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 Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}

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MessageSujet: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Mar 11 Juin 2013 - 2:20

« Cachets de fantasmes sur la langue »
C'était une métaphore



Précédemment

Antoine s'était rendu compte de deux choses au fur et à mesure qu'il alignait les pas sur le tapis rouge qui courait devant eux sans s'arrêter; la première était que non, Leia ne savait absolument pas où elle allait, et qu'il n'était pas mieux loti puisque ses yeux ne passaient sur les murs que dans l'espoir d'y déceler un repère salvateur. Le genre d'indice qui vous crie que vous êtes dans la bonne direction ou que, au contraire, vous vous en éloignez. Chaud, froid, chaud, froid. Impossible de savoir si les dédales les rapprochaient de l'infirmerie, trop semblables pour pouvoir s'exclamer qu'on connaissait parfaitement la direction à prendre. La deuxième était que malgré la banalité relative des portes encastrées dans les murs et qui défilaient, anonymes, à leurs côtés, certaines renfermaient des trésors de mystères, sans mesure avec le bois dont elles semblaient être faites. Ainsi, après avoir jugé qu'ils avaient assez marché et qu'une porte ou une autre ferait tout aussi bien l'affaire, Antoine avait poussé la clenche sur un paysage exotique qu'il n'avait jamais vu de sa vie dans l'enceinte du manoir. Et de sa vie tout court, d'ailleurs. Il l'avait refermée, visiblement perplexe et irrémédiablement perturbé pour le reste de la marche.
Des arbres, du sable et des cris d'animaux, ce n'était sûrement pas ce qu'on devait trouver dans une infirmerie digne de ce nom. Entre soigner des blessures et attraper un virus à cause de l'humidité, il y avait quand même un monde. Monde qu'ils avaient par bonheur réussi à traverser avec quelques enjambées supplémentaires à travers les allées jumelles; la blancheur artificielle et aseptisée de la pièce éclairée par la lumière balbutiante du petit matin lui avait fait du bien. Ici au moins, la vermine ne grouillait pas comme aux cuisines. Élevé avec un certain dégoût de tout ce qui n'était pas net et propre – et l'essor de l'hygiène était bien tout ce qu'il concédait aux années nouvelles, il s'efforçait de ne pas grimacer quand il entrait quelque part et que le désordre régnait. Antoine aurait été heureux s'il avait pu se mirer dans le sol (et pas à cause de sa propre image, il ne s'appelait pas Narcisse).

Il préférait encore regarder Leia. Cependant, ses yeux effleurèrent par mégarde les armoires et les étagères remplies de médicaments et de flacons en tout genre, et il ne put les en détacher. Ah oui, il avait oublié ce léger détail: pour trouver ce qu'on cherchait dans cet amas de potions parfois sorties d'un livre fantastique, il fallait de la patience. A moins d'avoir de la chance et tomber nez à nez avec le médicament désiré, mais Antoine n'entrait pas dans cette deuxième catégorie. Il l'avait su quand cette lampe était tombée en panne et l'avait laissé dans le noir, et quand il avait réussi à se brûler en voulant utiliser le four de la cuisine. Ça avait peut-être fait rire il ne savait trop qui était présent à ce moment-là, mais sa main enrubannée n'avait pas apprécié. Enfin...
Antoine laissa là les fours démoniaques – que de mauvais souvenirs, et fit la grimace devant une rangée de petits bocaux aux couleurs chatoyantes. Curieusement, il doutait qu'un quelconque antiseptique puisse être jaune vif. Pas celui qu'il avait utilisé la dernière fois, en tout cas (ou supposé utiliser, mais puisqu'il n'avait eu aucun effets secondaires douteux et que sa main avait guérie, il estimait ne pas s'être trompé). La pensée qu'ils puissent mélanger les noms et les utilisations lui glissa du plomb glacial dans l'estomac. Empoisonner Leia était la dernière chose qu'il voulait, sincèrement.
Il avisa un évier et se pencha pour faire couler l'eau.

Il se retourna ensuite vers elle avec un sourire, comme si ces guirlandes de verre l'amusaient. Encore une fois, le manque de couleurs sur sa compagne le marqua désagréablement. C'était un mauvais jour, et pourtant il ne faisait même pas gris...

« Si on ne trouve pas dans tout ça, on pourra toujours cautériser ta plaie. »

Quoiqu'il se voyait mal chauffer un fer pour l'appuyer sur sa paume. Humour, humour. Autrefois, il n'y avait pas qu'une teinte qui lui venait pour faire des plaisanteries.
Et avant, il n'aurait pas laissé tant de distance entre eux. Il se serait tenu à portée de bras pour pouvoir la toucher si l'envie lui en prenait, au gré des caprices qui passaient dans ses yeux cuivrés et dans les siens. Il se détourna à nouveau, débattant l'idée d'enlever sa veste. Il ne savait jamais quoi mettre quand les saisons et le temps balançaient autant. Ne pas oublier qu'il avait mis la feuille dedans, aussi; sans ça, il la perdrait et serait bien embêté.

Tu en fais peut-être un peu trop, non ?
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Mer 12 Juin 2013 - 23:43

Take the pill and take the rest.
C'était assez évident pourtant.


    Leia avait beau le tirer par la main, ce fut Antoine qui ouvrit la porte. Aurait-elle clamé le contraire tout au long de ces couloirs interminables, ce contact était agréable, presque rassurant - autant d'adjectifs qui n'étaient applicables à Antoine que lorsqu'il fermait la bouche ou presque. La rousse était tactile, il fallait s'y faire ; et puis, si elle ne pouvait pas toucher les autre, comment leur signaler sa présence ? Les murs lavallière succédaient à leurs frères jumeaux, tableaux alignés à hauteur des yeux, armures en rang saluant le long des corridors, moquette épaisse et quelques meubles de temps à autre, sur lesquels ses doigts pouvaient parfois tracer des sillons dans la poussière - et parfois non. Elle en avait le tournis ; quelques mèches rouges dans ses yeux tranchaient parfois violemment sur ses manches blanches lorsqu'elle les écartait. Elle ne regarda pas Antoine, jusqu'à ce qu'il l'arrête d'une pression sur ses doigts : alors seulement se rompit le rythme soporifique de ses semelles sur le tapis sombre, au profit d'un demi-tour léger. La porte était comme toutes les autres.
    Ce qu'il y avait derrière ne l'était pas. Comme son compagnon, Leia se figea un instant en apercevant un coin de verdure, un fragment de tableau étouffant fourmillant de cris d'oiseaux et de murmures de feuilles battues par une bruine tropicale. La jeune fille dut se frotter les yeux du dos de sa main blessée pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas. Et avant même qu'elle ait pu le réaliser entièrement, une traction la tirait en avant à nouveau, et ses jambes traversèrent une étendue herbeuse en un instant. Quelques éclats de lumière, des crissements d'ailes et de la rosée gouttant à ses chevilles, voilà tout ce qui resta de cette vision une fois que le jeune homme l'eut attirée derrière une autre porte : l'adolescente eut à peine le temps de se retourner vers la porte qui se refermait sur ce fragment de rêve.
    ... Drôle de journée.

      « Si on ne trouve pas dans tout ça, on pourra toujours cautériser ta plaie. »

    La blancheur immaculée des murs agressait sérieusement les pupilles de Leia. Debout près d'un des lits de métal, la jeune fille regardait autour d'elle comme un rongeur hébété tout en tenant vaguement sa paume blessée de sa main libre. Elle ne se rappelait pas cet endroit si lumineux. Peut-être parce que la dernière fois qu'elle y avait eu affaire avait été de nuit, peut-être même parce qu'à ce moment-là elle n'y voyait déjà plus très clair. Elle ne se souvenait pas bien. Ses yeux d'un brun métallique s'arrêtèrent sur l'épais jet d'eau qui giclait dans l'évier non loin du jeune homme aux mèches blondes. S'approchant, elle répondit vaguement :

      Oui, ce serait une bonne idée.

    Il n'en ferait rien, de toute façon ; ce n'était pas un venin très dangereux que celui-là. L'adolescente se pencha sur l'évier, frôlant le bras d'Antoine au passage - sans y prêter attention parce qu'elle n'en avait pas l'intention. Trop de précautions à prendre, peut-être ; ce n'était pas dans ses habitudes, ni conforme à ses attentes. Et pourtant ça s'appliquait plutôt bien.
    Donne-moi un autre cachet, tu veux ? J'ai envie de ne me soucier de rien.
    Bonjour soeurette, Johan a quelque chose à te dire...
    Leia passa ses mains sous l'eau glacée avec un frisson. Elle préférait de loin les avoir dans ses cheveux pour lui faire des tresses lorsqu'il commettait l'erreur de s'endormir à un endroit où elle pouvait s'aventurer ; qu'il les ait longs ou pas, finalement, là n'était pas le problème. Avoir les mains dans tes cheveux ou sur tes yeux.
    Tu t'en mordras les doigts.
    Et de toute façon, les volets étaient fermés. Comme si de rien n'était, Leia se redressa - résistant à l'envie de s'asperger également la figure à l'eau froide pour voir si sa vision serait plus claire ainsi - et alla jeter un coup d'oeil à l'armoire. Comme elle l'avait pensé, les étiquettes des flacons étaient jaunies et rendues illisibles par le temps, du moins pour ceux qui avaient la générosité d'en arborer. Rien à tirer de ce côté-là : elle n'était pas encore inconsciente au point d'avaler sans réfléchir le contenu d'une bouteille inconnue et potentiellement extra-terrestre de surcroît. Elle laissa donc l'armoire tranquille. C'est étrange, ce qui nous arrive, n'est-ce pas ?
    La jeune fille finit par se laisser tomber sur le lit le plus proche, faute d'envie de tourner en rond. Elle n'avait pas vu de bande adhésive, seul instrument avec du désinfectant qui aurait pu lui être utile à cet instant. Ou même un bête pansement ; c'était vraiment trop demander, un peu d'alcool et un bout de coton à coller avec du scotch ? Ce n'était pas grand chose, pourtant.
    Elle baissa les yeux sur ses genoux, puis sur les draps. Trop de gris, trop de blanc. Trop de silence aussi. Qu'en faire, je vous le demande. Presque maussade, Leia appuya sa paume blessé sur le tissu blanc jusqu'à ce qu'une petite fleur rouge vienne en vaincre la monotonie. Crie juste un peu plus fort, les nuances de gris t'entendront peut-être.


Dernière édition par Leia Sørensen le Sam 28 Déc 2013 - 23:39, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Jeu 13 Juin 2013 - 18:41

...

S'il y avait une logique dans la façon dont les flacons étaient répartis sur les étagères, elle échappait tout à fait à Antoine, qui passait rapidement ses mains sur chacun d'eux comme pour les compter. Il n'avait qu'une vague idée du nom que pouvait avoir ce qu'il cherchait (est-ce que ça avait seulement un nom ?) et grimaçait quand ses yeux croisaient du verre à nu, sans la moindre étiquette pour indiquer ce que contenait le récipient. Si avec ça, il n'y avait pas déjà eu des accidents... A quoi est-ce que pouvaient bien penser les propriétaires en mettant autant de médicaments et de fiole étranges en pagaille sur les meubles ? Il s'y perdait; ce n'était pas rangé, ce n'était pas comme chez lui, et il avait mal à la tête. Un regard en biais pour Leia lui indiqua que la jeune fille avait abandonné l'armoire pour se laisser tomber sur un des lits, l'image même de la vitalité de bon matin. Bien, au moins il n'était pas le seul à s'y perdre entre ces bocaux anonymes. Antoine finit par abandonner l'étagère qu'il inspectait et passa à une petite vitrine, dont il ouvrit sans précautions les portes.

