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 Delahaye Hadriel [Fertig, admin summon !]

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• Pouvoir : Réduction des émotions d'autrui ainsi que des siennes propres.
• AEA : D'allègres ronds de fumée pas si ronds que ça.
• Petit(e) ami(e) : Le genre de question qui doit le torturer dans une autre vie.

Messages : 26
Inscrit le : 26/02/2013

MessageSujet: Delahaye Hadriel [Fertig, admin summon !]   Dim 3 Mar 2013 - 4:27



* Hadriel Delahaye


*nom – Delahaye
*prénom –Hadriel
*age – Dix-huit ans
*né(e) le – 17 mai 1996
o/

Pouvoir
Invectives au calme, ralentis les battements de ton cœur, cessez de me haïr, je l’aime moi, alors toi, arrête de l’aimer : peut-être qu’il a toujours essayé, mais il n’a jamais réussi à persuader qui que ce soit, cet imbécile. Pas faute d’essayer. Infichu de se convaincre lui-même. Mais certaines choses changent.
Ce que vous ressentez, s’il le sent aussi, pourrait bien disparaître. Hadriel contrôle tout ce qui bouge, et même ce qui ne bouge pas –dans une toute petite mesure. C’est la possibilité de réduire l’amour, la haine, la douleur, la peine, et pourquoi pas l’amour-propre, l’envie, la jalousie, le goût, la vision. Du moment que lui l’a aussi. Soyons clair, faisons simple : il le réduit chez lui et, comme un miroir, ça se réduit chez l’autre aussi.
Pas de limite stupide et bateau, il n’y aucune raison que ça le fatigue. De toute façon, il est tout le temps fatigué. Les limites, ce sont celles de ses propres sentiments et de ses propres capacités –et c’est déjà très limité, vous voyez. Pour bousiller votre ego, il doit aussi bousiller le sien. Sans parler de ces histoires de proportions : il enlève à l’autre la moitié de ce qu’il s’enlève à lui ; ça finit par revenir chez l’autre, pas toujours chez Hadriel, ou tellement lentement. Il ne peut pas réduire plus que ce qu’il a. Il ne peut rien ajouter. Il ne peut pas faire autre chose. Et encore, il faut qu’il y pense.
(Si A est très colérique, que Hadriel est en colère, il réduit la sienne tant qu’il veut, A perd la moitié de ce qu’il a perdu si le sentiment est bien le même. Pas de généralité, évidemment. A pourra de nouveau être en colère dans X temps, qui sera plus long pour Hadriel –et s’il a besoin de se mettre en colère, c’est la poisse. Un seul à la fois, ou il risquerait bien de se changer en légume.)

Alter Ego Astral
L’odeur du tabac froid colle à la dernière maille d’une chemise. Elle a de quoi vous traumatiser les poumons et remonter jusqu’à la gorge, assise dans les cendres sur son trône de mégots. Une sacrée cour galope derrière elle : paf, elle vous envahit les bronches. Une cour d’oies blanches un peu plus éthérées que des fantômes –à la bonne heure, des fantômes d’oies. Bref, une fumée âcre qui monte en petits ronds ou en grosse buée blanchâtre ; Hadriel adore faire des ronds de fumée. Son père aussi. Tout le monde adore ça. Il adore tellement ça qu’il en poursuivait en courant, les bras levés, autour de la table du salon. « Et celui-là, il s’appelle comment ? », qu’il criait. Et vous savez ce qu’on dit : la créativité d’un gamin, on la bride pas, c’est trop cruel. Alors celui-là s’appelle Sam, et celui-ci Robert, voire Jean-Louis, et ils pètent la classe. Il finissent toujours par s’évanouir dans l’air, et s’il caquetait il y a cinq minutes il sert maintenant des discours pontifiants sur la philosophie kantienne appliquée aux microsociétés et aux coccinelles forestières. Et pouf, parti, il s’évanouit dans l’air, avec juste une odeur de Marlboro bien tassée, sauf Yvette, qui revient de temps en temps, avec un parfum de Lucky Strike mentholée.

Passions
Un tas de choses qu’on trouve chez un peu tout le monde, en plus hétéroclite : il adore la guitare mais ne connait que trois malheureux accords qu’il ne sait pas seulement jouer correctement ; la poésie, la philosophie, le vieux rock, les blagues téléphoniques, les dessins-animés d’avant, la Panthère Rose. Les ballades en voiture, l’autoroute, la coke, les fêtes. Pas celles où on passe son temps à danser avec des inconnus, celles où s’amuse en racontant des conneries. Il aime bien les trucs pas clairs qui ont l’air un peu compliqués, un peu paradoxaux, à peu près autant qu’il aime les chapeaux. C’est un artiste sans talent, mais il le vit bien. Ne le lancez pas sur la culture antique si vous n’avez envie ni d’une dissertation, ni de le trouver caché sous une table et une armada de chaises.
N'aime pas / Phobies
Il déteste les fautes d’orthographe, l’idée d’une petite vie bien rangée, les fautes de conjugaison, la 3-D, les cafards, les vêtements inconfortables, et un bon nombre de personnes qu’il ne risque pas de revoir. Il n’aime pas les plats sans sauce, il n’aime pas s’ennuyer, ou faire pleurer les gens même s’ils l’ont sacrément mérité. La pizza, les nems et les frites au ketchup avec un bon jeu Pokémon ont de quoi augurer une journée parfaite.



