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 Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]

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MessageSujet: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Lun 10 Juin 2013 - 1:25

Heart Attack
J'ai encore le doigt sur la détente.


    Respire, merde. Inspirer, expirer, s'étouffer avec du sang dans la gorge, tu sais comment ça marche, pas vrai ? Ça va revenir, forcément. Ça fait pas mal, écoute. Bien sûr que si, ça fait mal. Bien sûr que non, tu ne peux pas respirer. Ou même ressentir quoi que ce soit.
    Il n'y a juste plus rien. Rien du tout.


    Selenda referma l'ouvrage qu'elle tenait entre les mains d'un geste sec. Ses doigts tremblèrent une fraction de seconde sur la couverture. Elle croisa les jambes, les décroisa, leva les yeux vers une des hautes bibliothèques dont débordaient les livres à l'odeur de papier moisi. Entre deux rayonnages, une jeune fille avec de grands yeux clairs lui lançait un regard curieux. L'elfe se leva brusquement et l'humaine disparut très vite derrière les rangées de dos bruns. Elle, se contenta de prendre d'une main apparemment négligente l'ouvrage qu'elle consultait un instant plus tôt pour retourner le placer entre ses confrères. Ses doigts coururent sur les reliures de cuir. Lorsque le silence qui résonnait dans ses oreilles était troublé par des gloussements importuns ou même quelques chuchotements discrets, les canines pointues de l'elfe grinçaient avec agressivité. Elle sentait quelques tressautements de colère un peu trop importuns.
    Impassible, Selenda tira un livre d'une étagère au hasard.

    Quelque chose l’avait arrachée à l’obscurité sans prévenir, introduit l’oxygène dans ses poumons sans lui demander son avis, rallumé sa conscience avec une brutalité sauvage. En équilibre sur la rampe d’escalier, l’elfe avait basculé en arrière et ressenti le choc violent du sol contre son épaule, laissé échapper un cri, peut-être, mais ce n’était pas certain.
    Pourtant en un sens, les retours à la vie avaient quelque chose d’habituel, non ?
    Non, bizarrement, pas cette fois. Cette fois, elle avait juste ressenti un énorme écroulement interne en se redressant à l’aide de deux paumes intactes, en portant les doigts à ses yeux, aller-retour hébété des uns aux autres, passage des ongles dans des cheveux où la masse de sang noir coagulé avait disparu.
    Un rêve. Juste un rêve malade à s’en arracher la peau. Rien de grave.
    Rien d’assez crédible pour faire durer l’illusion plus d’un instant. De toute façon, en bas, il y avait l’étincelle d’une conscience aussi secouée que la sienne. Les perceptions de l’elfe allaient et venaient en désordre, ses pensées s’éparpillaient, et un hoquet d’angoisse soulevait sa poitrine comme un électrochoc pour faire repartir un cœur comateux. Sur le moment, la seule chose qu’elle avait pu faire était d’enfouir son visage dans ses genoux en se couvrant les oreilles avec force – dans l’espoir vacillant d’oublier le monde entier pour de bon.


    Une lourde pile de livres fit trembler la table au bois doré lorsque Selenda la lâcha sans précaution sur sa surface polie. Elle considéra l’édifice bancal un instant d’un œil sombre, debout à côté de la table sans se soucier des rayons déclinants que lui envoyaient le soleil dans la figure.
    A vrai dire, elle ne savait plus trop quoi faire.
    Elle était entière, c’était déjà un bon point. Elle envisagea de dresser une liste de tous les points positifs au lieu d’étaler dans des livres inconnus les points négatifs sur la totalité de ses journées. Mais étrangement, l’objectivité n’avait pas l’air d’être au rendez-vous. Visiblement, elle s’était fait la malle avec tout le reste. Et on abandonne le navire au premier glaçon flottant ; merci les gars, pour votre soutien. Et maintenant ?
    Même son intégrité pouvait se discuter, du coup.
    Allô bonjour, je vous appelle pour disposer d’un corps de rechange avec cerveau fourni s’il vous plaît. Comment ça, la ligne n’est pas desservie ?
    Selenda se jeta dans un fauteuil avec un air qui ne présageait rien de bon et ouvrit un livre avec brusquerie. Vu la délicatesse de ses mouvements durant ces derniers jours, il était étonnant que la bibliothécaire ne l’ait pas encore fichue à la porte. Cela dit, elle ne l’avait jamais croisée, encore, la bibliothécaire – contrairement à certains autres personnages énigmatiques, aperçus une fois ou deux au coin d’un couloir.
    C’est qu’elle évitait tout autant qu’eux la compagnie des autres pensionnaires, désormais.

    Activité nocturne, chambre désertée, c’était ce qu’on pouvait dire d’elle depuis un moment maintenant. Le toit, la forêt, la bibliothèque – jamais de lieux publics. Courant d’air comme jamais. Elle ne voulait voir personne. Elle vomissait le monde qui le lui rendait bien. Elle exécrait quiconque comme jamais, bien trop occupée à renvoyer honte, délabrement psychologique et colère sur les éléments extérieurs pour espérer construire dans l’immédiat un jugement à peu près sensé. Objectivité, justice, ces concepts étaient ensevelis sous des débris de mur. Sans doute que la paroi vitrée en question n’avait jamais été que le fruit d’un recul de l’objectif, qu’un élargissement du champ de vue, toujours plus loin, toujours plus en arrière.
    Dommage qu’elle ait fini par se prendre la focalisation interne de plein fouet.
    En même temps, la ligne de mire se rétrécit vite, avec un seul œil.
    Elle aurait dû tirer.
    Un ou deux regrets lui tournaient dans la tête et revenaient à la charge quoi qu’elle fasse pour s’en débarrasser. Elle aurait dû ignorer les provocations. Elle n’aurait pas dû perdre. Elle aurait dû tirer.
    Elle avait perdu, et cette simple pensée l’emplissait de colère, parce qu’une telle remarque n’avait pas non plus lieu d’être. Cela n’avait pas de sens. Tire, ne tire pas ? Sois toi-même ou ne le sois pas ? A quoi ça correspondait, d’abord, hein ?
    Elle avait un mur à reconstruire, elle. Qu’on lui foute la paix, c’était pas trop demander non plus.


    Le soleil était allé se coucher depuis longtemps, et la bibliothèque était déserte depuis longtemps. Posée non loin d’un ouvrage à la couverture de lin pâle, une chandelle achevait de consumer sa mèche dans un rougeoiement si faible que la lumière semblait agoniser devant l’obscurité. La plupart des livres de la pile étaient entassés en désordre devant les bottes brunes de la jeune femme, qui avait pris la peine de les poser de sorte qu’ils ne s’abîment pas. Par ailleurs, l’absence notoire de la bibliothécaire semblait indiquer que le geste avait été accepté. Cependant, le dernier ouvrage avait été repoussé à l’extrême bord de la table, et il n’y avait que quelques mèches blanches éparses pour s’intéresser aux caractères entrelacés à l’encre violettes qui s’y déployaient. Bras croisés sur le plateau de bois, Selenda dormait depuis un moment déjà : l’excuse de la narcolepsie qu’elle employait régulièrement pour justifier ses fuites incessantes n’était pas entièrement dénuée de fondements ; l’elfe passait presque deux tiers de ses journées à dormir. Elle avait succombé au calme, c’était tout. Elle dormait d’un seul œil, de toute façon. De toute façon, elle déguerpirait avant l’aube. Elle était juste un peu fatiguée.


Dernière édition par Selenda le Lun 25 Nov 2013 - 2:13, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Dim 16 Juin 2013 - 5:36

Ça ne tenait qu'à quelques mots de quelques syllabes qu'il répétait sans arrêt dans sa tête depuis plusieurs jours ; juste quelques traits noirs modulés dans une gorge serrée, expirés du bout des lèvres par une voix probablement brisée. Rien que ça. Il le savait parfaitement. En avait déjà fait l'expérience. C'était simplement un peu différent, un peu plus complexe peut-être – plus difficile à assumer, tout simplement parce que cette fois il avait un public auquel s'adresser. Finis les spectacles à en pleurer de pathétique sur fond de silence et de respirations douloureuses. Finies les nuits passées à sans cesse changer de position dans l'espoir d'enfin retrouver le sommeil. Finis les regrets avec lesquels il faut vivre parce que c'est comme ça, qu'on ne peut rien y faire, qu'il ne sert à rien de s’appesantir sur le passé. Fini, tout ça. Le disque était trop abîmé, impossible de le faire fonctionner. C'était tout simplement impossible. Impossible, impossible – et à quoi bon, hein, de toute façon ?
Ce n'était pas comme si qui que ce soit voulait l'entendre.
Assis dos au mur, jambes repliées sur des draps qu'il ne défaisait que trop rarement, Kélian ne s'accorda pas même un soupir. Son souffle resta coincé entre ses lèvres, mourant et indécis ; il n'avait pas de somnifère sous la main et aucune envie de se glisser jusqu'à l'infirmerie pour vérifier si, oui ou non, il y en avait dans un des placards immaculés – et bien sûr qu'il y en aurait. Il y aurait peut-être aussi des squatteurs, et pourquoi pas des esprits frappeurs ; la porte menant au parc serait peut-être ouverte, Mask déciderait peut-être de venir lui faire la leçon et très honnêtement, il n'en avait aucune envie. La seule présence qui le détendait tout à fait était celle de Clarence. Avec lui il n'y avait ni jugement, ni méfiance. Juste ce qu'il fallait d'humanité. Ça lui convenait parfaitement. Les autres pensionnaires ne lui inspiraient ni confiance ni sympathie, savoir Heather à moins d'un mètre de lui le mettait mal à l'aise, les enfants lui tapaient sur le système, Selenda était aux abonnées absentes et le monde entier le jugeait – son humeur oscillait entre le zéro et le négatif de façon constante. C'était éprouvant.
D'un geste lent et sciemment discret, le jeune homme étira ses jambes devant lui. Ses pensées étaient sans cesse parasitées d'éclats carmins et de reflets ambrés, de cris qu'il aurait pu jurer réels et de douleurs à lui en briser les jambes. Il ne pouvait plus approcher Heather sans sentir son cœur trébucher, rater des battements ; au moindre contact, son corps rejetait toute trace de gentillesse en un million de frissons nerveux. Il s'en voulait, pour ça. Vraiment. Il aurait aimé la croire ou douter tout à fait, tirer un trait sur ces corps sans vie et cette sensation de vertige avant de totalement lâcher prise : choisir l'un ou l'autre, faire quelque chose, se prendre en main, n'importe quoi, peu importe – tout pourvu que cette léthargie paranoïaque cesse. Ce n'était pas viable. Pas durable. Ça ne pouvait pas durer, tout simplement.
Il n'avait qu'à tendre la main. Chasser le malaise. Rire. S'allonger. Rallumer la lumière.
C'était simple. Simplissime.

Alors pourquoi n'y arrivait-il pas ?

Ses pieds ne firent pas le moindre bruit quand il les posa contre le plancher de la chambre. A la lueur de la lune, il voyait bien suffisamment pour être capable d'enfiler ses bottines sans mal ; la chemise abandonnée au pied de son lit glissa par-dessus son t-shirt blanc sans qu'il prenne le temps de la nouer. Bref regard sur le côté. Vinny dormait à poings fermés. La porte se referma sur un sourire amer : quand il serait complètement crevé, lui aussi se rendrait sagement au royaume des rêves. Et tant pis s'il rêvait, justement. Les médicaments ne résolvaient pas tout les problèmes.
Tantôt guidé par la pénombre, tantôt aidé des chandelles ou de la simple sensation de ses doigts frottant contre le plâtre, il se dirigea à foulées contrites, presque forcées, vers la bibliothèque. Peut-être qu'il fuyait le problème. Peut-être qu'il fallait parler, exorciser le mal. S'excuser. Dire quelque chose. S'avouer à soi-même ce qui se murmurait à demi-mots quand la conscience s'évaporait en fumées blanches. Admettre qu'il avait eu peur. Qu'il se sentait coupable. En parler. Et pas simplement avec Clarence.
Il craignait presque autant ses propres réactions que celles des autres ; il y avait matière à se froisser le cœur, quand on décidait d'arrêter de penser. La porte de la salle s'ouvrit sans protester.
Puisqu'à première vue il y était seul, il ne la referma pas aussi soigneusement qu'il l'aurait fait d'ordinaire. Personne ne s'en plaindrait. Ses pas résonnaient faiblement entre les allées, comme intégrés au silence qui baignait la pièce. Sans lumière supplémentaire pour s'éclairer, il y voyait juste assez pour ne pas avoir l'impression d'être dans le noir complet sans pour autant pouvoir lire quoi que ce soit sans se faire mal aux yeux : pas que ça l'importe vraiment. S'il voulait tant que ça lire, il le ferait malgré tout. Ce n'était pas les solutions qui manquaient.
En guise de solution provisoire, il attrapa une bougie abandonnée sur une table à sa gauche. Les rayons se ressemblaient tous ; le silence était presque plus présent que les livres aux couvertures brunes. C'était si silencieux, à vrai dire, qu'il aurait pu jurer y entendre le moindre soupir. Le plus léger tressautement d'épaule, aussi involontaire soit-il.
Visage fermé sur une expression égale, Kélian hésita à faire demi-tour. Ce n'était pas qu'il la fuyait. Il n'avait en définitive pas vraiment eu l'occasion de décider s'il voulait le faire : elle était beaucoup plus douée que lui à ce jeu-là. De tellement, tellement loin qu'il aurait pu en oublier que ç'avait pu être un jeu un jour. Il aurait aimé lui écraser un livre sur la tête. Au lieu de ça, il se contenta de tirer le bougeoir de son côté ; d'éteindre, entre le pouce et l'index, la flamme agonisante qui éclairait encore la table. Quand il s'assit au bord d'un fauteuil en face d'elle, briquet dans une main et bougie neuve dans l'autre, il ne jugea pas pertinent de relever le regard vers elle.