Tout en rattrapant de justesse une bouteille qui avait bien failli faire les frais de sa délicatesse, la reposant à sa place, loin du bord, il se prit à détester le silence qui s'était installé, rompu uniquement par les flacons qui s'entrechoquaient. Qu'est-ce qu'il avait espéré d'autre ? Elle ne pouvait pas parler – il ne savait même pas si elle voulait parler, et il n'avait rien à lui dire. Ce constat l'agaça et il mit un peu plus d'ardeur à trier les produits utilisables de ceux qui ne l'étaient clairement pas. C'était souvent ça quand on avait trop de choses dans sa tête, on finissait par tout garder pour soit et ne rien dire. Bouche cousue, s'il ne laissait filtrer que ce qu'il voulait bien, Antoine se retrouvait vite à cours de paroles, sinon des banalités qui n'intéressaient personne. A part lui demander si elle allait bien, s'excuser de ne pas trouver ce qu'il cherchait plus rapidement, qu'est-ce qu'il pouvait dire ? Le malaise était trop dense, trop présent. Il n'arrivait pas à savoir s'il venait uniquement de lui et de ses idées noires, ou s'il venait aussi de Leia et de sa mine grise. La faute au message qu'elle avait reçu ? Il ne pouvait pas lui prendre la main et la rassurer comme l'aurait fait quelqu'un d'autre – parce qu'il n'était pas quelqu'un d'autre. Pas Alejandro, par exemple.

Je ne suis pas gentil comme lui. Mais toi non plus, tu n'es pas gentille.

Quand sa main effleura une substance cotonneuse, il retira une petite soucoupe remplie de coton du meuble et la posa près de lui, sans se tourner vers Leia. Bien, ils avançaient en pièces détachées, mais c'était déjà ça. Quelques pas sur le côté, et il avait fermé l'évier. Il remarqua alors à quel point ce bruit, si infime soit-il, avait rendu le silence moins pesant.
Soudain, c'était juste insupportable.

« Je commence à croire qu'ils éparpillent tout volontairement. »

Pas intimement persuadé que c'était le cas, mais pas loin, Antoine revint à sa vitrine et recommença à écarter les flacons et autres produits qui s'y trouvaient. C'était en fouillant dans ce genre d'endroit qu'il se rendait compte qu'il n'était pas habitué à autre chose que ses placards, ses pièces, son chez-lui où tout avait sa place et où rien ne bougeait sans qu'il l'ait décidé par lui-même. Ses affaires. Alors même que la clarté de la pièce lui avait apparue en premier lieu accueillante, elle l'agressait maintenant et il sentit l'oppression lui nouer la gorge. La main que Leia avait saisi brûlait curieusement, tant qu'il serra légèrement le poing. Ça va passer ça va passer ça va passer ça va passer.
Ça passe toujours.

« Tu peux recevoir des nouvelles de ta famille, n'est-ce pas ? (il leva le bras pour attraper une bouteille plus en hauteur, et tenta de déchiffrer ce qui était écrit dessus, en vain) Tout va bien chez toi ? »

Et la famille et les enfants et votre mari – tant de discussions mondaines, des questions posées sans vraiment se soucier de la réponse. Il tourna la tête vers elle pour cueillir une réponse ou un silence, un geste peut-être. C'est toi la muette, c'est toi qui doit trouver un moyen de me répondre. Moi je me contente de regarder puisque je ne peux pas écouter.
Antoine avait un drôle de goût sur la langue. Il était certain d'y avoir déjà goûté, sans parvenir à se rappeler où et quand.
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Jeu 27 Juin 2013 - 0:12

    Le silence n'existe pas. C'était une idée que Leia avait longuement déroulée dans sa tête pendant des heures passées à fixer un reflet auquel elle ne pouvait pas s'adresser. Là encore, en fermant les yeux, elle pouvait distinctement entendre les éclaboussures jaillissant du robinet oxydé, tout comme les raclements produits par les gestes d'Antoine dans les étagères. Si elle se concentrait dessus, peut-être pourrait-elle éviter de trop penser. Ce n'était vraiment pas ce dont elle avait besoin.
    Rouvrant un œil, la jeune fille ressentit presque une pointe de désappointement en voyant que son ami avait fini par trouver une partie de ce qu'il cherchait. Ses mots glissèrent sur les perceptions de la rouquine comme la pluie sur une vitre. Elle savait qu'ils n'était là que pour combler ce silence apparent, qu'elle refusait d'entendre et mettait tant d'ardeur à dissiper, en froissant et défroissant les draps sous ses doigts. Elle n'aimait pas ce sentiment, bien qu'incapable de lui donner un nom.
    Depuis longtemps, elle avait banni la culpabilité et l'empathie ; après tout, ce n'était pas comme si elle restait liée aux autres assez longtemps pour que les ménager puisse compter à ses yeux. Parfois, elle se demandait si elle aurait été plus gentille si elle avait fait un peu plus d'efforts, jadis. Ses souvenirs semblaient déformer la réalité et lui reprocher un effort qu'elle n'aurait pas accompli, alors qu'elle avait toujours cru avoir fait tout son possible pour être... mieux. Ce n'était sans doute pas le cas. Au fond, non, elle n'était pas gentille. Evidemment, qu'elle s'occupait plus d'elle que des autres.
    De toute façon, elle ne pouvait pas compter sur les autres. Autant que l'inverse soit vrai aussi.

      « Tu peux recevoir des nouvelles de ta famille, n'est-ce pas ? Tout va bien chez toi ? »

    Leia cligna des yeux et jeta un regard hésitant au jeune homme. Quoi qu'elle puisse en penser, et malgré la frustration qui s'agrippait à sa gorge dès qu'elle l'admettait, c'était bel et bien un sentiment de culpabilité qui lui rongeait les entrailles dès qu'elle se mettait à penser un peu trop. Dès qu'elle cessait de ne voir que les apparences pour lever les yeux vers ces regards aux rideaux tirés qui voulaient peut-être tout dire.
    Et pourtant, elle n'était pas en faute. Elle n'était pas en faute. Lorsque sa gorge se nouait, la jeune fille réexaminait avec une indifférence feinte les différents facteurs pour en déduire en tout bien tout honneur qu'elle n'avait rien fait de mal. Elle ne s'était jamais aussi bien menti à elle-même.
    Ou peut-être pas. Ce silence brutal qui lui coulait dans les oreilles n'aurait pas été si douloureux, autrement. Elle n'aurait pas eu envie de se lever et de planter Antoine là en toute violence, autrement. L'adolescente avait un goût amer dans la bouche, et l'impression très claire de sauter d'une humeur à l'autre avec une brutalité anormale. Elle prit aussi conscience que son malaise devait être bien trop évident. Le corps ne ment pas, petite. Elle reposa sur ses genoux la main dont elle avait inconsciemment entamé les ongles, et la joignit à sa paume blessée.
    Elle ne savait pas très bien si elle avait envie de crier ou de se cacher derrière un meuble quelconque. Un nouveau coup d’œil à Antoine n'aida pas beaucoup la rouquine, et le silence s'épaissit, rompu seulement par le bruit de leur respiration respective.
    Bizarrement, Leia commençait à en être incommodée. Elle pianota des doigts sur ses genoux.

      Y a des morts.

    Comme si ça servait à quelque chose de s'exprimer ainsi, de toute façon. De toute façon il y avait toujours un crétin de mur pour se dresser à un endroit où un autre et empêcher toute communication. Ça passait mieux avec Alejo. Ça passait toujours mieux avec Alejo. Là, elle ne pouvait que suffoquer du manque d'oxygène dans la conversation. Sans se parler, sans se toucher, avec cette foutue culpabilité qui lui collait à la peau. Elle se sentait acculée, d'un seul coup, mais bizarrement, n'avait pas le courage de se précipiter vers la sortie la plus proche.
    Dis quelque chose, toi, d'abord. Crie, insulte-moi, va-t-en, mais fais quelque chose. Cette tension à laquelle elle ne songeait seulement pas en se réveillant ce matin-là, comment s'était-elle faite si oppressante ? C'était vaporeux, présent, elle n'arrivait pas à l'ignorer quand bien même aucun mot n'avait été prononcé.
    Peut-être qu'au fond, une pointe acide de sens moral avait longtemps attendu son heure dans l'espoir de lui transpercer la gorge dès que l'occasion se présenterait.

      C'est vrai qu'il n'y avait pas de téléphones portables, au moyen-âge.

    On aurait pu s'en tenir aux baisers, tu ne crois pas ?
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Jeu 27 Juin 2013 - 20:14

...

Peut-être que quelque chose aurait eu besoin d'être dit. Là, sur le champ, pour dissiper le malaise et rompre le silence. Une explication ou une raison, peu importe, tant que la tension ne restait pas. Il y avait des choses à mettre au clair, Antoine le savait: de là à l'accepter ou parvenir à y mettre des mots, il y avait un fossé qu'il ne pouvait pas traverser. Parce que ça passerait, comme toujours. Que ça finirait par disparaître et que tout rentrerait dans l'ordre. La part de son cœur qui lui criait le contraire était celle qui ne cherchait pas la facilité: qui savait que s'il ne coupait pas les ponts, ça ne ferait qu'empirer. Il était lâche sur ce coup là, et son reflet n'avait jamais autant reflété la réalité. Il était plus pâle, il était plus fatigué. Ça n'aurait pas dû arriver. Il connaissait la fin, il connaissait la chanson. L'eau ou la corde. Peut-être les pavés.

Alors pourquoi est-ce qu'il refusait de la laisser filer ?

Manquer de voix était embêtant. Elle pouvait faire tous les signes qu'elle voulait, ses yeux ne dessineraient jamais des mots précis dans son esprit. Tout au plus un sens global qu'il devinait négatif. Leia avait beau mentir souvent, Antoine avait toujours pensé qu'il y avait quelque chose à récupérer dans chacune de ses fables – et qu'il finirait par reconstituer un puzzle cohérent. L'orgueil ne l'étouffait pas; ce qu'il connaissait de Leia, c'était surtout le clair-obscur sur sa peau et le goût de ses lèvres qui ne laissaient jamais s'échapper le moindre son. Maintenant qu'on lui avait volé le peu qu'il avait, c'était comme faire face à une inconnue. Sans gestes, sans mots, sans rien. Juste avec ce silence et cette gêne palpable. C'était ce qu'ils étaient devenus, n'est-ce pas ? Des étrangers. Antoine ne savait pas ce qui l'agaçait le plus. Que ça ne lui convienne pas ou qu'il n'arrive pas à mettre un terme à cette situation ? Ça ne lui ressemblait pas et il le savait. Qu'il ait pu se laisser avoir si facilement, alors même qu'il avait juré que plus jamais...
Il se détestait, et il aurait aimé la détester autant. Ça aurait été tellement plus facile; blesser, il savait le faire à la perfection.

Il ne voulait pas passer des heures à chercher quelque chose qui pouvait se cacher dans le moindre recoin: puisque la bouteille qu'il venait de saisir avec un calme qui s'effritait visiblement semblait faire l'affaire, il la déposa par le goulot à côté du bol de coton. Mal à l'aise qu'ils étaient tous deux, pourquoi personne n'allait claquer la porte pour fuir cette atmosphère pesante ? Ça les aurait tellement arrangés, au moins jusqu'à la prochaine confrontation. Et ça recommencerait, encore et encore, jusqu'à ce qu'ils y mettent fin ou ne fassent une bêtise. Ses mains saisirent finalement le bol et le flacon, avec l'envie irrépressible de les jeter à terre ou sur la jeune fille assise sur le lit. Ça finirait mal de toute façon, il ne se faisait pas d'illusions. S'approchant d'elle pour s'asseoir à ses côtés avec un balancement des ressorts, il se fit la remarque qu'il n'avait perdu contre personne – et surtout pas contre cet incapable d'aveugle, ça n'aurait eu aucun sens. Aucun.
Le seul combat qu'il avait perdu, c'était le sien. Les seules promesses qu'il avait trahies, c'était les siennes. La seule personne qui le regrettait, c'était un petit garçon triste et malheureux. Il se sentait pareil, en ce instant: presque dix ans en arrière, il devait à nouveau refouler des larmes de frustration.

