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 MOISAN Louise { Morgenrot - wenn das Licht die Nacht bedroht

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Semi-sweet Semicide
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MessageSujet: MOISAN Louise { Morgenrot - wenn das Licht die Nacht bedroht   Sam 29 Déc 2012 - 17:46



* Louise Moisan


*nom – Moisan
*prénom – Louise
*age – 16 ans ½
*née le – 28 Septembre 1997

Pouvoir
Générer un champ électromagnétique.

Pour faire simple, Louise émet constamment des ondes électromagnétiques : on pourrait la comparer à un téléphone, une télévision ou encore un radar. C'était déjà le cas avant, ce sera toujours le cas maintenant. Là où son pouvoir intervient est dans sa capacité nouvelle à agir sur le champ électromagnétique en question. Elle a en effet la possibilité d'en changer la fréquence et l'intensité/puissance, à condition de savoir comment faire. Sachant que pour l'heure elle ne contrôle rien du tout, son utilisation en est instinctive. C'est à dire que :
• Si elle se sent de meilleur humeur qu'à l'accoutumée, elle sera plus sujette à l’électricité statique ; plus elle est heureuse, pire c'est. Comme dans ces cas-là elle se prend des poignées de châtaigne dès qu'elle touche à une poignée de porte, une fourchette ou même une autre personne, ça a tendance à rapidement gâcher sa joie.
• Lorsqu'elle est triste ou déprimée, elle peut interférer avec les appareils qui l'entourent. Montres qui s'arrêtent, images qui sautent sur les télévisions et/ou ordinateurs, lumières qui vacillent, téléphones portables qui s'éteignent... Là encore, les phénomènes empirent avec son humeur.
• Quand elle est énervée, pour finir, les effets sont plus radicaux. Plus elle est en colère – pas juste agacée, donc – plus vous vous sentirez mal en sa présence. Fatigue, fourmillements, maux de tête, nausées, anxiété, rougeurs, engourdissement, acouphènes, troubles visuels, irritabilité, paranoïa, maladresse... Suivant les cas, ça peut être plus ou moins grave.
Sachant que de trop fortes émotions auront le même effet sur elle que sur les autres. C'est elle qui se prendra le plus de décharges électriques, elle qui se sentira la plus mal et perturbée si elle s'énerve trop fortement. Résultat, si vous commencez à avoir des hallucinations, c'est à priori son cas aussi. Il est d'ailleurs courant que, en cas de trop forte colère/tristesse/joie, vous puissiez observer les répercussions physiques sur Louise. Yeux qui virent entièrement noirs, saignements de nez, lèvres qui bleuissent comme si elle avait froid... Ce qui peut être vaguement gênant.

Alter Ego Astral
Louise voulait un hérisson. Un hérisson, un hérisson, un hérisson – et elle en a piqué, des crises de larmes, pour avoir cette fichue bestiole. Seulement quand la petite fille a décidé de remédier à la frustration par l'imagination, les images se sont emmêlées dans sa tête. Un hérisson, pour elle, c'était une petite bête qui s'enroule sur elle-même. Et dans le fond, pour un enfant, entre une photo de tatou et une image de hérisson...
Elle se retrouve donc avec un gentil tatou. Qui, comme elle à l'époque, est persuadé d'être un hérisson.
Pour ce qui est de son nom, elle évitera de vous le donner ; parce que si pour d'obscures raisons elle avait jugé bon d’appeler ce dernier Chaussure quand elle était petite, crier 'Chaussure' à travers les couloirs lui semble très moyen à présent. Très, très moyen – et pas du tout cool en tout cas. Cette sale bête refuse pourtant de venir ou de ne serait-ce que répondre si elle l'appelle autrement : à croire que lui, il aime ce prénom plus que tout au monde.
Quoi qu'il en soit, Chaussure a tous les traits de caractère que l'on pourrait attendre d'un animal de compagnie : gentil, câlin, joueur et affectueux, il ne manque pas une occasion de paresser dans un coin, de prendre le soleil ou de se rouler sur les genoux de quiconque l'y invite. Il n'est pas vraiment de bon conseil, voire un peu simplet sur les bords – mais il est gentil et après tout, c'est tout ce qu'on attend d'un animal. Ne sachant comment réagissait ce genre de bête, elle lui a tout simplement attribué le même comportement qu'à son ancien chat. Un tatou-hérisson qui agit comme un chat, donc.
Ne vous attendez pas à le voir avec Louise, en revanche : car s'il accepte de l'approcher et de lui parler, jamais il ne grimpera sur ses genoux ni ne se laissera porter. Si elle essaie, c'est griffures et exclamations aiguës assurés. Et elle essaie, pourtant. Rien à faire. Le seul moment où il veut bien s'approcher d'elle est quand elle dort : là, immanquablement, vous pourrez l'observer roulé en boule sur son dos.
Au réveil, elle a à peine le temps d'ouvrir les yeux qu'il part grimper sur un autre lit.

Passions
Louise est littéralement fascinée par les uniformes – quels qu'ils soient – et il n'est d'ailleurs pas rare qu'elle essaie d'en porter : ça va de l'éternel smoking aux tenues de restaurateurs en passant par les ensembles scolaires et les costumes de magicien. Elle est aussi accro aux SMS (écrire en abrégé, son rêve) et dénote d'un goût particulier pour les liqueurs (ce qui rend ses SMS encore plus obscurs, d'ailleurs). Sinon, elle est fan de toute personne qui a l'air très calée dans n'importe quel domaine.
Elle aime également regarder le sport à la télé, jouer au tennis – bien qu'elle soit complètement nulle, les chats, les pulls, les épaules, le théâtre, se lever de bonne humeur, l'allemand, être bien coiffée, le rose, le noir, les vieux dessins animés, les films en noir et blancs et les comédies romantiques, les parapluies, les jolies chaussures, les garçons plus âgés, découper dans le journal pour écrire des lettres de menaces stylées aux gens qu'elle n'aime pas. Mais vu le nombre de fautes, on la reconnaît rapidement. (on ce demandes bien pourquoi, camp meme)

N'aime pas / Phobies
L'orthographe, la conjugaison, la syntaxe, la grammaire... Urgh. Louise a de vrais problèmes pour écrire, du genre qui vous font avoir non pas zéro à chaque dictée mais -20 ; une chance que les points sous la moyenne ne comptent pas. Elle déteste le français, l'anglais, les maths, les sciences, l'art plastique et j'en passe – en clair, l'école de manière globale. Hormis cela, elle n'a aucune vraie phobie. Les araignées ne lui font pas peur, pas plus que les insectes ou les gros chiens. Tout au plus est-elle mal à l'aise par rapport au sexe et sensible à la vue du sang.
Du reste, elle n'aime pas tout un tas de choses très banales. Citons entre autre les paquets de chips à demi vides, les émissions éducatives, les jeux télé 'pour vieux', les arrêtes dans le poisson, les bonbons qui piquent, les capuches, la pluie, les films d'horreur, être traitée d'idiote, l'eau, les critiques, être comparée à quelqu'un d'autre, les clôtures électriques, la montagne, les talons qui cassent, la boue, les personnes trop belles et trop intelligentes ou pire, trop moches et trop gentilles.



« Louise,
Je ne veux plus que tu passes la nuit
En bas de l'avenue, sous un parapluie »

Physique

Louise est en pleine adolescence, Louise prend soin d'elle. Louise aimerait être belle mais se contente d'être coquette. Louise se coiffe et se maquille. Louise sourit, Louise pétille. Louise est une jolie petite fille.
Les apparence sont trompeuses ? Ça, tout le monde s'en fiche ! On regarde et on juge, on est déçu qu'ensuite. Or, elle, elle ne veut pas être jetée avant même d'avoir ouvert la bouche. C'est important, de bien présenter. C'est même primordial. « Si on est moche on arrive à rien dans la vie » ; elle en est convaincue. On l'en a convaincue. La nuance a peu d'importance.
Comme elle ne part pas avec tous les avantages, la jeune fille doit se débrouiller pour compenser. Aveuglée comme beaucoup de filles de son âge par les mannequins et les médias, elle ne jure que par les photographies de ses actrices préférées : c'est à ça, qu'elle aimerait ressembler. A une fille à la peau parfaite, belle même au naturel, avec la coupe de cheveux idéale et les longues jambes qu'on peut laisser découvertes en toutes circonstances. Alors forcément, elle complexe. Envie, jalouse, grince des dents et peste contre les images retouchées et tout le bataclan.
Ça ne l'empêche pas de vouloir leur ressembler. Même si elles sont atrocement arrangées et trop moches en vrai, bien entendu.
A défaut donc d'être Miss France, elle s'arrange pour réparer les injustices de la génétique à sa façon. Son mètre soixante-cinq peut être compensé par un peu de talons ; et puis, bon, ce n'est pas une si mauvaise taille. Sa peau est badigeonnée de crèmes en tout genre pour empêcher les boutons de s'installer dessus – et s'ils font de la résistance, un peu de maquillage et hop, on en parle plus. Et si on en parle encore, eh bien... Elle préfère mettre un pansement dessus et prétendre s'être coupée plutôt qu'admettre que, non, un peu d'acné ne la tuera pas. Vous ne pouvez pas en être sûr, d'abord, que ça ne la tuera pas. Mieux vaut trop de précautions que pas assez, et tant pis pour le portefeuille de papa et maman.
Ses yeux sont plutôt grands, détail dont elle est tellement fière que vous risquez de l'entendre régulièrement – et ce même si ça n'a absolument aucun rapport avec la conversation parce que, bon, elle doit s'assurer que vous avez remarqué ses jolis yeux. Leur couleur, en revanche, laisse franchement à désirer. Si encore ils étaient vert émeraude, vert jade ou même vert herbe, elle aurait pu s'en réjouir : mais non, pensez-vous. Ils sont d'un vert kaki, un vert sale qui tire au marron-gris-bizarre. Un vert raté, quoi. Le vert avec lequel on ne peint rien du tout parce que, à priori, on l'a obtenu par erreur. Mais quoi qu'il en soit – et même si elle en rêve – elle n'a jamais mis de lentilles de couleur pour remédier à ce problème de la plus haute importance. Pourquoi ? Parce qu'elle en porte déjà des transparentes, tout simplement, et que ses parents refusaient de payer plus cher pour rien.
Puisque oui, tant qu'à faire, Louise n'y voit rien à deux mètres. Comme elle déteste porter des lunettes, vous ne la verrez probablement jamais avec : c'est pas pour rien qu'on lui a acheté des lentilles, hein. Il n'y a donc que la nuit, quand elle enlève ses lverres de contact, qu'elle doit mettre ces satanés lunettes en cas d'urgence. Concrètement, ça n'arrive jamais.
Le reste de son visage est très banal. Un nez plutôt droit et assez passe-partout, des lèvres un rien trop fines, des sourcils blonds soigneusement épilés, de petites fossettes... Rien à signaler, en somme. Et puis tout ça, à moins de se faire opérer, elle aurait du mal à l'arranger. Tant pis. S'il y a bien un détail en revanche sur lequel elle ne fait aucun vrai effort, c'est son poids. Louise n'est pas grosse, non – il ne faut rien exagérer – mais ce serait un comble de dire qu'elle est sportive et athlétique. Elle n'a pas le ventre plat, c'est clair. Il y a des moments où ça l'ennuie (quand elle regarde les sportives féminines à la télé, en général) et où elle promet de se mettre au jogging et à la gym, mais ça ne dure jamais. En clair, ses semaines sont ponctuées par ses promesses d’amélioration niveau fitness et ses moments d'abandon où elle s'écrase sur le canapé et demande à son frère de lui apporter de la glace. Tant pis, elle restera molle. Ça ne se voit pas sous ses vêtements, de toute façon. Et puis faire un régime ? Jamais de la vie ! Elle craint trop de perdre sa jolie poitrine pour vouloir tenter l'expérience. Non merci.
La dernière chose que Louise apprécie dans son physique – hormis la taille de ses yeux et sa poitrine, donc – ce sont ses cheveux. Ils sont blonds, naturellement raides et faciles à coiffer ; le bonheur. Elle les a longtemps eu longs, voire très longs, mais les garde courts depuis un peu plus d'un an maintenant, avec juste une mèche plus longue sur la droite. Ça lui va tellement mieux ! Quoi que. Ça la vieillit un peu.
Ah, oui. Louise a seize ans : ça se voit très nettement quand elle ne se maquille pas trop et qu'elle s'habille comme les filles de son âge. Mais quand elle force un peu plus sur le crayon et le fond de teint et qu'elle enfile une tenue plus adulte, on lui en donnerait facilement dix-huit.
Honnêtement ? Ça l'arrange bien.

Niveau vêtements, Louise suit globalement les modes. Elle avouera une préférence pour les tenues un peu travaillées et mignonnes, mais ça ne l'empêchera pas d'aller contre son propre avis si c'est pour suivre le mouvement. Disons qu'elle préfère malgré tout le rose, le blanc, le beige et le noir et préfère globalement les pantalons aux jupes, quoi qu'en porter ne la dérange pas. Elle déteste être mal habillée, même les dimanches ou quand elle larve chez elle. Il est également important de noter qu'elle adore, adule, idolâtre les costumes de toutes sortes. Le résultat de son obsession est que, à aujourd'hui seize ans, elle a amassé un certain nombre. Certains sont trop grands pour elle – voire tout simplement taillés pour des garçons – mais elle les garde quand même. Au cas où. On ne sait jamais : elle pourrait croiser un jeune homme qui accepterait de l'enfiler pour elle.

Caractère

« Louise est gentille, hein, mais, euh... »
Mais stupide. Ça va, elle le sait, elle l'a parfaitement compris – malheureusement ou pas, à vous de voir ; en tout cas elle en a parfaitement conscience. A force d'entendre tout le monde répéter que vous êtes lente, abrutie ou juste débile, vous finissez par intégrer l'idée. C'est pas bien compliqué. Du coup, la pauvre petite a abandonné l'idée de se défendre à ce niveau. Oui, elle l'est ; oui, elle le sait. Maintenant qu'on lui fiche la paix.
Il faut dire que Louise ne fait pas grand chose pour améliorer son cas. Elle n'est pas très intellectuelle, n'a pas envie d'être intellectuelle et ne cherche plus à le devenir ; en clair, elle a jeté l'éponge. Tant pis. Ses résultats scolaires ont toujours frôlé la catastrophe, ses remarques manquent clairement de profondeur et elle est totalement incapable de tenir une discussion politique ou philosophique, mais... On s'en fout, non ? Elle ne porte aucun intérêt à ces trucs-là de toute façon. Parfois elle aimerait qu'on prenne le temps de lui expliquer, patiemment et sans crier, mais rares sont ceux qui ont le courage nécessaire pour ça : alors un beau jour, elle a décidé de ne plus s'intéresser à rien. Sa curiosité, elle la range au placard dès qu'on l'accuse d'être stupide.
Elle fait la moue, pince les lèvres. Fait ses bagages et va marmonner plus loin.
C'est quand même un sacré numéro, Louise. Elle avait tendance à ne pas trop se faire remarquer étant plus jeune, mais depuis un moment déjà elle ne se prive plus de ce côté-là. Elle rit fort, crie d'un trottoir à l'autre pour appeler une amie, grimpe sur les épaules de qui veut bien la porter... Ça fait plaisir à voir, tant de joie à vivre. Ça casse un peu les oreilles, aussi. Mais haut les cœurs, on vit et on verra ensuite ! Vu qu'elle ne réfléchit pas beaucoup, vous me direz, elle n'a pas trop à s'inquiéter. Ou pas sur le moment. Mourir l'effraie, c'est certain. Ça se voit. Elle ne veut ni vieillir ni s'en aller, mais elle encore trop jeune pour y penser sérieusement : lui faire comprendre que quelque chose est dangereux tient de l'utopie. Il faudrait qu'elle en meure presque pour en être effrayée.
Danser au milieu de l'autoroute, d'accord, c'est débile. Mais traverser la rue en courant quand le feu est vert, bon... Personne en meurt jamais, hein, pas la peine de lui crier dessus !
Enfin. Elle a beau être stupide et inconsciente, la demoiselle reste quelqu'un de globalement gentille et souriante. Elle adoooore la vie, elle l'adore elle l'adore. Il lui arrive même de vouloir enlacer un arbre juste pour se dire que, oui, elle peut enlacer un arbre et que c'est juste trop cool d'être en vie et de pouvoir enlacer les arbres (ça lui arrive plus généralement quand elle boit, d'accord, mais malgré tout). Elle respire la bonne humeur et les ambitions simples, un peu comme un enfant en bas-âge. Se gérer elle-même, devenir indépendante et penser à son avenir sont trois choses qu'elle ne compte pas faire de sitôt. Pourquoi faire ? Elle a seize ans et demi, la vie d'adulte est encore loin. Alors elle papote, envoie des SMS, fait les soldes, essaie d'être un peu populaire... Des trucs d'ado corrects, en somme. Et des trucs un peu moins corrects aussi, de temps en temps. Comme sortir en douce, faire le mur, sécher les cours, rentrer incognito en boîte et aller à des fêtes où « non non papa il n'y aura ni alcool ni garçons c'est juré ». Elle profite, rien de plus. Ce n'est pas non plus une alcoolique ou une traînée, il ne faut rien exagérer.
De toute façon, ça ne l'intéresse pas. Et par « ça », entendez ce-qui-pourrait-donner-envie-à-son-père-de-dégommer-le-copain-actuel. Devant ses amies, bien sûr que si, elle est intéressée. Ce qui ne l'empêche pas de frémir à l'idée de – non, sérieusement, elle ne veut pas. Flirter c'est mignon, c'est flatteur ; ça s'arrête là. Elle a un blocage, très léger, à ce niveau. Blocage qu'elle appellerait « je suis trop jeune bande de pervers ». Pas que ses parents la contredisent particulièrement.
Louise rit, s'ennuie. Louise pleure, aussi. Ses petits chagrins prennent souvent des airs de fins du monde, et il n'est pas rare qu'elle crie que 'personne ne la comprend, de toute façon' avant de claquer la porte de sa chambre. Ça ne dure heureusement pas ; prend rarement des proportions exagérées. Elle reste gentille – quoi qu'un peu capricieuse et jalouse – et ne cause pas trop de soucis à ses parents niveau comportement. Pas trop. Sauf quand elle est en colère, et encore. Parce que dans ces moments-là, ils ne peuvent rien faire du tout.
Parce que oui, elle a des petites colères, Louise. Toutes petites. Microscopiques. Du genre où elle a envie de tout casser, vous et elle y compris. Mais ça arrive si rarement : une, deux fois en tout. Du moins d'après ses parents. Heureusement qu'elle n'est pas rancunière et un peu bête, n'est-ce pas. Ça lui évite de se méfier de tout le monde. Et quand on brise sa confiance, elle a tôt fait de croire en la version de quelqu'un d'autre : une version plus calme, plus acceptable. Ça minimise les dégâts.
« Elle ferait pas de mal à une mouche, Louise » qu'ils diraient ; « Elle est trop bête pour se rendre compte de quoi que ce soit, de toute façon. »
Eh bien, ce n'est pas tout à fait faux. Pas tout à fait, et elle insiste sur la nuance. C'est qu'elle a bonne mémoire, l'idiote de service. Dommage, dommage.
Surtout que... Elle a beaucoup changé, mine de rien. Peut-être qu'elle était plus gentille quand elle était effacée et un peu triste.
Enfin ! Ce n'est pas comme si elle était devenu une toute autre personne non plus. Elle a grandi, c'est tout.
Compris ? C'est tout. Parce que ça l'énerve très légèrement, quand on lui dit qu'on la préferait avant ou qu'elle serait mieux autrement. Pour un peu, elle pourrait presque vous en vouloir.
Heureusement qu'elle est gentille, hein ?

