AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 WANG Huan Yue [U.C]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
* Sadoman
avatar

+
Masculin Pseudo Hors-RP : MCDM
-
0 / 1000 / 100

• Age : 22
• Pouvoir : Manipulation de la perception du temps
• AEA : Une punaise fière et pleine de zèle
• Petit(e) ami(e) : Courtney Lener. En tout cas, il aimerait bien.

Messages : 67
Inscrit le : 14/07/2012

MessageSujet: WANG Huan Yue [U.C]   Sam 14 Juil 2012 - 23:10



* Wang Huan Yue *


*nom – Wang
*prénom – Huan Yue
*age – 16 ans
*né(e) le – 13 octobre 1925
?

Pouvoir
Comme ces derniers jours ont paru courts à Huan Yue ! Et comme le reste de sa vie, après un regard en arrière, lui semble long et monotone ! Sans rien faire, sans même vraiment attendre, il se laisse porter par les évènements, en proie à une douce indolence.
Le pouvoir qui lui a ainsi été conféré consiste non pas à manipuler le temps, mais la perception que l’on sait si bien en avoir. Ainsi une seconde pourra, à ses propres yeux comme à ceux de ses compagnons, durer une petite éternité et vice-versa. Le plus souvent il s’agira d’un pouvoir « rétrospectif », et la perception ne sera altérée qu’à postériori, en y repensant. Néanmoins il pourra arriver qu’une attente vous semble étrangement courte au moment des faits, alors qu’elle aura en réalité duré plus d’une demi-heure, par exemple… Pratique ? S’il le contrôle. Et la maîtrise ne vient qu’à force d’exercice –ennuis en perspective. Ce pouvoir ne s'inflige que de façon strictement personnelle, et ne peut en aucun cas être utilisé sur un groupe, ni de deux, ni de trois ou plus de personnes.



Alter Ego Astral
Une petite punaise –enfin, pas si petite que ça. Wang l’a inventée alors qu’il n’avait pas six ans, et venait d’arriver chez Mamoru Hirimoto. Cette charmante demoiselle, vive, infatigable et d’une discrétion sans pareille, passera au pensionnat le plus clair de son temps à creuser des tunnels, déterrer ce qui n’a rien à faire là, et enterrer ce qu’elle pense de son devoir d’enterrer, à savoir tout ce qui est cassé. Elle avait, il y a longtemps, pour mission de retrouver les parents d’Huan Yue. Il l’a oubliée en grandissant, en même temps que sa peur, sa tristesse ou sa rancœur, jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse complètement. Très digne, elle a beaucoup d’honneur et ressemble vraiment en tout point à une punaise normale, d’ailleurs elle en a aussi la nauséabonde odeur.

Passions
Clairement ? Pas grand-chose. Pas qu’il déteste tout, il n’aime juste rien en particulier. Il aime être occupé, et de fait un peu n’importe quoi fait l’affaire. Du sport, une conversation, éventuellement se ficher un peu de vous, lire quoique ça n’ait pas son insigne préférence. Huan Yue aime aussi beaucoup les lampions, et se faire passer pour quelqu’un de doué en origami, même si ce n’est pas franchement le cas. Jouer les espions en écoutant des conversations quand elles ont l’air importantes et ne sont pas destinées à ce qu’il les entende, éventuellement chercher les ennuis quand il ne sait pas quoi faire (mais sans s’en rendre compte je vous prie) et visiter des lieux abandonnés et potentiellement hantés, bref, essayer de trouver un minimum d’action complètent le tableau. Dormir, aussi, quand il ne fait pas de cauchemar. Puisqu’il en fait moins en journée d’ailleurs, il risque de devenir un peu feignant –tant pis…

N'aime pas / Phobies
Huan Yue n’aime pas la foule –peut-être juste parce qu’il n’y a jamais été très habitué et garde un mauvais souvenir du peu de vraies, grandes villes qu’il a visitées–, pas plus d’ailleurs que le bruit infâme qui en résulte. Paradoxalement, un silence prolongé a tendance à le stresser. Il déteste faire peur aux autres ou qu’on lui fasse peur, ainsi que l’odeur des médicaments, le sang, ou les pièces vides. Les tempêtes ne le dérangent pas plus que ça, en revanche un temps trop lourd, avant un orage par exemple, aura vite raison de ses nerfs. Son absence totale de talent en calligraphie lui a également rendu cet art haïssable. Du reste, les personnes aux personnalités inextricables et bien trop difficile à comprendre ne bénéficieront pas de ses faveurs ; évitez de parler comme un sphinx, ça lui tape sur le système. Pas la peine de lui parler de cimetière, sauf si vous cherchez à le faire fuir.



« Il aurait donné sa vie... Mais ce serait trop simple s'il n'y avait qu'à donner sa vie... Personne n'a besoin de notre vie ; on n'achète rien avec son sang. »
F. Mauriac


