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 CHARRIER Cyril ▬ « Wake up, and face me ; don’t play dead, cause maybe »

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Vacant Stare
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Masculin Pseudo Hors-RP : Nii'
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• Age : 21
• Pouvoir : Acharnement thérapeutique.
• AEA : Petit Prince, un fourmilier géant de 2m30 de long.
• Petit(e) ami(e) : La dernière a crâmé.

RP en cours : Runs through him

Messages : 33
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MessageSujet: CHARRIER Cyril ▬ « Wake up, and face me ; don’t play dead, cause maybe »   Dim 3 Mar 2013 - 8:00



* Cyril Charrier


*nom – Charrier
*prénom – Cyril
*age – 18 ans
*né le – 09/12/1992

Pouvoir
Acharnement thérapeutique.

Il en rirait, s'il le savait. Ce que ça peut être cruel.
Le pouvoir de Cyril est simple : son corps joue les hôpitaux portatifs. Concrètement, s'il se cogne le pied contre un mur, son pouvoir va immédiatement le noyer d'antidouleurs pour l'aider à aller mieux. S'il se casse le coude, son bras va automatiquement se rigidifier pour imiter un plâtre et accélérer la guérison. Son pouvoir s'active dès qu'il est blessé ou souffre et rien de ce qu'il dit ou fait n'y change quoi que ce soit. Ça peut paraître pratique. Ne l'est pas.
Parce que dès qu'il se coupe, il ne sent plus ses doigts : aussitôt qu'il se brûle la langue, c'est toute sa bouche qui est anesthésiée. Ça ne soigne en général pas grand chose puisque son pouvoir ne peut pas dépasser les limites du physiquement possible en le réparant d'un claquement de doigts ; ça se contente de lui faire croire que tout est soigné. C'est complètement, totalement, implicitement vicieux. Dangereux.
Il peut se brûler tant qu'il veut puisqu'il ne sent rien ; sa peau brûle malgré tout. La gueule de bois est plus légère, les effets de l'alcool tout aussi lourds. La douleur n'existe pas pour rien et l'en priver est stupide. C'est pourtant l'essence même de son pouvoir : l'empêcher d'avoir mal, restaurer les tissus et organes abîmés un peu plus vite que le reste du monde.
Ce qu'il faut retenir est que la capacité de Cyril refuse de le laisser souffrir ou mourir et que les détresses psychologiques ne sont que rarement « soignées », contrairement aux problèmes physiques de tous ordres. De la même façon, s'il voulait jouer au marathon des bleus, coupures et os cassés, son pouvoir ne pourrait pas tout gérer en même temps et se contenterait de soulager les peines les plus lourdes.
En admettant pour finir qu'il soit très gravement blessé, de manière potentiellement mortelle par exemple, son corps entrerait automatiquement dans un état d'auto-suffisance totale pour le maintenir en vie. Il serait comme prisonnier de lui-même jusqu'à ce que son pouvoir ait réussi à régénérer tout ce qui a pu être endommagé ; ce qui pourrait bien prendre des mois et des mois, voire des années suivant les dégâts – un peu moins si une aide extérieure essayait de le soigner également. Les hémorragies seraient immédiatement stoppées, son rythme cardiaque ralenti. Il respirerait encore mais n'aurait besoin ni de manger ni de boire : ses cheveux ne pousseraient pas, même s'il perdrait sûrement du poids. Comme Blanche-Neige dans son cercueil de verre. Coma glacial jusqu'à ce que réveil s'en suive.
Son pouvoir ne peut cela dit rien faire contre une mort brutale et instantanée. Si vous lui plantiez un couteau en plein cœur, par exemple. Ou que vous l'étrangliez. Il est loin d'être immortel.

Au cas où vous n’ayez rien compris : il peut s'auto-régénérer, quoi que lentement, et son pouvoir produit et diffuse automatiquement antidouleurs et autres substances du genre dans son corps pour soulager/masquer les douleurs physiques. En cas de besoin, son pouvoir peut également le plonger dans le coma pour le maintenir en vie.

Alter Ego Astral
Un fourmilier géant. Parfaitement.
Il s'appelle Petit Prince (ne vous y fiez pas, c'est le nom d'un catcheur des années 70), mesure 2m30 de long au total (1m40 sans la queue) et est d'une couleur tout à fait standard pour ce genre d'animal. Il est doux au toucher, a un museau très allongé, une langue de plus de soixante centimètre de long qu'il n'hésitera pas à tirer pour vous éloigner et des griffes qui pourraient sans problème vous éventrer si l'envie lui en prenait. A noter qu'il lui arrive de se dresser sur ses pattes arrières pour repousser les menaces ou agiter ses longues griffes dans votre direction, parce que « c'est troooop un tueur mon fourmilier » et que Cyril adorait jouer à la guerre et autres 'pour de faux' étant enfant. Alors il n'est pas gentil, son bestiau ; ça ne lui aurait servi à rien pour se battre. Non, c'est un animal féroce.
Prince est donc tout sauf une bête conciliante. Il parle peu, est d'une franchise qui frôle l'irrespect et s'il ne cherche pas la bagarre, c'est uniquement parce qu'aucun humain ne serait un adversaire suffisant pour lui. C'est peut-être « un tueeeur », mais pas un tueur d'humains. Juste de monstres et autres créatures contre lesquelles Cyril le faisait se battre. Il se considère comme un vétéran, est extrêmement vexé d'avoir été oublié et déteste qu'on se moque de lui. C'est un fourmilier sérieux, s'il vous plaît. Ou du moins taciturne. Ça ne l'empêche pas de s'entendre avec les autres animaux, mais il est méfiant envers les bipèdes.
Il sait s'entendre avec les autres dans les moment de crise et saura faire front commun s'il s'agit d'aider Cyril. L'animal est d'une loyauté sans faille envers son maître (le petit garçon préférait avoir une créature obéissante et dévouée, logique) et restera toujours près de lui, que ce soit dans la pièce elle-même ou simplement derrière la porte. Il agit comme un père envers le rouquin ; protecteur et colérique au besoin.
Sachant que ses griffes mesurent une dizaine de centimètres, qu'il sait nager et grimper aux arbres et qu'il coure sacrément vite, vous n'avez pas forcément envie de vous le mettre à dos non plus.

Passions
 Cyril aime faire la fête ; mais pas les fêtes où tout le monde rit et se bouscule un peu dans un appart' qui sera en vrac le lendemain – pas non plus les pseudo fêtes de boîtes de nuits où on lève les bras en l'air sur une musique stupide. Non, Cyril aime les fêtes un peu bizarres ; celles où la plupart préfèrent ne pas aller. Les fêtes avec poudre et alcool installées dans des fonds de magasins de fonds de ruelles. Les fêtes pas fréquentables sur de la musique psychédélique où tout est lent et rapide à la fois. C'est ça que Cyril aime.
Il y a aussi les complots, les conspirations – il ne les apprécie pas mais y croit dur comme fer. Tout animal jugé bizarre lui plaira d'office, hormis peut-être les ornithorynque. Et puis il adore les pâtes carbonara, la couleur verte, les bouteilles en verre, les tulipes jaunes et le mot « air ». Les chansons qui durent moins de trois minutes. Les hypocrites et tout ceux qui se donnent « la peine de », même si leurs intentions ne sont pas forcément bonnes. Les trottoirs, les chats, les chaussures avec le moins de talons possible. S’asseoir par terre ou aux pieds des gens – surtout si vous êtes assis sur une chaise. S'il le fait, d'ailleurs, attention à vos jambes : il risque d'en agripper une par réflexe. (comme il le fait uniquement avec ses amis proches, en général, ça passe). Les phalanges, aussi : il adore les phalanges. Raison pour laquelle il protège les siennes, maintenant. Il a compris.
Mais par-dessus tout, Cyril aime qu'on l'écoute jusqu'au bout.

N'aime pas / Phobies
Cyril n'a pas peur des hôpitaux : il les déteste. Il les hait, ne les supporte pas – au point où il en vomit tout ce qui peut l'y faire penser, que ce soit bruits, couleurs ou odeurs. Il déteste aussi l'amour, tant dans son concept que dans ses raisons ou ses buts. L'odeur du sang le rend malade et la simple idée d'avoir mal lui fiche la trouille. Les bagarres ne lui plaisent donc pas ; les bleus et ecchymoses le font grimacer. Les personnes trop populaires s'attirent systématiquement son antipathie, même s'il admet volontiers que ce n'est rien d'autre que de la jalousie. Il hait ses parents. A du mal à parler aux enfants. Et puis il déteste ceux qui se croient mieux que tout le monde, les personnes trop honnêtes aussi : pour lui ramener ses défauts dans la gueule, il se suffit à lui-même. Les peluches lui laissent une sale impression, les moustiques lui font piquer des crises de nerfs. L'immobilité totale le terrifie ; l'enfermement et la crainte d'une incapacité à communiquer aussi.
Cyril enfin a peur des pensées qui l'assaillent régulièrement ; hait le son de sa propre voix. Il ne supporte pas la pitié si elle lui est adressée et se méfie des talons hauts et de toute celles qui en portent.



« The waiting rooms are all the same
but hospitals still haunt me, honey.

And you will, too. »

Physique

Cyril pourrait bien présenter s'il faisait un effort : il n'est pas particulièrement laid et, eut-il été plus soigné et attentif à lui-même, on aurait même pu dire de lui qu'il avait tout du parfait gentleman. Seulement non. Il a oublié comment faire, on ne lui a jamais vraiment montré ; il s'en fiche. Résultat, Cyril a plus l'air d'un paumé qu'autre chose. Il ne le revendique pas, n'y prête qu'une attention modique – tout au plus esquisse-t-il une grimace d'excuse quand on lui reproche son manque de tenue ou d'hygiène. C'est juste qu'il... Oublie. S'occuper de son apparence n'est pas sa préoccupation première, et comme personne ne le reprenait plus là-dessus, ça ne l'a pas incité à faire d'efforts à ce sujet.
Maladroit du haut de son mètre quatre-vingt révolu, il n'est pas difficile de voir que Cyril a eu du mal à s'habituer à sa soudaine poussée de croissance. Il évolue à grandes enjambées pressées ou inquiètes, s'assoit dès qu'il en a l'occasion et semble affectionner le sol ; ne vous étonnez donc pas si vous le retrouvez régulièrement assis au pied de son lit ou le dos contre un meuble, parfois un mur. Du reste l'ensemble de son corps est, à l'image de ses jambes, longiligne et presque trop fin. Il n'est pas musclé, ne fait pas de sport et n'en voit pas l'intérêt : seuls ses bras, plus sûrs d'eux et fermes, semblent avoir échappé à la règle. Quoi qu'il en soit, il donnera toujours l'impression d'être plus faible que fort. Ce qui n'est pas tout à fait faux. Il est juste assez athlétique pour pouvoir se hisser par-dessus des barrières sans ralentir sa course et déteste la sensation qui suit tout effort physique trop intense : il évite, donc. Comme il ne sait – et ne veut – pas se battre, nul besoin d'avoir l'air effrayant ou dans une forme physique impeccable ; concrètement, il n'a de toute façon pas le courage de s'y mettre. Cyril est speed, oui, mais uniquement dans le sens nerveux. Alors il s'assoit et oublie que se dépenser est bon pour la santé. Un esprit sain dans un corps sain, blah blah blah... Se flinguer le foie ou l'estomac, c'est fichument plus simple et moins prise de tête.
Le visage droit, profit plutôt allongé, le jeune homme a adopté ses cernes et ne les quitte pour ainsi dire jamais. Sa peau est plutôt pâle, parsemée de quelques discrètes tâches de rousseurs ; si vous faites attention, vous pourrez peut-être apercevoir l'ombre d'une tâche de naissance à la base de son cou, sur la droite. Sa pomme d’Adam n'est pas très marquée. Roux et ennuyé à la simple idée de devoir entretenir une coloration, il dit apprécier le concept de ses cheveux (…?) mais semble les maltraiter plus encore qu'il ne maltraite le reste. Concrètement, en dehors des mèches qui retombent souplement sur son front, généralement rejetées légèrement vers la gauche, sa coiffure n'en est pas une. Du moins à moitié. Sa coupe est à peu près normale sur la gauche – quoi qu'il paraît évident qu'ils n'ont pas été coupés par un coiffeur, ça ne choque pas plus que ça – mais va en se dégradant sur la droite. Dans tout les sens du terme. Ses mèches rousses semblent coupées dans un désordre semi-organisé et sont ensuite ramenées vers la droite : au niveau de son oreille, une mèche plus longue est ramenée devant sa clavicule. Ça lui donne un air... Particulier, disons ; on ne risque pas de se tromper en le voyant, au moins – cette coiffure-là, c'est Cyril. C'est peut-être ce qu'il cherchait, remarquez. Comme ils sont assez épais, ils tiennent en place sans demander trop de soin ou d'attention. Ce n'est pas plus mal, franchement.
Ses yeux quant-à eux sont d'un bleu assez foncé, presque noir dans l'ombre, et ne se démarquent pas spécialement dans leur forme. Ses ongles sont régulièrement rongés, ses mains du reste étonnamment bien entretenues – exception faite d'une raideur un peu bizarre dans le majeur et l'annulaire droit. Une fêlure mal guérie, sans doute. Ses oreilles sont percées mais quasiment rebouchées et il a un tatouage représentant... on ne sait trop quoi – des lignes noires et des formes géométriques rouges – sur le bras gauche, que l'on peut voir quand il se met en débardeur ou en t-shirt. Ses coudes sont pointus, ses genoux râpés. Il a une voix assez aiguë qui ne l'aide pas à avoir l'air plus posé ou convaincant quand il panique ; bouge sans arrêt les mains quand il parle, comme pour appuyer ses propos. Il est très tactile et attrape régulièrement les mains des autres, également.