Histoire courte

...


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Dernière édition par Louise Moisan le Sam 28 Sep 2013 - 21:23, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: MOISAN Louise { Morgenrot - wenn das Licht die Nacht bedroht   Sam 2 Mar 2013 - 6:56


Et si le ciel pleure, Louise


Louise est une gentille petite fille. Son père le lui répète souvent : « tu es adorable, Louise » et il la serre dans ses bras fort fort fort comme si elle était la plus belle chose au monde, qu'il n'y avait rien de plus précieux ou de plus important qu'elle. Elle adore quand il fait ça. Parce que son papa l'aime très très très fort et sa maman l'aime très très fort et elle aussi elle les aime beaucoup. Et même si parfois ils la forcent à manger des haricots, elle les aime quand même. En plus après elle a des bonbons et elle aime beaucoup les bonbons, Louise. Surtout ceux à l'orange et à la fraise.
Louise aime aussi quand on est gentil avec elle, parce qu'elle elle est gentille et que c'est normal d'être gentil, c'est son père qui le lui a dit et il a toujours raison. Crier et dire des choses vulgaires c'est mal. Parfois sa maman crie un peu mais jamais sur elle ni sur Nora ou Gaël, juste sur son papa. Parce qu'il fait des bêtises, des fois, du coup elle a le droit de le gronder. On le lui a bien expliqué, pour ne pas qu'elle s'inquiète quand ça crie : « Non non, ne t'inquiète pas, c'est juste papa qui a fait des bêtises. » Elle aussi elle en fait, de temps en temps, du coup elle le comprend. Enfin ça va ce sont que des petites ou des moyennes bêtises – jamais des grosses qui t'emmènent en cage comme les gens à la télévision, ça non. Ça lui fait trop peur, les cages. Son père dit que c'est juste pour les gens méchants alors elle est très très sage et personne ne l'enferme.
Elle est gentille, Louise. On peut la laisser seule dans sa chambre, bien sûr, aucun problème : elle se tient tranquille avec ses petits crayons, le rouge le bleu le vert le violet et elle fait des dessins sur les feuilles blanches, elle colorie gentiment comme une gentille petite fille et personne ne l'embête. Dans la maison elle est en sécurité, parce que son papa l'aime et sa maman l'aime et Gaël et Nora aiment bien jouer avec elle de temps en temps même s'ils sont encore petits et qu'ils ne disent pas des choses très très intéressantes. Elle a six ans déjà, c'est une grande fille, mais Nora n'a que trois ans et Gaël est un bébé alors il pleure beaucoup et puis c'est tout. Du coup c'est elle la plus sage, vu qu'elle est plus grande et plus gentille et que son papa ne ment jamais donc ça doit être vrai.
Dedans elle est tranquille mais dehors non, dehors c'est méchant et elle n'aime pas ça. Elle ne veut plus aller à l'école non plus parce que les autres élèves l'embêtent un peu et que Lucile s'amuse à lui tirer les cheveux, et elle ne trouve pas ça drôle du tout et la maîtresse non plus n'aime pas ça et son papa et sa maman n'aimeraient sûrement pas qu'on lui tire les cheveux mais elle ne peut pas leur dire. Chut, chut. Si elle leur raconte que les autres l'embêtent ils vont peut-être la remplacer par Nora, ils vont dire « tu n'es plus adorable, Louise, maintenant c'est ta sœur la plus grande et la plus sage » et elle devra lui donner ses crayons et ses feuilles et ça non, elle ne veut pas. Ce sont ses affaires à elle. Alors chut, elle se tait. Il faut être sage et gentille, sage et gentille.
Hier elle a demandé à sa maman de lui attacher les cheveux serrés pour pas que Lucile puisse les tirer. Elle les a quand même tirés. Ça a tout décoiffé. Louise n'aime pas le dehors, non non non. Ses parents lui ont demandé si elle voulait aller jouer dehors cet après-midi et mais non elle ne veut pas aller jouer dehors. Ils avaient l'air un peu triste qu'elle préfère rester dessiner dans sa chambre.

D'un geste appliqué, elle trace une maison sur sa feuille blanche. Sa chambre est gentille, comme son papa. Son papa et sa maman ; les murs aussi. Et puis il y a son lit, parce qu'il lui tient chaud et c'est gentil de lui tenir chaud sinon elle mourrait de froid. Alors parfois elle tire la couverture sur elle et elle dit « merci de me tenir chaud » et le lit répond « mais merci, tu es très gentille », poli et attentionné comme tout. Il ne lui tire pas les cheveux, lui, au moins. Non, la maison est vraiment gentille avec elle, elle l'aime bien. Alors elle préfère rester ici et jouer avec son hérisson, c'est Chaussure et il est vraiment très adorable. Ses parents n'ont pas voulu reprendre un petit chat après que l'autre soit parti mais c'est pas grave parce que Chaussure est tout pareil et il aime les dessins. Il ne sait pas tenir un crayon mais il lui dit quoi faire et elle suit ses instructions, ça fait de jolies formes pleines de couleur.
Louise est gentille, très très gentille. Les autres à l'école disent qu'elle est bête et bizarre mais son père dit qu'elle est gentille.
La mine du crayon se brise sur la feuille ; aucune importance, elle continue son dessin. Elle est gentille, Chaussure lui dit qu'elle est gentille, tout le monde lui dit qu'elle est gentille. Ne dis pas que Lucile te tire les cheveux, ne dis pas qu'on t'a volé ton cahier. « Je l'ai perdu maman » et c'est mal Louise, c'est très mal de perdre ses affaires il faut faire attention. Elle n'a pas pleuré parce que son papa ne pleure jamais et qu'il a toujours raison alors pleurer doit être mal ou interdit ou pour les bébés comme Gaël. Louise est une grande fille, Louise est gentille alors Louise ne pleure pas, elle dit juste « pardon maman je ne le ferais plus » et elle est pardonnée juste comme ça et tout va bien.
Le trait se poursuit en dehors de la feuille, sur le parquet ciré, sur la plainte du mur. Crsssss fait le crayon – et c'est un peu comme s'il jouait à faire de la musique avec elle, alors elle aime bien. Il doit être content de sortir un peu de sa feuille, pour une fois. Le lit est gentil et les murs sont gentils, ils la protègent de la pluie et des filles qui tirent les cheveux. « Merci les murs vous êtes bien aimables » et ils répondent « mais de rien, tu es adorable », comme le lit et son papa et sa maman. Même les portes l'aiment bien. Une fois Nora a trop pleuré et elle s'est coincé les doigts dans une porte, ou peut-être que c'était l'inverse : en tout cas la porte l'a punie et ça a eu l'air de faire mal. Depuis Louise passe les portes doucement, elle appuie bien sur la clenche et elle les referme très poliment, sauf la nuit parce qu'elles doivent rester un peu ouverte sinon elle a peur. Mais ça, les portes comprennent.
Louise est gentille, très très gentille. La pointe écrasée du crayon vert tâche le mur rose d'arabesques sans queue ni tête. Pourquoi les autres se moquent d'elle pourquoi. La maison l'aime au moins. Chaussure, pourquoi les autres disent que je suis bête et c'est faux je suis juste gentille. Pourquoi Chaussure dis moi.
La porte s'ouvre. Bonjour, porte, merci de t'ouvrir si gentiment.

« Louise ? Louise, qu'est-ce que tu – chérie, ne dessine pas sur le mur ! »

Sa mère la saisit sous les aisselles pour l'éloigner du mur et elle se laisse faire, gentille gentille comme une poupée de chiffon.
Maman ne comprend pas tout. C'est pas de sa faute.

« Les murs m'ont dit qu'ils se sentaient seuls ! s'exclame-t-elle en fronçant les sourcils, comme énonçant une banale évidence. Je voulais leur faire des amis vu que ce sont mes amis. N'écrase pas Chaussure, s'il te plaît, il dort près de la feuille. »

Sa mère la pose au sol, lui attrape les épaules. « D'accord, d'accord. » Louise connaît cette tête-là : c'est la tête qui dit « oh toi tu as une carie tu vas aller chez le dentiste » et elle déteste quand elle la regarde comme ça. Ça veut dire qu'elle a fait une bêtise et elle ne sait pas quoi.
Au bord des larmes, la fillette renifle bruyamment.

« Ne m'emmène pas en cage, s'il te plaît, je serais sage ! »

Louise est gentille, elle a juste un peu trop d'imagination.
Charlène lui attrape doucement les doigts, la rassure et l'entraîne derrière elle.
Réticente mais obéissante, Louise suit sa mère en dehors de la chambre et salue les murs en sortant, mais discrètement pour ne pas l'alerter. Puis elle salue la porte. Et une autre porte. Et une autre. Parce que les portes sont ses amies et qu'elle ne veut pas avoir d'ennuis avec elles, en plus ce ne serait pas très poli, c'est déjà assez gentil comme ça de leur part de les laisser passer à tout bout de champ. Sa mère la regarde hocher la tête à chaque nouvelle pièce, tendue et inquiète.
Imaginative, qu'il dit, Iannick ; un peu en retard mais pleine d'idées et de ressources.
Tu parles. Cette fois, c'est elle qui prend les décisions.



« Alors ; Louise. Tu veux me parler de quelque chose en particulier ? »

La petite fille, qui a deux jolies couettes pour l'occasion, gigote nerveusement sur le grand fauteuil. Méfiante et prudente.

« Mon papa m'a dit de pas parler aux inconnus.

-Mais il t'a dit que tu pouvais me parler, non ? »

Louise réfléchit un moment. Puis, visiblement rassérénée, elle acquiesce vivement. Avant de venir, son papa lui a dit qu'elle allait parler à un monsieur très gentil et très intelligent à qui elle pourrait raconter tout ce qu'elle veut et il ne répétera rien à personne ; son papa ne ment jamais alors ça doit être vrai.
Le subterfuge passe comme une lettre à la poste.

« Bien. Il a dû te dire que je pouvais garder tout les secrets, aussi ? » La fillette acquiesce de nouveau. « Donc si tu veux me dire quelque chose, tu peux.

-Mais je sais pas quoi dire, je devrais dire quoi ?

-Ce que tu veux. Tu peux parler de tes problèmes, de ton papa, de ta maman, de tes amis, de ce que tu aimes bien faire... C'est toi qui choisis. »

L'avantage, avec Louise, c'est que quand elle a confiance en quelqu'un elle ne se fait pas prier pour lui raconter tout les détails de ses journées. L'homme en face d'elle connaît un minimum le sujet : avec les parents, ils ont eu une séance de préparation pour voir quelles techniques adopter, quels sujets éviter. Pour l'instant, il ne note rien. Qu'elle garde confiance en lui est capitale et les enfants, même quand ils sont loin d'être des lumières, ressentent et comprennent certaines choses avec une facilité déconcertante. En l'occurrence, « pourquoi noter si c'est un secret qu'entre toi et moi ? »
Il s'en était déjà douté en s’entretenant avec les parents mais, à l'avoir face à lui, le premier problème de la fillette n'en est que plus flagrant.

« Mon papa il dit que je dis que des choses intéressantes ! Ça va, parce que sinon tu t'ennuierais et bon ce serait pas drôle.

-Et ton papa a toujours raison ?

-Toujours ! »

La colère danse dans ses yeux verts. Évidemment.

« Maman veut que je te parle des murs, hein ? »

La facilité avec laquelle l'enfant a cerné le problème étonne le quadragénaire. Il n'en laisse rien paraître.

« Les murs ?

-Oui. Parce que j'ai dessiné dessus et elle dit que c'est interdit. Mais ce sont mes amis, argumente-t-elle en croisant les bras, visiblement vexée. J'ai le droit de faire des cadeaux, non ?

-Bien sûr. C'est très gentil de faire des cadeaux à ses amis.

-Oui ! Papa dit que je suis gentille et papa ne ment jamais. » A ces mots, elle rougit de contentement. « Papa aime bien quand je suis gentille. Les murs aussi, ils aiment bien, c'est comme le lit et les portes et la maison.

-Et ils te font des cadeaux, les murs ?

-Ils sont gentils, ils sont très gentils. Ils ne tirent pas les cheveux, tu sais, monsieur. Alors que Lucile elle le fait. En plus ils sont roses et j'aime bien le rose. »

Ces derniers mots sont lâchés du bout des lèvres, comme à regret. Visiblement, le sujet Lucile n'est pas son préféré. Alors il la laisse poursuivre, l'écoute raconter qu'elle parle avec Chaussure et que les gens méchants vont en prison (« en cage »), que sa maman s'occupe bien d'elle et que des fois Gaël l'énerve à pleurer tout le temps comme ça. Elle lui parle des bonbons, des haricots, de son crayon rouge tout neuf et de ses jolies chaussures. Elle lui raconte aussi comment le pompier est venu enlever le nid de frelon dans leur arbre et qu'il l'a complimentée parce qu'elle est restée très courageuse et n'a même pas eu peur.
Puis, doucement mais sûrement, le sujet revient sur les crayons.

« J'avais plus de rouge, tu comprends. C'était embêtant.

-Et tu as fait comment, alors ? Tes parents t'en ont racheté un ?

-Non ! Enfin si, après. Maaais ! » Un large sourire étalé sur son visage ovale, l'enfant tend sa main gauche vers l'avant, paume ouverte. « J'ai fait comme Chaussure ! »

Le docteur regarde la main qu'on lui présente ; observe, non sans une certaine inquiétude, la large cicatrice qui la traverse en diagonale.
Voilà le second vrai problème.

« Comme Chaussure ? Ton hérisson ?

-Nnnon, c'était mon chat aussi. Il était ami avec la route, il dormait tout le temps dessus ! Alors c'est comme moi et mon lit tu comprends ? C'était un gentil gentil chat. Mais papa l'a puni.

-Puni ? Il avait quelque chose de mal ?

-Il a peindu la route. C'était interdit, ohlala, même moi je savais qu'il faut pas, c'est mal et c'est dangereux ! Alors j'ai dit « Vilain Chaussure tu avais pas le droit » et papa m'a éloigné très vite et il a dit qu'il faut le mettre ailleurs. Je sais pas où il l'a mis. Mais il m'a dit qu'il est heureux et papa ment jamais.

-Je vois... » Il esquisse un sourire à l'enfant ; revient, l'air de rien, sur le sujet qui l'intéresse. « Alors tu as fait comme lui ? Comment ça ?

-Ben. Chaussure a pas eu besoin de crayon pour peindre la route rouge ! Il avait de la peinture magique. Et moi aussi, j'en ai plein plein plein. Alors j'ai pris les ciseaux. Ça faisait mal mais je suis gentille et le mur voulait que je dessine en rouge et j'avais plus de rouge plus de rouge du tout. Tu vas pas le dire à papa, hein ? Je lui ai dit que ma main a glissé et scritch. Il aime pas quand j'ai mal mais je savais pas, moi, que ça ferait mal. »

L'air préoccupé de la fillette est gommé par le hochement de tête négatif de son nouveau confident. Elle sourit, toute contente que son secret soit dans les mains d'un homme si gentil et si intelligent qui comprend qu'on ne répète pas les secrets aux autres.
Naïve qu'elle est, elle croit sérieusement qu'il n'en parlera pas.
T'es bête, Louise. Pauvre fille va.