Histoire

De la poussière collait à ma peau et encombrait mes poumons, rentrait dans mes yeux ; plus je les frottais, plus la terre de mes doigts crasseux s’insinuait à l’intérieur. Des yeux grands ouverts que je ne pouvais me résoudre à fermer, et des larmes –j’en étais conscient à cause du goût salé qu’elles avaient lorsque, brûlantes, elles rencontraient la commissure de mes lèvres. La douleur n’était que plus vive encore et, malgré l’odeur rance qui m’emplissait les narines et ma gorge irritée, je hurlais. A m’en rompre les cordes vocales. A moins que ces voix n’appartinssent à cet homme, en face, à cette femme à droite, à gauche, entassés çà et là, adressant des prières discordantes à des dieux qui n’y entendaient rien et les abandonnaient, impuissants, à leur horrible sort.
Des bras puissants les attrapaient par les épaules et, entre deux détonations de fusils, on pouvait entendre le bruit des corps qui, par dizaines, s’écrasaient au sol. Qui se souciait encore, à cet instant, du respect qui leur était dû ? Un mort me fixait, les yeux révulsés, les traits tordus et grimaçants, ses lèvres parcheminées murmurant des paroles que, si elles m’étaient adressées, je ne comprenais pas.
Une main un peu calleuse me poussa violemment sur le côté, je levai la tête vers cet homme : il n’avait pas de visage, ou peut-être que je ne m’en souviens juste plus. J’aimerais, pourtant, que les diables en uniforme ne l’emmènent pas, mais personne ne m’écoute. Moi-même je ne sais plus ce que je dis, si je dis quelque chose. Il y a une femme avec lui, elle non plus n’a pas de visage. Bientôt ils ne sont plus que des ombres, les mains liées dans le dos, et ils crient, crient encore tandis qu’on les pousse dans la fosse, qu’on les recouvre de terre.
Mes jambes me font mal, les cris se sont apaisés depuis une éternité ; d’ailleurs le soleil saigne à l’horizon. Le sang a séché sur ma figure, dans mes cheveux emmêlés. Je suis sourd. Je suis mort. La terre a rempli ma bouche, et je ne vois plus rien d’autre que ce visage un peu vieux, un peu basané, qui me regarde. Je voudrais être enterré. Avec les autres. Mais le village est loin maintenant, je n’aurais pas dû m’enfuir.
Qui est-ce ?
Il est mort.
Il n’a pas l’air mort.
Si, il est mort, ou le sera bientôt. Il doit venir de N.
Le pauvre.
Laissons-le là, il finira par crever.
C’est un enfant. Il sourit.
On n’a pas besoin de ça, c’est sale. Il n’y a plus rien à faire.
N on, ra mene z le a vec H oy uk i ch z moi.
Q de ?
Il pour a fi s.
J’ai trop chaud, j’ai froid, j’ai peur, je suis tranquille pourtant. Qu’est-ce qui m’arrive ? Je ne vois plus le soleil, juste cet homme. Et le soleil me blesse les yeux.

Huan Yue se réveilla en sursaut, l’esprit agité des images encore fraiches de sa terreur nocturne. Les pupilles dilatées au milieu de ses iris d’encre, il repoussa la couverture qui l’étouffait comme une chape de terre : un regard vers la fenêtre suffit à chasser les derniers pans de brume qui, pour la première fois depuis longtemps, étaient remontés des marais stagnants qu’il croyait avoir oubliés. Le jour était levé depuis un moment déjà et le soleil brillait au milieu de l’éther azuréen. Insensible aux injonctions de Wang, son cœur fou battait la chamade, plus fort que s’il avait voulu sortir de sa poitrine.

« Stupide rêve », lâcha-t-il d’une voix tremblante. Il déglutit péniblement : les balles sifflaient encore à ses oreilles, il lui semblait que le goût de la terre ne partirait jamais, dernier legs de ses parents aux faces déformées. Tout va bien, s’invectiva-t-il, tout va bien. Il n’osa cligner des yeux que lorsque des larmes y montèrent d’être restés ouverts trop longtemps, jusqu’à ce que la voix d’Hiroyuki résonne dans le corridor.

« Qu’est-ce que tu as, à crier comme ça ? Tu veux réveiller tout le monde ? »

Hiroyuki n’avait rien d’un charmant bambin et, à vrai dire, ce devait bien être la première fois que Huan Yue trouvait quelque chose d’agréable à sa présence. A peine plus petit que lui et d’un an son cadet, il était nettement plus malingre quoiqu’une certaine prestance se dégageât de sa personne. Prestance, ou simple mépris à l’endroit de tout ce qui avait l’insigne honneur de l’entourer. Huan soutint son regard quelques secondes avant de le river sur le plancher.

« -Je m’excuse, Hiroyuki. Je ne voulais pas vous déranger, répondit-il dans un japonais parfait, je ne me suis pas rendu compte.
-J’imagine bien, ne me prends pas pour un imbécile. Tu devrais prendre du thé ou quelque chose, ça t’aiderait sûrement. Tu ne gâcherais plus mes nuits, non plus. »

La sollicitude apparente de son frère ne faisait pas illusion un instant : de famille ils n’avaient que le titre, et tout, dans son attitude jusqu’à ses paroles, contribuait à le lui faire savoir. Ils n’étaient pas plus frères qu’ils étaient amis et, autant que la politesse de rigueur en de telles circonstances le lui permît, Huan Yue voulut l’envoyer promener. Si c’était pour se ficher de lui, il pouvait bien disparaitre, ça ne lui aurait pas fait grand-chose. Ni l’un, ni l’autre ne faisait le plus petit effort pour arranger leurs relations qui n’avaient rien de dramatique aux yeux de personne, plus mauvaises qu’inexistantes. Contraint de faire avec, tous s’y étaient habitués.

« Je n’aimerais pas le faire, ce cauchemar, reprit-il en s’asseyant devant la porte qu’il venait de fermer. Je me demande bien ce qu’il raconte. »

Habitués tant et si bien que, parfois, sous couvert d’une fausse gentillesse, il lui arrivait de sembler réellement s’inquiéter. Huan Yue lui fut reconnaissant de ne pas être parti et enfouit son menton entre ses genoux que ses bras entouraient. Il ne voulait pas en parler maintenant. La présence d’Hiroyuki dans sa chambre l’irritait autant qu’elle le rassurait. Un rayon de soleil traversa la vitre et vint caresser son visage, jouer sur ses cheveux sombres, s’enchevêtrer dedans et y faire danser des reflets satinés. Hiro se leva avant de déclarer :

« On devrait y aller. Ça va être l’heure de manger, père et Takeshi sont déjà partis. »

Wang ne réagit pas. Face à ce manque de réaction, Hiroyuki dressa la seule parade qu’il connût : il continua de parler.

« C’est injuste que père n’emmène que Takeshi. Que toi tu n’y ailles pas, je comprends, vraiment. Mais moi ? On ne peut pas laisser ça durer. Regarde-toi, on ne sait même pas sur quoi il travaille ! »

***

Un vent chaud chassait de son souffle l’après-midi fatigué pour laisser place à la soirée, mais le soleil, encore brillant dans le ciel, encourageait Huan Yue à rester encore un peu dehors. Quelques nuages orangés paraissaient là-haut. Il pouvait les voir à travers le feuillage de l’arbre sous lequel il s’était allongé tandis que, distraitement, il jouait avec quelques brins d’herbe sèche au sol. Les journées étaient longues, mais d’un calme bienvenu. Difficile de croire qu’à des kilomètres de là, une épidémie de peste avait, trois semaines plus tôt, décimé un village entier.