« I heard them say, that boy's no different today, except in every single way. »

Histoire

« -Et je n’aurais même pas le droit de le voir ?
-Non. »
La réponse qui fusa tomba comme un couperet sur les espoirs d’Hadriel. L’oreille collée au bois froid de la porte, il étouffa un soupir de soulagement : les questions pourraient bien se bousculer tant qu’elles le voudraient, Domino n’allait pas lâcher prise.
« -Et pourquoi ?
-Parce qu’il est sorti. Vous voyez, je le tiens pas en laisse non plus. Il fait un peu ce qu’il veut.
-Mon Dieu, gémit la vieille aux cheveux teints, les mains probablement jointes sur le cœur. Mais vous rendez-vous seulement compte de ce qu’il fait quand on ne lui dit pas où s’arrêter ? »
Un moment de silence vrilla les oreilles du gamin. Il était assez grand pour ne plus lui obéir, mais encore trop jeune pour vouloir sérieusement lui causer de la peine. L’impression dérangeante que le tambour dans sa poitrine allait fracasser les murs l’inquiétait vaguement. Quant à l’idée qu’il lui aurait suffi de pousser le battant, d’appuyer sur la clenche, de soulever le pêne pour rentrer chez lui dans la Mercedes de son père, il préférait encore ne pas y accorder trop d’attention –les songes avaient leur réalité, eux aussi, et elle ne grandissait que dans les yeux des gens, en pleine lumière. Un demi-sourire fendilla son visage béat.
« -Ben, répondit Domino, un peu n’importe quoi, en fait. Mais ne vous en faites pas trop, un rail de coke, deux pizzas, un joint et la télé, ça suffit à l’occuper pendant au moins deux jours.
-Il n’a pas changé, alors, l’interrompit la voix désespérée de Catherine. C’en est désespérant. Je pensais que vous le remettriez sur la bonne voie.
-Franchement, madame, ça me peine de le dire. »
Sa voix criait le contraire plus ostensiblement que la cigarette à demi-fumée qui trônait au milieu des crasses grisâtres dans un cendrier improvisé ente deux paquets de chips et dont les remugles parfumaient joliment jusqu’à la chambre où Hadriel, élégamment assis sur la moquette sale, jouait les oreilles trainantes. Domino avait le jaune en horreur, témoignaient parfois ses ongles.
« -Ça me peine de le dire, mais il ne risque pas de changer. Il vous déplait tant que ça ?
-C’est mon fils, s’insurgea-t-elle en retour. Qu’est-ce qu’il a bien pu vous rentrer dans la tête, mon dieu…
-Que t’es une super mère, manqua de répondre tout-de-go le principal intéressé.
-Que vous êtes une super mère », lança Domino.
Il aurait embrassé la porte s’il avait pu jurer qu’elle n’était pas moisie par endroit. Il risqua un coup d’œil rapide à travers le trou de la serrure : sa position, jugée mille fois stratégique, ne lui offrait que la magnifique vue du dos de Domino, de son sweat gris foncé, de l’écriture Nike qui le barrait transversalement, des sneakers à ses pieds et de son jean Levis. Rien de folichon, en somme. Les escarpins de maman dix centimètres devant.
« -Alors pourquoi il ne revient pas à la maison ?
-Ça, j’en sais rien. Peut-être la même raison qui le pousse à pas retourner en cours, puis une pause significative, personne n’est convaincu et lui est plutôt content de n’être théoriquement pas là. Non, vraiment, je ne sais pas.
-Je vous en prie, grogna la dame trop sophistiquée pour se tenir les bras sur les hanches dans un couloir qui puait la pisse, il a quitté l’école à seize ans parce qu’il avait peur que les foudres de Diane ou d’Athéna s’abattent sur lui, ou une autre bêtise du genre. Il avait de bons résultats, pourtant. »
Et c’était reparti pour les requiem salé de ses années de lycées –qui n’avaient pas été les meilleures mais qui plaisaient étrangement à ses parents sans qu’il comprît jamais pourquoi.
« -Ça vous dérange si je rentre ?
-J’ai pas fait le ménage.
-Je veux voir où vous séquestrez Hadriel.
-Là où il se séquestre tout seul, se défendit le geôlier.
-Il y a une drôle de vieille dame qui me regarde depuis tout à l’heure, je voudrais vraiment entrer.
-Helen, cria Domino par-dessus l’épaule de Catherine, je sais que t’aimes pas le gamin, mais quand même !
-Il apporte que des emmerdes », jeta le vieux bout de chair fripé.
Hadriel adorait Helen, qui le lui rendait bien. Qui le lui rendrait dans une autre vie. Il se laissa à nouveau tomber au sol, la tête dans les mains.
« -Il ne vous embête pas au moins ? s’enquit-elle faussement.
-Non, on s’occupe. Il est marrant.
-C’est que cette fois-ci, il n’a pas dû descendre nu dans la rue en jouant de la guitare parce que l’inspiration divine lui est tombée dessus. Pas encore du moins.
-A votre avis, pourquoi je lui mets la télé ? Tom & Jerry, ça me va mieux que sa guitare. »
Silence, des tissus bougent, un peu vite, Domino recule.
« A moins que vos portes aient des pieds, il est caché juste derrière et il écoute tout ce qu’on dit. »
Les portes ont des pieds.
« -Il va très bien, au revoir madame.
-Attendez ! Son père est muté, nous déménageons, alors s’il veut rentrer, il doit le faire maintenant, après il sera trop tard, Dominique, et vous devrez vous en occuper jusqu’à votre mort, et croyez-moi vous ne voulez pas que ça… Dominique ! »
Domino écouta ses pas résonner dans le corridor et Helen lui cracher deux ou trois insultes en portugais depuis le pas de son minuscule appartement et se dirigea vers la chambre. Hadriel s’écroula, un sourire désolé plaqué sur la figure.
« -Tu devrais rentrer.
-Non.
-Tu devrais. Elle s’inquiète.
-Elle voulait juste savoir où tu habites pour voir quelles fleurs iraient le mieux avec la couleur de tes double-rideaux, parce qu’elle adorerait t’en envoyer. Je joue si mal que ça ?
-Elle veut que tu rentres, et si ça continue, on va me coller un procès.
-Je veux pas.
-Pour enlèvement, ou détournement de mineur, ou je ne sais trop encore quelle merde. Va chez ton pote, là, Kathie.
-Il est en prison.
-Il est sorti.
-Non. On se mate un film ? »


