallu rit, Lallu danse. Aljona met son amertume sur le compte des hormones.

« Aljona ! Viens, viens ! Aljona ! »

Elle se trouve laide avec son ventre rond et son visage un peu boursouflé. Elle aimerait que son enfant arrive tout de suite, maintenant. Qu'elle puisse sortir d'ici, échapper à ces rires, à ces regards, à Lallu. Mais elle prend sa main, elle la rejoint. Elle se sent faible et stupide. Pas à sa place. Malgré tout elle reste tandis que les autres demoiselles forment un cercle autour de la mariée. La musique commence, tout le monde glousse. Elle ferme les yeux, retient un haut le cœur.
Et puis tout s'arrête. Le bouquet est pointé sur elle.
Elle le prend. Parce que tout le monde la regarde, parce que c'est un si joli présage. Parce que Lallu lui sourit. Parce qu'elle est stupide.

Les mariés sont heureux ; tout le monde l'est.

Sauf peut-être la demoiselle d'honneur, qui prétexte des douleurs pour s'éclipser. Non sans s’excuser mille fois auprès de sa si chère amie, elle serre le bouquet entre ses doigts et sort du bâtiment. La neige fouette son visage comme autant de couteaux et, enfin, elle s'accorde un sanglot. Un quart de seconde de vérité. Elle est seule, pitoyable, enceinte, a vingt-deux ans. Elle l'a aidé à choisir sa robe de mariée.
Elle lui a conseillé de ne pas douter.
Les fleurs tombent au sol. Quand elle les piétine, les pétales clairs donnent presque l'impression de se fondre avec la neige qui tapisse les pavés.
Et c'est presque joli, comme les larmes sur une pâtisserie. Sucré salé.

Peu après, les mariés partent en voyage de noces. Lallu. tombe enceinte. Aljona accouche en février d'un petit garçon aux cheveux blonds.
Tic tac, tic tac. Le temps passe.
Le mariage semble à présent bien loin, les journées se font plus longues. Le soleil refuse de quitter le ciel et pourtant, quand elle rentre du travail, la jolie mariée redoute l'heure du repas. Que va-t-elle dire ? De quoi vont-ils discuter ? Vont-ils encore se fâcher ? Est-ce que ça vaut la peine de tourner la clef dans la serrure ? Est-ce qu'elle a bien fait ?
Elle se rappelle de ce moment de doute, elle aussi, juste avant de jurer qu'elle aimerait Raafael jusqu'à la fin. Ses mains caressent son ventre, son ventre grossit, les conversations se tarissent. Chaque fois qu'un peu plus d'amour meurt dans cette maison, elle pense un peu plus fort à son bébé, à son petit garçon. Elle pense à sa meilleure amie qui doit élever son enfant seule, s'imagine devoir faire la même chose. L'insouciance paraît si loin.
Le bébé arrive un soir d'octobre. Ils l'appellent Aarne. C'est l'avant dernière décision qu'ils réussissent à prendre d'un commun accord, le sourire aux lèvres, dans la chambre d'hôpital pâle et impersonnelle. La dernière sera leur divorce, quelques mois plus tard. Bercé dans les bras de son père, Aarne pose ses yeux bleus sur tous les papiers étalés sur la table basse.

« Tu es sûre ? »

Elle l'est. Ils signent puis s'enlacent une dernière fois, prenant bien garde à ne pas blesser le petit être qui glapit entre leurs bras. Il restera chez sa mère, c'est décidé. Son père pourra passer le voir quand bon lui semblera, sans restriction aucune. Le cœur de cet enfant est bien assez grand pour eux deux.
Lallu déménage, part s'installer dans un quartier tranquille un peu plus loin. Elle ne roule pas sur l'or mais ça lui va. Les cartons passent d'une maison à l'autre, les chambres sont aménagées, peintes et décorées avec tendresse. Les autres pièces de la maison restent longtemps en suspend, par manque de temps. Certains cartons restent entassés deux ans dans un coin du salon. Endormis, oubliés.
Raafael se remarie. Une femme très gentille, discrète, avec de courts cheveux teints en roux. Elle passe une main distraite dans les siens, ébouriffe ceux de son petit garçon. Il va être temps de déballer ses cartons.
Elle en sort une multitude de souvenirs sans grande importance. Des bibelots. Un bout d'aspirateur qu'elle cherchait depuis toujours. Un collier. Une fleur blanche, séchée, soigneusement préservée. Aarne la déchire quelques minutes plus tard en voulant jouer avec. Ça n'a plus aucune importance. Parce qu'elle sait, maintenant.

« Pysy aina pikkuveljenä ja lintuna, älä koskaan miehisty
En meidän taloon lisää aikuisia halua »
« Stay always as a little brother and a bird, don't ever become a man
I don't want any more adults in our house »


Le cours finit, la classe fait ses au-revoir à leur enseignante avec bonne humeur. Tous à l'exception de deux petits garçons aux cheveux pâles, qui attendent sagement devant le bureau de la jeune femme. Assise sur sa chaise, elle leur adresse un regard interrogateur. C'est Aarne, sourcils froncés, qui prend la parole le premier.

« C'est quand la fête des mères ?

-Oh ? Eh bien... Dimanche prochain. Vous ne lui avez pas encore fait de carte ? »

Les deux garçons échangent un regard désintéressé. Ils ont beau habiter ensemble, avoir le même âge et se considérer l'un l'autre comme des frères, c'est bien là leur seul point commun. Leurs échanges se limitent à quelques mots banals, sans la moindre petite étincelle de quoi que ce soit. Ni complicité, ni haine. Rien que la conscience d'appartenir à une même famille.
Et, ce jour-là, le désir de bien faire.

« Mais on en a deux. »

La voix de Luukas résonne un moment dans la pièce. Elle rebondit contre les murs au gré du silence, se répercute dans les coins, meure près du tableau. La jeune femme les regarde, perplexe. Aarne n'aime pas particulièrement le frère qu'on lui a imposé, non. Et il n'aime pas trop ne pas voir son père tous les jours. Mais il a sept ans, c'est un grand garçon et il aime ses parents. Tout ses parents. Parce que papa le porte sur ses épaules comme il l'aurait fait s'il avait habité avec eux, parce que maman Lallu lui fait des câlins et que äiti Al l'aide à faire ses devoirs. Parce que ce système fonctionne.
Et que la maîtresse, le sourire aux lèvres, leur adresse un clin d’œil complice.