« -Ce que tu peux avoir l’air déprimé, des fois ! Allez, courage, haut les cœurs, tout va bien, la vie est belle !
-Juan, tout le monde peut pas sourire tout le temps comme toi, ça veut pas dire qu’on est triste.
-Je sens bien ça, on me la fait pas, à moi ! Va mentir à quelqu’un d’autre.
-Qui est venu voir qui, d’abord ? Toi, ou moi ? »

Face à la mine bougonne de son amie, Wang leva les yeux au ciel. Luo Juan parlait à peu près autant qu’elle ne disait rien d’intéressant, mais c’était une fille bien. Les joues gonflées, les bras croisés, les sourcils froncés, l’adolescente avait entrepris de jouer avec le bout de sa longue tresse. Incapable de se taire plus de trente secondes, elle ne tarda pas à pardonner les répliques acerbes de son compagnon pour reprendre :

« -Allez, tu peux bien me dire, à moi, pourquoi tu es de mauvaise humeur ! Allez, s’il te plait !
-J’ai fait un sale rêve, cette nuit, répondit-il avec une fausse désinvolture. Sur, tu sais, le jour où les Japonais ont…
-Oh », l’interrompit-elle.

Terrain glissant s’il en était. En effet, Juan ne partageait pas sa bienveillance à l’égard de ceux qu’elle nommait leurs « oppresseurs ». Wang la pardonnait. Elle ne connaissait pas Mamoru Hirimoto, son père. Il l’avait sauvé alors que la mort lui ouvrait les bras, et c’était un geste qu’il n’oublierait jamais. Il l’avait recueilli, pris en pitié et accueilli dans sa famille, avec ses deux fils Takeshi et Hiroyuki. Il fit de son mieux pour reléguer aux oubliettes la première partie de son cauchemar. C’était la guerre. Que ses parents et les autres habitants de N. aient ou non fait quelque chose de mal, il n’aurait pas été en âge de le comprendre à l’époque. Il n’en voulait à personne pour ça, se répéta-t-il pour la énième fois. Aux yeux des Nippons, les Chinois ne valaient pas grand-chose. Huan Yue n’était pas convaincu de sa propre infériorité mais il devait y avoir du vrai là-dedans. Juan était juste trop butée, trop têtue pour s’en rendre compte.

« -Moi qui croyais que pour une fois, il s’était passé quelque chose ! Ton frère aurait pu attraper la peste, par exemple. Ah, comme ça aurait été drôle, continua-t-elle en tournant sur elle-même avant de se laisser tomber au sol.
-On aurait dit un sac. T’es vraiment trop bête des fois. »

La jeune fille ouvrit de grands yeux ronds comme des billes. Huan Yue s’appuya sur ses coudes et tourna la tête, désireux de cacher un sourire moqueur.

« -Arrête de parler cette langue, j’y comprends rien moi ! Si tu continues, lança une Juan faussement menaçante, tu vas avoir un accent japonais en parlant chinois.
-Un accent de sophistication, ironisa son vis-à-vis, dans la barbarie de notre affreux langage…
-Si tu tiens des propos pareils, fait au moins attention à ce que personne ne t’entende, ou tu risques des ennuis, tout Hirimoto que tu sois.
-Hiroyuki ? »

Ils se relevèrent en trombe. Blême, Huan osa tout juste jeter un coup d’œil à Juan qui, déjà, s’effaçait derrière lui. Hiroyuki n’avait rien de violent, et s’il les comprenait il lui était proprement impossible de leur parler dans leur langue maternelle. Il s’inclina avec une politesse exagérée, et répondit d’une voix dont l’obséquiosité paraissait insultante :

« Mes salutations à mademoiselle. Sois tranquille, je ne dirais rien à père. Mais, en échange, tu vas m’aider, d’accord ? Tu sais ce dont on a parlé ce matin ? »

Huan hocha la tête. Il n’était pas assez puéril pour aller bêtement les dénoncer mais était suffisamment intelligent pour tirer parti de la situation. Il signifia à son amie d’un signe de tête que tout allait bien –et pour l’instant ce n’était pas réellement un mensonge. Luo Juan n’y comprenait goutte, et rongeait son frein en silence. Pour avoir entendu quelques conversations entre Takeshi et son père, ce qui allait suivre ne risquait pas d’être de bon augure. Il imita l’expression désemparée de Luo, jugeant que faire la sourde oreille pourrait lui faire gagner quelques secondes.

« Là où travaille père. J’ai volé un passe à son assistant aujourd’hui –il faut qu’on aille voir, Huan Yue. »

La mâchoire serrée, Huan ferma un instant les yeux et riva sur son cadet un regard sévère. Sa position ne lui permettait pas de lui faire des remontrances, mais rien ne l’obligeait, concrètement, à l’accompagner. Hiroyuki avait toujours été trop curieux.

Cela étant, Huan ne valait pas beaucoup mieux, qu’importe ce qu’il en dît. Quel adolescent n’a jamais eu soif d’action ? Cela ne lui prit pas plus de dix minutes pour le convaincre, et dix de plus pour lui expliquer le plan. Ce n’était pas censé être dangereux : ils entraient lorsque Takeshi et Mamoru seraient sortis ou occupés, ils jetaient vite fait un coup d’œil, et ressortaient aussi sec. Huan Yue ne sut pas comment il en était arrivé à donner son avis, assis sous cet arbre avec son frère dont il n’avait jamais été si proche et dont il n’avait jamais compris la jalousie, donner ses idées. Il ne sut pas plus comment il s’était retrouvé à traduire chacune des paroles d’Hiro alors qu’il aurait dû aussitôt congédier Juan Luo.

Mais il le fut. Jusqu’à ce que dans le ciel scintillent les premières étoiles.