Niveau vestimentaire, Cyril est très pointilleux sans l'être. Il avait une garde-robe assez fournie malgré tout, et a donc eu l'occasion d'acheter ce que bon lui semblait sans s'inquiéter de restrictions parentales. Il en a développé un sens de l'esthétique assez abstrait et se fait une joie de pouvoir replacer toute ses manies bizarre dans ses tenues. Jamais de couleur tout à fait unie, jamais de boutons rouges, jamais de traits qui ne s'arrêtent pas sur une surface de même couleur... Bref. Il s'amuse, si on peut dire ça comme ça ; ce ne sont pas des TOCs trop dérangeant, donc personne ne lui en a jamais fait la remarque. Plus généralement, il met surtout des t-shirt avec de larges inscriptions sur le devant, des pulls et des gilets à capuche, des jeans et des bermudas, des débardeurs presque unis... Il n'a jamais froid, semble-t-il, et n'adapte pas ses tenues suivant les saisons. Si vous le regardez suffisamment, vous remarquez peut-être aussi, au bout d'un moment, qu'il enfile rarement ses chaussures complètement ; en règle générale il enfile ses converses ou autres souliers bas en tissu comme on mettrait des chaussons. Ça bousille l'arrière et ce n'est pas très pratique pour courir, mais que voulez-vous.


Caractère

Cyril est un garçon particulier. Il est speed, très speed – le genre de speed qui laisse penser que les drogues ne sont pas très loin derrière et pas très loin d'être de trop. Comme il a l'air de savoir ce qu'il dit, on le laisse parler comme il veut malgré tout ; de toute façon on a pas le choix. Il va pas changer juste pour avoir l'air plus posé. Et puis il ne l'est pas, posé. Il n'est jamais le dernier à dire que les complots sont partout et qu'internet est fait pour surveiller la population, jamais le dernier non plus quand il s'agit de donner son avis sur les sujets les plus bizarres. A croire qu'il aime avoir l'air particulier. Ce n'est pourtant pas le cas. Il ne se déteste pas – pas vraiment – mais déteste ses interactions en société ; parler avec les autres n'est pas son point fort, dirait-il. Vu son débit et l'assurance qu'il dégage, difficile à avaler. Difficile mais complètement vrai ; la société le stresse, l'inquiète. Cyril est plus à son aise en solitaire. Il y est plus habitué, s'en sort mieux. Il faut dire que ces dernières années il a plus fréquenté les mauvaises graines en tout genre que les bancs de l'école : les gens « normaux », les filles bien sapées et les gentils garçons, il n'a plus tellement l'habitude. Il préfère être le moins intoxiqué des deux. C'est plus facile.
Mais bon ; Cyril s'adapte. Il se débrouille. Il a toujours tout fait tout seul et en a tiré une forte capacité à entre autre régler ses problèmes quels qu'ils soient par lui-même. Pas besoin d'aide. Il dit ça en haussant les épaules, parce que ça l’indiffère et qu'il a définitivement perdu espoir de ce côté-là. C'est chacun pour soi. Alors Cyril se recroqueville, Cyril évite d'avoir mal et titube, trébuche la vie à sa façon. Remplit les vides et se demande quand on va enfin lui atrapper la main pour le forcer à se reprendre, à devenir résponsable parce que merde, c'est complètment débile comme attitude. Cyril est un oublié ; Cyril est un abandonné. Une cause perdue. On ne l'écoute plus.
Bourré de tics et de manies, du genre à ingérer des drogues pour ensuite dormir sur le tapis, le jeune homme ne sait concrètement pas comment vivre. Il est carrément à la masse. Son ami le plus proche était persuadé qu'il se suiciderait avant ses vingt ans, s'il ne finissait pas par devenir un junkie ou autre paumé du genre ; c'est dire s'il était bien parti dans la vie. Malgré cela, il n'était pas de ceux qui ont totalement perdu le goût de vivre : le suicide l'a hanté plusieurs fois, par lâcheté ou par fatigue, mais pour ces deux-même raisons il n'a jamais réussi à appliquer. Alors tant pis, on vit.
Pour autant et aussi perdu soit-il, Cyril n'est pas un garçon méchant. Du moins pas en essence. Quand il est face à des personnes raisonnables, qui lui accordent un minimum d'attention sans lui manquer de respect, il est tout à fait capable de parler et de rire comme n'importe quel jeune de son âge. Il n'aime pas s'attarder sur ses problèmes ou être plaint : il préfère de très loin qu'on le considère tel qu'il est, sans chercher à forcément comprendre le pourquoi du comment. Cyril est oublié, peut-être, mais il a également besoin d'oublier à son tour. Il aime à penser que son destin était tout tracé et que, quoi qu'il arrive, il aurait fini de la même façon peu importe le chemin emprunté. Le seul moment où il accepte d'autres réalités est quand, allongé, il se laisse aller à rêver éveillé. Gentil, oui. Un peu bizarre mais gentil. En général.
Parce que parfois, il se sent mal et envoie promener tout le monde ; que d'autres fois, il insiste tellement sur un sujet qu'il devient à proprement parler impossible de le supporter ou de communiquer normalement. Il lui arrive souvent de se mettre des idées plus ou moins crédibles en tête, d'être persuadé que vous lui cachez quelque chose d'important ou que vous vous moquez de lui : quand il est ainsi, inutile d'essayer de vous expliquer ou de le raisonner. Théoriquement, il finira par se calmer et reviendra vers vous pour s'excuser. Il lui arrive également de s'énerver, de la simple colère justifiée aux meubles renversés. S'il est vraiment fâché, il est tout à fait capable de mettre une table ou toute la porcelaine par terre. Ses colères sont aveugles et il les regrette quasi à coup sûr – mais comme il a souvent peur que l'autre ne veuille plus le voir, il a le plus grand mal à revenir s'expliquer. Ça l'a déjà littéralement coupé de plusieurs personnes qu'il appréciait ; il s'en veut beaucoup pour ça.
Hypocrite ou franc suivant ce que la situation exige, facilement sur les nerfs et enclin aux pires idées dans ses mauvais jours, Cyril n'est au fond rien de plus qu'un gamin totalement perdu. Il ne reviendra plus, c'est sûr. Si on avait essayé de le reprendre en main il y a quelques années de ça, peut-être qu'il aurait réussi à mettre de l'ordre dans ses idées. Maintenant c'est trop tard. Il ne comprend pas, ne sait pas quoi faire, comment s'exprimer, où aller ni comment s'y rendre.
C'est pas qu'il s'en fiche, non. Il se cherche des portes de sortie. Le seul problème, c'est qu'il n'y en a tout simplement pas.

Histoire courte

...



Informations Hors-RP
Avez-vous bien lu les règles ? [Non, c'est la tienne ~ Loe]
Où avez vous trouvé ce forum ? En stalkant Mif jusque chez elle et en regardant sur son ordi avec mes jumelles dernier cri.
Est ce votre premier perso...
♦ ...Dans un forum RP ? « Fuck you, I'm human ! »
♦ ...Dans ce forum ?And then Marshall Lee stole the show.


Dernière édition par Cyril Charrier le Sam 28 Sep 2013 - 20:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: CHARRIER Cyril ▬ « Wake up, and face me ; don’t play dead, cause maybe »   Mer 20 Mar 2013 - 13:36


Des deux côtés de la balustrade


« Mademoiselle, m'accorderiez-vous cette danse ? »

Elle souriait, elle brillait comme le soleil. Le monde entier aurait pu se plier aux caprices de ses yeux pétillants ; lui aurait exaucé le moindre de ses souhaits, en tout cas. Et elle souriait, bon sang, elle souriait à en faire pâlir le ciel et les étoiles.
Timide, drapée de modestie et de douceur, elle avait tendu sa main comme on présente un objet fragile et précieux. Douce et docile, jeune et pétillante dans sa jolie robe bleue, c'était son cœur qu'elle lui avait confié en le laissant serrer ses doigts avec douceur.

« Uniquement si tu jures de rester avec moi. »

Il avait promis en ce jour de juin de la protéger quoi qu'il arrive. Il le lui avait promis et, à la faveur d'un vent frais de fin de soirée, ses parole rassurantes avaient balayé toute trace de peur ou de doute dans ces yeux noisettes qu'il aimait déjà tant.
Elle lui avait fait confiance.


Il ne pouvait pas l'abandonner. Pas maintenant, pas comme ça.

Bientôt elle sourirait comme elle l'avait fait ce jour-là ; elle sourirait à en pleurer et lui rirait à s'en rompre les cordes vocales. Ils vieilliraient côte à côte, ainsi qu'il lui en avait fait la promesse. Ils seraient heureux. Simplement heureux.
Elle sourirait à nouveau.
Peu importe le temps que ça prendrait, il ne faillirait pas à la tâche.
Elle danserait comme autrefois, virevolterait dans les airs tel un ange dépossédé de ses ailes. Il la serrerait dans ses bras et ne la laisserait plus jamais partir, plus jamais.
Quoi qu'il arrive, il la ramènerait à lui.
Il la ramènerait.



« Je l'ai encore dit à personne, tu sais, mais... Y'a des fois où j'ai vraiment envie de te tuer. Je sais même comment je m'y prendrais. Seulement, bon. J'ai pas envie d'avoir d'ennuis et puis ça servirait pas à grand chose, hein ? Alors tiens, à la place je t'ai pris des fleurs. Je les ai achetées sur le chemin, comme j'étais un peu en avance. Bon, elles sont trempées par contre... Mais il pleuvait à mort, j'ai pas tellement pu faire autrement. Temps de chien.
Hm ? Ah, oui. C'est des Chrysanthèmes. Je trouvais ça... Approprié. Je sais que t'adores ces machins choses. Des fleurs c'est des fleurs, t'façon, tu vas pas chipoter pour si peu.
Et puis elles pourront peut-être resservir bientôt. »



« Cyril ? Her, debout. Debout ! »

Comme secouer gentiment son épaule ne marchait pas, le jeune homme lança un coup de pied dans les côtes de l'endormi. Un grognement fatigué lui répondit, perdu entre des murmures qu'il ne parvint pas à déchiffrer – mais, au moins, il était réveillé. Un autre coup de pied, plus symbolique qu'autre chose, et il se détournait de la silhouette au sol pour aller ouvrir le réfrigérateur. Ses yeux bruns s'arrêtèrent sur les restes du repas de la veille, deux bouteilles de soda à demi-vide et l'indémodable sirop de pamplemousse ; d'un geste habitué, il s'empara d'une brique de lait à l'étiquette en sale état. A croire que tout le monde avait quelque chose contre ces foutus bout de papier, dans cet appart'.
Ses pieds nus, marbrés de rouge et de violet à cause du carrelage froid, faillirent s'empaler sur un morceau de verre sans qu'il y accorde une grande importance ; le débris, repoussé d'un coup de talon ennuyé, glissa sous une commode au bois éraflé. C'était habituel, ici. Ils avaient dû casser un verre la veille, mal balayer. Un truc comme ça. Dans un soupir, il jeta un coup d’œil circulaire à la pièce. Qu'il y ait encore quoi que ce soit de fonctionnel relevait du miracle. Même le pommeau de douche était en train de les lâcher.
Tout en s'asseyant sur une chaise bancale, il nota dans un coin de sa tête qu'il faudrait faire le ménage ce soir. Rédiger une liste de tout ce qu'il fallait remplacer. Ça allait plaire à son colocataire, ça.