Si elle arrivait encore à dormir, tant mieux pour elle. Une flamme dorée vacilla dans la pénombre.

« C'est pas un endroit pour dormir. »

Son murmure se perdit dans le cliquetis du briquet. Le bougeoir remplissait de nouveau son rôle.

Et maintenant, comment retenir un courant d'air ?



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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Mer 19 Juin 2013 - 0:00

    Bien sûr que non, elle ne rêvait pas. Enfin, elle était habituée au noir - depuis si longtemps qu'elle ne se rappelait pas avoir connu autre chose. C'était sans doute mieux, d'ailleurs. Pas de déchirures ensanglantées d'une glue noirâtre dans des songes entièrement vides. Juste un engourdissement temporaire, temporairement salvateur, juste de quoi se voiler la face encore un moment puisqu'elle ne réussissait à vivre que comme ça.
    Volets fermés, stores baissés, la chaleur faible, très faible de la petite flamme l'atteignait à peine, sa lueur plus du tout. Personne ne viendra. C'était ce qu'elle avait pensé avant de s'endormir, idiote. En même temps, ce n'était pas comme si elle avait pu s'empêcher de sombrer. Personne ne viendra. Ou au pire, un étranger insomniaque qui passerait vite son chemin.
    Le vieux bois craquait à peine, assez loin, et rien de plus qu'un tressaillement n'aurait pu indiquer que le bruit importun avait été perçu - guère plus qu'un tremblement d'épaule ou le frissonnement d'une oreille. Loin, très loin.
    Mais elle ne l'entendait que trop bien.
    Il aurait pu être plus discret qu'un souffle d'air qu'elle aurait senti sa présence sans avoir besoin de l'entendre - comme celle de n'importe qui d'autre, d'ailleurs. De là à reconnaître le rythme de ses pas où le ton de sa respiration, il n'y avait pas grand-chose. Ce n'est pas si difficile, de distinguer les êtres vivants les uns des autres ; au point ou parfois, elle aurait préféré se tromper. Était-il utile de préciser qu'elle ne voulait pas lui parler ?
    Lorsqu'un bruit étouffé témoigna cruellement du fait que oui, il l'avait parfaitement vue - en même temps elle avait laissé un phare allumé en pleine mer comme pour signaler sa présence - et que non, il n'allait pas passer son chemin comme si de rien n'était, l'elfe retint un mouvement crispé du poignet. Ce qu'elle aurait pu faire, elle ne savait pas très bien. Se lever et s'en aller, se lever et tirer, ou simplement se volatiliser sur place. Les possibilités ne manquaient pas, et elle aurait pu en trouver des dizaines d'autres en quelques secondes.
    Par contre, impossible de dire ce qui la retint là, appuyée sur le bois chauffé par sa peau, immobile. Un fond d'orgueil qui voulait crier qu'elle s'en moquait, qu'elle se moquait de tout, peut-être. Non, je n'ai toujours peur de rien.
    Ou alors elle était plus épuisée qu'elle ne l'imaginait.

      « C'est pas un endroit pour dormir. »

    Un cliquetis facilement identifiable se fit entendre et un crépitement discret prit la relève. Oxygène brûlé, respiration, soupir du cuir - Selenda ne fit pas un geste.
    Affirmer qu'elle n'évitait personne aurait été un mensonge superbe.
    Kélian n'aimant pas les mensonges, elle envisagea de lui servir celui-là sur un plateau d'argent. Et ensuite disparaître, sans doute. Sans doute qu'elle pensait à la meilleure façon de le planter là en beauté. Sans doute qu'elle cherchait désespérément à fuir, encore.
    Relativisons. Il n'y a rien de grave. Rien, pas vrai ?
    Mais elle ne voulait pas lui parler. Elle ne voulait pas risquer de pouvoir admettre que braquer cette arme avait été un tort et reconnaître qu'il avait eu des raisons pour agir comme il l'avait fait. Qu'il avait pu être dans son droit, et que cela n'en faisait pas un ennemi, pas plus que d'autres. De toute façon l'ennemi était partout, partout. Ça n'aurait pas dû lui faire mal, normalement. Ou alors elle aurait dû pouvoir relativiser.
    Mais elle le détestait. Et aurait voulu le détester plus encore.
    Objectivement, elle ne pouvait pas lui en vouloir. Elle aurait voulu être objective, et détestait qu'en ce moment ce soit si difficile. Elle aurait dû choisir un camp, une attitude, mais n'y parvenait pas non plus. Pardonne ou tire-lui dessus, mais fait quelque chose - quelque chose comme ça.
    Bon dieu ce qu'elle le haïssait.

      « ... Fous-moi la paix. »

    Les quelques mots qu'elle parvint à lui accorder filtrèrent, étouffés, presque inaudibles ; mais le silence révélait tout comme un écho indiscret. Elle n'aurait pas pu faire plus clair, non ? Elle voulait juste qu'il s'en aille, que tout le monde la laisse tranquille. Cela ne pouvait pas être si difficile après tout. Une existence aussi transparente que la sienne. Le fait d'éprouver des remords l'aurait rendue aussi folle que la honte. Qu'il ne la force pas à bouger de là où elle était. L'obscurité lui convenait mieux. L'obscurité et le silence.
    Ouais, j'ai perdu, et alors ?

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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Jeu 27 Juin 2013 - 22:54

La mèche de la bougie se consuma dans un crépitement étouffé ; que la lumière soit. Quelle idée de s'endormir là, vraiment. Il avait dû le faire plus de cent fois. Du doigt, pensivement, Kélian poussa la chandelle et son support en avant ; les ombres suivirent docilement le mouvement de la flamme orange, tremblante et si fragile. Ce n'était pas le meilleur endroit pour l'éviter. Le briquet tomba sans un bruit dans la poche de son pantalon. Ce silence lui pesait, le dérangeait – et si sa voix avait su y mettre fin, rien ni personne ne put l'empêcher de reprendre ses droits la seconde qui suivit. Personne ne daigna le faire, plutôt. Ses yeux gris couvrirent la silhouette endormie du regard, hésitèrent, tremblèrent à la lueur de la bougie. Il ne réussirait pas à dormir et était persuadé de l'avoir réveillée, alors – autant parler, non ? Autant discuter, tout mettre à plat – on peut faire ça, oui ou pas ? Il retraça la ligne de ses épaules en silence, observa les reflets que la lumière faisait danser sur ses cheveux clairs. Elle allait devoir finir par lever la tête. Ce n'était pas comme s'il lui laissait le choix. Allez, regarde moi.
Sourde à des injonctions qu'il ne prononça pas, elle refusa de lui accorder le bénéfice du doute. Tant pis pour elle ; ce n'était pas lui qui passait son temps à éviter tout le monde, après tout. Ce n'était pas lui qui avait un problème. Ce n'était pas lui et, au fond, c'était beaucoup plus facile comme ça. Dis moi que tu me détestes, j'ai rien à justifier. Ou juste un peu. Juste auprès de lui-même. Juste parfois, uniquement lorsqu'il faisait noir et que le silence l'étouffait comme autant de terre et de débris. Ce n'étaient que des craintes et des douleurs fantômes, une culpabilité injustifiée – ou justifiée, pour ce qu'il en savait, ça n'avait pas grande importance. Il allait bien.
Admettre le contraire avait quelque chose de difficile, en pleine lumière.

« ... Fous-moi la paix. »

D'un mouvement lent, fatigué, il saisit sur son fauteuil un crayon abandonné qui menaçait de lui transpercer la jambe. De nouveau, il semblait avoir oublié la présence de la jeune femme ; ne partit pas pour autant. Après avoir vaguement fouillé dans ses poches, il trouva un morceau de papier suffisamment grand pour être noirci de ces signes auxquels lui seul était habitué. Si le pensionnat savait traduire chaque langue et chaque dialecte...
Le stylo protesta faiblement quand il en retira le bouchon.

« Non. »

Doucement, avec une diligence et une application presque scolaire, il s'appliqua à tâcher le blanc de mots noirs ; à la lumière de la bougie, tout prenait des teintes un peu plus claires. Il craignait vraiment qu'elle ne s'en aille. Craignait, surtout, de ne pas pouvoir la retenir. N'avoir aucun moyen de le faire rendait sa situation précaire, stressante – détestable. Ce pouvoir en lui-même l'était. Détestable. Cet endroit, cette fille, cette façon que le monde avait de se moquer d'eux, ces absences, ces jeux et ces évidences – tous aussi détestables les uns que les autres. Il aurait mieux vécu sans. Aurait été plus heureux chez lui, là où rien ne pouvait vraiment aller plus mal.
Crayon posé sur la table, il leva le papier à hauteur de la flamme ; yeux clos, il poussa un imperceptible soupir. Tout s'était éteint, ce jour-là. Chaque lumière, chaque toute petite parcelle de blanc s'était fondue dans le noir et les échos. Peut-être avait-il simplement besoin d'un peu de temps pour s'habituer de nouveau à distinguer les contours d'objets dont les ombres seules lui tiraient déjà des frissons. Peut-être. Il fallait essayer pour savoir. Ils étaient suffisamment adultes pour réussir à parler et s'expliquer sans disparaître ou tout casser, non ?
Quitte à se faire mal, ils n'en étaient plus à ça près.
La feuille s'embrasa.

« Si tu dors, je peux parler tout seul. Ça me dérange pas. » Sa voix traîna un peu trop ; il rouvrit les yeux. « T'as rien à dire ? Parfait. »

Seulement il ne savait ni quoi dire, ni comment. Était-il désolé ? Avait-il des raisons de l'être ? Qui était en tort, pourquoi – qui était mort et à cause de quoi ? Il ne savait pas. Honnêtement, il ne savait pas. Ce jour-là, il avait cru que tout était parfaitement réel. Il avait cru perdre Selenda, Heather. Lui-même. Parfois, en se réveillant, il en oubliait encore ce qui était vrai et ce qui ne l'était pas ; s'y perdait. Son absence rendait tout plus compliqué. C'était à se demander si, au final, elle ne s'était pas réellement fait tuer.
Juste avant que le feu ne lui brûle les doigts, il souffla sur la flamme. Le dernier morceau de papier, intact, vint rejoindre le petit tas de cendre tombé sur le bois de la table.
Personne n'entendrait sa prière, d'ici.

« Ça a l'air de te réussir. Fuir tout le monde. »

Son grognement se perdit derrière la main qu'il passa sur son visage.
Si elle voulait rester prostrée là, autant vraiment lui écraser ce livre à la figure. Inconcevable, si ce n'était impossible, qu'elle refuse de réagir.
N'est-ce pas ?



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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Mar 9 Juil 2013 - 0:27

    Allez, laisse tomber. Ou je te cogne jusqu'à ce que tu meures.
    Selenda sentit comme un fourmillement parcourir sa cheville, contre laquelle un poignard était plaqué - acier froid entre sa peau et le cuir, au fond de sa botte droite. Elle envisagea un très bref instant de se servir sur-le-champ de l'un des instruments coupants qu'elle gardait en permanence sur elle de manière clairement référentielle aux psychopathes clichés de films d'action, mais après un moment décida que ce n'était pas un comportement adéquat vis-à-vis de la situation présente.
    Tant de concepts à éliminer en une seule phrase. Kélian aurait mieux fait de se faire la malle parce que pour le coup elle aurait bien aimé se contredire elle-même pour le plaisir.
    A en chopper la migraine, d'ailleurs. Dur dur, d'être architecte.
    Il faut dire que son refus net n'aidait pas l'elfe à se rendormir, ou à se retrouver dans de meilleures disposition. Mais de toute façon, elle n'avait jamais espéré qu'il se lève et décide d'aller dormir sur une chaise dans la salle à manger ou quelque chose comme ça. Sur ce point, l'erinyen était un emmerdeur. Il ne lâchait pas prise - pire qu'un clébard galeux accroché à son os. Selenda se demanda s'il avait un côté sadique ou si c'était sa façon de tuer le temps.
    Quoi qu'il en soit, l'elfe refusa de s'énerver. Ou de bouger, tout simplement. Quels que soient les calculs, quelles que soient les équations, tout ce qu'elle savait c'était que réagir mènerait à une issue désagréable, et tout ce qu'elle désirait elle était se rendormir illico et oublier les mauvaises ondes que lui envoyait l'animal insomniaque assis en face d'elle.
    D'ailleurs, elle ne l'avait même pas encore regardé. Elle se demandait quelle tête il pouvait bien tirer en cet instant précis.
    Sans doute pas une tête joyeuse. Plutôt une belle gueule de dépressif sarcastique, comme d'habitude. Avec quelques cernes supplémentaires, peut-être. De toute façon, quelle importance.

      « Si tu dors, je peux parler tout seul. Ça me dérange pas. T'as rien à dire ? Parfait. »

    Selenda se demanda pourquoi Kélian était aussi chiant. Il aurait gagné de la compagnie à l'être moins. Enfin, il en voulait peut-être pas, cela dit, de la compagnie. Vu celle qu'il se trimbalait en permanence, en plus...
    Décidément, sa cheville la démangeait beaucoup.
    L'une des oreilles de l'elfe frémit contre son gré lorsqu'elle perçut le grésillement du feu ; contrairement aux humains, elles ne se cachaient pas sous de longues mèches, elles. Tant pis. L'odeur de brûlé réussit quand même à passer le barrage de ses bras, et Selenda fronça le nez. Il comptait la brûler vive, là ? Dommage que la télépathie ne soit pas dans ses cordes : une fois cette pensées formulée, la jeune femme eut beaucoup de mal à ne pas se faire la malle en vitesse - il lui fallut se remémorer toutes les raisons pour lesquelles Kélian pouvait ne pas vouloir la jeter sur un bûcher en flammes. Et ne surtout pas penser aux autres.