***

« Dépêche-toi ! Allez ! »
Huan Yue prit appui sur le mur et se hissa, à la force de ses bras, sur la fine corniche de pierre. Il saisit la main de Luo, et l’aida à grimper à son tour tandis que Hiro le pressait, chuchotant trop fort pour que cette précaution soit réellement utile. Il s’exhorta au calme, regretta presque d’avoir d’abord fait la courte-échelle à son frère. Il faisait relativement noir, et s’ils avaient sans encombre passé l’entrée –plus à l’aide du passe volé que de leur nom qui n’avait fait qu’apporter un peu plus de crédit aux mensonges éhontés proférés avec assurance par les deux compères–, l’idée leur était venue que leur présence ne devait être connue que d’un minimum de personnes. L’écho de leur petite visite à « l’unité » n’avait pas intérêt à revenir aux oreilles de Mamoru Hirimoto. La discrétion était un atout vital, et les compétences gymnastiques de Huan lui étaient plus utiles que jamais. Ils devaient « retrouver leur père qui les avait convoqués pour les initier à la recherche fondamentale qu’était son travail » ; réticent au premier abord, le garde, par crainte sans doute, avait fini par les laisser passer en prenant garde à leur indiquer soigneusement le chemin. Il était, avait-il précisé, facile de se perdre, et que le docteur Hirimoto les ais ainsi mandés sans les accompagner était d’une rare négligence. Inutile d’ajouter qu’il lui était impossible de quitter son poste et qu’entre chien et loup, le nombre de gardes et de chercheurs dans l’établissement n’était plus si important qu’il pût être remplacé. Une poignée de militaires, d’autres docteurs, étudiaient encore. Parmi eux, Takeshi et Mamoru devaient être quelque part.

S’ensuivirent une foule de couloirs gris et triste comme la mort ; leur seul bonheur fut de ne croiser âme qui vive. Le bruit de leur propre respiration leur paraissait déplacé et, lorsque quelque bruit de conversation se faisait entendre, les intrus bifurquaient dans la direction opposée. Leur courage trop intrépide avait fondu, ridicule neige d’avril.
« Huan Yue, dis, on devrait peut-être… Tu sais, partir. J’ai un sale pressentiment, du genre de… »
D’un geste évasif de la main, le Mandchou la fit taire : premièrement parce qu’Hiro lui lançait un nouveau regard noir quoique doucereux, et secondement parce qu’il lui semblait sentir, du couloir qui courait à leur droite, une nauséabonde odeur de pourriture. Il déglutit péniblement et déclara, maudissant les tremblements de sa voix :
« Bougez pas », sans trop y croire. Luo Juan avait saisi la main d’Hiro et emboîté le pas à son ami sans plus se soucier des procédures. Sa curiosité insatiable allait être servie. Wang sut immédiatement qu’il était impératif –vital– de faire demi-tour, de s’en aller au plus vite. Ils étaient entrés par la grande porte, mais qu’y avait-il dans ces larges champs cerclés de barbelés alentour ? La garde maintenue jour et nuit devant chaque porte aurait dû leur mettre la puce à l’oreille, du plomb dans la tête. Cette idée relevait de la folie, et c’était un miracle qu’ils n’eussent pas déjà été arrêtés. C’était n’importe quoi.
Il se tourna vers ses deux amis, ouvrit la bouche, prêt à leur faire part de son désir brûlant de partir dans la seconde. Il ne le leur dirait jamais : du coin de l’œil, derrière une porte blanche où une ouverture de verre épais était percée à hauteur d’homme, il la vit.

L’horreur.

***

Ils couraient à en perdre haleine. La tête vide, à grande enjambées, le sol défilait sans logique sous leurs pieds. Juan gardait encore captive la main d’Hiro. Hiro courait. Luo suivait. Wang ouvrait la marche à folle allure, sans guère plus se soucier du martèlement de ses chaussures en tissus sur le sol, aspirant avec dégoût l’air aseptisé et tentant, vaille que vaille, de ne pas voir autour de lui les cellules qui se succédaient et leur macabre contenu. Il heurta un médecin en blouse blanche qui aurait tout à fait pu être son père et poussait, en riant avec un collègue, un chariot sanglant. Le Chinois manqua de glisser sur une sorte de bonbon au sol –mou, grisâtre. Les larmes aux yeux, trop pressé pour penser, tout juste entendit-il les deux hommes les héler et crier à un tierce d’avertir la sécurité –mais des enfants, dont un Japonais, en bonne santé, était-il réellement prudent de tirer à vue ? Une expérience avait-elle manqué, s’agissait-il de traitres ? Ils n’en avaient pas l’air ; courant comme de beaux diables, parvenant par miracle à rejoindre le corridor principal, ils n’eurent de repos qu’après avoir foulé de leurs pieds le sol terreux devant le muret qu’ils avaient, plus tôt, gravi.
Hiro extirpa sa main de l’étreinte de Juan pour saisir celle de son frère qui, déjà, s’était hissé en haut du mur, avant de se laisser tomber au sol. Luo dû s’y reprendre à deux fois pour saisir le bras tremblant de son ami, ses propres mains agitées de soubresauts et ses gestes redus imprécis par la précipitation. Wang descendit le premier, suivi d’Hiroyuki. Il avait envie de vomir. Hiroyuki tirait avec force sur sa manche, répétait avec empressement :
« Dépêchez-vous, mais dépêchez-vous ! Huan Yue, on s’en va, on s’en va ! »
Il se laissa entrainer sur quelques mètres sans réagir, sourd aux imprécations du garçon qui le suppliait de partir autant qu’à celles de la fille qui le suppliait de l’attendre et de l’aider à descendre.
« On s’en va, elle nous rattrapera après, elle n’a qu’à sauter ! »
Luo Juan, paniquée, obtempéra et, tremblant toujours, se laissa tomber au sol. Le bruit immonde qui suivit celui, mat, de son atterrissage, ramener Wang à la réalité. Il se tourna et avisa sa cheville tordue dans un angle répugnant. Elle ouvrit les yeux, la bouche, sans rien dire. Puis elle se mit à crier, à crier si fort qu’ils étaient sûrs à présent d’avoir été repérés –Huan pria alors, sans vraiment s’en rendre compte, pour qu’ils n’aient pas été suivis. L’expression de son visage, cette bouche hurlante et suppliante, cette face blanche dans le soir tombé, cette face blanche de lune ou de crucifié se rappellerait à lui pour le restant de ses jours. Il n’en savait encore rien et se laissa, la mort dans l’âme, entrainer le long de la route par Hiro jusqu’à ce que quelqu’un s’arrête et comprenne, à leurs bredouillements insensés, que tout ce qu’ils désiraient était de rentrer chez eux. Se réfugier dans l’ombre rassurante des murs de leurs chambres.
Une heure avait passé et, brinquebalés dans le véhicule, les adolescents observaient le silence. Trop de bruit, trop de cris résonnaient encore entre leurs deux oreilles pour ajouter à cette cacophonie que démentait pourtant le calme serein de la nuit. Il y avait encore un long chemin à parcourir, et Huan sentit sur son épaule la tête endormie de son petit frère qui n’avait pas lâché sa main.
Leur père était chef de service ; Huan Yue secoua la tête. Ces détails n’avaient rien à voir avec le flou habituel de ses cauchemars. Peut-être qu’Hiro pourra oublier ça, se rassura-t-il. Père est chef de service, père est médecin, un chercheur. Ce que tu as vu ici, comme le lui assurerait plus tard son aîné Takeshi, ce n’était rien du tout, ce n’était pas effrayant ni anormal. C’était à Takeshi, et non à Mamoru toujours si occupé que l’incident serait relaté. Par amour fraternel ou par peur, Huan ne put trancher, il garda l’information pour lui et s’escrima à ce qu’elle ne fut pas ébruitée. Ses yeux noirs avaient l’éclat de la glace et la froideur d’une nuit d’octobre derrière ses lunettes, un ciel sans étoiles d’une obscurité totale où ils purent sans peine se réfugier contre la chaleur et la lumière infernale du soleil.
Et Juan ?
Qui ?
Juan. Elle était là. Une fille.
Une petite Chinoise ? Ne t’en fais pas, nous nous sommes occupés d’elle.
Elle va bien ? Comme elle doit m’en vouloir.
Elle t’en a un peu voulu sans doute, mais elle ne t’en veut plus.
Elle a compris ? Oh, merci, Takeshi. Vous êtes…
Tais-toi maintenant. Il n’y a rien à dire.

