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 (n°6) La lumière passe encore { Le machin rose }

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Delicate Boy


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MessageSujet: (n°6) La lumière passe encore { Le machin rose }   Mar 29 Jan 2013 - 10:31

Et l'oiseau désespère...

Le temps que dura le trajet, Emrys ne dit pas un mot. Il garda ses yeux obstinément posés devant lui, comme excessivement attentif au chemin pourtant simple qu'ils empruntaient, et resta muré dans un silence réflexif et nerveux. Sa main droite serrée sur celle d'Ayumi, l'autre ballante, il se contenta d'avancer. Avancer, marcher. Du temple au parc, du parc au hall, du hall aux escaliers, des escaliers aux couloirs. Ces décors lui étaient familiers ; d'un lieu à un autre, il s'agissait peut-être du chemin qu'il empruntait le plus régulièrement depuis son arrivée ici. Il n'avait alors pas besoin de se concentrer sur ses pas, quoi qu'il aurait pu rétorquer si on lui avait posé la question en cet instant. Il aurait pu parler, faire la conversation, lâcher une remarque quelconque pour briser ce silence peut-être désagréable pour son amie. Il aurait pu, mais ça ne lui passa même pas par la tête : car si le britannique semblait si concentré, c'était que toutes ses pensées étaient dirigées vers un seul et unique objectif. Alors marche, marche. Il n'y a que ça à faire en attendant le verdict. Avancer.
Une fois arrivé dans le couloir de par et d'autre duquel se trouvaient les chambres des garçons, il ne lui fallut que quelques pas supplémentaires pour arriver à sa chambre. Numéro six. Son regard suivit machinalement un des prénoms inscrit sur la porte – Emrys Sulwyn – et il la poussa sans brusquerie. Faites qu'il n'y ait personne, faites qu'il n'y ait personne ; un soupir soulagé se glissa entre ses lèvres. La pièce, vide, était plongée dans un silence rassurant. Pas que ses colocataires soient très casaniers mais on ne sait jamais : ils réussissaient toujours à être là quand il avait envie d'être tranquille. Trop préoccupé pour se rendre compte qu'emmener une fille dans sa chambre sans rien lui expliquer n'était pas la chose la plus polie et respectable qu'il ait fait au cours de sa courte vie, il referma la porte derrière eux.
Puis, enfin, ses doigts libérèrent ceux d'Iwasara.

« Hm. Voilà. » Il esquissa un sourire qui tenait plus de la moue, ne sachant trop par quoi commencer exactement. « Eh... Enfin, non, attends deux secondes. »

Peut-être que le stress et l'inquiétude le rendraient muet avant qu'il ait eu le temps de dire quoi que ce soit ; un moment, juste l'espace de quelques secondes, il se prit à l’espérer sincèrement. Si quelqu'un était arrivé en criant au feu, si quelque chose lui était tombé sur la tête ou qu'un ballon avait traversé la vitre – si quelque chose d'extérieur et d'imprévisible s'était produit, personne n'aurait pu lui reprocher d'avoir du s'interrompre. Ça aurait été tellement plus simple : se dédouaner, ne pas s'assumer. Infiniment plus facile.
Mais impossible. Le jeune homme savait parfaitement comment ces choses-là fonctionnaient.
Alors il exécuta un demi-tour indécis vers son lit, fit glisser sa veste le long de ses bras ; la posa sans y penser sur les draps et, maintenant qu'il ne mourait plus de chaud, plia les genoux pour fouiller dans un sac posé à même le sol. Il en sortit un carnet et beaucoup de feuilles blanches, sonda le fond dans un mélange de clic et de clang plus ou moins sonores ; puis, comme frappé par une évidence, il reprit son manteau pour en vider les poches. Son portefeuille brun glissa entre ses doigts. Hésitation. Allez, avance. C'est pas comme si t'avais vraiment le choix.
Le britannique se redressa d'un geste aisé et, portefeuille en main, revint sur ses pas pour faire face à son amie. Toute cette histoire l'énervait, le laissait perplexe et démuni ; fatigué. Il l'avait déjà fait, pourtant. Avait vécu cette scène, à quelques détails près, une demi douzaine de fois au moins. Il n'en était jamais mort, les autres n'en étaient pas morts non plus et, au final, peu importe ses convictions ou ses raisons pour garder le silence, ce n'était pas à lui de décider. Il aurait dû le dire dès le début. Ses yeux bleus, plongés dans ceux d'un joli pourpre de la guitariste pour quelques secondes avant de s'en détourner, s'excusèrent en silence.
Pardon d'avance.

« Premièrement... » Il pianota de l'index sur le tissu brun, amusé sans l'être par son manque d'adresse avec les mots. « Je t'aime. D'accord ? »

Son regard presque implorant appelait à une réponse ; une confirmation. Oui, je sais. Oui, moi aussi. Et quelque part, même lui se rendait compte que cette affirmation, aussi douce et réconfortante soit-elle, n'était rien de plus qu'un mauvais présage. « Ne remets pas ça en question » ; parce qu'il craignait qu'elle le fasse, tout simplement – et surtout parce qu'il était terrorisé à l'idée qu'elle en ait le droit. Noyant cette crainte sous d'autres inquiétudes plus urgentes, le jeune homme cessa de taper sur son portefeuille pour plutôt malmener le porte-clef qui y était accroché.