*nicelou14 est connectée.

nicelou14 > hey lu
MissLulu > oui ?
nicelou14 > tu croi a lodela ?
MissLulu > Euh. lodela. L'Au-Delà ? Nope.
nicelou14 > alor a ton avi, kan on meur, sa fai koi ?
MissLulu > Squish argh j'ai maaal – et t'es dead ko fini kaputt, mort quoi.
nicelou14 > jsui serieuz
MissLulu > C'est dur de te prendre au sérieux avec ton ortho de canard.
nicelou14 > Je fais ce que je peu, alors répond sil te plai.
MissLulu > Ben... Je pense que rien. Y'a rien. Le noir, rien. Comme avant de naître.
nicelou14 > et imagine que tu soi genre coupé en 2 et genre les 2 coté son vivan kan mem
MissLulu > Erk. Et ben quoi ?
nicelou14 > ben esque tu oré concience d 2 coté ou juste 1, je ve dir, eske tu seré dans la tete des 2 en mem tem vu ke c toi ?
MissLulu > … J'en sais rien, moi. Sûrement. Quoi que. Sais pas. Wow. C'est compliqué en fait.
nicelou14 > … hm
MissLulu > T'as vu un programme chelou à la tv, c'est ça ?

*nicelou14 est déconnectée.

MissLulu > ...Mais de rien, Louise. Moi aussi je t'adore.





Le téléphone sonne depuis deux longues minutes quand, enfin, sa propriétaire daigne passer une main par-dessus le cocon rassurant de ses couvertures. Elle tâtonne en aveugle sur la table de chevet, se saisit du petit appareil noir sans y penser ; le colle à son oreille et marmonne un « allô » incompréhensible avant de se rendre compte qu'elle vient de recevoir un message et non un appel. Expéditeur : Lucile. Lucile ? Dans un râle d'animal mourant, Louise replonge sous ses couettes et rêve d'étrangler son amie. Oui, l'étrangler. Très. Très. Très lentement. Y'a pas idée de réveiller les gens à – elle vérifie sur son portable – 13h30 du matin. C'est vrai, quoi. Juste. Non. Ça se fait pas de...
L'information remonte lentement au cerveau. 13h30. Matin. Mardi.
Merde !
Le drap vole à l'autre bout du lit tandis que la jeune fille, maintenant parfaitement réveillée, sautille jusqu'à son armoire en jetant au passage pyjama et sous-vêtements au sol dans le plus parfait désordre. Ses oreilles sifflent, sa bouche est pâteuse et malgré ses efforts, impossible d'enfiler ses vêtements sans manquer de s'éborgner ou de perdre l'équilibre. Pas le temps de préparer sa tenue, pas le temps de prendre son petit-déjeuner – ou déjeuner – bref – et pas le temps non plus de trop se maquiller : elle prend juste deux minutes pour appliquer le minimum vital sur son visage, se coiffer et jeter deux trois livres dans son sac de cours avant de foncer vers la porte d'entrée. Tout ça pour se rendre compte une fois dehors qu'elle a oublié de mettre ses chaussures, faire marche arrière, littéralement retourner sa chambre avant d'enfin retrouver ces fichues bottines, galérer à nouer les fermetures éclair, fourrer son portable dans la poche de son jean et repartir en courant vers la porte d'entrée que, cette fois, elle ferme derrière elle sans regret.
C'est pas possible d'être autant en retard – elle devrait être en cours depuis deux heures, au moins ! Son agenda, qu'elle ouvre à la volée tout en trottinant le plus vite possible sur le trottoir gris, indique uniquement les salles et les horaires ; dans un soupir frustré, elle s'autorise à se traiter d'idiote. Ça pourrait être utile de savoir quel cours elle a, histoire de récupérer les bons cahiers dans son casier, mais nooon, pensez-vous. Ce serait trop beau. D'habitude elle se contente de demander à ses amis quels cours ils ont quand et voilà, problème réglé. Bha, tant pis. Elle fera sans. Pas comme si c'était la première fois, de toute façon : quel que soit son prof, il ne risque pas d'être surpris. « Louise, Louise, Louise . » Ça va, elle est habituée.
Après avoir manqué de trébucher dans un escalier, la jeune fille ralentit le rythme jusqu'au troisième étage. Une fois devant la porte, elle inspire profondément ; se recoiffe, histoire de, et frappe à la porte. La voix qui lui ordonne d'entrer est familière mais elle n'y prête pas attention. Avant de monter sur scène, un acteur ne voit plus que son rôle. Or c'est ce qu'elle fait, en ce moment-même ; Préparer son rôle. Quand elle pousse la poignée, un air sincèrement désolé au visage, elle n'a plus que ça en tête : ressembler à une gentille demoiselle qui est désolée d'arriver en retard. Elle a une excuse, évidemment.
Faire du théâtre depuis toujours a ses avantages.

« Excusez moi, mais mon frère était malade et... »

Son regard croise celui de l'homme qui lui fait face ; le masque se fissure et s'écroule. Et si son « oh oh » angoissé a le mérite de faire exploser de rire l'intégralité de ses camarades, c'est une peur panique qui s'installe derrière ses yeux verts. Merde, merde, merde. Il va voir qu'elle a la gueule de bois, il va savoir qu'elle est sortie en cachette la veille au soir. Il va savoir qu'elle n'a pas été en cours de la matinée.
Il va la détester.

« Heum, je...

-Allez, vas t’asseoir. On parlera de ça plus tard. »

Tête baissée, docile et découragée, la gentille Louise acquiesce et s'efface. Gentille gentille petite fille.

« Oui



papa... »

Deux grandes mains serrent ses épaules fort fort mais ça ne fait pas mal, parce que c'est son papa et qu'il ne lui ferait jamais de mal, jamais. C'est impossible. Jamais. Elle aimerait bien arrêter de sangloter mais elle n'y arrive pas, et sa main lui fait mal et ses joues sont toutes rouges et ses yeux tout gonflés à force de pleurer. Sa maman enveloppe doucement ses petits doigts dans du tissu et ça fait toujours mal mais un peu moins quand même alors elle remercie sa maman, parce qu'elle est gentille et polie même si elle pleure et qu'elle a mal. Ça fait mal. Comme quand elle a voulu peindre avec sa main. Ça fait mal.
Mais les murs... !
Dans un énième soubresaut, Louise tente de se dégager et tend un bras vers le mur tout à côté d'elle. Son père la secoue un peu, elle arrête immédiatement. Pardon papa pardon pardon je serais sage ne me déteste pas et ne donne pas mes crayons à Nora, s'il te plaît, s'il te plaît ce sont mes crayons papa et mes murs, mes murs...
Louise pleure de plus bel ; Iannick a l'air perdu. Charlène aussi. Elle continue de désinfecter les phalanges râpées de la petite malgré tout, attentionnée et inquiète. « Je t'avais bien dit, Ian » et « Il a dit qu'on n'avait pas le choix, tu sais bien » mais Louise n'écoute pas, elle est déjà replongée dans sa contemplation presque tétanique de la peinture blanche et encore humide qui recouvre ce joli rose qu'elle chérissait tant. « Le rose est parti, parti parti – Louise, ils ont mis du blanc partout sur les murs ! » Elle regarde Chaussure, mais chut chut tu n'as pas le droit d'être là sinon ils vont te prendre toi aussi, ils vont te prendre et te punir comme ils ont puni le chat comme ils ont puni les murs et tu n'auras plus de peinture toi non plus, alors elle grimace et lui dit de se taire, comme ça, en silence. Mais il a raison. Ils sont tout blancs. Ils ont dit que c'était plus joli, ils ont dit qu'elle pourrait faire des dessins dessus, que l'autre peinture était vieille MAIS NON elle ne l'était pas, non non non nonnonnon –
Alors elle a crié. Un peu. Beaucoup. Sa main a frappé la surface rugueuse et une petite tâche rouge s'est dessinée sur le blanc moche et malade, comme un joli papillon incarnate. Louise est gentille mais parfois elle s'énerve. Juste de temps en temps, comme son papa et comme Gaël et comme Nora et comme sa maman.
C'est pas grave, non ? Non ?
De nouvelles larmes salées roulent le long de ses joues. Les portes sont encore gentilles et son lit est encore chaud mais les murs, les murs – ils étouffent, ils crient ! Le blanc ça les tue, ça leur fait mal ! « Les murs ne sont pas tes amis, ce sont des objets » et mais, mais, mais – pourquoi non pourquoi c'est stupide pourquoi ils ne tirent pas les cheveux ils protègent du vent pourquoi papa pourquoi pourquoi. « Les murs ne sont pas tes amis, c'est comme ça » et papa ne ment jamais, alors ce ne sont pas ses amis, alors ils lui veulent du mal, comme Lucile, alors ils doivent être encore plus en colère contre elle, parce qu'elle les a dénoncés, parce que, alors, alors – papa, alors – papa –

« Mais les murs vont me faire du mal, maintenant ! Ils vont me manger, les laissez pas me manger ! »

Et les larmes dégringolent le long des joues rougies de l'enfant, elles ruissellent et s'écrasent au sol dans une symphonie de craintes et de drames.
Elle est terrorisée. Littéralement.

« On va mettre de la tapisserie, ne t'en fais pas. Tu ne crains rien, tu vois ? Ils seront cachés. Et puis les murs ne sont pas vivants, ma chérie. » Iannick attend que sa femme ait fini de nouer le bandage pour serrer sa fille contre lui, tout doucement. « Ils sont comme les lampes, les ombres ou les pierres : ils ne pensent pas, ils ne bougent pas. Ils ne te feront pas de mal, tu comprends ? »

Elle acquiesce, bien sûr qu'elle acquiesce. Son père ne ment jamais et, cette fois, elle ne peut qu’espérer de tout cœur qu'il a raison. Parce que si les murs sont vivants, si les ombres parlent et si les lampes l'entendent – s'il se trompe, alors ils finiront par vouloir la manger parce qu'elle aura été méchante avec eux. Elle le sait. Ça finira comme ça.
Dans un sanglot, elle se promet de toujours être gentille avec les portes et les meubles et son lit surtout, son lit qui est si gentil de ne pas l'avaler et de la couvrir, tendrement, comme s'il tenait à elle et qu'il voulait l'aider à s'endormir. Elle se le promet fort fort fort tandis que son père passe une main dans ses longs cheveux blonds et que sa mère, juste derrière, dépose un baiser à l'arrière de sa tête.

Je serais gentille, je le promets. Je serais gentille.



Louise claque violemment la porte derrière elle ; quand son père la rouvre à sa suite, très nettement contrarié, elle ne peut s'empêcher de faire demi-tour et de cligner rapidement des yeux. Une fois, puis deux. Pour que ça ait l'air intentionnel et parce que, tout simplement, elle ne peut plus s'en empêcher. Une fois puis deux. Discrètement.
Pardon, la porte.

« Tu refais ça, Louise. Tu sais que je déteste quand tu fais ça !

-Quand je fais quoi ? Je fais rien ! »

Les talons de l'adolescente claquent contre le carrelage à mesure qu'elle s'éloigne à grandes enjambées du hall d'entrée pour aller littéralement s'écraser sur le canapé du salon. A côté d'elle, une petite blonde mâchonne distraitement un bâton de sucette, le regard fixement rivé vers la télévision à travers ses montures noires. A l'évidence, tout ce bruit ne la dérange pas le moins du monde ; eh bien tant mieux, songe Louise en posant plus que délicatement son sac devant elle. Ça fera une personne en moins à crier dans cette foutue maison. Sa mère n'est pas encore rentrée mais vu l'air franchement énervé de son père, ce n'est pas son absence qui lui évitera le sermon moralisateur. Il attend qu'elle soit là, d'habitude, pour ça. Histoire d'avoir du renfort. Ou un point de vue extérieur.
Forcément. Iannick est toujours tellement trop impliqué quand il s'agit de Louise ; or, comme Charlène n'est pas sa mère biologique... Blah blah blah. Elle la considère comme telle et ça ne change strictement rien à l'affaire mais, puisque ça lui fait plaisir de croire que sa femme a plus d'autorité que lui sur elle, la demoiselle ne dit rien. Elle reste sage et se tait. Écoute. Attend.

« Je t'ai déjà dit que tu n'avais pas le droit de sortir en pleine nuit, Louise – tu le sais très bien ! »

Toutes ces craintes injustifiées, cet amour immodéré et ce besoin de la protéger noient le cœur et les yeux de Louise sous une culpabilité qu'elle peine à contenir. Ses yeux verts brillent derrière ses lentilles ; comme à chaque fois. Il est trop doué pour ça, c'est injuste. Il ne devrait pas pouvoir la mettre si mal à l'aise – c'est son père, évidemment qu'il ne veut pas la laisser sortir en douce ! Aucun parent au monde ne tolère ça, sinon ça ne s'appellerait plus faire le mur.
Faire le...
Aha.
Ses ongles peints en turquoise tirent les fermetures éclaires de ses bottines et, d'un geste souple, elle les envoie valser sous la table basse. Tout au plus ce geste tire-t-il un vague grognement de protestation à sa cadette ; son père, lui, vient se planter à côté d'elle. Elle peut deviner sa silhouette élancée légèrement pliée à cause de la fatigue, sait ses yeux bruns posés sur elle dans une vaine tentative pour passer à travers ce qu'il croit être une bête crise d'adolescence. Tout faux, papa.
Elle grince des dents. Qu'il la laisse tranquille, qu'il la laisse tranquille...

« Louise. Ça ne peut pas durer comme ça, vraiment. » Il s'accroupit pour se mettre à son niveau. Bras croisés, elle l'ignore royalement. « Tu ne peux pas sortir, te... te saouler et rentrer à je ne sais pas quelle heure pour au final louper tes cours ! Est-ce qu'il va falloir que je parte avec toi le matin, maintenant ? »

La jeune fille proteste mollement, le menton enfoncé dans le coussin qu'elle vient d'enlacer. Ce n'est pas comme si elle avait spécialement envie de sortir faire Dieu sait quoi à des heures indues ; juste qu'elle n'a pas le choix. Pour ceci et pour...Cela. Ceci étant ses amis, cela étant quelque chose qu'elle aurait le plus grand mal à expliquer à qui que ce soit. Et puis il n'y a rien d'autre à faire, ici. Si au moins ils habitaient dans une ville de taille correcte ! elle pourrait faire quelque chose de sa vie, plutôt que... Que squatter bêtement et s'installer à l'arrière d'une petite voiture tout en sachant très bien que le conducteur n'est concrètement pas en état de conduire quoi que ce soit.
Le trentenaire mordille un instant le piercing qui traverse sa lèvre ; dans un soupir à fendre l'âme, il finit par abandonner. Il lâche quelque chose comme « on en discutera ce soir » puis se relève, s'éloigne. S'en va. Au rythme de ses pas qui se font distants, le cœur de Louise se remet à battre. Bam, bam, bam. Il bat, tout va bien. Son père ne lui en veut pas vraiment. Elle a le droit de vivre sa vie, elle aussi – c'est la sienne, mince ! Elle a. Le droit. Parfaitement. Elle a le droit. Mais il..
Sa sœur daigne enfin lui accorder un regard intrigué quand, gênée par ses verres de contact, Louise doit papillonner des yeux pour en chasser les larmes.
Il la préférait avant. Il la préférait quand elle était gentille mais discrète, docile et sage, sans manies bizarres et sans alcool. C'est une évidence. Il la préférait avant. La preuve ! Il attend juste que sa crise d'adolescence passe, qu'elle redevienne la petite Louise stupide et effacée qui n'ose rien faire et lit dans sa chambre. Il la préférait avant. Avant.

A l'étage, une porte claque. Elle cligne des yeux ; un, puis deux.

Quelque part entre les poumons et le cœur, quelque chose se brise.



*MissLulu est connectée.

MissLulu > Salut les gens, ça va ?
LeSauveurDeChemises > Grave bien. o/
Sugarcube > Pire. On arrangai un plan entre toi et le sauveur.
nicelou14 > jsui pas o couran hein
Sugarcube > Hush nicy nicy. T'es nice tu te tais.
nicelou14 > gaffe ajay, je sai ou tu abite.
LeSauveurDeChemises > Oulala Lou a mis un point. Applaudissements.
MissLulu > *clap clap*
nicelou14 > Luuuuu ='(
LeSauveurDeChemises > ET UNE MAJUSCULE. Okay, j'arrête. C'est Ajay que je veux désosser là, pas Louise.
nicelou14 > merci matth
Sugarcube > En meme temps c'est vrai, on vous arrangeai un plan.
Sugarcube > enfin d'une certaine façon
MissLulu > Avec Matthieu ? Erk. Même si c'était possible, non merci.
Sugarcube > ohw. Elle est violente ta couz, mec.
LeSauveurDeChemises > J'ai pas besoin qu'on m'arrange quoi que ce soit, merci. J'ai déjà Louise. Hein, Louise ? Toi tu es une vraie amie. Quelqu'un sur qui on peut compter.
nicelou14 > tjrs, bien sur <3
LeSauveurDeChemises > Tu vois ? Petit cœur. Elle me fait un petit cœur alors que Lu', elle m'envoie chier direct. S'il faut sauver une des deux je choisis Louise sans hésiter, je vous le dis tout net.
MissLulu > Monsieur est susceptiiiiible.
LeSauveurDeChemises > Madame est petite et ratatinée. Tu fais quelque chose ce soir, Louise ?
nicelou14 > Euh. Non.
Sugarcube > Donc Louise écrit bien sous le coup de l'émotion. bon à savoir.
nicelou14 > aha, aha -__-
MissLulu > Putain, vous êtes cons aujourd'hui. Je me tire, si c'est ça.