      « Ça a l'air de te réussir. Fuir tout le monde. »

    A priori, il n'avait pas d'intentions agressives. Elle non plus. A condition qu'il se lève et fiche le camp. Elle s'en foutait, de ce qu'il pouvait lui raconter.
    Ceux qu'elle "fuyait" soi-disant, elle n'y pensait pas. Elle faisait le vide. Effaçait le tableau ; elle avait l'habitude. Changer de vie, tout ça. Ça lui arrivait régulièrement après une grosse erreur. C'était quand, la dernière fois qu'elle avait fait une grosse boulette ?
    Sauf que d'habitude, il n'y avait pas de fantômes pour venir la hanter. D'habitude, elle n'était pas enfermée entre quatre murs.
    T'es marrant. Comme si je pouvais fuir.
    Elle en avait marre de ce foutu jeu. Elle avait perdu, elle avait perdu ; maintenant, qu'on la laisse tranquille.
    Elle faillit le lui dire. Se retint au dernier moment, resta immobile. Elle savait qu'il savait qu'elle était consciente ; le silence était le plus éloquent. C'était toujours lui qui avait le dernier mot. Et c'était aussi son seul moyen de tout rejeter en bloc.
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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Mar 16 Juil 2013 - 3:41

Inconcevable sinon impossible ; elle le fit pourtant. La tête entre ses bras, la tête contre la table – juste assez réveillée peut-être pour qu'il puisse affirmer qu'elle l'entendait. Foutue emmerdeuse. Elle n'avait pas l'air décidée à parler, en tout cas, et c'était sacrément dommage parce que lui n'était pas décidé à se taire. Ils allaient avoir un désaccord fondamental sur la question. Doucement, avec une lenteur dans laquelle transparaissait toute la fatigue accumulée ces dernières semaines, ces dernières années, la main posée sur son visage tenta de chasser la lassitude qui alourdissait ses paupières. Elle l'énervait. Elle l'énervait vraiment, c'en était ridicule ; il préférait de loin l'indifférence. Les réponses faciles. Oui, non, rouge, bleu, trois, vingt, vrai, faux – gris, peut-être. Le silence portait un poids très différent. Ce n'était ni oui, ni non, ni peut-être ; ce n'était absolument rien. C'était les trois. Quand d'un simple geste il pouvait le dissiper, que sa présence seule évitait des explications trop compliquées, ou encore quand il n'était là que pour appuyer des sous-entendus parfaitement clairs, en être entouré le rassurait. Mais là, non. Non. Qu'elle parle, qu'elle dise quelque chose, n'importe quoi ; elle avait bien des cordes vocales, non ? Elle ne se privait pourtant pas pour s'en servir, avant. Rien n'avait changé.
Et qui espérait-il tromper en disant cela, il se le demandait.
Sa main retomba contre la table dans un bruit sourd. Toujours rien. Selenda jouait parfaitement la morte, aucun problème là-dessus : il lui remettait le grand prix du meilleur foutu cadavre, si ça pouvait lui faire plaisir. Il avait beau avoir la tête du parfait déterré, elle le battait haut la main sur ce coup-là. Endormie, morte – lui ne voyait pas la différence, et son silence l'ennuyait sérieusement. Qu'elle l'insulte, il s'en moquait. Qu'elle refuse de lui adresser la parole ou même de le regarder dans les yeux, en revanche, était blessant. Peut-être n'aurait-il pas été jusque-là à voix haute, par fierté ou simple manque de précision, mais ça l'était. Il était vivant, elle aussi, alors quoi ? C'était si difficile que ça de redresser le dos, le fusiller du regard et lui dire de se barrer ? Lui balancer qu'elle ne voulait pas le voir, qu'elle lui en voulait, qu'elle s'en voulait, qu'elle était énervée, fatiguée, triste, juste stupide, stupide stupide stupide –

Et elle n'avait pas le droit de se taire comme ça.

Il ne s'était pas assis là pour fixer ses jolis cheveux blancs. Il n'avait pas refusé de partir pour la regarder dormir. Ce n'était pas le but ; ça ne l'intéressait pas. Pas tant que les choses n'auraient pas été mises à plat. Si elle croyait intelligent de faire sa petite crise dans son coin, lui trouvait ça idiot : qu'il ait raison, qu'il ait tort, ça lui était complètement égal. A partir du moment où les autres commencent à compter, il fallait faire avec. Il faisait avec.
L'ignorer était égoïste. Si elle avait voulu être parfaitement seule et libre de ses mouvements, il aurait fallu s'y prendre avant. Différemment.
Il la détestait vraiment, maintenant.

« On peut être égoïstes à deux, si tu préfères. Aucun problème. Fais ta vie. »

Sa propre voix l'insupporta. Sans plus s'attarder sur la question, il appuya des deux mains sur la table, un rien trop brutalement ; se leva de sa chaise. Fais ta vie ; c'est ça, fais ta vie. Meurs pas, t'as perdu – et t'es contente, maintenant ?
Lui ne l'était pas. Kélian ne pensait pas, pour l'heure, qu'une telle considération puisse entrer en ligne de compte pour l'elfe : c'était tellement plus son genre de se boucher les oreilles et tourner les phrases comme bon lui semblait, s'évaporer et insulter à la volée. C'était tellement moins facile, d'être coincé pour toujours. Impossible de fuir.
S'il ne fuyait pas, elle non plus. Sa main se referma sur le socle de la bougie ; qu'il y ai une foutue justice dans ce monde, pour une fois.
D'un geste aussi las qu'il fut violent, le jeune homme tira la table vers lui. Les pieds en bois crissèrent désagréablement contre le parquet – ça fit même un bruit insupportable, vu le silence des lieux. Tirée en biais, décalée tant sur le côté que vers l'avant, elle avait laissé choir le livre qui la couvrait à même le sol. M'emmerde pas, me contredis pas, te tires pas.

M'ignore pas.

« Regarde moi, merde ! »

Ce n'était pas exactement ce qu'il avait voulu dire. Mais à peu de choses près, l'idée était là – et le reste transparaissait dans le ton de sa voix.
La bougie heurta de nouveau le bois poli de la table. Il allait avoir une migraine.

« T'es vivante, non ? »

Et il criait à demi, et il était énervé – bien sûr, qu'il était énervé.
Elle était vivante. Qu'elle le frappe et s'explique, peu importe ; ils n'avaient pas quinze ans, il était fatigué. Si ce n'était pas elle qui le faisait, il le ferait à sa place.



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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Jeu 25 Juil 2013 - 0:12

    L'elfe se demandait si la situation était tenable. Figer la scène comme en appuyant sur "pause", pour l'éternité, attendre que le sommeil les emporte tous les deux ou que l'un d'entre eux se lasse à la longue... si Kélian avait - pourquoi pas - la détermination nécessaire pour rester assis sur cette chaise des heures durant, Selenda savait qu'elle disparaîtrait avant cela. Lorsqu'elle avait une porte de sortie à disposition, elle la prenait. Toujours. Elle n'aimait pas faire ce dont elle n'avait pas envie. Elle n'aimait pas affronter, risquer d'envenimer. Risquer de souffrir, ne serait-ce qu'un instant, alors qu'elle croyait ne plus en être capable.
    Chaud, froid. L'analyse objective pouvait dissiper un instant la colère, et puis elle revenait au galop, comme une tornade enflammée qui lui compressait la poitrine. Elle espérait qu'il n'y avait là que de la colère. S'en persuadait elle-même. Mais quoi qu'il en soit, plus toutes les raisons qu'elle avait d'en vouloir à l'erinyen lui revenaient en mémoire, et plus elle sentait à nouveau gonfler une certaine dose de haine quelque part dans sa gorge.
    Une idée comme, tire-toi ou je t'étripe. Elle était sûre que ça lui aurait fait du bien. Violence disproportionnée dans les mots, peut-être, mais l'adéquation, elle l'avait perdue.

      « On peut être égoïstes à deux, si tu préfères. Aucun problème. Fais ta vie. »

    Les doigts de la jeune femme s'enfoncèrent dans le tissu de ses manches comme des griffes et les muscles de ses épaules se nouèrent, un peu comme si elle avait reçu un coup de poignard. Seule une maîtrise d'elle-même ancrée par la force de l'habitude l'empêcha de réagir à ce moment-là. Elle fit crisser ses canines les unes contre les autres et bloqua son cerveau sur off, laisser passer dans l'espoir de lasser l'adversaire en premier - parce que c'était bien de cela qu'il s'agissait, non ? Elle ne voulait pas se laisser atteindre par ce genre de mots ; elle était trop loin pour ça. « On est à des années-lumière l'un de l'autre. », de toute façon. Qu'elle soit coincée dans une réalité unique ne changeait pas le fait que ce genre d'accusation lui était devenu insignifiant. Lorsqu'elle trouverait une sortie, cela n'aurait plus d'importance, déjà.
    Alors pourquoi elle avait de plus en plus envie de lui refaire le portrait avec les secondes qui passaient ?
    Effectivement, c'était un peu trop tard pour tout cela. Au moment où elle entendit Kélian repousser sa chaise, elle sentait déjà l'envie de le voir s'enfuir se disloquer. Un instant elle voulut qu'il la provoque ; pour avoir une excuse, pour pouvoir exploser tranquille, quoi que ce soit de ce genre - elle voulait hurler, faire du mal à quelqu'un, n'importe quoi qui passât par une certaine forme de violence. La raison comprimée, c'est un peu comme une bombe à retardement. On a beau espérer, ça finit toujours par exploser à un moment ou un autre.
    A l'instant même où elle sentit le bois glisser sous ses doigts, Selenda comprit ce que l'erinyen avait l'intention de faire, aussi stupide et irraisonné que puisse être cet acte à ses yeux. Bizarrement, d'un seul coup, il ne lui semblait pas si aberrant.

      « Regarde moi, merde ! »

    Tout s'enchaîna très vite à partir du moment où l'elfe perdit son support : au premier signe de déséquilibre, elle abandonna l'inanité pour bondir sur ses pieds ; et alors que Kélian faisait claquer ses paumes contre la surface boisée, Selenda tira d'un geste presque flou la lame de sa botte pour l'abattre sur la table en un geste quasiment symétrique au sien. Et ses cris à elle firent immédiatement écho à ceux du jeune homme :

      « Je t'ai dit de me foutre la paix, bordel ! »

    Bizarrement, hurler lui fit presque mal à la gorge. Ça faisait si longtemps que ça que cela ne lui était pas arrivé ?
    Ah oui. La dernière fois il y avait un peu trop de sang pour que tu t'en souviennes, c'est vrai.
    Et voilà. Statu quo. Folle de rage, l'elfe planta ses yeux dans les prunelles toutes aussi grises du jeune homme, s'efforçant comme par réflexe de réprimer le rictus qui la poussait à retrousser les lèvres sur ses canines, et cracha avec hargne :

      « Je suis vivante ? Je sais pas si t'as remarqué mais que ce soit le cas où non c'est pas grâce à toi ! Alors tu me laisses faire ma vie comme tu dis et tu profites de ta copine psychopathe avant que je lui arrache les yeux une bonne fois pour toutes ! »

    Ce n'était pas bon, cela ne lui fit aucun bien et d'un seul coup elle eut une envie dévorante de rayer le pensionnat entier de la carte. Sa main quitta le manque du couteau qui vibrait encore dans le bois tendre et s'aplatit sur la table juste à côté, mais elle refusa néanmoins de reculer d'un pouce. S'il l'énervait trop, il était prévenu au moins. Tu crois que je tirerais pas, maintenant ?
    La multitude des choses qu'elle aurait aimé lui cracher à la figure resta bloquée derrière le barrage de ses lèvres, endigué par la raison qui clignotait comme un phare égaré dans l'obscurité
    Comme tout cela lui paraissait puéril ; cela en prenait davantage les accents, une fois prononcé à voix haute.
    Je suis morte ? Bof, et alors ? C'est fini, il est où le problème ?
    Et d'ailleurs, je vois pas pourquoi on se dispute, toi et moi. C'est pas comme si on partageait quoi que ce soit de plus que une ou deux heures volées au pensionnat ou des jeux stupides qui ne mènent à rien.

    C'est bon, tu m'as mise en colère. Contente ? Elle ne l'était pas, évidemment, et le fait de ne pas trouver quelque chose à ajouter n'arrangeait rien. Elle ne pouvait pas le noyer sous un flot de reproche sans dire des choses qu'elle regretterait vis-à-vis d'elle-même, et n'arrivait pas assez à faire le tri pour lui sortir sur le tas des accusations pertinentes. Et puis, la colère l'étouffait, et l'elfe avait l'impression qu'elle respirait à sa place, lovée dans ses poumons à rugir de rage - une rage qui venait d'elle-ne-savait-où.
    Au pire il restait toujours les insultes.


