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 HERCOLANI Aurelio { Nothing is ever gonna get me down.

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Tortue Ninja
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Masculin Pseudo Hors-RP : Nii'
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• Age : 20
• Pouvoir : Le pouvoir de la Triforce. (donc lui a le sex-appeal, comme c'est le moins moche)
• AEA : Tortinette, une tortue tricorne (et aussi tricéphale).
• Petit(e) ami(e) : Rome. (Rajoutez une lettre et ça devient immoral.)

RP en cours : The one who laughs last

Messages : 27
Inscrit le : 31/08/2012

MessageSujet: HERCOLANI Aurelio { Nothing is ever gonna get me down.   Dim 4 Nov 2012 - 19:16



* Aurelio Hercolani


*nom – Hercolani
*prénom – Aurelio
*age – 16 ans
*né le – 22 Juillet 2003
B)

Pouvoir
Lomelium ; votre (presque) pire cauchemar.

Aurelio, sitôt qu'il vous a salué et que vous avez eu le malheur de lui répondre (ou l'inverse, mais admettons qu'ensuite vous apprendrez à ne pas lui dire bonjour), voit à son plus grand ravissement son pouvoir s'activer. A peine aurez vous le temps de vous rappeler qu'il ne fallait pas saluer cet idiot aux cheveux sapin que, trop tard, votre voix résonnera de la même exacte façon qu'après avoir inspiré le contenu d'un ballon gonflé à l'hélium. Ça ne fait pas mal à sa pauvre victime, fort heureusement, mais ça peut vite devenir agaçant de s'exprimer avec la voix d'un chipmunk. Ça fait bien rire Aurelio, en tout cas – et s'il accepte de faire cesser les effets de son pouvoir en vous adressant un gentil « au-revoir », ce sera uniquement pour retrouver le même plaisir en vous ré-affublant d'une voix idiote plus tard dans la journée.
Pourquoi ça le dérangerait d'arrêter ? Il sait pertinemment qu'il peut recommencer quand il veut, s'il veut, tant qu'il veut. Et ça, il ne compte pas s'en priver.

Alter Ego Astral
L'AEA du jeune homme - quoi qu'il en dise et peu importe ce qu'il en pense - est bien cette drôle de tortue que vous verrez parfois trotter à toute vitesse pour tenter d'échapper aux triplés. C'est qu'il est persuadé que ce n'est pas la leur, vraiment : d'accord, ils ont peut-être imaginé une tortue - peut-être - mais elle était bien plus grosse et impressionnante que celle-là. Ça ne peut qu'être une coïncidence. Et honnêtement, on doute qu'il ait cherché beaucoup plus loin.
Tortinette, donc, est le nom de cette charmante bête dotée de trois têtes et d'autant de cornes. Celle qui concerne plus spécifiquement Aurelio est celle de droite, prénommée Fabiano par ses soins (bien qu'il lui arrive, sans raison, de décider d'en changer ; blâmez l'inconstance de son propriétaire). Mâle selon toute vraisemblance, la corne qui surplombe son front est petite, légèrement torsadée : "faite pour creuser", dirait le jeune homme sans la moindre hésitation. Seulement si cette corne est effectivement faite pour percer des trous, la tâche serait si ennuyante et fastidieuse qu'elle ne l'utilise jamais dans ce but. A part peut-être les fois où, désespérée, elle tente de s'enfuir par un mur.
Hormis durant ces courts instants de laisser-aller, Fabiano est un ami calme,posé et réfléchi tant qu'il n'y a pas de nourriture dans l'équation - auquel cas il n'écoute plus personne. Il tuerait pour de la salade ou un bon hamburger et dénote d'un goût prononcé pour les longues promenades et les aventures rocambolesques. Tant qu'elles ne mettent pas sa vie et sa liberté en jeu, ça va de soi.
Oh ; il aime également à penser qu'il est une tortue ninja égarée. Si son nom est inconnu des foules, c'est juste qu'il a été suffisamment discret pour ne jamais se faire prendre à la surface. Prenez-en de la graine, humains.

Passions
Sourire, sourire, rire, sourire, ses frères, le vert, les tortues ninjas, les glaces chocolat-pistache (c'est vert, en plus), parler à toute vitesse parce que les virgules c'est fait pour les gens qui en ont quelque chose à faire que leurs phrases soient compréhensibles et de toute façon il est super compréhensible lui c'est complètement évident tellement évident qu'on se demande pourquoi on s'ennuie à le préciser.
Rome est son royaume, les McDonald son château et les hamburgers frites son menu royal. Ses frères sont les personne qu'il aime le plus au monde, on ne le répétera jamais assez, et dire ou faire n'importe quoi pourrait très bien être sa raison de vivre vu la passion avec laquelle il s'y adonne. Arpenter les rues est une activité qu'il affectionne tout particulièrement, les maths sont la seule chose à peu près compréhensible de tout le système scolaire (pourquoi y'a des bureaux si c'est pas pour monter dessus, d'abord ?) et les guides de tout les lieux touristiques de Rome doivent être traumatisés à force de les voir courir en tout sens comme des attardés. Il aime enfin faire croire qu'il est Romeo et que Lorenzo est Aurelio et lui c'est Romeo qui était Aurelio y'a deux secondes parce que Lorenzo c'est Lorenzo, son nom est tellement VIP d'ailleurs – tiens il va le lui voler, pour la peine. Perdre les gens est à l'évidence un des trucs les plus marrant que lui et ses frères savent faire.

N'aime pas / Phobies
Aurelio n'aime pas les trucs pas marrants, parce que c'est pas fuuun, pas fun du tout et qu'il déteste qu'on le casse dans ses délires. Inutile de dire que vu son inconstance et sa manie de dire n'importe quoi, tout peut être considéré comme tel. Dans la liste des trucs « pas fun » on retrouvera entre autre les citrons (c'est juste marrant parce que ça fait faire des grimaces, à la limite), tout sport qui n'inclut ni de grimper sur un arbre ou un mur ni de s'élancer à perdre haleine dans les rues de Rome, les panneaux publicitaires où on s'amuse à afficher des meubles, l'école de manière assez globale... Ensuite, cette liste s'allonge et se raccourcit suivant les circonstances et les besoins du moment.
Du reste, Aurelio a peur d'être seul. Il a toujours vécu entouré par sa famille, plus particulièrement par ses deux frères, et ne s'imagine pas devoir un jour passer plus de quelques heures sans sauter sur Romeo ou Lorenzo. C'est sûrement un de ses pires cauchemars. La solitude. Ah ; Être triste aussi, c'est tabou. Tabou tabou tabou. Il pleure jamais, il sanglote pas. Il évite d'avoir des raisons de le faire et se débrouille plutôt rien pour ça. Alors vous ne le verrez jamais départi de son fichu sourire, c'est comme ça et pas autrement.



« Ils disent que l'on se ressemble ;
Qu'on est pareils - ou presque. »

Physique

Un éclair vert, de longues foulées pressées empressées ; des éclats de rire – un, deux, trois. Trois fois le même ou le même en trois exemplaires, ça ne fait pas grande différence : parce qu'après tout, des différences, vous n'en voyez pas . Aurelio, Lorenzo, Romeo. Difficile de dire lequel vous venez de croiser ; au moins savez-vous qu'il s'agit d'un des triplé. Parce qu'Aurelio est à ses frères ce que ses frères sont à lui : des sosies. Ils se ressemblent autant entre eux qu'ils se différencient des autres.
Les Hercolani.
Ils sont différents, pourtant : au moins un peu. Il n'est pas Romeo, vous savez ? Il n'est pas Lorenzo non plus. D'ailleurs il ne manquera pas de vous préciser que ses frères sont bien plus petits et moches que lui : il n'en revient pas que vous ayez pu ne pas le remarquer. C'est évident, après tout – et puis même s'ils ne l'étaient pas, les différences sont flagrantes. Pas assez pour qu'il n'admette pas leur ressembler de manière frappante, ça, non - il le sait très bien, ils ne sont pas triplés pour rien. Mais malgré tout, jamais il ne pourrait se tromper. Lui c'est Romeo, lui c'est Lorenzo : aucune ambiguïté, pas le moindre doute. Difficile d'imaginer que ce ne soit pas votre cas. Et si vous décidiez d'acquiescer, pour être aimable ou ne serait-ce qu'avoir la paix, vous n'auriez pas le temps de dire un mot qu'il serait peut-être déjà loin dans la rue. Et lequel des trois était-ce, déjà ? Il ne vous a pas redit son nom, n'a rien précisé.
A vous de deviner.
Aurelio est vif, agile : il n'attend pas toujours que l'autre ait finit sa phrase avant de partir en courant, que ce soit pour rattraper une silhouette fugace ou fuir les ennuis. A force de le voir cavaler de ci de là toute la journée, quiconque le connaît a appris à ne pas se fier à la finesse de ses jambes ; ni même à ses poignets osseux qui, cachés sous ses longues manches, lui donneraient presque l'air d'un enfant emmitouflé dans de trop grands vêtements. Il a l'air jeune et plein de vie, oui – peut-être même un peu trop jeune et un peu trop plein de vie. Et si certains diraient de lui qu'avec son mètre soixante-et-onze il n'est pas bien haut, d'autres ne sachant pas qu'il a seize ans déjà pourraient penser le contraire : pour un garçon de quatorze ou quinze ans, après tout, il serait dans une moyenne plus que respectable. Mais ça ne le dérange pas. Il n'a jamais vu de colosse se glisser dans une foule ou jouer un mauvais tour aux marchands. Il n'a même, à vrai dire, jamais vu de colosse agir comme un enfant. Ce serait d'un ennui ! Non merci.
Surtout qu'il est enjoué, Aurelio, et toujours souriant : de quoi ravir les photographes. Son sourire espiègle et l'amusement perceptible dans ses yeux verts sont bien souvent annonciateurs de mauvaises idées, pourtant – mais vous aurez tôt fait de le remarquer. Quand il passe une main sur son visage ni pâle ni hâlé, qu'il la laisse remonter dans ses cheveux verts pour le éloigner de son visage ; que votre regard s'arrête sur cette couleur absolument stupide dont il ne manquera pas de vanter les qualités. Tout le temps, constamment, cette lueur espiègle refuse de quitter ses traits. L'allure typique du gosse qui va vous poser des problèmes dans trente secondes, hein ? Parfaitement. Et ça se voit, pour ne pas dire que ça crève les yeux. Celui qui le croira calme et attentif aura besoin d'une bonne paire de lunettes.
Lui, il n'en met que pour faire joli – il voit très bien, merci. Lunettes de soleil ou chapeaux qu'il a tôt fait de perdre, chemises blanches ou noire – pourquoi pas vertes ? – écharpes qu'il enroule à la va-vite, chaussures basses ou bottes qui lui donnent une drôle d'allure. Tout et n'importe quoi, ce qui lui plaît, ce qui selon lui lui va. Au choix et sans se préoccuper de choses aussi triviales que la mode et les tendances.
Un, deux, trois ; il sourit, c'est comme ça. Que vous l'ayez reconnu ou pas, c'est Aurelio qui vient de vous dépasser en courant. S'il repasse, ce ne sera peut-être pas lui.
Ou peut-être bien que si.