« Mais en fait, je t'ai – il dirigea son regard vers la moquette, en quête d'inspiration – un peu. Menti. »

Ses dents se refermèrent sur sa langue derrière ses lèvres fermées. Culpabilité, de la tête aux pieds ; incapable de la regarder dans les yeux plus d'une seconde. Et il y croit toujours, pourtant. Que c'était la meilleure solution, qu'il n'aurait pas pu agir autrement. Si c'était à refaire ? Encore les mêmes erreurs, en boucle et sans amélioration. Imbécile.

« Enfin pas menti, menti, se rattrapa-t-il rapidement, triste et mal à l'aise. J'ai juste... Pas, exactement tout dit. J'aurais dû t'en parler, mais... »

Mais, mais, mais...
Mais rien.
Il se tut, incapable d'aller plus loin.



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« Now my dad says, "Fuck the details, just keep your head down hard ; you gotta find yourself alone before you'll find the eyes of God. You may be broke and scared and mad and tear at the flesh of your heart-strings ; but you were born to be a peasant, not a king - so just stop acting like you're running from something. You're gonna leave the way you came, without a thing ; with your heart tied to your mind tied to a string". »

Voilà mon cœur ; prudence en sortant :
 
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MessageSujet: Re: (n°6) La lumière passe encore { Le machin rose }   Lun 4 Mar 2013 - 15:43

    Il ne faisait pas si froid que cela, pourtant. Ou peut-être que ses sens étaient abusés par l'épaisseur de ses vêtements d'hiver ? Iwa abandonnait sa main à celle d'Emrys pour le suivre sans poser de questions, parce qu'elle n'avait pas de rôle à jouer pour le moment. Elle le sentait. Comme en antithèse du jour où il l'avait récupérée alors qu'elle fuyait la pluie battante ; il lui paraissait parfois sans failles, Emrys, mais elle savait que c'était faux. Ce qu'elle ignorait encore, c'était pourquoi. Aujourd'hui, leurs doigts entrelacés lui criaient que la situation s'était inversée, la laissant dans l'incertitude ; mais elle écouterait. Elle l'aimait trop pour fuir ses problèmes, c'était ce que lui criait un pouls qui accordait son rythme à celui de la peau qu'elle touchait.
    Les escaliers défilent et les couloirs aussi, elle se laisse faire sans rien dire. Confiance, c'est ça ? Ce n'était pas un mot qu'elle avait entendu si souvent, avant. Alors que chez elle, la nouveauté se fasse sans nuance, rien d'étonnant : elle lui faisait confiance avec un grand C, oui. Incapable d'imaginer que quelque chose de mal pourrait arriver. Si elle allait mal, il était là ; et l'inverse fonctionnait exactement de la même façon. Elle ne voyait pas quel problème pourrait être insurmontable s'ils se penchaient à deux sur la question.
    C'était pour ça qu'elle suivait docilement, la belle ingénue. Naïve sans le savoir, qui croyait encore aux miracles.
    Elle aurait mieux fait de ne pas se mentir ; elle n'aurait pas cru que c'était encore son genre, de baisser la tête sous son parapluie pour effacer l'extérieur.
    Les deux jeunes gens parvinrent enfin à une porte close, dans ce que la nippone avait rapidement identifié comme le dortoir des garçons. Lorsque Emrys la franchit rapidement, l'entraînant à sa suite, elle eut l'occasion d'entrevoir son nom gravé sur la porte. Le battant fut refermé et le bruit de la clenche résonna un instant. Les doigts d'Iwa perdirent leur prise sur ceux du jeune homme, et elle jeta un regard autour d'elle, découvrant sans grande surprise un environnement identique à toutes les autres chambres du pensionnat. Quatre lits, des armoires. Un rayon de soleil oscillant entre le blanc et l'or qui se glissait par la fenêtre. Ayumi resta debout non loin de la porte, en invitée ignorant les raisons de sa présence ; si le fait d'être conduite sans prévenir dans la chambre d'un garçon, fût-il l'élu de son coeur, la formalisa, elle n'en montra rien. Elle attendait, patiente.
    Et elle voyait bien que ce n'était pas facile. Entre autres, Emrys n'arrivait manifestement pas à trouver ses mots.

      « Premièrement... Je t'aime. D'accord ? »

    Malheureusement, loin de rassurer la jeune femme, ces quelques mots - qui pourtant, auraient dû n'être que le reflet d'une habitude ancrée - ne firent qu'accentuer le malaise qu'elle s'efforçait d'étouffer. Sur le ton utilisé, cette déclaration essentielle prenait des airs de supplique. Comme si dans très peu de temps, on allait lui donner une raison de ne plus jamais prononcer ces deux mots. C'est pourquoi l'acquiescement, la réciprocité qui allait de soi, resta bloquée entre ses lèvres. Non pas qu'elle la réfute. Mais elle ne se sentait pas de briser les silences durant lesquels Emrys cherchait ses mots. Elle voulait lui laisser le temps. Et elle ne voulait pas donner corps à cette angoisse qui lentement tentait de se frayer un chemin parmi ses certitudes.
    Tout ira bien, pas vrai ? Les yeux bleus qui se dérobaient aux siens semblaient murmurer le contraire à contre-coeur ; la gorge d'Iwa se serra. Peut-être était-il encore temps de faire machine arrière.

      « Mais en fait, je t'ai un peu. Menti. » Décomposa la voix du jeune homme en même temps que son visage.