« Alors faites en deux chacun. D'accord ? Les mamans ont besoin de beaucoup d'amour pour être heureuses. »

Luukas acquiesce pour deux puisqu'Aarne ne bouge pas ; c'est aussi lui qui le traîne en dehors de la salle de classe. Il le lâche de lui-même une fois qu'ils en sont sortis et part devant, seul et silencieux, en direction de la porte au fond du couloir. Son soit-disant frère le suit, deux ou trois mètres derrière, caché derrière quelques mèches de cheveux.
A l'école comme à la maison, aucun des enfants Kinnunen n'est du genre bavard. Luukas parle avec ses amis, sourit de temps à autre et rêve, rêve et rêve encore. Aarne préfère rester dans son coin, trop timide ou bien trop brusque pour vraiment réussir à s'intégrer dans sa classe. A la maison il passe du calme plat aux crises de nerfs, au désespoir de ses mères. Elles se disent que c'est dans son caractère. Ne parviennent pas à sévir parce qu'à chaque fois qu'il s'accroche à leurs jambes pour s'excuser, elles lui pardonnent. Il est mignon, elles l'aiment, elles ne peuvent pas lui en vouloir. Il n'en profite pas vraiment, non ; ça vient inconsciemment, sans mauvaise arrière pensée.
Malgré tout, l'habitude s'installe.

Quand ils passent le pas de la porte, comme la veille et comme le lendemain, des oreilles attentives écoutent tout ce qu'ils veulent bien dire sur le contenu de leur journée. Ils excluent le passage sur la fête des mères. Trop secret.
Pour une fois dans leur vie, ils se retrouvent dans la chambre de Luukas, la chambre verte, pour découper du papier et faire des cartes de vœu. Ils iront cueillir des fleurs le lendemain. Ils ne peuvent pas préparer de petit-déjeuner sans tout casser alors ils font un trait là-dessus. Tant pis. Ils le feront quand ils seront plus grand.
Une carte pour maman Lallu, et...
Il ne sait pas trop.
Malgré ses sept ans, Aarne sent comme une différence entre la façon dont sa deuxième maman s'occupe de lui et celle dont elle s'occupe de Luukas. Il lui semble qu'à son contact elle est plus hésitante, plus distante, et il lui en veut pour ça. Lui qui n'arrive déjà pas à dire je t'aime se sent un peu délaissé. Il ne se rend pas compte que, dans l'histoire, c'est lui qui délaisse.
Alors il hésite.

Dimanche, 09:00 ; ils courent à la cuisine et enlacent leurs mères.

« Bonne fête maman ! »

Lallu sourit en voyant les cadeaux des deux petits garçons, les étouffe presque entre ses bras. Puis vient le tour d'Aljona. Luukas l'embrasse sur la joue et lui souhaite une bonne fête, avec une douceur et une sincérité que son frère se surprend à envier. Lui n'y arrive pas. Tout ce qu'il réussit à faire, gêné et maladroit, c'est pousser sa carte contre la jeune femme, caché derrière ses mèches blondes.

« Bonne fête äiti. »

Il croit bien qu'elle va fondre en larmes. Tente de se dégager de son étreinte sans trop insister non plus. Et ce sentiment d'appartenance, doux et empli d'une drôle de chaleur, lui arrache un rire.
Il ne le sait pas, mais c'est quand même de l'amour. Sucré salé.



« Mon Dieu, Aarne ! »

Le petit garçon a huit ans et un œil au beurre noir. Lallu est rentrée de son travail en catastrophe dès que l'école a appelé, sans même avoir le temps de prévenir sa compagne ou son ex-mari. On lui a dit qu'il y a eu une bagarre, que son fils a été blessé. Elle n'a pas pris le temps d'écouter le reste. Et là, assis dans le bureau du directeur, les mains de sa mère tendrement posées sur son visage comme pour déceler toute blessure supplémentaire, il s'autoriserait presque à pleurer.
Ne le fait pas.

« Qu'est-ce qu'y t'est arrivé mon chéri, qu'est-ce qu'on t'a fait ? Mais pourquoi, ça doit faire mal, tu... »

Un peu. En fait, il ne sent plus grand chose maintenant. Le coup l'avait sonné et la glace qu'on avait appliqué sur son œil avait comme insensibilisé la moitié de son visage. Pas qu'il s'en plaigne.

« Mais il t'avait insulté, maman. Et äiti aussi. Je voulais juste vous protéger. »

Et l'explication est tellement douce, tellement rassurante qu'elle le serre contre lui. Il referme ses petits bras autour de son cou, respire l'odeur rassurante de ses jolis cheveux blonds. Aucune punition ne lui enlèvera ça.
A partir de là, il s'en fiche. Même s'il reste au coin pendant une heure, ça ne vaut rien en comparaison de cette sensation sucrée qu'il ressent quand il peut enlacer quelqu'un de cette façon. Il trie ses priorités. Maman et äiti d'abord, Luukas ensuite.
Tout le reste en dernier.



« Oh, oh ! Et ça, ça, c'est quoi comme poisson ?

-C'est un requin à pointes noires. Impressionnant, hein ?

-Whoooo... »

Le petit garçon regarde l'incroyable créature se mouvoir devant lui, les mains et le nez collés à la vitre. Il n'a pas eu d'autres ennuis depuis sa bagarre avec son camarade de classe et, après un sermon angoissé de ses deux mamans, il a juré solennellement de ne plus lever la main sur personne. Alors ce week-end, pour lui montrer un peu l'endroit où il travaille et passer du temps avec lui, son père lui a payé une place au Sea Life Aquarium d'Helsinki.
Ses yeux s'écarquillent un peu plus encore tandis que le requin passe paresseusement devant la vitre. Pour lui, c'est une révélation. Il n'a pas cessé de poser un million de questions à son père depuis qu'ils sont entrés et compte bien continuer. Soudain le bleu des murs de sa chambre lui paraît bien plus beau. Toute cette eau et ces créatures qui évoluent gracieusement captent son attention plus que tout ce qu'on a pu lui faire essayer par le passé. A côté de ces bassins emplis de magie, même le plus beau des parcs d'attraction n'est plus qu'une lointaine envie au fond de sa tête. Et le requin, là, qui continue de nager. Comme un roi immortel qui n'a besoin ni de pieds, ni de mains pour régner. C'est magique. C'est fascinant.