Dernière édition par Selenda le Ven 16 Aoû 2013 - 16:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Sam 3 Aoû 2013 - 6:23

Les reflets que fit danser la flamme de la bougie sur la lame du couteau, traîtres et familiers, trouvèrent un écho douloureux dans la mémoire à vif de Kélian. Le métal planté dans le bois, l'acier qui tranche la peau – ses blessures imaginaires étaient trop récentes, les sensations trop réelles encore pour qu'il puisse accuser le coup sans trembler. Bien sûr, qu'elle était armée. Lui ne l'était pas. Il n'y avait rien à faire, rien à dire sur le sujet qu'elle ne sache déjà ; le reste ne la concernait tout simplement pas. Ce qui s'était passé ensuite, près du lac, n'appartenait qu'à lui et à lui seul. A Heather, en partie, à Clarence, aussi, mais pas à elle. Surtout pas à elle.
Dents serrées, mâchoire crispée, l'erinyen soutint le regard de l'elfe sans ciller. Il n'était pas venu jusqu'ici pour faire demi-tour. Quelle foutue perte de temps ça aurait été, vraiment. Il n'était plus très sûr de savoir ce qu'il voulait dire ni la façon dont il fallait le faire, mais sa détermination ne flancha pas pour autant : il ne bougerait pas d'un millimètre. Ne ferait pas le moindre pas en arrière. Ne mentirait pas. Qu'est-ce qu'il avait à perdre, hein ? Dans le pire des cas, elle le frapperait ou l'insulterait – promettrait vouloir le tuer ou l'effacer de son existence, affirmerait ne plus rien avoir à faire avec lui. Rien qu'elle ne lui ait déjà infligé ou involontairement fait sentir les semaines passées. Ça ne pouvait pas être pire ; quitte à partir de cette pièce avec la certitude qu'il ne voulait plus jamais croiser son regard de toute son existence, au moins la situation serait claire.

De ses cris à son silence, pourtant, Kélian n'était plus sûr d'avoir fait le bon choix.

Si d'autres personnes somnolaient ici, elles auraient vite fait d'être réveillées. Tant pis ; gérer Selenda était suffisamment compliqué pour qu'il veuille se préoccuper d'autre chose. Son mal de tête le reprenait déjà et, dans une brève grimace, il se demanda s'il serait seulement capable de régler un problème à la fois. C'était chiant, cette fichue tendance à la lâcheté. Pour un peu il se serait traité d'abruti, elle avec, et serait retourné traîner dans son coin sans plus se préoccuper de rien. Il pouvait parfaitement vivre sans elle, alors pourquoi s'ennuyer à régler quoi que ce soit ? C'était se casser la tête pour rien. Qu'ils se débrouillent, tous. La fatigue rendait tout les choix bien plus aisés.
Si sa conscience avait pu se la fermer, ça aurait été encore mieux.

« Je suis vivante ? Je sais pas si t'as remarqué mais que ce soit le cas où non c'est pas grâce à toi ! Alors tu me laisses faire ma vie comme tu dis et tu profites de ta copine psychopathe avant que je lui arrache les yeux une bonne fois pour toutes ! »

Vraiment mieux.
Sourcils froncés, il plissa le nez sur une colère à peine contenue. Touché.
Il reconnut sans mal Heather dans le portrait plus qu'élogieux qu'elle brossa en quelques mots acerbes, mais décida de volontairement tracer une croix sur le sujet. Sa copine psychopathe, il ne pouvait pas la défendre sans en revenir à des problèmes qu'il était tout simplement incapable de regarder avec objectivité : c'était déjà suffisamment difficile comme ça pour qu'il ait envie d'en discuter avec Selenda. Ce qu'elle avait fait, ce qu'elle n'avait pas fait, ce qui était faux et ce qui restait vrai – c'était beaucoup trop compliqué. Il avait encore besoin de temps. D'être abruti et, oui, de croire qu'être heureux et en sécurité ne signifiait pas devoir se couper du monde à tout jamais.
Il n'était pas capable de disparaître à chaque fois comme elle se plaisait tant à le faire. Il ne pouvait pas.

« C'est peut-être pas grâce à moi, grinça-t-il entre ses dents, mais c'est pas à cause de moi ! J'ai pas menacé de te tirer dessus, que je sache ! »

L'amertume serra sa gorge sur des regrets qui n'avaient pas lieu d'être. S'il n'avait pas pu choisir, s'il n'avait strictement rien fait pour sauver la jeune femme, il n'avait pas non plus pressé la détente – et si elle n'avait pas perdu la vie, c'était elle qui l'aurait ôté à Heather sans hésiter. Se décaler, c'était la tuer. A ce moment-là son amie ne menaçait pas Selenda, elle n'avait ni arme ni moyen évident de la tuer, alors comment –
De quel droit aurait-il pu juger laquelle des deux méritait de vivre et laquelle devait mourir ? Il n'avait rien d'un Dieu, merde !

Il était juste... Terrorisé.

« Si tu voulais tirer, t'avais qu'à le faire ! Puisque t'en as rien à foutre de personne, ça aurait pas été très difficile, non ? »

Sa voix perdit en intensité et en courage sur la fin. La ferme, tais toi, arrête. C'était juste de la rancœur, de désagréables piques de douleurs qui sortaient en pluie et noire et acide. De quel droit pouvait-elle lui en vouloir pour quoi que ce soit ? Lui avait peut-être joué un rôle dans sa mort en préférant fermer les yeux plutôt qu'assumer un choix trop lourd à porter, mais c'était bien elle qui avait pointé l'arme dans sa direction. C'était elle. Pas lui ; elle.
Qu'elle puisse regretter de ne pas l'avoir fait lui tordait l'estomac.



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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Ven 16 Aoû 2013 - 11:07

    Tu es une fichue bombe à retardement. Alors, elles viennent, ces insultes ?
    Malheureusement - ou peut-être pas - Kélian la prit de vitesse. Malheureusement, ses paroles donnèrent à l'elfe le temps de réfléchir. La raison se ralluma en clignotant.
    Faire le point.
    Tu sais parfaitement qu'il a raison - Selenda revit en pensée sa vitre teintée fissurée de partout - mais ta réaction in vivo est légitime. Alors, c'est quoi le masque suivant ?
    Selenda fixait toujours le jeune homme dans les yeux, mais son esprit était parti ailleurs. Un triangle. C'est comme ça qu'on appelle la configuration du problème actuel. Autrement dit, mon petit chat, tu ne peux pas rester entre deux amies qui veulent s'étrangler. Selenda décida de se cantonner à cet aspect du problème. Plus restreint, plus logique, plus terre-à-terre. Et de surcroît parfaitement plausible.
    Et surtout, ne pas écouter ce regret qui battait dans sa poitrine, là où les mots amers de l'erinyien parvenaient à enfoncer des dards glacés. Regret d'elle ne savait trop quoi, d'ailleurs. De ne pas avoir tiré, ou de s'enfuir comme elle le faisait ?
    Ok, ok. C'était pas ta faute, très bien. Recalculons.
    Le regard de la jeune femme tomba un moment sur la flamme de la bougie. Elle s'efforça de comprimer la colère qui emballait sa respiration. Ton sang-froid. Ne perds pas ton sang-froid, ce serait ridicule. Concentre-toi sur cette reprise en main, ce mur que tu veux relever. Ses yeux dérivèrent jusqu'au poignard enfoncé dans la table et malgré tout, elle aurait aimé en faire quelque chose de concret.

      « ... Bon. » Laissa-t-elle tomber d'une voix atone.

    Déjà, tu es trop près. Ensuite, tu joues mal ton rôle, mais ça, on corrigera après. Les incohérences de ce soir, on les fera passer sur les compte de l'égarement.
    Je ne suis pas folle, vous savez.
    L'elfe se redressa, arracha la lame de la table, la soupesa un instant en silence, puis donna un coup de pied dans son fauteuil pour l'éloigner de l'erinyien aux pouvoirs agaçants, et retourna s'y enfoncer en remontant les jambes contre sa poitrine.
    Action, réaction. Le schéma se dessinait dans son esprit.

      « Techniquement, qu'est-ce que tu veux au juste ? »

    Et elle ne comprenait pas pourquoi elle avait la gorge serrée en rajoutant des pierre sur ce début de mur.
    Je est plusieurs. Je est ailleurs. C'est comme ça.
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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Lun 2 Sep 2013 - 19:28

Kélian n'aurait su expliquer ce qu'il attendait comme réponse ; tout ce qu'il aurait pu dire, c'était qu'il attendait quelque chose. Des insultes, un soupir – un mot, un seul pour lui permettre de chasser la tension, remettre son cerveau à l'endroit et partir en grinçant des dents. Ce n'était pas compliqué. Ça ne demandait pas beaucoup d'efforts. Un pas en avant, et encore ; ce n'était pas comme s'ils étaient au bord d'un précipice. Et quand bien même ils seraient arrivés face à une falaise sans s'en rendre compte, finalement, qu'est-ce que ça changeait ? Elle pouvait sauter dans le vide sans s'inquiéter, elle. Yeux rivés vers le sol, elle n'avait qu'un foutu geste à faire pour se retrouver en sécurité si l'eau venait à disparaître entre les fissures du béton. C'était facile. C'était tricher.
Et c'était bien joué, mais il ne pouvait se résoudre à l'accepter. Elle ne pouvait pas passer d'un plateau à l'autre comme ça : les règles différaient trop. A trop jouer les insatisfaites, elle en briserait une trentaine avant même de s'en rendre compte.
Alors peut-être qu'il avait changé de jeu, lui aussi. Mais c'était de bonne guerre.

« ... Bon. »

Et surtout, c'était involontaire.
La boule qui nouait sa gorge retomba comme une pierre jusqu'à son estomac. Sans y faire attention, il laissa ses épaules s'affaisser. La tension s'en allait. Pas de la bonne façon, mais elle s'en allait. Impossible de la retenir. Rien à faire. Voir l'elfe reprendre son couteau ne l'inquiéta même pas ; elle n'allait pas le poignarder, et au fond c'était peut-être mieux comme ça. Le point de vue lui importait moins que les conséquences, pour une fois. Il essayait de voir le plus loin possible, tentait de déterminer quel chemin le mènerait ailleurs que droit dans un mur. Lequel serait le meilleur, lequel serait le plus facile ? S'il desserrait ses poings aux articulations encore blanchies par la colère, il y parviendrait. C'était évident. Il n'était pas idiot, après tout. Un coup de pied dans les rouages et tout lui semblerait évident ; la logique était tellement plus simple que c'en était tentant.
Ses yeux gris descendirent sur les clavicules de Selenda. C'est ça, éloigne toi.

« Techniquement, qu'est-ce que tu veux au juste ? »

De frustration, l'erinyen dessina des lignes droites sur ses yeux et ses lèvres. Paupières fermement scellées, il joignit les paumes de ses deux mains juste devant sa bouche. Qu'est-ce qu'il voulait ? Aucune idée. Quelque chose ; rien. Tout. Il ne savait pas. Ou savait mais ne voulait pas savoir – et quoi qu'il arrive, il ne voulait pas savoir. Pas avant d'avoir réfléchi quelques secondes supplémentaires. Si ça se comptait en minutes ou en heures, tant pis. Ils avaient l'éternité devant eux et du temps libre à ne plus savoir qu'en faire, de toute façon. Et lui ne savait pas.
Réfléchissons. Il voulait qu'elle arrête de l'éviter ; premier tiret. Qu'elle ne fuit pas. Ne le fuit pas. Qu'elle lui explique ? Mais explique quoi – il était incapable de donner tort à l'une ou l'autre et ne la convaincrait de rien. Elle ne changerait pas. Alors voyons, il voulait quoi en définitive ?

Ses mains glissèrent, puis retombèrent mollement le long de son corps.

« Pas ça, en tout cas. »

Il marmonna plus pour lui-même que pour l'autre – et il détestait la voir si calme, si composée quand elle ne l'était pas un instant plus tôt ; ça lui donnait l'impression de ressasser des choses sans importance, d'être le seul à pouvoir s'en sentir blessé ou être en tort. Je t'emmerde, Selenda. Si elle avait des ailes, lui n'en avait pas. Tu voles et je rampe, voilà. C'était parfait comme ça.

« C'est pas ce que je veux, décida-t-il en relevant le regard vers la jeune femme. C'est ce que je veux pas. Que tu m'évites, ou... M'en veuille, écoute – j'en sais rien, j'ai pas la plus petite idée de ce qui se passe dans ta foutue tête ! »

Il grinça des dents, et tant pis s'il s'énervait tout seul. Il préférait encore ça à la lassitude grandissante qui lui donnait envie de tourner les talons ; s'énerver, c'était encore être vivant.
D'un geste qui n'avait rien d'aimable, Kélian tira son propre fauteuil vers lui et s'y laissa retomber. Ça devrait lui aller, comme distance de sécurité, oui ? Son pouvoir était le pire des prétextes. Il aurait aimé l'effacer.
Ses yeux vinrent fixer le plafond.

« On est tout les deux coincés ici, et je suis pas un jouet. Tu peux pas venir et repartir comme ça t'arrange. »

Alors brûle-moi la politesse, fille de l'air. Tant qu'il y a de l'oxygène à consumer.