« -Dégage !
-Mais pour aller où ?
-Je m’en fous, mais dégage, dehors, j’ai dit, et ramène plus ta sale gueule ici ! »



« Merde, ça fait bien dix ou onze mois. T’as du pot que j’ai pris la visite. »
Hadriel baissa les yeux. Si sa main n’avait pas si fermement serré le téléphone, le tissu de sa manche déjà distendu n’aurait pas tenu le choc. Quand l’empereur des riens du tout s’était fait arrêter, il s’était juré de ne plus déconner : un shoot de temps en temps, un rail de coke sans importance, une soirée par-ci par-là mais plus de vols, plus de casses, on sauvait les meubles. On ne faisait plus de mal à personne, on menait sa propre petite vie dissolue à la recherche de l’absolution. Mais il était là. Du bon côté de la vitre ; mais il était là.
« -Tu dois te faire chier, ici, alors je me suis dit…
-Pas tant que ça, l’interrompit son vis-à-vis, à son avantage dans sa plus belle tenue orange. J’ai lu ton truc, là. Ton Baudelaire.
-Et alors ?
-Rien pigé. Mais il écrit mieux que toi. »
Kathie s’essuya le nez avec le dos de sa manche et Hadriel commença à désespérer. Il sut qu’il ne changerait jamais. Et que sitôt sorti on le rebalancerait derrière les barreaux, voire par-dessus le barbelé, que ses quelques jours de liberté lui laisseraient un goût infâme de bile sur les lèvres et que c’était une très mauvaise initiative de renouer les nœuds lâches. Un nœud de marin, à la vie à la mort, God save us all. Un fichu nœud coulant, oui. Au-secours, Domino, au-secours.
« -Comment ça se passe ?
-Si j’ai pas deux hépatites, trois brosses à dents plantées dans le dos et un kilomètre carré de tatouages d’ici à ce que je me fasse la malle, ça sera beau. Mais tout roule, sinon.
-Ah. »
Un silence pesant s’étira comme un vieux chat aurait planté ses griffes dans le lino. Trois, compta-t-il. Deux, un. Boum ?
« -Pourquoi t’es venu me voir ? Pressé de tailler une bavette, au bout d’un an ?
-Domino m’a jeté dehors.
-Encore. Je t’avais dit que c’était pas quelqu’un de facile non plus. Ses problèmes, tout ça. Toujours pas fait choper, d’ailleurs ? »
Les doigts du garçon pianotèrent nerveusement contre le métal grêle.
« -Je ne sais pas choper pour quoi.
-Pour rien. Je sais pas, laisse. C’est con. Aussi con que quand t’as mis la main au cul de Sandy. On était bons potes avec eux. » Soupir nostalgique. « Grosso modo.
-Sauf que c’est Sandy qui m’a couru après. Et que l’autre Sandy a le pardon facile. Et que j’étais pas le premier. Et que tu le savais, j’en suis sûr, alors, bon. Non, en fait, je voulais savoir… »
Le maton s’approcha, plus inflexible qu’une statue engoncée dans un uniforme vert-de-gris. Hadriel balbutia un sourire contrit, la main plaquée sur le verre à double épaisseur. Le bruit des conversations alentours, les mères éplorées, les visages fatigués et la peau tendue à l’extrême sur des cerveaux bouillonnants et excédés, le timbre, reconnaissable entre mille, des avocats au débit rapide mais contrôlé, les vagissements d’un bébé lui hurlaient de serrer les dents. Il resta pourtant là, bouche bée et parfaitement stupide.
« -Terminé, vous deux ?
-Ouais, cracha Kathie. Mais, hey, Hadriel ? J’ai rien lâché, tu me dois ça ! J’ai pas parlé de toi. »
Bien sûr.
« Rentre chez Domino, va pas te laisser comme un petit chien, l’est comme ça ! »
Un sacré numéro, Kathie.


« -Je voulais pas dire ça. C’est arrangé. Tu peux passer, si tu veux.
-J’ai trouvé mieux ailleurs.
-C’est quoi, t’es où ? A une fête ? Je dirai quoi à ta mère, bordel, rentre.
-Vas te faire voir ?
-S’il-te-plait. »