« Tiens, viens par là. Si tu aimes les grandes vitres, j'ai pile ce qu'il te faut. »

Il se détache à grand peine de l'eau et de ses merveilles pour emboîter le pas à son père, bouche bée. Ses yeux se posent partout autour de lui, sur chaque pancarte, chaque spécimen, chaque petite tâche de couleur qui sommeille au fond d'un bassin. Les étoiles de mer, les méduses, les poissons-clowns, les tortues... Le garçon grave chacune de ces créatures au fer rouge au fond de ses yeux bleus. Lui qui est si nerveux d'habitude se sent étrangement calme entouré de tant de silence. Il s'imagine les secrets que ces poissons pourraient lui chuchoter, s'ils pouvaient parler. Il se laisse aller à rêver.
Il flotte et s'émerveille.

« Voilà. C'est là. »

Il en perd la voix.
A sa droite, à sa gauche et au-dessus de sa tête s'étend un immense tunnel transparent. Un énorme requin aux dents acérées passe au-dessus de sa tête, inconscient ou oublieux de sa présence. Et il se sent si petit, là, au milieu de toute cette eau, qu'il n'ose plus rien dire. Il reste juste cloué sur place, la tête levée vers cette mer miniature, incapable d'en détacher son regard. Ils ne se préoccupent pas de lui. Il ne trouble pas leur vie, il n'a aucun impact sur cette toute ces jolies choses qui évoluent avec souplesse derrière ces murs de verre. Ça semble si fragile ; il sait pourtant que ces parois sont plus solides que ses os ne le seront jamais.
Il en tremblerait presque. C'est une toute autre expérience. L’indescriptible. L'inoubliable. L'unique. Il lui semble assister à un spectacle qui dépasse de loin sa simple existence. Et pour une fois dans sa vie, il accepte que tout n'ait pas un rapport avec lui.
'Tout ça existe très bien sans moi'. Et ça lui va.
Il aimerait se perdre dans tout ce bleu. Peut-être qu'il s'y perd déjà un peu.

« Tu pourras revenir ici plus souvent, si tu veux. »

Il aimerait dire oui. Mais pour simplement pouvoir profiter encore une seconde de ce parfait silence, il décide de ne rien dire.

« Älä katso, älä kuule, Pidä vaan kiinni sun huulet
Vähän arvaa, älä tiedä, Riittää kunhan sä siedät »
« Don't look, don't hear, Just keep your lips shut
Guess a little, do not know, It's enough to tolerate »



« Vous êtes des triplés, c'est ça ? »

Aarne grince des dents, Luukas soupire. Il n'y a que Kai, ses courts cheveux blonds savamment décoiffés à l'aide d'un peu de laque, qui s'exclame en riant que non.
Aarne et son frère, puisqu'ils sont de la même année et partagent tout deux le nom de Lallu, ont souvent été pris pour des faux-jumeaux par leurs camarades de classe. Alors depuis que son cousin Kai – fils cadet du frère aîné de sa mère – s'est par malheur retrouvé dans la même classe qu'eux, ils ont le droit aux triplés. Ça ne lui plaît pas mais il fait avec. Surtout que Kai est plutôt sympa, avec son nez un peu tordu et ses cris incessants. Ça change du silence radio de Luukas, que les années n'arrangent pas. Plus ça va et plus il devient calme, tranquille, ne hausse le ton qu'en cas d'extrême urgence. Comme une anguille ; tant qu'on ne le touche pas, il ne fait qu'onduler en silence. Mais gare à l’électrocution. Aarne n'est pas le seul à être rentré avec un œil au beurre noir, dans la famille.
A treize ans, les fils Kinnunen sont plus connus pour leur manque de vie sociale que pour leurs coups de gueule. Fidèle à sa promesse, le cadet n'a jamais plus frappé qui que ce soit. Il se contente de rester dans son coin, toujours aussi incapable qu'avant dès qu'il s'agit de se faire des amis. Il se demande pourquoi il est seul alors que les autres pas. Apprend qu'il y en a d'autres dans son cas. Ne parvient pas à comprendre comment des gens comme Luukas peuvent se complaire dans la solitude. Lui trouve ça stupide. A quoi bon être entouré de gens si c'est pour les ignorer de son mieux ? C'est ce qu'on lui conseille, pourtant. De ne pas faire attention aux moqueries, de ne pas répondre aux provocations. Il écoute ses quelques amis et ignore le reste du monde.
Et puis il pense à l'Aquarium. Dans le fond, toutes ces personnes pouvaient très bien être des poissons. Dès lors, il s'amuse à replacer chaque espèce qu'il a mémorisée sur un élève. Il s'imagine la vitre transparente qui le sépare de ces idiots tout juste bons à cracher des bulles, et chaque fois qu'il a envie de les frapper, chaque fois qu'il a envie de leur crier dessus, il repense à la vitre. A ces si jolies vitres qui retiennent l'eau, toute cette eau, qui l'empêchent de se noyer. Il se rappelle qu'il ne sait pas nager, il se dit qu'il tient à la vie. Alors il ne casse rien. Il laisse la vitre tranquille, il laisse les morues et les harengs derrière. Il fait sa vie et eux la leur.
Il y a une vitre, de toute façon. Il est tranquille.
Aarne y croit dur comme fer, dur comme ces murs qui empêchent les grands requins blancs de lui tomber dessus. Dur comme la vitre qui retient toute cette colère qui s'accumule dans son cœur, dans sa tête.

Il s'applique en cours parce que ses mamans sont fières de lui quand il ramène une bonne note. La barrière tient. Il protège son frère quand un crétin essaie de lui voler ses affaires et qu'il se laisse faire. La vitre ne craque pas. Il rit avec ses amis et se dit qu'après tout, trois c'est suffisant. Les requins sont bien là où ils sont. Il s'efforce de fermer ses yeux fatigués quand sa petite sœur vient de naître et qu'elle hurle à travers toute la maison. Il y a tellement d'eau, il ne sait pas nager, il faut que ça tienne bon. Il a quatorze ans, il commence à complexer, à s'intéresser aux filles, à les trouver stupides de ne pas aller vers lui, parce que lui n'ose pas aller vers elles. C'est épais, comme vitre, ça ira. Il se fâche avec ses amis, serre ses mains tremblantes de colère pour ne pas laisser libre cours à toute cette frustration. Ce sont juste des poissons rouges, de petits poissons rouges, ils peuvent pas défoncer un mur comme ça.