Ah. Cyril s'était redressé.

« Owh... Je foutais quoi par terre ?

-Chais pas. Peut-être que t'adore avoir mal au dos, répondit-il en arrosant ses céréales de lait. Tiens, je t'ai sorti un bol. Mange. »

Le rouquin dut plisser les yeux vers son ami pour y voir quelque chose. Aveuglé par la lumière blafarde d'un plafonnier, sa main osseuse appuyée sur le bois de la table, il jeta un regard absent au récipient qu'une cuillère couverte de lait poussait doucement vers lui. Il grogna machinalement – parce que cet espèce d'abruti était en train d'en foutre partout, du lait, et que c'était à son tour de nettoyer la table et de faire la vaisselle alors merde, qu'il évite de tout mélanger comme ça ; n'eut pas le courage de formuler à voix haute.
Malgré tout, il finit par se mettre debout sur ses deux pieds. Et, comble du miracle, se posa sans broncher sur la seule autre chaise qu'ils possédaient.

« Ça va mieux, tes doigts ?

-Justiiiin. Passe moi le lait. » La bouteille glissa d'un garçon à l'autre. « T'as foutu quoi dans mon bol ? Mince, je t'ai dit que j'aimais pas ça ! Tu fais chier avec tes trucs au chocolat. Du chocolat partout. On se croirait chez Willy Wonka.

-J'aime le chocolat. Puis t'as qu'à faire les courses avec moi, débile. Tes doigts ?

-Bhuu. Mieux. Je crois. »

Cyril écarta avec précaution le majeur et l'annulaire de sa main droite, le visage tendu par la douleur et la concentration. Pas besoin d'être en maîtrise de médecine pour se rendre compte que la teinte violacée qui les colorait était tout sauf un signe de guérison. En se basant là-dessus et en tenant compte de la torture permanente qu'ils lui infligeaient, le verdict était simple : la solution l'était également. Ou aurait dû l'être, du moins.
Sentant pointer la proposition foireuse, il replongea sa main sous la table et saisit sa cuiller de l'autre.

« Hôpital, mec. Hôpital et SOS maris battus. J'appelle, s'tu veux.

-Écoute, je viens de me réveiller. Demain. »

Justin haussa les épaules, fataliste.
Demain, sainte solution de tout les types qui n'en veulent pas. J'attends demain, Justin, demain, plus tard, demain. Demain ne viendra jamais alors c'est bien pratique, demain. La porte qui ouvre sur une porte qui ouvre sur une porte.
On attend le vide, on attend demain.
Alors j'irai demain.



J'ai grandi dans une super maison. Du genre deux étages, un garage, la jolie façade et la petite allée en ciment sur laquelle on teste le vélo qu'on a eu pour ses dix ans. Je sais même plus si j'ai eu un vélo pour mes dix ans, tiens. Enfin j'ai bien dû en avoir un à un moment ou un autre, et j'ai dû m'éclater les genoux sur l'allée de toute façon – donc allez pas me raconter que les dates vont changer grand chose. Y'avait des fleurs aux fenêtres du premier, aussi, parce que ma mère adorait les fleurs. Je m'amusais à jeter des cailloux dans les pots depuis la terrasse. C'était super con, en fait. Elle devait pas aimer retrouver ses géraniums noyés de graviers et je devais me faire me punir mais, bref. Elle en remettait, de toute façon, des bégonias et des trucs violets. Donc ça devait pas être trop grave.
C'était sympa, comme maison sympa dans un coin sympa. J'ai même aidé mon père a repeindre les volets en bordeaux, un été. Je trouvais ça atroce comme couleur, mais il me disait que ça allait avec les rideaux ou je sais pas quoi et puis, hein, c'est pas comme si j'avais vraiment eu mon mot à dire. J'ai tout peint n'importe comment et il a dû repasser derrière moi à chaque fois. Il disait que c'était bien quand même. Mon père sait pas dire « fais mieux » ou « tu me déçois ». Ça doit être un défaut de fabrication.
Parfois j'en reparle à ma mère, de tout ça. Juste... En souvenir du bon vieux temps. Ou parce que j'ai personne d'autre à qui en parler, peut-être. Sûrement. Papa est même plus là. Ouais, il – on peut dire ça comme ça, j'imagine.
Je suis con. Je tiens ça de ma mère.
On est super cons dans la famille.
C'est sûrement pour ça que mon père l'est devenu aussi.
Tous cons et bornés.



Surtout bornés.

Absent et docile, Cyril ne se débattit pas. Cyril ne se débat jamais. Ce n'est ni une technique de survie ni une façon de faire comprendre qu'il s'en fiche : il le fait juste pas. Sans raison, sans rien. Il le fait pas, c'est tout. Ça rend Justin malade, d'ailleurs. Comme pour ses doigts.
J'irai demain.
Cette fois-ci ne fit pas figure d'exception et, malgré le contact désagréable d'une poigne trop brutale autour de son bras, il n'émit pas la moindre protestation. La musique résonnait agréablement dans ses tympans ; il décida de se concentrer là-dessus. A demi intoxiqué, de toute façon, il ne pouvait pas faire grand chose d'autre. Endurer, ça a ses bons côtés. C'est la solution numéro deux, la première étant la fuite. En cas de problème, tu te barres en courant. Si tu peux pas, t'endures. Tu te tais. Tu attends et, si ça ne te tue pas – et ça ne le tuerait pas – tu ranges ça dans un coin de ta tête et tu n'y penses plus. C'est passé, c'est fini. T'es pas mort. T'es en vie.
Donc demain est encore là. Cyril ferma les yeux, retint un soupir tremblant.
Je m'achète une personnalité demain.
A défaut de pouvoir gérer ses traumatismes, il avait appris à les considérer comme des bleus ou des chutes à vélo. Ça arrive, c'est comme ça, pas de quoi en faire un drame. Si je m'en remets, y'a pas de quoi se plaindre. Y'en a qui crèvent de faim. Y'en a qui marchent sur des mines. Y'en a qui ont pas d'eau potable. Moi c'est pas si grave, moi je m'en remettrai.
Bizarrement, ça marchait. Ça marchait même très bien. Trop, peut-être.
Il noua ses bras autour du cou d'un parfait inconnu, fatigué.
Céline allait le tuer. Tant pis.

Il aurait tout le temps d'y penser le lendemain.



« J'ai croisé papa par hasard, en venant. Il m'a demandé comment j'allais. Ouais, genre – c'est débile, mais ça doit lui faire plaisir de demander ça de temps en temps. Vas savoir. Il est comme ça, hein, c'est papa. Mais. Hm. Je lui en veux quand même. Je dois être un peu borné, moi aussi. Faut dire que j'ai de qui tenir à ce niveau-là.
Ah, et je lui ai dit que j'allais bien. Encore. Ça te désespère, hein ? T'en fais pas, il passera te dire que je suis le plus adorable des fils dans une heure. Ça te changera les idées. »



« La coupure et l'écharpe, c'est lié ou c'est juste ta malchance légendaire ? »

Un pied sur le perron, l'autre sur le trottoir, Cyril tapota pensivement la ligne rouge qui courait le long de sa joue gauche.

-L'écharpe a causé la coupure. Enfin ses ongles, plutôt, mais je crois pas que c'était la question, non ? » Cyril cligna des yeux, un peu perdu par son propre raisonnement « Alors l'écharpe a causé la coupure. Ouais. Enfin quand elle l'a enlevée, quoi.

-Mais pourquoi une écharpe, aussi, mec. Une écharpe quoi. En été.

-J'ai pas de col. Je pensais que ça passerait pour un bleu, d'ailleurs, mais en fait elle aurait sûrement fait pareil même si c'était juste un bleu parce que ouais, Céline. Et pourquoi on parle de ça d'abord, j'ai pas envie de parler de ça, grommela-t-il d'un air boudeur. Invite moi au cinéma, plutôt. Ou non. Je t'invite, t'es fauché.

-Cyril. Découche pas, quitte Céline, va à l'hosto. Et enlève cette écharpe.

-Ouais, demain. Aujourd'hui, cinéma.

-Cyril.

-Je connais mon prénom, pas besoin de le répéter.

-Cyril...

-Arrête ça. »

Justin pinça les lèvres, regarda le ciel, regarda le sol, pinça de nouveau les lèvres. C'était perdu d'avance. Ça le titillait, ça le démangeait ; le torturait presque.
Parce que quand il avait admit Cyril dans sa vie, qu'ils étaient devenus amis et avaient fini par partager le même appartement, il s'était dit que les problèmes de cet abruti finiraient par se régler d'eux-même. Qu'il deviendrait plus responsable, plus adulte. Ou plus ado, mais moins paumé en tout cas. Qu'il arrêterait de se laisser faire, qu'il essayerait de reprendre sa vie en main. Il l'avait vu zigzaguer d'une erreur à l'autre, l'avait senti s'enfoncer de plus en plus dans la détresse et l'abandon.
Parce que Cyril rêvait de vivre pour mieux mourir.
Il détestait qu'on admette son existence. Qu'on lui rappelle qu'il était encore là, qu'on lui balance de l'espoir et des possibilités qu'il se savait incapable de saisir.

« Cyril. »

Mais lui, il n'avait aucune envie de le laisser disparaître.

« Tu fais chier. »

Il le regarda s'éloigner à grandes enjambées sans songer un seul instant à le rattraper. Il s’arrêterait au bout de la rue, comme d'habitude, et lui ferait signe de le rejoindre ; parce que Cyril n'était qu'un abruti fini.
« C'est trop dur de vivre. Aide moi à arrêter. »
Sa silhouette longiligne se figea à une dizaine de mètres de là où il l'avait laissé avant de se retourner, de lui crier d'avancer.
Justin poussa un soupir exténué.
Il ne pourrait jamais l'aider à faire ça. Jamais.



On avait deux chats. On habitait en ville. On habite toujours, d'ailleurs. Je sais même pas pourquoi je dis ça au passé. Enfin les bégonias et les volets, ça, okay, c'est plus d'actualité. Ils sont à moitié écaillés, faudrait les repeindre. Je devrais le faire, un jour. Mon père est trop occupé pour y penser. Docteur, tout ça, pas le temps de sortir de son hôpital pour faire quoi que ce soit. Il est plus là, de toute façon. Ou juste à moitié. Quand ça l'arrange.
Une maison, dans le concept, vous voyez, c'est quatre murs, un toit, et une famille dedans. Alors j'ai plus de maison. Plus de famille non plus. J'ai plus grand chose, alors, je sais pas, peut-être que j'aimerais revenir à une vie plus... facile. C'est pas facile, de se laisser aller, c'est super pas facile même. Je sais pas. C'est pas ce que je veux. C'est trop noir. Si ça continue, peut-être que je vais finir par perdre mes lendemains et j'ai pas envie. Peut-être que je vais finir par être borné comme mes parents, que je vais refuser de voir les choses en face et que ça va me tuer. Peut-être que je devrais écouter Justin, peut-être que je devrais essayer de retourner à l'école et de me trouver des études pas trop difficiles histoire de me remettre sur les rails. Ce serait même une foutument bonne idée. Peut-être que je devrais rompre avec Céline et prendre des vacances.
Mais je suis comme ça, vous savez. Aujourd'hui je suis fatigué et demain viendra jamais.
Je sais plus quoi faire.



Vêtu d'un débardeur flanqué d'une large inscription sur le devant, les bras couverts par un vieux gilet gris, grattant du bout de l'index le tissu de son jean et comme à son habitude seulement à moitié chaussé, Cyril jeta un regard nerveux à l'homme assis de l'autre côté de la table. Il faisait toujours bien attention à ne pas être sous l'emprise d'une quelconque drogue, d'alcool ou même de médicaments plus ou moins forts en sa présence ; alors même s'il avait sacrément envie de s'avaler la boîte de doliprane posée sur le buffet pour faire passer le malaise qui nouait son estomac, il n'en fit rien.
A la place, il s'efforça de mâcher de son mieux les pommes de terre qui refroidissaient à vue d’œil dans son assiette fendillée.