Caractère

Aurelio rit, rit rit ; ça pourrait presque en être une maladie. Il a attrapé le rire étant petit et, depuis, ses frères et lui se le refilent sans arrêt et sans s'inquiéter que ça puisse avoir des effets secondaires alarmants. Comme taper sur les nerfs des autres, bousiller ses maxillaires ou l'empêcher d'avoir l'air sérieux, par exemple. Mais tant pis, il s'en fiche, il rit, sourit, s'amuse, roule sur le lit et tire les joues des autres sans se préoccuper d'une bienséance qu'il ne connaît de toute façon pas. Être calme, correct, tranquille ? Jamais de la vie ! C'est à croire qu'on ne lui a jamais appris à se tenir sage et à obéir. Sans maman à l'horizon, ça risque d'être dix fois pire. Il flotte dans son propre monde où tout a des reflets verts et où c'est la plus belle couleur au monde, écarte les bras en se proclamant roi des tortues ninjas. Il aurait sa place dans ce monde-là, c'est certain. Il y serait mieux que bien. Mais dans celui-là, c'est juste un gamin irritant, trop souriant, bizarre. Celui dont on ne sait jamais ce qu'il peut bien penser en réalité, l'ado qui joue aux idiots sans qu'on puisse réellement déterminer s'il joue la comédie ou s'il a vraiment besoin d'être assisté. Le mec aux cheveux verts qui parle trop vite et dit n'importe quoi, celui qu'on arrive pas à prendre pour autre chose qu'un gamin vu la façon dont il agit envers tout et tout le monde. Aurelio c'est tout ça, c'est plus, c'est moins. Il l'aime bien son monde vert sapin. Il y tient.
Inconscient des dangers, comme équipé de la fonction automatique 'dédramatiser', son sens de l'humour peut agacer, sa perpétuelle bonne humeur aussi. Mais et alors ? Il s'en fiche, lui. Ou peut-être qu'il ne s'en fiche pas. Et voilà que ça recommence – impossible de savoir ce qu'il a dans la tête, s'il a seulement quelque chose hormis un petit pois. Comme c'est vert, rond et potentiellement marrant à enfoncer dans une sarbacane, facile de deviner la réponse qu'il vous donnera si vous lui posez la question. A priori gentil malgré tout, il n’hésitera pas à vous apporter son aide à sa façon : pas forcément de manière utile, peut-être même qu'il empirera le problème, mais au moins il aura essayé. Le tout est de ne pas lui demander de faire quelque chose d'important. Ou de transporter un objet fragile, par exemple. Mais admettons que personne de sensé ne lui demanderait de porter la Torche des Jeux Olympiques sans craindre qu'il se la joue Neron et mette accidentellement le feu à Rome.
Immature et amateur de discours décousus dont lui seul semble comprendre la cohérence – s'il y en a seulement une – le jeune italien pourrait certainement être décrit comme égoïste dans la mesure où il ne donne pas l'impression de porter beaucoup de compassion au monde extérieur. Il parle trop vite pour vous ? Impossible de le faire ralentir. Vous ne comprenez pas ? Bha faut suivre, hein ! Vous ne voulez pas qu'il saute à côté de vous en vous demandant si vous avez vu passer ses frères plus petits et plus moches que lui ? Oups, vous auriez dû passer dans un autre couloir. C'est un éternel gamin qui saute dans les pattes des autres et ne connaît malheureusement pas les mots 'timide', 'silence' et 'solitude'. De toute façon il a pas envie d'être seul, Aurelio. Il a toujours grandi avec ses frères, c'est ses frères, ses frères à lui, il en a besoin. Il les quitte pas. Et s'il n'est pas avec eux, quelle importance ? Soit il les cherche, soit ils le cherchent, soit ils se trouvent, soit ils se savent sans se voir. C'est marrant, de jouer à être dans des endroits différents. Jusqu'à ce qu'il en ait marre, ce foutu gosse, et qu'il parte courir dans les couloirs jusqu'à débouler dans une pièce où – et il en est sûr – il va pouvoir sauter sur ses jumeaux et leur raconter qu'il a trouvé un truc qui ressemble à un Mc Do'. Aurelio est un des triplés. Un sur trois.
Qu'il soit seul ou non, c'est la pierre angulaire de sa silhouette fragile, de son caractère exubérant. Lorenzo, Romeo. Romeo, Lorenzo. Y'a pas d'ordre, c'est ses frères – ils sont trois, c'est tout, pas plus et pas moins. Trois.
Trois c'est le chiffre magique du pays des tortues ninjas et des sapins espions. Vous ne le verrez jamais triste, jamais déprimé, jamais soucieux. Jamais énervé, non plus – à moins peut-être que vous n'essayiez de monopoliser un de ses frères, et ce serait à vos risques à périls. De moquerie à mesquinerie il n'y a qu'un pas, or les triplés ne comptent que par trois. Et puis ils sont bizarres. Ils avaient pas beaucoup d'amis. Presque pas. Trop exubérant, tu vois, trop agaçants et trop différents. Mais Aurelio, il s'en fiche. Ce qui ne lui plaît pas, il l'efface, il l'enlève, il l'oublie. Pouf ; parti. Enfermé ? Pas enfermé. Mort ? Parti en voyage. S'il n'y avait que sa voix dans ses oreilles, peut-être qu'il aurait fini par accepter. Mais il y en a deux autres, là, qui serrent ses mains dans les leurs et pensent exactement la même chose que lui. Le psy il dit n'importe quoi, blablabla.
A trois contre un, hein ? Ils ont forcément raison.
Le monde continue de tourner et les triplés, eux, n'arrêteront jamais de rire et jouer au jeu de la déraison.

Histoire courte

...



Informations Hors-RP
Avez-vous bien lu les règles ? code okay (by Kogenta).
Où avez vous trouvé ce forum ? J'imitais bien MCDM, quand même.
Est ce votre premier perso...
♦ ...Dans un forum RP ? Non. MAIS AURELIO EST DANS LA PLACE, BITCHES.
♦ ...Dans ce forum ? SAPIN NINJAAAAA.


Dernière édition par Aurelio Hercolani le Sam 28 Sep 2013 - 22:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: HERCOLANI Aurelio { Nothing is ever gonna get me down.   Dim 14 Avr 2013 - 5:19


Le bâillon de la Faucheuse


« On peut avoir des bonbons, madaaaame ? »

La boulangère, méfiante, posa deux yeux plissés sur le petit garçon qui venait de lui adresser la parole. Légèrement penchée pour mieux les voir – puisque ces sales garnements étaient collés au comptoir, tant qu'à faire – elle lâcha un 'hmmm' dubitatif. Ce n'était pas exactement l'attitude que l'on pouvait attendre d'un marchand tenant à garder sa clientèle, certes ; mais ces clients-là n'étaient pas non plus le genre dont la maison pouvait se vanter. Cela ne l'aurait pas étonnée que, au contraire, voir ces petits démons fasse fuir deux ou trois personnes plus respectables.
Malgré tout, elle ne pouvait pas les virer à coup de balais. Et puis aussi insupportables soient-ils, ils restaient des enfants comme les autres.
Comme s'il avait sondé ses pensées et n'avait pas apprécié cette atroce comparaison ayant pour but de les normaliser, le garçonnet de gauche posa ses deux mains sur le comptoir.