Sur le coup, il en oublie qu'à force de fissures tout finit par se briser. Il se dit qu'il aurait mieux fait d'apprendre à nager.
Trop tard.
Il a quinze ans.



Ça fait mal.
Vraiment très mal.
Il ne sent plus sa tête. Ses jambes non plus. Seul son bras gauche, atrocement douloureux, lui envoie des signaux de détresse. Il a comme un goût pâteux dans la bouche, métallique. Chaud. Il tente de passer sa langue sur ses lèvres mais rien à faire ; elle pourrait aussi bien être morte. Il ne sait pas si c'est un gémissement ou un rire étranglé qui s'échappe de sa gorge mais peu importe – c'est inaudible de toute façon. Il y a juste ce silence, tout ce silence. Alors il ferme les yeux. Compte jusqu'à cinq.
Un.
Je sais pas où je suis. Il fait nuit.
Deux.
L'autre s'est tiré. Il s'est tiré.
Trois.
Je sais même pas si j'ai mon portable.
Quatre.
Je suis stupide.
Cinq.

Je suis vivant.

Cette certitude envoie un millier de signaux dans ses nerfs. Ses jambes, ses bras, sa tête – tout se réveille en même temps en une insupportable cacophonie de douleurs et de brûlures. Mais il est vivant. S'il peut penser, s'il a mal comme ça, c'est qu'il est vivant. Il est vivant, vivant, vivant.
Lentement, il plie son bras gauche et le ramène sur son torse. La scène qui vient de se produire est floue dans sa mémoire, embrouillée et douloureuse. Il tente de se souvenir, de recoller les morceaux. Les pièces de puzzle s'agencent difficilement. Aah...
Il s'est battu. Et apparemment, il a perdu.
Ses doigts parviennent au prix d'un effort qui lui parait colossal à s'emparer de son portable, dans la poche de sa veste. Il ne sait plus ce qui a déclenché la bagarre. Il sait juste qu'il est allé ici – où que ce soit – et qu'il a frappé quelqu'un. Il ne sait pas à quoi il pensait ni ce qui va lui arriver s'il appuie sur cette touche. Il n'est pas en état d'avoir peur qu'on l'engueule mais il hésite malgré tout. Peut-être qu'il devrait rester là. Attendre de crever. Voir ce qui lui arrive. Laisser faire le destin. N'importe quoi, il ne sait plus, il ne sait pas.
Tout ce qu'il sait c'est que quelque chose a brisé la vitre. Qu'il s'est retrouvé écrasé sous toute cette eau. Qu'il a cru en mourir.
Mais ça ne l'a pas tué.
Et cette fois, quand il compose le numéro de sa maison, c'est bien un rire qui résonne faiblement dans la petite allée.

Il est complètement cassé, il ne sent plus son corps, il a mal partout et ne sait même plus quelle heure il est.
Mais là, il s'en fout.

Il se sent immortel.

« Allô ? Aarne, c'est toi ? Dis quelque chose, ça fait une heure qu'on te cherche ! Ton frère est revenu dans tous ses états, tu ne sais pas à quel point on s'inquiète ici alors – dis quelque chose à la fin, je t'en supplie ! »

Et, pour la première fois depuis longtemps, vivant.
Ça fait mal. C'en est insupportable.

« Ah... Appelle les urgences, äiti. »

Une larme roule sur sa joue. Il s'en fout, il est seul. Il s'en fout.
Elle coule sur sa peau brûlante, s'arrête sur sa lèvre abîmée.
C'est salé. Juste salé.

« Hei me eletään
No vittu eletään vielä kun ehditään »
« Hey, we're alive
So let's fucking live while we still can »



« Aarne ? »

Après ce fameux soir, tout a changé. Luukas, plus silencieux et évitant que jamais. Aarne, allongé sur son lit d'hôpital comme quelqu'un qui vient d'apprendre qu'il lui reste deux mois à vivre au maximum. Et même si on lui a demandé encore et encore de raconter précisément ce qui s'est passé, jamais plus de quelques mots indécis ne sont sortis de sa bouche. On l'a agressé, il s'est défendu, il ne sait plus. Et honnêtement, il ne sait plus. Ils ont tenté tant bien que mal de lui faire dire le nom qu'ils voulaient entendre ; sans succès. Ils ont essayé de le relier à un autre garçon admis le même soir pour des blessures plus superficielles mais similaires. Il s'est obstiné à dire qu'il n'a pas bien vu l'autre, qu'il ne sait pas. On ne lui en parla plus. L'autre avait dû faire la même chose. Pas envie d'avoir plus d'ennuis que nécessaire. On ne sait jamais qui va être accusé de quoi.
Il n'est pas resté longtemps à l'hôpital mais, le temps que les soins durèrent, il ne fit que fixer désespérément le plafond. Une fois le sentiment d'invincibilité disparu il se sent misérable, stupide, décevant. Il ne supporte pas le regard de Lallu, l'inquiétude d'Aljona, le stress de Raafael, l'absence de Luukas, de Kai. Il ne sait plus ce qu'il veut, ce qu'il peut, ce qu'il doit. Ce qu'il a. La scène lui échappe toujours, ça le frustre, ça l'énerve. Il ne parvient pas à mettre le doigt sur ce qui a brisé la vitre. Il aimerait rétrécir, redevenir un enfant. Retourner courir après son hippocampe au milieu des autres visiteurs. Il ne sait même plus comment il l'avait appelé.
Le pire, c'est de se rendre compte qu'il s'en moque éperdument.
Il se rend compte qu'avant, il ne vivait pas vraiment. Et là il ne sait plus quoi faire.

« Ouais, quoi ? »

Ses yeux bleus se posent avec un désintérêt profond sur son frère aîné. Il le regarde posté devant la porte de sa chambre, les pieds sagement alignés devant le trait qui la sépare du couloir. Il le regarde, lui et sa petite stature, lui et ses pulls de trois mètres de long.
Luukas évite son regard.
Ça fait des semaines qu'il ne le regarde pas.

« Ton livre de langues. J'ai oublié le mien. »

Il a encore des cicatrices et des pansements ; par chance, rien de cassé. Tout guérit tranquillement. En attendant, tout le monde le regarde à cause de ça. Il s'en fiche. Que Luukas refuse de le regarder, par contre, il ne s'en fiche pas. Ça l'énerve. Ça l'énerve profondément. Parce que même s'il s'en fiche de lui et qu'ils n'ont rien en commun, c'est son frère. Il a l'impression qu'il lui manque une pièce du puzzle et c'est plus que frustrant.
Malgré tout, il fouille dans son sac et lui tend le livre en question. Pour le récupérer il est obligé d'entrer. Ce qu'il fait.
Au moment où les doigts de son frère se referment sur le livre, il raffermit sa propre prise.