« Tu as passé une bonne semaine ?

-Ouais, ouais, répondit le rouquin en grignotant distraitement ses légumes. Super semaine.

-Bien. Comment vas ton ami ?

-Nickel, il va super bien. Super nickel. Il a fait une liste de trucs à racheter, on ira faire les courses lundi. Ou mardi. Mardi matin. Ouais, mardi matin. »

Le silence se réinstalla, ni pesant ni agréable. Habituel, plutôt. Sans cesse en mouvement sur sa chaise, incapable de rester complètement immobile plus de quelques secondes, le jeune homme adressa un sourire bête à l'assiette vide posée à sa droite. Saleté d'assiette stupide. Elle méritait d'être cassée, celle-là aussi. Mais son père finirait par se demander ce qui lui prenait, s'il se débrouillait pour casser de la porcelaine chaque week-end où il rentrait au domicile familial. Ce serait sacrément con de causer des problèmes de ce genre.
Tant bien que mal, il reporta ses envies de vaisselle brisée sur ses pommes de terre.

« Toujours pas de petite amie ? »

La nourriture passa difficilement, mais elle passa malgré tout. Évitant de tousser pour ne pas attirer l'attention, Cyril plia nerveusement ses doigts blessés. S'il les lui avait montré, son père se serait sûrement inquiété. Il l'aurait emmené de force à l'hôpital, lui aurait demandé comment il s'était fait ça ; ils auraient pu renouer une forme de dialogue, aussi désagréable soit-elle. Il l'aurait forcé à rester ici, à ne plus voir cette fille qui prenait ses doigts pour des jouets sur lesquels elle pouvait marcher à la moindre petite colère. Ça aurait été... Bien, sans doute.
Lui dire « je couche avec n'importe qui » n'aurait pas été moins faux, cela dit, et aurait eu à peu près le même effet.

« Nan. Justin sait faire le ménage, pas besoin de petite-amie. Qu'est-ce que j'en ferais, hein ? »

Acquiesçant d'un air un peu triste, le quinquagénaire but avec une lenteur exaspérante son verre d'eau. C'était à se demander comment il faisait pour être si rond, s'il mangeait toujours si doucement. Lui qui était à présent bien mince, presque trop, ne parvenait plus à se trouver la moindre ressemblance avec cet homme aux allures d'ours mélancolique. Leurs yeux foncés, peut-être.
A côté de lui, l'assiette vide hurlait en silence.
Son sourire insouciant ne craquela pas.



« Je dis des trucs atroces mais le pire, en fait, c'est que je t'aime quand même. Tu le sais, hein ? Je sais même pas si je pense ce que je dis, le trois-quart du temps. J'aimerais juste que tu comprennes, au moins un peu. C'est pas facile pour moi. Toi t'as la belle vie, t'es tranquille ; j'échange de place quand tu veux, aucun problème. Et mens pas, on sait très bien que tu finirais par accepter. Sauf que moi j'aurais pas fait comme toi. T'es trop cruelle.
Je suis pas encore borné à ce point. Même moi je sais lâcher prise, quand il faut. Il serait temps que tu apprennes. De toute façon, c'est ça ou je finis par me mettre une balle dans la tête.
Heh... Un peu tard, j'imagine. Pas grave. T'auras ça sur la conscience. »



« J'ai besoin de toi », qu'il avait dit. « Tu peux te ramener avec tes jolies épaules ? », qu'il avait dit. Ça sonnait comme une blague mais Justin, dents serrées sur un chewing-gum sans goût ni texture, avait tout de suite senti que quelque chose clochait. Sérieusement, même. Ses jolies épaules, pourtant, s'étaient rendues sans broncher jusqu'à l'appartement de Céline.
D'un violent coup de pied, il enfonça la porte en bois.

« J'avais dit épaules, Justin – épaules, pas pied ou jambe ou bottine. Tu ferais un putain de mauvais acteur. Bon policier, par contre.

-Ta gueule et rentre. »

Les deux garçons pénétrèrent sans plus argumenter dans le petit appartement, fermant derrière eux en priant pour que les voisins ne viennent pas se plaindre du bruit. « Personne habite en face », précisa machinalement Cyril ; pas étonnant, songea le blond en reprenant son souffle. Qui de sensé voudrait habiter au sixième étage ? Personne, se répondit-il en jetant un bref coup d’œil alentours. Personne. Et comme Céline ne l'était pas, sensée, rien ne viendrait démentir son affirmation parfaitement logique.
Tandis que son ami allait se planter devant une porte sur leur gauche, il laissa ses yeux traîner sur le mobilier parfaitement rangé, longer le papier-peint ocre et vieillot. Il n'était encore jamais venu ici, exception faite de la fois mémorable où il avait dû récupérer un Cyril complètement ivre au pas de la porte – et cette fois-là, il n'avait eu le temps que d'entre-apercevoir la couleur de la moquette avant que Céline ne murmure qu'ils devaient s'en aller et ne leur ferme gentiment à la figure. Curieusement, c'était la seule fois où la jeune fille lui avait paru à peu près fréquentable. Triste, mais fréquentable.
La pensée de doigts fracturés par des talons aiguilles lui tira un frisson de dégoût. Tarée.
Sourd aux paroles étouffées du rouquin, qui ne l'intéressaient de toute façon pas, il tiqua à la simplicité du décors. Pas de photographies, pas de miroirs, pas de tableaux : rien que de l'utilitaire. Une armoire dans un coin, un lit dans un autre, une commode sous l'unique fenêtre qui, cachée par de lourdes tentures bleu pâle, plongeait la pièce dans une semi-obscurité inquiétante. Le tout collé contre les murs, souligna-t-il avec un haussement de sourcil réprobateur.
Quand votre colocataire passe parfois des heures à vous expliquer qu'on ne met pas le café à côté des bols bleus, remarquer les sales manies des autres devient une formalité.
Or cette fille – il en aurait mis sa main à couper – avait dû faire bien attention à coller tout ses meubles aux murs après avoir emménagé. A tout les coups, la moquette était là pour masquer les rayures profondes qu'avaient du infliger le mouvement du bois contre le parquet. Un tel agencement serait passé inaperçu, certainement, si le centre de la pièce n'avait pas été si vide. L'endroit donnait littéralement l'impression d'avoir été soufflé à partir du centre : comme si une explosion avait poussé la moindre pile de livres vers l'extérieur.

Qu'est-ce qu'elle pouvait bien faire de tout cet espace libre ?

« Y'a personne, Céline, personne du tout. Tu peux sortir, je t'assure, t'es en sécurité. Y'a rien que Justin, et il te fera pas de mal hein ? Allez, ouvre la porte, tu peux pas rester là-dedans toute ta vie.

-Je peux pas je peux pas je peux pas.

-Ben non, tu peux pas, je suis bien d'accord. En plus tu finirais par mourir de faim. Bon, pas de soif, c'est déjà ça.

-NON ! Si je sors ils... »

Cyril soupira. Lèvres serrées dans une moue ennuyée, il jeta un regard implorant à son colocataire ; passa d'une jambe à l'autre, encore plus embêté, quand celui-ci décrit un cercle près de sa tempe d'un fluide mouvement d'index. « Elle est folle ? » Non, pas folle, répondit-il en secouant doucement sa tête de gauche à droite, un sourire un peu triste au visage. Pas plus que lui, pas plus qu'un autre.
Ou alors juste un peu. Mais pas plus que lui en tout cas.

« Je les ai entendus, Cyril, ils sont dans le toit. Ils sont dans le toit et dans ta maison, tu le sais très bien, je peux pas sortir ! Sinon ils...

-Mais non. Ils sont tous dans ma maison, maintenant, y'a plus rien dans le toit. On est jeudi, tu sais, et le jeudi ils sont tous dans ma maison, ils laissent la tienne tranquille. Oui ?

-... Jeudi ?

-Ouaip. Jeudi. Hein Justin ? »

Incrédule, le jeune homme répondit par l'affirmative d'une voix traînante. Si ça l'amusait de mentir sur les jours, qu'il y aille.
Le cliquetis de la serrure fut le premier à se faire entendre. Ce fut la porte, ensuite, et son affreux grincement macabre. Cyril, faussement jovial, attrapa les mains de la demoiselle pour la tirer hors de la salle de bain.
Justin avait toujours imaginé la tortionnaire de son ami comme une fille violente, style brute de décoffrage ; voir sa silhouette fluette, ses cheveux châtains frôlant à peine ses étroites épaule et ses grands yeux noisettes cachés derrière de lourdes lunettes noires lui donnait toujours envie de rire. Céline n'avait pas un physique de catcheuse, non – et sans ses talons hauts, simplement vêtue d'un pull trop grand et d'une jupe courte, elle ne dégageait même plus cette impression de mépris et de dédain qu'on pouvait parfois lui attribuer en la voyant habillée comme une fashion-victim superficielle. Elle ressemblait à une gamine, la Céline.
Seulement c'était une gamine de vingt-et un an prête à casser les doigts de son copain sur un coup de tête. C'était là toute la différence.

« Je veux qu'il sorte, marmonna-t-elle d'une voix blanche. Il a... »

Les deux idiots eurent l'air de se comprendre sans avoir besoin du moindre mot supplémentaire. Justin, bras croisés, supplia son ami en silence. Me force pas à partir. Me laisse pas te laisser.
Mais il le ferait, quoi qu'il arrive. Il le lui demanderait au nom d'il-ne-savait quelle logique incompréhensible et lui, en bon idiot respectueux de leurs problèmes à la con, obtempérerait sagement. Parce que Cyril aime s'oublier. Dans ce maelström de nœuds et de lignes invisibles, Justin était à peine plus qu'un courant d'air. Oubliable avant tout.

« Justin, tu...

-Ouais. Aucun problème. Je vous laisse réfléchir à quel type de verrou acheter pour la prochaine porte que je devrai défoncer. »

Cyril adressa un sourire contrit à son ami, crispé et mal à l'aise, quand la porte se ferma dans un claquement sourd. Ça fait mal, une porte qui claque. Ça crève le cœur. Mais, et il en restait persuadé, tant qu'elle était fermée elle finirait par se rouvrir. Les portes ouvertes, c'était ça le vrai problème. Celles auxquelles on ne touche plus. Celles par lesquelles on passe sans se soucier de rien. Ces portes-là, oui, étaient les seules qu'il faille vraiment craindre.
Les mains de Céline, serrées entre les siennes, tremblaient comme jamais. Elle répéta quelques mots qu'il comprit sans les entendre, perdus entre deux gémissements terrifiés.

« Y'a personne, je te dis. Du calme.

-Mais je les ai entendus... !

-Chut. Écoute ; tu entends quoi que ce soit ? Y'a rien, Céline. La fenêtre est fermée. Les murs sont en place. Tu es en sécurité, ici, personne peut te retrouver. »

A ses yeux fermés, il devina qu'elle essayait de chasser les ombres qu'elle devait distinguer dans tout les coins de la pièce. Il savait aussi que tant que Céline aurait ses doigts serrés fermement sur les siens, peu importe la douleur qui irradiait dans ses phalanges blessée, elle ne paniquerait pas. Alors il imprima un doux mouvement de balancier à leurs mains jointes, tentant du mieux qu'il le pouvait d'ignorer les mots qu'elle répétait en boucle encore et encore comme à chaque fois qu'elle sortait d'une de ses crises bizarres. Tant qu'il la tenait, elle n'aurait pas peur. C'était le principal.
Dans un souffle, il tenta à son tour d'évacuer les ombres qui obscurcissaient sa vue. Elles l’empêchaient de respirer correctement, s'infiltraient dans ses poumons et son estomac. Comme à chaque fois.
Ça faisait beaucoup plus mal que ses doigts.
Parce que Céline faisait partie de ces personnes qu'on aurait aimé assassiner d'un coup de couteau sans le moindre remord. De ceux qu'on espère ne plus revoir quand on passe la porte, de ces fardeaux trop lourds à porter qui nous tire toujours un peu plus vers le fond.
Un de ces demains dont il n'avait pas envie. Mais il ne pouvait pas la laisser, non. Il ne pouvait pas.

« Faut les brûler, Cyril, faut les brûler. Faut les brûler, les brûler, les brûler... »

Comment aurait-il pu ?