    Ayu resta de marbre à cette affirmation. Physiquement. Physiquement, c'étaient seulement ses bras qui se croisaient sur sa poitrine, doucement, sans doute à cause du poids de la guitare sur son épaule. A l'intérieur, une faible inquiétude. Mentir, là n'était pas le problème. Tout le monde ment, et ce n'est pas parce qu'un être compte plus qu'un autre qu'il faut lui avouer absolument tout. Chacun a droit à son intimité. Et malgré tout, en dépit même de l'angoisse qu'elle lisait sur les traits de son compagnon, Iwa ne parvenait pas à croire que quelque chose qu'il lui aurait caché puisse lui faire du mal. Ou peut-être, tout simplement, qu'elle ne 'arrivait pas à imaginer ce qui pourrait avoir un tel effet.
    Elle se tait, encore. Elle attend. Elle attend toujours, tu vois ?
    D'ailleurs c'est peut-être encore plus cruel comme ça.

      « Enfin pas menti, menti. » Tentait d'expliquer le garçon sous un regard qu'Ayumi faisait de son mieux pour ne pas rendre pesant. Comme si cela allait changer quelque chose. « J'ai juste... Pas, exactement tout dit. J'aurais dû t'en parler, mais... »

    Non, en fait, c'était douloureux. Ayumi sentit un frisson glacé courir sur son échine ; elle détourna le regard un instant. Elle se sentait cruelle. Elle avait l'impression de le forcer à faire quelque chose qu'il n'aurait voulu pour rien au monde - non, non. Ce n'était pas ce qu'elle voulait, non. Elle ne voulait faire de mal à personne.
    Ça ne pouvait pas être assez important pour risquer un lien comme le leur, si ? Elle n'en était plus certaine. Elle ne savait même pas si se raviser à ce moment serait lâche, si cela ferait plus de bien que de mal. Elle ne savait pas. Malgré tout ce en quoi elle croyait, la gravité dans les paroles d'Emrys, la tristesse sur ses traits, avait fini par lui donner l'idée d'une rupture possible. De quelque chose qui se casse.
    Elle ne voulait pas qu'il se blesse, non.

      « Emrys... » Les syllabes se déroulèrent, hésitantes. Un triste do mineur. Les yeux d'Iwa cherchèrent deux prunelles claires. « ... Si tu ne veux pas... Tu sais, ce n'est pas grave... »

    Ca ne peut pas l'être, de toute façon, non ? La jeune femme avait presque l'impression d'être maintenant celle qui suppliait. Honteuse, un peu aussi ; elle n'aurait jamais cru préférer le mensonge confortable à une réalité potentiellement douloureuse.
    ... Mais tout irait bien, non ? Non ?



... Le temps que j'ai mis à écrire ce truc u_u
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MessageSujet: Re: (n°6) La lumière passe encore { Le machin rose }   Mar 12 Mar 2013 - 9:06

Emrys ne pouvait pas rester muet ; c'était tout simplement impossible. Il aurait aimé, pourtant. Lui dire que finalement ce n'était rien, balayer l'inquiétude sur son visage et décroiser ses bras, prendre sa main, l'emmener marcher près du lac et lui parler de tout, n'importe quoi – retourner à la normale, fuir vers le centre de la cage pour oublier les barreaux. Mais il ne pouvait pas. Il ne pouvait plus. Maintenant qu'il avait commencé, il devait aller jusqu'au bout. Même s'il était stressé à s'en rendre malade, même s'il était encore assez lucide pour savoir que ce n'était pas une bonne idée. Même s'il craignait sans trop vouloir y croire que cette révélation puisse briser quelque chose entre eux. Même s'il ne voulait pas la perdre.
C'était devenu un cas de conscience. Elle finirait par savoir, il finirait par s'en vouloir.
S'en voulait déjà.
Le britannique serra le porte-clef dans la paume de sa main au point d'en imprimer les contours sur sa peau. Allez, tout va bien se passer. C'est pas la mort. C'est juste une idiotie de ta part, juste un... Fichu détail sans importance. Ça va aller. Vois ça comme un mauvais moment à passer, inspire un bon coup et fonce. Comme en course. Il n'y a aucune raison qu'elle te déteste pour ça, si ? Ses yeux bleus refusèrent de se détacher du sol uniforme de la chambre.
Bien sûr que si.

« Emrys... Si tu ne veux pas... Tu sais, ce n'est pas grave... »

Le jeune homme sentit son cœur se serrer douloureusement dans sa poitrine. La voix d'Ayumi avait résonné dans la pièce comme un avertissement, une dernière chance de faire marche arrière ; et ça lui fit mal, bien plus qu'il ne l'aurait cru possible. Bien sûr que oui, elle allait lui en vouloir – pour le mensonge, par conviction, pour tout ou pour n'importe quoi. Ça ne pouvait pas finir sans dégâts. Il eut envie de pousser un long soupir, de chasser cette atmosphère pesante qui les enveloppait tout deux ; de s'enfuir, de lui bander les yeux. Mais il ne pouvait pas.
Son regard croisa celui de son amie ; il esquissa un sourire triste, empli d'appréhension.
Il ne pouvait pas.

« Si, c'est grave, répondit-il en baissant les yeux. D'une... Certaine façon, au moins. »

A son tour, Emrys croisa les bras. C'était grave, oui. De lui avoir menti pendant si longtemps, de ne pas réussir à assumer une des choses qui faisait de lui ce qu'il était. De ne pas lui avoir fait confiance. De ne pas lui laisser le choix. Alors même s'il restait persuadé qu'il n'avait pas tout à fait eu tort, même s'il ne regrettait pas vraiment de s'être tut pendant tout ce temps, il lui devait la vérité. Peut-être le faisait-il uniquement parce qu'il craignait qu'elle finisse par l'apprendre, peut-être n'aurait-il pas été dans cette pièce, à regarder le sol en cherchant des mots qu'il ne voulait pas prononcer, s'il avait trouvé une autre solution. Peut-être ; ils ne le sauraient sans doute jamais.
Parce qu'il inspira profondément, chercha le regard de la jeune fille.
Ça n'allait pas être tout à fait juste, ça allait sonner forcé. Il se pouvait même que ça ressemble à une blague de mauvais goût.
Mais, quoi qu'il préfère en penser, ce serait la stricte vérité.