***


Wang enserra ses genoux de ses bras et ferma un instant ses yeux cerclés de noir. Les visions cauchemardesques, par lambeaux, s’étaient détachées de sa mémoire. Mais parfois, la nuit, elles l’empêchaient de dormir. Quand ce n’était pas ça, c’était la voix de Juan Luo qu’il entendait l’appeler, désespérée. Il ne l’avait pas revue depuis ce jour-là, deux semaines plus tôt. Quel mal ne se donnait-il pas pour entretenir ses belles illusions à son égard ! Il les nourrissait comme il aurait nourri un feu, d’espérance et d’aveuglement, et de questions tues, de regards lourds de signification savamment détournés. Pas un mot n’avait été échangé entre lui et Hiro depuis, un accord tacite, morbide. Le silence rongeait son frère d’une manière presque physique –il toussait beaucoup, Huan Yue pouvait l’entendre depuis sa chambre. La peur faisait son œuvre. Il se laissa tomber sur le flanc, son regard dériva jusqu’à la fenêtre. Un ciel dégagé, entièrement dépourvu de nuages, étalait son étendue bleuâtre à l’infini, jusqu’à l’horizon, tandis que d’une des branches de l’arbre qui poussait dans le parc près de sa fenêtre, un rouge-gorge chantait. Une drôle de mélodie aux accents d’une beauté déchirante vers laquelle Wang n’osait tendre la main de peur de la salir ou de ne pas l’atteindre.
Son cœur manqua un battement et il se releva d’un bon lorsque la porte s’ouvrit à la volée ; ce n’était qu’une domestique. Elle s’inclina respectueusement, mais l’inquiétude qui congestionnait son visage alerta son interlocuteur. Les Japonais le couvraient d’un doux mépris pour être Chinois, ses compatriotes lui rejetaient le même au visage pour des raisons similaires. Cette femme ne l’appréciait pas et ce n’en devenait que plus préoccupant encore. Son estomac se noua et il déglutit péniblement.
« -Monsieur demande à vous voir. Il n’a pas l’air…, enfin, il vous demande.
-Et où est-il ? ajouta le brun d’une voix plus tremblante encore que ses mains.
-Dans la chambre de votre frère, monsieur. »
Dans la chambre de votre frère. Pourquoi la chambre d’Hiro ? Personne, songea Huan Yue, n’aurait dû être au courant de leur escapade. Takeshi n’aurait rien dû dire et, puisqu’il lui en avait fait la promesse, l’adolescent était certain qu’il n’était pas revenu sur sa parole. L’honneur était une vertu irremplaçable à laquelle les Hirimoto auraient sacrifié beaucoup. Ce qui laissait Juan Luo –mais elle n’avait rien à voir avec Mamoru, comment aurait-elle pu lui faire découvrir le pot-aux-roses ?
Hiro, conclut-il avec une colère fébrile tout juste contenue. Il ne l’avait pas entendu aujourd’hui, et ne le croisait plus depuis longtemps aux repas. Mamoru n’était revenu d’un « séminaire », avait-il dit, que la veille. Il n’était pas possible, pas envisageable qu’il ait déjà…

Il s’avança dans le couloir à la suite de la vieille servante servile sans s’en rendre compte, un tourbillon de pensées ayant en une seconde remplacé le blanc qui, pendant deux semaines, l’avait précédé comme le calme précède les plus affreuses tempêtes, un vide lourd et étouffant dont il se délivrait avec une joie presque surnaturelle. Il pénétra dans la chambre sans remarquer le regard fataliste que la vieille avait, dans un dernier mouvement de tendresse, posé sur sa nuque.