« Au fait. Tu vas en pro ou en secondaire sup, au final ? »

La question semble le surprendre ; il serre les lèvres et lâche un 'hmmm' dubitatif.

« Je sais pas. Toi ?

-Je pense aller en secondaire. »

Il libère enfin le bouquin ; il tombe au sol. Aarne plante ses yeux pâles sur Luukas qui, le regard baissé, semble se demander pourquoi il n'a pas serré plus fort.
Il manque une pièce. Une putain de pièce, même.

« Qu'est-ce qu'il t'avait fait ? »

Aarne avait décidé il y a longtemps de l'ordre de ses priorités. Peu importe les punitions, ce serait toujours maman et äiti d'abord, Luukas ensuite. Sa sœur Sirkka et ses amis aussi, maintenant. Tout le reste en dernier. Il ne partage pas grand chose avec lui, il sait bien plus de choses sur ses rares amis que sur son frère, mais c'est son frère. Il fait partie de sa famille et, jusque là, c'est entre les murs de sa maison qu'il s'est toujours senti le mieux. L'humeur de l'un se ressent sur celle des autres. Il aurait pu frapper quelqu'un s'il avait fait quelque chose de grave a un de ses proches. Il croit.
Luukas se baisse pour ramasser le livre, un sourire amer au visage.

« Rien.

-Menteur.

-Abruti.

-Tu vas pleurer, c'est ça ?

-Dans tes rêves. Si tu veux passer en secondaire, tu ferais mieux de travailler un peu.

-Tu veux toujours pas pleurer ?

-Sinon tu vas finir à la rue.

-Allez, pleure. Pleure je te dis. »

Le regard fixe d'Aarne finit par tirer un rire à Luukas. Il a pleuré, lui, après avoir appelé sa mère. Il a pleuré parce qu'il avait mal, parce qu'il se sentait seul, parce qu'il avait peur. C’était salé, amer, triste et imbuvable.
Mais les larmes qui se glissent entre deux rires sur les joues de son frère lui semblent plus douces. Il rit et pleure en même temps.
Sucré salé. C'est bien mieux.



Seize ans. Nouvelle année scolaire, nouvelle école. Les deux fils Kinnunen et leur cousin passent sans problème en école secondaire supérieure. Luukas semble avoir repris ses repères et ses habitudes, il se remet à rire doucement avec ses quelques amis. Aarne, lui, perd tout ce à quoi il se raccrochait jusque là en cours. Ses amis, partis en professionnel, ses anciens professeurs, son siège tranquille près de la fenêtre. Il réussit en début d'année à s'octroyer un bureau au fond de la classe pour chaque cours, ne fait pas de vagues.
Mais il n'y a plus de vitre ; et si les vacances ont étouffé tous les changements que ses blessures ont entraînés, la rentrée scolaire les remet à vif. Aarne ne supporte plus ni les rires, ni les remarques, ni les bousculades. Il a eu l'impression de mourir, ce jour-là. Il a eu l'impression qu'il ne se relèverait pas. Il a cru être immortel et a cru en crever la seconde suivante. Il s'est dit qu'il ne pourrait jamais supporter une éternité de souffrance.
Et puis il a changé d'avis.
''A quoi bon vivre enterré ?''
Dès les premiers jours, il se fait remarquer en se retrouvant pris dans une bagarre avec un de ses camarades de classe. Pour qui, pour quoi, tout le monde s'en fout. Ils leur disent juste de se calmer, de ne jamais recommencer ce genre de choses – et encore moins dans l'enceinte de l'école. Lallu nettoie la coupure qu'il s'est faite à la lèvre, lui explique sèchement qu'il ne doit pas lever la main sur qui que ce soit. La violence ne résout rien, blah, blah, blah. Il ne cherche même pas à s'expliquer. Ni à écouter. Il est trop grand pour accepter de se faire enchaîner, maintenant.
Les détails de ce jour lui échappent toujours mais le tremblement qui agite parfois les mains de Luukas quand on s'approche trop de lui ne cessent de lui hurler qu'il a eu raison. S'il n'avait pas frappé ce type, alors quoi ? Alors quoi, hein ? Les paroles ne servent à rien avec des idiots pareils. Il faut bien que quelqu'un fasse quelque chose. Se contenir et endurer ne lui a pas réussi ; maintenant il contre-attaque.
Il est un requin, il est immortel. Il mord et tout le monde a intérêt de le savoir. Parce qu'il n'y a plus de vitre, là. Plus aucune.

Le type avec qui il s'est battu vient le voir le lendemain. Mika-Matti Tanskanen, le même âge que lui, et grâce à lui une joue bleuie.
Son nouveau meilleur ami.



Les deux garçons n'ont à première vue pas grand chose en commun. Les deux sont des solitaires qui ont l'intégration difficile, mais ça s'arrête là. Aarne est nerveux, semble tout le temps énervé, serre constamment les poings. Mika sourit et aborde tout le monde et n'importe qui, ne se formalise jamais d'un rejet. Il en vient presque à douter que ce garçon est bien celui qu'il a frappé. Malgré sa grande taille et ses épaules larges, ce type semble incapable du moindre mal. Il a l'air gentil. Normal. Conciliant.
Mais dès qu'Aarne le bouscule ou s'énerve contre lui, c'est couvert de bleu et le bras endolori qu'il rentre chez lui. Leurs bagarres, ils les considèrent comme amicales. Ses parents moins. Ils ne se rendent pas compte qu'il est trop tard pour faire quoi que ce soit, qu'il a besoin d'évacuer la pression d'une manière ou d'une autre. C'est parce qu'on l'a trop laissé faire ce qu'il voulait que les adultes n'ont plus d'autorité sur lui. C'est parce qu'on lui a dit de se contenir et d'ignorer qu'il a mis un frein à ses sentiments et à toute cette violence qui ne demandait qu'à sortir. Ils auraient dû savoir, eux aussi, que la vitre se briserait. Ils auraient dû lui apprendre à nager.
Ça ne s'est pas fait ; tant pis.
Et si ses professeurs désespèrent et qu'on le prend pour un délinquant avec tous ses bleus et et ses coupures, ça lui est égal. Il frappera le premier qui viendra faire des vagues dans son Aquarium.
Luukas s'en moque, agit comme d'habitude. Ça ne le regarde pas. Il s'en fiche.
Il sait, lui, qu'Aarne s'est noyé ce jour-là. Dans toute cette eau qui s'est écroulée sur lui comme un mur de béton. Il sait qu'il s'est noyé, qu'il ne savait pas nager.