« En fait, le truc c'est que... Physiquement, enfin, théoriquement... » Il se mordit la lèvre ; ne la lâcha pas des yeux. « Je suis censé être une fille. »

Il ne bougea pas, ne cilla pas, ne baissa pas les yeux.
Parce que si elle ne le croyait pas, il n'était pas sûr de pouvoir le répéter une seconde fois.



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MessageSujet: Re: (n°6) La lumière passe encore { Le machin rose }   Sam 6 Avr 2013 - 21:47

    Je t’aime, d’accord ? Je t’aime. Emmène-moi alors. Ailleurs, n’importe où, loin de cette pièce où la fissure dans le sol s’étend entre nos pieds et où tout se craquèle. Moi aussi, je veux t’aimer. Assourdis ces notes indiscrètes, étouffe le murmure languissant du piano et referme le couvercle, ça n’a rien de grave ; après tout que pourrait-il arriver ? Prendre ta main et quitter cette pièce, verrouiller la porte derrière nous, tout cela vaudrait mieux que cette tragédie jouée sur violon que le silence gémit de plus en plus fort. C’est toi et moi, c’est tout. Je t’aime.
    Iwasara, Emrys, piégés dans une toile filée de leurs propres mains. Des mains qui se délassent peu à peu, des doigts qui refroidissent ; parce que là où ils vivent, rien ne finit jamais bien. Les dénouements heureux sur fond ensoleillés et sourires éternels, c’est bon pour les livres et le papier sec. Cette histoire-là dilue son encre lasse sur du papier mouillé et des manches humides. Et l’on n’y peut rien, ni toi, ni moi.
    Mais si les violons pouvaient se taire un instant, peut-être pourrait-on fuir et oublier. Même si c’est une tactique lâche, même s’il faut s’en vouloir à jamais, tout serait mieux qu’achever dans un fracas insoutenable cette flamme brillante aux ailes fragiles. C’est trop tôt pour porter le coup mortel à cet amour trop peu vécu. Ce sera toujours trop tôt, toujours.

      « En fait, le truc c'est que... Physiquement, enfin, théoriquement... »

    Iwasara sentit son cœur étouffer dans sa poitrine, et en un éclair sut que toutes ses illusions étaient vaines. S’envolent les notes dorées des arêtes de glace tranchantes ; rien ne sert de se mentir. Inutile de nier, puisque la vérité est juste devant soi, et qu’elle fond en piqué comme un oiseau de proie. Nulle part où s’échapper, et plus qu’une chose à faire, toujours la même : rester vivante, au supplice, à attendre le choc. Attendre que la douleur passe avant même de la rencontrer, se boucher les oreilles.
    Sauf que cette fois, elle n’avait pas le droit de se protéger de quoi que ce soit. Sauf que cette fois, tout n’irait pas bien.

      « Je suis censé être une fille. »



    « … Ayu ? Ayu chérie, ne regarde pas. »
    Derrière les jupes diaphanes de sa mère, la fillette aux yeux écarquillés aperçoit le gris de la rue. Il pleut, et il pleut toujours. Il y a du gris et de la couleur aussi, du carmin dilué dans des larmes roses ; des larmes de nuage que le ciel arrose sur un grondement furieux d’orage. Deux anges en papier disloquées, comme endormies, qui se tiennent par la main.
    Ne regarde pas, Ayu chérie. Tout ira bien pour toi, jolie hirondelle, tout ira bien.

    Pardon papa, pardon, pardon, pardon. Te fâche pas papa, j’ai rien fait de mal, je le referai pas. C’est promis, c’est promis juré, pardon, pardon.



    Retour sur terre, quelque chose qui s’étouffe, se replie et meurt. Et Ayumi en prit brutalement conscience. De cette expression horrifiée sur son visage qui se reflétait dans des prunelles bleues ; de ces yeux, écarquillés comme autrefois, qui se remplissaient de larmes. De cette expression qui disait non, non, tout mais pas ça, alors qu’elle ne lui avait rien demandé. Elle n’avait rien demandé ! La jeune femme plaqua une main sur sa bouche, puis l’autre la rejoignit comme pour emprisonner son souffle et dissimuler cette expression de rejet qui mortifiait son cœur. L’idée d’avoir pu reculer, de s’être laissée vaincre par un flot de souvenirs, d’avoir été si faible la démolit en une fraction de seconde et les larmes coulèrent comme une pluie grise sur un château de sable écroulé. C’est tout ce que tu as à dire. Tout ce que tu peux répondre. Elle se détesta si violemment qu’elle aurait voulu disparaître.
    Alors c’était tout ? Ca suffisait pour jeter les murs à bas ?
    C’était tout. Un monde gris et terne enraciné dans ses jambes et accroché à ses os, à lui aspirer la moelle et la faire reculer. Un monde qui la poussait à rejeter ce que lui-même n’acceptait sous aucun prétexte. Un paradis perdu sans porte de sortie et un parasite immortel. C’était trop tard, et ça avait toujours été trop tard.
    Tout ira bien, Ayu. Moi je t’aime.
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MessageSujet: Re: (n°6) La lumière passe encore { Le machin rose }   Mar 9 Avr 2013 - 10:08