« Désolé. »


Pendant ce temps, dans un univers parallèle :
 



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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Lun 14 Oct 2013 - 0:51

    Tu es ridicule. Railla une petite voix dans un coin de sa tête. Tout cela était futile comme des enfantillages d'oiseau, jusqu'à la nausée - puisqu'au fond y avait-il un problème ? Tout allait bien, maintenant, non ? C'était fini, et le temps inflexible reprenait un cours inchangé. Une droite d'une monotonie douloureuse. Et pourtant ça ne passait pas, et elle avait ce goût amer dans le fond de la gorge qui ne voulait pas s'en aller. Elle ne savait pas comment faire pour démêler l'écheveau qui se resserrait sous ses doigts, et malheureusement elle se rendait compte qu'elle l'aurait bien voulu. Pour ne plus avoir ce nœud dans l'estomac qui ne lui était pas familier. Pour pouvoir continuer à faire semblant de s'en foutre ; pour ne plus rien ressentir à nouveau et que le monde la laisse tranquille. Elle n'aimait pas le monde. Elle aurait préféré qu'il le lui rende bien.
    Comme ça elle n'aurait pas eu à supporter des épaules qui se tendaient machinalement sous le ton accusateur ou les yeux qui se sentaient un besoin irrépressible de regarder ailleurs. Ça n'aurait eu aucune importance, aucune. Tu parles trop. Tu parles toujours trop.
    Que n'aurait-elle pas donné pour qu'il se taise et que la lumière s'éteigne. On éteint tout maintenant.
    Et pourtant tout se remettait en place, comme des pièces de puzzle bien dociles.

      « On est tout les deux coincés ici, et je suis pas un jouet. Tu peux pas venir et repartir comme ça t'arrange. Désolé. »

    Trouve quelque chose. L'elfe ferma les yeux une brève seconde, puis observa Kélian entre ses paupières entrouvertes. La lumière vacillait, comme fatiguée de ces simagrées sans queue ni tête ; peut-être elle aussi avait-elle hâte que tout cela s'arrête.
    Bien sûr que si elle pouvait. Pourquoi ne pourrait-elle pas. Je fais ce que je veux, hein. C'était peut-être ça le problème.
    C'était peut-être toujours le même, d'ailleurs. S'attacher à une ombre chinoise dessinée sur un mur trop blanc pour être vrai. Il n'y avait que des idiots pour faire ça.
    Pourtant...
    La jeune femme émit un marmonnement d'insatisfaction qui disparut derrière l'étau de ses bras, serrés autour de ses genoux comme pour empêcher son corps de se disloquer. Un courant d'air. Ça aurait été tellement facile. Tellement prévisible aussi.
    "Reviens là, tu veux. Ne fais pas l'enfant."
    Le fauteuil gémit à peine lorsque son occupante se volatilisa, ne laissant derrière elle que l'obscurité. Et le silence. Tout ça à la fois, c'était déjà bien ; le temps distendu de secondes interminables, rythmées par le tic tac insistant d'une horloge quelque part entre les murs de pierre, où personne ici ne pouvait la voir.
    Et puis l'écho d'un pas sur le parquet précéda la pression énergique sur le dossier qui fit basculer le fauteuil du jeune homme vers l'arrière. Sans violence excessive, curieusement, comme retenu avant qu'il ne se cogne trop violemment sur le bois. Selenda se pencha au-dessus de sa victime avec un curieux sourire aux lèvres - mi-figue mi-raisin, un peu trop hésitant.

      « Si je veux. » Elle replaça distraitement une mèche blanche derrière son oreille en pointe. « Tu es un crétin fini. » Ton on ne peut plus catégorique.

    La leur de la bougie était trop loin pour chasser les ténèbres, et les ombres sur le visage de son ami lui masquaient la moitié de ses expressions. Tant pis. Elle s'accroupit en souplesse et le regarda dans les yeux, sans se soucier de la longueur des cheveux impliqués dans le mouvement. S'il tirait dessus, elle lui refaisait le portrait, et c'était tout.

      « Mais tu demandes beaucoup alors que tu continues de fermer les yeux. J'ai braqué, d'accord. Mais qui croyais-tu plus apte à tuer de sang-froid à l'origine, entre elle et moi ? »

    L'elfe n'avait jamais fait de mystères sur son conditionnement général. Mais même elle n'aurait pas cru qu'Heather soit capable de faire tout ça.

      « Tu veux que je te dise ce que ça fait d'avoir un pieu dans l'oeil ? » Une main machinale recouvrit ledit oeil et son regard se vida un instant comme si elle cherchait à s'en rappeler. Puis elle secoua la tête. « ... Enfin... franchement, si je fais sauter la cervelle de ton amie, tu crois que tout ira bien ? Même dans un contexte strictement défini, ça ne peut pas aller bien pour toi. »

    Un peu d'ironie en stock rejaillit sur ses lèvres en un vague sourire lorsqu'elle lui appliqua un doigt sur le front, comme on gronde un enfant trop naïf. Et puis ses dents apparurent alors que le rictus devenait plus sarcastique. Nettement plus selendien.
    Comme si elle était bien placée pour faire la morale.
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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Sam 26 Oct 2013 - 15:52

Lorsque ses yeux se rouvrirent sur un vide plus que familier, Kélian ne prit même pas la peine d'en soupirer. En un sens, il aurait presque préféré qu'elle ne revienne pas. Qu'elle ne revienne plus. Si le cheminement n'y changeait rien, autant se décider sur un terminus stable et rassurant – quelque chose qu'il puisse prévoir et anticiper, parce qu'il en avait plus qu'assez d'être pris au dépourvu. Si elle voulait se taire, qu'elle le fasse pour de bon. Si elle voulait parler, qu'elle se décide à rester. Lui abandonnait. Il était fatigué de courir. Ça ne servait à rien, de toute façon, et il en avait marre. Lire lui serait mille fois plus profitable. Peut-être. Sans doute.
Et en fait, il n'en savait rien – c'était toujours le même problème, peu importe l'angle sous lequel il le regardait. Il s'emmerdait lui-même et elle l'emmerdait encore plus ; c'était complètement stupide et ça ne menait nulle part. Qu'elle éteigne la bougie et lui s'occuperait de tirer les rideaux, qu'on en parle plus. Le silence leur allait presque mieux. Presque – et lui s'en voulait, même si ça ne servait à rien. Il aimait assez être inutile et puéril. Elle l'était au moins autant que lui.
...Ce qu'il pouvait la détester, par moments.
D'indolence à imprudence, Kélian vit le monde basculer sans chercher à réagir. Que ce soit allé trop vite ou qu'il ait mis trop de temps à réaliser, le fait était là : en moins de temps qu'il ne lui en fallut pour pousser une exclamation étouffée, son dos se retrouva à l'horizontale. Ça n'avait même pas vraiment fait mal. Pas assez brutal. Il n'aurait pas dit non à une commotion cérébrale, un évanouissement bien pratique ou une douleur suffisamment forte pour l'empêcher de penser – mais non, même pas. Au milieu de ses yeux gris noyés de souvenirs et de peurs fantômes, ses pupilles se rétractèrent en chat d'aiguille. Il allait la tuer.
Parce qu'elle savait parfaitement ; elle savait. Alors son sourire, il allait le lui faire manger de gré ou de force dès qu'il se serait relevé. Tant mieux s'il était amer et que ça lui nouait l'estomac.

« Si je veux. » Non. « Tu es un crétin fini. »

Ses lèvres se serrèrent sur une plainte muette. Va te faire voir. Plus son corps jouait aux dictateurs, moins il avait envie de l'écouter : à ce jeu-là, pourtant, il savait qu'il partait perdant. Ce n'était même pas la peine d'essayer, vraiment. Pour avoir ne serait-ce qu'une infime chance de gagner aux dés, peu importe à quel point ils étaient pipés, il aurait déjà fallu qu'il réussisse à les lancer. Ses doigts tremblaient. Ses muscles lui faisaient mal. Rien n'allait. La dernière fois qu'il s'était allongé, il était mort. Pas besoin de l'aide d'un psy pour savoir que ça n'allait pas l'aider à dépasser sa peur, ces conneries.
A deux doigts de paniquer, il chercha à se concentrer sur autre chose ; voulut lui tirer les cheveux ou heurter violemment son front contre le sien, puis abandonna. Son dos était trop peu habitué à cette position pour le laisser se relever souplement.

« Mais tu demandes beaucoup alors que tu continues de fermer les yeux. J'ai braqué, d'accord. Mais qui croyais-tu plus apte à tuer de sang-froid à l'origine, entre elle et moi ? »

Toi. Heather me dessine des bonshommes de neige sur les ongles.
Il voulut rire ; n'en fit rien. Ce n'était pas vraiment drôle, si ? Elle l'avait pourtant peint dans un joli genre de rouge, ce jour-là. A cette pensée, sa gorge se serra.
Il ne voulait pas savoir ce que ça faisait d'avoir un pieu dans l’œil, ou de se prendre une balle en plein cœur, d'être carbonisé vivant ou de se noyer – se faire hacher menu, poignarder à mort, empoisonné, qu'est-ce que ça changeait ? Il ne voulait pas savoir. On est mieux dans le noir.

« ... Enfin... franchement, si je fais sauter la cervelle de ton amie, tu crois que tout ira bien ? Même dans un contexte strictement défini, ça ne peut pas aller bien pour toi. »

Le contact d'un doigt contre sa peau le força à reprendre en compte son environnement ; comme l'eau s'engouffre par les brèches d'un barrage, la peur remonta à la surface en vagues incontrôlées. Il n'en pouvait plus, là. Limites atteintes ; fin des simagrées. Tout le monde descend.
Dans le plus parfait des silences, il passa ses jambes par-dessus l'accoudoir gauche et redressa le dos de sorte à être assis face à elle. Aussitôt, ses poumons s'emplirent d'oxygène : il en avait oublié de respirer. Ses doigts tremblaient encore.
De quel droit elle –
Des deux mains, avalant une insulte incompréhensible entre ses dents, il vint appuyer brutalement contre les épaules de Selenda. Œil pour œil, dent pour dent ; qu'elle s'évapore, il s'en moquait. Ça n'avait plus tellement d'importance, si ça en avait jamais eu. Sur ce point, au moins, elle avait raison.
Il était juste un crétin fini.

« Refais ça, lâcha-t-il sans réussir à contrôler les tremblements de sa voix, et je me contenterai pas de te crever l’œil. »

Ses yeux plissés ne réussirent même pas à lancer d'éclairs. Ça glissait, glissait...

« De toute façon qu'est-ce que t'en as à foutre, que ça finisse mal pour moi ? » Sa mâchoire se crispa. « T'as pas à la tuer. Elle te court pas après pour te brûler avec son démaquillant, elle. C'est si difficile que ça de prendre les autres en compte ? Hein ? »

Sans doute que si.

« T'es juste une putain de mauvaise perdante. T'es sûre que t'as un cœur, là-dessous ? »

D'un geste machinal, irrité par l'indifférence et la lassitude qui l'envahissait, sa main droite lâcha prise pour venir appuyer contre sa poitrine. Là.



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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Jeu 7 Nov 2013 - 19:50

    Il ne l'écoutait pas vraiment. L'elfe pouvait l'apercevoir aux vagues qui refluaient dans ses yeux ; il y avait d'autres signaux électriques qui paralysaient les quelques neurones encore en service dans sa petite tête.
    Tant pis. Elle non plus ne s'écoutait pas de toute façon. A quoi servent les mots, à part à enfermer la réalité dans un carcan sans se soucier de ce que la représentation y perdait ? Elle ne savait pas s'en servir correctement.
    Détachée de ses propres paroles, la jeune femme songea qu'il allait la frapper. L'obscurité qui resserait autour d'eux son manteau étouffant lui pesait sur la peau et renforçait cette sensation. Mais au fond, ça n'aurait pas été plus mal. Un coup ça se repousse avec un sourire grimaçant ; ou une riposte tout aussi inutile. Cela dit, la solution au climax, Selenda ne l'avait pas.
    Ça fait mal hein ?
    Tu devrais vraiment faire quelque chose pour ça. Aller voir un psy, par exemple. Ou acheter une couchette murale. Moi je m'occupe du fossoyeur.

    Il ne frappa pas et ce fut presque une déception. Non pas qu'elle l'ait provoqué délibérément. Ou peut-être que si. Elle avait des réflexes difficiles à éliminer.
    Le contact des mains sur ses épaules faillit lui tirer une grimace, alors que ses muscles se nouaient instantanément. Elle faillit saisir ses doigts d'une main leste, pour les serrer ou les briser en deux, elle ne savait pas bien. S'en empêcha, fait remarquable.

      « Refais ça, et je me contenterai pas de te crever l’œil. »

    Aïe aïe aïe. Dis-moi, quand est-ce qu'on arrête de s'envoyer des chandeliers à la figure ? Tant qu'à faire, se défouler sur les meubles aurait un sens.
    Pour le coup on ne pouvait même pas parler de dispute. Sally n'aurait pas su dire comment, pourquoi, quel était l'enjeu. Ça faisait longtemps que le scénario lui avait échappé, elle ne savait plus.
    Mais oui, d'accord, elle avait eu tort sur certains points. Peut-être sur plein de points. Cela dit, à ce stade, se contenter de les énumérer n'aurait pas eu d'intérêt.

      « De toute façon qu'est-ce que t'en as à foutre, que ça finisse mal pour moi ? T'as pas à la tuer. Elle te court pas après pour te brûler avec son démaquillant, elle. C'est si difficile que ça de prendre les autres en compte ? Hein ? »

    Elle en aurait presque soupiré.
    Elle m'a tuée, mon ange ; tu veux que je laisse passer ça ? Dans quel monde tu vis au juste ?
    Sûrement pas le même que moi.

    C'était fatiguant. C'était lassant. C'était vide de sens - ou bien alors ça ce n'était qu'elle-même.