« -J’ai aucun talent, d’après monsieur Juen. Tu parles d’un prof, soupira le gamin en donnant un coup de pied dans une pierre qu’il baladait ainsi depuis une centaine de mètres.
-C’est vrai que t’es pas très doué.
-Merci, Kath, c’est vraiment gentil. Pas besoin de renchérir comme ça. »
Kathie sourit, les bras ballants, amusé par la mine renfrognée d’Hadriel. Il était comme ça, il critiquait tout le temps et pensait jusqu’au dernier mot de ses piquantes diatribes. Le mieux qu’il aurait pu faire aurait été d’en retirer une virgule ou deux pour des espèces sonnantes et trébuchantes ; il n’y avait pas grand-chose qu’il n’aurait pas fait pour ça.
« -T’inquiète, on s’en fout. Moi, je suis bourré de talent, et toi, t’es mon pote. Le pote du roi du monde, c’est pas rien, quand même.
-Mouais. Du roi sans royaume et de l’empereur des riens du tout, oui, lui jeta-t-il à la figure.
-Tout le monde m’obéit, à l’école, c’est déjà pas mal. Tout le monde me respecte et toi, personne te connait. Alors la ramène pas trop !
-Mon caillou ! »
Hadriel fixa avec désarroi, voire franche horreur la bouche d’égout qui avait cruellement avalé la pierre ronde. Il aurait fait une chanson là-dessus ; il n’y avait pas grand-chose sur laquelle il n’en aurait pas faite.
« -Eh merde.
-T’as beau lire Beauparent, se moqua-t-il avec un mouvement dédaigneux du menton, quand tu fais une connerie tu dis toujours ça : « merde ».
-Maupassant, son nom, c’est Maupassant. Pas beaux-parents, même si je sais que ça t’obsède assez. Tu devrais le lire aussi, d’ailleurs. Tu aurais de meilleures notes.
-Ma mère lit les panneaux de signalisation et c’est pas pour autant qu’elle conduit mieux, contra habilement celui des deux qui avait des cheveux filasse. On l’a dans le sang.
-Et quand on ne l’a pas ?
-On se l’injecte, dit-il en mimant une seringue. Ou on l’avale, tu vois ce que je veux dire. »
Qu’il eut compris ou non l’œillade que Kathie lui lança, Hadriel fit l’idiot. Un moment passa avant que l’un ou l’autre ne se décidât à reprendre la parole brûlante. Ils avaient passé l’âge de pisser au lit, mais on ne jouait pas avec le feu. De là où se tenait le plus jeune, il lui semblait que Kathie s’amusait à en cracher. Au moment de tourner, pour l’un vers le métro, pour l’un vers une rue en pente douce bordée d’arbres faméliques et de fleurs, ils s’arrêtèrent un instant.
« -Tu parles de quoi ?
-De drogue, crétin, se vit-il répondre avec brusquerie.
-A ton âge ? Comme si. T’as que quatorze ans, Kathie.
-Et alors ? T’en as quasi deux de moins.» Il passa sa langue sur ses lèvres et ouvrit la bouche, les yeux plissés et désireux de se défendre. « Je devrais pas te le dire.
-Oh, dis-le quand même, je me tairai, promis à profusion Hadriel.
-Y en aura à la fête des Sandy.
-C’est qui, les Sandy ?
-Tu les connais pas ? »
Signe de tête ; non.
« -Je te la fais courte. Mathieu Sandy et Sandy Belmont. Tu vois qui c’est, la grande blonde qui traîne toujours avec Emma ? Bon, je te passe les ragotages, blablabla, ils sortent ensemble, tout est cool, ils ont bientôt seize ans et samedi, comme tous les mois, ils organisent une fête. Et cette fois, précisa-t-il avec un sourire en coin qui en faisait craquer plus d’une, je suis invité.
-Ah. »
Hadriel esquissa un pas en avant et monta sur le parapet, lorsque son ami lui attrapa le bras, sourcils froncés :
« -« Ah » ? C’est tout ce que tu trouves à dire, alors qu’on va aller dans un endroit absolument… Cool ?
-Toi, oui.
-Déconne pas, tu viens avec moi. »
Le gamin se tourna et manqua de déraper. Solidement arrimé au bras de Kathie, il leva vers lui une face incrédule où retombaient en mèches disparates sur son front une forêt sombre. Ses pensées inscrivaient au burin les mille questions qui, invasives, lui traversèrent l’esprit en volées d’argent : pourquoi y aller quand tous, partout, les regardaient déjà passer sans rien oser leur dire ? Quand ils n’avaient jamais à attendre dans l’interminable queue du self ? Quand lui ne connaissait même pas ces Sandy ? Et d’ailleurs, pourquoi on l’appelait Kathie ?
« -Mes parents me tueraient.
-Allez, trépigna le gamin, ils le sauront même pas !
-Bon. Mais moi ça ne me tente pas. Ils ne me connaissent même pas. »
Kathie leva les yeux au ciel : une seconde, songea Hadriel. Une seconde et il va balayer d’un revers de la main toutes mes plaintes pour me forcer à venir. Et je l’aurais bien cherché. Kathie ne lui avait rien demandé –rien de plus que ce qu’il demandait à n’importe qui, avant qu’il ne décide de jouer les sidekicks.
« -Et alors ? T’aimes t’amuser, tout le monde le sait –parce que je leur ai dit, avant que tu poses la question, lâcha-t-il, paumes en avant. C’est plié, donc.
-Ca gère, alors ? Y aura de la bonne musique ? Ils seront pas chiants, au moins, sinon on pourra toujours se barrer !
-Tu viens jusqu’au métro ? Je dois y aller. Mon père, tout ça, tu sais.
-Pourquoi on t’appelle Kathie ? Depuis que je suis arrivé, y a deux ans, et je le sais toujours pas.
-T’es trop con ?
-Et toi, jura le brun en écrasant de ses talons les pieds de l’autre, t’es un connard. Allez, pourquoi ?
-On en reparle au collège, Beauparent ! »
Un sacré connard, Kathie.