*MissLulu est déconnectée.

Sugarcube > Tu l'as vexé, mec
LeSauveurDeChemises > Et donc, Louise ? Libre, oui ?
Sugarcube > tu devrais peut etre t'excuser.
LeSauveurDeChemises > Oh arrête, elle habite à côté. Si elle était vexée elle serait venue me tirer les cheveux.
nicelou14 > ben je suis libre, oui...
LeSauveurDeChemises > Cool ! Bouge pas, alors.

*LeSauveurDeChemises est déconnecté.

Sugarcube > tu sais comment ça s'appelle, ça, Lou ?

*nicelou14 est déconnectée.

Sugarcube > Une putain de mauvaise idée, oui. Très bonne réponse.



« Elle a arrêté de faire des obsessions sur les murs, les portes... ? » « Apparemment oui. Elle a l'air d'aimer vous parler. »

Louise a onze ans. Elle claque les portes sans se préoccuper de rien et même si elle préfère encore dessiner dans sa chambre, sage et appliquée, il lui arrive malgré tout de sortir jouer avec ses cadets dehors. Se faire des amis n'est pas très facile et comme avoir des notes suffisantes occupe tout son temps à l'école, elle n'a pas trop d'occasions de s'en faire. Tant pis. Elle évite Lucile et son petit groupe de pestes et tout va bien. Pas besoin d'amis. Ses très longs cheveux blonds, toujours regroupé en une lourde queue de cheval à la base de sa nuque, ne sont plus décoiffés à tout bout de champ ; depuis peu, une paire de lunettes discrète surplombe son petit nez. Louise va bien et ses parents sont fiers d'elle. Elle va bien. Non ?
S'ils le disent, alors ça doit être vrai.
Elle entre en sixième. Le décors change, le cartable et les professeurs aussi. Pour la première fois elle se retrouve dans l'école où enseigne son père – et si elle ne l'a dans aucun de ses cours, le savoir à proximité la rassure. Parce que son père a toujours raison, oui ? Son père la protégerait au moindre problème. Il appellerait sa mère et ils viendraient à sa rescousse en courant. Elle le sait, elle en est persuadée.
De ce côté-là, l'enfant n'a pas fait le moindre progrès. Papa, papa, papa, papa.
Mais c'est mignon, alors... Ils ne s'en inquiètent pas assez.
En début d'année, elle passe son temps à user ses crayons de couleurs sur des feuilles blanches dans un coin de la coure. Lucile et tout ses anciens camarades sont dans cette école, eux aussi ; d'ailleurs Lucile ne va pas si bien que ça. A quelques mètres de là où elle s'assoit habituellement, Louise peut régulièrement voir Marie et Solène s'amuser à la bousculer. Ça fait bizarre, de voir une fille qu'elle croyait si forte et sûre d'elle se faire marcher sur les pieds comme ça. Elles continuent un moment et puis, un vendredi, elles renversent toutes les affaires de Lucile dans la poubelle. Et elle s'en serait moqué, peut-être, elle l'aurait oublié, sans doute, si elle n'avait pas vu une broche en forme de papillon tomber au sol, glisser entre les barreaux d'une plaque d'évacuation et y disparaître dans un 'clang' qui, il lui semble, résonne jusqu'au creux de ses propres tympans. Elle est loin, pourtant – trop pour qu'elle ait réellement pu l'entendre – mais le bruit résonne encore et encore et encore sans qu'elle puisse rien y faire. C'est une porte qui se ferme trop brutalement, un mur qui crie, une broche qui pleure. C'est léger et désagréable. C'est insupportable.
Alors Louise se lève et, en bonne petite fille sage et gentille, elle abandonne ses crayons pour aller aider la jolie brune à ramasser ses affaires. C'est injuste, injuste. Elle croyait que Lucile serait toujours à l'abri des remarques, à être si intelligente, si bien habillée et si jolie. Mais non. Il a fallu qu'elle prenne un peu de poids, que les autres filles la pensent trop snob. Elles sont tellement...

« Bêtes. Et jalouses. Je sais bien, parce que moi aussi je suis bête et jalouse en général. »

Elle dit ça la joue contre le sol humide, son bras frêle plongé entre les barreaux suffisamment espacés de la plaque, tâtonnant à la recherche de cette fichue broche qu'elle a tant de fois voulu lui voler. Et Lucile qui s'indigne, qui rougit de honte et lui dit de se relever, qu'elle est ridicule à être par terre comme ça ; mais Louise s'en fiche. Elle a onze ans et pense avoir tout connu en matière de moqueries. Son père lui a dit d'être gentille. Il lui a dit que la beauté est intérieure et qu'il faut toujours faire ce qui est juste. Il le lui a dit avec le sourire : « tout ira bien si tu est gentille et que tu aide les autres ». Alors elle le croit. Stricto sensu, sans réfléchir ni se poser la moindre question. Son père. Ne ment. Jamais. Jamais.
Quand elle finit par attraper la broche entre ses doigts bleuis par le froid et qu'elle se redresse maladroitement, elle remarque que Lucile a tenu ses cheveux en place pour ne pas qu'ils soient salis. Elle sourit bêtement, Lucile, quand elle a envie de pleurer.

Mais Louise aussi, alors qui s'en préoccupe ?





Allongée sur son lit, l'adolescente compte les secondes. Ça l'occupe, entre deux SMS ; ça fait passer le temps. Son père et sa mère ont passé leur soirée à discuter de son 'comportement', elle a passé la sienne à regarder un film sur son ordinateur portable, sagement enfermée dans sa chambre. Parce qu'elle n'a pas eu le courage d'aller s'expliquer, parce qu'elle n'a pas eu envie de se battre. Elle est un peu fatiguée, de temps en temps. Elle aimerait dormir. Dormir vraiment.
Alors elle ferme les yeux et s'imagine ce que ça fait, de rêver. Elle a bien dû voler dans le ciel, étant plus jeune – elle a même dû chevaucher des licornes volantes, comme toutes les petites filles normales : elle a dû vivre de grandes aventures, voir des paysages magnifiques. Ça a dû être grandiose, toutes ces nuits à s'agiter dans son lit pour se défaire de cauchemars étranges et effrayants. Elle essaie de s'en rappeler ; tend un bras vers le plafond.
Avant, elle devait rêver. Maintenant ses nuits ne sont plus qu'un amas oppressant de noir du début à la fin. Un rêve conscient et en temps réel dans lequel elle ne peut que nager dans un océan opaque. Un repos du corps, rien de plus. Elle n'a même pas l'impression de dormir, juste... D'attendre. Yeux fermés. Ce néant ne lui plaît pas, elle le déteste. Peut-être est-il trop familier. Son bras, lourd et engourdi, retombe le long de son corps. Peut-être, peut-être pas. Elle ne sait pas.
Son portable vibre à côté d'elle. D'un mouvement habile, elle s'en saisit et le met à hauteur de vue.

{ Matthieu } - Her ! Tu peux venir ce soir ? [ 22:01 ]

{ Louise } - mem pa en rev, mes vieu von monter la gard [ 22:01 ]

Ses doigts tapotent distraitement sur l'écran tactile et elle regarde la réponse de Matthieu – un seul mot ; « dommage » – briller sur l'écran. Dommage, oui. Mais elle n'est pas du genre à se laisser abattre, si ? Même si elle le voulait, elle ne pourrait pas rester triste et démoralisée trop longtemps. Oui, son père pense qu'elle est en pleine crise. Et alors ? Il finira bien par s'habituer à cette nouvelle Louise pleine d'entrain et de joie de vivre. Cette Louise qui saute partout et n'hésite plus à parler fort, cette Louise décomplexée et plus heureuse. Ça fait plus ou moins deux ans que ça dure, maintenant. Il va s'y faire. Oui, il va s'y faire. Tout les enfants grandissent, c'est comme ça. Content ou pas.
Dans un mouvement des plus élégants, la demoiselle tire sur son pantalon et le jette au pied de son lit. Elle va dormir et tout ira bien mieux ensuite. Ça marche pour toutes les héroïnes de feuilletons débiles alors ça doit aussi marcher pour elle ! C'est vrai, après tout. Dans un rire étouffé, elle se glisse sous sa couette molletonnée et se dit qu'elle doit bien être assez stupide et ennuyeuse pour mérite son propre pass VIP pour n'importe quelle série B.
L'interrupteur émet un petit cliquetis familier quand elle éteint la lumière.
Dans un souffle presque inaudible, elle murmure « Merci de me tenir chaud. » ; et mais merci, tu es très gentille. De rien, le lit. C'est tout naturel.
Son frère, caché de l'autre côté de la porte entrouverte, mord son index jusqu'au sang.



« Loulou ! Regarde, ils vendent des bracelets ! »

Sa main serrée sur les doigts osseux de son cadet, Louise accélère légèrement le pas pour suivre le rythme cadencé qu'on lui impose. Leur père est malade, leur mère travaille et Nora est chez une amie : résultat, ils ne sont que deux à se promener au marché en ce beau jour de vacances. Juste elle et Gaël. Ça ne la dérange pas, loin de là – parce qu'en plus d'être excessivement gentille pour ses douze ans, Louise adore son petit frère. Il a les même cheveux bruns que leur père et, en plus de cet avantage non négligeable, il est très éveillé pour son âge et toujours plein d'idées amusantes. Vu sous cet angle, le fossé de cinq ans qui les sépare est rarement un problème.
Souriante et enjouée malgré le froid qui mord ses mollets nus, la jeune fille fait en sorte de ne pas miner le moral de son petit frère adoré. Il est trop mignon, vraiment. Elle n'a pas envie de lui imposer ses problème. Elle ne les impose pas à ses parents non plus. Ni à Lucile, même si elle la considère à présent comme sa meilleure amie. Elle ne le dit à personne. Personne. Elle ne raconte pas qu'elle est fatiguée, elle ne raconte pas qu'elle fait des cauchemars chaque fois qu'elle a le malheur de fermer les yeux. Elle ne raconte pas la solitude et les envies de changement. Elle ne raconte pas la dépression qui s'installe, petit à petit, à chaque fois qu'elle regarde ces filles plus jolies et plus sociables qu'elles se faire pleins d'amis et rire, rire sans cesse. Elle n'en parle pas. Chut. Parce que son père lui a dit que la beauté est intérieure, et que... Et qu'il faut être gentille, et... Il lui a dit...
Ses belles certitudes commencent à craquer et l'idée – insupportable – que son père ait pu lui mentir traverse plus d'une fois sa tête blonde.
Il n'aurait pas fait ça, non ? Pourquoi il aurait fait ça pourquoi.
Insidieusement, ses vieilles habitudes remontent à la surface. L'envie de repeindre les murs en rouge est presque plus forte qu'à l'époque – d''autant plus que, maintenant, elle sait pertinemment ce à quoi correspondrait ce geste. Une main qui en taillade une autre. Elle se prend à croire que ce serait beau. Le Paradis. Les Anges. Une pure Félicité, du blanc... Partout. Du blanc. Partout. Partout. Dans ses veines, dans ses doigts, dans ses cheveux, de la peinture blanche et opaque jusque dans ses yeux. Elle ne serait plus qu'un mur ; rien d'autre qu'un mur. Alors elle pourrait accepter qu'on l'ignore et qu'on la critique.
Elle est censée être belle et gentille mais seuls son père et sa mère semblent être d'accord. Apparemment, être gentille n'apporte rien.
Ses camarades sont méchants avec elle et entre eux et personne ne va en prison. C'est ça la vraie vie, Louise. Bienvenue dans le monde des grands.

« Oh, regarde ! Ce bracelet-là il est trop joli ! S'il te plaaaaît ? »

C'est moche. C'est blanc.

« Euh, oui. Maman m'a donné un peu d'argent, attends... »

Ça crie et ça fait mal. Blanc blanc blanc blanc.



Alors on met de la tapisserie dessus, comme on peut.

« C'était bien, Louise, très bien ! »

Louise acquiesce timidement, tâchant du mieux qu'elle peut de ne pas littéralement fondre. Son père est très, très beau – mais s'il y a une personne qui peut se mesurer à lui à ce niveau, c'est sans aucun doute Grégoire. Nommément, le professeur de théâtre. Alors pendant que les autres filles vont battre des cils devant le professeur de physique-chimie – chose qu'elle ne peut pas faire, évidemment – la petite blonde tord consciencieusement ses poignets à chaque compliment qu'elle réussit à recevoir de la part du jeune homme. Il a peut-être vingt-six, vingt-sept ans ; et en fait elle s'en moque puisque, du haut de ses treize ans, elle considère que tout les homme de cet âge ont « trente ans », ni plus ni moins. Ça va faire six ans qu'elle porte mille costumes et joue des centaines de rôles, mais jamais elle n'a été aussi assidue que depuis l'arrivée du nouveau professeur. Qui est, dirait-elle « beau à en mouriiiiiir » – ce qu'elle ne se lasse pas de répéter à ses parents en mangeant sa soupe d'un air hautement inspiré.
Alors elle se balance d'avant en arrière, apprêtée comme la Princesse qu'elle est dans sa jolie robe sobre mais élégante, avec ses cheveux blonds ramenés de part et d'autre de son visage d'une façon si complexe qu'elle ne saurait honnêtement pas la décrire plus clairement. Elle se balance, elle sourit, elle rougit. Et lui la complimente, lui tapote l'épaule à défaut de pouvoir la décoiffer. Elle a insisté pour enlever ses lunettes le temps de la pièce, arguant qu'aucune princesse digne de ce nom n'en portait : et lui, vous savez ce qu'il a dit ? Que ça n'a aucune importance. Qu'elle est aussi jolie avec que sans. Ce genre de remarques mérite à peine d'être retenue, ce n'est même pas sincère en général – tout juste poli, au mieux. Mais il le lui a dit. Il le lui a a dit et elle, perdue dans ses questionnements et ses remises en question, a bien failli en pleurer.
Je suis jolie, je suis gentille. Un moment, elle y a cru.
Et là elle pleure vraiment.
Elle sent les larmes se glisser sous ses lunettes et rouler sur ses joues roses. Elles glissent, tombent – mais en silence, sans un bruit. Grégoire lui tourne déjà le dos ; il ne la voit pas, ne l'entend pas puisqu'il n'y a rien à entendre. Et elle reste là, à pleurer bêtement, sans même savoir pourquoi ni comment elle a pu en arriver à se sentir si triste.
Je suis jolie, je suis...

« Louise ? Heeeer, pleure pas ! Regarde, viens. Je vais te trouver un mouchoir. »

Plutôt que de protester qu'elle n'est plus une petite fille, la princesse serre sans y penser la main qu'on lui tend. Elle suit pas à pas le jeune homme aux cheveux roux qui parle et qui parle et qui parle jusqu'à ce qu'ils soient arrivés dans la petite pièce à côté des coulisses ; pense distraitement qu'il a quinze ans et doit être dans un groupe différent, mais ne se demande pas vraiment ce qu'il fait là au juste. Peut-être qu'il aide Grégoire, peut-être qu'il avait oublié un truc en partant. Ils étaient encore dans le même groupe l'année précédente. Elle le connaît un peu.
Et elle pleure de plus bel.

« C'est pas possible ça... Ah, tiens ! Un mouchoir. »

Il le lui tend ; puis, semblant se raviser, il le cache dans son poing fermé. Quand il le rouvre, il n'y a plus rien.
Ça a le mérite de la faire rire, au moins.

« Comment tu fais ça ?

-Magie, bien sûr. Je t'apprendrais, si tu veux. Enfin quand t'auras fini de pleurer. »

Elle essaie d'endiguer le flot de ses larmes, mais c'est un combat perdu d'avance ; elle a juste besoin de pleurer. Sans raison, sans motif. Juste pleurer. Parce que Chaussure est mort, parce qu'elle ne se souvient même pas comment elle a pu se faire la cicatrice qui traverse sa main gauche depuis toujours, parce qu'elle n'arrête pas de faire des cauchemars, parce que son père, parce que son père –
Lui a menti. Toujours. Menti.
Elle n'est pas jolie, être gentille et effacée ne mène à rien. Elle ne veut pas de cette vie. Elle n'en veut pas.

« Tout le monde me ment, Matthieu. »

La fillette hoquette, pleure ; n'en peut plus, ne sait plus.

« Who her, hein, non. Tu exagères. Genre t'as ton père, et ta mère a l'air sympa, et y'a ma cousine aussi, et... Non ? Non, bon écoute. » Il lui tapote la tête, comme on le ferait pour rassurer un enfant effrayé par ses cauchemars. « Si tu veux que quelque chose change, j'ai peut-être un tour de magie pour toi. Mais je sais pas s'il marche. Bon, faut y croire un minimum, j'imagine, parce que c'est toujours comme ça. Alright ? »

Elle ne comprend pas le dernier mot mais son intuition lui dit d'acquiescer ; elle acquiesce donc.

