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 Tire la chevillette et la bobinette cherra ~ Libre

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MessageSujet: Tire la chevillette et la bobinette cherra ~ Libre   Mer 27 Mar 2013 - 22:37


[je le laisse ouvert quelque temps, si ça intéresse quelqu'un, on ne sait jamais. Sinon, je le passe en post unique dans une semaine ]

Un pas. L'autre.
Recommencer, sans cesse.
Avancer toujours, s'éloigner de toute présence humaine, de tout risque. Je ne savais plus même depuis combien de temps je marchais dans cette forêt. Je n'étais même plus sûre d'être encore en région parisienne, tant les arbres, au début clairsemés, pullulaient désormais. L'on se serait cru dans une forêt de contes de fées. Odeur d'humus, feuilles humides sur lesquelles je glissais, épaisse canopée qui dérobait totalement le soleil. L'endroit idéal pour rencontrer des fantômes, somme toute. Je n'y croyais pas, naguère, contrairement à la grande majorité de la population. Mais c'était avant de sentir cette présence étrangère toujours dans ma tête, n'aspirant qu'à prendre le contrôle pour déverser de nouveaux bains de sang... Stop. N'y pense même pas, Merle, il n'est pas là pour l'instant. La longue marche monotone dans laquelle je m'étais engagée devait le tenir à l'écart. Ou peut-être n'attendait-il que de me voir tomber à terre d'épuisement. Saleté. N'y pense pas, Merle.
Un pas, puis l'autre.
C'était facile. Je me laissais porter par mon corps auquel je ne pouvais que faire confiance. Je me laissais glisser au fil de mes pensées, automate somnambule. Je devais accepter que c'était réel, qu'avait bien eu lieu cette scène irrationnelle - mon réveil, baignée du sang de ma mère, sans le moindre souvenir de ce crime. Je devais accepter l'idée, celle qu'ils me susurraient tous : "Les spectres, les démons existent. Et tu es l'un d'eux, Merle." Me faire à l'idée, agir en conséquence, trouver un endroit où le démon ne pourra plus nuire, où je pourrai tenter de reprendre enfin le contrôle. Non, Merle. C'est absurde. Il n'y a pas de démon, il n'y a que toi. Il doit y avoir une explication rationnelle à tout cela. Mon esprit me jouait des tours - et puis, Merle, pas besoin d'être psychiatre pour comprendre que ça sent le roussi dès qu'on commence à parler de son esprit à la troisième personne. Mais, je ne peux pas avoir inventé tout ça ! Je ne peux pas avoir tué ma mère !

- Arrête, Merle., murmurai-je pour moi-même. Arrête de te faire des nœuds au cerveau, tais-toi et marche.

Je ne savais plus depuis combien de temps je marchais. Peu importait. Je cherchais un refuge loin de la ville, loin des hommes que l'Autre voulait massacrer. Et quel refuge trouvai-je ! Je m'arrêtai net en devant la bâtisse. Un immense manoir, sur la façade duquel se côtoyaient gargouilles de pierre, balcons de fer forgé, colombages, colonnades néo-classiques... À la réflexion, j'aurais sans doute dû me défier de tel assemblage hétéroclite. Mais le manoir, splendide, semblait totalement à l'abandon. Parfait, parfait. D'autant plus que je venais de prendre conscience de ma fatigue. Je ne pouvais de toute façon pas faire un pas de plus, j'avais bien marché six heures. Je m'approchai de la porte, ornée d'un heurtoir cuivré.
Du moins essayai de m'approcher.
Une épouvantable douleur me vrilla le crâne, ma vue se brouilla, je trébuchai. Je sentis l'Autre, en moi, déployer toute sa puissance, tout ce qu'il pouvait de contrôle sur moi, vers un seul but : m'éloigner de cette demeure. J'étirai mes lèvres en un rictus douloureux. Il ne voulait pas entrer là-dedans, donc... Je m'engageai dans la lutte pour le contrôle de mon corps. Un pied. L'autre. Lentement, très lentement. La migraine redoubla, mais je tins bon. Une main, la lever, pousser la porte qui s'ouvre dès que je l'effleure. Étrange. Encore un pas, rien qu'un petit effort...

Dans la brume qui envahissait mon cerveau, j'entendis la porte claquer derrière moi. La colère de l'Autre devint tempête sous mon crâne, fureur incontrôlable. Piège, piège, piège, hurlait son instinct dans toutes les fibres de mon corps. Pris au piège avec cette humaine ! Je ne pourrai plus jamais m'enfuir, plus jamais ! Piège, piège !
Je tombai à genoux, sous l'effet de la surprise, de la douleur, de la fatigue mêlés. Si l'Autre était toujours en permanence dans ma tête, à m'épier, attendre que je lui laisse le contrôle de mon corps, jamais en revanche il n'avait échangé la moindre parole ou pensée avec moi. Nous étions complètement fermés l'un à l'autre. Et voilà que je découvrais que les démons avaient aussi des sentiments. Que ce lieu lui faisait l'effet d'une terreur atavique, ancrée en lui par des générations de démons le précédant. Je le sentis relâcher la pression sur mon esprit, se recroqueviller, tant ce lieu lui inspirait d'horreur. J'eus presque pitié de lui. Tout était dans le presque. La douleur reflua, et, sans attendre qu'il reprenne ses esprits, je récupérai le contrôle de mon corps.

Je me redressai et contemplai éberluée l'endroit où j'avais atterri. Un hall immense, où l'appart de ma mère serait rentré deux fois, bien entretenu et lustré. Des tapis, des fauteuils, des ampoules électriques. Une chose était sûre, cet endroit n'était pas abandonné. Mais mystérieusement, il semblait affaiblir l'Autre. Cela conviendrait sans doute. De toute façon, à ce que l'Autre avait hurlé dans ma tête, je n'avais pas exactement le choix, ce que me confirma le panneau de liège lorsque je pus le lire. Bon. Pouvoir magique, Alter-ego Astral. Ça n'avait aucune apparence de vérité, aucune logique. Ne pouvait pas être vrai, il devait y avoir une autre explication. Une explication rationnelle. Je me dirigeai vers la grande porte, pour savoir ce qu'il en était. Je tirai, poussai sur la poignée, m'aidant des pieds et des épaules. Elle ne bougea pas d'un centimètre.

- Ce n'est pas possible, murmurai-je en passant la main dans mes cheveux courts. Je m'apprêtai à réfuter en bloc ma situation, à m'attaquer à nouveau à la porte qui devrait bien finir par s'ouvrir. Puis, je me ravisai. En même temps, Merle, tu es possédée. Ça non plus, ce n'est pas possible.

J'eus un rictus sarcastique. J'allais sans doute devoir revoir un peu mes normes à propos du rationnel, du raisonnable, de ce qui est possible ou ne l'est pas, dans ce drôle d'endroit. Mais l'Autre ne semblait pas ravi d'y être, c'était toujours ça de pris. Et au moins, les thérapeutes ne pourraient pas essayer leurs rituels d'exorcisme bizarres qui ne marchaient jamais sur moi. Toujours ça de pris.
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