Qu'au fond, quelque chose en lui a dû mourir ce jour-là. Comme une parcelle d'innocence, un frein. Une raison de croire. Un morceau de son cœur. Son cœur tout court.
Et son cerveau saturé qui lui crie d'arrêter.

« Kun sun aivosi pysähtyy, jäät yksin sydämesi kanssa
Joko pelottaa ? - Et pysty mitään salaamaan »
« When your brain stops, you'll be left alone with your heart
Are you scared yet ? - You can't hide anything »



« Voi paska ! Ce truc me...

-Aarne. Reste poli deux secondes, okay ? J'essaie de faire mes devoirs. Déjà que le son est trop fort...

-Turpa Kiinni.

-Aarne.

-Huora.

-AARNE.

-Serpillière. »

Un soupir fend l'atmosphère ; Aarne continue de jurer entre ses dents contre l'abruti qui n'arrête pas de le tuer, frappant frénétiquement les touches de sa manette. A côté de lui, Eveliina tente bien que mal de se concentrer malgré le bruit assourdissant qui s'échappe des enceintes. Elle aimerait se plaindre de nouveau mais ne le fait pas. Elle ne veut pas l'énerver. Et de toute façon, elle sait qu'il ne lui obéira pas.
La vie d'Aarne ne se passe pas comme dans les films ; se battre régulièrement et envoyer promener tout le monde ne rend ni populaire, ni extrêmement attirant. Ses amis se comptent sur les doigts de la main, beaucoup l'évitent. On parle de lui dans son dos. Il s'accroche du mieux qu'il peut en cours et, on peut le dire, doit beaucoup à ses parents pour ne pas avoir mis au monde un enfant complètement abruti. Les jours se suivent et se ressemblent, il s'habitue à son nouveau train de vie. C'est stressant, épuisant, il se sent constamment perdu et à la ramasse mais ça lui va. Tout du moins le prétend-il pour s'appliquer à mieux y croire.
Alors Eveliina n'est certes ni la fille la plus jolie, ni la plus sympa, ni la plus riche qu'il connaisse, mais il l'apprécie. Non, elle ne fait pas un million de jaloux avec ses longs cheveux bruns et ses yeux noirs. Oui, ses remarques sont généralement loin d'être brillantes. Mais elle est gentille, elle est pas chiante et elle l'aime. Ce n'est pas l'amour fou mais ça lui suffit. Une fille de dix-sept ans un peu coincée et hésitante, qui ose à peine répliquer quand il l'envoie violemment promener.
Il l'aime comme ça. C'est bancal et il donne l'impression de la traiter comme un chien, mais ça leur va. Parce qu'il n'a pas envie d'une fille prise de tête et trop imposante, parce qu'elle lui trouve un côté mauvais garçon et qu'elle veut que sa vie bouge un peu. Fin de l'histoire.
Les parents de la demoiselle, eux, ne l'aiment pas. Très étonnant. C'est donc chez lui qu'ils se retrouvent, qu'ils soient seuls dans la maison ou pas. Enfin elle, elle est chez une amie. Officiellement.

« Tu voulais pas répéter ta choré, toi ? »

Pour la énième fois, le monstre à l'écran vient à bout de son personnage et il jure dans son casque.

« Je le ferais dans deux minutes, si. »

Aarne n'est pas uniquement violent et irrespectueux. Il est gentil, parfois, et a sa façon bien à lui de montrer son affection. C'est ce qu'Eveliina essaie de faire comprendre à ses parents, à ses amis – sans succès. Le schéma classique. Les filles de bonne familles aiment s'enticher des types les plus improbables. Et puis elle sait très bien qu'elle n'aura jamais l'occasion de rencontrer l'homme parfait ; de son côté, il ne s'attend pas à ce que la fille parfaite puisse s'intéresser à lui.
Un peu de réalisme ne fait de mal à personne.

« J'ai fini de perdre. Allez, ferme tes cahiers. Viens. »



Luukas et Aarne obtiennent leur diplôme ; Eveliina, Kai et Mika-Matti aussi. Ils font la fête, un peu. Se posent des questions, beaucoup. Les Kinnunen et Eveliina entrent dans l'université d'Helsinki, les deux autres partent ailleurs. Ils se voient moins. Son frère étudie la médecine vétérinaire, sa petite-amie les sciences sociales. Lui s'inscrit en pharmacie. On lui demande de bien réfléchir, on lui dit que ça ne va pas être facile, que ce genre d'études va demander de l'application ; il maintient. Il ne sait pas s'il y arrivera. Il n'est même pas sûr que ça lui plaise. Mais il faut bien qu'il vise haut s'il veut arriver quelque part et il sait qu'il en est capable. Reste à savoir s'il compte s'en donner les moyens.
Leurs parents se cotisent pour leur trouver un appartement commun à Vikki, près des bâtiments des sciences. Ils ont tous deux le permis mais se partagent pour l'instant une seule voiture, pour éviter qu'il y ait trop de dépenses d'un coup. Il se retrouve à un quart d'heure de chez lui, d'Eveliina, de l'Aquarium. Ce n'est pas si loin. Il fait avec. Un dernier baiser à maman, äiti et Sirkka et il part à l'aventure. Direction quoi ?
La vie d'adulte.
Avec un peu de chance il s'en sortira. Avec un peu de chance il se calmera. Réussira à faire le tri dans sa vie, à trouver son équilibre. Lui n'y croit pas. Trop terre à terre pour ça. Mais Eveliina le lui souhaite, alors il lui laisse croire ce qu'elle veut. Qu'elle allume autant de bougies qu'elle le désire ; il s'en moque éperdument. Il reviendra toujours couvert de bleus et les yeux dans le vide, c'est comme ça.
Parce que le monde est mal fait et que lui n'y peut rien.