Il put le sentir avec une précision presque cruelle ; la fracture nette et brutale, le « non » douloureux que ses paroles avaient entaillé dans le si joli visage d'Ayumi. Non, non, non. Et ça lui fit mal, mal à vouloir en reculer, repartir en arrière, recommencer à se cacher. Mal à s'en détester, parce que si ce n'était pas de sa faute alors qui en était responsable ? Ça lui fit mal, mal, tout simplement mal. Toutes ces fois où il avait cru voir son monde s'écrouler, en comparaison de la sensation qui lui paralysa les lèvres et le cœur, lui semblèrent n'avoir été que des coupures sans importance. Peur du rejet, hein ? C'était facile à dire avant que ça n'arrive réellement. Le « non », les yeux écarquillés et l'incompréhension, le refus simple et douloureux qui fait mal, mal, mal. Son père, ses amis, Elly – il n'y avait eu que des griffures, des éraflures, des blessures superficielles qui n'avaient laissé aucune trace dans ces relations auxquelles il tenait tant. Ils étaient douloureux, pourtant, tout ces regards de parfaits étrangers qui criaient le dégoût ou la moquerie : ça l'avait blessé, il s'en souvenait parfaitement. Ça l'avait blessé à presque l'en briser.
Et c'était pour ça que son père l'avait empêché de mettre sa mère au courant, non ? Parce qu'il était si fragile, si émotif. Parce que ça lui aurait fait mal, beaucoup trop mal.
Au fond de ses yeux bleus, une petite flamme se noya.
Ne me laisse pas, s'il te plaît, ne me laisse pas. Ne me laisse pas.

Mais qui était-il pour demander ça ?

Ayumi cacha sa bouche derrière ses doigts et Emrys baissa les yeux, le souffle coupé. Ce pouvoir était injuste, cette vie était injuste – et il ne savait plus, ne savait pas. Que pouvait-il faire, que devait-il dire ? Il ressentait ce rejet sans pouvoir l'interpréter, percevait la douleur de la jeune femme sans avoir le droit de faire un unique pas en avant pour la rassurer. Un pas ; ils étaient à un pas l'un de l'autre, et pourtant tout comme elle il eut envie de reculer. Pourquoi rester là ? Ça ne servait à rien s'il ne pouvait pas la serrer dans ses bras. Et ça faisait mal, toujours, ça lui déchirait le cœur de ne pas comprendre alors même qu'ils étaient là, face à face, alors même qu'ils pouvaient encore parler pour s'expliquer, recoudre ce qui venait de se rompre. C'était injuste pour elle, pour lui. Ils avaient mal à cause de l'autre et au final, ce n'était de la faute de personne.
Mais il ne voulait pas, pas maintenant, pas comme ça. C'était trop tôt, trop stupide. Ça ne pouvait pas se finir sur une note aussi triste, si ?
Bras droit contre sa taille, il cacha son visage derrière sa main gauche ; un instant, juste quelques secondes. Le temps d'effacer cette image de son esprit, de dénouer sa gorge pour trouver la force de dire quelque chose, n'importe quoi. Chacun des battements de son cœur résonnait tristement dans le silence ; s'il avait arrêté de battre sur le champ, tout aurait été tellement plus simple. Il ne voulait pas pouvoir vivre sans elle, encore moins que la réciproque soit valable – il ne voulait pas rompre sur un motif qu'il ne pourrait jamais, jamais réparer. S'il n'avait pas été romantique, émotif et stupide, peut-être aurait-il réussi à relativiser.
Il n'y parvint pas.
Emrys prit une inspiration hésitante, reposa ses yeux bleus sur Ayumi. Allez, parle. Parle.

« Dis quelque chose, supplia-t-il. Je ressens, mais... »

Mais je ne comprend pas, je ne sais pas, je ne veux pas. Je ne veux pas. Il était au bord des larmes mais refusait de pleurer ; s'ils étaient au bord de la rupture, il refusait de lâcher. Elle pleurait, pourtant, elle. Elle pleurait et il ne put supporter son regard plus longtemps.
Ça faisait toujours aussi mal, mal, mal.

« Je voulais pas te... Faire de la peine, murmura-t-il finalement. Si je pouvais changer ça je le ferais, seulement... » Seulement je ne peux pas ; il grimaça. « Ça te dérange à ce point là, c'est ça ? »

Il n'aurait su dire si sa question attendait une vraie réponse ; au fond, il savait déjà. Que ça la dérangeait à ce point-là, au point de rupture, de non-retour. En silence, ses yeux et son cœur le lui avaient déjà fait comprendre.
Quand bien même. Si quelque chose devait se briser, il voulait l'entendre.



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MessageSujet: Re: (n°6) La lumière passe encore { Le machin rose }   Mer 17 Avr 2013 - 22:12