« Alors. Tu serres fort tes mains l'une contre l'autre, tu fermes les yeux et tu espère très fort – mais alors vraiment, le plus fort possible – que ton souhait, bon, peu importe lequel, se réalise. On sait jamais. Si tu y mets un peu du tien pour faire que ça fonctionne, moi je pense que ça peut marcher. Dans les limites du physiquement possible. Évidemment. »

Louise ne pleure plus. Elle écoute. Elle écoute et se dit que, de toute façon, elle n'a rien à perdre en essayant. Alors quand son ami lui dit qu'elle peut partir, qu'elle l'entend parler à Grégoire tandis qu'elle se change, alors même qu'on la laisse s'en aller puisqu'elle se sent mal et qu'elle coure coure coure le plus vite possible jusqu'à chez elle, ses pensées sont toutes tournées vers cette unique possibilité. C'est débile, presque impossible – mais Louise n'a plus le choix. Du moins le croit-elle. Elle voudrait tellement... Changer.
Dès qu'elle a atteint sa chambre, sa jolie chambre aux meubles en bois et aux murs couverts d'une tapisserie beige et bleue, la petite blonde s'empresse de se cacher sous ses couettes. Elle serre fort ses mains l'une contre l'autre et, yeux clos, espère de tout son cœur.
« Je voudrais être plus forte, plus drôle, moins timide, moins discrète. »
Elle le pense encore. Encore. Encore. Encore.
Mais c'est un mensonge. Rien qu'un mensonge. Elle ne risque pas de changer comme ça, c'est stupide ! Complètement stupide, stupide, stupide !
STUPIDE.
Rabattant la couette au pied du lit, la petite fille se lève. Ses cheveux frôlent son bassin et ondulent doucement quand, penchée en avant, elle tente d'apercevoir une voiture par la fenêtre. Rien du tout. Puisque personne ne l'a saluée quand elle est rentrée, elle doit être seule. Elle est seule et, dans sa tête, les mauvaises idées germent par dizaines. Parce qu'elle est stupide, Louise. Elle est crédule, Louise. Presque autant qu'elle est sage et gentille. Pour une fois, elle décide de ne pas être sage. Désobéir un peu ne fait de mal à personne et, après tout, elle a bien le droit d'essayer. Espérer en dormant ne servira à rien puisqu'elle n'est pas consciente quand elle rêve. Non, il lui faudrait... Un coma. Un coma, oui, un coma – qu'elle soit endormie sans l'être, comme la Belle au Bois Dormant, qu'elle dorme tout en restant consciente pour avoir le temps de se forcer à changer. Devenir. Quelqu'un d'autre. Une meilleur Louise, une Louise plus intéressante. L'idée la rend presque extatique.
Louise a treize ans et descend à pas de loups dans le garage.
Il y a des cordes, dans le garage.



Souhait exaucé.



*nicelou14 est connectée.

Sugarcube > ah ? Alors, ctait bien avec Matth ?
nicelou14 > oui
Sugarcube > Vous avez fait quoi ?
nicelou14 > on a été au cinema
Sugarcube > Ben ça va, c'est cool !
nicelou14 > oui
Sugarcube > tu peux pas essayer d'etre plus expressive ?
nicelou14 > pardon
Sugarcube > T'es sûr que ça va ?
Nicelou14 > … tu peu mapeler ?



Dernière édition par Louise Moisan le Sam 28 Sep 2013 - 21:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: MOISAN Louise { Morgenrot - wenn das Licht die Nacht bedroht   Sam 2 Mar 2013 - 8:11



Louise rit, rit, rit – elle rit, c'est pas croyable à quel point elle rit. Son père, assis plus loin avec le reste de la famille et le pique-nique, jette un regard méfiant dans sa direction. « Tu vas tomber », qu'il crie – « mais non papa non je ne tombe pas, regarde, Matthieu me tient bien ! » Et cet idiot acquiesce et continue de tourner, parce qu'à idiot idiot et demi et qu'elle ne sait même plus ce qu'elle dit. Tout ce qu'elle sait c'est que même en tendant les bras elle ne touche pas le sol, que Matthieu tient fermement ses genoux calés sur ses épaules et qu'elle tourne elle tourne elle tourne – elle vole, même !
Et elle tombe.
Les deux adolescents s'écrasent dans le sable chaud ; et puisque Louise a atterri sur son ami, c'est elle qui rit le plus. On rit toujours plus quand des deux on est celui qui a le moins mal.
Chancelante, elle se relève.

« Ça va, t'es pas mort ? »

Le garçon imite la demoiselle et se redresse, avant de ne se venger en lui jetant lâchement du sable dessus. Elle le traite d'étoile de mer – seule comparaison valable qui lui vient sur le coup – et se met à courir quand il décide de la mettre dans l'eau. Évidemment, il ne met pas longtemps à la rattraper. Et évidemment, Lucile abandonne tout de suite son sandwich pour venir soutenir la cause féminine quand son abruti de cousin se dirige à pas tranquilles vers la Manche, sans se préoccuper des cris de la fille qu'il a installée sur son épaule. Iannick surveille toujours. On ne sait jamais.
Dès qu'il y a un garçon dans l'équation, en tout cas, on ne sait jamais. Pire s'il est majeur. Or celui-là est majeur. Celui-là est majeur et il a sa fille sur son épaule.
Louise adresse un signe de la main à ses parents quand, devinant sans mal pourquoi son père a l'air si stressé – ça se voit même de loin, c'est fou ça quand même –, elle décide de les rassurer. Un signe de la main doit être suffisant. Et puis Matthieu la tient toujours sur son épaule, cette position devient un peu douloureuse et Lucile ne lui est pas d'une grande aide, franchement. Or elle ne veut pas aller dans l'eau.
Tant qu'elle peut éviter de se retrouver trempée, elle aime autant.

« Matth', lâche moi s'il te plaaaaît !

-Pourquoi ? T'es pas venue mardi soir, et t'es pas venue mercredi soir, et j'ai dû attendre samedi pour pouvoir me venger. Donc je me venge. »

La demoiselle gonfle ses joues. Au loin, elle peut presque sentir que son père est prêt à bondir sur ses pieds pour venir l'arracher aux griffes du dragon. Dans un sens, elle trouve ça mignon. Et vu que sa sœur y a enfin droit, elle aussi, elle est contente de ne plus être la seule surprotégée de la famille.
Mettant ses mains en porte-voix, elle hurle dans sa direction :

« T'en fais pas, papa, il est carrément gay ! Gay comme homo comme deux garçons ensem –

-Hein ? De quoi ? C'est qui l'homo, là ?

-Toi, dans mes rêves les plus fous.

-T'es mal placée pour dire que je suis gay, Miss.

-Shhhh. Allez, lâche moi ! Sinon je te jure que là tout de suite j'enlève le haut de mon maillot et en plus de te tuer, mon père s'arrangera pour que tous les hommes de ta famille soient castrés jusqu'à la treizième génération. »

Ah. Il l'a lâchée.
Louise repose doucement les pieds au sol, contente qu'il l'ait gentiment repassée par-dessus son épaule au lieu de la lâcher comme un sac de patates. Ce qu'elle n'est pas, bien sûr. D'accord, elle aurait bien besoin de faire des abdos, mais il y a des limites tout de même. Et puis il sait qu'elle complexe. Il ne dira rien. Surtout depuis que Lucile a fait un régime-de-la-mort qui l'a faite passer de 'légèrement en sur-poids' à 'joliment mince' en un temps record. La vie est trop injuste.
Ses yeux verts rivés sur son ventre, elle fait la moue.
Histoire de la rassurer, Matthieu décide d'appuyer galamment sur sa poitrine. Ça lui vaut des cris indignés des deux filles et de bon coups de poings vengeur dans le torse, mais ça n'a pas l'air de le gêner.

« Mais regarde, Lucile est mince et – her, pas le visage ! – et elle a plus autant de poitrine, ça craint. »

La brune s'indigne, les deux autres rient. Un bref coup d’œil sur le côté et Louise voit Nora jouer dans les rochers ; elle sent son cœur se serrer en l'observant sauter de l'un à l'autre sans s'inquiéter de sa nuque si fragile. Malgré tout, elle la laisse faire. Ses parents auront tôt fait de lui dire de revenir dans les parages, de toute façon. Gaël mange tranquillement son sandwich avec les grandes sœurs de Lucile. La discussion a l'air intéressante.

« Au fait. Pourquoi Ajay est pas là ? Il vient d'habitude. »

Le sourire de Louise se fige : pas suffisamment pour inquiéter Matthieu, mais assez pour que Lucile hausse un sourcil intrigué. Ajay ? Eh bien, il... Il...
Ses épaules s'affaissent.

« On s'est un peu, euhm, fâchés. Il veut pas me voir.

-... Hein ?!

-T'as fâché Ajay ?

-Meuf, t'as tué son chien ? T'as brûlé sa baraque ? »

Louise fait non de la tête, mal à l'aise. Ajay ne s'énerve jamais. Ajay est venu la voir à l'hôpital quand elle s'est cassé le bras en tombant de son lit. Et quand elle s'est faite agresser, il y a deux ans. Ajay l'a écouté parler de Grégoire pendant des heures. Ajay lui a toujours remonté le moral. Ajay n'a même pas bronché quand elle lui a claqué une porte dans le nez sans faire exprès, deux semaines auparavant.
Mais là, Ajay lui en veut.

« Non, c'est juste que je... »



Saleté de promesse, saleté de promesse, saleté de promesse, saleté de promesse, saleté de promesse, saleté de promesse, saleté de promesse...



Un bras dans le plâtre, l'autre accroché au coude de Lucile, Louise suit son amie à travers la foule qui se presse dans le centre-ville. Des gribouillis roses noirs et bleus tapissent les vestiges de sa chute ; ça ne fait plus trop mal, heureusement.
Surtout qu'aujourd'hui, c'est Halloween. Grégoire lui permet souvent de reprendre les vieilles tenues et accessoires cassés du club, à son plus grand ravissement – et après avoir été rafistolés par sa mère, ils trouvent une place de choix dans son armoire : seulement elle ne peut pas les mettre pour aller à l'école. Ni où que ce soit, en fait. Alors comme ce soir-là elle a la permission de se promener dans la rue habillée comme bon lui semble, elle ne se prive pas. Revêtue d'une combinaison serrée rouge et noire qui met en valeur ses formes naissantes, le visage cachée par une cagoule et un masque aux mêmes couleurs, elle aime à penser qu'elle est la parfaite réplique de Harley Quinn : Lucile, déguisée en Batman, ne dément pas cette affirmation. Le seul détail qui l'ennuie est sa chevelure blonde qui, trop longue et trop épaisse, a dû être tressée dans son dos. Elle aurait préféré qu'ils ne se voient pas, pour coller parfaitement au personnage. Tant pis.
Enjouées et souriantes, les deux demoiselles frappent à une nouvelle porte. Des bonbons ou un sort, compliments, merci, au-revoir, nouvelle maison. Le sac accroché à son bras plâtré commence à se faire lourd et elle regarde son contenu avec gourmandise.

« Ah, mon père ! Tu peux m'attendre deux minutes, Louise ? Je vais lui demander si tu peux dormir chez moi ce soir. »

La petite blonde acquiesce et la regarde devenir de plus en plus floue à mesure qu'elle s'éloigne. Une princesse avec des lunettes, d'accord – mais Harley Quinn ? Non, sûrement pas. Tant pis si elle n'y voit rien.
Adossée au mur d'une maison, elle attend le retour de son amie en chantonnant pour tromper l'ennui. La, la, la ; ses yeux verts se reposent sur son bras. Elle se revoit dans sa chambre, grimpant sur sa chaise pour accrocher sa corde à une des poutres qui frôlent le plafond. La, la, la... Un coup de pied, la corde qui érafle son cou.
Plus d'air, plus d'air – crac, par terre.
Après ça elle a du se relever, ignorer l'angle improbable de son bras gauche et décrocher la corde, la ranger sous son lit ; pleurer, ensuite. Papa, papa, papa – je suis tombée, aide moi. Il a mis cinq minutes avant de revenir, essoufflé, le portable encore en main.
Peut-être que Matthieu avait raison. Maintenant elle se sent bizarrement beaucoup, beaucoup mieux. Et très stupide d'avoir voulu faire une chose pareille, aussi. Elle est plutôt heureuse, quand elle y pense. Et ce que son père lui ait menti ou non. Louise soupire ; ne veut plus jamais, jamais, jamais songer à la mort.
Sur sa gauche, une silhouette encapuchonnée s'approche d'elle.
Au début, ça ne lui dit rien : elle ne voit qu'une masse noire informe qui marche tranquillement vers la porte à coté de laquelle elle attend. Et puis, petit à petit, le costume se précise. Un sourire béat étire son visage – sa timidité, son appréhension, tout s'envole au profit d'une admiration difficilement contenue : elle n'attend même pas que l'autre soit arrivé à sa hauteur, préférant s'approcher d'elle-même pour mieux observer sa tenue.

« Whoa, Plague Doctor ! J'ai failli m'habiller comme ça. » Louise sourit de plus bel à l'inconnu ; se fait la remarque que ça ne doit être ni un adulte ni un garçon, vu qu'elles font la même taille. « Tu as trouvé ça où ? »

L'étrangère sort sa main droite de sous sa cape et, d'un geste maladroit, tire sur son masque pour pouvoir parler plus facilement. Elle n'aperçoit que le bas de son visage, mais le peu qu'elle en voit lui confirme que ce doit être une fille de son âge.

« Mon papa m'a dit de pas parler aux inconnus. »

Louise sourit un peu gauchement, étonnée par sa réponse très infantile. Le son de sa voix, étrangement familier, la met mal à l'aise. Impossible de se souvenir où elle l'a entendue : elle est sûre de la connaître, pourtant. Sûre et certaine. Mais où...

« On se connaît... ? »

L'autre dodeline doucement de la tête. De plus en plus inquiète, elle hésite à faire un pas en arrière.

« Bonjour.

-Euh, bonsoir ! Tu. Pourrais répondre, s'il te plaît ? »

Un petit rire s'échappe dans l'air. Bonjour, bonsoir.

« Je n'ai pas le droit, tu sais bien. Bonsoir ! »

Louise sent son cœur se serrer. Quelque chose lui dit qu'elle ferait mieux de s'en aller et, pourtant, son corps refuse de bouger. Non, au contraire – c'est comme s'il voulait qu'elle se rapproche, comble la distance les séparant encore. Ses poings se crispent, ses pupilles se contractent. Cette sensation, elle la connaît. Mal, mais elle la connaît.
Je veux la blesser.

« Je... m'appelle Louise. Et toi ? »

La fille la regarde à travers son masque. Bam, bam, bam ; son cœur cesse de battre.
Parce que là, sous le manteau noir, l'inconnue voit l'ombre d'un plâtre ; là, juste en face d'elle, Louise voit une fille habillée de rouge et noir qui lui ressemble trait pour trait. Louise sourit, Louise pâlit. La, la, la...
Poing serré, elle imprime la trace de ses ongles vernis sur sa peau blanche.

« Je m'appelle Louise. Et toi ? Louise. Louise Louise Louise. »

Elle semble innocente, gentille ; sa voix passe de l’aiguë au plus grave à mesure que ses lèvres roses s'ouvrent et se referment sur des mots qui ne lui appartiennent pas. Xylophone, gramophone – non, dictaphone : elle répète et rien que ça, rien de plus – mais ces mots sont à elle, à elle et personne d'autre ! Ils sont à elle !
A ELLE.
Terrorisée, la jeune fille recule précipitamment. Au bout de deux pas, son dos heurte violemment un mur de pierres.

« C'est ma... »

Voix.
Lucile revient en courant, détournant l'attention d'Harley. La, la, la ~ ; il n'y a plus personne à ses côtés. Rien qu'une cape, rien qu'un masque. Rien qu'un écho froid et impersonnel qui résonne encore et encore dans ses oreilles.
Ses jambes en tremblent encore. Elles tremblent, et elle ne sait même pas pourquoi.
Elle ne sait vraiment pas.



*MissLulu est connectée

MissLulu > Heyyyy Iannick m'a dit que Louise dormait chez toi, elle est chez toi ?
Sugarcube > Yep.
MissLulu > Je voulais lui parler. Mais elle a pas de portable. Tu peux pas lui dire de se bouger ?
Sugarcube > euf. Non. Elle est genre
Sugarcube > endormie, alors
Sugarcube > j'ai pas envie de la réveiller tu vois
MissLulu > Oh ! Okay. Mais qu'est-ce qu'elle fout chez toi au juste ? On est jeudi, quoi.
Sugarcube > franchement ? Je sais pas. Elle m'a appelé vite fait pour savoir si elle pouvait passer la nuit ici, j'ai dit oui et ben elle est venue.
MissLulu > … Weird.
Sugarcube > en plus dès qu'on a été seuls dans ma chambre, elle s'est cachée dans mon lit et
MissLulu > Et tu l'as violée.
Sugarcube > ...et je l'ai violée, normal quoi. Pauvre tarée.
MissLulu > Pardooon. Mais tout le monde te castre, genre même son père, donc je me suis dit que j'allais te traiter en mâle Alpha pour une fois. Bref, continue Ajachou.
Sugarcube > ET, donc, elle a pleuré.
MissLulu > ...
MissLulu > Mais. Pourquoi ? Elle va mal ?
Sugarcube > Ben.
MissLulu > Elle pleure encore sur Grégoire ? Genre 'Grégoooire a une copiiine ils vont se marieeer' buhuhu ?
Sugarcube > non. Enfin peut-être mais là c'est pas le problème.
Sugarcube > jai pas tout compris, mais, en gros
Sugarcube > elle a pas arrêté de me dire 'je l'ai vue à la fenêtre, bientôt elle rentrera dans la maison'
Sugarcube > en pleurant, à priori elle avait peur
Sugarcube > du coup j'ai rien osé dire, je l'ai juste rassurée et là elle dort.
MissLulu > … uhhh.
MissLulu > Je m'inquiète pour elle. Elle est bizarre ces derniers temps. Angoissée, tu vois ?
MissLulu > En plus elle m'a posé des questions bizarres sur la mort et les gens coupés en deux y'a pas longtemps. Elle aime pas les trucs glauques pourtant d'habitude.
Sugarcube > maintenant que tu le dis, y'a peut être deux semaines
Sugarcube > Quand elle a été au ciné avec Matth, tu sais
Sugarcube > eh ben elle m'a demandé de l’appeler ensuite
MissLulu > Ah ? Pourquoi ?
Sugarcube > jamais vraiment su
Sugarcube > elle m'a juste parlé de tout et de rien, et quand je lui ai demandé si ça allait, elle m'a répondu
Sugarcube > 'Tu en penses quoi, des



théories sur les Dopplegänger ? »

Iannick regarde sa fille, intriguée, et elle profite de l'effet de surprise pour enchaîner sans paraître trop impliquée ou inquiète.