Cette fois, il ne pleurerait pas.

« Tu préfères que je m'en aille ? »

Lui aussi il aurait préféré sortir. Mais pas de cette pièce, non, ni même du manoir; il aurait voulu quitter ce lieu, retrouver sa vie et laisser le temps guérir ses blessures. Les années étaient capables de bien des choses que le pensionnat rendait impossible. Il aurait aussi aimé pousser Leia sur le lit et ne plus réfléchir; c'était tellement plus simple comme ça. Tout était plus simple comme ça.
Mais il ne pouvait pas. Ses doigts se resserrèrent sur le flacon transparent, presque comme pour le faire éclater. Il desserra la pression en s'en rendant compte. Tu as perdu, perdu, perdu.

« Et sois sincère, pour une fois. »

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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Mer 10 Juil 2013 - 2:16

    Leia se demanda s'il y avait seulement une issue quelque part. Ils étaient ce qu'ils étaient, chacun d'entre eux, et ce n'était pas quelque chose qui pouvait changer. Et de toute façon, il y avait trop d'orgueil dans l'air, trop de défenses levées pour espérer parvenir à un compromis. Si à cet instant, quelqu'un avait osé sortir un "tout s'arrangera" périmé, elle aurait certainement éclaté de rire. Ou aurait fondu en larmes, à voir. Etant donné qu'elle ne pouvait pas non plus pleurer sur commande, la jeune fille n'en était pas certaine ; et sans doute, elle n'était pas assez blessée pour fondre en larmes. Elle n'était pas blessée du tout, d'ailleurs. A l'évidence, la coupable de cette histoire, c'était elle, les fils emmêlés qui maintenaient cette tension dans l'air, c'était elle qui les tirait bout à bout.
    Peut-être qu'elle s'amusait. Ou qu'elle en était venue, à force de ne plus espérer, à saper toute relation d'elle-même. Elle n'allait pas non plus se noyer dans l'introspection. Établir dans le secret de son cœur que rien n'était de sa faute était bien plus simple : elle n'avait rien signé, tout avait toujours été clair. Aimer Alejo, ce n'était pas un mensonge. Ça n'en était pas un. Alors elle n'avait rien à se reprocher.
    Chacun son propre code moral.
    Chacun seul face à sa conscience. Ce serait bien. Le lit grinça lorsqu'Antoine y prit place, et un coup d’œil rapide apprit à Leia qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait. Mais sur le coup, de ses doigts crispés, elle aurait aimé faire saigner un peu plus cette blessure. Elle aurait presque voulu lui dire pardon - et son cœur battait trop fort. Ce silence qui n'en était pas un lui mettait les nerfs à vif. Lorsque la voix du jeune homme résonna, elle eut l'impression qu'une lame ripait sur ses os.

      « Tu préfères que je m'en aille ? Et sois sincère, pour une fois. »

    Qu'est-ce qu'elle aurait pu répondre, si cette maudite voix ne s'était pas fait la malle ? C'était si facile de demander ça comme ça ; des mots exécrablement simples à prononcer.
    Leia choisit de ne pas répondre du tout. Elle n'en était simplement pas capable.
    Je plaide coupable, votre Honneur. Sa main avait trop vite retrouvé le chemin de la joue du jeune homme, comme dans le vain espoir de soulager son rythme cardiaque à l'agonie, et tout à coup son corps était bien plus proche et son souffle agrippé à ses lèvres. C'est vrai qu'elle n'avait pas d'excuses. Qu'elle n'avait pas la bonne réponse. Elle se rappelait ce qu'elle avait cherché dans cette sensation, ce désir brûlant, cette étreinte fugace ; du soulagement, à peine de l'affection. Et elle sentait que ça allait mal finir, comme souvent, comme toujours, peut-être.
    Alors pourquoi est-ce qu'elle ne se levait pas pour s'en aller tout de suite ? S'il la repoussait maintenant, tout serait plus simple.
    Parce qu'on va se faire mal.
    Le souffle de l'adolescente se bloqua dans sa poitrine, et elle interrompit lentement son geste. Si tu l'embrasses, tu perds. Elle ne savait pas d'où venait cette pensée. Ses yeux cherchèrent les iris bruns d'Antoine, parce qu'elle ne savait plus ce qui était bien ou pas, ce qui faisait mal et ce qui soulageait, ce qui était raisonnable ou non. D'un côté, elle espérait qu'il lui envoie cette bouteille à la figure. Elle n'avait pas l'impression que ce soit son rôle à elle. Peut-être qu'elle fuyait, tout simplement, mais cette idée lui répugnait. Elle n'était pas responsable.
    Eh, c'est toi l'adulte je te rappelle.

    Sa main retomba sur les couvertures, la jeune fille recula. Bizarrement, elle éprouvait une sorte de honte à l'idée de continuer à agir comme si ses actes n'avaient aucune conséquence. Ce n'était pas un salut provisoire, non, à peine une drogue qui durait quelques minutes mais laissait ressentir des effets dévastateurs pendant des jours après cela. Sans doute la culpabilité associée à l'idée de se servir de quelqu'un dans un but égoïste était-elle parvenue jusqu'à son esprit. Mais après tout, n'était-ce pas ce qu'Antoine faisait, lui aussi ? C'était ce qui était prévu au départ.
    S'il y avait quelque chose de prévu.
    Mais elle ressentait un certain malaise à l'idée de balayer tout ce à quoi elle pensait et à agripper sa nuque pour l'embrasser encore. Ce n'était pas la chose à faire. Vraiment pas.
    La jeune fille secoua ses mèches rousses tandis qu'une expression agacée passait sur son visage comme une comète, puis se détourna. Ses chaussures tombèrent rapidement au sol lorsqu'elle ramena les pieds sur les draps blanc, serrant ses genoux contre sa poitrine dans l'étreinte de ses bras. Elle fixa la porte en silence et en tournant le dos au jeune homme ; étant donné qu'elle ne pouvait s'exprimer que par points de suspension, elle voyait mal quoi faire de plus.
    Non, elle n'était vraiment pas coopérative. Elle n'était sans doute pas assez gentille et délicate pour cela. On ne pouvait pas trop lui en demander non plus.
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Ven 12 Juil 2013 - 2:04

...

La main sur sa joue avait la douceur de mille épées rouillées; une caresse douloureuse contre laquelle il se serait pourtant volontiers pressé, désireux de chasser ce malaise qui lui encerclait le cœur et l'empêchait de respirer quand il avait le malheur de trop y penser. Si c'était pour réduire autant la distance, il préférait encore qu'elle soit égale à zéro et que Leia aille jusqu'au bout, qu'elle ne laisse pas son souffle le chatouiller sans qu'il ait le droit d'y goûter. Ses yeux plantés dans les siens, il aurait aimé s'avancer lui-même et lui ravir ce qu'elle laissait cruellement en suspend. Les main serrées sur le bol et le flacon, avec l'envie croissante de les envoyer embrasser un des murs immaculés de la pièce, il sentit quelque chose se rompre quelque part quand elle recula, laissant de l'acide lui couler le long de la gorge. Il était resté immobile tout ce temps alors qu'il avait la nette impression qu'on lui sciait les côtes de l'intérieur, et il avait bizarrement envie de rire. Antoine n'était pas du genre à s'apitoyer à voix haute, ni à faire ressortir les troubles qui l'agitaient. Il n'avait personne à qui se confier, personne pour écouter et ne ressentait pas le besoin de déposer ce que sa langue ne pouvait pas formuler sur du papier. Tout ce qui lui déplaisait, les dits et les non-dits, il les gardait sous sa poitrine, trop près d'un organe qui menaçait d'exploser sous la pression. Il voulait rentrer. L'attente avait ses limites. Il détestait le pensionnat, il détestait ses habitants, il détestait cette pièce qui lui servait de chambre et ce parc qui lui servait de refuge.

Et Leia qui lui tournait le dos.

A chaque respiration qu'il prenait, sa poitrine semblait s'affaisser et son cœur se recroqueviller sur lui-même. Il fit claquer ses talons sur le sol pour manifester son mécontentement, frustré la seconde d'après de ne pas avoir pu retenir cet éclat indésirable. Ça n'aurait rien dû lui faire. Il aurait dû pouvoir quitter cette pièce sans se retourner, et continuer à vivre comme avant. Pas à pas. Mécaniquement, soldat morne et sans entrain. S'il la forçait elle le détesterait peut-être; s'il s'en allait elle ne voudrait peut-être plus le revoir. Lâche qu'il était de ne pas pouvoir faire le premier pas. Lâche qu'il était de ne pas se prendre en mains. Il lui fallait une excuse, au fond; ne plus jamais la revoir aurait été la meilleure, servie sur un plateau d'argent. Seulement ici, pas moyen de ne pas entrapercevoir l'éclat rouge si caractéristique. S'ils se faisaient mal, ils devraient vivre avec jusqu'à ce qu'une brèche improbable leur permette de retrouver leur chez-soi. A quoi est-ce qu'il jouait en laissant le fil se dérouler et s'emmêler ? Antoine ne se comprenait plus. Il aurait voulu faire comme Leia, comme lorsqu'il était enfant, et se cacher derrière un fauteuil, genoux ramenés contre le torse, bras serrés autour de ses jambes à se les briser. Mordre sa lèvre et se taire comme il avait si bien appris à le faire. Mains sur les oreilles pour ne plus entendre les mauvaises nouvelles, peut-être.
Il avait raison, au final. Qui pourrait apprécier un jeune homme aussi désagréable ? Il n'était rien sans ses costumes, sans son maquillage. Rien. Et maintenant qu'Éric et Marie n'étaient plus là...

Il posa ce qu'il tenait sur le côté, et se laissa tomber sur les couvertures dans un murmure des draps. Face au plafond, un reflet brillant sur ses yeux bruns, il laissa s'échapper un rire à moitié brisé, à moitié moqueur. Un mal de tête atroce se plaisait à lui martyriser les tempes, altérant ses réflexions. S'il avait pu le dire, s'il n'avait pas été certain de tout gâcher, s'il n'avait pas abhorré l'idée de s'appuyer ne serait-ce qu'un peu sur les autres, il l'aurait enlacée et aurait fait de son mieux pour la consoler. De quoi ? De tout ce qui pouvait pousser une fille qui s'habillait en patchwork à enfiler un simple tissu blanc. Il finit par appuyer ses mains sur ses tempes quand la douleur qui s'y terrait devint insupportable.

Les amis vous trahissent, la famille ne s'occupe pas de vous et les amants vous laissent vous balancer au bout d'une corde, le regret à peine aux lèvres. L'affection sous toute ses formes était un poison. Elle lui restait coincée en travers de la gorge comme un mauvais morceau de pomme. Qu'est-ce qu'il pouvait faire contre ça ?

« Fais ce que tu veux. De toute façon... (il cligna des yeux pour en chasser une poussière imaginaire) Je suis le seul à parler ici. Dans tous les sens du terme. »

Il aurait aimé lui demander « pourquoi ». Pourquoi tout. Pourquoi rien. Juste pourquoi. Parce qu'il avait laissé beaucoup de questions en suspend tout au long de sa vie, et que personne n'avait jamais daigné y répondre. Dis-moi Leia, dis-moi juste. Quelque chose. Peu importe quoi.