« Luodinkestävää sydäntä ei oo vielä keksittykään
Turha pelätä laukausta, sillä yksinäisyys saman reiän nakertaa »
« Bulletproof heart has not still been invented
You don't need to be afraid of the shot, cause loneliness will crave the same hole »


{ Eve } - Aarne ? On se voit demain ? [ 19:02 ]

Le portable brille devant ses yeux ; il le remet en soupirant dans sa poche.
Il est dix-neuf heure passée et, dans l'Aquarium, c'est le silence le plus total. Ils sont en train de fermer et tous les visiteurs sont déjà partis. Comme il est venu voir son père, on l'autorise à l'attendre à l'intérieur du bâtiment. Parce que ce jeune homme un peu amoché vient ici depuis qu'il est tout petit, parce que c'est presque amusant de voir toutes les émotions qui passent dans ses yeux quand il regarde les poissons. Il a peut-être un air de délinquant mais il ne ferait pas de mal à une seule de ces bêtes, c'est certain.
Même là, allongé sous le grand tunnel transparent, les quelques rares techniciens qui passent près de lui ne formalisent pas. Il a l'air tranquille. Serein.
Il est tout sauf ça, pourtant.
Ses yeux se perdent dans toute cette eau au-dessus de sa tête, longent les plantes, chaque poisson qu'il aperçoit. Il aimerait revenir au moment précis où, pour la première fois, il est venu ici. Il aimerait qu'on lui repasse le film de sa vie à l'envers pour qu'il comprenne où tout a commencé à déraper. Il aimerait beaucoup de choses. Très peu lui sont accordées. Tout ce qu'il demande c'est un peu de paix, un avenir peut-être, une certaine tranquillité d'esprit. Au lieu de ça il ne peut pas s'empêcher de s'énerver, de chercher à comprendre, de se prendre la tête, de rire, de pleurer, de ne rien faire du tout et de s'en plaindre ensuite. Il ne sait pas, il ne sait plus. Ça fait longtemps qu'il n'a pas eu cette drôle d'impression au creux de l'estomac. Il craint ne plus jamais le ressentir.
Sucré salé.
Mais l'insouciance ne revient pas et le requin qui nageait au-dessus de sa tête depuis toutes ces années est mort récemment. Il n'était pas si immortel que ça, finalement, le roi des océans. Roi de l'Aquarium. Roi de rien du tout.
Son portable vibre. Il coupe l'appel.
C'est bien lui qui a décidé de ne plus s'imposer de limites, qui a finit par réaliser que vivre au jour le jour lui va bien mieux. Et il ne regrette rien. C'est bien ça le soucis, dans tout ça. Il ne regrette rien. Il pense avoir fait au mieux. Aime se battre, danser. Aime Eveliina, dans un sens. Aime sa famille. Aime se donner un peu de mal pour décrocher des diplômes tout en continuant de jouer avec le feu. Ça lui convient, il est sûr que ça lui convient. Il a tout fait pour retirer chaque épine que les autres et lui-même avaient plantés sous sa peau. Il a vraiment tout fait pour être heureux et ne plus avoir de regrets. Il n'a pas de regrets. Il ne devrait plus avoir mal.
Alors pourquoi il se sent toujours aussi mal ?
Son portable vibre encore. Il va pour décrocher et puis abandonne. Son père devrait venir le chercher bientôt. Ensuite, il retournera passer le week-end chez sa mère avant de repartir pour le campus. Il appellera Eveliina dans quelques minutes. Peut-être, peut-être pas.
Il a mal. Et là, allongé sur le sol froid, à fixer l'océan miniature au-dessus de sa tête, il en pleurerait presque.

« Voitais kokeilla uudestaan
Ympäröivä maailma unohtaa »
« We could try again
Forget the surrounding world »


Ça crie, ça s'énerve. Luukas est dans la chambre ; allongé sur son lit, il écoute distraitement la dispute qui vient d'éclater dans le salon.
Le ton monte et, pour la énième fois depuis qu'ils ont ensembles, Aarne et Eveliina s'envoient des insultes à la figure. Il a vingt-et-un ans, a réussi à être admis dans son deuxième cycle. Elle fait de son mieux pour travailler dur à l'université mais le cœur n'y est pas. Il l'énerve, il la désespère. Elle commence à ne plus supporter la situation. 'Quelle situation ?' Il n'en sait rien. Mais elle crie et elle hoquète et lui hurle dessus et il passe ses mains sur son visage parce que – ce que ça peut être chiant, de l'entendre monter dans les aiguës comme ça. Mais elle continue, et elle continue, et il en a tellement marre qu'il se contente d'attendre qu'elle ait finit.
Au bout d'un moment, elle est à court d'arguments.

« T'as fini ?

-Non ! Tu... Je te déteste, t'es égoïste et cruel et... »

Elle pleure. Il s'en sentirait presque coupable s'il ne savait pas que ses larmes, dans quelques minutes, ne seront plus qu'un lointain souvenir. Il ne voit pas l'intérêt de les essuyer. Et puis elle a raison. Il est égoïste et méchant. Elle le savait en acceptant d'aller avec lui et s'en était toujours plainte. N'était jamais partie pour autant.
Et encore une fois, c'est ça le soucis. Cette situation ne leur convient pas vraiment, elle pourrait être cent fois mieux s'ils y mettaient du leur. Mais Aarne ne changera pas. Eveliina ne partira pas. Ils le savent, il en use, elle l'occulte. Elle ne partira pas. Et si elle part, elle ne lui manquera pas tant que ça. C'est sûrement pour ça qu'elle ne part pas, d'ailleurs. Elle veut qu'il se souvienne d'elle, elle le lui a déjà dit cent fois. Le jour où il commencera à vraiment s'accrocher à elle, le jour où lui demandera de rester, là elle s'en ira vraiment. Ils le savent. Alors ils ne changent rien.
Elle ne veut pas être oubliée ? Alors elle a tout intérêt à rester.
Ce qui ne l'empêche pas de pleurer et de tempêter de temps à autre. De faire sa crise. Pour marquer le coup, pour faire son intéressante, il ne sait pas et il s'en fiche. Seul le résultat compte. En l’occurrence, elle reviendra.
Même si là elle se dirige vers la porte de l'appartement, pas à un seul instant il ne doute.

« T'es une serpillière, tu reviendras.