    Iwa n'avait jamais ressenti les assauts d'une blessure comme celle-là. Une douleur pareille. Les coups qui résonnaient dans les murs, les perspectives d'avenir que des adultes sans visage froissaient devant ses yeux, les hurlements d'un public hostile, les pleurs de sa mère, rien n'avait l'intensité de ce qui broyait son coeur à l'heure actuelle. Trop personnel. Trop près des côtes pour sa santé. Et elle ne savait même pas si c'était la peine ou la honte qui lui faisaient le plus mal.
    Parce qu'Emrys était la première personne à lui avoir souri depuis longtemps, lorsqu'elle avait mis les pieds dans cette cage ; parce qu'Emrys était la personne qu'elle aimait le plus, tous univers confondus ; parce qu'elle aimait tant de chose dans son être qu'elle était incapable de citer une liste cohérente. Mise à part cette stupide cigarette qu'il refusait de lâcher. Mis à part ces relents immondes de souvenirs qui la faisaient plier.
    Qu'elle était lâche. Qu'elle était faible. Le pire était de savoir que sans ces quelques mots, tout aurait très bien été. La jeune femme aurait voulu revenir en arrière, rembobiner le film ; rembobiner cette expression sur son visage, rembobiner les cris de son père et les paroles d'Emrys, retourner dans les bois sous un soleil qui lui semblait s'être défraîchi.
    Et elle ne voulait pas. Elle ne voulait pas que cette blessure reste ouverte et que tout s'arrête si brutalement. Elle ne voulait pas que tout s'arrête tout court.
    Mais elle était faible, si faible. Si faible que les cris de cet homme résonnaient encore sous son crâne et que sa joue la brûlait comme si elle était déjà à terre. Elle avait beau savoir que tout ce qui aurait pu la menacer était loin et qu'elle était en sécurité ; elle avait beau en être pleinement conscience...
    Pourquoi les larmes la faisaient-elle suffoquer ?

      « Dis quelque chose... »

    Je t'aime. Je t'aime, je t'aime, je t'aime. Mais cette voix qui avait tant hurlé s'était tue. Ayumi avait l'impression qu'elle s'était envolée, ou bien était morte avec une partie de ses entrailles, lorsqu'elle s'était rendue compte à quel point ce qu'elle faisait était atroce.
    Tu es une fille, Ayu, non ?
    Oui papa. Oui papa. Il était là, il était trop là pour qu'elle puisse crier ce "Non" libérateur. Non ou quoi que ce soit ; pitoyable de constater qu'après tant d'années à chercher à mettre à bas les barrières, une chose aussi triviale la ramenait à sa condition d'esclave.
    Triviale et primordiale. On fait un drame de peu de choses ; peut-être fallait-il seulement relativiser.
    Pourquoi alors, une partie d'elle-même voulait-elle la faire partir en courant ?

      « Je voulais pas te... Faire de la peine. Ça te dérange à ce point là, c'est ça ? »

    Oui, non, je ne sais pas. Tais-toi, tais-toi. Oui, oui, et c'est horrible, et je ne pourrai plus jamais me regarder dans une glace. Un sanglot filtra entre les doigts de la guitariste, qui s'efforça de serrer les lèvres assez fort pour réprimer les suivant ; passant la manche sur ses yeux dans une tentative maladroite pour en endiguer les larmes.
    Cela avait beau être irrationnel, Iwa se retrouvait incapable de prononcer les mots qui, peut-être, auraient pu cicatriser la plaie. Mettre un pansement et tout reprendre, parce que ce n'était pas grave. Ce n'était pas grave mais ça l'était : elle se moquait du regard des autres et elle aimait Emrys. Mais elle n'avait pas le droit. On lui avait interdit. On avait interdit à tout le monde ; c'était mal, mal, mal. Elle ne pouvait pas.
    Et pourtant je t'aime tellement.
    Je suis désolée. Je suis désolée.
    Pourquoi est-ce qu'être forte était hors de ses capacités ?
    Mais elle ne voulait pas qu'il la déteste, et pourtant elle le méritait ; elle ne voulait pas voir la rancœur dans ses yeux, et pourtant il y avait droit. Des excuses ? De bien piètres excuses. Une bien piètre amoureuse.
    La voix habituée à crier filtra en quelques notes tremblantes, sur le point de se briser. Tiens, il pleut.

      « Je ne peux pas... »

    Si peu de mots et si peu de sens. Attention Ayu, tu va t'étouffer. Ce serait peut-être moins douloureux, en fin de compte.

      « ... Je suis désolée... »
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MessageSujet: Re: (n°6) La lumière passe encore { Le machin rose }   Mer 24 Avr 2013 - 3:23

On est trop jeunes, ce sont des douleurs trop personnelles, ça fait trop mal.
Et on s'en sortira, mais je ne veux pas. Je ne veux pas. Emrys le répéta, encore et encore, les yeux perdus sur le visage d'Ayumi. Je ne veux pas, sinon ça sert à quoi ? Il pourrait vivre avec une rupture, oui, il pourrait continuer à rire même sans la jeune femme à ses côtés. Mais il ne voulait pas, il ne voulait pas – et plus il se le répétait, plus l'emprise de sa main sur sa taille se relâchait. Je ne veux pas, je ne veux pas...
Mais il n'avait pas le choix, n'est-ce pas ?
Ce n'était pas comme s'il pouvait l'attacher, la faire changer d'avis ou retourner dans le passé pour faire les bons choix, peu importe ce que ça veuille dire en réalité. Tout lui avouer dès le début pour éviter de la blesser, ou bien ne jamais rien lui expliquer ? Il ne savait pas. Et elle pleurait, encore, un bras devant ses yeux pour endiguer sa tristesse. Emrys ne voulait pas la voir comme ça, encore moins par sa faute. Il ne voulait pas, il ne voulait pas. Le pire était de se dire que ça finirait par passer : qu'on oublie ce genre de choses, qu'on relativise. Qu'on en rit, au bout d'un temps. Parce qu'il ne voulait pas, il...
Comme un avion en papier qui plane un moment pour s'enfoncer dans l'eau l'instant suivant, son bras retomba le long de sa taille. Ça ne servait plus à rien de se protéger, de se cacher ; Iwa savait, Iwa sanglotait. Peu importe l'effort qu'il mettait à se convaincre qu'il avait bien agi, que ça n'aurait pas pu finir autrement et qu'il lui devait la vérité, les larmes de la jeune fille lui chantaient une toute autre chanson. « Je ne voulais pas savoir » ; il commençait à penser qu'il aurait mille fois préféré ne rien dire, lui aussi. Ce mensonge était confortable, paisible. Agréable. Lèvres closes, comme vidé de ses forces, il pesta en silence contre la chaleur. Il faisait frais, dans le temple.