La blancheur de la pièce était aveuglante. Il avait bêtement cru que tout s'arrangerait après la mort de Marie. Qu'il changerait d'air, qu'il apprendrait à vivre autrement. Le cœur plus léger.
Penses-tu. Il avait atterri dans une prison, loin de tout ce qu'il avait connu, où la moindre lueur n'existait que pour masquer une obscurité plus compacte encore. Il n'avait jamais voulu comprendre comment Clara avait pu sauter, ni comment André avait pu nouer la corde à son cou. Jamais. Il avait tout fait pour que ça n'arrive jamais et on venait lui casser ses remparts érigés avec soin à coups de poings.

Ce n'était pas juste.
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Ven 12 Juil 2013 - 2:35

    En effet, peut-être que rire était la seule solution. Qu'aurait-il pu faire d'autre ? Et elle, alors ? Mais pourtant, entendre sa voix de cette façon lui faisait tout aussi mal.
    Elle les faisait, les premiers pas, d'habitude. A outrance, même. A cet instant, elle ne savait pas si c'était l'incertitude ou au contraire la sensation indéniable que le piège s'était refermé qui l'en empêchait. Faire comme si de rien n'était, elle l'aurait pu, mais plus les secondes s'écoulaient et plus l'idée de laisser le problème en suspens, comme quelques mots flottant dans un air vicié, l'emplissait de culpabilité. C'était peut-être ça, le vrai piège, au fond. De plus être capable de s'en moquer.
    Alors oui elle avait concrétisé la valeur éphémère de leurs étreintes en trouvant quelqu'un à aimer pour un temps. Quelqu'un à faire passer en premier. Mais que pouvait-elle dire, sinon "On n'avait rien juré" ? Les mots lui paraissaient futiles, qu'ils soient mensonges ou réalités crues, paroles de consolation ou tentative d'explication rationnelle. C'était bête, c'était malheureux, c'était tout. Elle n'avait pas envie de faire des efforts voués à l'échec. Elle avait dit qu'elle n'en ferait plus.
    Comporte-toi en adulte, pour une fois.

      « Fais ce que tu veux. De toute façon... Je suis le seul à parler ici. Dans tous les sens du terme. »

    Leia serra plus fort les genoux contre sa poitrine, comme dans l'espoir d'étouffer ce foyer brûlant nichée dans son ventre, qu'elle ne savait plus interpréter mais qui lui faisait mal tout de même. Résultat de ses mots, de sa présence, d'elle-même, elle ne savait plus.
    Qu'aurait-il voulu qu'elle lui dise. "Je t'aime", "Je te hais", peu importe à qui ces mots pouvaient s'adresser, ils étaient creux. Comme si elle attendait encore de les remplir avec quelques gouttes salvatrices. La jeune fille prit une brève inspiration, la gorge nouée. Merde, Egil, t'es où?
    Pleure pas. Surtout, ne pleure pas. Et rappelle-toi que tu n'as pas de raison de t'excuser.
    Le fait même qu'elle ait besoin de se l'interdire la faisait douter encore plus. L'adolescente se demanda si Antoine allait décider de s'en aller. Pourquoi il ne l'avait pas déjà fait. Sans doute parce qu'il y a toujours ces liens qui font mal, et qu'elle s'acharnait à les transformer en clôtures électriques. C'est ma faute, tu sais.
    Ça avait beau lui faire mal, elle n'avait pas envie qu'il parte. Quand bien même cela aurait sans doute constitué la solution la plus bénéfique pour tous les deux. En même temps, pourquoi est-ce qu'il avait eu besoin de l'arrêter un jour où elle n'était pas dans son assiette ? Un autre aurait mieux valu. Un autre jour, les draps n'auraient certainement déjà plus été aussi lisses.
    Leia se demandait ce qui valait le mieux.
    Résistant à l'envie d'un contact plus familier qui lui paraissait presque déplacé, résistant à celle de faire volte-face pour reprendre une place acquise sur ses genoux, la jeune fille se contenta de retenir le poignet d'Antoine avec un coup d'oeil par-dessus son épaule. Furtif. Elle n'avait pas envie de croiser son regard. Les murs lui pesaient, tout lui pesait, et elle ne savait toujours pas quoi dire. Faute de mieux, elle leva les yeux au plafond.
    Immaculé, il ne lui répondit rien.

      Ce serait pas à toi de t'énerver ? Formulèrent ses lèvres persuadées de faire une erreur.

    Des copains trompés, elle en avait eu. Elle n'en avait pas honte, c'était une question de point de vue personnel ; tout cela pour dire que des situation de ce genre, elle en avait déjà connu. Mais pas comme ça. Pas avec ce poids sur la poitrine. Et surtout, pas sans savoir quelle avait été la faute à la base. C'est pas ma faute, écoute. Elle s'apercevait effectivement que c'était dur, d'essayer de mettre les choses à plat. Ce n'était pas dans ses habitudes, et elle avait l'impression de faire une bêtise. Elle aurait préféré faire semblant. Ou même qu'il lui hurle dessus en la traitant de tous les noms. Cela lui aurait paru plus saisissable.
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Dim 14 Juil 2013 - 3:09

...

Sa peau lui brûlait par dessous, comme si ses veines s'étaient donné le mot pour s'enflammer toutes à la fois. Les tempes meurtries, la tête comme une énorme cloche, Antoine ne trouvait aucune consolation dans la blancheur du plafond qui le surplombait. La lumière agressait ses yeux bruns, lui adressant reproches sur reproches et menaçant de faire tressauter un peu plus tout ce qu'il avait en lui. Leia ne lui avait jamais semblé aussi lointaine; il aurait pourtant pu lui toucher l'épaule en étendant le bras, caresser sa joue ou ses lèvres s'il l'avait voulu. Passer des doigts mal assurés dans ses cheveux, ou juste lui prendre les mains dans un geste qui se mourrait de banalité. Il n'arrivait pas à calquer sa silhouette sur l'indifférence froide qu'il appliquait aux autres, et là où même ses parents ne lui manquaient pas car leurs traits avaient quelque chose de trop impersonnel, il se recluait à penser qu'il pouvait ne rien signifier à ses yeux. La vie avait de drôles de manières de manifester son amour. Il aurait aimé pouvoir lui tirer la langue et s'en moquer tout à fait: mais quand il clignait des yeux et qu'il s'apercevait que la brûlure persistait malgré sa volonté, il savait qu'il n'en avait pas la force. Il était faible face aux tourments en dépit d'un acharnement presque idiot à vouloir prouver le contraire, mais c'était la définition même de l'Homme.

Sa plus grande qualité – il en riait ! – et aussi son plus grand défaut. Il aurait presque aimé en méditer un court instant.

La main de Leia était comme une poigne électrique, qui envoya mille signaux de détresse à son bras jusqu'à sa poitrine. Il leva les yeux vers elle, priant le ciel pour faire imploser ses pensées, mais ne fut pas assez rapide pour croiser les prunelles cuivrées de sa piètre interlocutrice. Elle semblait murmurer quelque chose qu'il ne comprit pas. Ce manque de sons sur ses lèvres le fit s'étrangler du silence, et une nouvelle fois le plafond reçut ses plaintes déconcertées. Il avait parfois maudit son mutisme qui la poussait à exiger une attention soutenue et à envoyer valser ses mains en l'air comme un couple de danseurs en colère; il l'avait aussi détesté parce qu'il ne pouvait témoigner d'aucun plaisir, que les inflexions de la voix qui lui étaient si nécessaires lui manquaient cruellement. Il avait embrassé une bouche morte et souvent vexée. Elle souriait bien pourtant. Il lui avait peut-être déjà dit qu'il aimait son sourire, parce que c'était la vérité et que ça n'engageait à rien, que c'était un simple commentaire qui ne s'apparentait pas à la flatterie. Toutes ses expressions étaient vivantes, il admirait la manière dont elles fusaient sans prévenir, violentes comme la couleur de ses vêtements. Leia avait définitivement quelque chose qu'il avait perdu il y avait longtemps de ça et qui ne seyait pas aux mensonges qu'elle sortait parfois.
En cet instant même, il le détestait parce qu'il laissait le vide les écraser comme des tonnes de pierres. Il aurait aimé savoir tout ce qu'elle ne disait pas et ce qu'elle modifiait pour une raison qui le laissait chaque fois perplexe. Il voulait qu'elle p a r l e.

Et même ça, il savait que c'était trop demander. Il grimaça, peu préoccupé du ton capricieux qui collait maintenant à son visage; un peu d'amertume s'y fondait doucement mais sûrement. Il n'était pas censé être gentil, il n'était pas censé s'en soucier. Il vivait dans un monde en parallèle aux autres, prenant garde à ce que ces réalités jumelles ne le touchent jamais. Pourquoi est-ce qu'il avait ouvert la porte ? Il se rendait maintenant compte que personne n'avait frappé; que c'était peut-être un tour de son esprit fatigué; mais ça ne changeait rien au fait que se retrouver face à un mur faisait mal.
Il avait honte. Il se détestait. Il se dégagea de l'étreinte de Leia tout en ne désirant que ses bras.

Mais ça, tu vois...

« Et maintenant, qu'est-ce que tu veux faire ? »

Son souffle se bloqua dans sa gorge comme pour chercher à l'étouffer. Il savait sans doute mieux que lui les mots à éviter. Vas-y, fâche la, mets la dans une colère noire ! Elle refusera de te parler encore et tu l'auras, ton excuse. Seulement, ce sera définitif. Comme la vieille rengaine. Cap ou pas Cap ?
Alors, Antoine ?

« Je... »

Suis lâche. Il mit ses mains sur son visage, peut-être pour se cacher du monde extérieur, peut-être pour soustraire le blanc et le rouge à sa vue. Le temps de réfléchir.
Tellement lâche.
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Mer 24 Juil 2013 - 1:47

    Plus que jamais, Leia avait l'impression de patauger dans un marécage gluant qui emprisonnait ses mouvements et séchait sur ses lèvres pour les congeler à jamais. Rien de ce qu'elle cherchait à signifier timidement ou avec quelque hésitation ne parvenait à son but : elle ne pouvait pas communiquer dans ces habits blancs et gris. Elle ne pouvait que crier de l'écarlate. Ou mourir, peut-être, pour faire résonner ses os entrechoqués, la culasse du flingue ou la chute du tabouret. Quelque chose comme ça.
    Mais elle ne pouvait pas rester là et hésiter. Non seulement cela ne lui ressemblait pas, ne lui convenait pas, songeait-elle en passant les doigts dans ses mèches à la teinte violente, mais en plus rien ne viendrait à elle dans ces conditions. Personne ne viendrait la chercher ; à partir de là, c'était où avancer d'elle-même, foncer dans le tas, avoir mal peut-être - mais savoir - ou tourner le dos et se couvrir les oreilles. Les yeux. Tout. Un avant-goût de l'enfer.
    Elle ne pouvait pas s'arrêter pour réfléchir au sens de la vie ; elle n'en voyait pas l'intérêt. Et il lui fallait des choses simples pour compenser et ne plus penser à cette vie qu'elle compliquait d'elle-même.
    Antoine n'était pas. Simple.
    Rien à voir avec lorsqu'elle s'accrochait aux épaules d'Alejo en riant ; lorsqu'elle défiait son frère de marquer un but contre elle, lorsqu'elle lançait ces foutus bouquins sur ce foutu extra-terrestre teigneux, lorsque Egil la serrait contre lui. Rien à voir. Les problèmes n'étaient pas les mêmes. Les battements de coeur n'étaient pas les mêmes. Elle ne savait plus quoi lui dire - ou ne pas lui dire.
    Parle-moi, parle-moi. On joue à pile ou face ?