« Je veux dire, tu sais, les doubles et tout ces machins. Comme quoi quand on se croise soi-même on va bientôt mourir, et tout... »

La jeune fille plante distraitement sa fourchette dans son plat. Faire que ça reste anecdotique. Tout ça doit rester bon-enfant, sur le ton de la curiosité et rien d'autre : elle s'applique, forte de ses années passées à jouer la comédie devant un public d'inconnus, à ne pas laisser paraître quoi que ce soit. Elle a eu beau les frotter, ses cernes ne quittent plus son visage. Ses ongles rongés lui attirent des reproches de la part de sa mère quand elle l'aide à les vernir. Ses traits tirés trahissent des nuits courtes et agitées. Cauchemars, cauchemars – si seulement ; cauchemars. La fille, elle l'a revue. Quand elle était avec son frère, au marché. Cauchemar. Dans le centre-ville, quand elle marchait avec Lucile. A l'entrée du cinéma, avec Matthieu. A sa
fenêtre,
l'avant-veille.

Ses dents se ferment à peine sur son blanc de poulet. Doucement mais sûrement, elle commence à se demander si elle arrive vraiment à dissocier le réel de l'imaginaire ; peut-être qu'elle devient folle. Qu'elle redevient folle.
Les souvenirs d'une enfance ponctuée par des rendez-vous chez le psychologue remontent souvent à la surface, ces dernières semaines. Dire qu'elle parlait aux murs et à des animaux imaginaires ; quelle gamine bizarre, franchement... Si ça se trouve elle recommence à être bizarre et à voir des choses qui n'existent pas. C'est possible. Plausible.
Elle croit percevoir un mouvement près de sa jambe, retient sa respiration.
Chaussure ?

« Pourquoi tu demandes ça, tout à coup ?

-Comme ça ! S'exclame-t-elle en agitant ses mollets sous sa chaise. J'ai lu des livres là-dessus, je trouve ça intéressant... C'est tout. Alors ? »

La viande craque – non, non, ça ne craque pas, c'est du poulet ; elle se revoit à la bibliothèque, le nez plongé dans des livres sur le paranormal, front plissé en signe de concentration. Crac. Elle avale avec difficulté, presque de travers, et devine à la tête de son petit frère assis en face d'elle que son visage doit être aussi livide qu'un linge. Ses parents sont occupés à manger. Elle croit voir une ombre passer ; son cœur s'arrête, repart, bat trop vite et se calme.
Paranoïa, paranoïa – la fille de l'autre jour, qui c'était hein ? « Sûrement une pensionnaire du truc où travaille ta mère, a dit Lucile. Tu sais, avec les euh, attardés mentaux. C'est sûrement pour ça qu'elle parlait bizarre. » Mais faux, faux ! FAUX. Le costume, resté par terre, le costume – c'était le sien. Il n'était plus dans son armoire. La voix aussi était à elle, c'était la sienne et elle peut en jurer. Sa voix de fille de quatorze ans, sa voix de fillette de six ans. C'était sa voix. Sa voix.
Alors comment, pourquoi ? Vrai ou pas ?
Crac.
Louise repousse doucement son assiette, la mine dégoûtée.

« Ça n'existe pas, à mon avis. Mais, tu sais – ajoute son père en décrivant des cercles avec son couteau – il y a plein de choses sur cette terre qu'on ne connaît pas, sans parler des autres planètes, galaxies... On ne voit, ne sent et n'entend qu'une infime partie de ce qui se passe réellement. Et heureusement, sinon, tu imagines ? On deviendrait sûrement fous !

-Allons, chéri. Ne leur fais pas peur, tu veux. Et n'utilise pas le mot fou comme ça. »

Il s'excuse, crac, et Louise a l'impression d'entendre tout les objets crier dans ses oreilles. Elle va devenir folle si elle ne règle pas cette histoire au plus vite. Elle a l'impression que, depuis le jour où cette, personne – cette chose – l'a approchée d'aussi près, quelque chose s'est déréglé dans son corps ou son esprit. Comme si elle avait un peu moins de contrôle sur elle-même, un peu moins de... Conscience. Ou un peu trop, au contraire. Parasite – le mot résonne entre ses oreilles meurtries. Parasite, parasite, parasite. Elle commence à comprendre comment on peut en arriver à penser que des aliens ont installé une puce quelque part sur notre corps et trouve cette idée particulièrement dérangeante. Elle ne veut pas être folle. Seulement si elle ne peut rien prouver, si elle est la seule à le voir...
C'est pas ça, être fou ?

« Et on dit quoi d'autre là-dessus ? »

Elle remercie en silence la culture générale de ses parents et leur fond de fierté, toujours prêt à ressortir pour faire valoir ses droits. Ils aiment étaler ce qu'ils savent. Ça peut parfois s'avérer utile.

« Sur les doubles ? Pas grand chose. Certains disent que ce sont de mauvais présages, d'autres pensent que chacun de nous en possède un et qu'il parcoure la terre à notre recherche.

-Et s'il nous trouve ? Demande bêtement Nora tout faisant glisser un spaghetti entre ses dents avec toute la grâce de ses onze ans.

-A priori, il nous tue, complète leur mère en jetant un regard désapprobateur à son mari. Mais ça n'existe pas, ma chérie.

-Et si ça existe ? On les tue comment ? »

Les yeux dans le vague, Louise écoute ses cadets poser mille et une questions sous les yeux amusés ou exaspérés de leurs parents. Et si ça existe ? On les tuerait comme on tuerait n'importe qui, mais ça n'existe pas. C'est eux ou nous. C'est eux. Ou nous. L'un ou l'autre. Pas les deux en même temps. Il veut te prendre ta place ? Tu l'en empêche. Définitivement, si possible. Sinon... Il reviendra, encore et encore.
Sa jambe heurte un des pieds de la table.

« On peut avoir un animal ? »

Sa question coupe court à la conversation précédente ; cette fois-ci, c'est quatre regards étonnés qui se tournent vers elle.

« Un ani – hein ? Je t'ai déjà dit que plus de chats, les chats c'est terminé. Après ils se font écraser, tout le monde pleure et on ne s'en remet pas, c'est complètement atroce. » Iannick soupire, attristé. « Même si c'est adorable.

-Pas d'oiseaux, j'y suis allergique, objecte Charlène d'une voix inquiète.

-Un cochon dindon !

-D’inde, mon trésor, pas dindon. Et non, Nora ne supporte pas leurs poils. Ni cochon d'inde, ni chinchilla, ni hamster, ni souris, ni, errr, rats...

-Un crocodile !

-Enfin, sérieusement –

-Pourquoi pas un chien ? »

La voix de Louise résonne entre les diverses protestations, résignée et autoritaire. Iannick, puisque c'est toujours à lui que revient le dernier mot concernant les décisions de ce genre, hausse un sourcil un peu perplexe. La dernière fois, c'était elle qui n'avait pas voulu qu'ils prennent un chien : trop gros, trop effrayant, trop de dents – elle en avait pleuré, tellement l'idée l'avait terrorisée. « Mais c'était il y a longtemps », objecte-t-elle en posant sur lui de grands yeux humides ; « s'il te plaît, allez, on pourrait prendre un berger allemand ! » Il commence à craquer. Mais oui chéri, un berger allemand c'est si beau – un chieeeeen – oui un joli chien avec de jolis poils –
Perdu d'avance.

« D'accord, d'accord ! On prendra... Un chien. Je ne sais pas trop comment on en est arrivé là, mais, bon, d'accord. Arrêtez de hurler. »

Les doigts crispés sur la table, l’aînée jette un regard inquiet à la fenêtre qui lui fait face.

« … On pourrait l'adopter avant ce week-end ? »





Réveillage, douchage, habillage, maquillage, coiffage, brossage de dents, préparage, petit-déjeunage, SMSage et marchage sur le trottoirage pendant qu'on s'ennuyage en regardant le paysage –
Urrrrgh. C'est toujours, toujours la même chose ; siècle ennuyeux et stupide, va.
Louise, habillée de façon un peu plus mature qu'à l'accoutumée, envoie toute ses mauvaises ondes sur le manque d'action de ces dernières dizaines d'années. Avant il y avait des guerres, des rois et des princesses : avant ils savaient vivre, innover, subir et se rebeller. Maintenant, c'est juste... Du virtuel, du rien et du remplissage – tient, encore un mot en age ; elle le note dans un coin de sa tête, inconsciente que préparage et réveillage sont des termes qui feraient hurler ses professeurs. Pas que ce soit très important. C'est même au contraire assez amusant de voir le professeur de français, plutôt vieux et rigide, lancer des regards assassins à son père en clamant « on voit bien que ses parents n'ont fait aaaaucun effort pour lui apprendre les matières littéraires, n'est-ce pas ».
Quoi qu'il en soit, ce siècle est stupide. Elle préférait le –

« Lou ~ Her, Lou ! »

A peine a-t-elle poussé le large portail qui mène à la coure de son collège que deux filles – des camarades de classe de deux ans ses cadettes – se dirigent vers elle à grand renforts de signes de la main. Gênée par avance à l'idée de la conversation qu'elles risquent d'avoir, elle songe vaguement qu'elles ne sont pas obligées de faire autant de bruit mais les rejoint malgré tout sans protester. Après les bises de rigueur et les habituels « ça va oui ça va et toi oui ça va et ton chat ouiiiii ça va t'es trop chou de demander », la plus grande des deux (beaucoup trop bien formée pour ses quatorze ans, songe Louise avec amertume) pose sa main sur son épaule et se penche vers elle, dans une mine qu'elle imagine conspiratrice.

« Alors tu sors avec Matthieeeu ? »

Et elle le lui hurle dans l'oreille, avec toute la délicatesse du monde. A dix mètres de là, Louise jurerait voir un petit groupe se tourner vers elles.

« Euh, oui. Comment tu... ?

-Oulalalah je te raconte pas. » Si seulement. « En fait c'est Mélanie qui l'a appris de Helise qui l'a su par Laure qui l'a su par Marvin qui est tout le temps fourré avec Alexis qui traîne un peu avec Marc qui donc est pote avec Matthieu. Je crois. Depuis quand, racoooonte ! »

Elles marchent vers « leur » banc, avantageusement positionné près du self, et la jolie blonde explique rapidement les détails techniques de sa nouvelle relation en chemin. Elle insiste lourdement pour ce qui est de garder tout ça secret – son père ne doit pas être au courant ; déjà qu'il était prêt à tuer ce pauvre garçon le samedi d'avant, s'il avait su qu'ils s'étaient déjà embrassés il l'aurait décapité (ou dé-langué, au moins) – sans trop espérer qu'elles en soient capables pour autant. De toute façon, il finira par savoir. Ça va faire deux semaines, il s'en rendra forcément compte à un moment ou à un autre. Et là... Ce sera la troisième guerre mondiale. Annihilation des rouquins. Castration de tout les garçons des environs. L'apocalypse Iannick. Ka-boom.
Remarque, au moins elle ne s'ennuiera plus. Distraitement, Louise regrette l'absence de Lucile et Ajay, qui à défaut d'avoir redoublé se sont amusés à l'abandonner au profit du lycée. C'est juste à côté mais, quand même. Ça l'embête un peu.
Quoi qu'Ajay ne veut plus la voir. Elle l'avait presque oublié.
A... ha.
Comme si Louise oubliait, hein.

« Et alors, vous l'avez déjà fait ? »

Arrêt sur image ; silence radio, minute papillon. Ses joues virent au cramoisi, au ravissement visible de ses deux camarades.
Au secours, terrain glissant...

« Euh, non, grommelle-t-elle en fouillant sans raison dans son sac. Non. Pas encore.

-Nooon ? Bon. Je pensais.

-Il a quand même dix-huit ans.

-Et puis voilà, il est comme il est. Mais t'as raison, ça se fait pas de coucher le premier soir. Genre quelles traînées font ça, sérieux, j'aurais honte à leur place quoi.

-Faut attendre au moins une semaine.

-C'est net. »

De rouge elle passe à livide. Elle déteste ce genre de conversation. Ça finit toujours mal, elle le sait pertinemment. Mentir un peu pour être acceptée, oui ; s'habiller à la mode quitte à ne pas toujours se plaire, passe. Mais dès qu'il s'agit de sexe ou de romance, la situation vire à la catastrophe en quelques secondes. Avant, entendre ses amies dire que « en deux semaines c'est plié hein » ou « oh ben moi je suis plus vierge » – comme si, sérieusement – ne la gênait pas plus que ça : à leurs questions elle répondait qu'elle n'avait personne, à leurs tirades elle acquiesçait bêtement. Comment revenir sur ses paroles, maintenant ? Hein, comment ?
Abrutie, abrutie. Stupide siècle décadent et...

« Hm ! Donc vous le ferez bientôt, quoi ?

-Sûre... ment. »

Sa réponse ne leur plaît qu'à moitié, c'est évident – et impossible de s'enfuir. Coincée, Louise.

« Non ?

-Si ! Bientôt, genre, sûrement.

-Okay, okay. Bientôt quoi. Après tu prends ton temps hein, moi je m'en fiche. »

Au fond, elles ne pensent pas à mal ; ça crève les yeux qu'elles aiment juste les ragots et sont persuadées d'être dans leur bon droit. La seule fautive, ici, c'est elle. A dire n'importe quoi et faire semblant d'être à l'aise, ce sont ses doigts qui vont se retrouver coincés dans la porte : à avoir été si mauvaise, elle doute que les gonds acceptent de la libérer avant qu'elle se soit excusée mille fois. Ses phalanges seront sectionnées bien avant.
Cette simple idée la terrorise.

Pour la première fois depuis deux ans, elle se demande sérieusement si elle pourra tenir sa promesse jusqu'au bout.



*LeSauveurDeChemises est connecté.

LeSauveurDeChemises > Louuu ? T'es là ?
LeSauveurDeChemises > …
LeSauveurDeChemises > Bon. Je reste en ligne encore un moment, donc si tu passes, te gêne pas.
LeSauveurDeChemises > Et pense à demander un portable à tes parents, aussi. o/
LeSauveurDeChemises > Ça peut toujours être utile. Et même Ajay en a un. Je veux pas dire que ton cas est désespéré, mais, tu vois. Ajay en a un.
LeSauveurDeChemises > C'est quand même le type qui préfère parler à son chien qu'à ses voisins, donc bon.
LeSauveurDeChemises > …
LeSauveurDeChemises > Hm hm hm.
LeSauveurDeChemises > Okay, je vais bosser. Mais je suis pas loin. En cas de besoin.



Tout. Va. Bien.
Genoux serrés contre sa poitrine, volets fermés et rideaux tirés, Louise regarde autour d'elle d'un air rendu hagard par la fatigue. Le petit berger allemand couché sur ses pieds dort tranquillement, et sa respiration régulière lui tire un sourire satisfait – si on peut appeler ça un sourire ; elle mourrait pour deux minutes de sommeil en paix.
Mais tout à l'heure, il a grogné. Sans raison. Ou plutôt à raison. Donc elle reste éveillée, juste au cas où. Histoire de pouvoir se défendre en cas de besoin.
Son corps fragile tangue doucement d'un côté puis de l'autre. Ses lourds cheveux blonds ondulent sur l'oreiller et l'édredon, retombant par occasion devant ses yeux rougis et soulignées par des cernes de plus en plus noirs.
Louise dort peu. Louise ne dort pas.
Les ombres bougent et vont la manger parce qu'elle n'a pas été sage. Elles vont la manger, la manger...

Doucement, la porte s'ouvre. Tout sens en alerte, la fillette redresse le dos puis se recroqueville sur elle-même. Le chien ne réagit pas.
Elle sourit, soulagée ; une petite silhouette se faufile jusqu'à ses bras ouverts.

« Loulouuu – tu dors pas ? »

La petite blonde étouffe son cadet entre ses bras, se fichant bien d'abîmer les lunettes de ce dernier au passage. Il a eu l'intelligence de mettre les siennes pour se lever, lui, au moins. Ça fait une heure qu'elle fixe le flou sans se demander pourquoi sa tête lui fait mal à ce point. Elle a d'autres problèmes plus urgents. Beaucoup plus urgents.
Et ça demande toute son attention. Elle a déjà redoublé une classe, il ne s'agirait pas d'en rater une autre : pourtant, ce n'est plus son soucis premier. Plus maintenant.