« On voudrait ça, et ça, et ça.

-Non, ça. Et ça.

-Un peu de ça aussi ! »

Dieu soit loué, il n'y avait personne d'autre dans la boulangerie à cette heure-ci ; malheureusement, et le Diable en était cette fois-ci très certainement la cause, il n'y avait pas non plus trace de la mère des triplés à l'horizon. Que le père soit absent n'avait rien d'exceptionnel – en soit, c'était même le voir dans les parages qui relevait de l’événementiel : et puis quand Roberto Hercolani était dans le coin, ses enfants devaient être trop occupés à l'étouffer entre leurs petits bras pour penser à ennuyer une pauvre commerçante. Enfin – pour l'heure, elle devrait se débrouiller seule.
Sourire aux lèvres, elle fit mine de frapper la petite main qui tentait à coup sûr de chiper les bonbons tant convoités.

« Si vous me donnez l'argent, je pourrais vous dire ce que je vous pouvez acheter avec ça. Alors ?

-Haaan, pas drôle. Aurelio, sort l'argent.

-Nan, c'est Lorenzo qui l'a.

-Attends, je crois que je l'ai. »

On a beau dire, garder trois enfants hyperactif dans son champ de vision est un véritable casse-tête. Chaque fois qu'elle se tournait vers celui de gauche – inutile de poser des noms sur leurs visages en tout point semblables, elle avait abandonné l'idée de les différencier – celui de droite lui semblait sur le point de mettre la main dans la marchandise. Elle crut même, le temps que le garçon de droite ne fouille dans toutes ses poches en quête des pièces, apercevoir les deux autres changer de place.
Si ça n'avait tenu qu'à elle, ils auraient eu leurs initiales tatouées sur les joues depuis longtemps. Pas sur le front, non – ils auraient été capable de les cacher sous quelques mèches de cheveux châtains, ces sacripants.
A la réflexion, ils auraient sans doute trouvé une technique quelconque peu importe l'endroit où l'encre aurait tâché leur peau.

« Aha, je l'ai ! »

Les trois garçons tapèrent dans les mains des autres, visiblement satisfaits. Les pièces furent posées sur le bureau, les bonbons changèrent de main.
Juste le temps pour la jeune femme de remarquer que ce qu'ils avaient en main ne correspondait pas exactement à ce qu'elle leur avait donné. Ni une ni deux, elle passa côté clients et sortit en trombe de la boutique ; peine perdue. Quand ils étaient lancés dans leur course effrénée, il n'y avait pas plus rapide que les triplés. Triplés qui couraient en riant, cheveux au vent, déguisés en sapin ou peut-être en tortue ninja sans se soucier des regards agacés de passants qu'ils manquaient de bousculer. Ce ne sont que des enfants : leur stature frêle, leur grand sourire et leurs yeux étincelants appelaient à l'indulgence.
Insouciants, innocents, ils couraient le cœur en liesse comme trois héros d'un conte où jamais rien ne s'arrête.

Parce qu'ainsi font, font, font, les petites marionnettes ; ainsi font, font, font, trois petits tours et puis s'en vont.



« Mais moi je vais bien. Je vois pas trop ce qui pourrait aller mal, hein.

-Tu es bien sûr ? Tu n'as pas l'impression que quelque chose cloche, quelque part ? »

Aurelio ne prit même pas la peine de réfléchir ; et l'aurait-il fait que ça n'aurait en rien changé la teneur de sa réponse.
Il se se serait souvenu avoir chuté plus ou moins lourdement sur les pavés humides de Rome, mais la sensation de mains semblables aux siennes l'aidant immédiatement à se remettre sur pieds lui aurait rappelé que ces instants n'avaient vraiment rien eu de dramatique. Il aurait repensé avoir perdu aux jeux vidéos, avoir été malade, avoir été puni un nombre incalculable de fois, avoir soupiré parce que son père prenait drôlement son temps pour revenir de son travail. Toutes ces images auraient traversé son esprit, sous sa drôle de tignasse verte, et sa réponse aurait été la même. Strictement la même.
Qu'est-ce qui pourrait aller mal ?
Je vais très bien.

« Ben non. Enfin si, ajouta-t-il avec un drôle de sourire mutin, le truc qui cloche c'est que je devrais pas aller chez le psy. »

Il haussa les épaules, insouciant.
Je vais tellement bien que ça devrait presque être interdit.
Et il y croit, en plus. Il y croit tellement.

« On a pas besoin d'être soignés. Maman s'inquiète pour rien, eh. »



Maman s'inquiète toujours pour rien.

« J'ai réussi à nous faire sortir ! »

Ou des fois elle a un peu raison, peut-être. Sans le moindre doute, aurait précisé n'importe qui les connaissant un minimum. Parce que les Hercolani n'avaient jamais été des enfants sages, parce qu'ils étaient un peu, comment dire, bizarres, avec leur manie de se faire passer les uns pour les autres et de ne jamais tenir en place. De vrais monstres ne jurant que par le vert : avec eux, même trois fois zéro refusait d'être égal à zéro. Trois fois le calme et bientôt c'était le brouhaha ; trois fois les oreilles meurtries et les nerfs en pelote. Trois fois 'pitié enlevez les de là'.
Pour l'heure, assis dans un calme relatif contre le mur extérieur de leur classe, ils savouraient le plaisir qui accompagne les petites victoires. Savoir qui avait réussi à faire sortir le reste n'était pas très important : dès que l'un commençait à dire n'importe quoi, de toute façon, les deux autres suivaient immanquablement. C'était d'ailleurs pour cela, très certainement, que M. Tadiello les avait mis à la porte ce jour-là. Trop de bruit, trop de discussions, échange de place non-autorisé : les raisons qui poussaient les professeurs à mettre les Hercolani dehors étaient aussi variées que redondantes. Que voulez-vous faire avec des gamins comme ça ? C'était tout simplement insupportable.

« Vous croyez que maman va être fâchée ? »

La question méritait à peine d'être posée et, très franchement, elle eut tôt fait de quitter l'esprit des trois garçons. Leur mère était habituée à leurs bêtises, à force, et saurait forcément se montrer indulgente. Cela dit les enseignants l'étaient aussi, habitués, et ça ne les empêchait pas de vouloir les punir à chaque fois... Aurelio, un sourire content aux lèvres, releva en silence l'idiotie d'une telle démarche. Si ça ne les avait pas arrêtés la première fois, combien de chances pour que les cent prochaines lignes à copier change quoi que ce soit à leur comportement ? Auuucune.
Et puis assis là, l'épaule collée à celle d'un de ses frères, il aurait été incapable de craindre quoi que ce soit. On le priverait de dessert, au pire, on lui ferait perdre son temps, peut-être, mais s'il glapirait sans le moindre doute d'indignation sur le moment ce ne serait jamais rien de grave – rien de vraiment grave. Les punitions ne l'étaient jamais. Rien ne l'était jamais. A moins qu'on le punisse de ses frères, à la rigueur.
Et cette idée fut si incongrue, si dérangeante qu'il ne chercha même pas à approfondir cette possibilité.
Privé de quelqu'un ? N'importe quoi !

Personne a le pouvoir de faire ça. Personne.



« Comprenez bien, il est intolérable qu'ils perturbent le cours de la sorte. »

Main droite sur l'épaule de Lorenzo, main gauche sur celle d'Aurelio, Adele acquiesça en silence. Ce n'était pas comme si ces discours moralisateurs l'enchantaient ; cela dit, aux rires étouffés de ses enfants, elle ne s'étonna pas d'observer une réaction similaire à celle du professeur assis en face d'elle. C'est à dire un regard noir intimant au silence.
Le seul soucis étant que, aussi déterminée soit-elle à calmer ses enfants et aussi agacé soit cet homme, ce n'était pas comme si faire la leçon aux triplés ou leur demander de recopier cent fois qu'ils étaient des ânes allait changer quoi que ce soit. Elle s'autorisa même, dans un discret soupir, à imaginer qu'ils refuseraient de recopier « je suis un âne » si on le leur avait demandé, que ce soit une ou cent mille fois. Ses garçons étaient comme ça. A tout les coups, ils auraient remplis leur punition à grand renfort de « je suis une tortue ninja », et de nouveau elle aurait dû apprendre par leur ami Carlo qu'ils attendaient en classe, et de nouveau elle aurait du abandonner sa voiture pour de nouveau venir les récupérer et de nouveau apprendre qu'ils avaient fait n'importe quoi. Encore et encore, comme un disque rayé qu'on ne parvient pas à replacer correctement.
Heureusement qu'elle en aimait la musique. Ces trois garnements restaient avant tout ses enfants.