Son père, le port sévère, presque altier, se tenait agenouillé au chevet de son plus jeune fils. Le teint cireux, les lèvres violacées, les traits tirés et le front couvert de sueur, Hiroyuki claquait des dents et ne semblait pas en état d’entendre quoi que ce fut. Une couverture cachait son corps jusqu’au menton, et une odeur écœurante d’antiseptique et de mort flottait dans la pièce, épaississait l’air. Huan baissa les yeux, puis laissa ses paupières les recouvrir tandis que le sang désertait chaque pore de son visage à présent livide. Il savait ce qui l’attendait. Il le savait et ses mains en tremblaient, le monde en perdait son équilibre. Il tournait comme une toupie folle dont le jeune garçon aurait été le pivot immobile.
Il n’entendit que d’une oreille sourde le flot de paroles qui suivit. Tantôt sèches, tantôt presque des cris, elles étaient ponctuées du bourdonnement de ses propres pensées.
Te rends-tu compte de ce que tu as fait ? Sois tranquille, je ne dirais rien à père. Mais en échange… C’est ainsi que tu remercies l’hospitalité qui t’as été accordée ici quand rien ne nous obligeait à t’accueillir ? On s’en va ! Reconnais-tu au moins tes torts ?
« -Mais, père, je n’ai rien… Ce n’est pas moi qui ais…
-Cesse de me mentir ! N’as-tu donc aucun honneur ? Je ne sais pas même comment vous êtes entrés, un véritable trésor de négligence ! De négligence ! Je ne sais ce qui t’as pris d’entrer ainsi dans un lieu dont je vous avais interdit l’accès, hautement sécurisé ! Pas pour rien, pauvre idiot ! Un sentiment patriotique, peut-être ? Tu as entrainé ton frère, mon fils, dans ta stupide petite révolte et maintenant, regarde ce que tu as fait ! Regarde ! Ne ferme pas les yeux, espèce de sale petit… »
Sa mâchoire tremblait, et ses yeux éperdus roulaient comme des billes. Non, non, non ! Il n’avait rien fait. Ce n’était pas sa faute, pas vrai ? Ton frère aurait pu attraper la peste, par exemple. Hiro n’allait pas mourir. Il n’allait pas mourir parce qu’il n’était pas malade, parce que c’était son idée, parce que lui n’aurait jamais dû accepter, parce que ce n’était pas et n’avait jamais été son rôle de l’en dissuader. Non ! Il n’avait rien fait de mal, il avait couru tout comme lui ! Lui n’allait pas mal ! Comment aurait-il pu tomber malade ? Le chariot. Les médecins en combinaison. Huan Yue, Wang Huan Yue, qu’as-tu fait ? N’as-tu aucune honte ? N’as-tu aucun honneur ? Cette vie que l’on t’a donnée, cette vie que l’on t’a donnée… Qu’en as-tu fait ? Que l’as-tu laissée devenir ? Quelle paresse, quel ennui a pu te pousser à pareille folie ? Tu savais comment cela allait tourner. Je n’en savais rien, rien ! D’ailleurs jamais je n’aurais pu imaginer voir un jour ce genre d’atrocités ! Père est un homme bon. N’est-ce pas ?
Le souvenir vivace qui s’était endormi dans sa mémoire se réveilla, étira ses tentacules monstrueux, se saisit de chacun de ses nerfs, retourna son estomac, emballa son cœur –il battait, comme fou.

« Tu l’as voulu ? Tu as cherché à le rendre malade ? Tu n’as jamais pu le supporter, jamais tu n’as été capable de t’entendre avec lui ! Petit déjà… J’aurais dû m’en douter. C’était une erreur de t’épargner, tu n’as fait que ruiner ma vie ! Ma pauvre femme, ma pauvre Asami, comme tu dois me détester de là où tu es… »

Ils ne se supportaient pas ? Mais ne ressentait-il pas de la peine à le voir étendu sous cette couverture ? Il tremblait de peur, ses jambes le soutenaient à peine –mais au fond il savait que ce n’était pas pour Hiro, aussi bien qu’il savait que sans doute, si l’occasion lui en avait été donnée, il aurait versé quelques larmes à sa mort. Son père avait raison. Il avait peut-être pitié de son frère, mais il ne l’avait jamais aimé ; toutes ses tentatives, écrasées contre un mur d’incompréhension, toutes ses demandes, blasées par trop d’indifférence. Mamoru avait raison sur ce point. Il devait avoir raison sur les autres également. Egoïste, il ne pensait qu’à lui, en bête traquée, acculée dos au mur. Une porte derrière lui pourtant ; un carcan d’obligations l’attachaient fermement dans cette pièce, chargé de lourdes chaînes.
« Dans ta chambre, mon fils, tu te souviens du cadeau que je t’ai fait l’année dernière ? Tu es un menteur. Et peut-être l’auteur d’un fratricide. Apporte-le moi. Je te reprends ce que tu ne mérites pas. Tout. »

Un moment de lucidité, peut-être la conscience que quelque chose d’important se déroulait en sa présence, ou la volonté inconsciente de se rebeller contre la mort qu’on lui prédisait trop tôt : les deux regards sombres se croisèrent, fiévreux de peur et de maladie, semblaient s’excuser –mais chacun trop préoccupé par la tombe qui les attendait, souriante, sordide, au bout de leurs chemins qui s’étaient si brièvement croisés. Les deux garçons surent qu’ils auraient pu être amis, mais la chance était manquée. Huan ne pleurerait pas sur un mort-né que personne n’avait connu, ni ne fantasmerait sur ce qu’il aurait pu être. Que tous deux survivent, miracle auréolé d’or, n’aurait rien changé. Et Wang savait, intimement, que cela ne serait pas le cas.
Le cadeau que je t’ai offert. Wang s’inclina et crut que son front allait heurter le sol. Ses pieds esquissèrent un demi-tour, puis des pas, des pas dans le couloir. Ses bras repoussèrent la vieille qui croyait qu’il allait tomber ou crut à un fantôme, il déambula dans le couloir. Jamais corridor ne lui parut à la fois si long, et si court. Au bord de l’évanouissement. Rien ne le contraignait à avancer et une force cependant lui semblait faire se mouvoir ses jambes, ses bras, sans qu’il y pu rien faire. Un esprit désincarné, qui regardait par les yeux d’un corps déjà mort –il le serait bientôt, il le savait bien ! La résolution s’était battue avec la douleur dans le cœur déchiré d’amour et de valeurs de Mamoru, mais elles avaient fini par jouer au même diapason, une harmonie sans fin. Aucun bruit qui vint troubler ce calme, aucune clameur pour venir défendre la pauvre vie de Huan Yue, coupable aux yeux de ce juge intransigeant, seul président d’un morbide tribunal.
Un magnifique sabre à la lame claire. Il a coupé bien des têtes, avait un jour déclaré Mamoru, mais uniquement des têtes qui n’avaient pas su se baisser avec respect ou avaient abandonné leurs valeurs. Il n’avait pas le droit, pas selon la loi. Mais qui s’en souciait encore ? Qui s’inquiéterait de la mort d’un simple enfant quand des dizaines mouraient d’atroces maladies alentours –et un autre encore mourait, séparé de lui par un mur, que la maladie rendait d’une innocence violacée et sanglante. Ce n’est pas qu’il voulait mourir, ce n’est pas qu’il acceptait avec un froid détachement son sort. Il n’était pas même au-dessus de tout ça. Il y croyait pourtant, il savait ce qui l’attendait. La réalité lui échappait, elle coulait entre ses doigts, et le monde tournait, tournait, tournait, valse infernale dont il savait qu’il ne se relèverait pas. Il avait traversé le couloir, faisait face à la porte de sa chambre. Il fallait l’ouvrir, puis revenir, la fermer, traverser le corridor derechef et entrer dans une autre pièce, atrocement proche et atrocement lointaine.
Il n’inspira pas un grand coup mais sentit le monde chanceler dangereusement avant de pousser la porte. Il ferma les yeux. L’écho de ses pas était étrange, mais il l’imputa au vide de son esprit. Jusqu’à ce qu’il rouvrit finalement les yeux.