      « Et maintenant, qu'est-ce que tu veux faire ? »

    La jeune fille tira d'un coup rageur sur l'un de ses mèches et se mordit la lèvre. Arrête de poser des questions. T'as une langue, sers-t-en ; démerde-toi un peu.
    Pourquoi ce serait toujours à elle de démêler tout ça, hein ? Ce n'était pas juste, premièrement. Ensuite ce n'était pas son job. D'un seul coup elle était en colère contre ces lèvres qui osaient poser autant de questions.
    Il y eut un bruit de draps froissés bien différent de ceux qui glissent sur la peau d'un amant au réveil lorsque Leia se retourna brusquement, posa ses pieds nus par terre et se planta devant Antoine. Elle saisit ses poignets pour le forcer à découvrir son visage et plaqua ces mains qui auraient pu la casser en deux comme une brindille sur le lit, afin de se pencher sur lui et formuler distinctement :

      C'est pas moi qui ai un problème, hein !

    Elle en avait assez de cette stagnation, de ce blanc, de cette pulsation douloureuse dans sa poitrine. La mélancolie s'étalait en couches épaisses sur des problèmes, des problèmes, des cicatrices, des désaccords irrésolus, et alors ?! Elle n'allait pas se laisser faire, parce qu'elle n'allait pas se laisser effacer.
    Couvre-moi la bouche ou détourne les yeux, maintenant. Ça ne finira pas comme ça.
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Jeu 1 Aoû 2013 - 3:40

...

C'était une leçon de vie.
On naissait comme tout un chacun dans ce monde, on sortait désiré ou non d'un ventre dans lequel on se disait parfois qu'il aurait mieux valu rester. On apprenait à compter ses pas tout en retenant les couleurs et les conseils du monde qui nous entourait. Elle et lui, ils étaient trop différents. Pas faits pour se rencontrer, peut-être pas faits pour s'entendre non plus : il y avait comme un énorme gouffre qui accusait les écarts, les années et les civilisations qu'il y avaient au bout de leurs doigts. Il lui suffisait de regarder ses yeux pour s'en rendre compte, et il ne put empêcher les siens de descendre jusqu'à ses lèvres qui formulaient trop clairement ces parodies douloureuses de mots. Il aurait préféré ne pas comprendre ce qu'elle lui assénait, poignets pris dans une éteinte trop maigre pour faire illusion. Il y était pourtant cloué, à ce lit, des chaines et des cordes ne l'y auraient pas mieux tenu, ne lui auraient pas plus coupé le souffle que Leia. Un mélange de tristesse, de honte et de déception agitèrent ses traits sans parvenir à trouver un masque déjà usité par le passé. Perdu et ne sachant que faire, il y plaça une expression froide et impersonnelle par défaut. Le calme plat et la colère sourde ne tardèrent pas à suivre, entrainant son cœur dans une course qu'il détestait avoir à supporter.

C'était sa faute, bien sûr. C'était lui qui avait un problème, c'était lui qui l'évitait et lui qui ne savait plus où aller. Elle, elle n'avait rien. Elle tenait le silence par amusement, parce que ce n'était pas grave. Ce n'était rien, n'est-ce pas ? S'il avait été une autre personne, il en aurait pleuré sans rien ajouter. Mais ce qu'Antoine avait appris le lui interdisait formellement et tordait ses réflexions dans le sens contraire au vent pour leur faire reprendre de force leur forme originelle. Ce n'était pas agréable, et il se détestait pour ne pas y parvenir en un claquement de doigts. Leia était une gamine égoïste à laquelle il aurait aimé arracher les lèvres pour ne plus être tenté. Écartelé par un sentiment cuisant d'injustice et de colère mêlés, il se débarrassa facilement de ses mains importunes pour lui saisir à son tour les poignets. Il serra fort, pas assez pour laisser des marques mais assez pour lui faire mal. Elle l'avait forcé à lire sa sentence sur ses lèvres ; il voulait que ce poids qui lui écrasait la poitrine lui soit communiqué et la fasse autant souffrir.

Étouffe-toi avec mon fardeau. Si je pensais que tu ne t'en remettrais pas, je me jetterais par la fenêtre sur le champ.

« C'est vrai, désolé de t'avoir embêté avec mes problèmes. Tu as sûrement mieux à faire. »

Même s'il souriait, il n'y avait pas la moindre trace de chaleur dans cette expression ou dans les mots qui s'échappaient de sa bouche entrouverte, imbibés d'une ironie acide. Il se redressa et la força à suivre le mouvement. Il en avait assez de ces draps qui ne servaient qu'à camoufler les corps alanguis et de cette lumière qui chassait les illusions. Éteignez-la, laissez moi dormir. Il poussa violemment Leia pour qu'elle tombe à terre, les mains vides d'un contact qui le brûlait mais dont il avait du mal à se passer. Il se releva sur ses deux jambes et lissa machinalement sa veste, les doigts serrés sur le tissu brodé comme ultime rempart aux mots qu'il avait envie d'imprimer sur sa chair. Il fronça les sourcils, hésitant mais trop agacé pour arrêter et prendre la porte comme il aurait dû le faire.

C'était trop dur pour son orgueil déjà mis à mal de mettre les choses à plat. Il en était incapable, et c'était pour cette raison qu'il aurait aimé qu'elle parle. Seulement voilà...

« Tu es muette quand ça t'arranges, et le reste du temps tu parles trop. J'aimerais sincèrement pouvoir te mépriser. »

Ce n'était pas le cas.

« Dire que c'est moi qui ai un problème quand tu es incapable de répondre à la moindre question... Incapable d'être sincère, incapable de faire un effort. D'accord, je ne t'en demanderai pas plus. Juste cette simple question, cette seule question. »

Et dire qu'il l'avait accompagnée parce qu'il avait voulu l'aider. Quelle réussite. Mais ça devait sortir, aujourd'hui ou demain.

« Je pars, ou je reste ? »

Le reste, je m'en charge. Tes mots ou ton silence, je les interprète, puisque tu refuses de t'en mêler.
Lui refusait de s'énerver plus. Cet éclat était déjà de trop, et il n'avait pas (ne devait pas avoir) l'habitude d'extérioriser. Son regard se bornait à être dur puisqu'il ne pouvait rien regretter.

C'est la leçon que j'ai apprise en passant de bras en bras.
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Ven 16 Aoû 2013 - 16:14

    Depuis un moment, ils avaient sombré dans le noir complet. Mouché les chandelles, comme si la chaleur de leurs lèvres était suffisante pour éclairer la nuit ; ou parce qu'ils ne voulaient pas se confronter à ce flot constant de vérités rêches et froides. Et depuis pourtant, au lieu de se retrancher chacun de son côté, le visage perdu dans des bras inconnus, ils se cherchaient à tâtons.
    Sans se trouver.
    Et chaque effleurement leur brûlait la peau.

    L'étreinte renversée sur ses poignets fit grimacer la rouquine ; expression désagréable qu'elle peina à changer en sourire lorsqu'elle fut forcée de se redresser. Les sourires de Leia étaient bien trop souvent comme ça. Amers, fallacieux. Quand est-ce que ça allait s'arrêter ?
    Elle n'aimait vraiment pas sa situation. Cela dit, elle n'aurait pas imaginé que le jeune homme puisse aller jusqu'à la bousculer. Cela ne lui ressemblait tellement pas qu'elle fut prise au dépourvu et ressentit le choc dur contre ses reins avec une incompréhension indignée.
    Elle lui en voulut instantanément ; poing fermé dans l'obscurité, elle se mordit les lèvres, vexée, et se releva lentement en immolant le français du regard. Alors que sa première impulsion était de lui arracher la joue à coups d'ongles.
    Je ne sais pas ce que je fais. Tu sais, toi ?

      « C'est vrai, désolé de t'avoir embêté avec mes problèmes. Tu as sûrement mieux à faire. »

    C'était vrai.
    Le menteur fuit la vérité par nature.
    La pensée effleura l'esprit de Leia, les poings serrés.

      « Tu es muette quand ça t'arranges, et le reste du temps tu parles trop. J'aimerais sincèrement pouvoir te mépriser. »

    Ce n'était pas le moment de réfléchir à tout cela. Elle y avait pensé, repensé, rien n'avait changé, rien ne changerait.
    Ne m'efface pas. N'essaie même pas.
    Et apparemment, lui non plus ne changerait rien.
    Restons-en-la. Englués au fond de nos toiles respectives.
    Tu n'es pas gentille. Tu n'es pas du genre à faire passer les autre avant toi-même. Tu n'es pas du genre à te remettre en question.
    Tu as tort, tu as raison. Qu'est-ce qu'il en pense, le bellâtre blond en face ? Non, elle ne le devinait pas. Petite souris idiote.

      « Dire que c'est moi qui ai un problème quand tu es incapable de répondre à la moindre question... Incapable d'être sincère, incapable de faire un effort. D'accord, je ne t'en demanderai pas plus. Juste cette simple question, cette seule question. Je pars, ou je reste ? »

    Leia avait la gifle facile. Elle aurait pu. Elle aurait peut-être dû, le gifler à la volée et claquer la porte sans rien ajouter. C'aurait été une belle marque d'indifférence, non ? Ou bien la preuve que ses mots venimeux l'avaient atteinte, c'était à voir. Leia envisageait machinalement les diverses interprétations de ses actes.
    Quant à la vérité, ce n'était pas ici qu'elle avait droit de veto.
    Ou alors, elle de cachait quelque part dans tout ce blanc qui lui faisait mal aux yeux.
    Qui se cache ? Qui recule, qui renâcle, qui se bande les yeux ? Finissons-en, si c'est ce que tu veux.
    Ce n'est pas ce que je veux.
    Plutôt que de jeter son poids plume sur le jeune homme, donc, Leia resta immobile et lui lança le regard le plus méprisant qu'elle tenait en réserve. On peut danser sur le même pied.
    Pourquoi poursuivre inlassablement un cache-cache perdu d'avance ?
    Les deux mains de la jeune fille s'élevèrent comme pour une remarque cinglante, puis s'immobilisèrent. Le flot de ce qu'elle aurait voulu crier assourdissait ses sens. Que ce n'était pas ça faute. Que ça l'était peut-être. Qu'elle avait voulu comprendre, que finalement elle ne voulait pas, elle voulait, ne voulait pas, qu'elle n'avait pas confiance, non, qu'elle n'était pas un jouet. Qu'elle n'était pas gentille.
    Un petit "je ne veux plus te voir" qui brûlait la langue.
    Un acide "décide par toi-même au lieu de déléguer". Un "je n'aime pas les colin-maillards" étouffé.

      Tu veux que je te paye, aussi ?

    Pourquoi les mots avaient-ils aussi peu de sens, si peu rapport avec ce qui bouillonnait dans sa poitrine, une fois extraits et formulés ? Peut-être y avait-il vraiment là un sens caché bien synthétique. Peut-être étendait-elle encore une fois la main dans l'obscurité. Leia ferma les yeux, tenta d'imaginer un scénario dans lequel elle ne tournait pas les talons. Le seul auquel elle parvint était amer et triste à en pleurer.
    Choisis, toi. C'est moi qui sors.
    Ce n'était pas comme si la porte allait se rouvrir. Trop d'orgueil. Trop de méfiance, trop de non-dits et une couche de fantômes bien trop épaisse. On aurait pu - on pourrait faire comme si. Elle était bonne à ce jeu-là.
    Mais une dispute franche est la meilleure façon de couper net une situation désagréable, non ?
    Si c'est ta façon de choisir...
    La jeune fille tourna les talons pour faire claquer la porte. Et elle ne voulait pas voir ses doigts hésiter sur la poignée.
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Mer 21 Aoû 2013 - 23:43

...

