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 [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]

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MessageSujet: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Dim 7 Avr 2013 - 22:09

« Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? »
Moi sur ciel et toi sur terre




Juste une petite sieste, s'était dit le jeune homme en posant sa tête sur l'oreiller; et un regard bleu et hébété au réveil digital ramené là par un de ses colocataires qui indiquait deux heures quinze du matin quelques heures plus tard. Avec un murmure étouffé pour ne pas réveiller ceux qui devaient – en théorie – dormir dans la pièce, Soren s'était mis sur le dos et avait passé une main engourdie sur ses yeux dont la fatigue avait miraculeusement été chassée. Le plafond qui baignait dans l'obscurité lui renvoya un regard torve; il n'avait plus envie de dormir. Il aurait pu enfouir sa tête sous son oreiller et compter les moutons, mais ça aurait été peine perdue. Orphée, qui avait terminé sa chanson, rangeait sa lyre dorée.
Un instant, le jeune homme resta allongé à maudire sa naïveté qui l'avait poussé à penser que oui, une demi-heure passée, il se réveillerait de lui-même. Que dire 'je repose simplement mes yeux' changeait quoi que ce soit à la donne. Eh non, Soren, pas de chance ! Tu t'es endormi et personne n'a eu assez de courage pour te réveiller. Eût-il été plus cynique qu'il en aurait voulu à ses camarades de l'avoir laissé succomber à un sommeil traître et importun. Mais monsieur avait l'avantage d'être un ange qui ne trouvait jamais rien à redire, qui aimait encore moins se brouiller avec les autres, aussi n'y aurait-il aucune représailles ou commentaire de sa part. Avec un petit soupir qui se perdit dans le silence de la nuit, Soren se redressa et avec une pensée pour sa veste froissée, se leva dans l'optique d'enfiler quelque chose de plus chaud.
Il savait quand il n'y avait rien à espérer d'une bonne couverture. Ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait. Chez lui, il n'avait qu'à allumer une bougie et attraper un livre pour se distraire, mais ici, c'était un brin plus compliqué; avec un regard soucieux pour les formes sombres de ses colocataires, il se fit la remarque qu'il était hors de question d'allumer une quelconque lumière de peur de les réveiller. Comme celle de la lune n'était pas suffisante, lire n'était pas en option. Concernant la bibliothèque, eh bien... Le blond se mordit la lèvre, embêté. Halloween y trainait, lui avait raconté William. L'esprit frappeur n'était pas de bonne compagnie le jour, alors la nuit... Soren ne voulait pas tenter le diable.

Changé et revêtu d'un pull vert fluo qu'il avait trouvé un jour dans son armoire et avait adopté parce que la couleur était si différente de ses vêtements sombres, il sortit doucement de la chambre et referma le plus discrètement possible la porte derrière lui. Des rires et des bruits de discussion résonnaient au loin: Soren tâtonna jusqu'à trouver le mur, qu'il suivit pour se guider jusqu'aux escaliers. Ses bottines ne provoquaient qu'un léger écho étouffé par le tapis carmin, et ses pas ne résonnèrent qu'une fois arrivé dans le hall d'entrée. Tourné vers le couloir qui s'ouvrait devant lui, boyau froid et sinistre, le regard qu'il jeta bien malgré lui au titan de bois le fit plus frissonner que la fraicheur de cette nuit de printemps. La nuit avait beau rendre le pensionnat sinistre et les ombres vivantes, cette porte était toujours la plus effrayante. Vision coupable, il sentit son cœur se serrer et s'en détourna vite pour s'engager dans le couloir.
Cuisines ou salon, salle à manger peut-être... Soren n'avait pas l'habitude de s'orienter dans le noir. Ses yeux bleus s'écarquillaient inutilement à vouloir discerner le contour précis de ce qui l'entourait, et il buta plusieurs fois dans des obstacles qui lui arrachèrent des murmures douloureux. Si au moins il avait eu quelque chose pour s'éclairer... Les bras en avant, ses mains attrapèrent finalement une clenche au hasard. Il ne savait pas où il était, mais il allait bientôt le savoir. Ses mains la firent pivoter, et un vent froid lui coupa le souffle. Une odeur de renfermé, de moisi et d'autres relents sordides le firent grimacer et il sut qu'il se trouvait à la porte de la cave.
Comment avait-il pu réussir à aller jusque là ? Lui qui évitait cet endroit d'ordinaire... Effrayé à l'idée de se faire manger par le monstre hypothétique qui vivait sous le fragile escalier de bois, Soren recula et un horrible grincement se fit entendre dans son dos à la même seconde: le blondinet était aussi intrépide que son alter égo astral, les faux semblants en moins. Avec un cri paniqué et sans réfléchir, il dévala à toute vitesse les escaliers dans un sursaut terrifié. Sans se rendre compte, sans se préoccuper, juste dans un réflexe idiot et stupide pour fuir une éventuelle goule ou esprit frappeur dans le couloir.

Pas sûr que la cave soit une bonne cachette avec tout ce qu'on racontait à son compte. Il aurait le temps d'y penser une fois que son cœur aurait arrêté de battre plus fort que tout un régiment de tambours.
A moins qu'un trou au milieu des escaliers ne l'expédie plus bas en deux trois mouvements et de la manière la plus agréable qui soit. Le temps d'un cri surpris, Soren avait déjà disparu.
BAM contre le sol froid. Crac aussi.
Crac... ?

La douleur irradia immédiatement et lui fit monter les larmes aux yeux. Il porta confusément une main à sa cheville blessée, appuyant son coude contre la pierre pour l'aider à se redresser. Une plainte douloureuse lui échappa sans qu'il s'en soucie: ça faisait mal. Ses yeux bleus cherchèrent à accrocher autre chose que l'obscurité qui l'entourait, sans succès. La peur le tétanisa tant et si bien que même respirer lui semblait affreusement douloureux. Dans son malheur, il avait pourtant eu de la chance; c'était sa tête qui aurait pu embrasser le sol dans sa chute, et elle ne se serait sûrement pas aussi bien portée que sa pauvre cheville tordue et éplorée en cet instant. Soren n'y pensa pas, ou trop brièvement pour s'y attarder. En tête en tête avec sa panique, tout ce à quoi il pensait était l'heure et son incapacité à se mouvoir.
J'ai mal. On est en pleine nuit. Qui viendra me chercher, même si je hurle ?
Il n'y a personne.

Soren passa sa main sur ses yeux pour en effacer les larmes qui avaient profité de sa détresse pour s'échapper. Accompagné par un soupir tremblant, il manœuvra le plus doucement possible pour s'asseoir. Une fois que ce fut chose faite, et en essayant d'oublier la morsure des crocs que la blessure refermait sur sa cheville, il tâtonna pour trouver quelque chose à quoi se raccrocher. Il devait remonter, ou au moins sortir de là... Où est-ce qu'il avait atterri ? Fichus escaliers, maudit-il silencieusement.

Il n'y a bien qu'aux malchanceux que ça arrive, des tuiles pareilles.


Dernière édition par Soren Mülher le Jeu 13 Juin 2013 - 17:23, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Lun 8 Avr 2013 - 0:26

.


Soren descend rapidement les escaliers, et trouve :

« Il tombe dans un trou et se brise une cheville. »


[LA DERNIERE ACTION DISPONIBLE OYEAH \o/]
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Dim 14 Avr 2013 - 1:02

Pénombre
Croix de bois, croix de fer.


    Il aurait aimé revoir le soleil.
    Il lui aurait fait peur. Aurait glacé son cœur de l'angoisse de l'aube. L'aube. Il en serait mort de terreur.
    Le garçon laissa retomber en douceur les voiles opaques qui couvraient la fenêtre, masquant les lueurs froides de la lune. Son regard bleu à l'éclat trompeur balaya la chambre endormie, effleurant des chevelures dont l'identité sous-jacente lui échappait. Comme des oiseaux-mouches un peu partout, des plumes effilées et glissantes. Il avait toujours cette impression lorsque Claris s'éclipsait ; celle de n'être qu'un fantôme sans substance ni souvenirs sur qui les événements et les visages glissaient comme une eau fraîche. Un reflet tremblotant sur un torrent endormi.
    Il ne se sentait rien d'autre, et d'ailleurs nul sentiment ne parvenait à serrer son cœur, que ce soit en observant les rayons de lune ou en écoutant la respiration paisibles de colocataires de sa sœur. À quoi rêvait Claris pour qu'il apparaisse ainsi ? Il espérait que ces songes lui étaient agréables.
    Mais sans doute aurait-elle mieux fait de le laisser à l'oubli.
    Parce qu'après tout, qu'est-ce que tu es, toi, à part une enveloppe vide ?
    L'obscurité lui devenait insupportable. Et pourtant il ne parvenait pas à s'en sortir. S'écartant de la fenêtre, il traversa la chambre et gagna le couloir.
    Enfuis-toi avant l'aube.

    Yoan écoutait le nombre de ses pas. 197, 198, 199, et à 200 il recommençait. Il en était déjà à cinq fois deux cent, et ne croisait toujours que le vide, et les quelques âmes perdues comme lui, prisonnières éternelles d'une angoisse volatile. Ses oreilles avaient des lamentations sourdes. Être ici était un supplice. Il n'aurait pas dû, il le sentait. Chaque fois que Claris disparaissait, selon des paramètres aléatoires ou dans son sommeil, il était tenté de rester sur place et dormir lui-même. Jusqu'à ce que des muscles engourdis le rappellent à l'ordre, ou la conscience que trouver un garçon à la place de la fillette au matin, lui ressemblât-t-comme son reflet dans le miroir, risquait de déplaire à ses colocataires.
    Alors il comptait ses pas. Il comptait les secondes. Les yeux fermés, comme pour se donner une consistance. Le métronome trottait à contre-temps avec ses pas, les battements de son cœur donnait le ton à ses souffles, et le violon se lamentait dans le vide.
    Qu'est-ce qui reste de toi ?

    Le noir l'attirait. S'égratignant les doigts sur une caisse au bois rêche, Yoan se dit qu'il fuyait le retour du soleil. Le soleil avait alerté les bottes noires, il l'avait trahi. Son clin d'oeil attendri avait été son seul adieu au monde.
    Que reste-il de toi ?
    Des denrées diverses, les périssables périmées. Yoan ne se guidait au fond de la cave que par l'éclaircissement terne prodigué par l'entrebâillement de la porte au sommet des escaliers. Lui allait et venait près du mur du fond, ombre parmi les ombres. Explorer les lieux, il n'avait guère plus à faire. Le Pensionnat endormi ne lui fournissait pas l'éveil.
    Crac.
    Un douloureux bruit de chute suivi d'une plainte fit se redresser le garçon et tourna son regard bleu terne vers les marches. Personne.
    Personne, mais il y avait quelqu'un, c'était indéniable.
    Yoan s'éloigna des caisses et remonta précautionneusement l'escalier jusqu'à parvenir à une latte brisée aux canines pointues comme de cruelles épines. Elle avait fait chuter l'importun du côté ouvert des marches, et le craquement n'augurait rien de bon. Yoan se demanda vaguement s'il devait le laisser là ou non.
    Un regard dans le trou rencontra deux yeux bleus et curieusement, le blond sentit son estomac se contracter. Tu as les yeux dans le courant, Yoan. Si tu sautais, maintenant ?

      « Tiens tiens. Ça faisait longtemps. »

    Ou peut-être que non. Il ne s'en souvenait pas.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Mar 16 Avr 2013 - 9:17

...