« Je comprends parfaitement, répondit-elle en serrant les épaules de ses fils. Je vais trouver la punition appropriée, ne vous en faites pas. »

A ces mots, les trois enfants levèrent le nez vers leur mère ; comme des oiseaux sentant la brise virer à l'orage, ils plissèrent des yeux intrigués. Ils les plissèrent un peu plus encore quand ils quittèrent la pièce puis l'école à la queue-leu-leu, légèrement inquiets à l'idée qu'elle puisse trouver une punition 'appropriée', justement. Faire des lignes, ce n'était pas trop grave. Se faire sermonner, ce n'était rien du tout tant ils y étaient habitués. Mais une punition 'appropriée', ça sonnait vraiment pas comme une bonne idée. Vraiment pas du tout. Ça pouvait être quoi, au juste ? Se coucher plus tôt, se brosser les dents trois fois... Aurelio se cita toutes les punitions appropriées qu'elle pouvait peut-être leur faire subir en guise de leçon, suivant ses frères d'un pas guilleret et léger. Ça ne pouvait quand même pas être si grave. Parce que leur mère était un petit peu fâchée, là, mais pas assez pour leur infliger un truc trop atroce : du moins en était-il persuadé.

« Quoi, comme punition appropriée ? »

La question de Lorenzo rompit le silence pesant qui s'était installé autour de la petite famille presque au complet. Plus conscient du presque que du pesant, Aurelio écouta la réponse d'Adele avec l'attention exagérée de tout enfant qui sent que son avenir va se jouer dans la seconde.

« Pas de dessert ce soir. C'est à dire pas de gâteau au chocolat, ajouta-t-elle en ouvrant la portière de la voiture. Et il n'y a pas de mais. »

Soit ils ne l'avaient pas entendue, soit ils n'avaient pas voulue l'entendre ; une foule de 'maaais' désespérés se pressèrent au bord de leurs lèvres.
Inconsciemment, le petit garçon aux yeux verts ancra sa frustration au fond d'autres certitudes plus importantes. Un gâteau au chocolat, c'était la pire des pires choses qu'on pouvait leur enlever, non ? Bras croisés, refusant de s'attacher ou même d'écouter les remontrances de sa mère, il aurait pu le jurer sur sa vie et celle de ses frères. Il ne devait pas y avoir beaucoup plus grave qu'une journée sans gâteau au chocolat. A peut-être deux journées sans gâteau au chocolat, ou une semaine sans gâteau au chocolat – mais quoi qu'il en soit, ça revenait sensiblement au même pour son pauvre estomac.
Après quelques protestations et un virage trop serré, les trois garçons s'effondrèrent les uns sur les autres. Leur mère avait toujours conduit vite ; ne pas s'être attaché était d'une bêtise incommensurable, tous le savaient. Ce qui ne les empêcha pas, comme à chaque fois, de prendre leur bousculade en riant – parce que ohhh, maman conduit trop viiiite.
Ils auraient moins fait les malins si la tête de l'un d'entre eux était venu heurter les dossiers avants ou même le pare-brise ; mais ça, les triplés n'y pensaient jamais. C'était drôle, juste drôle. Pas inquiétant, encore moins effrayant. A se demander si ces mots avaient seulement un sens pour eux. On peut priver de dessert mais pas de vie : ce serait franchement exagéré.

« Juste quand votre père rentre, vous êtes impossibles. C'est fort quand même. »

Les réactions ne se firent pas prier.

« Papa rentre aujourd'hui ?!

-Quand, quand ?

-Ce soir à 22 heures. Je suis presque tentée de vous laisser à la maison le temps que j'aille le chercher à l'aéroport, désobéissants comme vous êtes. »

Aurelio tout comme ses frères n'eut pas besoin de réfléchir avant d'attraper sa ceinture et de la clipser sagement. Tout ce qu'il vit dans cette remarque fut le presque menaçant que sa mère leur avait envoyé à la figure : elle était presque tentée, presque, alors mieux valait ne pas désobéir plus. Le gâteau envolé fut bien vite oublié au profit d'un silence religieux censé démontrer qu'ils pouvaient se tenir sages, et étaient donc dignes d'accompagner leur mère jusqu'à l'aéroport.
Quand il s'agissait de voir leur père, les triplés étaient prêts à sacrifier un peu de leur inénarrable éloquence. Se jeter dans ses bras valait largement ça.

« C'est bon, vous avez la permission de venir. MAIS (puisqu'avec les adultes il y a toujours des mais) vous devez me promettre d'être sages et de ne pas voler les valises des gens qui attendent leur avion. Promis ? »

L'idée de longues minutes de torture à rester en place sans rien piquer ni désordonner aurait en temps normal arraché des frissons de protestation aux trois garçons ; mais là, ils n'avaient pas tellement le choix. Ils ne pouvaient quand même pas laisser leur mère les abandonner chez eux dans un moment pareil ! Enthousiastes et débordants d'énergie, ils jurèrent d'une même voix qu'ils se tiendraient sages comme des images.
Ou peut-être pas comme des images – mais sages malgré tout, parce que revoir leur père était une occasion qu'ils ne voulaient jamais manquer, pour rien au monde.

Souriants et riants aux éclats, perdus au milieu des conversations effrénées auxquelles ils étaient habitués, les triplés ne virent pas le regard que leur mère lança à leurs silhouettes frêles à travers le rétroviseur.
Parce que c'est tellement naturel, l'amour d'une maman ; d'un papa.
A grand renfort de gestes et de précisions qui n'ont d'importance que pour les enfants, ils rirent de plus bel.

« Et là, on a... Tu écoutes, maman ? C'est là que ça devient intéressant ! »



« Je vais bieeeeeen... »

Balançant ses jambes dans le vide, peu inquiet du bruit désagréable que produisait ses semelles en frottant contre le sol, Aurelio laissa retomber son dos contre le dossier.
Dans quelques secondes, il s'en détacherait. Tenir en place relevait presque de l'impossible ; le faire tenir en place plus encore. Sous ses mèches vertes, les yeux du jeune homme brillaient d'une malice indescriptible. D'un vague ennui, aussi ; se répéter sans arrêt n'était pas trop marrant.
Pas fuuuuun, songea-t-il en jetant un énième regard vers la porte du bureau.

« Et ton père ? »

L'adolescent cligna des yeux, comme s'il ne comprenait pas le sens de la question.
C'était bien les psys, ça, sortir des trucs sans rapport à tout bout de champ.

« Quoi, mon père ? Il va bieeeeen aussi. Il est archéologue, vous savez bien, faut être en forme pour faire un truc comme ça. »

Fatigué d'être appuyé contre le dossier, il se redressa. L'homme qui lui faisait face, caché derrière ses lunettes, l'étudia d'un air neutre.
Son sourire n'avait pas encore craqué. Son sourire ne craquerait pas. Jamais jamais.

« Je veux voir mes frères. »



Appuyés les uns sur les épaules des autres pour essayer de voir par-delà les silhouettes pressées qui allaient et venaient dans l'aéroport, les triplés attendaient avec une impatience presque palpable de reconnaître leur père dans la foule. Avec tout ce monde, difficile de voir quoi que ce soit ; ils auraient dû faire la pyramide pour voir suffisamment haut.
Étant donné que leur mère les foudroyait déjà du regard alors qu'ils ne faisaient que se bousculer d'un côté à l'autre, inutile de dire que l'idée aurait été très mal accueillie. Or ils avaient promis de rester sages. Plus ou moins sages, au moins. Ils n'en firent donc rien.
Un homme à l'allure familière, enfin, se dirigea vers la petite troupe. Comme des jouets à ressort dont on aurait ouvert la boîte par mégarde, les enfants coururent bruyamment dans sa direction pour se jeter contre ses jambes. Leur mère, souriante, avança tranquillement à leur suite.

« Eh, vous avez l'air en forme ! Doucement, doucement ! »

Abandonnant ses valises au sol, Roberto Hercolani réussit tant bien que mal à hisser ses trois fils dans ses bras – au plus grand ravissement de ces derniers. Impressionnés et comme à leur habitude surexcités, Aurelio, Lorenzo et Romeo levèrent les bras pour féliciter leur père trop fort et trop doué.
Quelques regards se tournèrent dans leur direction, intrigués ou bien énervés par l'effusion de bruit au centre duquel les triplés aimaient tant évoluer. Trop occupés à applaudir, ils n'en firent pas cas : les enfants ne se préoccupent pas de ces choses-là. Surtout quand le fait même d'être des vrais triplés leur avait toujours garanti d'attirer l'attention sur eux où qu'ils aillent.
Mutin, Roberto adressa un clin d’œil complice à sa femme.

« Ces gens sont jaloux de moi. Ils n'ont pas d'aussi beaux enfants et une aussi belle femme.

-Roberto, voyons ! »

Les garçons rirent, amusés par le sourire faussement ennuyé de leur mère. Jalouuuux – oui, ils devaient bien être jaloux d'eux, tous autant qu'ils étaient. Même si à en voir l'irritation sur certains visages, rien n'était moins certain. Ce n'était pas quelques rabats-joie qui allaient miner leur bonne humeur.
A peine eurent-ils touché le sol qu'ils sautaient sur place, désireux de tirer la valise qu'Adele n'avait pas déjà embarquée derrière elle. Seulement la poignée, trop étroite, ne laissait que difficilement la place à leurs trois petites mains ; et quand ils eurent fini de se chamailler pour la saisir convenablement, le même schéma se répéta pour marcher à trois de front sans s'écraser les pieds.
Finalement et au prix de quelques moues boudeuses, ce fut leur père qui récupéra sa propre valise. Pressés autour de lui, tantôt accrochant sa veste et tantôt marchant à reculons devant lui, les triplés n'attendirent pas d'être rentrés pour lui poser mille et une question, ne patientant que trop rarement avant d'en poser une nouvelle.
Aurelio, aussi étourdi et excité que ses frères, heurta un pilier de plein fouet. Mains sur la tête, il ne trouva rien de mieux à faire que de lâcher un « ouuuuh » hébété.