Ma mère et moi... On était pas particulièrement proches. Je veux dire, pas plus que n'importe quel fils avec sa mère, en tout cas. Elle m'enlaçait, veillait sur moi, s'inquiétait quand je tombais, ce genre de trucs. Moi je cueillais des fleurs pour lui faire de jolis bouquets, je lâchai le guidon du vélo pour lui montrer à quel point j'étais fort. Je voulais pas qu'elle s'en fasse pour moi. Parce que j'étais un petit garçon fortiche, un super-héros avec plein de pouvoirs super cools qui n'avait jamais peur et ne pouvait pas pleurer.
Sauf que je tombais du vélo, je dépotais les bégonias des voisins ; que maman me mettait un pansement sur le genoux avant de retourner à sa lecture. On était maladroits, mal foutus. Quand on marchait dans la rue ou au zoo, papa était souvent au milieu. J'avais une main libre, vous voyez ? Comme ça je pouvais tenir mon sabre et protéger le monde, défendre ma mère dont je distinguais la démarche légère sur ma gauche. Je la voyais, main droite libre et main gauche serrée entre les doigts épais de mon père. Elle était là. Belle, ça oui, élégante et toujours souriante. Elle avait un de ces putain de sourires. Alors je me disais que mon père aurait fait n'importe quoi pour elle et comme j'étais un peu jaloux, je m'étais promis de faire pareil. Parce qu'une mère mourrait pour son fils. Alors le fils devrait vouloir faire pareil pour sa mère. Logique, normal. Naturel.
Mais c'est rien que dans les livres, ça. Ma mère était plus accrochée à la vie qu'à moi.
Ma mère est toujours plus accrochée à la vie qu'à moi.
La seule chose qui n'a pas changé, depuis l'époque des promenades au zoo main dans la main, c'est cette foutue manie qu'à mon père de serrer nos doigts trop fins entre les siens en parlant d'une voix calme et apaisante. Mon père aime pas lâcher prise. Il est têtu.
Il ferait n'importe quoi pour elle, ouais.
Et elle a osé lui demander n'importe quoi.
Elle a osé.



Justin, assis devant l'unique bureau de l'appartement, jeta un regard en biais à Cyril. Assis contre les rangements, il lisait avec concentration et application un vieux livre d'un auteur connu. Comme souvent, les chaises étaient trop bien pour Monsieur Charrier ; cet imbécile préférait de loin s’asseoir près de lui, un bras enroulé autour de sa jambe droite, insensible aux arguments sensés mettant en avant les problèmes lombaires et autres saletés qu'il risquait de s'infliger à tout le temps s’asseoir par terre. Perdu dans la contemplation de ses mèches rousses, Justin se demanda un bref instant s'il gardait son bras autour de sa jambe pour l'empêcher de lui écraser les doigts.
Le pire étant que c'était franchement probable.

« Céline va mieux, depuis la dernière fois ?

-Hmm. J'ai réussi à la convaincre de pas remettre de verrou, mais elle a failli me péter le pied pour me faire comprendre que j'avais intérêt à rappliquer si elle avait des ennuis. Enfin elle est plus calme, depuis. Donc je dirais que ouais, elle va mieux. »

Cyril lui avait répondu sans lever les yeux de son bouquin, signe que soit ce passage lui plaisait particulièrement, soit la conversation l'agaçait. Peut-être même un savant mélange des deux.
Stylo en main, Justin hésita à poursuivre. Il devait finir sa foutue lettre et Cyril avait l'air occupé – sans compter que Céline n'était pas le sujet préféré de son ami, loin de là. Lui jeter des pierres dessus en espérant qu'il essaierait enfin d'en faire une maison était une chose, essayer de l’assommer avec en était une autre. Lui-même ne voyait pas très bien la différence entre les deux, mais c'était exactement le genre de métaphore qui aurait laissé son ami rêveur. Il était du genre à voir des trucs partout, lui. Des mots dans les mots. Des sens dans les lettres, des schémas en tous endroits et envers.
L'encre coula de son stylo sans qu'il s'en rende compte. La petite tâche noire tomba sur son prénom, dorénavant illisible et oublié.

« Pourquoi ses parents l'emmènent pas chez un psychiatre ?

-Déjà fait. Mais ils se préoccupent pas vraiment d'elle, ajouta Cyril en mâchonnant l'ongle de son pouce. Il font genre « oh, tu vas bien ? Eh bien parfait, si tu vas bien tout va bien continue d'aller bien. » C'est tout.

-Mais elle a pas des pilules, genre ?

-Elle veut pas les prendre. Et je veux pas qu'elle les prenne non plus. »

Justin pivota sur sa chaise. Indifférent au mouvement de sa jambe, son ami se contenta de passer son bras autour de l'autre mollet, à présent plus facile à enlacer.

« Pourquoi ?

-Parce que. Les pilules. Ça te bousille le cerveau. » Disant cela, il leva la tête pour rencontrer le regard clair de Justin. « Céline a mal, oui, d'accord, elle va pas bien, c'est sûr, mais c'est toujours mieux que plus rien ressentir du tout. C'est pas parce que les gens voient mal qu'on les rend aveugle, hein, Justin ? Être myope c'est pas si mal. On devrait avoir le droit d'aimer voir flou. »

Ses dernières paroles se noyèrent dans un murmure pensif. Aimer voir flou ? Justin cligna des yeux, hébété. La pression qu'exerçait le coude de Cyril contre son mollet était presque trop réelle ; il souhaita qu'elle ne cesse jamais. Il l’espéra de nouveau tandis que la voix un peu aiguë et agitée de son ami se remettait à déblatérer des paroles décousues et difficilement compréhensibles, incapable de détacher ses yeux des siens. Justin n'était pas plus stupide qu'un autre, pas plus philanthrope ou désireux de sauver des vies que n'importe qui. Il était humain, rien que ça. Pas plus, pas moins. Humain.
Quelque chose, au fond de lui, lui criait que Cyril était un papillon. Et lui, empli d'une pitié toute naturelle, eut envie d'en pleurer en se demandant pourquoi on ne déifiait pas l'éphémère.

« Parce que l'éphémère ne sert à rien, conclut Cyril en se laissant aller contre le bois rugueux et désagréable du bureau. Mais tu peux déifier le cinéma et la gastronomie française, si tu veux. »

Un rire insouciant traversa les lèvres du blond.

« Pourquoi elle a pas peur, le jeudi ?

-Je lui ait dit que c'était un jour spécial. Et c'est vrai, c'est un jour spécial. »

Justin lui demanda pourquoi. La seule réponse qu'il obtint, lâchée du bout des lèvres sur un ton mutin, fut un bref « tu sauras demain ». Demain, encore demain, toujours demain ; frustré, il ébouriffa les cheveux de son ami du plat de la main.
Agacé et soucieux de mettre un peu de logique dans le foutoir qui servait de cerveau à son colocataire, le jeune homme chercha sans trop y croire ce qui pouvait bien être spécial le jeudi. C'était deux jours avant le week-end, ça commençait par un J. Ils ne faisaient rien de particulier, ne se levaient pas à une heure significative. Rien ne différait du reste, le jeudi.

« T'es juste con. », lâcha-t-il en désespoir de cause.

Et cette explication lui suffit.
Parce que, pour lui, demain voulait encore dire quelque chose.



« Céline, tu sais, elle entend des voix. De temps en temps. Et ils disent que c'est pas vrai, mais, d'où ils sortent ça d'abord ? C'est chiant, qu'il y ait toujours besoin de preuve, de... D'avoir plusieurs regards pour justifier l'existence d'un truc. Regarde, si je suis triste mais que je le dis à personne, ça disparaîtrait pas tout à fait pour autant. Ça existera plus, mais ce sera toujours enfoui quelque part. Pour moi, ce sera réel. D'une certaine façon. Et l'amour, et la haine – y'a toujours besoin de preuves pour tout !
Regarde, si je... T'apportais pas de fleurs, si je venais pas te voir, on dirait que je t'aime pas, que je m'en fiche. Ce serait faux. Mais ce serait vrai. Un peu comme toi, regarde : si tu es consciente, personne le sait alors c'est comme si tu ne l'étais pas. Je sais pas si tu comprends. Je sais même pas si tu entends. Mais j'ai envie de le croire, hein ? Sinon c'est trop dur. Faut bien... Justifier l'attitude de papa, et... Justifier ton assiette, parce que sinon je vais devenir dingue.
Je vais devenir dingue. »



« Tu as passé une bonne semaine ?

-Ouais. Super semaine.

-Hm. Et comment va Justin ?

-Nickel. »

Le sourire de Cyril craquela sur son visage comme la peinture d'un masque s'écaille. Ça allait faire dix minutes qu'il regardait, mortifié, l'assiette posée à sa droite.

« Toujours pas de petite amie ? »

Je n'en peux plus.
Son cerveau ne suivit pas le rythme. Peut-être avait-il trop abusé des drogues et alcools en tout genre la semaine passée, peut-être que la paranoïa glaciale de Céline avait fini par le contaminer. Peut-être que lui aussi, finalement, était en train de craquer. Craquer à la verticale, à l'horizontale, se séparer en deux morceaux qu'on enterrerait dans deux cercueils différents ; un à la mémoire de Cyril le fils gentil et bien portant, mort depuis longtemps, et un à la mémoire du pauvre abruti amoché et sans fierté qui ne savait même pas où il avait dormi la nuit précédente. Double enterrement : et des pleurs, des larmes, de la fausse tristesse à l'en noyer de dégoût. Faut bien remplir ses poumons : o ou eauxygène, quelle différence ?
Il éclata d'un rire sans joie. Les absents ont toujours tort.
Sans se préoccuper du regard effaré de son père, à l'autre bout de la table, il planta sa fourchette dans une large pomme de terre. Ce ne fut qu'en le voyant la poser dans l'assiette vide, l'assiette sacrée, que le quinquagénaire sentit son sang se glacer. Pour la première fois depuis des années, une faible lumière s’alluma dans cette silhouette amorphe et vide. Son fils lui sembla soudain plus maigre, plus pâle ; sa coiffure lui tira un haussement de sourcil perplexe. Ses mains n'étaient plus si soignée, sa voix trop agitée, ses mouvements un rien trop nerveux.
Cyril sourit, guilleret.

« Maman doit avoir faim, je me disais. Tu lui mets une assiette mais tu cuisines que pour deux, faut savoir. T'as de la chance, je suis super généreux ! »

Une ombre inquiète voila le visage d'ordinaire si apathique du médecin.
Et son fils qui poursuivait, imperturbable, son ascension fulgurante vers l'hystérie pure et simple.

« Tu veux peut-être que je lui prête mon corps, aussi ? On lui file un poumon, deux poumons, un estomac, vas-y, fais ton choix ! »

Son sourire se mua en grimace ; la fourchette vide traversa la nappe tendre et moelleuse. C'était l'entrée en scène de demain, ce puits sans fond de colère et de frustration qu'il avait rempli consciencieusement ces dernières années, ce tableau blanc sur lequel il avait peint ses doutes et ses chagrins et qui aujourd'hui était prêt à tout vomir en une bile amère. Demain tout ira bien, demain je serai moi-même, demain j'enverrai cette assiette voler pour enfin changer quelque chose, déchirer la tapisserie de cette maison de poupée remplie de poussière et de médicaments.
On recommence à zéro, hein Justin ?
On brûle tout, Céline ?

« ELLE REVIENDRA PAS, MERDE ! JAMAIS ! »

Ses lèvres restèrent closes. Son père, à l'autre bout de la table, coupa sa viande d'un geste lent et précis, presque chirurgical. Il ne leva même pas les yeux vers lui pour signifier qu'il attendait une réponse.
Il lui suffisait de craquer pour attirer l'attention de son père. Il lui suffisait de crier, de pleurer, de lui expliquer. Les scénarios qu'il déroulait dans son imagination ne mentaient pas ; tout se passerait exactement comme ça.
Cyril sourit.

« Pas de petite-amie, non. »



Ma mère a arrêté de mettre des bégonias aux fenêtres, un jour. Et puis elle a arrêté de s'occuper du jardin. Ensuite, elle a de moins en moins fait la vaisselle. Des migraines, qu'elle disait, des douleurs aux yeux et à l'arrière du crâne. Des douleurs partout, partout, des maux de tête atroces qui l'empêchaient de faire quoi que ce soit.
Mon père est médecin. Il a essayé de l'aider, comme il pouvait.
Ça a empiré.