[Je tiens à préciser que l'endroit où travaille ici le père de Huan Yue a réellement existé, et que les épidémies de peste, etc, évoquées dans l'histoire ont, à ma connaissance, réellement eu lieu. Il s'agissait de l'unité 731, si vous voulez plus d'informations. Âmes sensibles s'abstenir par contre, vous êtes prévenus, c'est pas tout public.]

Caractère

Difficile de définir clairement le maître-mot de Huan Yue ; fierté, paresse, illogisme ? Ou d’autres encore qui pourraient sans dépareiller s’intégrer au tableau ? Il faut pourtant tâcher d’être succin, d’aller droit au but, bien que lui s’en montre trop souvent incapable. Sa personnalité, et peut-être cela est-il dû à son éducation, est nivelée d’innombrables contradictions, paradoxes qui retirent au personnage toute harmonie et le rendent souvent imperméable à la compréhension d’autrui, et de fait à leur compassion, autant qu’à la sienne propre. Les énumérer serait aussi long qu’inutile : mais peut-être avez-vous du temps à perdre devant vous, suffisamment du moins pour entendre les traits nécessaire à l’esquisse de cette peinture.
Tracez donc d’abord un visage fier, empreint d’une de ces arrogances naturelles qu’on ne saurait si facilement réprimer, mais nuancez-le. Ne vous y fiez pas si vite, vous vous laisseriez prendre ; Wang ne se pense pas idiot, ni laid ni pire que qui que ce soit sur un plan purement personnel. Son âme, si vous le lui demandiez, peut bien valoir autant que celle de n’importe lequel d’entre nous, avec ses défauts en pagaille et ses qualités soigneusement rangées. Son esprit pourtant n’est pas assez fort pour se suffire à lui-même et se dérober au courant, puissant, qu’est l’avis des autres. Impossible pour lui de distinguer en quoi lui, membre d’un peuple désigné par ses proches comme ridiculement inférieur, pourrait l’être, sans pour autant qu’il pût lui passer par la tête une seule malheureuse fois de nier l’authenticité de tels propos. Perdu entre deux valeurs, entre deux convictions contraires et à ses yeux pareillement importantes, Huan Yue ne saurait dire d’où lui vient ce sentiment indigné lorsque, trompé par sa langue, l’on vient à le prendre pour un Japonais. Faute de concilier ces deux partis, le jeune homme s’efforce de les écarter tous deux de ses réflexions, clamant ainsi à tout va en son cœur que le problème est et restera clos. Une faiblesse lors d’une nuit d’insomnie leur sera une brèche assez grande pour s’engouffrer dans sa tête vidée néanmoins.
De cet ennui en découlent bien d’autres, mais qu’importe pour lui : le seul qui puisse influer sur vos relations avec lui est cette difficulté inhérente à son caractère à se positionner par rapport à son interlocuteur. Nulle indication donc pour l’expression que vous devriez donner à ce faciès. Huan Yue affectionne particulièrement les rapports de force clairement établis, car dans ce cas de figure il lui est aisé d’adopter un comportement adapté en conséquence. Respectueux ou, à l’opposé, d’une brute condescendance. Dans le cas d’une égalité totale, optez pour la seconde option, mais ajoutez-lui dont un air plus détendu, plus capable de confidences et de confessions. Obéissant, docile mais d’une grande fierté face à ses supérieurs, railleur, enclin à de belles moqueries ou taquineries pas toujours bienvenue face aux autres, son comportement change du tout au tout sans être jamais faux et assemblé de toute pièces. Il compose, comme tout le monde, voilà tout. Quant à l’éventualité, relativement embêtante pour lui il faut le reconnaitre, où il ne saurait pas où vous placer, il tenterait juste de couper les ponts. Ainsi son frère Hiroyuki a-t-il toujours été rejeté à l’écart, incapable que Wang était de faire la part des choses entre ce que son cœur lui contait d’amitié et d’égalité certaine et ce que sa tête lui rappelait de leurs positions respectives, par exemple.
Mais faux, non, il ne l’est pas. Lui imputer des défauts tels qu’une tendance à se laisser porter par les évènements sans y prendre de part active, à se déresponsabiliser, tels que de sérieux problèmes à reconnaitre ses torts et une inaptitude totale à la moindre excuse, le mensonge serait bien le dernier que vous pourriez, en votre âme et conscience, lui attribuer. Il éprouve des scrupules à se mentir à lui-même, fut-ce pour ménager son amour-propre, mais mentir aux autres n’est selon lui pas la solution. Affronter ses erreurs, être généreux font partie de son credo ; credo qu’il ne respecte pas toujours, d’un naturel plutôt solitaire et, avouons-le, personnel. Mais au niveau de l’honnêteté, il met un point d’honneur à ne pas faillir à sa tâche. Il lui arrive en revanche de l’utiliser à mauvais escient et de prendre cette prétendue franchise comme prétexte à ses réflexions déplaisantes.
N’ayez pas peur de dresser ce portrait conformément au modèle, n’arrondissez pas les angles, car Wang est un juge intransigeant pour ses pairs et, enclin à rejeter la faute sur les autres, ce ne serait que lui faire le plus grand bien de lui remettre les idées en place –et sans doute vous en remercierait-il plus tard.