« Aurelio ! Tu vois, c'est ça de marcher à reculons, s'exclama Adele en ébouriffant ses cheveux pour vérifier qu'il ne s'était pas fait mal. Ça va ?

-T'es pas doué, Aurelio !

-Ouais, t'es pas doué ! »

Déjà remis de sa brève rencontre avec le décors – « trois fois rien », clamait-il quelques secondes plus tard – le petit garçon entreprit de chatouiller le premier de ses frères qu'il réussit à attraper pour se venger de leur manque de sollicitude.
Le soupir de leurs parents, quelques pas derrière, fut accompagné d'un sourire complice.
Ils ne pouvaient qu'être jaloux, tous, ça coulait de source.
« Parce qu'on était est tellement heureux. »



« Tu sais, il est parfois normal de ne pas surmonter la mort d'un proche. On en a déjà parlé.

-Oui, je sais. Mais on a perdu personne, nous. »

Le regard que l'on posait sur lui, analytique, n'avait pas la moindre forme d'importance. Il n'en avait pas et, peu importe l'insistance, la compassion ou l'agacement avec lequel on pourrait le regarder, Aurelio ne changerait pas d'attitude. Ce n'était pas comme s'il faisait exprès de lui causer des soucis, à ce brave homme. Même si, en toute franchise, il aurait mille fois préféré être n'importe où plutôt qu'ici. Perdre du temps à rester assis sur une chaise était une des pire tortures inventées par les adultes.
Or lui n'était pas prêt à en devenir un, d'adulte. Loin de là.
Distrait par un bouton mal accroché au niveau de sa manche, il perdit le fil de la conversation.

« Dis-moi, Aurelio... »

Il ne releva pas les yeux.

« Que comptes-tu faire, plus tard ? Tu y as déjà réfléchi ? »

Intrigué, il cessa sur le champ de malmener le bouton de son pull. La question tourna un moment dans sa tête, passant d'une oreille à l'autre pour finalement disparaître au bout de sa langue. Plus tard, plus tard... Que comptait-il faire plus tard ?
Au sourire qu'il lui lança, le professionnel sut d'instinct qu'il allait esquiver.

« On sait pas. Mais on a encore le temps, alors c'est pas grave.

-Tu dis « on », mais as-tu déjà posé la question à tes frères ? »

Tu vas finir incapable de dire « je », Aurelio. Mais ça ne l'inquiétait pas tellement. Il croisa les mains sur ses genoux et, avec une douceur tout à fait inappropriée, adressa un sourire compatissant au docteur. Parce qu'il ne comprenait pas ; ne pourrait sans doute jamais comprendre. Pauvre de lui. Ce n'était pas le genre de questions qui le ferait chanceler, quand bien même il était seul dans la pièce. Parce que ses frères étaient à côté. Parce que ses frères étaient ses frères, que sa mère attendait à la maison et que leur père reviendrait bientôt. Parce que ses certitudes étaient coulées au béton dans chaque cellule de son corps.

« Vous êtes marrant, hein. » Pour ponctuer sa remarque, il laissa s'échapper un désagréable ricanement. « J'ai pas besoin de leur poser la question pour le savoir ! »

Fier de sa répartie, il se remit à jouer avec le bouton de sa manche.
Évidemment, qu'il n'avait pas besoin de leur demander.
Coulé au béton. Le doute ne trouva aucune faille par laquelle se glisser.



« Maaaaais on veut savooooir...

-Maaais, vous ne saurez pas. Tenez vous tranquille, pour une fois. Attendre un peu ne vous tuera pas ! »

Gémissants et apparemment sur le point de mourir dans d'atroces souffrances, les triplés lancèrent de nouvelles protestations plaintives. Aurelio, allongé à l'envers sur le canapé, tapa des pieds dans le vide pour manifester son mécontentement ; seule une attaque surprise de Romeo parvint à lui tirer un rire amusé. L'instant d'après, étalés les uns sur les autres dans un méli-mélo de vert et de gesticulations bruyantes, les enfants semblaient avoir oublié leur soit-disant insurmontable chagrin.
Semblaient.
Tout comme il leur avait suffit d'une seconde pour se laisser aller à une fausse bataille passionnante et passionnée, seul un bref instant de silence leur fut nécessaire pour se détacher les uns des autres et recommencer à rouler au sol en clamant qu'ils ne survivraient pas une minute de plus sans savoir. S'ils n'avaient pas été aussi indisciplinés, songea Adele en enjambant le corps prétendument sans vie d'un de ses garçons, les inscrire dans un club de théâtre aurait été envisageable.
Malheureusement, elle craignait qu'ils ne passent plus de temps à se mettre des plots sur la tête qu'à apprendre leur texte.

« Papaaaa, dis nous !

-Ouais, dis nous ! T'es un archéologue, tu peux pas cacher les cadeaux !

-Tu peux pas, ce serait pas normal ! »

A peine Roberto eut-il franchi le seuil du salon que trois petites silhouettes se retrouvèrent agglutinées autour de lui, leurs bras accrochés à ses jambes aussi sûrement que s'ils avaient voulu lui faire une prise de catch. Sa femme lui jeta un sourire amusé ; pour un peu, il aurait pu y lire un « débrouille toi » teinté d'une douce ironie. Diplomate bien que ce fut un cas de force majeur – ses fils semblaient fermement décidés à lire la réponse dans son esprit, c'est dire s'ils étaient désespérés –, l'archéologue répondit à leurs exclamations décousues par des sourires et une patience à toute épreuve. Il vit le sujet dériver doucement, prendre des tournants inattendus : c'était toujours comme ça, avec Romeo, Lorenzo et Aurelio. Ils se répondaient entre eux sans se préoccuper du reste du monde, rebondissaient sur des réflexions parfois absentes ou sous-entendues. Réussir à les suivre était un véritable exploit.
Parfois, même lui échouait à la tâche.
Il prenait leur excès d'énergie en souriant ; s'amusait de leurs yeux brillant comme des diamants.

« Raconte nous encore, raconte nous !

-D'accord, d'accord. Asseyez-vous là, et tenez vous tranquilles. »

Dociles quoi que trépignant, les trois enfants s'assirent côte à côte sur le canapé : coude à coude, bras contre bras et surtout, les oreilles et les yeux grands ouverts pour mieux saisir toute l'importance des choses que leur père s'apprêtait à leur raconter pour la énième fois. A mesure qu'il parlait, les décors s'érigeaient dans l'esprit fertile des garçons ; les odeurs s'infiltraient dans leurs poumons ; et leurs bouches, bientôt, s'ouvrirent sur une admiration trop grande pour être exprimée autrement que par un silence religieux. Ils pouvaient se voir aux côtés de leur père, vivant des aventures romanesques et fantastiques : c'était à portée de main, presque aussi réel que les coussins sur lesquels ils étaient assis ou l'odeur de lessive qui imprégnait leurs vêtements. Les cadeaux d'anniversaire, déjà, leur paraissait bien loin – et même s'ils resurgiraient sans doute dans peu de temps, au moins avaient-il oublié leur frustration pour le moment.
Non ; ce qu'ils voulaient, à présent, c'était partir à l'aventure.
Accompagner leur père, c'était un rêve. Un vrai, un grand – un rêve aussi merveilleux que ceux qui, plus classiques, faisaient briller les yeux de leurs camarades de classe. Pompier, danseuse, footballeur, policier... Aucun de ces métiers n'avaient d'intérêt à côté de celui de Roberto Hercolani. Archéologue, archéologue. Dans son esprit d'enfant naïf et rêveur, c'était une vie entière de chasse aux trésors et de découvertes trépidantes : c'était de l'or et de l'argent, des ruines dans lesquelles courir et des histoires à n'en plus vouloir dormir tant elles étaient longues et passionnantes.
Aurelio sourit, extatique. D'une même voix, ils se mirent à supplier leur père de les emmener avec lui.
Roberto soupira, gêné ; Adele fuit le champ de bataille en riant, préférant mettre le table plutôt que tenter de raisonner les triplés. Le jour où quelqu'un y arriverait... Eh bien soit ce quelqu'un ne serait pas humain, soit on aurait remplacé ses vilains garnements par des répliques ou des pantins. Ni l'un ni l'autre n'étant souhaitable, ils devraient faire avec encore longtemps. Très longtemps, même, espéra-t-elle avec tendresse.
Dans la pièce attenante, Roberto bataillait pour trouver un compromis qui puisse les faire taire. Autant les entendre crier et rire à tout bout de champ n'était plus gênant, à la longue, autant les entendre le supplier en promettant mille choses toutes plus invraisemblables ou hors-sujet les unes que les autres était une vraie torture. Dire non à ces yeux emplis d'espoir et ces mains jointes en était une, en tout cas.
Soucieux de déclarer une trêve bienvenue avant le dîner, il leva ses mains en signe de reddition.