Antoine sut que Leia ne lui répondrait pas au moment où son regard prit les mêmes teintes que le sien ; le silence qui suivit lui arracha la peau lambeau par lambeau. Il avait vu et entendu pire, des insultes dont il ne s'était pas formalisé – et dont il ne se rappelait peut-être même plus aujourd'hui. Celles qui restaient étaient loin de lui faire aussi mal que cette absence de bruit, de paroles, de réponse. Il aimait le calme, mais pas celui qu'on tendait volontairement et qui nouait des fils de fer à la gorge, qui grattait les poignets et laissait au cœur une dérangeante impression de vide. Je pars, je reste ? Devant un ultimatum, tout ce que Leia était capable de faire, c'était se débattre et resserrer la corde, encore et encore. Antoine venait de se souvenir pourquoi il détestait avoir à se reposer sur les autres : ils étaient lâches. Méchants par plaisir plus que par nécessité, égoïstes penchés sur leurs problèmes. Comme ils devaient avoir l'air stupides, dans leur dialogue de sourd, dans leur théâtre muet ! Lui qui laissait les mots acides dissoudre l'air avant de s'y mêler avec un dernier soupir, elle qui traçait sur la buée avec les doigts et les lèvres des phrases éphémères qui disparaissaient avant qu'il puisse les lire. Ils ne se comprenaient pas, piétinaient tout en essayant de s'en sortir, quitte à blesser l'autre et l'assommer pour ne pas tomber soi-même.

Est-ce qu'il lui avait fait mal ? Mais lâche la, mince, lâche la. Qu'est-ce que tu espères ?

Il ne voulait plus lui crier dessus. Ça ne marchait pas, elle se bouchait les oreilles et faisait semblant de ne rien entendre. Il s'était peut-être résolu à sortir pour fuir la tension et aller s'invectiver dans un coin de la bibliothèque ; mais personne ne le saura jamais, puisque ce ne fut pas lui qui esquissa le premier pas.
A partir du moment où elle prenait un droit qu'elle lui avait refusé, la colère et l'indignation l'empêchaient de poser un quelconque masque sur son visage. Il n'eut pas le temps de se dire que c'était mieux ainsi, que si elle claquait la porte il aurait ce qu'il voulait et se refusait à faire depuis le début. La laisser partir, c'était prendre les ciseaux et couper le fil.

Il tendit la main sans y penser pour lui emprisonner à nouveau le poignet. Pas pour lui faire mal, cette fois-ci, juste pour la retenir et l'empêcher d'aller plus loin. Il parut surpris de son propre geste un court instant, puis son visage reprit sa dureté précédente, mouchetée de mélancolie par-ci par-là. Quand on clamait ne pas se soucier de ce que les autres pensaient, c'était hypocrite de vouloir à tout prix qu'ils comprennent ce qu'on ressentait. Ça aurait été tellement plus simple, pourtant. Déduire toutes ces choses incapables de passer le seuil de ses lèvres habituées à mentir et rejeter l'affection par peur de la trahison. Tellement de malentendus en moins.

Il aurait dû s'excuser de l'avoir bousculée. Il l'aurait fait, s'il n'avait pas toujours eu le pieu qu'elle lui avait enfoncé en plein milieu de la poitrine. Il le faisait souffrir à chaque mouvement. Lui rappelait qu'il avait hésité, et qu'il en payait le prix.

« Normalement, c'est celui qui a un problème qui est censé partir. »

Comment est-ce qu'il était censé faire si elle s'obstinait à garder le silence ? Il ne pouvait pas la clouer au lit ou la forcer à s'expliquer. Elle lui aurait sûrement menti. Il en avait assez de parler seul.

Assez.

« Où est-ce que tu comptes aller ? Voir Alejandro, lui dire que tu l'aimes, que lui au moins te comprends ? J'imagine qu'il faut au moins être aveugle pour avoir droit à ta considération. »

Ce qu'il disait était triste, et il savait que c'était juste motivé par cette colère sourde qui martelait la cadence derrière ses tempes douloureuses. Il préférait quand sa présence le faisait sourire, du temps où il n'avait pas conscience de ce nœud – à moins qu'il l'ait sciemment ignoré tout du long. Il aimait quand elle souriait, elle aussi. Qu'il pouvait la faire rire, que ce soit sincère ou non, elle n'aurait pas été la première à jouer la comédie. Et au lieu de ça...

Ah, on fait vraiment tout de travers. Comment va ta main ?


Je me suis laissé dire que ça aurait pas été très correct de la jeter par la fenêtre. /window/
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Mer 23 Oct 2013 - 1:10

    La secousse cassa son élan, brisa nette cette résolution toute neuve d'envoyer Antoine au diable et de ne plus jamais lui signer ni écrire quoi que ce soit. Leia ne savait pas si elle l'aurait respectée, même sans cela. Elle ignorait souvent les problèmes tacites afin de conserver la configuration qui lui plaisait : sans doute l'avantage de quelqu'un pour qui tout doit être formulé très précisément afin d'éviter toute mésentente. Pour une vérité brute, gravée sur le papier, qui lui tirait les lèvres en forme de grimace. 
    La jeune fille s'arrêta, forcée encore une fois - mais ce geste-là était différent. Tandis que le français reprenait la parole, elle eut l'agacement de sentir un frisson parcourir son poignet. Elle ne voulait pas qu'il la touche. Elle ne voulait pas être retenue. 
    Menteuse, menteuse.

      « Où est-ce que tu comptes aller ? Voir Alejandro, lui dire que tu l'aimes, que lui au moins te comprends ? J'imagine qu'il faut au moins être aveugle pour avoir droit à ta considération. »

    Les mots amers firent grimacer Leia, mais elle ne pouvait pas se boucher les oreilles. 
    Ce qu'elle avait voulu était sans doute l'archétype de la relation adultérine confortable, quelque chose du genre. Comme une mauvaise comédienne, elle ne pouvait dire ni "je t'aime" à l'un ni "je te déteste" à l'autre, parce qu'elle se cachait de toute sincérité. Elle se cachait si bien les yeux qu'elle ne se retrouvait plus ; elle ne savait plus. C'était l'aboutissement des labyrinthes, des tâtonnements, des boucles, des silences, des refus, des masques. Elle ne savait pas. La tension de son poignet sur la main d'Antoine se relâcha, ses épaules se dénouèrent, comme devant une défaite. 
    Puis elle glissa ses doigts entre les siens - sa paume l'élança douloureusement - et l'entraîna vers la porte. Mais au lieu de l'ouvrir, Leia se retourna pour s'adosser au battant et attirer le jeune homme contre elle. Elle retint machinalement son souffle en relâchant la main d'Antoine pour glisser la sienne derrière sa nuque, et son coeur battait une cadence froide mille fois répétée, trop différente du rythme de ses yeux :

      Je lui dirai ça, oui. 

    Et elle en avait mal, et sa gorge luisait de griffures immondes tracées par les doigts crochus de la vérité qui saillait à ses lèvres. Elle avait envie de fermer les yeux et de s'en remettre à lui pour tout oublier, se décharger de faute qu'elle était incapable d'assumer toute seule ; se faire croire naïvement que tout pouvait aller à sa convenance d'enfant en manque d'amour. Me laisse pas. Me laisse pas. Et plus rien n'était à sa place dans sa tête.
    De la nuque du jeune homme au lieu de ses lèvres, la rouquine saisit soudain les pans de sa chemise et y enfouit impulsivement son visage. Elle ne pleurait pas. Elle tremblait à peine. Non, elle ne savait pas.

      T'es nul. T'aurais dû me laisser me tirer.

    Ses doigts balbutièrent quelques mots entre les tissus blancs, là où sa voix aurait été étouffée si une faute répétée ne l'en avait pas privée. S'il l'avait fait, elle ne se serait pas retournée. Pourquoi se faire mal, hein ?
    Elle le méritait pas, hein ? Bien sûr que non. Elle aussi elle méritait d'avoir mal.
    Bien sur qu'elle aimait Alejo. Elle ne méritait pas qu'on soit gentil avec elle.
    Bien sûr qu'elle t'aime toi. Mais est-ce que ça en vaut au moins la peine ?
    Parce que non, non, les mots ne sortent pas. Elle a les doigts engourdis, rouillés.

      Dis, tu m'aimes ?

    Ah, ces répliques creuses et prévisibles dignes d'un film à l'eau de rose. Tu vois cher frère, ça ne sert pas à grand-chose.



J'écris sous acide, yolooo. Tu vois, j'ai fini par y arriver 8D
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Ven 1 Nov 2013 - 4:50

...

Entre deux levers de rideau, Antoine avait dû oublier que l'Art résidait aussi dans l'improvisation ; sans scripte entre les mains, sans texte à suivre, il se trouvait bien démuni. Tout juste bon à serrer les poings et lancer quelques mots vides de sens dans l'air. C'était simple pourtant, non ? La plus bête des équations, avec deux jolies solutions bien en évidence sur le papier blanc. Il la laissait partir et alors il acceptait le coup de ciseau qui faisait mal. Il la retenait et alors il s'expliquait, puisqu'on ne laissait pas un geste en suspens comme ça. Il n'aurait su expliquer à la face grimaçante qui le narguait pourquoi son crayon tremblait et hésitait autant. Ce n'était pas comme s'il jouait sa vie sur les lèvres de Leia ou que ses bras lui étaient indispensables. Qu'elle passe le pas de cette porte et ne lui adresse plus jamais la parole ; il n'en mourrait pas, c'était certain. Il était plus fort que ça.

Mais...

Chaque geste lui court-circuitait les pensées. Il tentait vainement de donner un sens à tous les tressautements de son amie, même les plus infimes, aux mots qu'elle aurait pu y poser si elle en avait été capable. Ses épaules baissées, leurs doigts entrelacés, il ne savait pas quoi en penser. Il crut qu'elle allait sortir ou le pousser dans le couloir, écarquilla légèrement les yeux quand elle se retourna et l'attira contre elle. Tu ne pars plus ? Antoine bloqua sa respiration en même temps qu'elle. Il avait l'impression que la main, si fine et fragile soit-elle, pouvait lui rompre le cou d'un geste sec et précis. Il se refusait à l'admettre – par fierté, par orgueil, par tout ce qui fait qu'un homme peut se montrer incroyablement buté face à l'évidence – mais quelque chose dans sa poitrine tenait bien au bout de ses doigts. Et ça avait beau ne pas lui arracher le cœur, ça lui labourait douloureusement la poitrine. Il aimait le rouge un peu passé de ses cheveux. Il ne voulait pas qu'elle aille voir Alejandro et lui dise ou lui fasse quoi que ce soit. Ni qu'elle s'habille en blanc triste. Ni qu'elle le regarde comme ça.

Et Antoine n'arrivait pas à le lui faire comprendre sans s'étrangler sur les mots essentiels. Il n'avait plus de texte, il n'avait plus de scénario, et la fille qui s'accrochait à lui ne pleurait même pas. Une autre y avait laissé ses larmes de la même façon, triste à s'en briser la voix. Mais Leia ne pleurait pas. Elle dessinait des arabesques confuses qu'il ne pouvait pas lire et dont il avait pourtant l'impression de deviner le sens. Non, non. Son estomac se tordit tellement qu'il crut un instant devoir vomir. Pas ça.
« Je t'aime » c'étaient les mots des menteurs, les mots prononcés à l'ombre d'un arbre et qu'on ne pensait jamais vraiment. Et quand on les pensait, ils finissaient par se dissoudre dans les exigences tacites de cette déclaration orale. Les sentiments ne restaient pas, ils se mélangeaient avec le vent, tombaient en poussière qui nous glissait entre les doigts. « Je t'aime » c'était prendre pour acquis quelque chose qu'on ne possédait pas, c'était tuer tout ce qu'il y avait de bien dans l'œuf. Antoine détestait ces mots. Il ne les avait prononcé que pour mieux faire mal. Et il ne voulait pas faire mal à Leia.