« Gaël, tu sais... Les doubles, tout ça.

-Dopelgangeur ?

-Oui, oui. Ça. » Elle le sert un peu plus fort, sans se préoccuper du chiot qui, mécontent d'être ainsi ennuyé, grogne un peu. « Je crois que... Y'en a un qui me suit. »

Le petit garçon se détache d'elle et plante ses grands yeux dans les siens ; inquiet, effrayé. Pas une once de moquerie ou de rire sur son visage. Pourtant, pour son âge, c'est un garçon très éveillé. Il se fiche de la tête des gens pour moins que ça d'ordinaire et ce sursaut de pure confiance va droit au cœur de sa grande sœur. Si elle n'était pas si exténuée, elle le reprendrait dans ses bras sur le champ : peut-être même qu'elle pleurerait, un peu.
Elle est trop fatiguée pour ça.

« Mais je veux pas que tu meures !

-Je vais pas mourir, chuchote-t-elle en caressant le chien. Je vais... Me débrouiller.

-Mais s'il a la même tête que toi, comment je pourrais savoir s'il t'a pas déjà volé ta place ? »

La fillette réfléchit à toute allure. Si elle est folle et que rien de tout ça n'existe, alors elle finira par se blesser elle-même et on l'enverra dans un hôpital psychiatrique. Du moins imagine-t-elle les choses ainsi. Si elle a raison, en revanche, si elle a raison – alors sa vie pourrait bien être en danger. Réellement en danger.
Soudain, elle tape du poing contre la paume de sa main.

« Je me couperai les cheveux !

-Hein ?

-Si je me fais remplacer. Ou que je vais me faire remplacer, corrige-t-elle brièvement. Eh bien je me couperai les cheveux, juste avant. Et si jamais je me coupais les cheveux et qu'au final je gagnais... »

Elle réfléchit ; plus sérieuse que jamais.

« … Je



les laisserais repousser. Tout... Simplement. »

Un courant d'air froid lui glace le sang. Les deux filles assises à côté d'elle, interloquées, se penchent en avant pour mieux la dévisager.

« Hm ? Tu racontes quoi, Louise ? »

La jeune fille secoue sa tête blonde de gauche à droite, un sourire désolé au visage. Elle passe une main distraite dans sa courte chevelure blonde, le cœur lourd. Ça ne lui était encore jamais arrivé, une telle douleur dans la poitrine. Elle n'aurait jamais du faire une chose pareille. Jamais.
On ne s'attache pas aux animaux.

« Rien. Rien du tout. Je pensais juste à un truc que j'ai promis à quelqu'un. »

Elle pourrait briser cet accord en un claquement de doigt ; personne ne lui dicte sa conduite. Surtout pas un être humain. Rien ne l'empêche de faire ce que bon lui semble. Rien ne la force à tenir ses promesses. Rien, rien, rien. Elle est libre comme l'air : au sens strict du terme.
C'est sûrement pour ça qu'elle s'y tient, en fait.
Ce serait trop facile. Trop plat.

Allez, avoue-le. Tu t'en veux.

… Jamais de la vie.





Louise a fait au-revoir de la main à ses parents, à ses cadets ; a gentiment tiré sur la laisse de Joy pour l'empêcher de suivre le petit groupe à l'extérieur. Ses longs cheveux serrés en un imposant chignon à l'arrière de sa tête, pieds nus, vêtue d'un short large et d'un débardeur des plus simples, elle a refermé la porte derrière eux et a tiré le verrou sous les yeux rassurés de son père, de l'autre côté de la vitre. Puis ils sont partis. Tap, tap, tap. Elle a vu leurs silhouettes s'éloigner dans l'allée, tourner à l'angle de la rue.
Depuis, elle est seule.
Assise dans le salon, recroquevillée sur le fauteuil et le menton calé contre ses genoux, elle attend. Elle aurait pu les accompagner en ville, aller acheter de la barbe-à-papa avec eux et regarder le feu d'artifice ; elle aurait pu. N'a pas voulu. Officiellement, elle est malade. Officieusement, elle a eu trop peur de tomber sur quelque chose en sortant dehors à une heure pareille. Il est presque minuit.
Mais tout ça, ce ne sont que des excuses stupides.
En vérité, elle sait parfaitement que c'est en restant seule qu'elle a le plus de chance de retrouver son reflet. Alors elle attend. Couteau à la main, juste au cas où. Juste. Au cas où. On est jamais assez prudent. Les yeux fixés sur la télévision éteinte, se servant de l'écran noir comme d'un miroir, elle attend. Elle attend, elle attend. Le temps passe. Elle attend. Peut-être qu'elle est juste folle. Elle attend. Elle est folle. Elle doit l'être. On ne lui donnera jamais tort et elle le sait. Si elle dit qu'une ombre la suit, on lui dira d'aller chez un psy. Elle attend. On lui dira de se faire soigner, gentiment, et rien de ce qu'elle dira n'y changera quoi que ce soit. Ils décideront pour elle de ce qui est réel et de ce qui ne l'est pas. Elle attend, elle attend encore. Elle a beau être stupide, cette certitude lui semble d'une simplicité alarmante. Les fous sont enfermés, au contraire des criminels. Alors elle attend. La seule personne à qui elle pourra prouver quoi que ce soit, c'est elle-même. Si elle ne se croit pas, personne ne la croira.
Comme Louise ne cherche pas loin, ses certitudes lui suffisent. Elle ne ressent pas le besoin d'être plainte par sa famille, de faire s'inquiéter tout le monde. Elle veut juste savoir si elle s'imagine des choses ou si c'est bien la réalité. Juste ça.
Elle attend.
Joy grogne, aboie.
Un soupir de soulagement traverse ses lèvres tremblantes. Ça fait une heure qu'elle est postée là sans bouger ; elle commençait à avoir mal aux articulations.

« J'attends, tu sais ! »

Dans l'écran du téléviseur, elle voit la silhouette se défaire ; disparaître. Elle ferme les yeux. Les rouvre doucement, ses doigts abîmés serrés sur le manche de son couteau. Son cœur bat à tout rompre. Peut-être que sa cage thoracique va céder. Peut-être que ce serait mieux pour tout le monde.
En face d'elle, les traits se dessinent peu à peu. Le visage, puis le reste ; comme si un courant électrique se propageait sur cette ombre invisible pour la rendre tangible, crédible. La peau, les yeux, les cheveux – jusqu'à la forme de ses épaules, jusqu'à ses ongles rongés. Comme un...
Miroir.
Gênée, Louise ramasse un peu plus ses jambes contre son torse et jette une robe de chambre sur l'inconnue.

« Je... Habille-toi, lâche-t-elle bêtement, incapable de réagir de façon rationnelle. Ça me gêne.

-Je n'ai pas le droit, tu sais bien. »

Suave et complaisante, son double enroule malgré tout le tissu autour d'elle. Louise s'accroche toujours plus fort au couteau : l'inconnue sourit. Elle n'a pas peur. Elle est complètement. Totalement. Entièrement sûre d'elle. Louise pourrait aussi bien être un chat, ça n'y changerait rien. Dans un sens, elle pense que c'est plus ou moins à ça que ça correspond.
Le rapport qu'elles entretiennent. Être pensant et animal.
Elle n'est tout simplement plus en état de réfléchir correctement. Si cette apparition n'est pas une manifestation de sa folie, elle doit l'être malgré tout. Folle.
Complètement folle.

« Tu veux me tuer, c'est ça ? »

L'ombre ne répond pas ; du moins ne l'entend-elle pas. Elle croit discerner de l'agacement sur ce reflet qui n'en est pas un, sans réussir à pointer du doigt ce qui pourrait bien l'énerver. Elle a le dessus, non ? Bien sûr qu'elle a le dessus. Elle n'a aucune raison d'être contrariée. Aucune. Elle peut la tuer quand elle veut, peu importe la façon dont ces choses-là s'y prennent pour le faire.
Tant pis. Elle est résignée.

« Le problème, tu vois, c'est que... »

Ses jambes tremblent quand elle se redresse, glisse à côté du meuble. La fille sourit toujours, encore, sans arrêt. Quitte à mourir, quitte à devenir folle...
Autant le faire franchement, non ?
Avec...

« J'ai aucune intention de mourir ! »

Classe.

Le cadre posé près d'elle traverse la pièce à toute vitesse – et quand l'ombre disparaît pour l'éviter, le visage déformé par un mépris presque palpable, Louise est déjà au pied des escaliers. La photographie heurte avec violence la télévision, brisant l'écran en son centre dans un désagréable bruit de verre fissuré. Avec classe, classe. Casse.

C'est foutu d'avance.



A moitié endormie, la tête appuyée contre la portière de la voiture, Louise se laisse aller aux douces rêveries dans lesquelles l'alcool finit toujours par la plonger. Euphorique d'abord, malade pour finir mais toujours douce et docile entre les deux ; yeux à demi-clos, elle observe le paysage qui défile à l'extérieur. Le type qui était installé à l'avant est parti depuis un moment, mais elle est trop absorbée par son étude silencieuse pour se rendre compte de quoi que ce soit. Elle jette un coup d’œil à ses ongles vernis, parfois ; se fait la remarque qu'elle a froid. La veste qu'on lui a mise sur le dos ne la protège pas, et l'averse qui les a surpris quand ils sont sortis dans la rue lui colle encore à la peau. Ses jambes frissonnent régulièrement sous son pantalon, ses bras serrés l'un contre l'autre refusent d'apporter la moindre chaleur à ses clavicules. Elle a froid.
Mais elle se sent... Bien, malgré tout.
La voiture s'arrête et, plus contrariée qu'autre chose par cette soudaine immobilité, Louise laisse s'échapper une exclamation mécontente.

« Matthieu, j'aimais bien quand ça bougeait. » Elle attend qu'il se tourne vers elle pour lui faire la moue ; l'instant d'après, elle jette un coup d’œil curieux par la vitre. « On est où ?

-Pas loin, répond-t-il succinctement en se glissant sur la banquette arrière. Putain, t'es encore gelée ? »

La jeune fille acquiesce, rit bêtement ; critique sa veste qui ne lui sert à rien et lâche un commentaire sans vrai sens sur la forme et la couleur des nuages quand il fait nuit. Son ami rit un peu – l'alcool, songe Louise en ricanant de plus bel – et l'attire contre lui pour la réchauffer. Elle se laisse faire, tout à son babillage, et pousse un soupir de contentement en constatant que, contrairement à elle, le jeune homme a chaud. Il a chaud, chaud, chaud ; c'est agréable. Elle se blottit contre lui.
Son père va la tuer en revenant. Pour l'instant, ça lui est égal. Elle veut juste rire, oublier, s'amuser, profiter. Profiter, profiter. C'est court, une vie : trois fois rien. Il fait en tirer le maximum, ne pas se priver. Du moins pas trop.
Elle rit quand il l'embrasse ; pour l'instant, c'est drôle. Pour l'instant, elle s'en fiche.
Elle se souvient d'Ajay, qui l'a secoué d'avant en arrière quand elle lui a dit qu'elle sortait avec Matthieu. Elle se souvient de ses remontrances, de ses inquiétudes, de sa perplexité : Louise n'oublie pas. Ou rarement. « Je ne viendrais pas te sauver. », qu'il a dit. Tant mieux, tant pis. Elle n'a pas besoin de son aide, encore moins pour gérer un petit-ami. Elle n'a pas besoin de lui. S'il s'est énervé, c'est son problème. Elle sait ce qu'elle fait. Elle n'a plus huit ans. « Dommage. » Dommage, oui.

Dommage.





« J'avais pas le choix. Et puis pourquoi je devrais m'en vouloir ? Vous tuez des porcs, des vaches... J'entends rarement qui que ce soit leur demander si elles veulent bien mourir.

-Ça n'a rien à voir !

-Ça, c'est toi qui le dit. Moi je vois pas la différence. Ou presque. »

Le silence traîne, fourbe et assassin. La vérité empoisonne sa langue.

« ...Mais je l'aimais bien. Je crois. »

Hypocrite, idiote, faible ; les adjectifs résonnent entre ses deux oreilles, tous plus justes les uns que les autres.
Ce garçon est humain, ce garçon pleure. Et elle, elle a mal au cœur.
Ça –
Non. Non.
Louise a mal au cœur. Louise a –
… avait,

ce genre de truc près des côtes et des poumons.
Pas elle.



Les souvenirs sont... tangibles. Ils sont palpables ; réels. C'est inexplicable, de toute façon. On ne peut pas décrire à un humain une sensation qu'il ne connaît pas, encore moins lui expliquer le fonctionnement d'un sens qu'il ne possédera jamais.
Mais ses souvenirs, je pouvais les toucher du bout des doigts. En quelque sorte. Je voyais tout. Ceux qui étaient le plus en surface, ceux qui prenaient le plus de place. Si vous voulez vous faire une idée, dites vous que je pouvais les lire dans ses yeux.
Il y avait une petite fille qui pleure pour de la peinture. Une enfant qui s'endort sur une histoire racontée par son père, par sa mère. Des petits doigts serrés sur les siens, plus grands déjà. Des rires, des pleurs, des crises de nerfs. De la comédie et du tragique. Un petit garçon à la peau mate qui descend la rue avec elle sur son vélo. Du doute. Des mensonges. Suicide. Raté. Un bras cassé et beaucoup de souffrance. La mer, la marée. Les rochers. Des journées entières...
Passées à attendre, sous un parapluie rose, qu'un Prince Charmant arrive pour lui demander si tout va bien.
Elle aurait sans doute été plus heureuse à une autre époque. Naïve et simple, trop crédule.
Mais ici le ciel pleure, Louise.
L'eau s'infiltre même sous ton parapluie.


… I d i o t e.



La porte claque brutalement derrière elle. Se cacher, se cacher, se défendre, se cacher... Elle entend le chien aboyer en bas, se maudit de ne pas l'avoir emmenée ; pas le temps de redescendre, pas le temps d'y penser – pas le temps de quoi que ce soit, en fait. Mue par la terreur qui menace de l'asphyxier, Louise pousse sa commode devant la porte et se jette contre la fenêtre pour en tirer les rideaux, renversant la moitié des bibelots que contient sa chambre dans sa précipitation. Ça ne sert à rien, à rien du tout, mais elle a besoin de se rassurer. Elle a besoin de croire. D’espérer. De se dire que, peut-être, elle est juste folle. Qu'elle a une chance de s'en sortir. Qu'elle a une chance de...
V i v r e e n c o r e ?
Le manche du couteau serré entre ses doigts moites, Louise se glisse sous son bureau. L'instant d'après, muette et recroquevillée sur elle-même, elle voit une paire de pieds apparaître dans son champ de vision : nus, familiers. Ils se dessinent et vacillent un moment avant de se stabiliser, plus crédibles que la plus crédibles des hallucinations. On dirait de la peau. Sa peau. Une main plaquée contre sa bouche pour contrôler ses inspirations erratiques et douloureuses, l'autre fermée sur le couteau, elle fait de son mieux pour s'astreindre au calme. Si elle s'imagine cette chose, si toute cette histoire vient de son cerveau malade, peut-être que chasser la peur et la paranoïa vont faire disparaître la menace.
Alors elle ferme les yeux et, pour la deuxième fois de sa vie, prie pour changer le cours des choses.
Faites que ce soit qu'un cauchemar. Cauchemar cauchemar cauchemar cauchemar...

« Je te vois. C'est toi le chat ? »

Un hurlement strident s'échappe d'entre ses lèvres quand une poigne glaciale se referme sur sa cheville. Sa tête heurte brutalement le sol, son dos râpe contre la moquette et les bouts de porcelaines brisée éparpillés au sol ; fini, c'est fini.
Le cœur et la tête en miettes, elle tire sur l’élastique qui maintient ses cheveux.

Les mèches de son reflet, juste au-dessus d'elle, semblent tomber en même temps que celles dont le sort vient d'être scellé par la lame qui brille entre ses doigts tremblants. Les yeux dans les yeux, elle entaille maladroitement sa longue chevelure dorée. Gaël doit savoir. Son père doit savoir. Sa mère, Nora, Lucile... S'ils ne se souviennent pas d'elle, s'ils pensent qu'elle est toujours là, ce sera comme si elle n'avait jamais existé. La plus totale des disparitions. Personne ne la pleurera, personne ne priera pour le repos de son âme. Elle sera oubliée, abandonnée, délaissée. Pathétique. Blanche, blanche, blanche de la tête aux pieds. Du blancs jusque dans ses yeux.
La tapisserie se déchire. Elle fond en larmes.

« P a r d o n. »

Prise d'une violente quinte de toux, Louise laisse ses sanglots se transformer en rires incontrôlés. Pas à un instant elle ne songe à se relever, non ; ça ne servirait à rien. Rien, rien, rien, rien. Rien. Elle ne s'en sortira pas. Qu'elle soit en train de s'emprisonner dans son propre esprit ou qu'elle soit victime d'une créature dont elle ne connaît ni le but ni les origines, elle ne s'en sortira pas. Elle le savait. Ça ne pouvait pas se terminer autrement.
Ça doit être juste, dans un sens.
La maison a fini par la rattraper et la punir.
Et maintenant, les ombres vont la manger.

« A-Attends ! Attends ! Est-ce que tu, pourrais... »

Elles vont la manger.
Pardon, papa.