« Bon ; vous ne pouvez pas venir avec moi, c'est impossible. Mais – et ils se suspendirent à ce mais comme si leur vie en dépendait – quand vous serez plus grand, je vous promets de vous emmener. Ça vous va ? »

Les enfants levèrent les bras d'un même mouvement dans une véritable vague de bonne humeur. Ils en oublièrent de demander « grand comment » ou « grand quand », trop heureux d'avoir réussi à obtenir une promesse aussi géniale.
Craignant que ce contrat ne soit rompu à la moindre bêtise, ils décidèrent tout de même de l'empêcher de se défiler plus tard.

« Jure le, alors, jure le ! Croix de bois, croix de fer !

-Jure trois fois !

-Non, trois fois chacun !

-Her, vous ne croyez pas que vous en faites un peu beaucoup ? » Ils gonflèrent leurs joues en guise de protestation. « Bon, bon, j'ai compris. Romeo, quand tu seras plus grand, je t'emmènerai avec moi. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en Enfer. Lorenzo... »

Croix de bois, croix de fer ; trois fois chacun, pour bien assurer qu'il ne mentait pas.
Un papa tient toujours ses promesses : ils iraient avec lui quand ils seraient plus grand.

Croix de bois, croix de fer. Si je mens...
On ne saurait plus quoi faire.



Alors heureusement que Roberto Hercolani tient ses promesses.
Heureusement qu'il revient bientôt.
Parce qu'à son prochain voyage, il les emmène.
Ils seront assez grand, sûrement.
Sûrement.



« C'est ennuyeeeeux.

-C'est nécessaire. »

Derrière le sourire d'Aurelio, de tout petits fragments d'agacements réussirent à percer sa joie. Être séparé de ses frères était ennuyeux. Devoir rester tranquille était ennuyeux. Devoir répondre à des questions stupides était ennuyeux. En somme tout, dans ce bureau carré, était ennuyeux au possible. C'était peut-être une punition appropriée, ça aussi.
Même s'il ne comprenait pas très bien ce qu'il avait pu faire de mal pour mériter ça.

« Depuis combien de temps dis-tu que ton père est en voyage ? »

Peut-être cet homme était-il sourd ; sourd ou stupide, en tout cas – parce qu'il fallait au moins ça pour aimer à ce point se répéter et s'incruster dans la vie des gens. Reléguant allègrement aux oubliettes le fait que lui-même était de nature curieuse, le jeune homme croisa les chevilles et haussa les épaules dans un geste bref et indécis.

« Quelques temps. C'est toujours long, vous savez. Mais il rentrera bientôt. Sûrement. »

Sûrement, oui. Bientôt. Sûrement.
C'est toujours comme ça, avec les triplés : bientôt, sûrement.
Parce que la roue du temps est bloquée, que le rouage est grippé.
Bientôt, sûrement, papa reviendra et nous emmènera avec lui en voyage.

« Tu sais bien que non. »

Après tout, il a promis. On ne rompt pas une promesse, hein ? Cinq, cinq, cinq.

Croix de bois, croix de fer.

« Ehhh, si. Je sais mieux que vous, quand même, c'est mon père. »

Notre père n'est pas en Enfer.

« Il va falloir que tu finisses par l'admettre. C'est difficile mais il n'y a, à termes, aucune autre alternative. Tu le sais, tes frères le savent, ta mère le sait. »

Et papa ?

« Y'a rien à admettre. Si ?

-Tu l'as repoussé dans ta mémoire, mais ce souvenir est toujours là, quelque part. Il te suffit de casser le mur.

-Quel mur. » Il resta le regard un instant, interdit mais souriant. « Je vous suis pas, Monsieur ~

-Ton père est mort, Aurelio. »

Ces mots, toujours, trouvaient un écho vide et douloureux entre ses côtes. Vide, vide, vide... Ces paroles n'avaient rien à quoi se raccrocher, pas la moindre faille ou fissure à exploiter – rien et pourtant, pourtant, ça lui piquait quand même les yeux d'entendre qui que ce soit dire une chose pareille. Parce que son père était en voyage, qu'il reviendrait bientôt – sûrement – et qu'il les emmènerait avec lui dans quelques années, quelques mois peut-être. Parce que ça sonnait vide mais faux, mal, douloureux. Parce qu'il souriait gaiement sans se soucier de ce qui pouvait mourir derrière ces jolies dents blanches.

« Il est en voyage. Il reviendra la semaine prochaine. »



Décoiffé par un vent frais, le garçon sautilla d'un pavé mal enfoncé à un autre. Le voir seul aurait amené plusieurs froncements de sourcils de la part de quiconque le connaissant ; mais lui, serein et souriant, aurait répondu aux questions par un air énigmatique ouvrant sur de jolies dents blanches. Il n'allait jamais nulle part sans ses jumeaux – à part peut-être quand l'un ou l'autre était malade, et encore ; dans ces cas-là ils finissaient toujours par se rouler par terre en clamant être malades également pour tenter – sans succès – d'éviter l'école, donc la situation était complètement différente. Là il avançait gaiement, attentif au chemin qu'il empruntait, agile sur ses pieds chaussés. Seul, oui, mais pas vraiment.
Rome n'avait plus de secrets pour lui. S'y promener sans adulte pour lui tenir la main et lui rappeler le chemin, quand bien même il n'avait pas encore dix ans, ne posait pas le moindre problème. Il n'y voyait non plus aucun risque, quoi que ce point était plus discutable. Il courait suffisamment vite pour semer les ennuis, de son avis : et puis ses frères ne devaient plus être très loin, maintenant.

On teste notre lien mental de la fraternité.
L'entreprise était on ne peut plus sérieuse. Enfin, autant puisse-t-elle l'être sachant qu'elle impliquait les fils Hercolani.

L'envol de quelques pigeons bien gras attira son attention quelques secondes, puis il reprit sa marche tranquille à travers les rues plus ou moins bondées de la capitale. Sifflotant pour tromper un silence auquel il était difficilement habitué, choisissant sans trop réfléchir quelle route emprunter à chaque croisement, il laissa son esprit voguer au rythme de pensées qu'il peinait à contrôler. A tout moment, il en était persuadé, son chemin pouvait croiser celui de Romeo ou Lorenzo ; à tout moment il leur rentrerait dedans et pourrait pousser des exclamations de joies en s'écriant que ça avait marché, qu'ils étaient vraiment liés par le mental de leur fraternité – ou quelque chose comme ça. Aurelio n'avait absolument aucun doute quant-à la réussite de leur test. Ça allait marcher. Il n'était plus très loin, maintenant, et ça allait marcher.
Parce que lui et ses frères n'étaient pas tout à fait trois, pas tout à fait un seul non plus : parce qu'ils étaient liés, tout simplement. En partant du même point, ils auraient tout trois emprunté le même chemin sans avoir besoin de se concerter au préalable. Alors il lui suffisait de songer à ce qu'il aurait fait à la place de Romeo, de Lorenzo, de lui-même, ce qu'il aurait fait en partant de là où eux-même étaient partis, se demander dans quel endroit il voulait se rendre pour savoir où ils auraient également décider d'aller. Il lui suffisait d'imaginer.
Une bourrasque agita ses cheveux en désordre, s'engouffrant sous son haut trop vert et trop large. Sapin nain ou tortue ninja, il enjamba un pavé mal enfoncé et laissa filtrer un rire insouciant.

On teste notre lien mental de la fraternité ; ou on le confirme, disons.
On se localise par la pensée.
On va se retrouver.

Souriant jusqu'aux oreilles, il s'engagea avec assurance dans une ruelle à sa gauche.

Tap, tap, tap ; les pas légers et des sourires plein la tête, arpentant Rome comme on traverserait un jardin, un salon ou un petit bois.
Mais c'est chez nous, ici. C'est chez moi.

Quelques minutes plus tard il souriait en écartant les bras, et l'écho de son rire comme le paquet de bonbons que Carlo venait de leur offrir fut gaiement partagé en trois.



C'était en octobre ; il ne faisait pas chaud, mais à l'intérieur tout allait pour le mieux. Ils avaient du chauffage, des couvertures bien moelleuses et plus de temps pour jouer aux jeux vidéos puisque leur mère n'était pas venue vérifier qu'ils dormaient ; d'habitude elle le faisait régulièrement, pourtant. Mais quand on est un gamin de onze ans et que jouer à la DS semble mille fois plus intéressant que se rouler en boule dans un lit, on ne s'inquiète pas de ce genre de choses. Quand on s'appelle Aurelio Hercolani, on ne s'inquiète de rien. Rien du tout. Leur mère n'était pas passée, et alors ? Elle allait bientôt arriver. Bientôt. Pris dans une bataille de polochon épique avec Romeo, il avait jeté un regard étonné à son autre jumeau, revenu dans la chambre avec un verre d'eau et une mine préoccupée ; et tout leurs jolis sourires, comme s'ils s'étaient donné le mot, avaient pris la permission de minuit. Ils s'étaient enfuis de leurs visages juvéniles à toute allure, tant et si bien que quand ils avaient descendu pas à pas les escaliers pour aller vérifier ce qu'avait dit Lorenzo – « maman pleure, en bas » – leurs précieux éclats de rires étaient déjà loin. Loin, loin, loin. Le plus loin possible de toutes les larmes qui risquaient de suivre, enfuis à l'abri pour revenir plus forts et plus brillants ensuite. Il se souvenait, oui. Il se souvient.
Mais ces trois petits garçons serrés les uns contre les autres pour tenter d'entendre la conversation téléphonique de leur mère, ce n'était pas eux. Ces enfants aux doigts entrelacés, attendant avec appréhension de comprendre pourquoi ces sanglots si lourds à une heure si tardive, ils leur ressemblaient peut-être mais ce n'était définitivement pas eux. Ce n'était pas eux ; ce n'était pas eux. Ce n'est pas eux. Ce n'était pas eux. Ce n'est pas eux. Ce n'est pas eux. Ce n'est pas eux.