Portable dans une main, bouquet de fleurs dans l'autre, Cyril descendit du bus d'un bond souple et agile. Justin, derrière lui, suivit d'un pas traînant. Depuis que son ami l'avait presque harcelé pour savoir où il allait toutes les semaines à la même heure, depuis qu'il avait collé une veste correcte sur le dos de cet imbécile et avait payé sa place de bus, c'était comme si le jeune homme mal à l'aise qui le suivait n'avait pas plus d'existence qu'une ombre. C'était plus ou moins le cas. L'expression lasse qu'il arborait contrastait étrangement avec la vivacité de ses mouvements ; pour un peu, on aurait pu croire que son cerveau ne voulait pas aller là où ses jambes s'empressaient de le conduire.
En voyant le bâtiment plus haut que large vers lequel ils se dirigeaient, Justin roula des yeux affolés.

« Who who who, mec. Pourquoi on va à l'hôpital ? Si c'était super personnel t'avais pas à m'emmener, hein, parce que –

-C'pas personnel, répondit-il en agitant le bouquet sans se préoccuper des pétales rouges qui tombaient au sol. T'as qu'à te dire que c'est comme visiter un vieil oncle en prison : tu veux pas y aller mais t'as pas le choix parce que, tu vois, au fond et même si tu sais qu'il sortira jamais, tu peux pas t'empêcher d'y penser. Et puis c'est ton vieil oncle. Cette pourriture aussi a besoin de se sentir exister.

-Je comprend rien du tout.

-Bha. Je vais te présenter, t'en fais pas. »

Les pas pressés des deux garçons résonnèrent dans le hall comme une armée en marche mais, au contraire de Justin, Cyril ne prit pas la peine d'ajuster ses pas pour faire moins de bruit ou même avancer à une allure plus raisonnable. Il se dirigea directement vers les ascenseurs, salua une infirmière au passage – normal, songea le blond, puisque son père est médecin ici – et les emmena en deux trois gestes mécaniques à un des plus hauts étages du bâtiment.
Il préférait les escaliers, mais les fleurs risquaient de ne pas tenir le choc s'il leur imposait plus d'efforts. Déjà qu'elles avaient la fâcheuse tendance de vouloir embrasser le sol... Si ça continuait, il allait se retrouver avec un bouquet de très jolies tiges.
Pensif, il considéra l'idée. Un bouquet de tiges. Pourquoi pas. Ça pouvait être sympa, aussi, comme symbolique.

Dès qu'ils eurent mis les pieds dans le couloir, Justin fut frappé par le silence de mort qui régnait à cet étage. Pas d'enfants, pas d'exclamations bruyantes, pas d'infirmières. Rien, personne. Soucieux de quitter au plus vite ce silence oppressant empestant la mort, Cyril allongea le pas.

« On va voir ton père ?

-Ma mère. »

Justin faillit s'arrêter sur place.

« Mais... Tu m'as dit qu'elle était –

-Elle l'est. »

Il n'osa pas répliquer.
Après avoir marché encore deux mètres et avoir pesté contre une mèche rousse qui refusait de rester en place, Cyril appuya sur la clenche d'une porte blanche à leur droite. Le numéro qui y était inscrit, il le connaissait par cœur. Il aurait pu faire le chemin de l'entrée de l'hôpital à cette chambre les yeux fermés sans se tromper, tant il l'avait fait régulièrement ces dernières années. Elle était ailleurs, au début, mais ça allait faire trois ans qu'elle occupait ce lit. Trois ans à la visiter une fois par semaine. Trois-cent soixante-cinq fois trois ; plus de mille allers-retours en tout.
A peine furent-ils rentrés dans la petite pièce que Justin tiquait au bruit discret mais régulier des plusieurs machines disposées autour du lit. Des 'bip' rassurants qui semblaient inviter à croire que tout allait bien ; une odeur entêtante de frais et de lessive, aussi, qui prenait à la gorge et apaisait les sens. Ça empestait le propre, le blanc. La maladie.
Ses yeux bleus se posèrent enfin sur la silhouette fluette allongée sous les draps.
Aurore Charrier. Le prénom parfait pour une belle endormie, eh.
Sa peau diaphane lui donnait des air de mort-vivant, et sa minceur aurait presque pu paraître inquiétante s'ils ne s'étaient pas trouvés dans un hôpital. Ses cheveux roux, détachés, ondulaient sur l'oreiller pour venir se coincer sous ses épaules ; sans même avoir besoin de les caresser, il put les deviner rêches et ternes. L'endormie avait les yeux clos, les bras reliés à de multiples fils, un tube dans la gorge. Elle ressemblait à n'importe quel malade qu'on sort du bloc d'opération et dont, tremblants, les proches attendent le réveil : allongée là, elle aurait pu être n'importe quelle actrice rendue plus livide pour mieux passer à la télé, avoir l'air plus convaincante. Sauf qu'il n'était pas devant la télé.

Et Cyril, passé de l'autre côté du lit pour arranger les fleurs dans un vase, n'avait certainement pas l'air d'un fils éploré.

Fatigué, incapable de s'imposer une comédie dont il n'était plus sûr de connaître les lignes ou le scénario, il se contenta pour cette fois de réarranger les affaires sur la table de chevet sans dire un mot. Les vieilles fleurs partirent à la poubelle, les nouvelles furent installées non sans une certaine maladresse ; il ne s'arrêta pas pour lui raconter sa journée, ne tordit pas ses lèvres sur des grimaces méprisantes dont seules sortiraient des tragédies sans fin. La présence de Justin, une tierce personne dont l'avis comptait, le priva de toute envie de mort ou de vengeance. Il se sentait juste...
Épuisé.
Alors il remit bêtement le drap sur ce corps qui ne faisait plus rien par lui-même, repassa la porte sur un « au-revoir » à peine audible. Ça aurait tout aussi bien pu être dirigé au vide, au ciel, aux machines ; lui-même n'était pas bien sûr de savoir à qui cette prière s'adressait. Au-revoir, s'il te plaît ; au-revoir.
Cette fois-ci comme les précédentes, sa mère refusa de lui dire adieu.

Seulement ce jour-là, il ne parcourut pas le chemin inverse seul. Et si pas un mot ne fut échangé entre les deux garçons tandis qu'ils rebroussaient chemin, s'ils observèrent un silence religieux dans l’ascenseur et ne se parlèrent pas plus une fois debout près de l'arrêt de bus, sentir une épaule près de son bras lui fit plus de bien qu'il ne l'aurait cru.
Quand ils s'assirent l'un à côté de l'autre sur les sièges raides et abîmés, ce fut vers la vitre que son regard resta obstinément rivé. Ils étaient pareils, lui et ce bout de verre transparent. Tellement pareils et pourtant tellement différents.

« Cyril. »

Pour la première fois depuis des mois, il sentit les larmes embrouiller sa vue.

« Tu veux manger quoi, ce soir ? »

Et pour la première fois depuis qu'il le connaissait, Justin le vit cacher ses yeux bleus derrière sa main blessée.
Fais chier.

« Des pâtes. Je veux manger des pâtes. »



« Tu sais, j'ai réfléchi depuis la semaine dernière. Tu te rappelles ? Y'avait Justin. Enfin bref. Si je réussissais à convaincre papa que t'es juste un légume, il accepterait peut-être l'idée que tu reviendras pas. Sauf que, je pense pas que tu sois... Euh, pas consciente. T'es juste maso. Ou un truc comme ça. Je veux dire, soit t'es endormie ou je sais pas quoi et c'est comme si t'étais déjà morte, de toute façon, soit t'es comme ils ont dit, dans un genre de Locked-in chose. Et c'est de la torture, non ? Je vois pas ce qui pourrait être pire. Être conscient sans pouvoir bouger, ou voir, ou parler...
Je préférerais mourir. N'importe qui préférerait mourir. Y'a des limites à la lâcheté, maman. Il réussira pas à te faire revenir. Tu le sais très bien, je le sais aussi, tout le monde le sait : y'a que lui qui est assez con et borné pour pas s'en rendre compte. Tout ce que tu fais c'est lui gâcher la vie, et la mienne avec. T'es...
Hhhh. Laisse tomber, en fait. Je suis fatigué. Débrouillez vous tout les deux.

Au-revoir, maman. »



Les mains couvertes de piqûres sans importance, Cyril s'affaira à disposer les dernières roses au centre de la pièce. Il y en avait beaucoup, des douzaines ; un joli bouquet de fleurs rouges défait à même le sol en un délicieux mélange de teintes gourmandes. Une goutte de sang perla au bout de son index meurtri, venant se mêler discrètement à l’arrangement floral qui décorait le vide qu'occupait d'ordinaire cet espace. Des roses rouges, des roses rouges, des roses rouges à perte de vue. S'il avait pu en trouver plus, il en aurait pris le double. Ça ferait l'affaire pour l'instant.
Occupée à babiller joyeusement derrière lui, Céline tourna sur elle-même. Elle portait ses talons aiguille. Aucune main ne se risqua à traîner par terre.

« Demain c'est jeudi ! s'exclama-t-elle en jetant un coup d’œil derrière le rideau. Tu m'appelleras, oui ?

-Ahun. Comme toujours, en fait, c'est plus la peine de me le rappeler. »

La toute dernière fleur rejoignit ses consœurs sur la moquette ; il poussa un petit cri de victoire.

« Voilà, fini. Ça me dit pas ce que tu comptes en faire, mais c'est joli. »

Céline cessa de tourner en tout sens pour poser ses yeux noisettes sur son petit-ami. Assis là à même le sol, perdu dans sa contemplation d'un tapis de roses toutes plus belles les unes que les autres, il lui rappela une forme de certitude qu'elle jugea attendrissante. Elle pensa à sa mère, sûrement affairée à préparer l'avenir de son petit frère si parfait : pensa à son père, qui devait prétexter une montagne de travail pour ne pas avoir à supporter l'atmosphère électrique qui avait toujours régné dans cette maison. Château de carte plus que maison, songea-t-elle en tirant doucement sur sa courte jupe blanche. Elle pensa à son psychiatre, qui s'évertuait à lui dire qu'elle devait prendre ses médicaments si elle voulait aller mieux. Elle se rappela toutes les personnes qui l'avaient déjà dévisagée, toute ces ombres prêtes à lui sauter dessus. Songea aux enfants qui, tout au long de sa scolarité, avaient hurlé de rire chaque fois qu'ils avaient réussi à la terroriser au point qu'elle en aille s'enfermer dans l'armoire au fond de la pièce.
Elle eut une pensée pour Justin, enfin, qui saurait très bien s'occuper de son imbécile de rouquin.

« Ce que je compte en faire, c'est un secret, lâcha-t-elle avec une allégresse qui ne lui était que trop peu coutumière. Mais ça fait tellement joli, de toute façon, tellement joli. Tu ne trouves pas ?

-Si, très joli, répéta-t-il en acceptant la main qu'elle tendait pour l'aider à se redresser. Il fallait bien que tu fasses quelque chose du milieu un jour, hein ?

-Oui. Autant que ce soit occupé joliment. »

Le regard fixe, elle étudia avec une douceur rare la blessure qu'elle lui avait infligé aux phalanges il y avait maintenant plusieurs longues semaines de ça. C'était plus ou moins réparé. Ça ne le serait jamais complètement, à priori, mais au moins ne risquait-il pas de mourir d'une infection à tout moment. Rassérénée, elle caressa gentiment sa peau abîmée. Ce n'était pas qu'elle ressentait des remords à l'égard de la violence dont elle avait fait preuve envers Cyril, non. Ils savaient tout deux qu'elle était incapable de regretter les gestes qu'elle posait. Chaque fois qu'il la trompait, les marques qu'elle laissait sur son visage lui semblaient méritées : à chaque mot de travers qu'il osait placer, à chacun de ses oublis, c'était la réaction la plus logique à laquelle elle puisse penser. Ça ne changerait jamais.
Du moins avait-elle toujours pensé que ce serait le cas. Elle avait également pensé qu'ils étaient dans le toit, cette idiote. Alors que depuis tout ce temps...

« Ils sont dans ma tête, lâcha-t-elle avec un sourire conciliant. Pas dans le toit, pas chez toi. Tu pourras dormir tranquille ce soir.