Un vague son de protestation s'échappe d'entre des lèvres bleuies par le froid ; Louise a froid, froid, froid. Ça arrive parfois. L'alcool n'aide pas. Elle est là sans l'être – et c'est dangereux, bon Dieu, et elle le sait, mais impossible d'arrêter. Elle flotte, ni saoule ni sobre, et c'est juste agréable. Juste. Agréable. C'est humain, c'est physique, c'est enivrant. Elle sent Matthieu jouer avec le bouton de sa chemise blanche, le laisse l'embrasser. Physique physique physique. L'écorce des arbres sous ses mains, l'air marin, les chutes, les transports en commun, de longs doigts à la peau mate qui enserrent son visage ; une voix qui murmure et condamne. « Tu sais comment il est, Louise. Sors pas avec lui. » Je fais ce que je veux, merde. Je suis pas une gamine.

« Je suis pas une gamine, marmonne-t-elle en posant sa main entre ses lèvres et celles de Matthieu. Pas adulte non plus, hein ?

-J'irais pas jusque là, non. »

Matthieu rit ; il la pousse gentiment et elle, toujours un peu ailleurs, recule bêtement. Sa tête heurte la vitre, ses yeux s'agrandissent sous le choc. C'est trop fois rien : il ne le remarque même pas, elle l'oublie vite.
Sauf que Louise n'oublie pas.
Avant, elle en était capable. C'était bien pratique, hein ?
Louise. N'oublie. Rien.
Rien.
La douleur irradie de sa tête et s'écoule dans sa nuque, dans ses yeux. Physique physique physique – en fait c'est qu'à moitié drôle, cette connerie. Elle préfère enlacer des arbres ou prendre des douches brûlantes. Ses pensées lui reviennent, la douce torpeur se faufile en dehors d'elle, glisse entre ses doigts et sous ses ongles vernis de noir et de blanc. Son veston est un peu froissé, sa chemise aussi. Son pantalon glisse parfois, chatouille sa cheville nue – et tout ces bruits, toutes ces sensations étrangères l’insupportent à un tel point qu'elle en enfonce ses ongles dans les épaules de Matthieu. Il ne se plaint pas ; s'il le fait, elle ne l'entend pas.
Ça bourdonne, ça siffle dans ses oreilles. Elle savait que c'était dangereux, elle le savait. Elle s'est un peu trop éloignée, un peu trop longtemps, un peu trop maladroitement – et maintenant, maintenant elle a l'impression que tout son corps la rejette en bloc : parasite, parasite. Louise ferme les yeux, serre les dents.

LA FERME !

Dans un haut-le-cœur brutal, tout son être s'ancre de nouveau à la réalité et au tangible. La voiture. Matthieu. Les plis sur sa chemise. Douleur. Peur. Erreur.
Son dos est appuyé contre la banquette arrière. Elle ouvre la bouche pour protester ; sans succès. Il l'embrasse et elle, emprisonnée dans son carcan d'émotions contraires, ne réussit plus à faire fonctionner son cerveau correctement.
Voiture. Matthieu. Alcool. Il a bu. J'ai bu. Il a bu. Voiture. Banquette.

Merde.

Son cœur s'emballe. Si elle le repousse, il va s'énerver ; rompre, peut-être – et tout le monde se moquera d'elle, elle en est certaine.
Mais si elle ne...
Non !
Le plus discrètement possible, paniquée et incapable de mettre un frein à une situation qu'elle ne parvient pas à contrôler, Louise sort son portable de sa poche. Papa, papa, papa...
Mais il la haïra, s'il sait. Il la haïra. Elle ne peut pas. Elle n'a pas le droit.
Ses doigts effleurent l'écran tactile.

Faites que tu sois qu'un menteur.

Tendue et inquiète, elle laisse malgré tout Matthieu mettre ses mains où il veut. Gentille, gentille Louise ; docile et sage. Elle ne dit pas un mot de travers, s'intègre et sait se faire des amis. On ne vise pas la popularité sans passer par intégration et uniformisation. On n'a rien sans rien. Il faut savoir faire des sacrifices, dans la vie. Des compromis.
Mais Louise ne rêve plus depuis si longtemps.
Ses cauchemars sont uniformément noirs et elle doit tenir ses promesses.
Toutes ; sans exception.
Ce ne serait pas drôle, sinon.
Ce ne serait pas...
Juste, sinon.

« A-Attends, Matthieu, attends... »

Combien de temps s'est écoulé depuis qu'elle a appuyé sur son portable ? Elle a l'impression que ça fait une heure, deux minutes, trente – impossible de retrouver la notion du temps. Le jeune homme se redresse juste assez pour pouvoir la regarder dans les yeux, et maintenant que son attention est posé sur elle la jeune fille ne trouve rien à dire. Alors elle cache son visage derrière ses mains, mortellement gênée, et marmonne des paroles qui n'ont de sens ni pour elle ni pour son ami.
Elle voudrait s'enterrer ; disparaître. Et pas seulement à cause des intentions on ne peut plus claires de Matthieu.
J'aimerais que tu te me promettes certaines choses.
Elle a l'impression qu'elle va vomir.

« Ça va pas ? Tu te sens mal ?

-Non, je... »

Un soupir fend l'air.

« Si tu veux pas, tu peux le dire hein. Je vais pas te tabasser. »

Elle écarte légèrement ses doigts, les yeux rougis par la fatigue et l'alcool. Il lève les yeux au plafond, s'assoit.

« C'est juste que je – »

La portière s'ouvre brutalement et, avant même d'avoir eu le temps de réaliser quoi que ce soit, Louise voit Matthieu se faire littéralement tirer en dehors de l'habitacle par une poigne ferme. Trop sonnée pour penser à crier ou se cacher, elle se glisse maladroitement jusqu'à l'ouverture par laquelle s'engouffrent mille courants d'air glacés. Ses talons glissent sur le bitume, la lumière d'un lampadaire agresse ses rétines ; un instant, elle croit être devenue aveugle.
Et puis les lignes se redessinent, le monde redevient clair. Une main contre la voiture pour se maintenir debout, elle ouvre de grands yeux affolés en direction du sol.
Un cri muet s'échappe de sa gorge. Stupides cordes vocales.

« Ajay, lâche le ! »

Ses mains vernies agrippent l'épaule de son ami, et elle ne sait pas pour qui elle a le plus peur ; pour Matthieu, qui menace à tout moment de renverser la situation et d'envoyer son poing dans la mâchoire de son agresseur, ou pour Ajay qui a l'air prêt à l'étrangler s'il oppose la moindre forme de résistance. Elle crie de plus bel, tire sur sa veste : les exclamations envenimées de l'indien se mélangent avec les insultes de Matthieu et elle, la tête en vrac, ne remarque pas que ses propre mains glissent.
Le glapissement surpris qu'elle pousse en se sentant partir en arrière a le mérite d'arrêter les deux autres, et elle s'en réjouirait sûrement si ce n'était pas sa nuque qui risquait de s'abîmer sur le pavé. Elle tend le bras ; étouffe un juron quand elle sent une paire de bras se refermer sur elle avant que son coccyx ne heurte le sol.
Elle lève la tête, peu gênée à l'idée que le menton de son sauveur frotte contre ses cheveux blonds. L'alcool l'empêche d'être gênée ; et puis c'est son père, de toute façon. Elle n'a pas à être...
… Son – ?

« Papa ?! Mais qu'est-ce que tu – !

-LOUISE ! Tu avais promis de te tenir tranquille ! »

Il l'aide à se relever et elle, les yeux dans le vague, ne peut que jeter un regard perdu aux garçons qui se lancent encore des regards assassins. J'avais promis ? Elle fouille un instant dans sa mémoire, ne trouve rien, abandonne – puis, finalement, réussit à retrouver dans cet amas d'images et de sons le moment qu'elle recherche. Elle le lui a promis, oui. Elle le lui a promis.
Ses épaules s'affaissent.

« Pardon.

-Monte dans la voiture. Et vous deux aussi ! »

Pardon, Louise.
Pardon.





« T'es qu'un monstre ! Je te tuerai, un jour, et tu... »

Il pleure de plus bel, le petit frère. Allongée sur son lit d'hôpital, Louise hausse un sourcil intrigué. Il la tuera ? Un rire étranglé s'échappe d'entre ses lèvres qu'elle peine toujours à contrôler.
On l'a retrouvée évanouie dans sa chambre ; ses parents ont appelé les ambulances. Une agression suite à un vol, sûrement. Rien de trop grave heureusement. D'une main froide, elle frotte pensivement son cou rougi. Un corps humain, c'est plus compliqué qu'il n'y paraît. Même quand on a l'habitude. Mais les médecins ont dit que ses difficultés à marcher ou à se mouvoir correctement n'étaient qu'un contrecoup du traumatisme psychologique qui passera bientôt ; elle n'a pas cherché à leur donner tort.
Malgré tout, la détermination de Gaël est touchante. Au moins un peu.

« Ça va être difficile. Et puis tu irais en prison, ajoute-t-elle avec un geste ennuyé de la main. T'imagines ? Je préfère pas !

-Pourquoi ? Tu t'en fiches de ce qui peut bien m'arriver ! T'as... »

Tué Louise.
Mais ça, il ne le dira pas. Il est assez intelligent pour savoir que ce genre de remarques ne mènent qu'à un seul endroit. Avec des murs blancs blancs blancs, du blanc de la tête aux pieds. Des pilules blanches, des médecins en blancs, des illusions blanches et fades. Or il ne veut pas ça. Elle non plus. Personne ne peut vouloir d'une chose pareille.
Elle reconsidère l'idée ; la tuer. La tuer. Les humains ont la chance d'être mortels, de quoi se plaignent-ils ?
Une porte de sortie reste une porte de sortie. Ils sont à l'hôpital et elle en prison. Eux mourants et elle condamnée. Qu'est-ce que ça change, hein, de devoir partir ? De quel droit ils se plaignent ? Pourquoi ils sont si...

« Je l'ai étouffée. C'était rapide.

-Je te tuerai. »

Bêtes ?



Une fois les portières claquées et après avoir fait comprendre à Matthieu qu'il avait tout intérêt à abandonner sa voiture ici – et ce malgré ses protestations – Iannick fait tourner la clef dans le contact. Le moteur se met en route, marche arrière et on avance : à l'avant, Louise doit se retenir pour ne pas frapper sa tête contre la vitre. T'es bête, Louise, bête bête bête bête bête...
C'est le défaut, quand on a un cerveau.
A travers le rétroviseur, elle peut voir les visages fermés et distants des deux garçons. Perdu pour perdu...

« Comment t'es arrivé là ? »

Son père lui jette un regard en biais ; curieusement, elle réussit à capter celui qu'il lance à Ajay à travers le miroir.

« Ajay m'a demanda d'aller te chercher. Et tu n'étais plus dans ta chambre, en effet.

-Parce qu'en plus d'être parfait Ajay a un sixième sens ? crache Matthieu avec colère. Adorable !

-Je suis venu parce que Louise a appelé ! Je lui ait bien dit que si elle appelait passé minuit je viendrais la chercher. On vous est tombé dessus par hasard. »

La jeune fille laisse filer un rire amer. Et merde.

« Appelé ? » Matthieu se penche en avant, manquant de heurter Ajay avec son coude par la même occasion. « Louise ! Tu l'as pas appelé ? »

Elle colle son visage contre la fenêtre, espérant de tout cœur se fondre avec la buée qui engourdit sa joue. C'est un oui criant pour quiconque la connaît.
Ils la connaissent tous.

« Sérieux, tu croyais quand même pas que j'allais te violer ! Tu me connais, tu –

-J'ai eu peur ! s'exclame-t-elle bêtement, la gorge irritée et les yeux brûlants. J'avais bu, j'ai...

-Parce que tu as bu, en plus ?!

-Papa...

-Et arrêtez de tout me reprocher ! Je l'ai pas attachée avant de lui demander de sortir avec moi, que je sache !

-Comment ça, sortir avec lui ?

-Papa, tu ralentis trop !

-On devrait même pas te laisser t'approcher d'une fille. Si Louise a été assez stupide pour sortir avec toi, c'est aussi mon problème !

-Pauvre con. Tu crois que tu...

-ARRÊTEZ ! » Le cri de Louise les fige un instant ; quelques secondes de silence et de paix. « Je vous jure que si vous arrêtez pas, je descend ! »

Ajay ouvre de grands yeux effarés. Matthieu s'exclame quelque chose qu'elle ne comprend pas, son père ralentit de nouveau et répond, clairement excédé, une suite de mots sans intérêts. Tout ce qui compte, c'est que ce sont des mots.
Tant pis pour eux.
Clic ; c'est un peu comme crac, si on y pense bien. La ceinture qui se défait, la portière qui s'ouvre – les pneus qui crissent, ensuite, et son épaule qui heurte violemment le sol. Elle roule sur l'herbe, sonnée, et bénit la Création de ne pas avoir mis de fossé ici.
Ses jambes acceptent sans problème de la porter quand elle se relève, et malgré la douleur qui irradie de son bras rien ne semble être démis. Louise a de la chance dans son malheur, hein ?
Bornée et fermée, elle lisse son costume avant de traverser la rue à pas hésitants. Elle sait où ils sont. Juste à l'entrée du village, à une dizaine de minutes de chez elle. Marcher ne lui fera pas de mal, peu importe à quel point ses talons lui semblent haut. De l'autre côté de la rue, son père est descendu de la voiture : ne la rejoint pas pourtant.

Ajay est resté bloqué sur la Louise gentille et timide qui avait besoin de quelqu'un avec qui lire, d'un grand frère pour la protéger. Matthieu s'est trop vite habitué à l'autre. Gaël sait tout, Nora et elles n'ont jamais été particulièrement proches. Lucile s'inquiète tout en la laissant respirer. Sa mère respecte ses choix mais sait la remettre dans le droit chemin. Mais son père, il...
Est beaucoup trop gentil et compréhensif. Ça lui fait mal.
C'est insupportable.

« Louise, tu vas bien ? Tu aurais pu te tuer !

-Ça va, je vais bien, je. Veux marcher toute seule. »

Il insiste un moment, s'inquiète, hésite à la rattraper pour l'enfermer de force dans la voiture. Ça crève les yeux.
Et puis, finalement, il abandonne.
Le moteur se remet en route et, par-delà le bruit des roues sur l'asphalte, Louise perçoit nettement la dispute des garçons. Ils vont vite s'entendre de nouveau, elle ne s'en fait pas. Ajay est incapable de rester fâché très longtemps et Matthieu n'a en définitive rien fait de mal. Alors elle ne s'inquiète pas, non. Son père va les déposer chez eux et revenir la chercher aussi sec ; ça lui laisse peut-être cinq minutes de silence et de tranquillité.
L'alcool ne fait plus le moindre effet.
Écartant les bras dans une position théâtrale du plus bel effet, Louise inspire et expire profondément. Tout va bien. Son père va la tuer pour être sortie sans permission, avoir fraudé pour boire un peu d'alcool et avoir failli passer de petite fille à femme sur une banquette arrière, mais ಠpart ça tout est. Parfait. Le ciel est noir, les étoiles brillent, elle n'a plus si froid et son costume n'est pas tellement froissé. Demain le soleil se lèvera, elle sera toujours en vie et heureuse de l'être.

Tout va pour le mieux ; bien. Cela ne fait rien, bien...
De te dire Adieu.

Ses pas légers ôtent petit à petit le moindre poids qu'elle peut avoir sur la conscience. Un, deux, trois, quatre, cinq. Elle n'a rien à se reprocher, rien. Y'en a marre de se prendre la tête avec ça.
J'aimerais que tu gardes tes cheveux courts ; fait.
Que tu ne fasses pas de mal à mes proches ; fait.
Que tu veilles sur Gaël ; fait.
Que tu devienne plus coquette ; fait.
Plus extravertie ; fait.
Plus ouverte ; fait.
Ne cause jamais de tort à Ajay ;
Empêche Matthieu de faire n'importe quoi ;
Ne
M'oublie
Pas ?


MAIS JE N'OUBLIE RIEN, ABRUTIE !

D'un violent coup de pied, elle envoie valser une pierre qui avait le malheur d'avoir élue domicile là. Ça la rend malade, malade, malade...
… Vraiment malade.
Elle accélère le rythme, coure, s’essouffle. Pose une main sur sa bouche, prête à vomir, et pousse enfin la porte des toilettes publics. De surprise, elle en oublie sa nausée.

Ils sont à l'hôpital et nous en prison.
Mais ici l'Enfer et l’Éternité, c'est pour tout le monde.



• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •


« We're walking, and I take you by the hand
I look after you in your sleep.
And I bring my heart, as a sacrifice for you ;
Protect you, away from all sorrow. »

Silently, I arrive ; you don't know I'm alive :
 


Dernière édition par Louise Moisan le Sam 28 Sep 2013 - 21:41, édité 1 fois
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- Des camélias rouges (Alea Miller)
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MessageSujet: Re: MOISAN Louise { Morgenrot - wenn das Licht die Nacht bedroht   Sam 2 Mar 2013 - 15:45

Même si tu n'es pas contente de toi, même si elle fait peur, même si elle est trop longue et qu'elle m'a fait prendre ma douche plus tard, j'aime ta fiche.


Well, nothing much to add.


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MessageSujet: Re: MOISAN Louise { Morgenrot - wenn das Licht die Nacht bedroht   

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MOISAN Louise { Morgenrot - wenn das Licht die Nacht bedroht

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