Il n'y avait rien à quoi se raccrocher dans cette obscurité opaque. Les mains de Soren effleuraient le vide, un sol froid et dur, caressaient parfois l'air sans parvenir à s'en saisir pour se redresser; de désespoir, le jeune homme avait baissé les bras et cessé de jouer aux aveugles avec un soupir broyé par des sanglots qui menaçaient de remonter. Sa cheville le lançait douloureusement et il commençait à douter de pouvoir ne serait-ce que poser le pied par terre pour remonter jusqu'aux dortoirs ou le long de l'escalier de cette maudite cave. Prisonnier du noir et d'une douleur qui ne disparaissait pas, il frissonna à la pensée de tout ce qui se pouvait se tapir dans les recoins et l'observer quand lui-même ne pouvait rien voir en retour. Le souffle court, silencieux, il passa à nouveau ses yeux brillants de larmes sur la toile noire que la nuit avait peinte pour lui. Déjà tout se muait en nuances plus claires de gris, mais ce n'était pas encore assez pour pouvoir s'y repérer. De toute façon, avec ma cheville dans cet état...
Soren craignait sincèrement de devoir passer le reste de la nuit ici, à sursauter aux cavalcades régulières des indésirable qui avaient fait leurs nids entre les murs de pierres d'où suintaient un froid presque irréel. Il allait mourir de peur, si ça continuait; prompte à se créer mille et un scénarios tous plus désagréables les uns que les autres, il imaginait déjà se faire dévorer par un monstre ou étrangler par un quelconque déséquilibré qui aurait fait de la cave son domaine et son repère.
Respire, respire. Soren n'avait jamais eu peur du noir; le problème, c'était que ses doigts étaient encore meurtris des échardes d'une course effrénée à travers bois, sous le règne calme d'une lune indifférente. Il baissa la tête vers ses mains par réflexe, mais elles lui étaient invisibles et il les savait guéries. Un froid plus mordant s'empara de lui.
J'aurais voulu...

Un bruit de pas le ramena à sa triste réalité, mais considérant que ses pensées n'étaient guère plus joyeuses, c'était sans doute un mal pour un bien. Quelqu'un montait les escaliers et Soren eut beau ordonner à son corps de se glisser hors de vue d'un quelconque visiteur, il refusa de lui obéir et resta obstinément accroché au sol qui le soutenait. Plus immobile qu'une statue, tout ce qu'il osa faire fut lever les yeux vers les lattes brisées qui l'avaient trahi quelques instants plus tôt et jeté dans ce guêpier. Quelqu'un qui remontait de la cave, ça ne pouvait pas être une bonne chose. Et dire qu'il aurait pu arriver devant lui sans qu'il s'en rende compte !
La vision pâle aux contours pourtant cruellement précis d'un étrange reflet le fit ouvrir grand ses yeux d'une peur et d'une surprise à peine contenues.

Non non non non... chantait son cerveau aux pensées désordonnées et affolées.

« Tiens tiens. Ça faisait longtemps. »

Pas assez, pensa Soren en tentant le diable, comme le pauvre petit garçon effrayé qu'il était; dans l'optique de ramper se relever et fuir cet acte qui ne lui disait rien de bon, il donna une impulsion à ses bras, qui refusèrent de le redresser plus qu'à demi. Aussitôt que le second pied fut posé à terre, il s'effondra à nouveau avec un cri douloureux. Les larmes au coin des yeux, il serra bien fort les dents pour ne pas crier une nouvelle fois. S'il avait été seul, il se serait insulté, lui et sa maladresse, lui et sa malchance. Lui et ses idées saugrenues de s'endormir trop tôt, de se réveiller en pleine nuit et d'aller arpenter les couloirs à des heures déraisonnables ! C'était bien fait pour lui, tiens. Après presque trois ans passés au pensionnat, il en avait oublié que la charmante bâtisse se jouait avec plaisir des pensionnaires qui reposaient en son sein éternel.
Bam, crac; pauvre Soren. A voir le démon partout et marcher la nuit dans les couloirs, ça devait t'arriver. Pleure, maintenant, puisque c'est tout ce que tu sais faire.
Ça ne changera rien à ton sort, malheureusement.

« Qu'est-ce que tu fais là ? » Finit-il par demander à l'ombre qui l'observait depuis l'escalier, essuyant du revers de sa manche une larme qui avait fait de la résistance et était partie cavaler le long de sa joue sans lui demander son avis. Ça fait trop mal, songea-t-il en grimaçant.

Restait à savoir, maintenant, lequel faisait le plus mal entre son cœur et sa cheville.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Mer 17 Avr 2013 - 23:05

    Yoan observa les efforts désordonnés du jeune homme pour se redresser et le vit chuter dans le noir. Son cri lui égratigna les oreilles, et un souffle contrarié lui échappa en lui sentant un écho entre ses côtes. De la douleur, il y en avait qui remontait de ce trou comme une vapeur grise et trompeuse. Il n'aimait pas ça. Il n'aimait pas entendre l'écho de ses propres gémissements résonner ainsi sous son crâne.
    Pendant que le garçon blond au fond de son piège tentait tant bien que mal de se soustraire au regard de Yoan, ou quoi qu'il essayât de faire, d'ailleurs, ce dernier prit le temps de le détailler. Est-ce qu'il avait grandi, depuis la dernière fois ? Il ne se rendait pas compte. Tout était sombre, tout était embrouillé, tout était saturé de haine, d'égoïsme et de cette envie de vide qui le serrait à la gorge. Vide, il l'était déjà. Le garçon en bas, lui, semblait tout aussi émotif que lors de leur dernière rencontre ; ça au moins, ça n'avait pas changé.
    Alors tu es toujours vivant, idiot d'idéaliste ?
    Lorsque le garçon leva ses deux prunelles bleues vers lui, Yoan lui renvoya le même regard. Il se demanda s'il était possible qu'ils se ressemblent tant. Génétiquement, cela devait bien être impossible. Génétiquement...
    1, 2, 3 soupirs d'animal en souffrance.
    4, 5, 6 tapotements contre le bois pourri.
    Parle bon sang. Parle.

      « Qu'est-ce que tu fais là ? »

    La question tira presque un rire bref et caustique à Yoan. Ce qu'il faisait là ? Comme s'il avait quelque chose à y faire ! Comme si, comme si... il allait répondre qu'il se cachait de la lune. Sérieusement. Tu essayes de discuter avec un déréglé, angélus ? Tu devrais pas. Je te laisserais bien comme tu es là, moi.
    Au fond du gouffre, impuissant, avec des larmes plein les yeux.
    Le garçon frotta pouce et index l'un contre l'autre quelques secondes, comme absorbé dans une profonde réflexion. Puis, un sourire conciliant s'afficha sur ses lèvres.

      « Je venais cacher le cadavre de Mirror. Il est insupportable et il prend trop de place. »

    Humour approprié s'il en était. En fait, Yoan n'aurait jamais touché à une antenne du papillon, fût-il bien plus pompeux que dans son imagination. Ceci dit, à voir la tête du copain de Claris, il n'était pas sûr qu'il comprenne l'ironie.
    Sa poitrine lui envoya un autre signal désagréable qu'il ne parvint pas à identifier. Frustration, colère, jalousie ? Tout était trop confus. Beaucoup trop. Il préférait les chiffres pairs et les raisonnements froids, Yoan. Il avait toujours préféré ça au bête instinct qui le jetait dans la gueule du loup. Néanmoins...

      « ... Je te fais peur, pas vrai ? »

    C'était plus un constat objectif qu'une réelle question, à vrai dire. Il le sentait. Un peu. Un va et viens entre 'j"ai mal', 'vas-t-en" et les impressions qui ne parvenaient pas à le traverser. Le jeune homme avait l'impression désagréable de n'être guère plus qu'un voile liquide a travers lequel n'importe qui aurait pu passer. Si c'est ça que ressentent les fantômes, alors il vaudrait plutôt mieux les plaindre.
    Arrête de ressentir. Arrête d'être là et de me regarder comme ça. J'y suis pour rien si tout est cassé, tu comprends pas. Moi non plus je comprends pas.
    Le jeune homme tendit la main vers le vide, appuyé sur un genou au bord. Il accorda une brève pensée à la dangerosité de ce qu'il était en train de faire. Si la marche craquait encore, il se brisait la nuque. Crac. Rien de douloureux là-dedans. Yoan recula à peine. Se rendit vaguement compte que son bras lui faisait mal. Et rien d'autre.

      « ... Tu veux de l'aide ? »

    'Oui mais pas la tienne', c'est ça ? Tu as le droit de me détester, après tout. Ce n'est que justice.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Sam 20 Avr 2013 - 17:44

...

Soren ne voulait pas savoir s'il se moquait ou s'il s'inquiétait; il ne voulait pas qu'il le regarde, juste qu'il le laisse en paix. Depuis l'accident de la fête d'anniversaire, il n'avait plus revu le frère jumeau de Claris et ne s'en était jamais plaint. Ces yeux froids et vides, engourdis de songes et d'idées qui nageaient et se perdaient dans un océan terne, lui apparaissaient parfois dans l'éclat de son couteau quand il mangeait. Inévitablement, la nausée le prenait et il devait se faire violence pour ne pas quitter la table. Les mois qui faisaient valser les saisons avaient peu à peu contribué à estomper cette image mais elle restait présente, dans un coin de son esprit. A ressurgir parfois, à prendre la poussière en attendant le jour où Yoan reviendrait mettre la lame sous sa gorge. Il ne se sentait pas en sécurité, avec lui. Il y a comme un frisson et un couteau qui s'échappe d'une main dans un sursaut de conscience.
Cling sur le carrelage; crac sur le sol froid.

« Je venais cacher le cadavre de Mirror. Il est insupportable et il prend trop de place. »

Soren se figea, incapable de savoir si Yoan plaisantait ou s'il disait la vérité. Considérant que l'insecte était muet et ne prenait guère de place malgré son envergure, il préféra s'en tenir à la thèse de l'ironie et fronça des sourcils désapprobateurs dans le vide. Non, ce n'était pas drôle: plaisanter avec ce genre de choses n'était jamais drôle. Aux yeux de Soren, se jouer de la vie d'un animal n'était pas amusant. Pour son pauvre petit cœur trop émotif, un rien pouvait parer ses traits d'indignation.
Quoique c'était idiot de faire la grimace au noir. Il ne le voyait, pas celui d'en haut.
Il peinait à se dire qu'il existait vraiment, ce jumeau et ce reflet aussi pale que la lune. Tu n'es qu'un morceau de rêve ou un espoir que la douleur habille de chair et de sang pour un instant. Disparaît maintenant, disparaît. Laisse moi tranquille.

Non...?

« ... Je te fais peur, pas vrai ? »

Un bête élan de fierté faillit lui faire rétorquer le contraire haut et fort. Au lieu de ça, il garda la bouche close et laissa un silence éloquent rebondir entre les murs rongés par l'humidité. Peur ? Évidemment, qu'il lui faisait peur: crier le contraire l'aurait juste rendu ridicule, à ses yeux et à ceux de Yoan, qui devait pertinemment savoir qu'il tremblait en ce moment même. Comment aurait-il pu ne pas avoir peur de lui ? La forêt, le couteau, Anora, la nuit, le froid... Toutes ces images n'évoquaient pas d'agréables souvenirs. Il avait vraiment cru mourir, ce jour là. Entre les mains d'un frère invisible sorti d'un néant inaccessible. Est-ce que ça aurait été bête, de finir ainsi ? Le dos contre la terre et la tête tournée vers des étoiles qui se seraient moquées de lui dans un scintillement infini et mille grelots ?
Ça aurait dû se terminer comme ça de toute façon. Tu n'as pas honte d'être encore en vie malgré tout ?
Si, un peu.

Un craquement le fit redresser les yeux, et Soren vit une main tendue dans sa direction. Yeux écarquillés dans lesquels brillaient encore quelques larmes, il hésita à tendre la sienne en retour. Seule la pensée que la distance, trop importante, n'aurait pu être comblée de cette façon le retint. Ça et le regard de Yoan qui l'effrayait toujours autant; mais il préférait se dire que la peur ne l'aurait pas poussé à refuser une aide providentielle.
Vas y, occulte. Ça te connait bien, après tout.