Ils auraient dû y rester.

« Je ne peux pas... »

Parler de tout et de rien, sourire, s'embrasser peut-être : frémir sans se préoccuper du soleil de plomb sous lequel étouffait le Pensionnat. Tout mais pas ça. Il n'aurait pas dû, c'était stupide ; poings crispés, dents serrées, il détourna le regard. C'était stupide. Juste stupide. Il se sentait mal, ne comprenait pas : ne se sentait pas en droit de lui demander de s'expliquer plus qu'elle ne venait de le faire. « Je ne peux pas », c'est tout. Je ne peux pas.

« ... Je suis désolée... »

Les sentiments d'Ayumi se mélangeaient aux siens, froids et amers, sans qu'il puisse rien faire pour les repousser ; et il le savait, qu'elle était désolée. Bien sûr qu'il le savait. Il n'avait pas besoin d'un tour de magie quelconque pour le comprendre, ni d'un traducteur pour le deviner au son de sa voix. Pourtant sa gorge était serrée et sèche, ses yeux embués ; pourtant, il avait vraiment, vraiment envie de donner un coup de pied dans ce foutu lit et de s'en aller.
Parce qu'il ne voulait pas que ça se passe comme ça et qu'il ne pouvait rien faire, rien du tout.
Juste...

Regretter, se maudire et se maudire encore.

« Moi aussi. »

Sa voix ne fut guère plus qu'un murmure étranglé. Et il fut incapable de relever les yeux vers elle. Parce qu'il s'en voulait, lui en voulait, en voulait au monde entier et craignait d'empirer la situation en parlant trop.
Que pouvait-il dire, de toute façon ?

« Alors c'est... » Sa gorge se serra. « Fini ? On rompt, c'est tout ? Tu veux pas que je t’explique, ou – explique moi, toi ! »

Ce n'est pas de ta faute, je t'aime, ne me laisse pas.
Mais il avait trop mal pour ça.



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MessageSujet: Re: (n°6) La lumière passe encore { Le machin rose }   Sam 27 Avr 2013 - 0:46

    La jeune femme sentit le vide s'installer entre ses épaules et descendre dans sa poitrine comme une coulée de métal glacé. Une énorme fatigue. Comme si tout fuyait et plus rien ne subsistait, hormis sa terrible envie de s'enfuir. Elle voulait quitter cette pièce, la lumière, l'éclat douloureux de ces yeux bleus. S'enfuir à reculons et revenir à l'endroit où elle avait eu le choix.
    Et en même temps, elle sentait bien qu'elle n'en avait pas le droit. Car si elle n'acceptait pas une vérité aussi simple, alors quel droit avait-elle d'aimer Emrys ? Paralysée par les larmes, Iwasara sentit son coeur s'engourdir et sa gorge abandonner la partie dans un gémissement de douleur, mise au supplice par les sanglots.

      « Moi aussi... »

    Le murmure d'Emrys n'arrangeait rien. Et pourtant il aurait été juste qu'il se mette en colère. Qu'il se révolte. Qu'il demande pourquoi, pourquoi, qu'il l'accuse, même. Iwa s'efforça d'étouffer les sanglots dans sa poitrine, et referma les doigts sur ses manches pour essuyer ses yeux noyés de larmes. Elle n'arrivait pas à le regarder en face ; mais ce qu'elle voulait le plus éviter, c'était son propre reflet dans ses yeux. C'était comme si la douleur qui palpitait dans sa poitrine avait tout vidé en elle. Comme si plus rien ne restait.
    Quelques certitudes diluées dans une mer salée étale.

      « Alors c'est... Fini ? On rompt, c'est tout ? Tu veux pas que je t’explique, ou – explique moi, toi ! »

    Pour la jeune fille qui avait déjà du mal à soutenir son regard, c'était trop demander. Lui dire "c'est fini", lui dire les raisons stupides, les raisons qu'elle-même ne comprenait pas vraiment. Qu'est-ce qu'il la dérangeait, au fond ? Elle peinait à mettre le doigt dessus. Ne voulait pas vraiment y réfléchir non plus : tout ce qu'elle savait, c'était que ça faisait mal, mal, rien que d'y penser. Et que si elle avait accepté Emrys comme il était, tout simplement, cela n'aurait pas dû faire mal.
    Et pourtant elle ne voulait pas. Vraiment, elle ne voulait pas le quitter. Cependant, l'idée hypocrite de faire comme si de rien n'était ne lui venait même pas à l'esprit. C'était tout ou rien. Elle refusait de lui offrir un amour biaisé. Si elle n'en était pas capable, alors elle ne le méritait pas, tout simplement.
    Apparemment, c'était le cas. Et ses cordes vocales étaient toujours nouées.
    Pourtant, la guitariste ne faisait toujours pas demi-tour. Finalement, ses pas l'emmenèrent même en avant. Parce qu'elle voulait fuir la situation, la vérité et l'image d'elle-même qu'on lui renvoyait ; mais qu'elle ne voulait pas se séparer du jeune homme. Tout aurait pu être très simple.
    Si elle ne l'avait pas autant aimé, elle aurait pu lui expliquer de manière très basique et claire. Romantique ou non, sentimentale à en pleurer ou juste idéaliste complète, il n'en restait pas moins qu'elle en était incapable. Alors ça voulait bien dire qu'elle l'aimait toujours, non ? Ça ne peut pas s'arrêter là. Je ne veux pas que ça s'arrête là.
    La jeune femme posa une main sur l'épaule d'Emrys, très légèrement, comme incapable de le toucher ; le visage dans le creux de son épaule, c'était pareil. Elle était là, la faille ; le canevas qui se filait et dont les trous s'agrandissaient. C'était juste un peu trop tard.