« Comment est-ce que je peux dire à mes fils de onze ans qu'ils ne reverront jamais leur père ? »

Ce n'est pas eux.
Le bruit du cœur qui casse, ce n'est pas eux.
Le film qui finit mal, ce n'est pas eux.
Les visages en larmes, ce n'est pas eux.
Ce n'est pas eux – puisqu'il vous dit que ce n'est pas eux !
Eux ils sourient, ils vont bien – ils vont bien, bien bien bien, bien, bien –
Ils sourient, ils vont bien ; ce n'est pas eux. Ce n'est pas eux.
Alors virez ça de là, qu'est-ce que ça vient faire là ? C'est leur histoire, c'est eux qui choisissent et c'est bien la moindre des choses, non ? Quand on peint une toile, on gomme ce qu'on veut et on lui donne le nom qu'on veut.
Celle-là s'appellera « on est heureux tout les cinq et on va bien » ; celle-là appartient aux Hercolani et rien qu'aux Hercolani.
Personne n'a le droit de me dire ce qui est arrivé ou pas. Ce n'est pas nous et c'est tout.
C'est tout.

« Aurelio ? Tu as entendu ma question ? »

Ce n'est pas eux. Il sourit et tout va bien ; ce n'est pas eux. Cinq cinq cinq, ce n'est pas eux. Trois cinq et les cerises sont dans le panier, sourieeeeez ~ Souriez. Ses frères sont dans la pièce d'à côté et il va bien. Il ira toujours bien. C'est suffisant, pourquoi auraient-ils besoin de se souvenir de choses qui ne leur sont même pas arrivé ? Il n'est pas en deuil, il va bien. Il n'est pas trop dépendant de ses frères, il va bien.
Il y croit et il va bien.

« Oui oui. »

Le psychologue le regarda sourire, patient et attentif à d'éventuels changements dans son expression. Il finirait bien par sortir de ce déni constant dans lequel ils s'étaient enfoncés tout trois. Ce n'était qu'une question de temps et d'efforts ; ils ne pouvaient pas vivre comme ça éternellement. C'était impossible, tout simplement.
« Je vais bien » ? Bien sûr que non. Loin de là.
Ils n'allaient pas du tout bien, au contraire.

« Et doooonc, ma mère a jamais dit que notre père était mort, lança-t-il en observant le bouton de sa manche – juste parti pour très longtemps. Les grandes personnes exagèrent toujours. »

Mot pour mot, les même illusions depuis des années : c'en est devenu tellement vrai qu'Aurelio ne se rend même plus compte qu'il ment. C'est son monde, c'est leur monde. Leur père va bien et ce psy dit n'importe quoi – quant-à leur mère, elle est juste inquiète parce qu'elle aimerait revoir son mari bientôt. C'est normal de s'inquiéter puisqu'elle l'aime ; elle s'inquiète aussi pour eux, mais c'est aussi parce qu'elles les aime.
Un rire s'échappa d'entre ses lèvres souriantes. Bloqué, lui ? Dans le déni ? Malade ? Cassé ?
Il devait y avoir erreur sur la personne, parce que les seuls à être aussi heureux que lui étaient assis à quelques mètres de là, dans la salle d'attente. Personne au monde ne devait être aussi épanoui qu'eux. Personne.
Alors, franchement –
Ça ne tenait pas la route, leurs explications débiles. C'était ridicule et lui, il souriait.

« Il a promis de nous emmener ! Il reviendra. »



Main sur la hanche, Adele regarda ses trois fils partir à grandes enjambées pressées hors de la maison. Elle les suivit du regard alors qu'ils s'éloignaient, suivant leur progression à travers le carreau parfaitement transparent de la fenêtre jusqu'à ce qu'ils soient tout à fait hors de vue ; et là, le cœur enveloppé sous une lourde chape d'inquiétude, elle se demanda ce que les autres auraient vu à sa place.
Un des triplé qui en pousse un autre, le troisième qui pince les côtes du premier ? Des éclats de rires sincères et joyeux, des garçons de treize ans en parfaite santé ? Des ados excentriques ? Trois jolis sapins ou encore trois tortues ninjas ? Et son mari, qu'aurait-il pensé de cela ?
Un soupir résonna dans la pièce vide. Être seule dans cette grande maison avait quelque chose de déprimant ; pourtant il fallait bien que le ménage soit fait, et les garçons ne pouvaient pas constamment rester enfermés entre ces murs. Il fallait qu'ils se dépensent et elle, que ses oreilles prennent un peu de repos de temps en temps. Une pause bien méritée. Balais en main, elle se baissa pour récupérer un des vieux jouets qui traînait dans la chambre de ses fils. Elle se rappelait encore parfaitement de leurs sourires extatiques à chaque nouveau jeu, à chaque anniversaire : et si le temps et le poids des ans l'aurait empêché de retrouver à coup sûr qui avait eu quoi quand, ces souvenirs ne s'étaient pas effacés pour autant. Un souvenir ne s'efface jamais vraiment. Ni ceux de Roberto, qu'ils soient douloureux ou d'une incroyable douceur, ni ceux des jours qui avaient précédés ou suivis. Il y avait un avant et un après, oui – mais il fallait faire avec, la vie était ainsi. C'était difficile ; elle avait beaucoup pleuré. Parce que c'était injuste, parce qu'elle ne voulait pas le perdre si tôt.
Mais elle avait essuyé ses larmes tant bien que mal. Ce n'était pas tout de s'apitoyer ; elle avait trois enfants à consoler, trois petits démons terriblement attachés à leur père qui auraient dû sangloter des des jours et des jours durant, chercher le réconfort de ses bras, poser des questions, demander pourquoi, pourquoi.
D'un geste vif, elle reposa le jouet à sa place.
Qu'auraient-il vu ? Elle ne le savait pas. Tout ce qu'elle savait était ce que ses propres yeux percevaient.
Romeo qui pousse Aurelio, Lorenzo qui pince les côtes de Romeo. Des garçons de treize ans en parfaite santé qui rient sans se soucier de rien. Des adolescents qui refusent d'admettre la vérité. Trois jolis, très jolis sapins, trois petites tortues ninjas sans papa.
Et elle ne savait pas quoi faire pour les aider à avancer ; elle ne savait pas.

Il fallait faire quelque chose, mais quoi ?

Si seulement Roberto était là.



« Votre mère va vous tuer.»

Les trois garçons tournèrent des yeux amusés vers Carlo. Seuls deux d'entre eux étaient encore assis sur les fauteuils moelleux du coiffeur ; Aurelio, qui était passé un peu avant, observait quant-à lui la couleur sapin qui colorait ses cheveux avec une satisfaction évidente. La jeune femme qui lui avait appliqué la teinture le regarda prendre la pose devant un des miroirs sans réussir à réprimer un rire ; ce genre de couleurs, ce n'était pas tout les jours qu'on leur en demandait. Surtout en trois exemplaires. Eux aussi souriaient. Seul leur ami, en fait, semblait penser que soit ça ne leur allait pas, soit ce n'était pas une bonne idée. Peut-être un peu des deux.
Pas abattu le moins du monde par le manque d'entrain du garçon, Aurelio tapa gaiement dans ses mains.

« Mais non, elle nous tuera pas ! Elle avait dit oui, de toute façon. »

Craignant de n'être la seule personne encore sensée dans cette pièce – et peut-être à raison – Carlo leva les yeux au ciel. Que ses amis passent leur temps à se faire passer les uns pour les autres, soit. Qu'ils courent à travers Rome sans arrêt, c'était habituel. Qu'ils soient excentriques et ne s'inquiètent pas d'avoir peu d'amis, ce n'était pas nouveau. Qu'ils clament être des tortues ninjas et s'inventent une bestiole imaginaire pour leur tenir compagnie, bon, pourquoi pas. Mais là, vraiment, ils avaient un tout petit peu exagéré. Un tout petit peu.
Déjà qu'on les remarquait à coup sûr avant, là...
C'était à se demander s'ils connaissent le sens du mot « gêne ». Carlo aurait préféré l'ignorer, lui aussi. Ça l'aurait beaucoup aidé pour les mois à venir, songea-t-il en tendant le bras pour tirer sur une des mèches d'Aurelio.

« Elle avait dit oui pour quelques mèches, rétorqua-t-il en pinçant les lèvres. Donc elle va vous tuer.