« ... Tu veux de l'aide ? »

Non, j'aimerais bien mourir là en paix, s'il te plait. Alors si tu pouvais partir, ça m'arrangerait.
Soren se serait giflé s'il l'avait pu. Une claque sur chaque joue, ça l'aurait peut-être réveillé. Coincé dans ce trou par sa propre bêtise, il n'avait pas le droit de se plaindre. Il boudait comme un enfant, souhaitait se réveiller ailleurs, dans son lit ou dans le parc, peu importe tant qu'il était à l'abri. Il voulait fuir cette obscurité, fuir la douleur, fuir ces yeux qui le fixaient sans la moindre étincelle de vie...

Il était persuadé, au fond de lui, que Yoan aurait préféré le voir mourir là. Alors...

« … Pourquoi est-ce que tu m'aiderais ? Tu t'en fiches, de ce qui peut m'arriver. »

Une nouvelle tentative pour se redresser le dissuada, dans un bruit sourd, de retenter l'expérience. Sa cheville brisée se rappelait sans cesse à lui comme un enfant en manque d'attention, et la douleur était de plus en plus difficile à ignorer. Son père lui avait dit que tout finissait par passer et sa mère qu'elle serait toujours là pour lui, mais...

Un sanglot étouffé retentit depuis le bas de l'escalier où la malchance avait poussé Soren sans ménagement.
Il pensait souvent qu'il aurait aimé être quelqu'un de plus fort et de plus courageux, qui ne pleurait pas pour une cheville cassée, des souvenirs ou des fantômes translucides aux yeux clairs.
Il pensait souvent qu'il aurait aimé être quelqu'un de mieux.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Ven 26 Avr 2013 - 2:51

    Yoan eut une pensée affectueuse pour l'AEA qu'il avait laissé, ronflant malgré toute sa vanité, au coin de l'oreiller de Claris dans la chambre des filles. Monsieur aimait son confort. Il ne se rappelait pas avoir inventé Monsieur comme ça. Mais apparemment, tout ne se passait pas comme escompté, ici. "Escompté". Comme si toute cette histoire avait été prévisible.
    Comme si quoi que ce soit avait jamais été prévisible.
    Yoan distingua un mouvement en bas, dans l'obscurité qui masquait le blond à ses yeux. La lumière avait beau s'échapper en rais de la porte ouverte, peu au-dessus d'eux, elle n'atteignait pas le fond du trou dans lequel cet empoté était tombé. Yoan ne mit pas longtemps à entendre sa voix à nouveau. Tremblante comme un "oui".

      « … Pourquoi est-ce que tu m'aiderais ? Tu t'en fiches, de ce qui peut m'arriver. »

    Le garçon replia doucement les doigts, un mouvement progressif les ramenant les uns après les autres au creux de sa paume. 1, 2, 3, 4, 5. Puis sa main revint vers lui. Evidemment. Qu'est-ce qu'il gagnerait à aller l'aider, d'abord ? L'esprit prosaïque du garçon fit rapidement le calcul : absolument rien. Ce n'était pas son genre, les gestes désintéressés. Il ne se souvenait pas de la dernière fois où il en avait eu un pour un inconnu.
    En même temps, est-ce que c'était vraiment sa faute à lui ?
    Accroupi sur sa marche branlante, le regard plongé dans le trou, Yoan se rendit compte qu'il avait la nausée. Quelque chose comme ne plus pouvoir se supporter lui-même lui donnait envie de courir au fond de la cave et d'y rester, les mains sur les yeux, jusqu'à ce que sa soeur veuille bien le reléguer au cagibi. Et l'y laisser, cette fois. Je t'aime beaucoup, petite soeur. Mais tu es cruelle. Et pas qu'elle.
    Ou plutôt, il ne pouvait pas supporter le regard des autres. De ceux qui n'étaient pas encore tordus dans tous les sens.

      « ... Tu as raison, tiens. Pourquoi je ferais ça ? ... Je veux pas que Claris soit triste. »

    Même à ses propres oreilles, sa voix sonnait faux. Mais s'il avait essayé de le tuer - ou quelque chose comme ça, il ne s'en souvenait plus très bien - alors il n'aurait pas dû s'embêter à risquer de se casser un truc pour lui venir en aide. La logique dans tout ça ?
    Mais elle a fui avec tout le reste. Il n'était pas un meurtrier. Il n'était pas cruel, à la base. Enfin, le croyait-il. Il ne savait plus. Il voulait juste qu'on lui fiche la paix, qu'on arrête de lui mettre tout son détraquement en plein visage. Trop, c'était trop. Moi, je n'avais jamais rien demandé à personne.
    Ceci dit, il n'avait pas le choix.
    Après s'être balancé un instant au bord du gouffre, Yoan finit par en jauger le fond du regard. Ce n'était pas si profond. Si le garçon n'avait pas pu atteindre la main qu'il lui avait tendue, c'était parce qu'il ne pouvait pas se tenir sur ses jambes.
    Grimaçant à l'idée de se mettre des échardes plein les doigts, Yoan fit basculer son poids dans le trou en se tenant aux planches, après une seconde d'hésitation. Une jambe cassée. Un bras. La nuque. Et tout serait fini, peut-être que ce serait bien. Oui ?
    Non. Le blond glissa au côté de son reflet en chair et en os sans une égratignure. Il s'accroupit à nouveau, écarquillant les yeux dans le noir.

      « En fait je ne sais pas. » Murmura-t-il, et c'était la vérité. « Si tu arrêtais de me regarder je pourrais peut-être partir sans me retourner. »

    Du silence, du silence, et du silence encore. Le garçon avait mal, sourdement, quelque part dans la poitrine. Et ce même si l'éclat bleu avait été englouti par les ténèbres. Il ne lui rappelait que trop qu'il n'avait rien à faire là. Il ne lui rappelait que trop tout ce qu'il n'aurait jamais dû faire. Cela le harcelait, ne le laissait pas en paix. Il n'était pas la personne qu'il aurait dû être. Il ne l'avait jamais été, et on l'avait remercié pour cela. Alors pourquoi était-il encore là ?
    Maintenant que la lumière s'était éteinte, tendre la main dans le vide était inutile. Mais Yoan ne chercha pas pour autant à toucher le jeune homme qu'il était venu secourir. Par peur de se brûler. Ou de le brûler, lui.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Mar 30 Avr 2013 - 2:43

...

Sa cheville lui faisait atrocement mal mais pour faire le chemin inverse, il tairait la douleur. Voilà ce dont Soren essayait de se persuader pour ne pas avoir envie de retenir Yoan dans un sursaut de peur et de réalisme; une fois qu'il lui aurait attrapé le bras, même sous une stupide impulsion, il ne pourrait plus faire demi-tour. Il pouvait s'en aller, retourner au fond de la cave si ça lui chantait et fureter à travers les débris et la poussière. Tant qu'il le laissait se redresser et retrouver ses repères, il se fichait de ce qu'il faisait de sa nuit. Ça ne le regardait pas, il n'avait pas envie de savoir – et il avait peur. Parce qu'il y avait quelque chose d'anormal dans l'éclat trop terne des yeux de ce garçon qui lui ressemblait à s'y méprendre, quelque chose de vivant et de mort à la fois qu'il ne voulait pas revoir. Un seul face à face lui avait suffit. Celui-là n'était pas nécessaire, il avait retenu la leçon. Claris allait bien, hein ? Il n'avait pas besoin de lui faire de mal. En bon élève, en bon premier de classe, Soren s'arrangeait toujours pour ne pas s'attirer d'ennuis. Les coups de baguette, ils n'avaient jamais été pour lui.
Je ne suis pas un cancre, et j'ai beau ne pas être courageux, je fais ce qu'il faut. N'est-ce pas ?

Il avait retiré sa main.

« ... Tu as raison, tiens. Pourquoi je ferais ça ? ... Je veux pas que Claris soit triste. »

Lui non plus ne voulait pas que Claris soit triste. Ils s'entendaient sur ce point, c'était bien; alors il ne comptait pas passer le reste de sa vie dans ce trou sombre et humide. Il allait remonter seul, retourner à sa chambre qu'il n'aurait jamais du quitter et attendre le lendemain pour se rendre à l'infirmerie. Il n'avait aucune idée de comment soigner une telle blessure, mais peut-être qu'Emrys le savait. Il ne voulait pas lui causer de soucis, mais... Mais il n'avait pas le choix. Ça m'embête déjà assez que tu me vois comme ça – que tu me vois tout court, pourquoi tu ne t'en vas pas pour de bon ?
Bien sur, qu'il avait raison. Pourquoi lui venir en aide quand il l'avait menacé dans la forêt ? Depuis, il n'était plus retourné vers les bois. Il n'y retournerait plus jamais. Bêtement, il avait pensé qu'il n'y avait qu'entre les vieux troncs qu'il aurait le malheur de croiser ce reflet trop pale pour exister par lui-même.

Un bruit le força à étouffer un cri surpris; un regard pour l'escalier en miettes qui ne supportait plus la silhouette de Yoan. Le pauvre garçon effrayé tenta de reculer sans réel succès, ses mains crispées sur le sol glacial. Il faisait froid, trop froid, et il aurait pu fermer les yeux qu'il n'y aurait pas vu plus clair. Il faisait sombre, au fond de ce gouffre.
Et il se distinguait malgré tout dans l'ombre, comme un relief inquiétant et indésirable.

« En fait je ne sais pas. Si tu arrêtais de me regarder je pourrais peut-être partir sans me retourner. »

Soren cligna des yeux dans la pénombre incertaine. S'il avait eu moins peur, il aurait tendu la main pour se saisir de l'épaule de Yoan, pour se rassurer et le situer par rapport à lui. Tout ce qu'il était capable de faire puisque la peur le paralysait à demi, c'était respirer et calmer les battements affolés d'un cœur au supplice, et c'était déjà un énorme effort. Il aurait préféré se laisser tomber et s'endormir, flotter sur un océan d'inconscience bien plus agréable que cette peur qui le tenaillait méchamment.
Il ne le voyait pas. Il pensait pourtant le regarder.

« Il fait noir, tu ne me vois même pas. Tu peux partir. »

Il laissa passer un soupir désarticulé. On y voyait rien, là-dedans. Capter son regard, le pouvait-il seulement ? Il voulait bien le laisser passer. S'il promettait de le laisser tranquille, il voulait bien tout.
Et s'il le détournait ? Ses orbes figés refusèrent de lui obéir. Tout son corps gelé lui aurait désobéit, même s'il avait essayé de toute ses forces.

« Je peux remonter tout seul, fit-il soudain d'un ton pressé, ce n'est qu'un escalier. Ce n'est même pas si grave que ça. »

Si, c'était grave; non, il ne pourrait pas remonter tout seul. Était-il seulement capable de raisonner correctement ? Pauvre Soren, de qui on avait été si fier. Si intelligent, si raisonnable, si sage. Ici, il n'y avait plus personne à rendre fier, de toute façon.
Il aurait voulu lui demander ce qu'il était.



Mes RPs deviennent de plus en plus obscurs et dépourvus de sens. /mur/
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Jeu 2 Mai 2013 - 0:09

    Et au final, l’obscurité se dissipait sans qu’il puisse rien y faire. Ses yeux éblouis par la lumière artificielle qui n’avaient su trouver de repères dans un noir brutal recommençaient à fouiller les ténèbres, dissipées par des fragments plus clairs qui dessinaient des formes. D’un côté, il aurait préféré rester dans ce noir gluant qui ne semblait pas avoir d’autre but que de l’aspirer ; se noyer la tête. Mais tout ce qu’il faisait, il se devait de le faire - je le fais pour toi – il n’avait plus le droit de vivre pour lui-même. Ou de vivre tout court. Quelle que soit la façon dont il aurait dû appeler la façon dont son cœur diaphane battait en ce moment.
    Engourdi par les cris. Asphyxié par la peur. Ecrasé sous ses propres replis de honte et de haine.
    Il aurait voulu croire comme les enfants, qu’en se cachant le visage dans les mains il disparaîtrait aussi au monde extérieur. Je suis là pour toi. Laisse-moi partir.