Le garçon d'ordinaire si sûr de lui et décidé vacillait. Il oscillait entre deux attitudes, trainait encore son crayon d'une solution à l'autre. Finalement, il abandonna l'idée d'en encercler une. Tant pis. Quitte à avoir mal, autant s'accrocher à ce qu'il avait : il allait peut-être se détester pour ça et le regretter un jour. Ce serait bien la première fois, pensa-t-il dans des tons pastels et amers.
Il tourna la clé (oui il y en a une et tant mieux si cette précision entre parenthèses casse tout mon poste) dans un cliquetis qui résonna jusque sous son crâne endolori. Tu me pardonne si je nous enferme, d'accord ? Le souffle qui passa entre ses lèvres lui donna l'impression d'une respiration d'asthmatique en fin de vie. Marie, Marie. Elle était tellement plus douée que lui pour parler. Si elle avait été à sa place...

« Tu me manques. »

Cette vérité, énoncée ainsi, lui paraissait insupportablement plate et mièvre. Emrys n'aurait pas mieux fait. La faute à qui ?
Il serra ses mains sur les siennes, il voulait se raccrocher à quelque chose de tangible. Pour la retenir encore, différemment. Ils méritaient d'être malheureux, tous les deux. Sans doute pas à deux. Mais il prenait le pari, puisque c'était tout ce qu'il était en mesure de faire.

« Tu peux oublier Alejandro, pour quelques minutes ? »

Je n'ai pas envie de l'embrasser à travers toi.
Il n'avait jamais su retenir les gens auxquels il tenait, Antoine. Pourquoi ça aurait été différent, cette fois ?

Il était fatigué. Juste cette fois. Juste cette fois...



J'écoutais ça en finissant mon poste. Ça n'a pas de rapport mais ça peut me servir d'excuse, qui sait ? /MUR/
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Jeu 7 Nov 2013 - 19:47

    Toi mon amour, toi qui as le cœur lourd mon amour...
    Et dans le fond, est-ce qu'il n'aurait pas été aussi simple de tout résumer par une simple phrase ? "Je ne te comprends pas." A la seule pensée de ces mots, son cœur se serrait. Si c'était pas une preuve.
    Est-ce que tu m'aimes toujours, pour toujours ?
    Moi je suis faite pour toi...
    Et il y avait tellement de promesses vides et de serments éphémères. Si elle se cachait le visage comme ça, c'était aussi pour fuir cette dérision cruelle qui laissait sa question sans réponse. Au son de sa voix, elle noua les mains dans le dos du jeune homme ; ses doigts agrippèrent le tissu comme on s'accroche à une rampe de sûreté. Et voilà, ça recommence. Désolée, mon amour ; il y a des réminiscence de passages rouges et noirs. Ça sert à rien, ça sert à rien.
    C'est fou ces méandres tordus qu'on peut découvrir sous une belle carrosserie écarlate. Evidemment, quand on est rentré dans le feu tricolore, ça aide pas. Il en aurait pensé quoi, Egil, hein ?

      « Tu peux oublier Alejandro, pour quelques minutes ? »

    La norvégienne crut sentir sa respiration se bloquer quelque part entre ses côtes et sa gorge se serrer, presque.
    Le plus pitoyable dans tout cela était sans doute que répondre par l'affirmative était trop difficile pour ses doigts gourds et ses lèvres névrosées. Tout comme il y avait des mots que lui ne prononcerait pas. On se comprend pas, hein ? Ses doigts serrés à s'en briser les phalanges, Leia pensa à Hedvig. Hedvig et des livres, il y a bien longtemps, des sourires pleins de faux-semblants ; c'était trop difficile. Bien au-dessus de ses capacités. Elle secoua la tête sans relâcher sa prise.
    Et elle savait trop bien qu'on n'irait pas la chercher. Que profiter des autres ne mène à rien ; que la vie n'est pas comme ça, que le monde ne tourne pas comme ça. Et pourtant elle aurait aimé qu'Antoine reste. Avec ses défauts, sa fierté, ses cheveux trop longs, elle aurait aimé qu'il passe sur ses défauts à elle. Parce qu'après tout, demander l'impossible était sa spécialité.
    Elle aurait bien agité les doigts pour dire quelque chose, expliquer, n'importe quoi, mais même en relâchant leur prise sur la chemise du jeune homme, ils étaient incapable d'esquisser plus de quelques balbutiements.
    Elle n'arrivait pas à lâcher prise.
    Si on t'a retiré les mots, c'est qu'il devait y avoir une raison, pas vrai ?
    C'est que chaque mot qui franchit tes lèvres est une insulte.
    Et oui elle était égoïste et lâche. Mais elle non plus elle ne voulait plus entendre questions sur questions, des remises en cause et des serments creux. Je te hais. Je te hais.
    Alors maintenant arrête d'exiger ce que je ne peux pas te donner. On peut faire ça dans les deux sens. On verra plus tard ; ou jamais, je ne sais pas.


      Fais ce que tu veux.

    En deux mots, ça devait être ça.


Dernière édition par Leia Sørensen le Mar 17 Déc 2013 - 19:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Sam 23 Nov 2013 - 0:51

...

La négation ne l'étonna même pas ; et dans un sens, il s'en fichait. Ça lui ferait plus mal à elle qu'à lui, et qu'elle mente ou non, il se savait assez cruel, rancunier et égoïste pour lui faire payer un jour tout le mal qu'elle lui ferait. Il n'était pas quelqu'un de bien, il ne pardonnait pas et n'oubliait jamais. Qu'on tape là où ça faisait mal, volontairement ou non, et la marque restait lancinante pour lui rappeler qu'un jour on avait osé. Non, il ne la détestait pas. C'était tellement pire. A la place de Jules, il se serait passé par dessus bord – il n'était pas faible comme lui. Il se serait noyé, noyé. Il aurait appuyé jusqu'à la suffocation totale, comme il avait envie de le faire maintenant. Ne plus respirer. Flotter quelque part, loin des sensations et de tous les sentiments superflus. Ne la touche pas ou tu le regretteras mais la mort on ne peut rien lui faire regretter ni les cauchemars qui viennent la nuit ni la guillotine ni les disparus ni la porte alors il voulait juste trouver ici autre chose – ne la me fait pas pleurer ou je te tue, je te le jure. Je te tue.

« Soit. Je ferai avec. »

Il passa ses bras autour d'elle et la serra contre lui, puisqu'il n'était plus à un couteau ou une contradiction près. Oui, non, oui ? Si elle voulait lui parler, qu'elle prenne un crayon. Qu'elle lui marque quelque chose, n'importe quoi, même un simple « bonjour ». Même sur son bras, même sur sa joue. Sur ses lèvres. Antoine détestait les mensonges après en avoir abusé jusqu'à l'étourdissement et la dislocation. Ça ne ramenait pas les morts à la vie. Qu'elle oublie son fichu passage ensanglanté, qu'elle laisse tomber Alejandro, il pouvait mieux faire.
Ah. Mais bizarrement, ça aussi, ça sonnait comme un vilain tocsin qu'on s'amuse à sonner pour effrayer. Non, il ne mentait pas.

Désolé. Je n'aurais pas dû ce soir-là. J'aurais préféré avoir bu. J'aurais oublié ton visage.

Il voulut l'embrasser et ne le fit pas. Il se souvint qu'elle s'était piquée avec les roses et que le sol avait craqué sous ses mains trop curieuses. Qu'il l'avait poussée. Qu'il avait trop serré. Et que, en même temps, elle refusait de chasser la rouille du bout de ses doigts et qu'elle attendait quelque chose qui ne venait pas. Il se fichait de ses fantômes s'il ne pouvait pas les comprendre, tout comme elle se moquait des siens. Il ne voulait pas déverrouiller la porte, pas plus qu'il ne voulait en passer le seuil. Il voulait rester ici avec elle. Même si ça faisait mal. Avec tous les non-dits et les malentendus – parce que ça ne changeait rien. Rien du tout. Il l'... comme ça.

« Ta main, Leia. »

C'était pour ça qu'ils étaient là, après tout, n'est-ce pas ? Antoine avait un peu perdu la notion du temps et des choses depuis qu'il était entré dans la pièce immaculée. Minutes, secondes, heures, quelle importance ? Et tes mensonges, et tes silences ? Mes fautes ? Ses lèvres tentèrent d'articuler ce mot douloureux, en vain. Il était sali, tellement sali. Comment lui dire sans annoncer, funeste, la triste conclusion qu'il avait toujours pris ? Les contes sont bons pour les enfants et les naïfs ; il n'était ni l'un ni l'autre. Dommage.

Il allait faire la différence et voir si les choses étaient aussi immuables qu'elles en avaient l'air. Un pari risqué sur lequel il jouait plus gros qu'il ne se l'avouerait jamais. Il desserra doucement son étreinte, comme s'il ne savait plus quoi faire de ses bras ou jusqu'où mener cette danse malhabile dans laquelle ils s'étaient engagés. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il devait soigner sa main, on ne savait pas si... Un accident était si vite arrivé. C'est fragile un souffle. Ça peut s'éteindre en l'espace de quelques secondes, s'enfuir sans prévenir.

Des mains autour du cou ou la fièvre au corps.
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Mar 17 Déc 2013 - 23:33

    Est-ce que c'était normal ? Normal que son cœur batte si fort, qu'elle ne puisse pas s'en détacher, maintenant ? Ses doigts enfoncés dans sa chemise, battant au rythme des respirations qui gonflaient sa cage thoracique ; les coups sourds de son cœur dans sa poitrine, l'odeur de sa peau, la chaleur qui transperçait le tissu ; tout ça elle l'avait déjà senti, s'en était déjà emparée - sans scrupules. Et pourtant c'était encore différent, parce que ses lèvres avaient beau effleurer la peau du jeune homme, c'était son cœur qui le cherchait, et c'était ce qui la maintenait debout là. Terrifiée à l'idée qu'il parte, anéantie à la pensée qu'elle pourrait, elle, s'en aller. Encore.
    Malade à l'idée de s'être fait avoir.
    Encore.
    Mais qui finalement, avait pris l'autre dans la souricière ? S'il y avait un agent de la destinée quelque part, alors c'était sûrement lui qui les avait coincés tous les deux sous la cage. Incapables de faire un pas en avant, sans moyen de tourner les talons et s'enfuir. Alors elle restait là sans rien dire, sans pouvoir fournir à Antoine autre chose que des mots déviés et des étreintes d'une passion glaciale. A récupérer sa chaleur, la gorge nouée, trop lâche, trop fière, trop solidement attachée pour faire confiance.
    Trop réaliste peut-être. Après tout, y avait-il une promesse qu'ils pourraient se faire l'un ou l'autre sans craindre la fêlure, la pique qui les éventrerait tous les deux, la valse de trop ? Ils n'étaient fiables ni l'un ni l'autre, et Leia, elle, ne voulait pas l'être non plus. Parce que les autres font mal, parce que le monde te déteste, parce que...
    Pourquoi tu es comme ça, hein, dis-moi ?
    Pleure pas. Surtout, ne pleure pas. Montre-leur un sourire machiavélique. Crie plus fort.