-Mais noooon ! »

La réponse, lancée à l'unisson par trois voix insouciantes, attira l'attention des coiffeuses. Aurelio en sourit de plus bel ; Carlo s'enfonça dans le canapé. C'était drôle, juste drôle. Leur mère s’énerverait sûrement – un peu – mais ce ne serait que passager. Et puis elle s'habituerait : il avait entièrement confiance en le pouvoir magique de la teinture verte qui recouvrait sa tignasse châtain. Au pire du pire ils seraient punis – même si ç'aurait été terriblement injuste – mais impossible pour qui que ce soit de faire marche arrière ; le vert resterait vert. Vert tortue ninja ou vert sapin, comme ils l'avaient brillamment indiqué aux jeunes femmes. La plus belle couleur au monde. Vert Rome, vert vert.
Ce n'était pas le regard mitigé de son ami qui allait le faire changer d'avis. Des mèches, tout compte fait, ça n'aurait pas été suffisant. Une teinture complète, c'était parfait. Par-fait.
Même si les coiffeuses avaient hésité à aller au bout de leur idée en entendant Carlo s'exclamer qu'ils n'avaient pas le droit. Au final, tout était bien qui finissait bien.

« Il faudra qu'on la montre à papa ! s'exclama soudain un des triplés. Il va adorer.

-C'est sûr ! On pourra se fondre dans les hautes herbes, avec ça.

-Le déguisement parfait.

-On aura qu'à attendre qu'il revienne pour lui faire la surprise !

-Eh ben vous allez attendre longtemps... »

Aurelio laissa s'échapper un drôle de ricanement bizarre ; l'instant d'après, il chatouillait Carlo sans se préoccuper des regards étonnés dirigés vers eux.

« Sois pas mauvaise laaaangue, t'es juste jaloux ~ »

La tristesse qui avait résonné dans cette voix si familière – vous allez attendre longtemps –, il ne la remarqua pas ; ne voulut pas l'entendre. Longtemps, longtemps, ça ne voulait pas dire grand chose. Leur père reviendrait la semaine prochaine, sûrement, ou peut-être celle d'après : ce n'était pas si long que ça. Leurs cheveux n'allaient pas s'envoler entre temps, non ? Alors aucune raison de s'inquiéter !
Là où les trois garçons voyaient l'image d'un père admirable attendant patiemment de pouvoir rentrer chez lui, Carlo voyait une tombe à laquelle il manquait trois bouquets de fleurs. Une fois de plus, il ne sut que dire ; ne dit rien.
Parce qu'ils souriaient, au moins.
C'était mieux que de ne plus être là du tout, n'est-ce pas ?

Accrochés à leurs foutues grimaces comme à une croix.



Privé de quelqu'un ? N'importe quoi !
Personne a le pouvoir de faire ça. Personne.
Tu dis « on », mais as-tu déjà posé la question à tes frères ?
Votre père est mort, il n'est parti...
Je veux voir mes frères.
Juste quand votre père rentre, vous êtes...
A moins qu'on le punisse de ses frères, à la rigueur.
Mais personne peut faire ça. Personne –
Je veux voir mes frères, je veux voir mes frères.


Et la Mort, alors ?



La quoi ?

« Hhhh... »

Aurelio plissa les yeux, le cœur lourd ; tendit le bras, ne trouva rien, roula sur le côté. Tendit le bras à nouveau, effleura le rebord d'un autre lit – tendit plus loin, un tout petit peu plus loin.
Sa main se referma sur une manche semblable à la sienne, enfin.
Fatigué, désireux de vite se rendormir, il ne dit pas un mot. Quand bien même il sentit que son frère s'était réveillé, lui aussi, il ne dit rien. Ce n'était pas nécessaire. Il n'en eut pas besoin.
On était trop loin ; rassuré, il ramena son bras contre lui.

La quoi ?
La rien.
La rien du tout.



S'ils n'avaient pas été trois à vouloir s'en convaincre, sans doute l'illusion aurait-elle dépérit d'elle-même. Comme une fleur livrée aux vents, un mur trop fragile ; ils auraient fini par admettre. La conclusion en était triste, navrante. Que ce soit le garçon en face de lui, le précédent ou le suivant, le psychologue était formel : s'ils voulaient guérir, ils devaient se lâcher ne serait-ce qu'un peu. Admettre de vivre les uns sans les autres. Desserrer les nœuds qu'ils avaient sciemment tissés entre eux.
Il observait leurs mimiques, les si rares différences qui ne permettaient pas même de les distinguer, tentant d'établir petit à petit un remède contre le mal qui les empêchait de finir leur deuil. Il finirait par y arriver ; au fond, peut-être les triplés le craignaient-ils un peu.
Face à leur chagrin, leur problème actuel avait paru être la meilleure des solutions. Pour eux, le déni avait été le seul choix viable. Parce que s'ils acceptaient d'admettre que leur père n'était plus là, s'ils devaient continuer à vivre, pleurer et fleurir sa tombe –
Alors ça voudrait dire que tout n'allait pas si bien, non ? Ça voudrait dire que la Mort rôdait, qu'elle pouvait les attraper à tout moment. Et ça, c'était...

Impossible. Impossible, impensable. Pourquoi choisir la douleur ?

Lui – eux, ils voulaient rire. Juste rire.

Après un au-revoir en règle et la promesse d'une séance prochaine, il laissa filer le jeune homme. Aurelio s'éloigna d'un pas léger ; et sitôt la porte fermée, le spécialiste put entendre les échos de leurs voix en tout points semblables se propager à travers les murs.
Ça va être compliqué. Mais après tout, c'était son métier. Au fur et à mesure, ces jeunes gens reviendraient à des pensées plus raisonnables. A la prochaine séance...

Sauf qu'il n'y eut jamais de prochaine séance.



Jamais plus de cavalcades dans les rues de Rome.

Ils sortaient de chez le psy ; rester assis trop longtemps les avait engourdis. Aurelio jeta un coup d'oeil à son portable, ouvrit des yeux perplexes en constatant qu'ils avaient fini en avance. C'était bien leur veine, ça. En plus leur mère n'était pas là, du coup – à supposer que ce ne soit pas la seule et unique chose qui les dérange réellement dans tout ça. Il faisait froid, gris, moche. Comme tout enfant qui pense que tout va bien, que tout est drôle et que tout lui est dû – comme toute personne ignorante de son destin, le jeune homme ne pensa pas à embrasser une dernière fois la ville du regard. Il faisait juste moche, gris, froid. Il y avait des pigeons, des voitures et du vent.
Et leur mère n'était pas là.

Jamais plus de Carlo, jamais plus de maman.

« Ça me plaît moyen d'attendre une demi-heure dans le froid qu'elle arrive, fit Romeo en se tournant vers sa gauche. On a qu'à aller au McDo en l'attendant. Au moins, on aura chaud.

-Je te suis. En plus, ce rendez-vous était épuisant.

-Il est trop stupide, ce psy. Il devrait se soigner lui-même avant de penser à soigner les autres. »

Ils rirent ; tous étaient d'accord sur ce point. Comme toujours. Leurs pas résonnèrent sur le trottoir, tantôt synchronisés tantôt désaccordés, tandis qu'ils marchaient vers le restaurant. Un deux, un deux, un deux – trois fois, six fois, neuf fois. Il faisait froid : Aurelio serra un peu son pull contre lui, renifla. S'il neigait, ce serait plus marrant de voir ça de l'intérieur. Ils pourraient aller faire de super batailles de boule de neige ensuite, si ça tenait au sol. Il espéra que ça tiendrait.

Jamais plus de maison. Jamais plus de McDo.

Lorenzo poussa la porte ; ils suivirent sans hésiter et la claquèrent derrière eux, en clients gentils et responsables, soucieux des oreilles du plus grand nombre. Levèrent le nez vers le somptueux Hall d'un même geste étonné, plongés dans une incompréhension telle qu'ils ne surent pas immédiatement quoi dire, quoi faire.
Aurelio se crispa ; à peine, rien qu'un peu, mais il se crispa. La peur, raisonnable, tenta de se faire entendre. Le déni, plus tentant, susurra à ses oreilles la même chanson qu'il devait murmurer à ses frères. Il les regarda, inspira. Ecouta son frère pousser une exclamation interdite et, raccrochant le wagon par peur qu'il ne parte sans lui, il donna un coup de coude au troisième.

« On devrait aller voir s'ils ont quand même des frites ! J'ai faim, moi. »

Papa reviendra, maman viendra nous chercher.
Tout va bien, tout va bien.



• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •


« Caro amico tu sei, il fratello che
Che sa tutto di me e ogni volta c'è.
Sei l'amico che ho
Più simile, più uguale a me. »

one two three :
 


Dernière édition par Aurelio Hercolani le Sam 28 Sep 2013 - 22:07, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: HERCOLANI Aurelio { Nothing is ever gonna get me down.   Lun 15 Avr 2013 - 0:12

Moi aussi j’aime le vert ♥ XD
Bon et bien tout vu, tout lu, et tout compris ^^, encore une fois merci pour ce bon moment Nii, comme d’habitude, toujours du contenu aussi qualitatif, vivement la prochaine ^^.
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MessageSujet: Re: HERCOLANI Aurelio { Nothing is ever gonna get me down.   

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HERCOLANI Aurelio { Nothing is ever gonna get me down.

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