« -T’es revenu.
-Epouse-moi, Domino. Au moins, tu pourras plus me jeter dehors comme une merde. »
Domino, le dos calé contre l’embrasure de la porte, lâcha un sourire contrit. Hadriel pardonna aussitôt.
« -Tu t’es vu ? On dirait un gros sac d’IST qu’aurait trop traîné dans un sac poubelle. Allez, viens. J’épouserai un mec de mon âge, plein de charme, qui n’aurait pas la répartie d’un castor.
-Laisse-moi deviner, largua-t-il, je suis le castor ? Super-Castor. Wonder… Wonder quoi ? »
Il battit des mains et saisit celle de Domino dans la sienne avant de l’attirer dans le couloir. Un rire remonta du plus profond de ses tripes. Le brun se mit à tournoyer comme une petite fille aurait ri aux éclats. C’était une belle soirée. Du coin de l’œil, il vit Helen jurer et retourner en trombe à l’intérieur de son deux pièces miteux.
« -Mais qu’est-ce qui t’arrive ? Hadriel, arrête, j’ai le tournis !
-C’est une nuit magnifique, tu sais, je ne me suis jamais senti aussi bien ! Je t’avais laissé mon livre pour que tu me rappelles, mais tu n’en as même pas eu besoin ! A dix-sept ans, on n’est pas responsable, hein ?
-T’en as dix-huit, arrête de tourner, je vais tomber, putain Hadriel !
-C’est une citation, une citation ! Eh, merde ! »
Sa tête heurta le mur et il s’écroula dans un brusque éclat de rire. Domino riait. Domino pleurait. Mais Domino riait surtout. Hadriel se massa les tempes, étourdi : depuis quand y avait-il un mur dans le couloir ? Le sol devait être maculé de bactéries dégoûtantes qui lui firent plisser le nez.
« -Pardon, pardon. Mais tu me pousses à bout. Je voudrais faire quelque chose de ma vie. Et toi, vas à la fac, fais un truc.
-J’irais, articula-t-il entre deux gloussements. Je vais passer le bac en candidat libre. Je vais m’inscrire à une fac d’histoire, et je préparerais une super thèse sur les Romains, tu vois ? Et pour révérer les Dieux. Merde, j’ai pété un câble en m’enterrant sous la table pendant mes deux ans de latin, quand même.
-C’est fort…
-Oui, sous la table, sous… Ah, sous la table, j’espère qu’ils ne m’en veulent pas, je veux aller aux Champs-Elysées… Je t’emmène ?
-Crétin. T’étais défoncé au point de cocher « latin », oui. Tu t’es fait une bosse, tiens, remarqua Domino en se relevant. Si ta mère le savait, je me ferais tuer…
-Pas avec papa en Afrique à miner Djibouti.
-Hein ? Crétin. »

« -Tonton Richard, glapit Hadriel en sautant près du lit. Alors, tu vas mieux ?
-Pas vraiment, souffla la forme allongée dans le lit, sous les draps d’une propreté immaculée. Pas vraiment, Hadriel. »
Son sourire partit en déconfiture et il enroula ses doigts autour des barreaux blancs, le regard rivé au moniteur : les battements réguliers de son cœur mentaient-ils donc ? N’allait-il pas bien ? Le teint cireux de son oncle lui contait une histoire différente et le gamin tritura les manches de son pull. Il détestait les hôpitaux.
« -Alors, ça te fait quel âge, maintenant ? Quatorze ans ?
-Ouais, lâcha-t-il en guise de réponse, la gorge serrée. Quatorze.
-Moi j’en ai trente-deux. Catherine, je veux dire ta mère, elle ne te mène pas la vie trop dure ? »
Hadriel sourit, agita la tête de droite à gauche. A part le priver de sucreries –déformation professionnelle. Une carie n’avait jamais tué personne. Dans un hôsto, se fustigea le petit, la blague n’était pas de bon goût.
« -Et tu ne voles plus de vélo ?
-Tonton ! gronda-t-il, le rouge aux joues. C’était mon ami, pas moi. Il dit que c’était une marque spontanée de respect.
-Change d’amis, mon grand. Ça ne te ressemble pas, tout ça, reprit Richard en passant la main sur les cheveux de son neveu. Tu étais toujours si calme, tu as de bonnes notes, tu vaux mieux que tout ça. Ces embrouilles t’auront, un jour. »
Hadriel haussa les épaules, opina du chef, convaincu que son oncle avait raison et qu’il ne suivrait pas son conseil. Il aimait s’amuser, il aimait danser, il aimait la sensation du vent qui battait son visage. Le bonheur n’avait jamais construit personnes, un visage au sourire ravi n’avait jamais articulé de grandes phrases.
« -Tu pues la cigarette. Et dire que moi je n’y ai même plus droit, ici !
-Ça me fait tousser. Bon, j’en prends parce que je suis obligé », tenta-t-il vainement de le rassurer. Hadriel saisit sa main et colla sur son visage un sourire faiblard. « T’as pas à t’en faire, tonton, je gère. Je serais quelqu’un de grand, crois-moi.
-Je te fais confiance là-dessus. Regarde-toi, tu as l’air complètement mort. Tu dors, au moins ? Tu ne prends rien de mauvais ?
-Tonton, arrête, je fais attention à moi… Je… Je me débrouille.
-Dommage que je ne puisse pas rester pour vérifier tout ça. Ton père qui peut partir à tout moment, ta mère aurait dû penser à toi. »
Sa main tremblante caressa le front clair du garçon et en chassa quelques volées de mèches corbeau. Hadriel n’eut pas le courage de se dégager, mais sa peau moite le trahissait plus cruellement que des mots. Il était fini.
« -On m’a dit que tu t’étais jeté sous la table en plein cours en criant ?
-Hm, en fait, c’est pas tout à fait… Enfin, si, mais…
-Et tu veux tromper qui avec ce genre d’attitude, rit-il entre deux quintes de toux. Fais attention à toi, je ne t’en demande pas plus. Tu comprendras, un jour, que ça n’en vaut pas la peine. »
Hadriel se leva, prêt à tourner les talons, mais l’étreinte de son oncle autour de son avant-bras le retint. Il se retourna à contrecœur et soupira, gêné :
« -Je te l’ai déjà dit, je ne le ferai pas. Tonton, je…
-Je t’ai donné le code de cette fichue machine. » Richard ferma les yeux : Hadriel lui trouvait un air fatigué, un air parti et déjà un peu mort. Une larme solitaire fendilla son visage figé. « Je suis à bout. Je n’en peux plus, de tout ça… Je n’ai plus de cheveux, je n’ai plus rien, je pensais que toi, tu comprendrais… Toi, au moins, puisque tu me ressembles tellement, je me suis dit que…
-Mais tu te rends compte de ce que tu me demandes, l’interrompit le gamin en hurlant presque. Je pourrais même aller en prison pour ça !
-Je ne peux pas le faire moi-même, Hadriel, et si je pouvais le demander à quelqu’un d’autre, je le ferais. Mais je ne peux pas.
-Tonton… »
« La vie, ce n’est pas toujours facile, petit. On ne fait pas toujours ce qu’on veut, on n’a pas toujours ce qu’on mérite. Et au bout du compte on pense rarement qu’elle a été juste avec nous. Si tu as de vrais amis, et je l’ai vu, je sais que tu en as, alors ils ne te laisseront pas tomber quand tout ira mal. Pourtant, toi, s’ils t’entrainent sur le mauvais chemin, tu devrais les laisser. La solitude aussi permet d’écrire. La solitude ou la misère. Je connais les deux et je n’en suis pas sorti grandi.
« Ce n’est pas lâcher prise, tu sais ? J’en ai simplement assez. »
Trop, c’en fut trop : son cœur flancha et celui de Richard, sur le moniteur, ne s’emballa pas. Hadriel serra sa main dans la sienne et enfouit sa tête dans les draps propres : ils sentaient la lessive, la même que celle que sa mère utilisait autrefois. Absent, il appuya sur le bouton. Et le moniteur se tut.
« Merci, mon petit. Merci. »