-Je suis pas une serpillière ! Toi, toi t'es un enfoiré et moi je suis une femme. Tu dois me traiter comme une femme ! »

Il y a tant de désespoir dans sa voix qu'il songe un bref instant à aller la consoler. Mais elle reviendra et lui ne supporte pas d'être repoussé. Alors il ne fait rien. Il sait qu'il ne pourrait pas agir autrement, que ça lui va parfaitement bien. Ça ne le satisfait pas pour autant.
Mais qu'est-ce qui le satisfait ? A part se battre et s'allonger au milieu de l'Aquarium, c'est à se demander. Pas grand chose. Rien. Rien du tout. Il est acide et chiant et cynique et mauvais et violent et ça ne changera pas.
Difficile d'être heureux comme ça.

« Je te traite comme une femme. » Il hésite, songeur, avant d'ajouter : « Enfin, une femme-serpillière. Mais tu reviendras. »

Elle claque la porte derrière elle. Luukas met quelques minutes avant de ne sortir pour enfin pouvoir mettre son repas à réchauffer. Quand leurs regards se croisent, Aarne s'attend à lire n'importe quoi dans ses yeux clairs. Du dégoût, de l'agacement, de l'ennui, du reproche.
Il n'y voit rien qu'un désintéressement total. Un 'ça te ressemble' criant.
Évidemment. Personne ne s'attend à ce qu'il devienne quelqu'un de bien, maintenant. Même pas lui. Tout le monde s'habitue et personne n'en à rien à foutre. Parce que ça lui convient. Parce que c'est lui et qu'on ne change pas les gens.
Jamais.

« Elle reviendra. Je sais bien qu'elle reviendra. »

« Niin kuollakseen elossa
Enimmäkseen jo kuollut »
« Dying to live
Mostly dead already »


Elle est revenue.
Il a eu vingt-deux ans. A du s'accrocher pour ne pas lâcher ses études. S'est battu, souvent, s'est demandé pourquoi, parfois. S'est fait beaucoup d'ennemis et peu d'amis. S'est plusieurs fois endormi dans l'Aquarium, tard le soir, quand son père finissait en retard et qu'il profitait de cette excuse pour rester seul là-bas. Sa vie n'a pas changé ; ne changera plus. Il abandonne définitivement l'idée d'un monde meilleur et ne prend aucune bonne résolution. Il embrasse sa mère, son père, sa mère, regarde la vitesse à laquelle sa petite sœur grandit. Neuf ans déjà, toute blonde et pleine de vie. Elle lui fait un peu penser à Kai. Il ne l'a pas revu depuis des années. Mika-Matti non plus.
Il devient un adulte et ça ne l'inquiète pas. Il s'en fiche. Il vit à fond, comme il l'entend, fait ses choix et le reste peut aller brûler en Enfer pour ce que ça lui importe. La vie est mal faite, lui aussi et c'est comme ça. Parfois il boit et il s'écroule, parfois il danse et il rit. Ça semble lui aller. Ça lui va.
Il n'est simplement pas fait pour être heureux ; c'est comme ça.
Eveliina dort avec lui, ce soir-là. Été 2030. Des records de chaleur. Inoubliable.
Il pousse doucement le bras qu'elle a passé autour de lui, se lève sans un bruit. Il passe un jean, une chemise blanche, remet vaguement ses cheveux en place. Rien ne change, c'est tout. Rien ne changera jamais.

« Tu vas où ? »

La voix endormie lui parvient faiblement, comme à des milliers d'années lumières de lui. Elle n'a pas à savoir où il va ; lui-même n'est pas très sûr. Prendre l'air, arpenter le quartier à minuit passé. Boire, rire bêtement et oublier. Comme ça. Parce que. Il n'a rien envie de dire, ce n'est pas son genre de préciser.
Mais il peut le faire. 'Pourquoi pas' ; il le pense, se le dit, le retourne dans sa tête. Pourquoi pas, ouais.

« Marcher. »

Il lui jette un regard de côté, observe ses cheveux en bataille. Ils ont beau être ensembles depuis plusieurs années, il ne ressent rien de fort pour elle. Ni pour personne. Mais il l'aime bien et il la trouve assez jolie dans son genre, alors peu importe. Ça lui va.

« Oh. Oh... D'accord. Reviens vite. »

Il hausse les épaules et sort de la pièce, de la maison. Dehors, un vent frais fouette son visage. C'est presque agréable. Presque. Il manque toujours quelque chose, il est toujours aussi énervé, il ne sait toujours pas pourquoi ; alors presque. Il marche, erre un moment dans les rues d'Helsinki, les yeux dans le vague. Si seulement sa vitre n'avait pas cassé. Toute cette eau serait restée à sa place, il ne se serait pas noyé. Si seulement il avait appris à nager.
Ça ne tient peut-être qu'à ça et c'est trop stupide. Mais il ne regrette rien.
Il s'arrête devant un bar, sort son portable. Il vibre.

{ Eve } - J'ai les yeux de quelle couleur ? [ 00:10 ]

C'est stupide. Malgré tout, il répond.

{ Aarne } - marron serpillière. y ? [ 00:10 ]

{ Eve } - Date de naissance, couleur préférée, taille ? [ 00:11 ]

Cette fois, il lève les yeux au ciel. C'est complètement débile. L'heure la rend sénile.

{ Aarne } - 3 juillet 2008, vert, petite. Je te donne une note au lit, aussi ? [ 00:12 ]

{ Eve } - Pourquoi pas. [ 00:12 ]

{ Aarne } - B- [ 00:12 ]

{ Eve } - Connard. [ 00:13 ]

{ Aarne } - serpillière [ 00:13 ]

Ça lui arrache un sourire, tandis il pousse la porte devant lui, les yeux rivés sur l'écran. Rien ne change, jamais. C'est à chier mais c'est comme ça.

{ Eve } - Mais tu m'aimes, hein ? Tu reviens ? Tu pars pas en Malaisie avec une blonde ? [ 00:13 ]

Il tape distraitement sa réponse, avance, lâche la poignée.

{ Aarne } - si, je me tire. dis au revoir à mes parents et Luukas pour moi. adieu la serpillière, bonjour loiuytrttiop [ 00:14 ]

Merde. Surpris par le claquement inattendu de la porte, il ne peut que constater qu'il n'a envoyé qu'une moitié de message. Et pas des plus clair.
Il va pour envoyer la suite.
Pas de réception. Pas de signal.
Pas de bar.

Pas de chance.



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• • • cadetblue

« That I may hurt you, and I may want to.
I'm gonna make you cry ; yes, I will.
I'm barely breathing, but you just don't see it ;
I'd show you my tears and bye,
If only I could cry. »
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KINNUNEN Aarne { Proud like a God.

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