      « Ta main, Leia. »

    La jeune fille ferma les yeux sur ses yeux bruns alors que la chaleur la quittait. Elle faillit les garder comme ça, pour toujours, mettre ses mains sur ses oreilles puisque de toute façon c'était tout ce qui la résumait. Trois hypocrisies et le néant. Des regrets qu'elle ressassait sans cesse depuis ce qui lui paraissait des heures, des heures passées à pleurer sur sa faiblesse et à se plaindre du monde qui l'entourait. L'auto-apitoiement le plus ignoble pour justifier la peur de perdre quelque chose à nouveau, être rejetée à nouveau, se faire prendre à son propre jeu. Un cliché bien évident dans une comédie dramatique assez mal orchestrée. Et des mots qui tournaient encore et encore, sans but, puisque aucun des protagonistes n'avait les tripes de leur planter un couteau dans le corps.
    Leia regarda sa main d'un air absent. Elle avait la tête coincée dans un étau. Un peu comme ce soir-là, au sous-sol, à la lumière des feux clandestins. Sous les serres cruelles d'un phénix noir tagué sur un mur. A moins que ce ne soit la crasse qui fasse toute sa couleur. Et de la plomberie cabossée ; c'est ça qu'on voit tous, n'est-ce pas.
    Au bout d'un moment, les murs, ça s'écroule, hein.
    Leia eut l'impression de glisser jusqu'au lit de camp. Sa main gauche saisit le rouleau de gaze blanche, sa main droit chercha les ciseaux pour la découper. Elle les rencontra sur le bureau, et ses doigts s'arrêtèrent en apoplexie rigide sur leur tranchant glacial.
    Donne-moi ta main, Leia. Traverse bien sur le passage piéton, ma chérie.
    La lame ouvrit des sillons sur ses jointures lorsqu'elles l'empoignèrent ; et puis, d'un geste presque naturel. le tranchant tomba sur son poignet.
    Disons adieu au blanc, si c'est ça. Crie plus fort. Mets de tes hurlements partout.
    Les ciseaux poussèrent un cri métallique en heurtant le sol, et ses genoux à elle des gémissements. La jeune fille écarquilla les yeux, une main dans l'autre, le rouge bouillonnant sur sa chemise. Et puis un sanglot s'étrangla dans sa gorge.
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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Jeu 19 Déc 2013 - 11:45

...

Antoine avait eu tort – comme toujours. Il avait tort de se cacher, tort de faire un pas en avant, tort de dire « je t'aime » ou de frapper et tort de tout. De répondre, de tendre une main, de supplier. D'aller jusqu'à prier en espérant que ça change quoi que ce soit. Non, il ne se jetterait pas par la fenêtre et non, il ne rentrerait pas chez lui. Il n'avait plus de chez lui, de toute façon, sa seule accroche était mouvante et bien loin de lui, peut-être même plus en vie à l'heure qu'il était. On ne faisait pas plus orphelin. Il aurait au moins voulu que ça ne lui en coûte pas autant et qu'il puisse poser sa tête sur l'oreiller sans ressasser regrets sur regrets. J'ai mal fait. Leia était un fantôme qui s’aspergeait de rouge pour une raison qu'elle ne lui confierait jamais – et il voulait qu'elle le regrette, de ne pas avoir fait d'efforts. Son égoïsme de petite-fille qu'elle n'était plus l'agaçait, mais ce ne fut rien en comparaison de l'exclamation qui buta juste au seuil de ses lèvres, d'horreur et de surprise mélangées, quelque chose qu'il n'aurait plus pensé trouver au bout de sa langue un jour. Ça avait le même goût que les tentures de Septembre.

Ce n'était pas le bruit de vulgaires ciseaux sur le carrelage, plutôt celui d'un verre de porcelaine fine qu'on brise sciemment. Oh, mon cœur.

« Ça ne va pas ?! »

L'évidence même. Antoine se saisit des bandages dont il enroula le poignet de Leia, trop fort, bien trop fort. Il serra comme il n'avait pas pu le faire quelques instants auparavant, le cœur menaçant de s'écouler sur ses joues. Il détestait le sang, il détestait le rouge. C'était faux. Rouge sur blanc. Marie dans son lit, Clara dans la Seine, Richard... loin. Rien jusqu'ici ne lui avait inspiré de dégoût plus fort que devoir enterrer sa sœur sous la pluie. Sans avoir pu dire « Adieu ». Il serra encore, absent, les mains prises de tremblement irrépressibles et douloureux. Puis quand il eut terminé, quand il reposa ses yeux sur le rouge qui en teintait beaucoup trop la surface, il leva sa main pour l'abattre sur la joue de Leia. Il voulut vraiment le faire. S'arrêta à mi-chemin parce qu'il venait de sentir le goût salé de son mal-être au creux de ses lèvres. Il resta le bras levé, figé comme une statue de pierre, quelque chose comme du dégoût et de l'incompréhension dans ses yeux brillants aux volets grands ouverts.

… pourquoi ?

« Tu... »

Il replia le bras, chercha à chasser la tristesse sans y parvenir. Il y avait mille mots qu'il aurait pu dire, un millions de notes à faire voler en éclats et peut-être des milliards de gestes nécessaires. Mais à quoi bon ? Elle était devant lui mais elle n'était pas là. Et lui était fâché, non, écœuré d'avoir joué tout seul pour un résultat aussi misérable. Elle ne valait pas la claque, elle ne valait pas les mots. Pour lui elle valait tout mais en cet instant précis, elle n'était rien.
C'était bien le moment de pleurer. Antoine secoua la tête pour en chasser les dernières rêveries. Sa respiration hachée le fit tant souffrir qu'il se força à prendre une grande inspiration. Il devait aimer avoir mal, au fond, n'est-ce pas ? Ça aurait tout expliqué. Sauf que non, le jeune homme détestait ça. Il avait parié, il avait perdu, c'était comme ça. Il recula d'un pas. Il ne voulait plus...

Plus.

« J'ai cru, mais j'ai eu tort. Je vais te laisser tranquille. On ne se reverra plus. »

S'il la touchait encore, s'enfoncerait-elle les ciseaux dans la poitrine ? Il voulait la secouer, lui hurler dessus. Ça suffisait comme ça. Lui qui pensait encore, il n'y avait pas si longtemps que ça, qu'il n'y avait plus rien à mettre en morceaux à gauche. Mais dis-moi, pourquoi est-ce que tu ne me dis rien ? Il était encore trop fier pour supplier, à moins qu'il ne songeait en toute sincérité que ça ne le mènerait nulle part – à part peut-être vers d'autres mensonges absurdes, d'autres silences à couper au couteau des reproches et d'autres taches rouges sur le blanc.

Il l'imaginait sans connaissance, exsangue, ça faisait remonter des bulles de colère et d'indignation dans sa gorge que ses larmes chassaient au compte-gouttes, une à une. Il ne voulait plus vivre ça, jamais. Plus serrer la main d'un cadavre. JAMAIS.
Alors ne te fais plus mal, je m'en vais.

« Reste avec ton rouge, puisque tu l'aimes tant. J'espère seulement que tu le regretteras. »

Amer, triste, déçu,en colère contre lui et elle et le monde jusque dans sa voix. Il ne dirait rien. Qu'y avait-il à dire ? Il allait tout oublier sans y parvenir. Tout mettre sous clé dans son tiroir comme il le faisait pour tous les visages et paysages de Paris. Antoine avait aimé, un jour. Deux fois dans sa pauvre vie : il avait gâché lui-même la première, la deuxième il la laissait là dans cette pièce impersonnelle. Et lui aussi il était égoïste, mais il avait essayé. Le verrou le surprit, il ne se souvenait pas l'avoir mis ; faillit le retenir et lui faire changer d'avis. Dans le sursaut d'un caractère qu'il se prit à détester, il le tourna et fit claquer la porte derrière lui. Bien sûr qu'il l'aimait. Bien sûr qu'il la laissait.

Il avait serré fort.
Très fort.
Adossé au bois, il posa ses mains sur ses yeux comme un petit garçon.

Il était bloqué sur la berge de son fleuve et Leia au bout de son passage piéton. Ils ne pouvaient même pas traverser. Est-ce que c'était lâche, ce qu'il venait de faire ? Sans doute moins que sauter par la fenêtre.

Plonge bien mon cœur, là-bas l'eau est tellement noire qu'on y voit rien – même pas le rouge qui s'y dilue et s'y noie sans un cri.

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MessageSujet: Re: Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}   Ven 14 Fév 2014 - 23:18

    Hey sweetie, wanna be happy ?
    Ça faisait vraiment mal. Mal à en suffoquer, plus mal au-dehors qu'en-dedans. En fait. Parce que c'est la réalité qui fait couler ce sillon rouge sur la peau livide, tremblante, le souffle coupé par le choc. La lame des ciseaux était si froide.
    Leia n'avait plus les idées claires. Vraiment plus. Si elle les avait jamais eues.
    Ou alors c'était l'inverse et les mensonges n'en étaient pas, et tout ce blanc autour lui ouvraient les yeux. Oui ma chérie, regarder en face c'est douloureux. Admettre c'est douloureux.
    Vivre, vivre, vivre ça fait mal. Peut-être que je ne sentirai rien si j'existe par procuration.
    C'était un froid terrible. Mais soudain il y eut aussi les mains d'Antoine, son souffle, son parfum, et ses doigts qui serraient ses veines si fort, si fort.
    Dans un hoquet venimeux, Leia en vint à prier pour qu'il arrête sa circulation sur-le-champ. Tire-moi tout mon sang. Arrête-le, arrête-la. Pitié, je sais pas tenir debout toute seule, ces muscles ne servent à rien.
    Mais non, c'était du coton blanc, encore et toujours du blanc, qu'il enroulait autour de la blessure comme si ça pouvait la faire disparaître, comme si tout ne serait pas rouge une fois que le camion serait passé, comme si on pouvait la bâillonner encore et encore. Et il serrait fort, trop fort, si fort, et ce n'était pas lui c'était la vie qui l'attrapait au coin des veines et lui tordait les nerfs pour la mettre à genoux, pour lui dire qu'elle était là, qu'elle avait pris pour la perpétuité, qu'elle n'avait pas le choix, pas le choix.
    Maman, maman, ça fait tellement mal.

    Hey, cutie, wanna be lovely ?

    Au final, elle lui arracha sa main. Ou tenta, puisque de toute façon elle était trop mince, trop faible pour lui résister. Et pourtant, qui est-ce qui cassait tout, qui est-ce qui ne faisait pas attention à la vaisselle, qui enfonçait les vitres, qui se cachait les yeux et faisait des caprices, qui était la vilaine petite fille devant laquelle on détourne les yeux ? Si Leia levait les siens, et les siens se noyaient, elle avait la preuve la plus simple au monde qu'elle dérapait encore sur une chaussée humide. Encore raté. Des prunelles rivées à d'autres maintenant que c'était trop tard. Encore raté. Sa main valide se serra convulsivement sur son poignet, provoquant une nouvelle vague douloureuse, l'autre se plaqua sur son visage comme pour retenir les larmes qui inondaient ses joues, qu'un orage n'aurait pas suffi à masquer. Il n'y avait rien à retenir, aucun décor d'intérêt à préserver de la pluie.
    Ça va trop vite. J'ai peur. Je ne veux pas.

      « J'ai cru, mais j'ai eu tort. Je vais te laisser tranquille. On ne se reverra plus. »

    Non, non, non. Non, non. Ses mots résonnaient dans les oreilles couvertes de mèches sanglantes de l'adolescente, comme un écho dans un hôpital froid aux murs de fer et elle les comprenait sans les écouter. Elle s'en foutait des mots, des ces bêtes vicieuses qui lui gâchaient la vie et qui infestaient sa tête comme une gangrène tenace. Elle s'en foutait parce qu'elle ne voulait pas qu'il parte, parce qu'il lui avait fallu ça pour se le dire. Elle s'en foutait, elle s'en moquait tellement.
    Je t'en prie.
    Je te déteste. Je t'aime.
    S'il te plaît. Je suis désolée.
    Le fracas du battant fit saigner ses oreilles.
    Alors ses doigts se blessèrent à la froideur du sol et la ramenèrent sur ses yeux, ses épaules tremblèrent, et elle ne se rappelait pas avoir jamais pleuré comme ça.
    Jusqu'à ce que les sanglots la brisent et que les larmes la noient. Pour emporter ce rouge détestable dans un courant sans but.

    Hey, honey. You're so lonely.
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Cachets de fantasmes sur la langue {Leia Sørensen}

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