-Hein ? »

Cyril posa sur la demoiselle deux yeux bleus soulignés par de profonds cernes. Étonné, perplexe, il tenta de discerner l'habituelle lueur blafarde qu'il pouvait deviner dans ses iris quand elle prenait ses traitements : n'y vit que cette même lucidité tremblotante qui l'avait toujours habitée. Elle n'était pas moins folle que la veille, pas plus bizarre que le lendemain. Elle était Céline, juste Céline.
Rassuré, il déposa un baiser sur son front.

« Ta tête va très bien. Les yeux peuvent pas y être. »

Elle lui adressa un sourire mutin, comme une mère amusée par l'insouciance hors de propos dont son enfant fait preuve.
Bien sûr que si, les yeux étaient dans sa tête. C'était comme ça qu'ils en savaient autant sur elle, d'ailleurs. Mais non, non, elle ne les laisserait pas la torturer plus longtemps. Les médicaments ne les avait jamais fait disparaître. Elle oubliait qu'ils existaient, rien de plus. Les oublier n’effacerait pas leur existence. Ça leur laissait simplement plus de liberté, leur permettait de la manger de l'intérieur plus facilement, sans être ennuyés par ses sursauts de conscience ; de faire du mal à ceux qu'elle aimait en les maudissant par sa propre bouche, en les frappant de ses propres mains. Elle trouvait déjà normal d'écraser les os de Cyril. Bientôt, elle ne serait plus choquée à l'idée de lui arracher la langue. Ça finirait par arriver. Parce que les yeux étaient partout et qu'elle ne pouvait rien contre eux, rien du tout.
Mue par l'émotion étrangère qui l'étreignait en cet instant, elle appuya sur les épaules de son amant. Sa bouche frôla ses lèvres, sa joue ; ses mains, doucement, glissèrent derrière sa nuque.

« Je t'aime, Cyril. »

Il cligna des yeux, le cœur en vrac. En un an, jamais elle ne le lui avait dit clairement. Jamais.
A peine eut-il ouvert la bouche pour poser la question qui lui brûlait les lèvres qu'elle l'avait brutalement jeté dehors, les yeux brillants de larmes.

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MessageSujet: Re: CHARRIER Cyril ▬ « Wake up, and face me ; don’t play dead, cause maybe »   Sam 28 Sep 2013 - 20:21



Au début ma mère était juste obligée de rester au lit, dans le noir, pour calmer ses maux de tête. Les collègues de mon père ont pensé qu'elle avait une sorte de grippe ultra carabinée, un truc du genre. Et puis elle s'est mise à faire des crises bizarres, comme de l’épilepsie, et ils ont dû l'interner à l'hôpital peu après. C'était la dernière fois qu'elle posait les pieds à la maison mais ça, elle pouvait pas le savoir. Personne pouvait le savoir.
Ensuite, elle n'a plus pu parler. Elle arrivait à peine à murmurer de temps en temps, et encore : ça avait l'air de l'épuiser. Elle pleurait sans arrêt, quand elle ne dormait pas. A l'époque je passais presque toutes mes soirées dans sa chambre, accoudé sur son lit. Parfois je m'endormais sur place et, quand il passait dans la chambre, mon père me ramenait dans son bureau. Il m'installait sur son canapé, avec une couverture, et j'avais souvent le droit de ne pas aller à l'école le lendemain. Les professeurs comprenaient.
Seulement après la voix, ça a été tout le reste. Elle a progressivement cessé de répondre aux stimulus visuels, n'a plus réagi aux contacts physiques. On aurait pu lui casser les bras sans obtenir la moindre réaction, qu'un des médecins avait dit. Je m'en rappelle parfaitement. Au bout de quelques mois, elle était entièrement paralysée. Vivante, mais paralysée. Je lui parlais déjà beaucoup, à ce moment-là, parce que j'étais certain qu'elle pouvait m'entendre. Tout le monde en était persuadé. Il n'y avait qu'à la sortir de sa léthargie, trouver la solution pour la faire revenir, réveiller son corps. La tirer de là coûte que coûte.
Elle est longtemps restée stable. Mon père n'a pas arrêté de veiller sur elle, de s'enterrer sous des montagnes de papiers et de livres pour trouver le remède qui réussirait à la ramener, la belle Aurore, à réveiller l'endormie comme dans ces vieux contes de fée qui n'intéressent plus personne. Il la lavait, lisait des livres à son chevet, coiffait ses cheveux. Il ne s'occupait déjà plus vraiment de moi.

Mais le cœur a fini par lâcher, lui aussi. Elle vit uniquement parce qu'elle est branchée de partout. Elle vit uniquement parce qu'il refuse de la laisser partir.
« Je sais qu'elle m'entend, qu'elle est là, quelque part. Je dois la sauver. »
Il le répète encore, parfois. Je m'endors encore dans la chambre, de temps en temps.
Mon père n'est pas bête. Pas si borné.
Il aurait abandonné si elle n'avait pas cessé de le supplier, de le murmurer jusqu'à ce que sa voix ne disparaisse totalement.

« Ne me laisse pas partir, chéri, ne me laisse pas. Ne me laisse pas. »

Maman était tellement terrorisée qu'elle a attrapé la main de papa pour essayer de remonter à la surface. Depuis ils se noient tout les deux.
Et leur fils à la dérive.



« Et voilà ; Pâtes carbonara, comme d'habitude. Tiens. »

Puisque Cyril ne bougeait pas, Justin n'hésita pas avant de renverser la moitié du plat dans son assiette blanche. Au bout de deux minutes, forcé de constater que son ami n'avait toujours pas touché à son repas, il se résolut à saisir sa main pour le forcer à prendre la fourchette. Comme la veille et l'avant-veille, le contact du métal froid contre sa peau sembla le réveiller ; après avoir cligné des yeux à la façon de quelqu'un qu'on vient de tirer d'un sommeil sans rêves, il frotta ses paupières du dos de la main et planta mécaniquement son couvert dans son assiette de pâtes.
Après la première bouchée, Cyril grommela un « trop chaud » auquel Justin, qui savait parfaitement que son plat était à la température parfaite, ne prêta évidemment aucune attention. Ça allait faire deux semaines que tout était trop chaud. Il savait très bien ce que ça voulait dire. Du coin de l’œil, le jeune homme observa son colocataire ; il était temps qu'il aille au bout de son idée. Il était même plus que temps.
Une larme, enfin, roula le long de sa joue pâle.
C'est pas trop tôt.

« On peut en parler, si tu veux. »

Cyril enterra son rire entre deux sanglots, le visage enfoui derrière sa main gauche.

« Le plat est juste trop chaud.

-C'était pas de ta faute. Tu pouvais rien faire.

-BIEN SÛR QUE SI ! »

Il ne leva même pas les yeux pour lui crier son désaccord ; ses larmes, salées, glissèrent une à une sur la table en bois. Sa gorge serrée menaçait de l'étouffer, son estomac se consumait de l'intérieur. Maintenant qu'il ne parvenait plus à contenir ses pleurs, c'était tout son corps cassé et fatigué qui semblait lui crier à l'aide.
Sous le regard compatissant de Justin, Cyril pleura de plus bel.
Ça allait faire deux semaines que, tout les jeudi, il prenait le téléphone et composait un numéro qui n'existait plus. Deux semaines qu'il se tournait et se retournait dans son lit, deux semaines qu'il dormait par terre et ne sortait plus de l'appartement. Deux semaines qu'il cauchemardait de roses en feu et de fumée noire.

« Elle est sûrement mieux comme ça, tu sais.

-Mais je voulais pas qu'elle parte ! J'ai besoin d'elle, je veux pas qu'elle soit... »

Justin pinça les lèvres, pesa le pour et le contre, pinça les lèvres de nouveau.
Le pour l'emporta.

« Tu parles comme ton père, Cyril. »

Ses pleurs redoublèrent d'intensité.



« Céline est morte.
J'ai pas envie de te parler, aujourd'hui. Pardon. »



Penché au-dessus du pont, l'estomac appuyé contre la rambarde, Cyril laissa ses bras pendre dans le vide. Pas trop longtemps, de crainte que quelqu'un ne tire sur son débardeur en croyant qu'il allait commettre l’irréparable ; juste quelques secondes, le temps de sentir ses doigts s'engourdir, de laisser le vent caresser sa peau nue. Juste ça. Ensuite, il les croiserait sur les larges pierres grises, inspirerait profondément et repartirait.
Du moins c'était le plan initial.
Enivré par la possibilité d'un suicide en règle, il laissa son regard traîner sur l'eau qui coulait à quelques mètres sous lui. A cette heure-ci, les rares personnes qui le dépassaient étaient trop pressées de rentrer chez elles pour s'attarder et vérifier que tout allait bien : le temps que quelqu'un s'affole et ne pousse un cri, il aurait déjà grimpé là-dessus et se serait laissé tomber dans le vide depuis longtemps. Je tomberai comme une pierre, songea-t-il en se penchant un peu plus, rien que quelques centimètres plus près de la chute. Je mourrai sur le coup, avec un peu de chance. A cette distance, l'eau pourrait aussi bien être du béton.
Une vieille dame le frôla sans s'inquiéter de sa drôle de position.
L'air froid de la nuit mordait ses bras et sa nuque sans la moindre pitié, frustré sans doute de ne plus pouvoir s'en prendre à des extrémités que le garçon ne sentait d'ors et déjà plus. Son nez et ses oreilles auraient aussi bien pu être tombées dans l'eau : seule la sensation désagréable d'un rhume persistant lui soufflait qu'il était encore en entier. Pour l'instant, il avait encore tout ses os. S'il s'écrasait en bas, ça resterait à voir.
Une main contre ses lèvres, vaguement redressé pour ne plus souffrir de l'afflux de sang dans son front, il repensa à sa mère et à Céline. L'une avait été attrapée par la fatalité et continuait tant bien que mal de se débattre contre la mort, quitte à blesser son entourage au passage ; l'autre avait forcé la main du destin pour ne plus avoir à subir la vie. Cynique et blasé, il s'imagina répondre à un de ces questionnaires débiles que l'on trouve parfois dans les magasines féminins – questionnaire dont l'intitulé, écrit dans des teintes roses et beiges, clamerait fièrement « Plutôt Aurore ou plutôt Céline ? ». Pour l'instant, calcula-t-il en fixant de nouveau l'onde noire, je suis plutôt Céline. Si je saute, je serai carrément Céline. A la différence près que son amie avait préféré avaler l'intégralité de ses cachets avant de mettre le feu aux roses et de sagement retourner s'allonger sous ses couvertures. Fenêtre et portes closes, pour ne rien regretter. Je ne suis pas aussi poétique qu'elle ; dans un soupir, il se qualifia d'idiot au manque d'ambition désolant. Quitte à se suicider, il pouvait faire ça de manière un peu particulière. Sauter d'un pont, ce n'était pas exactement original. Peut-être devrait-il se déguiser en Batman et se jeter du haut d'un immeuble. Ou s'immoler, même s'il restait intimement convaincu qu'on le prendrait pour un fanatique religieux après sa mort. Restait aussi la pendaison, l’électrocution...
Cyril recula pour mieux sauter. Il n'avait pas envie d'avoir mal et, contrairement à Céline, il n'en était pas encore au point de penser une mort rapide préférable à une vie de souffrance. Pas loin, cela dit. Encore un an et il se droguerait pour oublier, chopperait une IST bien douloureuse et finirait SDF sous ce même pont duquel il songeait en ce moment-même à sauter. Ce serait une belle mise en abyme. Peut-être valait-il mieux sauter tout de suite. Avant d'être trop amoché, tant qu'il le pouvait encore.
Le cœur battant comme mille tambours derrière ses côtes, il s'assit sur la rambarde. D'un geste sûr, il passa ses deux jambes côté vide. A la faveur des lampadaires, l'eau était particulièrement belle.

Plus serein quoi qu'angoissé, il décrocha sans y penser quand son portable se mit à chanter à tue-tête dans la poche de son jean. Si c'était la mort, elle n'allait pas être déçue.

« Allô, la Mort ?

-Hein ? Cyril, putain, tu descend de ce putain de pont ou d'immeuble ou de peu importe quoi dans la seconde. »

Il fut franchement étonné que Justin ait pu deviner ce qu'il était en train de faire en se basant uniquement sur trois mots et le ton de sa voix. L'idée que son ami puisse être habitué à ses élans suicidaires ne lui vint visiblement pas à l'esprit. Ça faisait quoi, une ou deux fois qu'il y songeait vraiment ? Cinq, aurait corrigé son interlocuteur. Il ne lui posa pas la question.