      « T'es juste une putain de mauvaise perdante. T'es sûre que t'as un cœur, là-dessous ? »

    Pour la suite, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle ne s'y attendait pas. D'ailleurs le contact faillit la faire disparaître sur le coup. D'ailleurs si sa main vint glisser ses doigts entre ceux du jeune homme, ce ne fut pas totalement dénué d'automatisme. Me touche pas. C'était peut-être la seule morale à retenir de cette histoire. Me touche pas. Ses yeux devaient dire ça ; ou alors ils ne disaient rien du tout, et une once de sarcasme résiduel sur ses lèvres soulignait autre chose. Elle en aurait serré sa main plus fort. Tu sens quelque chose, toi ? Moi non. Rien du tout.
    Ça battait du tambour à vide dans sa poitrine ; elle ne se souvenait même pas si sa race en avait besoin, d'un cœur. Ou comment éviter de répondre un mensonge ou une phrase clichée. Mais ça faisait mal quand même.
    Démonte-moi cette putain de mécanique, elle sert plus à grand chose.
    L'elfe regarda ailleurs, de l'air de quelqu'un qui s'efforce d'avoir l'air détaché. Une once de tristesse assombrit ses yeux et son sourire plus auto-dérision qu'amusement réel.

      « Désolée. » Sa voix sonnait comme dans un caveau.

    Désolée pour quoi ? Désolée pour tout, même pour ce qui n'est pas forcément de sa faute. C'est un peu facile, non ? Ah ouais, c'est con. La jeune femme avait la peau froide et l'envie de disparaître sous des couvertures épaisses, fermer les yeux et attendre que ça passe. Puisqu'elle ne pouvait pas rebooter le système et faire un blackout complet.
    Elle haussa les épaules. Retint un soupir, et ses yeux regardaient toujours ailleurs. Je veux pas te voir non plus. Le silence fila, et Selenda se demanda si elle devait l'adorer ou le détester.
    Et puis elle faillit ouvrir la bouche pour ajouter qu'elle n'aimait pas avoir des psychopathes qui rôdaient autour d'elle. Qu'elle n'aimait pas les autres, qu'elle n'aimait pas le monde, qu'elle voulait foutre le feu à cette foutue baraque. Mais au final, non. Parce que ça n'aurait pas mené plus loin qui la voie sans issue sur laquelle ils marchaient tous les deux.
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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Sam 23 Nov 2013 - 5:57

Muscles noués, Kélian jura qu'il aurait mieux fait de se taire. Il n'en pouvait plus ; trop de fatigue, trop de regrets. Trop de tout et de rien à la fois. Une envie de meurtre passagère, des spasmes dans les doigts et déjà, la tension retombait en pluies acides dans son estomac – sans qu'il soit foutu de la retenir, d'en faire quelque chose d'utile. Ça glissait. Ça tombait. Noir blanc noir gris. Il avait toujours cru que c'était aussi simple que ça, au fond – rien qu'un fichu chemin qu'ils arpentaient en partant des opposés, histoire d'être sûrs de pouvoir se perdre en cours de route si le temps virait à l'orage. Des mains en porte-voix, des pas en avant qui ne servaient qu'à reculer pour mieux éviter de sauter un jour. Des « on verra » ; des « je sais pas ». Peut-être que ça n'avait rien à voir, au final. Peut-être que c'étaient juste des parallèles. Toi à droite, moi à gauche et un putain de précipice au milieu ; aucun moyen de se rejoindre, juste de se croiser. Plus il tendait le bras, plus il avait l'impression de la voir prendre la tangente. Ça faisait mal. Une fois sur deux, juste quand il y pensait. Les matins où ça n'allait pas.
Là, maintenant, tout de suite. Hein ? Selenda.
Lumières éteintes, c'était plus simple de faire semblant. Il n'avait qu'à souffler la flamme de la bougie et elle le regarderait ou non s'il en avait envie : un simple soupir pour tout arranger sans se préoccuper de ce qui lui nouait les intestins. Est-ce que c'était de la lâcheté ? Le contraire ? Est-ce qu'il valait mieux se taire ou lui écraser un livre sur la tête – et depuis quand il se posait la question avait de le faire, hein ? Ses phalanges eurent toutes les peines du monde à ne pas lui broyer l'épaule. Il avait dû se surestimer, quelque part sur le chemin de sa chambre à a bibliothèque, parce que clairement il ne gérait pas du tout la situation.
Zéro pointé, Kélian. Recommence.

« Désolée. »

Ça glisse, Selenda. Ça glisse et ça sert à rien – regarde moi, merde ; qu'est-ce que j'en en ai à foutre, que t'aies un cœur ou pas ?
Désolée, hein ?
… Bizarrement, ça ne le soulageait pas.

« … C'est ça. » Les mots s'étranglèrent dans sa gorge. « Tu peux l'être. »

D'un mouvement presque trop brusque, il se redressa sur ses deux pieds. Voilà – ils étaient deux à ne plus se regarder, là, et c'était très bien comme ça. Il se sentait nul et particulièrement inutile ; le ressentiment, broyé en fines poussières par le poids qui lui comprimait la poitrine, réussit presque à remonter jusqu'à ses yeux. C'était que du sel, pourtant, et ce n'était pas comme s'il lui restait assez d'ego pour avoir vraiment à s'en soucier – mais merde, rien à faire. Ça aurait encore été plus simple de pleurer ou de tout casser. Évacuer la tension qui s'était accumulée et que son décès momentané n'avait fait qu'empirer. Admettre la peur et tout ce qui allait avec ; mais non. Il se contenta de se tourner dos à elle, de jurer entre ses dents. De passer ses mains sur son visage et d'espérer, quelque part au fond de lui, que s'il se retournait elle aurait fichu le camp. Pour quelqu'un qui lui reprochait de se tirer sans prévenir, il souhaitait beaucoup trop souvent la voir disparaître. Ce qu'il pouvait être ridicule.
S'il était encore en colère, c'était contre lui-même et personne d'autre ; rien qu'elle ait besoin d'endurer. Rien qu'il veuille lui expliquer. Montrer. Rien rien rien.
Ça ne tenait qu'à quelques mots de quelques syllabes qu'il répétait sans arrêt dans sa tête depuis plusieurs jours ; juste quelques traits noirs modulés dans une gorge serrée, expirés du bout des lèvres par une voix probablement brisée. Rien que ça.
« Rien que ça », hein... Prétentieux, avec ça.

« Te tires pas. »

Tant qu'à allonger la liste de ses défauts, autant rester fidèle à lui-même ; lunatique, chiant, borné, lâche, et il en passait des meilleurs – pas que ça ait une grande importance dans la situation actuelle. Puisqu'il avait l'impression de se prendre la tête tout seul, il devait au moins avoir le droit de jouer aux gosses capricieux que rien ne satisfait. Qu'elle le contredise n'allait pas, qu'elle s'excuse n'allait pas non plus ; pourquoi c'était tendu entre eux, déjà, à la base ? La peur allait mettre du temps à disparaître et, confus, il mit sa difficulté à réfléchir correctement sur le dos si solide de ses phobies. Elle avait pas qu'à l'allonger. Qu'elle assume, maintenant – quelque chose de cet ordre.
L'ennui, c'était surtout qu'il n'arrivait pas à s'exprimer. Parler ne lui avait jamais réussi. C'était sûrement pour ça que Clarence était un ami si parfait à ses yeux : pas besoin de dire quoi que ce soit. Pas besoin de se faire peur. Pas de précipice, rien.
Pas d'elfe stupide encore plus imprévisible et incompréhensible que lui.

« … PUTAIN ! »

De toute façon, l'étagère était beaucoup trop près. Ça devait arriver.
Alors même s'il ne comprit pas exactement quand sa main s'était refermé sur une espèce de gros bouquin stupide, il se vit parfaitement lui lancer à la figure ; et puis il fallait bien que toute cette frustration parte quelque part.

Entre ses deux yeux trop gris, par exemple. Pan.

Il fait froid en Alaska:
 



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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Lun 25 Nov 2013 - 1:50

    Le contact de ses mains s'évanouit, un peu comme un fantôme se dissout dans le noir avec une grimace narquoise. L'elfe serra les dents, crispa les épaules, regarda par terre. Tout plutôt que relever les yeux, dire un mot de plus, fondre en larmes ou quoi que ce soit. Ah. Des larmes. Qu'est-ce que ce serait pratique, hein ? Elle bénissait l'époque où elle ne savait pas ce que c'était, rien de plus que des gouttes d'eau salée à l'origine confuse qui trahissait la faiblesse et rien d'autre ; époque où elle ne pouvait pas regretter d'en être incapable.
    Epoque où elle n'aurait pas eu à se demander pourquoi elle les voulait sur ses joues pour noyer ses yeux vides, menteurs, mécaniques trop bien huilées.
    Et le mieux dans tout ça c'était que plus les secondes s'écoulaient, inflexibles, et plus elle le détestait. Elle le détestait de l'acculer comme ça, alors que rien ne pouvait l'empêcher de hurler et de cracher d'insatisfaction. Et plus les secondes s'écoulaient et plus elle se détestait elle-même de le laisser faire, de ne pas simplement sauter par la fenêtre sans un au revoir. Rien ne te va, rien ne me convient, on donne des coups de pied dans les murs, hein ? Qui était en colère à la base, qui avait des motifs pour l'être ?
    Et surtout, va, pourquoi ne pas être un peu plus malins que le sort et retourner se coucher tranquillement, chacun chez soi ?
    Parce qu'après tout, le plus clair dans cette conversation, c'était que le courant ne passait pas. Ça bloquait quelque part ; sur des mots derrière les dents, des reproches à foison, des accusation injustifiées et des questions inavouables. Et ce qui empêchait les coups de pleuvoir, c'était sûrement cette peur irrationnelle qui bridait sa main sur sa lame, comme ses doigts sur la détente, qui engourdissait la langue de peur de prononcer le mot de trop qui serait la guillotine. Une syllabe malheureuse et Game Over, adieu. Ou à demain, plutôt, un lendemain qui ne serait plus jamais pareil.
    Mais est-ce que le quotidien avait seulement continué depuis ce jeu stupide, déjà ? C'était pas ça le problème, justement ?
    Tu me manques absolument pas. Que sa langue accepte d'articuler ces mots serait merveilleux. Qu'elle accepte de formuler quoi que ce soit serait déjà un miracle.
    Me touche pas. Pas vrai ? Trop tard.
    Va-t-en. Laisse-moi tranquille.
    Selenda se sentait bloquée. C'est tout. Bloquée par cet abruti qui refusait de décider de ce qu'il voulait, par elle-même qui ne se décidait pas à jouer les filles de l'air. Claustrophobie - que quelqu'un ouvre une fenêtre quelque part, bon sang.

    A tel point que lorsqu'elle sentit le projectile lui arriver dessus, elle l'aurait remercié.
    Enfin.
    Souhait réalisé ; l'elfe se volatilisa et le livre traversa l'espace où elle se trouvait sans rencontrer d'obstacle. Le poids dans sa gorge descendit dans son estomac.
    Ça au moins, elle savait répondre. Quand il n'y avait pas de mots, rien à surveiller. Le langage du corps n'est pas un truc compliqué.
    Selenda réapparut à un demi-pas du jeune homme. Sa main crocheta son col avec la brutalité qui lui était coutumière, et la bibliothèque trembla sous le choc qui suivit ; quelques livres allèrent même jusqu'à dégringoler jusqu'au sol. Tant pis pour eux. Tant pis aussi pour Kélian et ses bleus dans le dos le lendemain. Tant pis si son comportement à elle allait et venait comme une girouette un jour de grand vent. Tant pis. Le jeune homme se prit sa gauche dans la figure, et putain il l'avait mérité. Et même si dans l'absolu, ce n'était pas le cas, tant pis ; même ça c'était mieux que de rester assis à se fixer en montrant les dents. Même s'il répliquait, et elle connaissait sa force, ce ne serait pas pire que ces silence et ces soupirs hargneux, angoissés, hésitants, à bout. Las. Elle préférait de loin la douleur physique.


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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Lun 25 Nov 2013 - 2:04

C'est ça, ouais – laisse moi te buter et je te jure, on en parle plus. Ça ferait peut-être passer ce sentiment amer dans son estomac, et toutes ces remontées acides qui lui brûlait de l’œsophage jusqu'au palais. Calmant ou placebo, ça ferait très bien l'affaire. Vraiment. Alors à défaut de crever, qu'elle se tire. Qu'elle disparaisse. Qu'elle lui foute la paix ou se barre avec ce sourire narquois qui lui allait si bien : qu'elle sorte de sa vie une bonne fois pour toute, claque la porte et jette la clef dans un coin. Qu'elle l'oublie. La colère avait bon dos et lui mal au sien ; il se délesta sans remords ni regrets, lèvres closes pour mieux oublier qu'il avait les yeux grands ouverts. Toute la frustration, la peur, l'appréhension, l'affection, les souvenirs, le ressentiment, la douleur et un nombre incalculable de non-dits scotchés sous sa langue se mélangèrent sans distinction, noir sur noir, jusqu'à ce qu'au final tout ne tienne réellement plus qu'à ça – un peu de sel et quelques mots de quelques syllabes qui finiraient par lui ronger les dents.
S'ils n'enterraient pas quelqu'un avant.
Le livre s'écrasa dans le vide : cible atteinte, railla une voix moqueuse. Réceptionné par un sol bien peu inquiet de son sort, l'épais ouvrage eut à peine le temps d'être plaint que d'autres vinrent à leur tour embrasser le parquet. Un éclair de douleur traversa son dos déjà tendu comme une coupure en diagonale d'une cicatrice encore trop fraîche ; ses lèvres courbées traduisirent ce que sa gorge se refusa à laisser filtrer. Pas question de se plaindre. Alors il accusa le coup, encaissa le suivant – se sentit déchiré entre l'envie de lui attraper les poignets et celui de lui en renvoyer une, pour finalement se persuader que la nuance échapperait à cette idiote quoi qu'il en soit. Elle ne comprenait rien, rien, rien, rien. Rien.
Son poing gauche partit sans prévenir, avec la force maladroite des enfants qui ne savent ni extérioriser ni contrôler leurs émotions, abandonnant à la droite le soin de lui attraper l'épaule. C'était tellement plus simple, tellement moins juste – et tellement, tellement ridicule. Comme ses fausses colères et ses grognements sans fondements, toutes ces piques qui ne servaient strictement à rien et cette foutue manie qu'ils avaient tous de rire en regardant sur le côté dès que ça devenait important. Va crever, j'en ai rien à faire de toi. Rien que des gamins bêtes et méchants. Non, arrête, reviens. Je voulais pas.
Qu'on l'empêche de penser, pitié. Il voulait juste l'éborgner avec un putain de livre, c'était quand même pas trop demander, si ? Il n'était pas encore assez fragile pour se laisser glisser au sol, pas assez mature pour admettre ses torts, pas assez stupide pour arrêter de se prendre la tête, pas assez indifférent pour effacer le tableau et lui tirer les oreilles en lui demandant où ils en étaient avant de, ouais – se prendre la tête pour une bête histoire de balle qui n'avait pas été tirée et de crétin qui n'avait aucune autre solution que de rester planté là ; parce qu'ils avaient joué fair-play après tout, sans tir ami ni trahisons stupides. Ça aurait été mieux. Il n'y arrivait pas. Qu'elle l'assomme ou qu'il lui éclate la tête contre le sol, parce qu'il ne voyait vraiment que ça.
Sauf que sa main droite refusait de lâcher prise. Sauf que, s'il l'avait pu, lui aussi aurait disparu. On est courageux ou on ne l'est pas. Fallait y penser avant de dépasser la ligne, hein ? Sûrement, oui. Ça lui apprendrait à essayer de sauter par-dessus les murs en priant pour que le vertige l'oublie : il aurait mieux valu sauter tout de suite au lieu de compter les briques en balançant les jambes dans le vide.