      « Il fait noir, tu ne me vois même pas. Tu peux partir. »

    Un sourire amer, d’ailleurs imperceptible, fut la seule réponse que Yoan put donner à l’autre garçon. Non, désolé. Ce n’est malheureusement pas possible.
    Enfin, il aurait pu le laisser mourir de faim au fond de son trou. Au fond, cela n’aurait pas martyrisé ses jours. Non ?
    En tout cas, la voix oppressée qui résonnait dans le noir semblait le lui implorer. Laisse-moi là, que je meure sans que tu m’importunes. C’est ça, je te laisse dépérir dans ton coin, l’idéaliste. Après tout je m’en fous.

      « Je peux remonter tout seul, ce n'est qu'un escalier. Ce n'est même pas si grave que ça. »

    Laisse-moi m’en aller, je veux partir. Et lui aussi voulait qu’il s’en aille. Pensif, Yoan passa une main dans son cou, tandis que l’autre se tendait comme indépendamment de sa volonté. Tout proche, c’était ce que suggéraient les échos qui s’éloignaient peu à peu. Les doigts tièdes du jeune homme frôlèrent une joue refroidie par les larmes et se glissèrent un instant dans les cheveux de son reflet ; il enroula une mèche autour de son index comme par un vieux réflexe un peu effacé. Comme si.

      « Bien sûr. » Le garçon ne put totalement effacer l’éclat railleur de sa voix. A 50%, tu meurs. Puis il laissa filer en chuchotement, comme pour lui-même. « Bien sûr… »

    Bien sûr, je m’en vais. Puisque tu dis que tout va bien, tiens. Je vais pas te prier. Yoan cligna des yeux comme pour émerger d’un rêve. Il se releva, effleurant du regard la forme indistincte qui vacillait entre les faisceaux de lumière transparents, puis levant la tête, il se demanda ce qu’il ferait de sa nuit, en remontant maintenant. Pas grand-chose, sûrement. Enfin, qu’il l’aide ou non, la différence ne serait pas notable. Perdre son temps, c’était tout ce qu’il savait faire.
    Les yeux accrochés à la lueur là-haut, Yoan plongea les mains dans ses poches. Son regard erra un instant sur les marches.

      « Je m’en vais alors, puisque c’est ce que tu veux. » Deux pas dans l’autre sens. Ce n’était pas son problème.

    En même temps, Claris n’aimerait sûrement pas voir son ami mourir de faim dans une cave obscure. Mais 50% c’est rien. Avec toute la logique du monde, il y aurait bien quelqu’un pour passer par là un jour où l’autre et entendre des cris. Il l’avait bien fait, lui.
    Un humain peut survivre quoi, trois jours sans manger ni boire ? Avec un peu de ténacité. Certes, les pensionnaires descendant à la cave n’étaient pas toujours animés des meilleures intentions ; et puis, il y avait une chose étrange enchaînée tout au fond, Yoan l’avait entr’aperçue. Mais bon. L’autre devait savoir où était son intérêt.
    Quant à lui, il pouvait bien se trouver toutes les excuses possibles. Avec un peu de mathématiques, c’était enfantin.

      « Un détail, juste avant. » Bizarrement, il avait quand même du mal à avaler sa salive. « C’est quoi ton nom ? ‘Naïf obstiné’ c’est un peu long. »

    En admettant qu’on se revoie, cela dit.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Jeu 2 Mai 2013 - 23:54

...

Les doigts contre sa joue lui tirèrent un sursaut involontaire et une grimace surprise; moins par peur que parce qu'il était étonné de la chaleur qu'ils dégageaient contre sa peau. Qu'est-ce que tu croyais, Soren ? Qu'il avait les membres glacés comme ceux d'un fantôme ? Dans sa précipitation à affirmer que Yoan n'était pas normal, il en avait oublié qu'il était avant tout vivant durant ce court laps de temps. Aussi vivant que lui, aussi vivant que Claris. Qu'il pouvait saigner et que sous sa poitrine, il y avait un cœur qui battait. Bam, bam, bam. Il aurait voulu le sentir pour le croire, mais tendre la main jusqu'à la poser contre sa poitrine était hors de question. L'aurait-il seulement entendu, avec le sien qui criait à s'en rompre les cordes vocales ?
Un cœur pour deux, ça ne pouvait pas être suffisant. Ses yeux bleus lancèrent un appel muet à l'obscurité et à la silhouette de Yoan qu'il distinguait dans la pénombre. Sa propre main s'arrêta à quelques centimètres de celle du jeune homme, à présent dans ses cheveux. Où est-ce qu'on a mis ton cœur ? La question informulée lui brulait la langue et les lèvres. Il faillit poser sa main contre la sienne.

Se détesta curieusement quand il la laissa retomber à son coté, froide et inutile.

« Bien sûr. Bien sûr… »

Soren fit de son mieux pour effacer le son de sa voix. Elle resta malgré ses efforts à résonner dans ses oreilles, à vaciller en mille et un tons, tous différents les uns des autres. La colère, il connaissait. C'était ce qu'il ressentait en ce moment même, pour lui et pour Yoan à la fois, pour le monde entier et le pensionnat. Bien sûr, oui. Bien sûr. Si tout avait été plus simple, moins prise de tête, si tout le monde avait été heureux et gentil, alors... Alors rien n'aurait raté, rien ne se serait brisé. Et je serais toujours là-bas, je ne t'aurais pas rencontré.
La peur balaya l'animosité précaire quand il entendit l'autre se relever. Il manqua de peu la main qui s'échappait dans le noir. Presque invisible. Si proche et pourtant si lointaine. Soren ressentit le poids de sa faiblesse tomber en chute libre sur ses épaules, qui s'affaissèrent dans un soupir inaudible. Il n'y avait rien à croire, ici.
Mais il faisait comme si.

« Je m’en vais alors, puisque c’est ce que tu veux. »

La rage revint, le fit enfoncer ses ongles dans ses paumes. Il ouvrit la bouche pour protester, puis la referma immédiatement. L'indignation se mêlait à son silence tandis que ses pensées tournaient en rond, incapable de trouver leur suite cohérente. Elles ricochaient entre elles dans un amas douloureux d'exclamations et de répliques amères. Il ne pouvait pas savoir ce qu'il voulait, il n'était pas lui ! Il ne pouvait pas affirmer une telle chose, il ne pouvait pas. Il l'avait dit, mais ça ne voulait pas dire qu'il le pensait. Ça ne voulait pas dire qu'il devait obéir. La pression le fit fermer les yeux.

Il le laisserait mourir là comme un animal. Cette pensée le terrifia plus qu'il ne voulut se l'admettre.

« Un détail, juste avant. C’est quoi ton nom ? ‘Naïf obstiné’ c’est un peu long. »

Ses lèvres closes refusèrent de s'ouvrir sur une réponse immédiate. Son nom ? Il ne lui était pas venu à l'esprit qu'il puisse ne pas le connaître; et maintenant, il se rendait compte que ces sonorités familières n'avait jamais dansé sur sa langue. Sans la deuxième partie de la phrase, il aurait sûrement répondu sans demander son reste, l'aurait laissé partir avec son identité en tremblant dans le froid de cette cave. Noyé dans sa propre douleur et incapable d'y faire quoi que ce soit. Au fond, ça n'aurait pas différé de la normale.
Il avait toujours été comme ça: pas autonome pour un sou et enclin à se reposer sur les autres à la moindre occasion. Il ne se faisait pas confiance, se savait faible et incapable pour bien des choses. Mais ça...

Sa voix partie, agressive, et le surpris lui-même.

« Et c'est mal, peut-être, d'être naïf ? C'est mal de vivre sans se poser de questions ? J'étais heureux, je n'avais rien demandé ! »

Il crut que sa voix allait exploser en mille petits sanglots, mais elle tint bon. Une boule à la gorge, au ventre et au cœur, il continua.

« Si tu dois m'appeler, continue de m'appeler comme ça, que j'ai quelque chose à revendiquer. Moi au moins, je... »

Il se demanda si ses lèvres allaient laisser passer la fin de la phrase. Elles le firent.
Ça faisait juste trop mal pour qu'il l'ignore.

« Je ne suis pas creux comme toi. »

Ses doigts tremblaient. Il toussa un peu pour s'être à demi-étranglé dans sa précipitation. Cette fois, il avait vraiment perdu pieds.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Sam 4 Mai 2013 - 13:59

    Yoan évaluait la distance entre lui et l’escalier. Il était déjà presque passé à autre chose – et à son avis, ça valait mieux. Il ne lui faudrait que quelques secondes pour trouver comment remonter – une minute au maximum, d’accord. Juste ce laps de temps, juste pendant ce temps, il faudrait que l’autre se taise. Et tout irait bien. Le garçon ferma les yeux, cherchant à taire le léger remord qui s’installait à l’idée de laisser là un ami de sa sœur. C’était bien le seul qu’il y avait à occulter, le seul. Et pourtant, la cadence douloureuse battait toujours dans sa poitrine. Là où avait dû se trouver son cœur à une époque – là où il se trouvait peut-être encore, il ne savait pas.
    Pour la peine, il aurait aimé aller vérifier.
    Il aurait aimé demander à Claris pourquoi il était là. Pourquoi, pourquoi, pourquoi. Demander à quelqu’un ce qui avait tout détraqué, un de ces jours de soleil ou leurs pieds battaient la poussière en rythme. Quel jour était-ce, déjà ?
    Il préférait qu’on ne lui réponde rien ; qu’on le laisse. Il était prêt à tout laisser, lui, alors pourquoi pas ?
    La voix de l’autre garçon résonna quand même, comme par pur désir de le contredire ; Yoan n’en ressentit qu’une vague gêne. Il ne se retourna pas. Des paroles en l’air ou des mots pour le contredire et le blesser – apparemment, l’ami de Claris savait très bien le faire. Il était énervant. Enervant avec son air innocent et ses souhaits naïfs, énervants avec ses yeux qui semblaient espérer encore. En fait il ne voulait pas l’entendre. En fait ses mots ne servaient à rien. D’un seul coup, le ton agressif de celui qu’il avait laissé derrière lui attaqua les oreilles avec des mots chargés à bloc.
    En fait Yoan se serait attendu à tout, sauf à ça.

      « Et c'est mal, peut-être, d'être naïf ? – non, non - C'est mal de vivre sans se poser de questions ? – ce serait bien - J'étais heureux, je n'avais rien demandé ! – moi non plus, idiot - Si tu dois m'appeler, continue de m'appeler comme ça, que j'ai quelque chose à revendiquer. – petit joueur - Moi au moins, je... »

    Yoan enfonça les mains dans ses poches. L’inspiration prise par son reflet fut brève avant qu’il ne lui crache son venin au visage ; hésitation minime. Il ne l’aurait pas cru capable d’utiliser de l’acide, comme ça, à tout va.

      « Je ne suis pas creux comme toi. »

    Et effectivement, l’attaque sonna creux dans sa poitrine. Le garçon resta immobile dans le noir – vide, vide, avec rien de plus à ajouter. Retourne-toi, espèce de lâche. Si je me retourne, je me fais tuer.
    Il n’y avait plus rien à tuer.
    C’aurait été illusoire de penser qu’à cet instant une vague de douleur déferla sur le jumeau de la gamine qui passait sa vie à chanter et danser ; un peu trop facile. Il ne ressentit ni envie de pleurer, ni même de la haine envers celui qui avait parlé – non, rien. Rien du tout.
    Ça sonnait creux, un peu partout entre ses côtes. Il ne sentit en lui que de la lassitude.
    Ses talons crissèrent contre un sol invisible lorsqu’il se retourna et rebroussa chemin – il n’en fallait pas beaucoup pour l’attraper. Curieux ou désœuvré, peu importait. L’autre avait raison, après tout. Il retourna s’accroupir face à lui, sur le bout de ses baskets. Tira comme pensivement la capuche de son sweat sur ses mèches blondes, alors que tout ce que tous deux pouvaient distinguer l’un de l’autre étaient encore quelques pâles détails en clair-obscur et le souvenir d’un coup d’œil dans un miroir.