      « Moi... Je ne veux pas, parce que... »

    Parce que je t'aime. Même si ces quelques mots tournaient en boucle dans sa tête, la répétition ne parvenait pas à la lasser. Parce qu'elle aurait voulu en convaincre le monde entier. S'excuser un million de fois. Mais voilà. Sa voix avait dérapé derrière le micro, les huées s'échappaient de la foule. Et la pluie noyait tout sous un torrent dévastateur.
    Mais je t'aime.

      « Il faut que je... réfléchisse. Je suis désolée. Pardon. »

    Un pas en arrière, les doigts serrés sur la sangle de sa guitare. Elle sentait presque les fils se dérouler, accrochés à ses chevilles. Un pas, encore, un autre, plus près de la porte. C'est une fuite, une fuite. Mais elle ne savait pas si rester serait moins douloureux. Sûrement pas.
    Au moins, ailleurs, elle pourrait empoigner son oreiller et hurler.
    Comme dans un rêve, parsemé d'éclats de lumière ambre, elle entendit la porte grincer en s'ouvrant ; puis claquer. Et l'écho dévasté de ses pas dans le couloir. Tu devrais trébucher, maintenant.
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MessageSujet: Re: (n°6) La lumière passe encore { Le machin rose }   Lun 29 Avr 2013 - 19:36

Elle fit un pas en avant ; il le vit au mouvement de ses jambes. Ne leva pas les yeux pour autant. Son regard dériva vers la droite et son cœur, tout aussi mal à l'aise que lui, se crispa dans un battement incertain. Il ne voulait pas rompre, bien sûr qu'il ne voulait pas – mais comment comprendre autre chose à une réaction si amère ? Si encore elle s'était énervée, il aurait su rester calme et attendre que l'orage passe. Quitte à se prendre une gifle ou des insultes, au moins la tension entre eux se serait-elle manifestée : mais que pouvait-il faire contre des larmes ? Pardon de t'avoir menti, pardon de... T'avoir blessée – mais pardon d'être moi, pardon d'être comme ça, pardon de quoi ? Il n'avait aucune idée de la façon dont se racheter. Ne savait même pas s'il c'était ce qu'elle attendait de lui au juste.
Il craignait que ce soit un refus catégorique. Une répulsion définitive.
Mais elle avait fait un pas ; c'était un bon début, non ? Un pas en avant. Elle n'avait pas de couteau dans les mains, aucun moyen de le blesser plus qu'il ne l'était déjà, et pourtant il redouta ces lèvres qui risquaient à tout moment de s'ouvrir sur une nouvelle guillotine. C'est fini, on arrête – c'est mieux comme ça, parfois ça ne marche juste pas. Il frémit.
Quant-à la main qu'on posa délicatement sur son épaule, elle manqua de le casser en mille morceaux de doutes et d'incertitudes.

« Moi... Je ne veux pas, parce que... »

Un, deux, trois ; le malaise s'en va. Tout va bien.
Je t'aime, ne t'en vas pas. Si tu ne veux pas, ne t'en vas – mais ce n'était pas à lui d'en décider et, déjà, les larmes revenaient faire briller ses yeux clairs. Tout va bien, ne t'en vas pas. Ses bras étaient mous, aussi inutiles que ceux d'une poupée de chiffon. S'il n'était même pas capable de saisir cette main effleurant son épaule, comment lui demander de s'accrocher plus fermement ?
Elle pleurait. On glisse ; on se lâche.

« Il faut que je... réfléchisse. Je suis désolée. Pardon. »

Il acquiesça, scellant ses lèvres sur un douloureux silence. Et alors qu'elle reculait, s'éloignait de lui – alors même qu'ils voulaient tout les deux rester, au fond, il souhaita sincèrement qu'elle passe la porte plus vite, plus bruyamment. Qu'il ait une raison de pleurer pour de bon, que quelqu'un donne juste un petit coup dans cette structure déjà fragile pour l'aider à s'écrouler, relativiser. Il voulait comprendre, elle devait réfléchir. Ce n'était pas tout à fait une rupture, si ?
Le claquement de la porte fut suffisant.
Le portefeuille effectua un bref vol plané jusqu'au lit ; épuisé mais surtout perdu, Emrys le suivit sans plus de cérémonie. Il observa le bois de l'autre lit au-dessus de sa tête ; se tourna d'un côté, puis de l'autre – enfonça finalement sa tête dans l'oreiller, mains crispées sur le tissu blanc. Ce n'était pas tout à fait une rupture, puisqu'elle réfléchissait. Ce n'était pas si grave. Tout allait bien. Parfaitement bien.
Tout va bien, tout va bien. Ce n'est pas de ma faute si je suis comme ça, je n'y peux rien.
Ça ira, tout va bien.
Mais il n'avait personne pour l'étrangler de rire, cette fois, et son sanglot se perdit tristement contre les draps.



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MessageSujet: Re: (n°6) La lumière passe encore { Le machin rose }   Aujourd'hui à 15:08

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(n°6) La lumière passe encore { Le machin rose }

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