« Je descend par quel côté ? demanda-t-il avec un sérieux affolant.

-Le côté par lequel t'es venu, putain, fais pas le con ! » La voix de Justin était paniquée ; il devait être en train d'enfiler ses bottines pour venir le récupérer. « Dis-moi que t'as bu.

-Un peu, avoua-t-il en balançant ses jambes dans le vide. Ça te rassure ?

-Oui. Ça veut dire que t'es con quand t'es saoul mais pas encore tout à fait suicidaire. Bouges pas, en attendant. T'es où ?

-Je me demandais si j'étais plus Céline ou plus Aurore.

-Aucune des deux. T'es Cyril, juste Cyril.

-Je suis Cyril et je suis sur le pont, lâcha-t-il dans un soupir. Sauf que je peux pas m'imiter moi-même, Einstein. Je sais pas quoi faire.

-Et tu voudrais pas être Justin, pour une fois ? Tu sais, cet abruti fini qui se lève à trois heures du mat' pour aller chercher un type encore plus con que lui alors qu'il a un putain d'entretien dans quatre heures et qu'il aimerait DORMIR. »

Cyril se mordit la lèvre ; derrière lui, deux adolescentes le dévisagèrent curieusement.

« Pardon. Je descend, c'est bon.

-Du bon côté, Cyril, sérieux !

-Je sais pas lequel c'est, le bon côté. »

Il ne prit même pas la peine d'éteindre son portable avant de le coincer dans la poche de son pantalon. On peut rien faire contre les gênes. Rien du tout. Tu seras jamais une Céline, Cyril. Jamais. C'est pour ça qu'elle t'as laissé derrière, parce qu'elle savait que tu pourrais jamais la suivre. Un nouveau soupir fendit l'air. Tu sais nager, de toute façon, se maudit-il en repassant ses jambes côté sol. Avec ta chance, tu serais foutu de t'en sortir.
Quand il reposa ses pieds contre les pavés humide, il croisa le regard des deux jeunes filles de tout à l'heure. Visiblement rassurées, elle reprirent leur chemin.
Allez. En route.
Je me suiciderai demain.



J'ai eu mes diplômes tout seul. J'ai fait du vélo tout seul. J'ai été aux réunions parents-élèves tout seul. J'ai piqué des trucs tout seul. J'ai arrêté l'école tout seul. J'ai raté mon bac tout seul. J'ai trouvé un appartement tout seul. Je l'ai payé tout seul. J'ai appris à cuisiner tout seul. J'ai appris à oublier tout seul. J'ai commencé à boire tout seul. J'ai rencontré Céline et Justin tout seul. J'ai rendu visite à maman tout seul. J'ai parlé tout seul.
Ça fait six ans que ma mère est malade. Six ans que mon père ne m'a pas regardé dans les yeux. Quatre qu'il n'est pas monté dans ma chambre. Trois qu'on ne se voit plus que le week-end. Deux qu'il ne sait plus rien de ma vie. Ni les trucs bien, ni les trucs moins bien. Ça fait un an que chaque fois que je vais voir ma mère, je me retiens de lui dire que je voudrais la voir crever. Ça fait six ans qu'à table, mon père met trois assiettes au lieu de deux. Six ans qu'il devrait n'en mettre que deux. Quatre mois que Céline est morte. Cinq envies sérieuses de suicide. Plusieurs milliers de visites à l'hôpital. Quelques crises de nerfs, deux ou trois masques trop écaillés pour encore être crédibles auprès de qui que ce soit. Sauf mon père, qui ne me regarde pas.
Je me perd tout seul. Justin me retrouve. Je crie tout seul, je pleure tout seul. Je prend le téléphone et je me rappelle que personne ne répondra, que je suis tout seul. J'essaie de grimper tout seul. Je tombe tout seul.

J'arrive pas à faire le premier pas. J'ai besoin d'aide, je crois.

Pour disparaître ou pour vivre, au choix.



« Cyril ? Debout ! »

Le jeune homme ouvrit les yeux, hébété, et Justin fut heureux de constater qu'il n'aurait pas besoin de lui donner un coup de pied pour le réveiller. Soudain soucieux de respecter une sorte de coutume, il décida de malgré tout lui chatouiller les côtes du bout de sa tennis. Souriant et fier de voir que son ami était bel et bien réveillé – s'il pouvait l'insulter, il était forcément opérationnel – il se dirigea d'un pas léger vers le réfrigérateur, en sortit une bouteille de lait et revint la poser sur la table. Cyril, pendant ce temps, s'était redressé et massait son dos probablement douloureux.

« Qu'est-ce que je foutais par terre ?

-Je sais pas, je te dis. J'ai toujours pensé que tu adorais te rouler sur ton lit et que, hm – tiens, le lait – tu acceptais de finir par terre pour te punir d'avoir fait des rêves impurs. Auto-punition, quoi. »

Perplexe face à l'évidente bonne humeur de son colocataire – il aurait pu rayonner et sourire à pleines dents, tant qu'il y était – Cyril esquissa un sourire mutin.

« Exaaactement. Je me punis pour tout les rêves malsains que j'ai fait sur toi.

-Putain, non. Non. » Histoire de montrer qu'il ne cautionnait pas cet excès d'humour à la limite du politiquement correct, Justin jeta une céréale enrobé de chocolat dans le bol de son abruti d'ami. « Allez, ça t'apprendra à être dévergondé.

-Déver – ? Her, garde ta merde ! »

Justin éclata de rire et, malgré la fatigue, son ami eut tôt fait de l'imiter.
Le blond mordit gaiement dans ses céréales, masquant du mieux qu'il le pouvait l'inquiétude qui avait tiré ses traits quelques instants plus tôt. Cyril avait l'air d'aller mieux, ces derniers temps ; il fallait à tout prix que ça continue. Ce n'était pas encore ça, il continuait à se rendre dans les fêtes les plus improbables pour y faire Dieu-ne-voudrait-sûrement-pas-savoir-quoi, l'absence de Céline lui minait encore le moral et sa relation avec ses parents ne s'était clairement pas améliorée, mais au moins était-il retourné dans cette « normalité » plus ou moins recommandable dans laquelle il l'avait toujours vu évoluer. C'était mieux que rien. Son soucis premier était de le maintenir en vie : le faire aller mieux était en projet. Il y arriverait, un jour. Il ne désespérait pas.
Ce foutu papillon finirait par évoluer en tortue des Galapagos.
Si avoir des ailes ne le poussait qu'à vouloir s'écraser du haut d'un pont, alors autant qu'il n'en ait pas.



« Her ! Salut, maman. Je t'ai apporté des fleurs. Des vraies, pas des Chrysanthèmes, cette fois, parce que je suis de bonne humeur. »

Sur le visage fermé de sa mère, il crut distinguer comme l'ombre d'un sourire. Ça lui arrivait, parfois, d'avoir des sales impressions de ce genre. C'était inquiétant mais pas nécessairement désagréable.

« Beh, te réjouis pas trop vite. Je te déteste toujours autant. Mais, je commence à comprendre pourquoi papa veut te sauver à tout prix. A cause de Céline, tu sais. Enfin ça change rien au fait qu'elle a eu la décence de tirer sa révérence, elle, alors que toi t'es toujours flippée à l'idée de partir. Remarque, je crois que Justin s'en veut de l'avoir traitée de tarée, depuis... Bha. » Il haussa les épaules. « Ça fait cinq mois, de toute façon. Ça finira par passer. Tiens, d'ailleurs, j'ai eu envie de me suicider entre temps. Mais là ça va mieux. Pas grâce à toi, hm. »

Il laissa s'écouler une seconde de silence, assis au bord du lit. Il lui tournait le dos mais, de toute façon, ça ne devait pas changer grand chose. Elle ne risquait pas de voir quoi que ce soit.

« Pardon. Tu m'aime quand même ? »

Il ferma les yeux, plongé dans des souvenirs de jours où au moins une de ses mains avait des doigts sur lesquels se reposer. Pour l'empêcher de tomber, le rattraper. Ça ne faisait plus mal, maintenant. Ou juste un peu.

Bien sûr, que je t'aime quand même.

Aussi fort put-elle l’espérer, ni ses mots ni ses larmes ne passèrent la barrière de ses propres pensées.



« Allez, Cyril. Deb... »

Les cheveux en bataille, Justin ne prit pour une fois pas le temps d'enfiler un t-shirt avant de se redresser pour embrasser la pièce du regard. La table était toujours là, les chaises et l'armoire aussi ; la porte de la salle de bain, fermée, ne semblait pas avoir été ouverte. Cyril avait la sale manie de la laisser entrouverte quand il y entrait ou en sortait, pour d'obscures raisons.
Le lit de son ami était défait, mais pas trace de lui. Ni dessus, ni à côté, ni où que ce soit dans la pièce.

« Cyril... ? »

Gêné par la lumière trop agressive du plafonnier, il fit quelques pas indécis et appuya sur un bouton blanc pour remonter les volets électriques qui l'empêchaient de profiter du soleil matinal. Il jeta un bref coup d’œil à leur réveil ; 08:10. Aucune chance qu'il se soit levé de lui-même à une heure pareille. A moins qu'il n'ait pas dormi de la nuit, peut-être. Dans la mesure où ils étaient mercredi et que ses visites à l'hôpital se déroulaient toujours le mardi, ça n'aurait rien eu d'étonnant. Parler à sa mère lui fichait toujours de sales idées en tête.

« Cyril ? »

Un coup d’œil plus attentif lui permit de repérer le t-shirt et le short dont son ami se servait pour dormir. Le débardeur et le jean qu'il avait prévu de mettre le lendemain n'étaient plus au pied du lit non plus ; même ses chaussures basses semblaient s'être volatilisées. Hébété mais forcé de s'en cantonner aux faits, Justin admit non sans une certaine perplexité que cet idiot de rouquin avait dû se lever et se changer.
Encore trop endormi pour penser correctement, il décida que l’appeler était la solution la plus logique à ses problèmes. Portable en main, il chercha son nom dans la liste ; cliqua sur Cyril Charrier, colla le combiné contre son oreille. Une sonnerie, deux, trois. Au bout de la cinquième, le répondeur se déclencha.
Agacé, il jeta son portable sur le lit.

« Oh je le sens pas, ce coup-là. Je le sens mais alors pas du tout. »

Marmonnant pour lui-même, Justin donna un coup de pied dans un bout de verre qui traînait là. Les nerfs en pelote, il l'envoya valser sous le frigo ; se coupa au passage et, étonné, posa les yeux sur un papier clippé grâce à un aimant sur le devant du réfrigérateur. Il l'en arracha sans se préoccuper des manières, louchant dessus pour lutter contre le flou que la fatigue imposait toujours devant ses yeux. Petit à petit, les lettres acceptèrent de faire sens.

On a plus de lait, je vais en chercher. Bouge pas de là, je reviens dans cinq minutes.

Rassuré, il se laissa tomber sur une chaise.
Puis, avisant une autre ligne de texte, il retourna le papier.

Jeudi c'est pâtes carbonara, oublie pas.

Un faible rire résonna dans l'appartement. Quel putain de menteur. Il était aussi accroché à la vie que sa mère, ce con.
Il aspirait juste à ce qu'on lui rappelle son existence, comme le vieil oncle en prison. Au fond, il crevait d'envie qu'on dise son prénom.
Dès qu'il reviendrait, il s'amuserait à le lui répéter jusqu'à ce qu'il admette tenir à la vie. Ça lui apprendrait à jouer les papillons.

Seulement Justin attendit une heure, puis deux, puis trois. Appela Cyril, Cyril, un de leurs amis commun, Cyril, le père de Cyril, l'hôpital. La police.

Et aussi fort Cyril put-il espérer, jamais ses propres appels ne réussirent à passer la porte qu'il venait de franchir par mégarde.



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« Allongé, le corps est mort ; pour des milliers, c'est un homme qui dort.
A moitié pleine est l'amphore ; c'est à moitié vide qu'on la voit sans effort.
Voir la vie, son côté pile - oh philosophie, dis-moi des élégies.
Le bonheur, lui me fait peur -

D'avoir tant d'envies, et j'ai un souffle au cœur. »

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CHARRIER Cyril ▬ « Wake up, and face me ; don’t play dead, cause maybe »

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