      « Ça, c’est certain. » Il y avait toujours un certain sarcasme mordant dans ses propos.

    Cela faisait belle lurette, de toute façon, qu’il n’avait plus rien à voir avec ce qu’il aurait voulu être. Il aurait voulu être un reflet exact ; il aurait voulu être heureux sans se poser de questions. Ça n’avait jamais fonctionné – elle, lui, ils n’étaient plus qu’aux antipodes l’un de l’autre, et Yoan savait que c’était en partie la cause de sa présence ce soir. Tout se distendait. Tout s’effaçait. Il était fatigué ; il n’avait plus rien à quoi se tenir.
    Mais lui, l’autre, il avait encore cette fraîcheur qui se perdait petit à petit. Il ressemblait à Claris, un peu – il ressemblait à ce que Yoan aurait voulu être.

      « … Je te déteste pour ça. » L’obscurité ravalait ses paroles à quelques murmures.

    Le garçon pencha la tête, et une de ses mains vint s’appliquer sur la nuque de l’autre – sans trop savoir quoi en faire, d’ailleurs. Tu me déteste, je te tue ? Comme si tout était si simple. C’aurait été bien plus simple de savoir ce qu’il voulait ou ce à quoi il avait droit. Disparaître, tout rembobiner, déchirer en deux cette personne qui mettait du sable dans le mécanisme ou serrer ses poignets et ne plus la lâcher. Il ne savait pas.
    Soudain, une espèce de petit rire échappa au blond, comme un tressaillement furtif :

      « … Tu devrais pas prendre à cœur ce que je dis, tu sais. Ça n’a pas d’importance. »

    Parce que c’est du vent ; on ne s’offusque pas des paroles du vent. Beaucoup trop sensible – les doigts de Yoan glissèrent pensivement sur la nuque de son reflet – peut-être trop fragile.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Dim 5 Mai 2013 - 4:06

...

Ce n'était pas juste, vraiment pas juste. Soren s'était toujours astreint à tout bien faire, à ne jamais s'égarer du chemin que ses parents l'avaient aidé à tracer au fil des ans; il avait été un bon fils, un bon élève, un bon ami. Peut-être un peu timide, pas assez extraverti, mais intelligent et appliqué. Rien n'aurait dû clocher, rien n'aurait dû tourner de travers. C'était ce qu'il se disait parfois, allongé dans son lit, quand ses yeux s'attendaient à se poser sur le plafond de sa chambre, à Berlin. Le passé revenait toujours trop vite à la charge dans sa petite tête fragile et jonchée de doutes. Et ça faisait mal, plus que n'importe quoi d'autre. Il avait cru dans ces temps troublés que fermer les yeux et sourire, voir le meilleur de la vie et de ce qu'elle lui offrait suffirait à apaiser les cris et les tensions. Le problème ne venait pas de lui. Pourtant, les mains qui tremblaient pensaient le contraire dans une accusation glaciale.
Il aurait aimé remonter le temps et faire quelque chose. Il voulait retrouver sa maison, son père, sa mère, ses grands-parents et son oncle. Ses rues et son école, les après-midi passés à rire avec ses amis. Assis là dans une cave froide, la cheville brisée et Yoan face à lui, il se rendait compte que jamais il ne le pourrait. Que même s'il sortait, tout ça, c'était fini. Il n'y avait que la douleur derrière. Dedans. Derrière. C'était pareil. Dans son lit et au fond de cette cave, c'était pareil.
Au secours, j'ai mal. Je crois que je me noie.

Un hoquet, encore. Des larmes, à profusion. Il y en avaient qui étaient forts et ne regrettaient jamais rien; Soren n'étaient pas de ceux-là. Ne le serait jamais. Ça faisait longtemps qu'il ne se faisait plus d'illusions à ce sujet.

« Ça, c’est certain. »

Il rouvrit ses yeux brouillés de sel, surpris par la présence de nouveau toute proche de Yoan. Des paroles creuses, tout comme sa poitrine vide malgré le cœur qui y battait. Est-ce que ça faisait mal, de n'être rien ? Soren se posait la question, et ses pensées se perdaient dans sa confusion. Pourquoi est-ce que Claris cherchait un frère qui était déjà mort depuis des lustres ? Est-ce que c'était cet acharnement à ne pas vouloir laisser son souvenir partir qui le retenait ici-bas ? Yoan n'était rien d'autre qu'un fantôme habillé d'un peu de chair, juste assez pour faire fonctionner l'artifice. Un peu de couleur sur une toile, des traits gris parés de tons pastels un peu passés. Rien de tout ça n'était vrai. Soren s'en persuada s'y fort qu'il espéra que cette rencontre n'était que le fruit de son imagination, qu'il s'était évanoui et rêvait tout ça.
Que peut-être il n'y avait jamais eu de Yoan ailleurs que dans l'esprit de Claris.

« … Je te déteste pour ça. »

Cette déclaration le figea autant que la main qui rencontra sa nuque juste après. Ça ne pouvait pas être une hallucination ou un rêve, c'était impossible; cette main était trop humaine pour ça. Encore trop vivante. Ça ne passait pas.
Est-ce qu'il allait le tuer ? Se débarrasser de lui, le priver définitivement de la lumière ? Soren s'était toujours dit qu'il aurait aimé mourir en plein jour, sous un soleil éclatant. Que son dernier adieu au monde serait pour cet astre qui illuminait les rues de Berlin comme celles de villes à l'autre bout du monde. C'était beau, non, avoir la lumière dans les yeux pour partir ? Il avait toujours pensé ça. Il paniqua un peu.

Il faisait noir, ici, si noir qu'il ne distinguait pas entièrement Yoan. Ce n'était pas contre ce sol sale et froid qu'il avait envie de reposer. Et quand son interlocuteur se mit à rire, il lui sembla que sa voix résonnait directement dans sa tête et entre ses pensées.
Il avait encore mal, mais plus à sa cheville. Cette douleur là s'était tu et fondu dans sa peine petit à petit.

« … Tu devrais pas prendre à cœur ce que je dis, tu sais. Ça n’a pas d’importance. »

Un très faible sourire étira les lèvres pâles de Soren. C'était facile à dire, ça. Il croyait entendre son père lui dire qu'il ne fallait pas écouter les imbéciles qui se moquaient de lui à l'école; tellement plus facile à dire qu'à faire. Il était sensible. Chaque remarque voyageait droit vers son cœur, sans escale possible. Celles de Yoan ne faisaient pas exception, il était encore trop tangible pour ça. Il parlait encore trop fort et ses mots ressemblaient à ceux des autres sous ce voile de tristesse aux accents lointains.
Soren attrapa son poignet de ses doigts encore agités. Il ne chercha pas à l'éloigner, l'attrapa juste: et serra un peu.

« Pour moi ça en a. »

Inexplicablement.

« Pourquoi tu ne restes jamais ? »

Il ne se préoccupait plus de ses larmes; elles rouleraient de nouveau sur ses joues même s'il les en chassaient. Il ne ressentait que de la peur pour ce jumeau vaporeux, pour cette apparition qui allait et venait au gré de courants inconnus, ce qui ne l'empêchait pas de vouloir savoir. Pourquoi ? Il y avait milles autres questions qui se pressaient derrière ses lèvres désormais closes. Toutes ne méritaient pas de réponses, mais il désirait pour elles une suite. Quelque chose de consistant pour ses doutes, pour ses angoisses, pour le noir qui resserrait son étau autour d'eux. Il voulait un résultat à son équation, quelque chose qu'il puisse tenir, comme ce poignet en cet instant.

Il avait toujours peur et froid. Si un des murs avait pris feu, il l'en aurait sans doute remercié puisque rien ne comptait quand on était enfermé dans un placard, sans lumière pour se guider.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Sam 11 Mai 2013 - 23:47

    Il pleurait encore. Assis, immobile, Yoan le regardait faire en silence, se demandant si ce qu'il ressentait provenait d'un souvenir, de grosses perles salées roulant sans cesse sur les joues de sa jumelle. Puisque toujours, tout avait été défini par eux deux, il ne pouvait en être autrement, non ? Le jeune homme ressentit un tremblement qui se propagea dans ses doigts. Il se demanda pourquoi le pensionnaire pleurait toujours ; est-ce qu'il avait mal, ou était-ce encore de la peur ? Il n'arrivait pas à démêler l'écheveau d'émotions qui s'emmêlait sous sa main, et soudain, il eut peur qu'elle y reste piégée. Mais lorsqu'il voulut la retirer, celle du blessé l'empêcha de la reposer sur la froideur minérale de son jean. Yoan frissonna et eut envie de s'enfuir à toutes jambes ; et en même temps il ressentait une certaine chaleur. Ne me regarde pas, ne me retiens pas. Je veux partir.

      « Pour moi ça en a. »

    Yoan se mordilla les lèvres. Il n'aimait pas le tour que prenait la conversation ; il n'aimait pas cette sensation qui lui picotait le bout des doigts. Cela ne lui inspirait rien qui vaille. Il aurait dû rester dormir, finalement, au lieu de tenter le diable avec ses errances.
    Quel diable ? Il n'y avait rien à risquer, c'était ce qu'il passait son temps à se répéter. Il l'avait sentie, la lame du scalpel sur ses artères, alors...
    Et pourtant, est-ce que c'était l'effet miroir ? Il n'avait pas envie de bouger. Surtout pas envie de reculer.

      « Pourquoi tu ne restes jamais ? »

    En fait, je veux bien rester un peu. Juste un petit peu, d'accord ? Yoan fixa dans la semi-pénombre les traces claires que laissaient les larmes sur le visage de l'autre blond et se demanda s'il n'aurait pas fallu les essuyer. Les enfants pleuraient régulièrement, là-bas, avant... il ne se souvenait plus si ça l'avait dérangé ou non. Le jeune homme emprisonnait toujours sa main sur sa nuque, et la raison lui échappait. Mais de toute façon, tout lui échappait. D'une légère pression de cette main, il attira le visage du garçon à lui et posa ses lèvres sur les sillons brûlants laissés par ses larmes. C'est bon, arrête maintenant.

      « Pour ne pas que tu meures de peur ? » Souffla-t-il, mais bizarrement il se prit à regretter ce ton ironique. Il lui semblait en contradiction avec ce qu'il venait de faire.

    Et Yoan n'aimait pas les contradiction, parce que chez lui tout n'était que logique. Il y avait bien une justification possible à l'effet aimant qui le maintenant sur place au lieu de retourner dormir. Et puis, mine de rien, l'autre avait quand même cessé de lui hurler dessus, alors il pouvait bien faire un effort.
    Cela dit, il ne pouvait pas lui fournir de réponse concrète ; pour la simple et bonne raison que lui-même l'ignorait. Dommage dommage. Le mystère resterait complet. Il s'écarta un peu.

      « Je ne sais pas. Je ne peux pas... plus. »

    Alors peut-être qu'il n'était qu'un souvenir. Peut-être qu'il n'était qu'une âme à la dérive collée sous un peu de chair. En tout cas, pas quelque chose dont on aurait dû se soucier. Vraiment pas.
    Le garçon retint un soupir et pianota des doigts sur sa cuisse. Il allait le remonter et repartir. Bonne action de la journée effectuée, Claris serait fière de lui. A la réflexion, c'était toujours mieux que rien.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Dim 19 Mai 2013 - 3:09

...