« -Dehors, dehors !
-Domino, c’est salaud de faire ça !
-Et c’était pas salaud de la part de ton pote de tout faucher dans mon appart ? Merde, à la fin ! »
Une poussée ferme sur ses omoplates et Hadriel se retrouva dehors, accroché au chambranle dans un espoir désespéré. Cette histoire commençait à ne plus lui plaire du tout –il aurait dû rentrer chez lui. La solitude ou la misère, récita-t-il stupidement. A tout prendre, il aurait dû choisir la première.
« -Mais attends, au moins !
-C’est ça, oui. Va acheter ta coke tout seul ! »
La porte claqua derrière lui ; les yeux fermés, il se pinça l’arête du nez et tenta de réfléchir posément : peine perdue.
« -Helen, je peux venir chez toi ? Allez, juste le temps que l’autre taré se calme, Helen !
-Helen, je peux… »
Surpris par l’écho, il releva nerveusement la tête et resta planté là, bouche bée :
« Merde ? »



Caractère

« -Non, Helen, proclama Domino avec une emphase un peu usée pour ce qui lui semblait être la millième fois. Ce n’est pas lui qui a cassé ton fichu putain de carreau de mes deux.
-Ah oui, grogna la vieille en quête de répartie. Faudrait encore que t’en aies, pour ça. Vous savez même plus parler, et ça se donne des grands airs, et ça casse mes carreaux, moi, c’est tout ce que je vois. Bande de sales gamins. »
Son vis-à-vis poussa un soupir à en fendre le cœur, qui laissa justement Helen de marbre. Ce n’était pas une mauvaise personne, ou en tout cas, c’était l’argument qu’Hadriel lançait à tours de bras à qui voulait bien l’entendre, qu’on lui demandât son avis ou qu’on ne lui demandât pas. Il était comme ça, infichu d’apprécier les gens qui le lui auraient volontiers rendu –même sa mère y avait eu le droit : à trop cajoler son petit ange, il avait tapé du pied et pris un bel envol. Comme de dû, la vieille portugaise passait son temps à l’injurier et le vouer aux gémonies ; résultat des courses, il vantait son bon cœur et sa modestie. Coup d’œil circulaire : sûr que c’était pas style Berlusconi, ici.
« -Il est pas méchant, Hadriel. Tu le sais bien en plus.
-Moi, ce que j’en dis.
-Il t’aime bien, va savoir.
-Et alors, rétorqua l’ours bourru qui ne savait pas se lécher. Un sale gosse ; et un gosse des beaux-quartiers avec ça. Il aurait dû rester chez lui, et pas venir écrire du n’importe quoi ici. Personne y comprend rien, à ce qu’il écrit. Et moi, quelqu’un qui sort à minuit pour martyriser une guitare juste devant l’immeuble, nan. »
Domino haussa les épaules. Cette conversation avait de quoi ravir sa curiosité ; la vieille était loin d’être aussi bête qu’elle en avait l’air, et Domino l’était deux fois plus qu’il n’y paraissait au premier coup d’œil.
« -Il m’a dit qu’il était parti de chez lui pour être malheureux. Vivre sans une thune, sans études, sans projets, tu vois. Enfin, il ne l’a pas dit texto. Mais je crois que c’est vrai.
-Franchement, rabâcha-t-elle, c’est stupide. Il ne m’a pas l’air bien malheureux, il sème des livres dans le couloir, il te demande en mariage une fois par semaine et je trouve qu’il s’est bien arrangé pour aller pêcher le seul numéro qui ait le compte en banque bien bourré pour qu’il en fasse qu’à sa tête, et si ça, ça ressemble pas à des projets, je sais pas ce que c’est. »
Domino s’apprêta à l’interrompre, surtout il est vrai pour se récrier de ce qu’on lui lançait aussi injustement à la figure, mais aussi un peu pour défendre son ami. Helen l’arrêta d’un index vengeur qu’elle dressa à hauteur de son nez :
« Tais-toi, avec ton joli minois. Je sais de quoi je cause, moi, je les connais bien les gens. »
Pauvre misanthrope, ça risque pas, gronda Domino dans sa barbe.
« Et ça, c’est peut-être pas de la graine d’assassin, mais c’est de la mauvaise graine quand même. Du genre jamais content : ils ont du mérite, ses parents, et ils ont pas dû être bien stricts pour qu’il se croye tout permis comme ça. Il veut la misère mais sans les inconvénients de la misère, le beurre et l’argent du beurre et même le boulanger. Le lait, la vache et le laitier, bref, enfin bon, tout. Il se donne des airs bohèmes ? A la bonne heure, parce que c’est pas un poète. Il voudrait être malheureux, il est pas seulement foutu d’essayer correctement, et naïf comme il est, il y mettrait toutes ses forces que ça suffirait pas encore, et même si toi tu l’y aidais, et d’ailleurs à le jeter dehors comme ça je crois que tu l’aides déjà bien, il serait pas triste et pas content non plus.
Tu dis qu’il m’aime bien, moi je crois plutôt qu’il aime que je l’aime pas, para ! Si d’un coup t’arrêtais de le fiche à la porte, il te laisserait tomber. Et le type qu’a tout fauché chez vous, c’était de sa faute aussi, parce qu’il sait dire non que quand ça l’arrange. C’est comme mon carreau cassé, ça. »
Domino leva les yeux au ciel ou, en l’occurrence, au plafond constellé de taches d’humidité. C’était reparti pour un tour de manège, le carrousel des plaintes revenait à la charge : carreaux cassés, tapage nocturne, délinquance juvénile, et de mon temps, et de mon temps.
« Y s’énerve pas facilement, remarque : ça c’est pas un défaut, je dis pas. Il peut pas avoir que ça non plus. »
Cela relevait de l’évidence, mais qu’elle le reconnût était un pas en avant, gargantuesque dans son genre. Hadriel avait ses défauts, et Domino les aurait reconnus en premier : il faisait ce que bon lui chantait sans vraiment s’occuper de ce qu’allaient en penser les autres, il ne prenait pas les choses au sérieux et ne comprenait pas que les autres le fissent, tout en dramatisant de petites broutilles et des bagatelles sans importance comme la fureur d’Apollon, le coucher de soleil, une trainée de lumière laissée au hasard par une voiture, un sonnet à la con, une vieille chanson. Mais il était intelligent, il réfléchissait quand il voulait bien s’en donner la peine, il essayait de comprendre les autres, il voulait pas leur faire de la peine et il pardonnait en un clin d’œil. Il s’amusait, il n’était jamais gêné de rien, et aspirait à de grandes choses –à de vraiment grandes choses. Il n’était pas menteur. Il refusait les carcans, quitte à aller dans une fac d’histoire plutôt que la littérature qu’il aimait tant et qu’il refusait de standardiser. Il avait des rêves et des illusions comme un gamin. Bordel, jura Domino du haut de ses vingt-sept balais pas très utilisé –on n’était pas féru de ménage ici, c’en est encore un. C’était très vrai.
« -Il se prend la tête et il casse des carreaux, et y vole des vélos, et y se fait des amis qui me plaisent encore moins que lui, et sa mère, elle se tape des talonnettes plus hautes que ses mollets avec sa permanente de caniche, ça me plait pas non plus. Et il sait pas jouer de la musique. Y sait rien faire, faut s’en occuper, avec sa sensiblerie de comptoir, il compte toujours sur tout le monde et ça non plus ça ne me…
-Plait pas, compléta Domino en se levant, merci, j’ai compris. Et hors de question que je repaye to carreau, Helen, d’ailleurs, tu lui as foutu la frousse, à sa mère. Beau boulot. »
La vieille continua à grogner, maugréer et bafouiller dans sa barbe qu’il n’y avait plus de valeurs dans ce monde.