Allez, frappe moi. T'es bonne qu'à ça.

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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Dim 1 Déc 2013 - 23:11

    Ça ne lui faisait pas du bien. C'était comme taper dans un mur. C'était pire que taper dans un mur.
    Les murs n'en ont rien à foutre. Peut-être que c'était pareil.
    Le choc retour contre sa tempe lui confirma le contraire.
    Pas le visage, salaud ; pourquoi t'aurais le droit de me frapper, d'abord, hein ? J'ai pas tiré. J'ai pas. Tiré.
    Oh, comme si ça avait la moindre importance.
    Elle ne savait pas si ça faisait mal ou pas, ni si c'était sa chair où autre chose qui pouvait encore en souffrir. Parce que tout se mélangeait, au point qu'elle n'arrivait plus à faire de différence. Il y avait tout, il n'y avait plus rien.
    Selenda renvoya au jeune homme un regard brûlant de rage, les lèvres retroussées sur les dents. Ses doigts sur son col resserrèrent leur prise ; mais la main qui lui broyait l'épaule lui tira une grimace. Son poing fit un faut départ et s'écrasa sur l'étagère à côté de cette paire d'yeux gris qu'elle lui aurait bien arrachés. Histoire de. La langue avec. Dans un joli paquet au fond du lac.
    Tu la veux, ta balle dans la tête ?
    Et encore une fois, trop près. Beaucoup trop, alors que tout ce qu'ils voulaient tous les deux, c'était clair, trop clair, c'était foutre le camp.
    L'elfe s'immobilisa, haletant presque sous l'effet de la colère, colère aussi soudaine qu'éphémère. Elle contempla l'idée de le frapper à nouveau et qui sait, peut-être qu'à force de se battre comme des chiens enragés ils finiraient par tout faire cramer, toute cette bâtisse et eux avec. Ou alors ils se feraient virer par la bibliothécaire ; ou encore un finirait par la fenêtre, ce serait bien aussi. La jeune femme envisagea les différentes options.
    N'en choisit aucune.
    Parce que ce n'était pas la peine. Parce que c'étaient des faux coups, des mots atrophiés pour combler des blancs sur la page, qui ne menaient nulle part. Ils n'avaient aucun intérêt ; n'apaisaient même pas les plaies à vif.
    Ils étaient encore dans ce foutu cul-de-sac.
    Selenda crispa les doigts sur le bois de l'étagère. Son autre main quitta le col de Kélian pour se poser sur celle qui lui tenait l'épaule, dans une tentative assez malheureuse pour en desserrer la prise.
    Qu'est-ce qui se passe, bon sang. Dans quoi on est tombés ?

      « Kélian. »

    J'ai pas tiré. Tu sais que j'ai pas tiré.
    Elle se sentait dans la peau d'une collégienne apeurée. C'est dire s'ils étaient adultes, tous les deux. Elle serra ses doigts comme pour les briser ; de toute façon ça ne marchait pas. Rien ne fonctionnait ; rien ne passait, et il était plus fort qu'elle.
    Plus buté aussi, peut-être.
    Et au conditionnel non plus.
    Quitte à ne pas pouvoir s'enfuir, autant en profiter pour se regarder dans les yeux.

      « Dis quelque chose. »

    Quelque chose d'intelligent de préférence. N'importe quoi.
    Et si tu cries encore, je t'arrache la langue.
    Elle en avait marre. Marre. Marre de ne pas savoir quoi faire. Elle ne voulait pas supplier ; elle ne voulait pas être celle qui craque ; elle ne voulait pas de cascades inutiles et de quiproquos. Elle laissait ça aux délires narratifs d'auteurs en manque de pathos. Même les enfants ont un cerveau et s'en servent parfois.
    Même si dans sa poitrine, la rancœur qui grondait et l'envie de lui arracher les yeux n'était absolument pas d'accord. Je te hais. Je ne sais pas. Je t'emmerde. J'aurais pas tiré. Je te tue, je te tue.
    "Ah ! Ne puis-je savoir si j'aime ou si je hais."



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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Sam 8 Fév 2014 - 3:52

Par réflexe, il ferma les yeux.
Un. Deux.
Le temps pour la bibliothèque de se plaindre presque en silence ; d'un craquement tout juste sinistre pour se dire que, non, c'était pas la peine de se crisper comme ça. Ça risquait pas de faire mal si ça ne l'atteignait même pas.
Sourcils perpétuellement froncés, poings serrés à s'en bloquer les phalanges, il rouvrit les paupières en quelques battements de cils faussement inquiets. Inquiets de qui, de quoi, peu importe ; le coup était parti à côté. Selenda n'avait pas bougé. Du moins, et ça il en était certain, sa main était toujours agrippée à son col. A supposer qu'il n'y ait pas eu de joyeux retour dans le passé, son bras devait encore être accroché à son épaule. Donc elle était encore là. C'est bien ça, je me trompe pas ? Malgré l'idiotie de la question, il fut incapable de ne serait-ce que baisser les yeux vers ses clavicules. Et ce que ça pouvait être stupide. Elle était là, ce truc était fini depuis longtemps, tout le monde allait parfaitement bien. Y'avait vraiment aucune raison de rester bloqué sur ces conneries. Pas la peine de se prendre la tête à ce point. Mais ça, hein, allez l'intégrer en claquant des doigts. Ça monologuait sans cesse, dans son crâne, à la façon d'un orchestre résolu à vivre sans public et sans limite raisonnables de décibels. « Pas la peine de s'en faire si personne ne risque de s'en plaindre. » C'était l'idée. Il la détestait.
Et pas qu'elle, tant qu'à faire. Quand il se préoccupait uniquement de refaire son lit ou d'ouvrir des putains de portes, ça allait parfaitement bien.
Foutue... Merde.
Parce que ouais, en plus, les mots refusaient de s'aligner correctement. C'était peut-être le moment de devenir muet.
Et sourd, tant qu'à faire. Les doigts qui vinrent enserrer les siens lui tirèrent un frisson ; le firent serrer plus fort, si c'était seulement possible. Quitte à lui casser l'épaule, qu'est-ce qu'il en avait à foutre ? Ça finirait par se réparer. Ou pas. Il n'en savait rien, en fait. Pas que ce soit très important. A moins que ça le soit ? C'était le moment de lui expliquer comment faire, là – parce que s'il y comprenait quoi que ce soit et faisait ce qu'il fallait, c'était à l'extrême limite d'être contre son propre gré. Il n'aurait pas pu mettre moins de bonne volonté à régler ce problème. Et c'était drôle, vraiment ; parce qu'à deux minutes près, il était persuadé qu'il allait juste lui déboîter la mâchoire et attendre de voir si ça le calmait. Un peu avant ça, il s'était dit qu'il allait réellement finir par y être totalement indifférent. Et il y a une heure, tiens.
« Je dois lui parler. »

Bizarrement, il n'avait plus du tout envie de dire quoi que ce soit.

« Kélian. »

Il était même à deux doigts de lui donner un coup de genou dans l'estomac pour sortir de la pièce en grognant. Son regard croisa le sien ; le soutint. L'envie de se tirer était toujours là, malgré l'absence totale de tension dans ses jambes. C'était comme si tout son agacement, sa colère et sa frustration s'étaient concentrés dans ses doigts et sa mâchoire. Le reste, sans l'étagère pour le soutenir, aurait tout aussi bien pu être en chiffon. Il y avait franchement de quoi se demander ce qui se passait dans sa tête. Lui-même n'en était pas très sûr.
C'était nettement plus facile comme ça. Se contredire soi-même avait ses avantages et ses inconvénients.

« Dis quelque chose. »

Ses lèvres s'entrouvrirent sur le plus parfait des silences. Quelque chose ? Et quoi, au juste ? Il voulait bien parler, lui, vraiment – mais il y avait toujours ce léger gouffre, entre leurs pieds, et un pincement dans sa poitrine qui lui soufflait de rester bien tranquillement le dos contre ces tranches de livres qui lui rentraient dans les vertèbres.

« … Pour quoi faire ? »

Sa main, comme une mécanique un peu rouillée, se décrispa difficilement de son épaule. Sans pour autant chercher à la lâcher, il cessa du moins de la martyriser. De se martyriser, aussi.
La franchise prenait des airs de murs infranchissable dès lors que l'on se mettait à regarder au-delà, à chercher un paysage qui n'existait pas. S'il n'y avait rien, c'était forcément que quelque chose bloquait la vue. Sauf que pas de chance, ça ne marchait pas comme ça. Il suffisait d'arrêter de réfléchir.
Dis quelque chose, allez.

« T'es qu'une putain d'abrutie. Tu te tires sans arrêt. T'es lunatique. T'es pas foutue de faire tomber les lustres. Tu réussis même à crever. »

Son expression, indécise, hésitait entre apathie et colère ; il baissa les yeux.

« … En clair, j'aime que les cinglés. Fais avec. »

Toi, Heather. Pas de chance.
Qu'est-ce qu'il n'aurait pas donné pour juste être capable de lui foutre la paix.

Un sourire cynique, familier, vint étirer ses lèvres lorsqu'il recroisa son regard.

« C'est bon, j'ai assez parlé ? »


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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Sam 8 Fév 2014 - 14:42

    La sensation d'oppression qui s'atténua sur son épaule laissa à l'elfe la sensation d'être marquée au rouge. Elle n'enleva pas sa main, tandis que la douleur se faisait diffuse pour mieux se résorber. Avec un peu de chance, tout le reste suivrait ; avec un peu de chance, le temps d'un battement de cils, et elle réussirait à faire tomber ce foutu lustre. Ou alors elle raterait la porte pour aller disparaître en bas des immeubles. Ce serait peut-être préférable. Infiniment préférable.
    Parce qu'effectivement, pour quoi faire au juste ? Donner le coup de pied final dans la toile d'araignée sur la vitre ? Ils n'étaient visiblement pas assez chargés en délicatesse tous les deux pour trouver un moyen de la réparer au contraire. Alors à quoi bon, hein.

      « T'es qu'une putain d'abrutie. Tu te tires sans arrêt. T'es lunatique. T'es pas foutue de faire tomber les lustres. Tu réussis même à crever. »

    En fait c'était pire. Bien pire comme ça : elle n'était pas assez stupide pour juste s'offenser et tourner les talons. C'était sans doute mauvais signe ; un signe qu'ils commençaient à se connaître. Malgré les apparences qui lui donnaient cette foutu envie de lui taper dessus.
    Tout ce qu'elle voyait là, c'était qu'il ne l'aidait pas. Pas du tout.
    C'était de bonne guerre. Elle non plus elle n'était pas d'un grand secours.
    Ouais, si je me tirais ça irait plus vite.

      « … En clair, j'aime que les cinglés. Fais avec. »

    Le contact de sa peau lui brûlait la main.
    Selenda n'aimait pas les contacts physiques. Toucher quelqu'un, c'est donner une preuve de sa présence. Confirmer son existence. A cet instant précis, cette sensation lui remontait dans la gorge pour lui déchirer la peau.
    Laisse-moi tranquille. Ne me touche pas.