Même si Soren essayait d'être généreux, il était quand même un peu égoïste; pour quel salut bataillait-il, accroché à ce poignet qu'il avait jusque là juré capable de lui enfoncer un couteau en plein cœur ? Il le pensait toujours. Mais à la différence de cette course à travers la forêt et cet éclat d'un bleu métallique entraperçu à travers l'ombre, entre deux planches de bois pourries, le contact n'était plus illusoire; ce n'était plus la représentation imaginaire de doigts glacés autour de sa gorge, ni celle d'une lame effilée et tranchante en travers de sa poitrine. C'était une main comme la sienne, vivante et vulnérable comme la sienne, qui enlaçait sa nuque et pouvait menacer de la lui briser d'une seconde à l'autre. Soren savait qu'il aurait dû s'en inquiéter plus que d'un simple cauchemar récurrent, mais il n'y parvenait pas. Il avait peur, bien sûr, mais la chaleur humaine le replongeait dans un puits d'espérances idiotes qu'il n'avait pas réussi à perdre, même avec le temps. Peu importe ce que Yoan faisait là, pourquoi il ne pouvait exister qu'à travers Claris et pourquoi son sourire avait quelque chose de dérangeant: il était palpable, il pouvait le toucher. Il était humain. Bêtement, la pensée qu'il puisse lui faire du mal était plus floue et moins concrète.

Tout ça parce qu'il restait persuadé qu'il existait du bon en chaque être humain, et qu'il avait un besoin presque irrépressible de pardonner. Qu'on lui prouve qu'il y avait quelque chose à sauver en chacun, que chaque épave recelait un trésor, même quelques pièces d'or: c'était tout ce qu'il désirait.
Soren tressaillit en sentant la pression que Yoan exerçait sur sa nuque se raffermir, mais le frisson cessa au contact des lèvres de l'autre garçon. Les doigts de Soren arrêtèrent de trembler et relâchèrent leur étreinte, tandis que ses yeux fixaient le noir, cherchant à agripper dans ce vide de couleurs un point de repère. En vain. La surprise pris le pas sur l'inquiétude et la tristesse, sur la colère et l'engourdissement. Tout à coup, et pour la première fois depuis qu'il était passé à travers ce maudit escalier, il se sentit soulagé.
Même la douleur lancinante qui remontait depuis sa cheville ne lui paraissait plus aussi insupportable.

« Pour ne pas que tu meures de peur ? »

Comme un enfant à qui l'on aurait fait la leçon, les lèvres de Soren esquissèrent une moue vexée et gênée à la fois. On ne changeait pas en quelques jours, et dans son cas on ne changeait même jamais: le jeune homme aux yeux embués avait beau avoir toutes les raisons de craindre ce jumeau qui apparaissait et disparaissait sans crier gare et sans laisser de souvenirs, il se sentit malgré tout coupable pour avoir élevé la voix. Mais il faut me comprendre, pensa-t-il en hésitant à laisser partir le poignet de Yoan, j'ai cru que tu allais me laisser là, seul dans le noir.
Soren était terrorisé par ce qu'il ne pouvait pas voir et par le vide qu'il ne voulait pas ressentir en refermant ses mains sur l'obscurité. Il faillit bien serrer Yoan contre lui dans un réflexe stupide quand il s'écarta et reprit la parole.

Ne disparais pas, s'il te plaît, ne disparais pas.

« Je ne sais pas. Je ne peux pas... plus. »

L'Allemand écarquilla les yeux pour mieux discerner l'expression de Yoan, comme si le moindre sourire ou le moindre rictus pouvait lui en apprendre davantage. Entreprise inutile puisqu'il ne savait pas lire dans les yeux comme certains le faisaient si bien; sa main lâcha le poignet du jumeau de Claris pour chercher à l'aveuglette son visage. Ses doigts effleurèrent les lèvres qui étaient venues apaiser sa peine et il les retira brutalement, peut-être surpris de les avoir trouvées si facilement et sans le vouloir. Peut-être surpris de ne pas être passé à travers, peut-être surpris de constater que l'illusion ne se levait pas une fois la peine allégée. Il prit une petite inspiration étranglée, le bras en suspend entre eux.

« Je ne comprends pas, et il était sincère dans sa confusion – qu'aurait-il pu y comprendre, de toute façon ? Ça n'a pas toujours été comme ça, n'est-ce pas ? Alors pourquoi... »

Il ne savait pas grand-chose de comment ça pouvait être, 'avant'. En général, il ne posait pas de questions trop personnelles à ses amis, de peur de les embarrasser ou de réveiller de mauvais souvenirs. Mais là, c'était différent.
C'était Yoan, c'était Claris aussi. Ils étaient deux, ils étaient un. Il aurait aimé trouver les bons mots, choisir les bonnes questions, ne pas avoir l'air effrayé ou ridicule. La peur avait beau avoir cessé de lui tenailler l'estomac, elle restait là, grondante, dans le coin d'un cœur qui battait trop vite.

« Qu'est-ce que tu as fait ? »

Prononcée plus bas, cette interrogation aurait aussi bien pu s'adresser à lui-même; il avait quitté Yoan des yeux pour fixer le sol qui se mêlait au gris ambiant, pensif sous le masque de la nuit. Ce n'était peut-être ni l'heure ni l'endroit pour en parler, mais qui savait quand il le reverrait ? Il y avait tant de choses qu'il voulait dire et faire... Curieusement, remonter n'en faisait pas parti, pas pour l'instant.

Un doute lui murmurait à l'oreille qu'une fois en haut des marches, le jeune homme au visage si semblable au sien s'évanouirait pour ne laisser de lui qu'une marque invisible et brûlante sur sa joue.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Mer 5 Juin 2013 - 0:42

    Plus il y songeait, et plus remonter lui paraissait la meilleure solution possible. Se tirer de là avec l'autre pensionnaire, l'abandonner sur le coin d'une marche, partir. Il serait bien retourné dormir, maintenant, il aurait bien fermé bien les yeux pour se reposer. Mais Yoan savait aussi que tout cela était de l'ordre d'un souhait bien vague, parce qu'il se rendait petit à petit compte qu'il y avait quelque chose qui l'attachait là, en bas. La sensation de malaise s'accentua comme une fleur éclose dans le noir jusqu'à ce que l'autre garçon libère enfin sa main prisonnière : il la retira bien vite, comme par peur de se brûler. Eut la surprise de sentir quelque chose rater une marche entre ses côtes au contact ténu de doigts sur ses lèvres.
    Le jeune homme tressaillit, se demandant si cette sensation n'avait pas été qu'un bref produit de son imagination décadente ; des étincelles semblaient lui parcourir les phalanges en suivant les rails dessinés par ses veines. Il n'avait plus du tout envie de s'en aller, et cela l'inquiétait fort - après tout, sa situation n'était pas des plus agréables, après tout, il faisait froid en bas. Mais il faisait toujours froid partout, et ici, ce n'était pas si désagréable que ça, finalement.

      « Je ne comprends pas. Ça n'a pas toujours été comme ça, n'est-ce pas ? Alors pourquoi... » L'insistance que le garçon mettait sur le sujet fit serrer les dents à Yoan. « Qu'est-ce que tu as fait ? »

    Il ne voulait pas. Y penser. Dans les battements de ses tempes s'alternaient l'envie de s'approcher plus près et celle de s'enfuir en courant, l'alternative d'un courant spasmodique potentiellement douloureux et d'un silence obscur et ouaté. Bizarrement, il ne savait pas quoi choisir.
    Tout ce qu'il savait était qu'il en avait assez que l'écho de sa course le poursuive encore et encore. Une pause, il voulait une pause. Était-ce trop demander ?
    Sa main tâtonna dans le noir, lui faisant prendre conscience de l'obscurité qui masquait à sa vue son vis-à-vis - pourtant, il avait bien cru l'entrevoir en clair-obscur dans les minutes précédentes. Est-ce qui la lumière s'était éteinte ou est-ce que c'était lui qui avait fermé les yeux ? Un instant il crut que la présence du pensionnaire s'était effacée, jusqu’à ce que ses doigts n’enserrent à leur tour le poignet tiède qui s'égarait dans le noir. Il la ramena jusqu'à sa poitrine - à ton avis, est-ce qu'il y a quelque chose, là, derrière le tissu, la peau et les os ? Yoan sentait bien le métronome battre la cadence accélérée sous sa peau, mais il n'aurait su faire la différence entre des rouages bien huilés et ce qu'il y avait dans la cage thoracique de l'autre garçon.

      « Moi ? » Dans un murmure, il se pencha en avant, et son front rencontra sans douleur les mèches éparses de l'égaré dans le noir, « ... qu'est-ce que j'en sais ? En quoi ça t'intéresse ? »

    Et tout est trop embrouillé, tout simplement, trop pour expliquer quoi que ce soit. Perdu entre nuances et contrastes, des souvenirs et des cauchemars, Yoan serra plus fort la paume du garçon contre sa poitrine.

      « ... Et là, tu crois qu'il y a quelque chose à voir, peut-être ? » Dissimulé par la nuit, il avait un sourire froissé comme de l'étain souple, qu'un éclat de flamme suffit à faire fondre.

    Ouvre-moi la poitrine, une bonne fois pour toutes. Comme ça on sera fixés.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Dim 9 Juin 2013 - 22:50

...

Pour un peu, Soren se serait attendu à se réveiller dans son lit, la tête embrumée et pris dans ses draps emmêlés. Un cauchemar ou un rêve au goût amer au fond de la gorge, et encore un peu d'obscurité dans des pupilles occupées à retracer au plafond une silhouette devenue familière. Ça aurait été pratique, non ? Que tout ceci soit un rêve, la douleur et la chaleur mélangés pour former une drôle d'histoire à ne raconter à personne. Emrys n'aurait pas à s'inquiéter de sa cheville cassée, comme ça, et personne ne lui poserait de questions. Il ne se rappellerait pas de ces lèvres ou de ces yeux, n'aurait plus à se demander comment arrêter les battements effrénés de son cœur – pourquoi est-ce qu'il battait aussi vite, déjà ? Seulement, ça n'avait rien d'un songe, Soren le savait bien.
Peut-être que ce bref sursaut de lucidité volé à sa sœur s'y apparentait pour Yoan. Mais pour Soren, ça n'avait rien à voir, et il se réveillerait avec la même douleur à la cheville et les mêmes doutes dans la tête. Pas moyen de faire machine arrière. Autant continuer, alors ? Se disait-il tout en s'étonnant de ne pas avoir reculé et prié un quelconque Dieu de lui sauver la vie. Il n'était pas courageux, ne le serait jamais et Yoan lui faisait peur, avec sa voix égale et ses sourires de travers. Il aurait dû reculer comme il le faisait toujours et appeler à l'aide.

Il ouvrit grand ses yeux quand une main trouva son poignet et le tira en avant; il se laissa faire avec appréhension, mais sans opposer la moindre résistance. Tout au plus avait-il une légère raideur dans le bras. Tu ne me feras pas de mal, n'est-ce pas ?

« Moi ? ... qu'est-ce que j'en sais ? En quoi ça t'intéresse ? »

Sa question trouva un écho dans son esprit et ses yeux scrutèrent aveuglement l'obscurité. Il était trop près mais la gêne n'arrivait pas à faire son chemin jusqu'à ses joues tant des soubresauts peu ordinaires s'accaparaient toute la place. Comme si son cœur avait triplé de volume dans sa poitrine, il laissa un deuxième rythme guider le sien, plus rapide de seconde en seconde. En quoi ça l'intéressait ? Il vit comme un flash le sourire de Claris, plus grand et plus franc que le sien, et qu'il ne pourrait jamais imiter. Ça avait de l'importance, n'est-ce pas ? Quelle que soit la vérité et la conclusion de la pièce, ça avait de l'importance. Ça comptait, Yoan comptait. Il était là et son cœur battait comme le sien, cadence accélérée et régulière. Il était vivant, même pour une nuit.
Il était vivant. Grippé mais vivant.

La pression le fit très légèrement reculer, et il se perdit entre les mots et les échos, incertain et hésitant. Que devait-il dire ? Un son en trop risquait de briser le mécanisme, et Soren n'aurait pas su le remonter.

« ... Et là, tu crois qu'il y a quelque chose à voir, peut-être ? »

Soren déglutit, infiniment triste pour une raison qu'il ignorait. S'ils se séparaient maintenant, Yoan lui laisserait ce poids sur le cœur jusqu'à ce qu'il daigne le lui reprendre, et il ne savait pas s'il le reverrait un jour. Il ne pouvait pas lui ouvrir la poitrine pour voir ce qui n'allait pas, ce qui tournait de travers et qui avait besoin d'un peu d'huile. Quelle ressort ne fonctionnait plus, quelle vis tremblait dans son lit de fer... Il pouvait juste appuyer doucement en espérant que ça atténue la brûlure.
Encore une fois, l'impression d'être inutile lui tordit violemment le cœur; si violemment qu'il en rata un battement ou deux. Presque comme un noyé à la recherche d'air pour ses poumons asphyxiés, il éleva la voix, pas plus qu'un murmure comme son vis-à-vis:

« Je ne peux pas savoir si tu ne me montres pas. »

Quoiqu'il y ait à voir, il acceptait de le voir. De le sentir, peut-être. D'essayer de le comprendre.
Quelques part entre ses côtes, entre ces petites secousses, il avait cru entendre un cri. Son front contre celui de Yoan, il ferma les yeux sur un silence qu'il ne voulait pas entendre plus longtemps. Parle sans allumer la lumière, s'il te plaît.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Mer 12 Juin 2013 - 21:35

    Si ses doigts avaient pu pénétrer sa cage thoracique et en extirper le simulacre de mécanique qui y battait la mesure, Yoan aurait pu lui en être reconnaissant. Mais d'un autre côté, s'il réussissait à en avoir mal, contrairement à toutes les autres nuits passées dans le noir depuis deux ans et demi (deux ans, deux mois et vingt-sept jours très exactement), il savait pourquoi. C'était la chaleur ; la main du pensionnaire qui tiédissait ses doigts raidis. Il n'avait besoin de personne. Il n'avait besoin que d'une seule personne. C'était ainsi que les choses avaient toujours fonctionné. La seule chaleur dont il avait besoin, la seule qu'il regardait de face, c'était celle de Claris - parce qu'il n'y avait qu'eux deux au monde. Les autres pouvaient sourire, Yoan voyait des grimaces dans leurs yeux blafards ; ou alors il y prédisait le jour où leurs lèvres faneraient et où le son de leur voix s'évanouirait pour ne laisser derrière lui qu'un faible écho désincarné. 
    Écho désincarné. 
    Au final, elle allait se retrouver toute seule si les choses n'évoluaient pas. Et lui allait s'arrêter comme un pantin mécanique fatigué à la longue.
    Il regrettait la chaleur humaine comme celle du soleil.
    Yoan serra douloureusement les doigts sur la main pressée contre sa poitrine. Mais je crois bien que je me sers de toi. Il ne savait rien de lui, pas même son nom. Et son nom, c'était de lui tout ce que savait l'autre.
    Pourquoi il posait autant de questions, aussi ? Il n'aurait pas pu simplement lui dire "Aide-moi à remonter" ? L'équation aurait été si simple alors.

      « Je ne peux pas savoir si tu ne me montres pas. »

    Front contre front avec son reflet, Yoan goûta à ses murmures tandis que son cœur cognait à grands coups répétés dans sa poitrine, martelant obstinément sa cadence accélérée. La main enroulée autour du poignet du jeune homme, il sentait son pouls affolé comme celui d'un gibier pris au piège, mais bizarrement, le sien n'avait rien de plus paisible à proposer. Tout près, maintenant, il ne savait plus bien où il était, si la lumière était allumée ou éteinte, il ne savait plus bien ce qu'il aurait été convenable de faire ou non. Ce qui aurait été intelligent de faire en tant que fantôme déconstruit et rancunier. Il cherchait la chaleur. Si ça avait pu être autrement qu'au hasard, il aurait préféré - s'il lui avait dit son prénom, la culpabilité n'aurait pas eu droit d'entrée. Mais il le connaissait, non. Claris passait tellement de temps à ses côtés. Elle. Lui. Eux. Pourquoi lui ?
    Yoan remonta sa main et intercala ses doigts entre ceux du jeune homme ; il n'y avait plus rien à montrer depuis la fête du scalpel. Ou peut-être que si. Il éteignait sa raison un instant - ou peut-être était-elle déjà loin et faisait-elle montre d'une présence illusoire. Tremblant, il cherchait les battements de son cœur, une main tâtonnant dans le noir, et sa bouche les trouva au coin de ses lèvres presque avec naturel. Il ne savait plus trop ce qu'il aurait dû en être - de jumeau à jumelle, de reflet à reflet, est-ce qu'il était toujours pris au piège derrière le miroir ? Sa bouche n'avait pas le goût de cendre et de soleil à l'agonie. Pourtant, il devait bien y avoir un piège quelque part, puisque toute sa vie n'avait été qu'un immense traquenard. Et pourtant, et pourtant... Tu es tellement égoïste.
    Et je ne sais même pas dire ton nom.

    Le jeune garçon s'écarta en entremêlant ses soupirs, encore embrouillé par les coups douloureux de la mécanique entre ses côtes contre laquelle il serrait toujours des doigts qui n'y étaient pour rien ; il n'avait rien à lui répondre, il n'avait rien à lui montrer, il n'avait rien, rien du tout. Mais il aurait voulu cette présence comme un palliatif ou juste compagnie au fond des ténèbres, il aurait voulu que tout soit autrement. C'était tout.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Jeu 13 Juin 2013 - 17:26

...

On est vivant.
Ce qu'il y avait après la mort n'avait pas sa place ici. Les fantômes dans lesquels on passait des mains tremblantes, les souvenirs qui embuaient nos yeux, les fleurs déposées sur les tombes... Un cœur qui bat le concerto affolé d'un oiseau pris au piège – les ailes ou les pattes abîmées, même sous des mètres de terre et de ciment, même avec un épitaphe et tous les pleurs qui allaient avec, il ne pouvait pas être mort. Même avec un corps pour deux, même sans larmes salées sur les joues, il ne pouvait pas être mort. Soren le sentait là, contre sa paume et ses doigts, à sa chaleur, tandis qu'il faisait abstraction du barbelé qui semblait s'être noué autour de son cou fragile. Peut-être que s'il attendait encore, il entendrait un cri ou un glissement, quelque chose qui puisse lui indiquer la direction à prendre et lui révéler un bout de passé, un bout de réponse. Pour un petit garçon qui avait vécu toute son existence dans un cocon fermé, bercé d'amour et de mots rassurants, malgré la fuite et les disparitions, le froid et le malheur étaient encore des concepts bien inconnus à ses yeux brillants. Quand il se laissait tomber à genoux et pleurait sur ce qu'il avait perdu, il ne goûtait pas encore un quart de ce qu'avaient vécu certains pensionnaires. Il était pourtant incapable de s'avouer honnêtement qu'il avait eu de la chance dans son malheur. Là, là... Il était désolé s'il ne pouvait pas comprendre, s'il était encore trop naïf et idéaliste, si son ciel était encore trop bleu. On ne lui avait pas appris à le voir autrement. Papa, maman, même si je ne vous reverrai jamais, je voudrais que...

Une bouteille lancée dans une mer noire d'encre. La seule chose à laquelle il pouvait se raccrocher dans ces ténèbres, c'était Yoan dont il sentait le pouls et les doigts, la chaleur diffuse et rassurante que ne lui procurait pas l'air oppressant de la cave. Il devait bien y avoir une raison et une explication derrière tout ça; au royaume de la confusion, Soren se fichait bien d'être une planche de bois à la dérive. S'il voulait se raccrocher à lui, il ne reculerait pas. Il avait juste peur qu'une pression trop forte le fasse irrémédiablement chuter, Yoan avec lui. De toute façon, songea-t-il avec une pointe d'amertume, je suis déjà au fond du trou. Comment tomber plus bas, il se demandait ? Est-ce que c'était seulement possible ?

Bien sûr que c'était possible.

Il ne le repoussa pas, n'y pensa même pas. Là où il aurait hurlé de peur quelques minutes plus tôt, il n'avait plus envie de bouger, encore moins de se débattre. Il y avait quelque chose qui clochait dans toutes ces pièces attachées les unes aux autres – et s'il démontait tout, au final, il aurait plus de chance de trouver ce qui n'allait pas. Vérifier l'assemblage, pièce par pièce, chercher l'erreur. Soren n'avait pas assez confiance en lui pour faire une telle chose. Alors à son niveau, avec ses mains souvent trop maladroites et ses lèvres qui laissaient s'échapper de nombreuses bêtises, il voulait pouvoir trouver ce qui n'allait pas. Seulement voilà, la solution ne se trouvait pas dans un livre, et encore moins dans ses calculs.

Yoan recula, et Soren était incapable de le quitter des yeux – ce qu'il pensait voir de lui. Il n'osait pas resserrer la main qui comptait toujours les battements de son cœur, de peur de lui faire mal. De le faire fuir. C'était stupide pourtant; il était celui des deux qui ressemblait le plus à un animal effrayé. Ne baisse pas le fusil vers moi, ne le baisse pas. Quand est-ce que ce que Yoan ressentait avait commencé à l'atteindre ? On est vivant.
Toujours en silence, Soren fit glisser ses bras derrière le cou de celui qui lui ressemblait tant, le serrant le plus fort possible contre lui. Avec sa force dérisoire, il n'aurait même pas pu lui faire mal s'il l'avait voulu. Ses étreintes étaient juste douces et tendres, comme on lui avait appris à les faire. Il aurait pu en profiter pour le poignarder qu'il n'aurait pas regretté son geste. Il ne voulait pas être cassé avec Yoan, il voulait...

« Moi je vois et je sens quelque chose. »

Et peut-être qu'il avait tort, peut-être qu'il n'y avait rien. Peut-être qu'il imaginait des battements et des rires là où il n'y avait que le silence, celui qui survient après la mort, celui qui nous enveloppe de son linceul sombre et ne nous quitte plus jamais. Soren ne l'aimait pas. Il s'en fichait de ce qu'il y avait vraiment sous cette peau, il voulait juste que Yoan soit là. Là.
Il n'en demandait pas plus – là tout de suite.
Je ne regretterai rien.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Mer 19 Juin 2013 - 18:13

    Et pourquoi. Pourquoi tout était tordu ? Pourquoi est-ce qu'il était incapable de voir le monde avec ces yeux clairs, pourquoi ne l'avait-il jamais pu ?
    Embrasser les miroirs déformants n'allait pas changer son reflet à lui. Il pouvait bien coller la joue sur la surface froide, presque liquide, en priant pour qu'elle l'avale et le dévore, jamais cela ne se produirait ; et jamais cette glace ne le restituerait autre que ce qu'il était. C'était futile. C'était peine perdue.
    C'était incompréhensible. Incompréhensible, cette douceur qui l'envahissait lorsque les bras du jeune garçon se nouaient autour de son cou. Yoan glissa les mains dans son dos et le serra contre lui, enfouissant son visage au creux de son épaule. L'agneau égaré, ce n'était pas lui. Depuis quand la brebis galeuse cherchait-elle les câlins au mépris des risques de contagion ? Le problème était qu'il n'y avait personne dans ce puits obscur pour lui ordonner de ne pas entraîner quelqu'un d'autre dans sa chute. Et même, il n'aurait pas écouté alors. Parce que l'égoïsme était tout ce qui lui restait pour se dire "Je suis là". Je suis vivant, peut-être même.

      « Moi je vois et je sens quelque chose. »

    Par pitié, redis-le. Yoan sentit le bout de ses doigts se crisper sur les omoplates de son double tandis qu'un sourire cassé en deux déformait ses lèvres, invisible. Il avait à peine conscience de ce qui était en train de se produire, et n'était même pas sûr qu'en pleine possession de ses moyens, il aurait été capable de s'en défendre. L'une de ses mains rejoignit l'épaule du jeune homme pour le serrer plus fort, comme pour se nourri des battements de son cœur ; une mécanique bien huilée et des dents de scie grinçantes.
    Reste avec moi.

      « A mon avis, tu te poses beaucoup trop de questions. » Sa voix était rauque, presque fatiguée.

    Et au fond, cela n'avait pas vraiment d'importance. Son cœur n'arrivait pas à s'arrêter de battre, maintenant qu'on lui avait mis un coup d'électrochoc. Il ne voulait pas que ça s'arrête. Pas tout de suite. Le blond releva la tête dans un froissement de tissu et ses doigts cherchèrent derechef les joues de l'autre garçon, sa peau tiède, empreinte mouvement de ses expressions au milieu des ténèbres et d'un souffle un peu trop rapide. Il avait le cœur logé dans la gorge, et le froid qui l'habitait lui brûlait la chair, il ne pouvait que murmurer.

      « Alors, ce nom ? »

    Pour que je puisse au moins le crier.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Jeu 11 Juil 2013 - 23:51

...

Une étreinte en réponse à la sienne, qui dilua lentement l'obscurité dans un soupir sucré. S'il y avait encore de l'amertume au fond de cette tasse, Soren n'en avait plus qu'un arrière goût fade, pas assez prononcé pour le faire réfléchir. Pas assez prononcé pour le faire reculer, pour le sortir de ses pensées abruties par la peur et la stupeur. S'ils étaient remontés sans rien ajouter, s'ils s'étaient quittés sans un mot ou un geste de trop, ils n'en seraient pas là à se raccrocher l'un à l'autre, à la recherche d'une porte aux contours flous. Depuis les escaliers branlants au dessus d'eux, les planches aux doigts crochus semblaient tendre leurs mains décharnées vers lui pour terminer ce qu'elles avaient entamé, et Soren ne pouvait se résoudre à lâcher Yoan. Et lui n'allait pas le lâcher, n'est-ce pas ? S'il s'accrochait à lui, ça voulait bien dire qu'il acceptait de rester. Perdu dans un océan de sensations dont il ne saisissait pas toute la portée, tiré de tous côtés par des vents et des courants contraires, son drôle de reflet semblait être la seule alternative stable qu'il possédait. Il ignorait s'il en allait de même pour Yoan, mais... S'il pouvait donner sans compter, alors justement il ne comptait pas. Yoan pouvait prendre ce qu'il voulait: il ne lui demanderait pas de comptes.

De là à savoir s'il serait encore en mesure de se regarder dans le miroir (et Claris ?), c'était une autre histoire. Une à laquelle il n'avait pas envie – par paresse, par égoïsme du moment ? – de donner une fin. Plus tard, plus tard.

« A mon avis, tu te poses beaucoup trop de questions. »

Les lèvres du jeune homme s'étirèrent faiblement tandis que les mains de Yoan trouvaient son visage, glaciales et brûlantes à la fois. Soren avait de drôles d'envies aux lèvres et des avertissements qui carillonnaient en une ribambelle de clochettes au creux de ses oreilles; des poignes invisibles le tiraient en arrière, dans l'espoir d'ores et déjà envolé de le ramener à la raison. Il ne pensait plus, ne réfléchissait plus, ne voulait plus rien voir ni entendre qui ne soit pas Yoan. C'était bien simple, non ? Tant que l'obscurité persistait, il avait besoin de lui. De toute façon, cette apparition éphémère s'en irait avec la lumière dorée du soleil. Il ne pouvait pas la lâcher tant qu'il sentait sa chaleur contre lui. Il l'avait déjà dit, juré devant le noir qui lui fermait involontairement les yeux; je ne regretterai rien.

Le courage lui manquait, comme toujours. Cette fois-ci ne faisait pas exception.

« Alors, ce nom ? »

Personne n'en saura rien.
Sa langue hésita à lui donner la réponse, formant en silence les boucles de ce nom qu'il lui avait refusé plus tôt. Qu'est-ce qu'il y perdait, au fond ? Mentir pour quelque chose d'aussi trivial, ce n'était pas son genre. Après, est-ce que toute cette situation lui ressemblait ? Se serai-il reconnu si, en équilibre sur le bois affaissé, il avait baissé les yeux vers cette pièce improbable ? Il préférait tirer les rideaux et se taire. Pas de public pour applaudir ou huer, rien qu'eux d'eux. Pas de nom de scène non plus. Juste la triste réalité à découvert.

« Soren. »

Et même si c'est dur, je t'en supplie, prononce le comme il faut.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Jeu 25 Juil 2013 - 0:14

    C'était sans doute parce que Yoan ne voyait pas ce soleil traître se lever à nouveau un jour qu'il pensait sans lendemain, en bon automate bloqué sur une heure au hasard ; sans doute une seconde aléatoire perdue dans les profondeurs d'un sommeil chronométré. Qu'arriverait-il et que verrait-il à son réveil ? A ce stade, il préférait poser les mains sur les yeux de sa jumelle et rester dans le coma pour toujours après cela.
    Parce qu'en ce qui le concernait personnellement, il s'en moquait.
    Ses lèvres répétèrent en arabesques lascives le nom qui lui avait été donné, l'apposant dans un souffle sur la bouche qui venait de le formuler avec une douceur fiévreuse. Le jeune garçon noua pour de bon ses bras derrière la nuque de Soren pour lier à son coeur battant la chaleur qui lui déchirait la poitrine et se répandait sous sa peau comme du feu liquide, l'embrassant comme s'il voulait faire de leurs deux respirations une seule, ou les arrêter pour toujours.
    L'oiseau tombé du nid ne se débattait plus ; lui savait très bien ce qu'il voulait. Et très opportunément, il avait désactivé le calcul des conséquences dans sa tête.
    Est-ce que ta cheville te fait toujours mal ?
    Yoan glissa une main sur le genou de cette jambe maladroite, se dégagea d'un geste souple, et d'un seul coup sentit la froideur minérale du sol contre ses paumes. Un vague sourire flotta sur ses lèvres en effleurant du bout des lèvres la gorge qu'il aurait tout aussi bien pu étrangler : Soren risquait d'avoir mal au dos.
    Douleur accessoire comparée à la profondeur des eaux dans lesquelles ils désiraient tous deux se noyer. Y sombrer jusqu'à ne plus jamais remonter à la surface, vider sa tête dans sa chaleur pour toujours, Yoan lui-même n'aspirait plus qu'à cela. Peu importe tout le reste.
    En toute légitimité, le jeune homme passa une main sous le pull de son compagnon en lui glissant l'idée qu'il serait bien plus utile comme tapis de sol - des dents mordillant des lèvres ouvertes sur des sourires tremblotants. C'était innocent.
    Ou pas tant que ça.
    Clairement, ses mains ne l'étaient pas.
    Mais il faisait toujours aussi noir ; le soleil ne se lèverait pas. Le jour ne viendrait pas. Alors peu importait, au fond. Il n'y avait plus qu'une route à suivre.


Dernière édition par Claris Linden le Lun 21 Avr 2014 - 19:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   Dim 4 Aoû 2013 - 23:56

...

Himmel


C'était affolant la propension qu'avaient les papillons à s'agglutiner aux lumières ; ils s'y brûlaient les yeux, perdaient leurs ailes et la chute se chargeait du reste. L'espace d'un temps, peut-être se trouvaient-ils si près du bonheur qu'ils en oubliaient le reste, projetés dans un cocon de félicité et d'extase éphémères. C'était un plaisir qui ne durait pas et pour lequel ils payaient le prix fort : parfois, Soren aurait aimé savoir ce que pouvaient penser les insectes qu'il retrouvait près des lampes, grillés d'avoir trop espéré. Le parallèle était aussi intéressant qu'il l'effrayait, et ses mains avaient beau le savoir, elles s'accrochaient à Yoan au lieu de le repousser, le laisser à l'ombre qui ne manquerait pas de l'engloutir. A quoi pensait-il en nourrissant les ténèbres ?

acht, sieben


Peut-être qu'il ne pensait pas, qu'il ne pensait plus. Maman avait toujours été derrière lui pour s'assurer de son bien-être et de sa sécurité. Même au pensionnat, il n'avait jamais été seul, on l'avait soutenu et épaulé tout du long. Hors du nid, le poussin ne savait faire que des bêtises et prenait les mauvaises décisions. Cette pensée, cette conclusion bien triste l'aurait sûrement peiné en d'autres circonstances. Dans une situation ou les lèvres de Yoan n'auraient pas été sur les siennes, où il aurait pu réfléchir librement. Les rouages étaient grippés – ou au contraire trop glissants pour qu'il puisse être raisonnable.

sechs


Le sol était froid, l'air était glacial, la nuit était malveillante. Il lui avait trouvé depuis son enfance un air mauvais avec son front foncé, serti d'un œil unique et brillant. Cette course avant son entrée l'avait conforté dans la peur de l'irréel qu'elle apportait avec elle. Soren ne voulait pas lâcher Yoan, c'était sa seule source de chaleur dans cet univers morbide. Il avait aussi peur qu'un gamin ; ce qu'il était d'ailleurs, éternellement coincé dans un corps presque adulte.

fünf, vier


A le voir, personne n'aurait pu jurer que sa cheville le lançait encore. D'autres sensations avaient chassé la douleur, la remplaçant par un blanc agréable, à peine amer. La lumière venue du plafond lui blessait les yeux lorsqu'il les entrouvrait, tellement lointaine qu'il l'imagine appartenir à un autre monde. Oh oui, il était bien loin de chez lui. Et il n'avait pas envie d'y rentrer, pas tout de suite. Perdu pour perdu, s'il pouvait faire passer le temps... Il appuierait le doigt sur la trotteuse qui continuait sa course solitaire. Ce n'était pas bien. Où s'était donc volatilisée cette conscience dont il s'était si souvent vanté ?

drei


Il n'était pas un bon garçon. Tant pis, il ferait avec, comme tout ce qui lui était arrivé durant ces trois longues années. Le bruit du tissu, si discret, se confondit avec la brise qui jouait les passe-murailles. Qui se souciait encore de ne pas dormir sur un matelas de pétales de roses ? Tout ce que Soren voulait, c'était avoir chaud. Sans arrières-pensées (vraiment ?) il rattrapa les lèvres de son reflet.

zwei


Le Petit Poucet avait eu l'ingéniosité de paver son chemin avant de s'enfoncer dans les bois, quand bien même son entreprise n'avait menée qu'à un nouvel égarement, plus sinistre cette fois-ci. Qu'est-ce qui lui avait pris de descendre ces escaliers ? Pourquoi le bois capricieux avait-il cédé ? Toute cette bâtisse était un piège à hurlements et désespoir, dans laquelle les fantômes côtoyaient les vivants sans un regard pour ce monde parallèle. La grande question, qui trottait dans la tête des philosophes, était de savoir lequel des deux côtés était le plus heureux.

eins


Dis-moi Soren, est-ce que tu es heureux ?
Accroché à Yoan, il décida de couper le son et l'image et se laisser sombrer dans l'eau stagnante d'un lac. C'était un moyen comme un autre de filtrer la lumière qui lui agressait les yeux.

Terre ? Non, ce n'était pas la terre sur laquelle il avait posé un pied en démêlant ce labyrinthe.
Bienvenue en Enfer.



Suite du contenu censurée.
Merci à Nii' pour cette merveilleuse image.
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MessageSujet: Re: [RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]   

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[RUDY] Et si on jouait à la marelle les yeux bandés ? {Linden} [R - 86]

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