Physique
« -Hadriel, mon cœur, là tu es vraiment en retard !
-Hein ? Oh, flûte ! »
Chassant d’une main pâlotte les derniers pans de sommeil encore accrochés à ses cils sombres, le gamin passa rapidement ses pieds hors du lit défait : malgré la panique ambiante dans la chambre, se réveiller cinq minutes après que l’ineffable sonnerie ait retenti à l’école était une coutume immuable chez lui. Bâillant à s’en décrocher la mâchoire, qu’il avait carrée pour son âge, il se saisit au passage de la pile de vêtements gentiment pliés qui l’attendait devant la porte et passa dans la salle de bain, sauta prestement hors de son pyjama où de petits chiots glapissaient près de leur mère dans un baquet plein de couvertures qui, à cette heure matinale, lui firent envie. Ni une ni deux, il se débarrassa de l’encombrante pièce de tissu et enjamba le rebord de la baignoire pour une douche sommaire mais efficace. Bientôt, ses cheveux corbeau ruisselants d’eau tombaient sur son visage, trop longs pour ne pas lui obstruer la vue tandis qu’il formait de lourds nœuds avec ses doigts fins aux ongles rongés. Il se couvrit de mousse odorante, à l’affût de la moindre saleté récalcitrante, se rinça, se rinça une seconde fois pour plus de sûreté, jeta une serviette autour de ses épaules maigrichonnes, tourna le bouton du chauffage, répondit à maman qu’il se pressait de son mieux, jeta un coup d’œil à la pendule et constata avec horreur qu’il était affreusement en retard.
Un coup de peigne ici et là démêla le gros œuvre, le reste se ferait dans la voiture. Hadriel se pencha vers le miroir ou, plus exactement, se hissa jusqu’à lui : plus aucune trace d’une nuit trop longue sur son visage sérieux comme la mort, pas de valises et bagages laissés sous ses yeux noisette aux paupières un peu tombantes par le sommeil sinon quelques rêves vites oubliés ; et mince, ce fichu grain de beauté sous sa lèvre n’avait pas disparu. Il dégagea ses oreilles, qui n’étaient ni petites ni décollées, chassa une poussière tombée sur son nez retroussé mais petit, et contrairement aux petites midinettes des contes de fées, ne posa pas de question bête à la glace avant de se brosser les dents –il lui en manquait une qui venait de tomber. Enfilant quatre-à-quatre un jean clair aux airs javellisés qu’il n’avait pas mis trois fois dans sa vie, un pull blanc et bleu marine décoré d’une petite enseigne crocodile auquel papa lui avait recommandé de faire un peu attention, une paire de godasses à lacets munies de semelles en plastique, de chaussettes Winnie l’ourson pour gamin chaussées à la va-vite, il attrapa son énorme sac et sauta sur le siège avant de la voiture, côté passager.
« -S’il te plait ?
-Passe, mais juste une fois », grogna maman avec un sourire et un soupir agacé.

« -Hadriel bordel, tu t’es encore endormi par terre, y a pas de réveil par terre, t’es à la bourre là !
-Attends, j’étais dehors ! » Il fronça ses sourcils plutôt épais, perplexe. « Enfin, à la base. »
Un pli de concentration barra un instant son front tandis que le jeune homme tentait vaille que vaille de se souvenir quand, mais surtout comment il avait pu s’endormir au pied du canapé, près d’un paquet de chips dont les miettes lui rentraient dans le dos –quoiqu’à la réflexion, ce détail-ci n’eût franchement rien d’anormal. Il laissa vite tomber l’idée, convaincu et à juste titre de ne jamais qu’entrevoir l’esquisse brouillonne d’une solution, sans plus chercher d’ailleurs ce pourquoi il devait se dépêcher. Malgré la panique ambiante qui peinait à se tailler un chemin à travers les pans de sommeils qui encombraient son esprit, se réveiller cinq minutes après que Dieu-savait-quoi se soit terminé était toujours une coutume chez lui. Trainant à toute vitesse des pieds jusqu’à la salle-de-bain de l’appartement, il se débarrassa de son débardeur gris, de son pull rouge, de son jean sombre et les envoya paître dans un coin de la pièce où s’amoncelait déjà une pile de fringues qui tanguait dangereusement. Merde pour le rangement. Jetant un coup d’œil à l’horloge, puis à la montre digitale qui traînait sur l’évier, l’heure le frappa enfin : merde pour la ponctualité. Ce n’était pas ce jour-là qu’il aurait du travail. Pressé, il se fit couler une douche rapide, chassa nerveusement les mèches de cheveux bruns tombées devant sa figure, sortit aussi sec, sécha nerveusement ses cheveux avec une serviette rugueuse, attrapa un Levis qui n’était sûrement pas à lui mais aurait tout aussi bien pu l’être, un polo unicolore à l’exception d’une tache qui avait dû assez sympathiser avec Vanish pour s’atténuer sans vouloir plier bagage, chercha nerveusement son éternel chapeau derrière des tubes de dentifrice, ne le trouva pas, s’énerva, se brossa les dents, qui n’étaient plus si blanches mais n’avaient pas de carries, sourit au miroir. Le miroir lui rendit sa grimace : un bouton au-dessus du sourcil, un grain de beauté sous la lèvre qui n’avait pas disparu pendant la nuit, le nez retroussé, les cils épais, la peau imberbe et décorée pour Noël, en plein mois de mars, par des rougeurs malvenues. Il essuya nerveusement une goutte d’eau qui roulait sur son menton. Le haut de sa tête avait beau disparaître hors de la glace, il y devina des mèches rebelles qu’il écrasa –nerveusement. Incapable de les faire tenir, comme de dû, il étudia avec intérêt la perspective de se balader toute la journée les mains plaquées sur le crâne mais dû se résoudre à abandonner. Un cri à côté, remue-ménage dans les lotions que lui n’utilisait pas, la mousse de rasage qu’il n’utilisait que de loin en loin et qui n’était pas à lui non plus, le parfum qu’il ne mettait pas, une rapide brise de déodorant, où est ce fichu chapeau, une paire de chaussettes dépareillées, grise et mauve.
Mauve ? Tant pis, largua-t-il, toujours en quête de son couvre-chef. En désespoir de cause, il décrocha un bonnet de la patère et l’aplatit sur sa tête jusqu’aux sourcils, l’air des plus aimables –un grand garçon un peu benêt, un peu ceci cela. Il avisa une paire de santiags, jura qu’on n’avait ou qu’on n’avait pas le sens des valeurs, les repoussa nerveusement, jura devant les dieux de l’Olympe qu’elles étaient ce qu’il avait de plus laid dans cet appartement, plongea dans la pile de fringues, en ressortit avec un fier trophée malencontreusement enterré en-dessous : une paire de Reebok à la semelle un peu usée. Pas de dernier coup d’œil dans ce traître de miroir qui ne lui montrait jamais rien de vraiment agréable. Il avait trop chaud. Il n’était pas laid, il était grand, pas si efflanqué quoiqu’il eût un petit air malade, ses cheveux gouttaient, il n’avait pas de chapeau, il n’était pas beau. Et mal sapé. Il envoya paître son reflet aux yeux bruns un peu enfoncés et soulignés de cernes qui prenaient de plus en plus des allures d’yeux-au-beurre-noir sur un teint entre la fraise et la margarine fondue. Sans prendre la peine de claquer la porte derrière lui, il rejoignit la porte d’entrée et constata, effaré, qu’on ne l’avait pas attendu et qu’il ne savait toujours pas pour quoi exactement il était en retard.



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Avez-vous bien lu les règles ? [Code Okay ~ Loe] D'ailleurs, qui a eu cette idée ? C'est tordu, quand même !
Où avez-vous trouvé ce forum ? D'accord, c'est Nii qui l'a trouvé. Y a un bail.
Est-ce votre premier perso...
♦ ...Dans un forum RP ? Non.
♦ ...Dans ce forum ? Non plus. Et d'ailleurs, vu qu'y en a un deuxième qui est autant avancé, je risque de les terminer en même temps, et de les poster en même temps, enfin de les faire valider en même temps, je m'excuse et je vous aime. m(___)m



Dernière édition par Hadriel Delahaye le Mar 12 Mar 2013 - 19:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Delahaye Hadriel [Fertig, admin summon !]   Sam 9 Mar 2013 - 4:19

J'ai terminé, j'ai terminé !\o/
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MessageSujet: Re: Delahaye Hadriel [Fertig, admin summon !]   Sam 16 Mar 2013 - 14:21

Booon, eh bien pour moi c'est tout bon ~




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MessageSujet: Re: Delahaye Hadriel [Fertig, admin summon !]   

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Delahaye Hadriel [Fertig, admin summon !]

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