      « C'est bon, j'ai assez parlé ? »

    Ahh, tais-toi. Et l'autre aussi, là, qui essayait de se suicider dans sa cage thoracique. Toi aussi, ta gueule.
    Le retour impromptu de ce sourire bien noir ne la surprit pas, mais se répercuta tout de même quelque part dans ses os. Ah bon, c'était de là que ça venait. Depuis le début. Ce furent ses doigts à elle qui se crispèrent à leur tour. Oh oui, ça faisait mal, et elle retournait tout de suite se réfugier dans la contradiction ; détestant le son de sa voix après lui avoir demandé de parler. C'était pas mieux. Rien n'arrangeait les choses, rien.
    L'elfe tira la main de Kélian de son épaule et la laissa retomber. Si seulement la lumière, déjà faible, avait pu s'éteindre tout à fait. Si seulement elle avait simplement pu fermer les yeux et jouer les ignorantes comme toujours. Si seulement il n'y avait pas ce putain de lustre.
    Elle était fatiguée et elle avait mal : sa main prit appui sur l'étagère comme la première, comme pour lui accorder un instant de répit. Elle se rendit alors compte que depuis qu'il avait rouvert les yeux, les siens ne les avait pas lâchés : et cette pensée fit courir une impulsion électrique le long de ses nerfs. Un instant elle resta immobile, silencieuse - trop proche, bien trop proche.
    Et puis ses mains glissèrent le long des tranches de cuir tannées par les ans, sur les épaules du jeune homme - et puis elle fit demi-tour dans un bruissement de tissu et s'arracha à son regard.
    Son passage fit frissonner la flamme de la chandelle, alors qu'elle quittait le cercle de lumière comme on fuit un incendie.

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Dernière édition par Selenda le Sam 19 Avr 2014 - 0:25, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Lun 14 Avr 2014 - 0:34

Sa gorge était encore serrée. Il n'était pas question de masques, de fissures ; de faux-sourires, de naturel feint – il allait parfaitement bien. Autant qu'il le pouvait. Plus ou moins. Ses lèvres s'étaient étirées d'elles-mêmes, sans qu'il ait eu besoin d'y forcer le peu de cynisme resté dans les parages ; ses doigts s'étaient crispés sans plus demander son avis. Il ne savait pas. N'avait pas l'air de savoir. Comme ça, au moins, c'était clair. Son hésitation était parfaitement honnête, les tressautements de ses neurones tout autant. Tellement stupide, eh. Il ne pouvait pas s'en empêcher.
Sa main, arrachée à sa prise, tomba le long de son corps ; heurta le bois de l'étagère. Sans bruit. Sans douleur. Frappe, crie, sourit, dit quelque chose. Il n'en demandait pas tant, si ? N'importe quoi. Qu'elle cesse de lui demander de faire des trucs qu'elle-même n'arrivait pas à faire. Choisir en avait fait parti. Parler fonctionnait aussi. Ça lui prenait la tête. Elle lui prenait la tête. C'était trop simple pour lui, au fond, sûrement – peut-être. Obligé de mettre des zones de flou et de rajouter des signes quand les équations l'ennuyaient ou que le résultat lui faisait peur. Il en avait fait hurler ses professeurs. Son psy. Ses proches.
C'était lui que ça faisait hurler en silence, maintenant.
Et si je faisais ça, alors quoi ?
Sa respiration n'était pas bloquée mais presque. Il écoutait le silence. Attendait quelque chose, sans trop savoir quoi. Ce n'était pas la meilleure façon de régler les choses. Défenestrer lui réussissait tellement mieux, quand elle s'amusait à ses dépends et qu'il sautait par-dessus la rampe pour mieux oublier la distance le séparant du sol. Elle était trop près pour l'être vraiment, hein ? Trop ou pas assez, allez savoir. Lui ne bougerait pas de là. Où que soient cachées ces foutues réponses, ça ne pouvait pas être beaucoup plus loin qu'à portée de bras. Il n'avait jamais été du genre à faire beaucoup d'efforts, de toute façon. Aucune raison que ça change ; il était toujours fatigué, toujours sur les nerfs, pas moins buté ou lunatique qu'avant.
Ça avait même empiré.

Fous moi la paix, disparais. Disparais.

Ses paupières battirent la cadence, à peu près aussi rapides que son cœur. Yeux rivés sur son dos, il serra les phalanges sur le bois plutôt que de tendre le bras. Merde. Où elle se tirait, encore ? Un sourire aussi amer que son regard était perdu traça une courbe indécise sur son visage. Il voulait se barrer. Profiter de son absence à sa vue pour l'oublier, quitte à y mettre une bonne dose de mauvaise foi et quelques pieux mensonges. La faire disparaître, si elle ne l'avait pas déjà fait d'elle-même. Retourner dormir. Faire quelque chose. N'importe quoi.
Mais à ce jeu-là, il était aussi mauvais que Selenda.
Moi j'ai parlé, au moins.
Pire, parfois.

« Tu te tires encore. Je t'ai dit quoi ? »

Le tissu quitta le bois – un, deux, trois, quatre pas. La lumière de la chandelle lui voila un instant ce qu'il voyait mieux dans la pénombre ; yeux plissés, il s'en mordit les lèvres.

« Te tire pas. »

Son enjambée se fit foulée et, rien qu'un instant, il se demanda si sa main attraperait du vide ou son poignet ; tira dessus et se dit que, au fond, ça n'avait pas tellement d'importance.
Là ou pas, elle l'emmerderait toujours autant.
Et là ou pas, ils ne seraient jamais tout à fait ensemble. Hein ?
Ses lèvres effleurèrent les siennes, juste le temps de briser ce foutu courant d'air qui soufflait perpétuellement entre eux.

Pan. J'ai tiré, moi.

Qu'elle se tire, il ne demandait plus que ça.

On dira que c'était de ta faute, cette fois.

Pendant ce temps... :
 



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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Lun 14 Avr 2014 - 0:48

    Et se dire qu'au fond, c'était juste la faute de son pouvoir - la voie la plus rapide pour se rassurer et affirmer qu'en fait, en fait c'était comme lorsqu'on a la tête au fond du tonneau de rhum. La vision qui se déforme et les nerfs qui vibrent comme les cordes d'un violon ; le violon dans le coin de la salle, qui pleure d'impuissance sous l'archet des nerfs écorchés. Pas étonnant que ça fasse mal. Pas étonnant qu'elle y ait dit stop, longtemps auparavant, et pas si longtemps que ça - puisque de toute façon le temps dans sa tête, c'était les années avant les secondes.
    Et on s'étonne qu'à ce rythme, les promesses et les serments, ça s'effeuille comme du papier vieux d'années innombrables. Ou un organe un peu trop fatigué jusqu'à en devenir friable - à émietter entre les doigts ou chauffer à blanc et mouler dans du plomb lourd et froid.
    Si on pouvait tout simplement arrêter d'y toucher, ce serait gentil, merci. Autant de pancartes d'avertissement qu'elle avait planté devant sa porte avant de prendre congé d'un sourire amusé, un signe de la main en prime pour la peine. Non, merci, j'ai eu ma dose.
    Alors oui, ne pas y toucher ça aurait été plus malin. Plus généreux. Infiniment plus cruel.
    Je ne t'ai jamais rien demandé, pourtant.

    La semelle de ses bottes grinçait comme un cri dédaigneux ; difficile de prétendre que cette dernière volte-face ne tenait que du "respecte la distance de sécurité, quand je suis dans ton rayon d'action je dis n'importe quoi."
    Non pas que ça ne soit pas le cas.
    Qui est-ce qui fait n'importe quoi ?
    Difficile de prétendre qu'il ne s'agissait pas d'un repli pur et simple vers la sortie la plus proche.
    Et malheureusement plus que tout, difficile à dire. Si c'était parce qu'il n'y avait rien à en tirer - ou parce qu'elle ne voulait pas voir le chapitre suivant. Les yeux clos et les mains sur les oreilles, à se dire encore et toujours que rien n'avait d'importance et qu'elle ne faisait que passer, que personne n'y prendrait garde et que tout irait bien. Que tant qu'elle regardait ailleurs, il n'y avait rien à redouter.
    Les mots qui blessent. Les gestes qui font mal. T'écorcher la peau en t'effleurant - laisse-moi partir.
    Visiblement, il y avait schisme inconscient lorsque son cœur se mettait en tête de regarder là où ses yeux se détournaient.

    Alors si c'était une forme de lâcheté, tant pis, tant pis. Au fond d'elle la seule chose qui ne retenait pas encore son souffle n'avait de cesse de lui dire de disparaître une bonne fois pour toute.
    Avant qu'on perde vraiment la lumière.

      « Te tire pas. »

    Fou comme certains mots auront toujours le même effet. Elle s'immobilisa une fraction de seconde de trop, et soudain la poigne du jeune homme la rattrapa aussi vite que sa voix, et soudain il combla l'espace qui les séparait comme si quelque chose avait fini par céder quelque part.

    Non pas que ça ne soit pas le cas.

    Damn you.


    Une main ayant visiblement rendu les armes se noua derrière la nuque du jeune homme et l'attira d'un coup plus près, trop près, beaucoup trop. Et tandis que ses lèvres s'emparaient des siennes une seconde fois, elle l'aurait bien mordu ; glissa les doigts dans ses mèches noires à la place, puisque de toute façon tout s'y déclinait en nuance de gris - et pourtant l'obscurité lui brûlait la langue. Juste un instant pour le haïr encore, rien que pour être là et exister là où le vide aurait comblé toute absence.
    Laisse-moi partir.
    Ou pour avoir mis tant de temps. L'espace d'une seconde, elle ne savait plus.
    Bam, t'es morte. T'as perdu combien de points, cette fois ?

    Un jour, il faudrait bien qu'elle finisse par gagner. Même si ça menait nulle part.

    Il fallut à peine le temps que leurs lèvres se séparent pour que la mécanique reparte et que tourne à nouveau le monde ; il lui traça un simulacre de sarcasme sur le visage, juste assez pour se dire que ce mur mis à bas ne serait pas reconstruit. Que par contre, il y avait un précipice pas loin sous ses pieds ; et de toute façon, de toute façon, qu'est-ce que tu voudrais qu'on y fasse ?
    A peine le temps d'une séparation et son contact disparut ; l'odeur du bois, le silence, la chaleur, tout - et surtout, ces prunelles grises, quel que ce soit le fautif auquel elles appartenaient. Qu'on ne lui laisse que du noir pour respirer.

    - de toute façon, ni lui ni elle ne pouvait aller bien loin.


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Dernière édition par Selenda le Sam 19 Avr 2014 - 2:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   Sam 26 Avr 2014 - 1:23

Trop près, trop. Recule. Fous moi la paix. Reste. Disparais. J'ai le vertige. Reste. Reste. Pars.

Reste.

La main derrière sa nuque, il l'aurait brisée s'il l'avait fallu ; et la sienne serrée sur son épaule, sur son bras, perdu entre le haut et le bas, le noir et ce qui ne l'était pas, les milieux, les rien du tout, les pourquoi pas. Ça faisait mal dans sa tête plus que dans sa poitrine. Il s'en voulait, lui en voulait. C'était n'importe quoi entre les parois de son crâne ; l'orchestre avait jeté ses instruments, les pieds martelaient le sol en marbre et tout foutait le camp dans un beau désordre. Mais pas toi. Il fallait qu'elle reste, qu'elle le griffe ou qu'elle le morde – tout pour faire disparaître la tension qui lui broyait les os et lui tiraillait les muscles, crispait l'ensemble de son corps comme on appuie sur un ressort. Ça devait bien casser. Il fallait que ça casse.
Parce que ça ne pouvait pas durer, de toute façon.
Ni ça, ni le reste.
Ni l'attente ni ses lèvres contre les siennes, si près que son souffle aurait pu le chatouiller.
C'était que du vent.
Et peut-être que, oui, il aimait les courants d'air qui soufflaient entre les portes ouvertes.
Bête ou pas, ça le regardait. Et putain ce qu'il s'en fichait.

L'ombre d'un sourire sur son visage, thorax comprimé par la distance enfin comblée ; les doutes qui s'écroulent, toutes ces choses qui dégringolent, ça se fait sans le moindre bruit. Le calme après la tempête. Le silence après le tonnerre. Il n'y avait plus rien, ni éclairs, ni bruit de tambours dans ses oreilles. Juste une silhouette déjà évanescente sous ses doigts, la sensation d'une présence tardant à s'effacer. Rien que ça. Le silence et l'obscurité – encore, toujours. Le froid. Pourtant, cette fois, juste cette fois, la tiédeur d'une flamme ne l'aurait pas réconforté. C'était le noir qu'il préférait, et de tellement loin. Les yeux qui brillent dans l'obscurité et la certitude que, quoi qu'il arrive, cet endroit était comme un immense coffre scellé. Dans lequel on ne s'étouffe pas, quoi qu'on peut en mourir malgré tout.
Et donc quelque part dans ces tas de draps où il se perdait encore souvent en rêves, d'une façon ou d'une autre, plus d'une personne tenait à lui.
Selenda n'irait pas loin.

Et si lui aussi souriait, cheveux ramenés en arrière par la main qui n'était pas posée sur sa taille, c'était bien que la nuit s'était terminée mieux qu'elle n'avait commencé. N'est-ce pas ? Juste deux minutes et des os encore douloureux, la trace d'un couteau visible dans le bois de la table. Quelques livres par terre.
Autant d'étoiles que de prières. Talons tournés, bougie soufflée, il se mordit la lèvre à l'en faire saigner.

Elle n'irait nulle part et lui non plus. Seul le vertige et quelques peurs sans importance l'empêchaient d'en être sûr ; et même ça, ce n'était pas assez.

Son cœur battait beaucoup trop fort pour qu'il soit capable de s'écouter.



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« A green light, unkind ; nowhere to go on a one track mind. It's a break down at the wrong time - I'm catching up, but I'm still behind. We did it right, we did it right for some time ; but I looked up, and you were gone. We did it right, we did it right for some time - I couldn't give you what you want. Cause you just want to take a faster ride ; lower lows, higher highs. Get it, get it, go until you get it right - and I hope you find it. »

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MessageSujet: Re: Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]   

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Three late cartridges. { Kélian Ael. [Kelenda plz go home your drunk]

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