Physique

Un garçon normal, d’une bonne taille, avec une tête, deux bras, deux jambes, des mains et tout ce qui va avec. Succincte description s’il en est que Wang vous fournirait de sa personne. Rien de choquant dans son apparence à ses yeux, rien qui sorte de l’ordinaire à son sens et, à priori, au vôtre non plus. Néanmoins il faut bien donner au portrait que vous avez esquissé les derniers coups de crayons, remplir les cases des bonnes couleurs, être certain que ces traits sont bien les siens, que tout est en place.
Un visage d’abord avec ses attraits et ses disgrâces : un front étroit, ces yeux presque noirs et bridés inhérents aux asiatiques qu’il ne remarque même plus, surmontés de sourcils sombres et un peu épais, un nez très fin et retroussé, des lèvres claires, une mâchoire plutôt carrée et un menton volontaire. Des cheveux noirs de jais qu’il ne s’évertue plus tellement à coiffer et qui retombent tantôt en mèches courtes et disciplinées autour d’un faciès dégagé, tantôt tombent en grand désordre sur son front, cachent ses oreilles et taquinent ses joues glabres plutôt creuses. Ce point-ci dépend en grande partie de la nuit qu’il a passée et de sa motivation du jour, sans règles ni habitudes. Manque-t-il de charme ou de beauté ? Pas dans le sens où cela se remarquerait, pas dans le sens où l’opinion ne pût qu’être unanime à son sujet –et puis, est-ce jamais vraiment le cas ? Huan Yue, peu sensible à ce genre de remarque, vous en laisserait seul juge.
Le visage terminé tracez un cou, une nuque où terminent ses cheveux, puis des épaules larges sans excès –car si Huan Yue est d’une taille assez réduite, il n’a pourtant ni l’air d’un gamin, ni l’air maigre ou malade. Il ne prend pas spécialement soin de lui ; pour plaire à qui ? Il attache pourtant une importance particulière à rester dans une bonne forme, par souci de santé et de praticité. Agile comme une singe, ses bras sont musclés mais un peu longs, son torse n’est pas étroit, sa taille fine, cachés sous le tissu d’une chemise.
Peut-être vous manque-t-il quelques détails de moindre importance pour finaliser votre peinture ? Ses mains malhabiles ne sont pas plus abîmées que ses yeux par du dessin (incapables de tracer des traits corrects qu’elles sont, ce serait un comble) ou de la lecture, mais bien souvent inertes. Si vous voulez faire dans l’exactitude, dessinez-le occupé à ne rien faire, dessinez-le les bras croisés, le regard au loin, ou peut-être affairé à quelque distraction sans intérêt, dessinez un grain de beauté à la base du cou, près de l’épaule et une petite cicatrice dans le dos qui, de son enfance, n’a jamais trouvé bon de faire ses valises, peut-être un ou deux bleus récoltés à trop faire l'imbécile à l'occasion. C’est tout ce dont vous avez besoin.





Informations Hors-RP

Avez-vous bien lu les règles ? Ben, oui. Elle est où la confiance ? { Tes crochets font que du bazar, je les enlève 8D } - Nii'
Où avez vous trouvé ce forum ? Ben sur internet, pas dans une commode non plus./MUR/
Est ce votre premier perso...
♦ ...Dans un forum RP ? Ouais.
♦ ...Dans ce forum ? Ben non. Parce que j'aime pas, mais alors pas du tout la logique.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
* Sadoman
avatar

+
Masculin Pseudo Hors-RP : MCDM
-
0 / 1000 / 100

• Age : 22
• Pouvoir : Manipulation de la perception du temps
• AEA : Une punaise fière et pleine de zèle
• Petit(e) ami(e) : Courtney Lener. En tout cas, il aimerait bien.

Messages : 67
Inscrit le : 14/07/2012

MessageSujet: Re: WANG Huan Yue [U.C]   Ven 3 Aoû 2012 - 18:50

Je crois que j'ai terminé. Like
Sauf s'il y a un problème avec ma fiche, bien sûr. Tralala...♪♫
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Delicate Boy
avatar

+
Féminin Pseudo Hors-RP : Nii' / MPDT
-
0 / 1000 / 100

• Age : 24
• Pouvoir : Ressentir les émotions des autres.
• AEA : Bilboquet. L'escargot. Le meilleur. Le plus rose.
• Petit(e) ami(e) : Iwa coeur coeur love ♥ (Mais il n'oublie pas Soren.)

RP en cours : Dysphorie en Euphorie.

Messages : 870
Inscrit le : 24/05/2010

MessageSujet: Re: WANG Huan Yue [U.C]   Ven 3 Aoû 2012 - 19:24

C'est nul. REFAIS TOUT.

Bon. Plus sérieusement. J'ai lu la fiche au fur et à mesure, et tout va toujours très bien maintenant que c'est terminé. Les descriptions, le pouvoir, l'histoire (même si je ne m'aventurerais pas à cliquer sur ce lien, mon âme est sensible) et le reste sont parfaitement en règle. ♥ Donc je ne te fais pas attendre plus longtemps, ton personnage est validé ~ Tout est très très très très nickel. Parfait. Like

Comme c'est un double compte je te fais le plaisir de passer les formalités, que tu es censé connaître en théorie. N'oublie quand même pas d'aller déclarer ton pouvoir et demander une chambre, ce serait ennuyeux. Pour toi.

Et ton premier RP se déroulera dans le Hall, bien entendu.

Sur ce, bon jeu et amuse toi bien ~ !
Sachant qu'Emrys vient de perdre ses 444 messages pour toi, tu as tout intérêt à ne pas me décevoir.



• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •


« I'm in the basement, you're in the sky ;
I'm in the basement baby, drop on by.

Hold your breath and count to ten
And fall apart and start again -
Hold your breath and count to ten,
Start again, start again... »

Voilà mon cœur ; prudence en sortant :
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé


+

MessageSujet: Re: WANG Huan Yue [U.C]   

Revenir en haut Aller en bas
 

WANG Huan Yue [U.C]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
xX || Pensionnat Interdit || Xx :: .:: À lire avant tout ! ::. :: Registre :: Fiches acceptées-
Sauter vers: