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 CHRISTENSEN Zuriel ► Fly & Fry

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Pensionnaire
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Masculin Pseudo Hors-RP : Ayu
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• Age : 24
• Pouvoir : VOUS NE PASSEREZ PAS, en quelque sorte.
• AEA : Zeus, le vaillant pigeon.
• Petit(e) ami(e) : Il trompe les spaghettis avec les raviolis.

RP en cours : Un jour. Peut-être. Sans doute.

Messages : 78
Inscrit le : 25/11/2013

MessageSujet: CHRISTENSEN Zuriel ► Fly & Fry    Lun 25 Nov 2013 - 2:13



* CHRISTENSEN Zuriel *


*nom – Christensen
*prénom – Zuriel, Solomon, Killian
*age – 19 ans
*né(e) le – 12 Décembre quelque chose
?

Pouvoir
Il doit citer Titanic dès que quelqu’un mentionne quelque chose à propos de l’eau, et si c’est d’un bijou quelconque que l’on parle, c’est la trilogie du Seigneur des Anneaux qui fait son apparition.
On lui avait bien dit que son addiction tournerait mal.

Alter Ego Astral
Zeus est un pigeon, là, voilà. Un petit pigeon tout moche, tout gris, le type à fienter sur les passants ce qui ferait carcaner l’ami qui a été épargner par le projectile. Il n’a rien d’élégant, rien de particulier, si ce n’est qu’il n’a pas l’air malade comme la plupart des autres pigeons dans le coin. Il est juste là, discret et à l’affut d’une miette de pain.
Zeus, un bien grand nom pour un simple pigeon, hein ? Mais pour Zuriel, son pigeon, c’est un peu comme un Dieu ; franchement, pouvoir picorer le repas des gens et les couvrir de déchet organique sans qu’ils ne puissent se venger, si ça ce n’est pas la vie d’un Dieu, il n’y connait rien. Son Zeus, Zuriel l’aimait, il pouvait presque se voir en lui ; petit, discret, ennuyant, sans importance dont le seul but dans la vie est la nourriture. Oui, définitivement, au moins lui pouvait le comprendre.
Zeus aime passer des heures à picorer devant la télévision aux côtés de son ami et montre un intérêt particulier pour ennuyer les passants, parfois les effrayer. Il est mou mais ne refuse jamais une bonne ballade pour se détendre. Et puis, c’est un excellent confident qui ne le juge pas et qui est toujours, toujours à ses côtés. Pour Zuriel, il fut l’ami le plus précieux qu’il ait jamais pu avoir.

Passions
Oh, des passions, ce n’est pas ce qui manque dans la vie de Zuriel, mais la plus conséquente, celle qui lui tient au corps et au cœur depuis sa plus tendre enfance, c’est celle des films et séries. Impossible de décoller le jeune de la télévision ou de son ordinateur lorsqu’il est en plein milieu d’un film, à part peut-être à la douce promesse d’un bon repas.
Umh, des bonnes spaghettis à la bolognaise, un fondant au chocolat sur son nie de crème anglaise… On ne peut pas dire qu’il soit un fin gourmet, puisque Zuriel mange tout simplement de tout – et n’importe quoi également.
Sinon, son autre passion, c’est le tutu.
Boutade, bien entendu –quoi que… Enfin, il aime la musique, comme la plupart des gens. Sa sœur lui répète toujours qu’il chante bien, mais lui, il pense surtout qu’il s’en fiche.
Il se passionne dans l’art d’ennuyer les gens par les moyens possible, dans le genre franchement enquiquinant, celui qui vous donne des envies de meurtre parfois, mais la plupart du temps son art fait qu’il laisse les autres sans voix, sans aucune pensée. Si quelqu’un le fixe pendant un moment en ouvrant et fermant la bouche plusieurs fois, là il considère son art parfait – et ce n’est pas rare, bien heureusement pour son égo.
En général, vraiment, Zuriel a juste la passion des passions, c'est ce qui le fait vivre.

N'aime pas / Phobies
C’est stupide un chien. Et laid. Et c’est vraiment dégoûtant. Zuriel refuse d’avoir peur des chiens, il ne les aime pas, voilà. Un périmètre de sécurité d’un kilomètre entre lui et les chiens est requis, il devrait obtenir un ordre de restriction contre ces bêtes diaboliques, il en parlera au juge quand il sera… Pas dans son lit.
Il n’aime pas non plus les grands groupes, la foule le fait se sentir oppressé, il étouffe. Et puis, pas mal de gens puent aussi, alors Zuriel évite toutes les foules, les endroits restreints où tout le monde doit se presser l’un contre l’autre en une sorte de danse désorganisée sans aucune grâce. Nul besoin de préciser qu’il ne prend les transports en commun qu’aux heures creuses. Autant qu’il n’aime pas se fatiguer, il préfère tout de même marcher pendant une heure que de prendre un métro bondé ; il sait reconnaître ses priorités.
Zuriel déteste qu’on lui dise ce qu’il doit faire, il en a actuellement absolument horreur. Si quelqu’un essaie de contrôler sa vie ou son opinion, ce serait un bon gros rejet violent à souhait qu’il aura en retour. Personne n’a de contrôle sur lui, et jamais il ne laissera cela arriver. Sa vie lui appartient et ce même s’il éprouve un profond désintérêt pour celle-ci.
S’il veut être un geek et finir sa vie entouré de chats en pleurant la mort de Jack, il le fera, point.



« If you jump I jump, remember ?»


Caractère

La vie est faite d’évolutions et Zuriel, malgré son manque d’enthousiasme pour celle-ci, n’est pas épargné par cette règle universelle. Quel malheur que de grandir, vraiment. Lui voudrait rester jeune toute sa vie, ne jamais avoir à se soucier de quoi que ce soit, et c’est bien ce que reflète son attitude.
Il s’en fiche, tout simplement. Il se fiche de la vie et la met de côté comme l’on met de côté une pizza lorsque l’on a plus faim. Tout, absolument tout, peut ne pas avoir d’importance à ses yeux s’il en décide ainsi, et essayez de l’en persuader du contraire vous, la sale bête ne changera pas d’avis, en réalité, il est possible que par simple esprit de contraction il ne s’accroche à sa croyance telle une sangsue. Personne n’influence Zuriel Christensen, pas même sa mère. Quoi que sous la menace d’un chien, il n’est pas omis qu’il aille dans votre direction, mais il n’est pas préférable d’essayer à moins que le but est de vous faire détester à vie, car plus que tout, il est rancunier. Lui et la rancune, c’est presque… Passionnel.
En général, c’est un garçon très calme ; stoïque même, à ce point. Il parle peu – et bien souvent ce ne sont pas des déferlantes de phrases adorables qui sortent de sa bouche-, se limite à quelques expressions simples par-ci par-là et obtenir une réaction notable de sa part requiert soit de la chance, soit de ne pas être une personne, ou bien tout simplement un savoir-faire en connaissance du phénomène. Il y a des sujets qui font bien entendu que d’adolescent sous morphine il passe à l’état d’un enfant à Disney, mais la plupart du temps, en situation sociale il se contente d’être monotone et mentalement absent. Le vert ne considère effectivement pas que se sociabilisé est une propriété. Il ne considère pas la vie en général comme une priorité, mais plutôt un truc dont il s’occupera le lendemain – et l’on sait tous comment ça se passe lorsque quelque chose est repousser au lendemain. Sa priorité à lui, c’est le nouvel épisode de Supernatural qui vient de sortir, ou la énième rediffusion de Titanic – s’il ne se la rediffuse pas tout seul- avec un bon plat de pâte.
Si Zuriel éprouve un désintérêt profond pour la vie ‘active’, il en est tout autrement pour la nourriture, le 7ème art et les séries TV – la lecture également. C’est un fait que le garçon préfère largement à toute présence humaine celle de son ordinateur, quoi qu’il ne rejette pas en masse la présence de quelqu’un avec lui, tant qu’on le laisse regarder en paix. Pour ce genre de choses, le garçon a tout le temps et la patience qu’il faut, alors que pour rendre une dissertation… Bien qu’il ne soit pas stupide, le garçon était plutôt médiocre en cours la plupart du temps, simplement parce que vraiment, s’en donner la peine était beaucoup trop compliqué. Il aurait dû sacrifier des heures visionnage de films pour cela, c’est atroce ! Il allait en cours, c’était déjà pas mal, à son avis.
Enfin voilà, c’est très simple avec le garçon : parlez-lui shows et là vous aurez une réaction digne de ce nom. Il possède une excellente mémoire et s’amuse bien souvent à apprendre les répliques de ce qu’il regarde ou lit, les réutilisant à divers moments, qu’ils soient propices ou non.
Mais le jeune adulte n’est pas seulement fait d’indifférence, il n’est pas muet et sans opinion, au contraire. C’est un garçon avec des convictions dont il ne démordra probablement jamais – plus entêté, tu meurs-, une bonne tête sur les épaules qui s’efforce de penser logiquement malgré sa passion pour le fantastique. Malgré ce que l’on pourrait penser, Zuriel est aussi un garçon mature pour son âge ; il le fit très tôt, sa façon de penser n’ayant pratiquement pas changé depuis son enfance. Il n’est pas mature dans le sens qu’il a sa vie écrite sur du papier et un avenir tout tracé dans sa tête, non, mais au sens général. Au lycée, il en obtint le surnom de sage d’ailleurs. C’est un garçon qui refuse de juger par leurs actions du moment qu’ils ne font de mal à personne volontairement. Pour lui, chacun peut faire ce qu’il veut de son corps et de son opinion du moment que ça n’en devient pas écrasant pour les autres autour de lui. Les gens qui imposent leur opinion aux autres et leur rende le simple fait de respirer en paix impossible sont les pires, ceux qui trahissent la confiance des autres, ceux qui s’amusent de la souffrance, là, ce sont ceux dont l’ont doit se méfier, mais pas celui qui couche avec beaucoup de monde, pas celui dont le père est parti.
Zuriel est fort mentalement, ne se laissant pas atteindre par les petites choses de la vie, ne s’inclinant devant personne. Pour être honnête, il est difficile de le détruire d’une quelconque manière du moment qu’il n’est pas intéressé par vous d’une quelconque manière. Et le hic est là. Le turquoise ne fait pas les choses à moitié, à son plus grand malheur, du coup s’il est intéressé par quelque chose, il y verse tout son être et par ce fait descend sa garde, brise les murs, ce qui n’a forcément pas toujours une jolie fin. Il a tendance à faire confiance au gens aisément, ne se fiant pas aux rumeurs et autres malices. Tout le monde est bon dans son opinion jusqu’à ce qu’il voit le contraire de ses propres yeux, point. Obtenir l’intérêt de Zuriel c’est également obtenir ses sentiments et s’exposer à sa sensibilité qu’il ne trouve plus utile dès lors de contenir. Il pleure, il pleure beaucoup pour des choses étrange –surtout les films-, il se met en colère par-ci par-là, sourit et rit ; la poupée s’anime en quelque sorte. On ne peut pas dire qu’il soit le garçon le plus émotif non plus, il reste limité, mais à côté du silence et la monotonie, c’est un grand progrès. Exprimer ses émotions est un challenge pour lui qui reste loin de tout ce qui est humain, du coup s’il ne le montre pas explicitement par ses expressions et paroles, cela ne veut pas dire qu’il ne ressent rien de spécial face à un compliment de la part de son centre d’intérêt, par exemple. Il suffit de le décrypter, ce qui devient relativement facile au bout d’un moment.
C’est un garçon loyal, un ami fidèle qui ne pensera jamais à blesser les autres d’une quelconque manière, bien que ses paroles souvent rudes le fassent à son insu. A la recherche d’un confident ? Zuriel est parfait ! Parle peu, ne juge pas, écoute sans broncher – ou presque, il ne faut pas non plus exagérer- et parfois, il s’intéresse même à ce qu’on lui raconte – doucement quand même. Au moins, vous pouvez être certain qu’il n’ira pas divulguer les informations ou des rumeurs malignes. Ce qu’on lui confie ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd, mais plutôt dans une tombe inviolable. Ayez confiance, avec lui vos secrets sont bien gardés. Le jeune homme a beau être rancunier, il fait rarement quoi que ce soit pour se venger, si ce n’est des remarques cinglantes et une capacité surnaturelle à ignorer royalement. Impossible après coup d’obtenir à nouveau sa confiance ou un semblant d’intérêt après coup. Cependant, quelqu’un peut passer d’ami à ennemi pour une raison quelconque, Zuriel ne racontera jamais ses secrets – sauf cas extrême, il ne contrôle pas totalement sa colère non plus, et puis les accidents arrivent si, si vite…
Le problème lorsque l’on se verse corps et âme dans quelque chose est que la chute est rude. Elle l’est d’autant plus que Zuriel est sensible et se remet difficilement des trahisons. Le blesser est une chose simple dès que l’on a son cœur, il suffit de serrer suffisamment pour l’étouffer, sa force s’étant détruite en même temps que les murs. Lorsque la confiance est définitivement rompue d’une manière ou d’une autre, souvent violemment, le garçon passe par un certain nombre de phases. Sa première reste constante ; Il est froid, comme la glace. Il n’hausse jamais la voix, se contentant d’être royalement glacial et –il l’espère- blessant. Puis, une fois seul, il se blâme puis blâme l’autre à tour de rôle, il ne tente même pas de se contrôler ou à mettre de la pommade sur ses plaies, recoller les bouts n’est pas non plus une initiative qu’il prend. Il n’est pas très discret lorsqu’il est dans cette période et il tente de trouver par tous les moyens une distraction, ce qui se finit rarement très bien. Le reste des phases varient, bien souvent se chevauchants toutes à un moment où un autre. Il recherche la chaleur humaine ou au contraire, s’isole, rejette tout le monde et regarde tous les films tristes qu’il peut – au moins, pense-t-il, c’est une raison valable de pleurer. Pendant une période il refuse d’avaler quoi que ce soit, et le jour d’après, il peut manger pour quatre sans aucun soucis ! En gros, un Zuriel au cœur brisé est un Zuriel lunatique. Bien heureusement, il finit par se calmer et tout revient dans l’ordre, en apparence en tous les cas ; certains morceaux se perdent dans la bataille.
S’il devait y avoir d’autres problèmes avec lui, ce serait certainement le fait que bien souvent, il ne comprend pas les autres et n’essaie même pas de le faire, de toute manière ; il n’y voit pas d’intérêt et de ce fait, se fait un avis sans se soucier des autres, sans se soucier que certaines personnes différentes de lui pourrait le prendre à cœur et en être affligé. Il y a aussi le fait qu’il aurait la légère tendance à tourner ses passions à l’obsession, ce qui a le potentiel de devenir plutôt déplaisant, que ce soit pour les autres autant que pour lui-même, surtout si son intérêt est dirigé vers des personnes, se rendant lui-même vulnérable par le fait. Ne parlons même pas de la fin d’un show auquel il était attaché, on le penserait en deuil pendant au moins deux semaines !
Il n’en reste pas moins que son principal atout demeure : Zuriel a beau être aveugle aux opinions des autres, il garde les pieds sur terre et plus que personne, il connaît ses faiblesses, sans pour autant vouloir les changer. Tout le monde est fait de défauts et de qualités, ce serait stupide de vouloir être parfait, cela gâcherait absolument tout. Il enlace ses faiblesses, les accepte, et ainsi s’accepte lui-même tel qu’il est – bien que ce ne soit pas simple, parfois il lui faut du temps -, et ça, ce n’est pas donné à tout le monde.


Physique

Zuriel ne planifiant pas de devenir une célébrité d’une quelconque sorte n’en a, à proprement parler, absolument rien à faire de son physique un bon 90% du temps. Ce n’est pas comme s’il avait quelqu’un à impressionner ; en réalité, ce n’est pas comme s’il sortait fréquemment tout court.
On lui dit qu’il est beau – et pour ceux qui sont amoureux des litotes, qu’il n’est point laid-, mais il n’a rien d’une super star de cinéma, rien d’une idole qui fait crié toutes les filles jusqu’aux larmes. Sa grande sœur le qualifie souvent de beauté pâle. Il est considéré comme beau parce qu’il est harmonieux, son teint pur, ses traits doux. Tout est agréable, mais cela s’arrête là.
Pâle, c’est tout ce qu’est Zuriel, ce qui le définit, en commençant par ses cheveux. A l’origine propriétaire d’une flamboyante chevelure rousse, sous l’influence d’un blond surexcité, il s’est soudain retrouvé sous un pot de peinture, et depuis n’a jamais cessé de se teindre. La couleur est un joli vert que nombreux peinent à placer sur l’échelle des couleurs. Il aime les penser turquoise, comme l’océan sur les cartes postales, celui que l’on voit souvent dans Pirate des Caraïbes, mais certains aiment briser ses rêves en l’appelant un vulgaire ‘bleu sarcelle’. Des idiots, vraiment. C’est vert, VERT, pas bleu. Il en claque de la langue. Il se souvient qu’une fois sa grande tante avait sorti la couleur ‘aigue marine’ et il en avait ri pendant une ou deux heures silencieusement. Peu importe l’avis des autres, c’est turquoise pâle pour lui, au maximum, il autorise le cyan parce que c’est une jolie couleur, et ça le restera. L’harmonie est importante, alors c’est avec une paire d’yeux turquoises également qu’il se retrouve, pas pour lui déplaire vu qu’il apprécie grandement la couleur. C’est joli et ça ne fait pas de mal, une couleur, il a bien le droit de l’aimer, il pense. Ses cheveux sont relativement longs pour un garçon, lui arrivant aisément aux épaules. La plupart du temps ils sont en désordre complet, mais lorsqu’il passe un peu de temps face au miroir, Zuriel se plait à repousser le côté gauche de ses cheveux en une queue de cheval unique ; c’est un bon style, et au moins il a l’air d’essayer. De toute manière, c’est ce qui rend le mieux avec ses cheveux légèrement ondulés qui malgré leur douceur apparente ne veulent absolument rien entendre. Ils sont à proprement parler totalement intenable et Zuriel ne comprend toujours pas ce que les gens leur trouve, puisque visiblement, ils y trouvent quelque chose de cool, sinon il ne les toucherait pas à tout bout de champ. Sinon ses yeux sont des yeux, ils remplissent leur fonction à la perfection et ne lui mangent pas la moitié du visage. Et puis il y a ses sourcils qui, au repos, lui donnent souvent l’air apathique – ce qui n’est pas loin de la réalité. Ils n’ont pas vraiment de forme, formant presque une ligne droite fine qui ne finit même pas son trajet jusqu’à la fin de l’œil. Tsk tsk, mauvais travail ici mes enfants. Cela ne rend pour autant pas mal avec son fin visage et son air désintéressé, alors il ne s’en plaint pas et ne désire vraiment pas s’en dessiner des mieux – beaucoup d’efforts pour pas grand-chose.
Il n’y a rien de très spectaculaire physiquement parlant chez lui, dans le sens où il n’est pas imposant, vraiment, du tout. Zuriel n’est pas un nain, ni un elfe ou encore moins un géant, bien qu’il est heureux de se rapprocher le plus des elfes morphologiquement – et surtout de battre en hauteur pas mal de personnes. Lui, son mètre 78 et ses 62 kilos sont heureux de donner naissance à un corps svelte, quelque peu osseux, certes, mais gracieux. Loin, bien loin de lui sont les problèmes de rationnement de nourriture afin de ne pas perdre ce corps puisqu’il jouit –injustement selon sa mère- de la bénédiction ultime du métabolisme rapide. Bien heureusement puisque le garçon ne pourrait absolument pas se retenir de manger tout ce qui lui passe par la main. Zuriel ne fait jamais de sport – pas depuis qu’il a fini l’école en tout cas. C’est fatiguant, le sport, sans parler du fait que la sueur, aussi naturel que cela soit, c’est vraiment dégoutant. Cela se répercute par une absence flagrante de muscles sur le corps du garçon qui n’est décidément qu’os et chair. Aucune répercussion sur sa vie cependant, donc aucune importance pour lui, tout simplement.
Pâle, sa peau l’est aussi ; laiteuse dans tous les cas, et sans heurts. Il est évident qu’elle ne voit pas souvent la lumière du soleil. Tant mieux, puisque de toute façon, Zuriel ne bronze pas, il crame, et honnêtement, le rouge ne le sied guère. La douleur qui vient avec est également peu agréable, alors non, merci. Ce n’est pas un teint très sain, beaucoup le pense malade et parfois il ressemble même à un zombie – les cernes et les yeux bouffies lorsqu’il est resté éveillé jusqu’à tôt le matin en pleurant devant un film n’aide pas, certes-, mais chez lui, à part sa famille… Quelle importance. De plus, ce n’est pas comme s’il avait un quelconque problème de peau, au contraire, grâce aux gènes de sa chère mère, elle est parfaitement lisse et douce, ce qui lui valut la jalousie de nombreux camarades mais également quelques surnoms. En plus du fait que le jeune possède, non, plutôt ne possède pas beaucoup de poils. La pilosité n’est visiblement pas ce qui attesterait de sa virilité, mais cela ne le dérange pas. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, il préfère sa peau douce et lisse à un amas de poils qui le ferait ressembler à un ours humain.
Zuriel accorde peu d’attention à son style vestimentaire en général. Du moins, il est assez difficile lors du choix des vêtements, mais dès qu’ils sont dans son armoire, il se contente de les piocher au hasard, s’il s’habille d’ailleurs. Il passe la plupart de son temps en pyjamas à la maison, du coup il a rarement l’occasion de montrer son sens du style au monde. S’il ressent le besoin de bien s’habiller, il glisse quelques doux mots à sa sœur qui s’occupe de lui donner un assortiment qui ne le fait pas ressembler à un clown. Souvent d’ailleurs, elle le fait bénévolement, surtout lorsqu’elle le voit sortir le matin avec un pantalon rouge et un t-shirt violet trop grand qui lui servait parfois de pyjama. En règle générale, il reste classique et apprécie tout particulièrement les rangers, qu’il trouve absolument génial. Les pantalons tailles basses sont exclus de sa garde-robe, formellement. La plupart du temps, il passe un jean presque slim noir et t-shirt et le tour est joué, merci d’être venu.
Le garçon teint n’est pas quelqu’un de très expressif, loin, très loin de là. Un froncement de sourcil, un sourire, wow, magnifique. Il ne faut pas trop lui en demander, le garçon est fragile, ça risquerait de le brisé. C’est le roi de l’indifférence totale, et ses expressions sont à son image : pâles et effacés. Tout est minimisé sur lui, de ce fait il faut bien le connaître pour pouvoir déceler correctement ce qu’il ressent rien qu’en regardant son visage. Il faut de l’expérience, mais rien n’est impossible avec un peu de bonne volonté ! Il existe cependant des situations dans lesquelles il devient une vraie montagne russe d’expressions brutes : lorsqu’il est avec des gens qu’il apprécie BEAUCOUP ou lorsqu’il regarde un film, série/lit un livre. Là, il n’y a pas d’indifférence qui tienne, mais c’est surtout les larmes qui coulent à flot plus que les rires qui fusent. Cependant c’est amusant de voir la statue de marbre s’animée dès qu’on lui parle de quelque chose qui lui plaît. La passion est bien la seule chose qui le fait passer de pâle à fluo phosphorescent en quelques secondes.

Histoire -Résumé-


Il n’y a pas de père chez les Christensen. C’est comme ça, Zuriel n’y peut rien. C’est pas grave. Lilith, sa mère, et Freia, sa grande sœur, lui suffisent amplement. Pour les autres enfants de son âge, on dirait que c’est un tort, on le lui jette à la figure tous les jours ; le petit garçon apprend simplement à ne pas s’occuper de ce qu’on raconte.
Lui sait que c’est bien, ça lui suffit.

Il ne s’entend pas avec les autres. C’est un enfant solitaire de caractère, ce qui ne l’empêche pas de se sentir vide par moment, surtout lorsqu’il voit tous ces enfants s’amuser ensemble. C’est là que Zeus intervient. Il a 8 ans lorsque le pigeon apparait, son sauveteur, son ami.

Souvent, il visite sa grand-mère dans le nord de l’Irlande du Sud, lui qui habite vers le centre. Là-bas non plus, il n’y a pas de grand-père, mort quelques années avant sa naissance. Les Christensens n’ont pas de chance avec les hommes, il faut croire. Il est ami avec la fille de la voisine, une petite gamine pleine d’énergie qui fait naître en lui un doux feu qui le réchauffe. Avec Zeus, elle est sa seule amie, la seule qu’il peut supporter, et Emily restera certainement à jamais sa petite sœur chérie.

Lorsqu’il a onze ans, il brûle la maison, par accident, bien entendu. Zuriel n’a rien d’un pyromane, il voulait simplement aider. Il manque d’y rester – il est depuis interdit de cuisine, pour sûr. La famille déménage donc non loin de Dublin, ce qui, au début, ne plaît guère au petit garçon roux. Mais c’est de sa faute, il se tait. En plus, sa mère et Freia semblent s’épanouir dans le coin, alors ça lui va.

Puis il rencontre Jade, demoiselle d’à peine deux ans son ainé dont le large sourire et l’honnêteté ont raison de lui – il aime tout chez elle, si ce n’est pour l’énorme chien qu’elle appelle obstinément Bug alors que son nom est Satan, c’est certain. Il tombe amoureux, parce que c’est ce que les gens font. Ils sortent ensemble, ils s’aiment et Zuriel, enfant naïf qu’il est, y croit jusqu’au bout. Zeus n’a déjà plus de place dans ces pensées.

Après plus d’un an de relation, elle part, du jour au lendemain, sans laisser de trace. Elle le laisse derrière. La trahison est rude, il digère mal. Il a quatorze ans maintenant, et lui qui commençait à s’épanouir se renferme d’un seul coup, épouse presque son ordinateur et la nourriture. Heureusement que le Titanic est là pour lui, n’est-ce pas ? Ce sont des longs mois qui passent ainsi sans que personne ne puisse le faire bouger.

Un jour il se réveille avec un étranger blond tout droit sorti d’un boysband sur son lit qui lui dit qu’il a des cheveux merdiques, et tout s’emballe. C’est Thomas, un garçon de sa classe qui est aussi petit que populaire. Aussi enquiquinant que collant également. Zuriel ne le déteste pas, il apprend à le connaître doucement, le laisse peu à peu dans sa bulle.

Il a quinze ans lorsqu’il se teint les cheveux pour la première fois, tradition qui ne cessa jamais. Sous l’influence de Thomas, ce n’est pas seulement ses cheveux qui changent. Ces habitudes en prennent un coup, il est forcé de regarder le monde en face, apprend que les gens ne sont pas tous des idiots. Il se lie d’amitié avec une petite brune du nom de Lou et un garçon aux cheveux couleur nutella –vraiment-, Adam.

Adam. Il y a quelque chose à propos de lui qui fait que l’adolescent n’arrive jamais à se l’ôter de la tête, peu importe ses efforts. Le garçon se trouve une copine qu’il aime énormément, Grace, et c’est un choc pour Zuriel, il l’avoue, sans vraiment comprendre pourquoi. Il ne l’aime pas, cette jolie blonde, sans aucune raisons, juste comme cela. C’est mal, il se déteste pour cela, mais c’est ainsi.

Le brun doit sortir de son cerveau, et c’est Thomas qui fait office de distraction, pas que cela lui déplaise le moins du monde. Si c’est le blond, alors c’est possible.

Il se dit que si c’est Thomas, il ne regrettera rien et lui offre ce qu’on ne peut jamais reprendre les yeux fermés. Aux yeux de son ami, il pensait que ça n’avait aucune importance, lui qui faisait apparaitre des conquêtes d’une nuit comme par magie.

Malheureusement rien ne fonctionne correctement. Lorsque le couple que formait Adam et Grace déraille, il ne peut s’empêcher de sauter sur l’occasion, gracieusement offerte par le brun, tant que personne ne sait rien. C’est leur petit secret à eux. Et Zuriel l’aime, ce garçon il l’aime vraiment. Grisé par le bonheur, il ne sent pas la cire de ces ailes fondre, il ne voit pas la chute venir.

Thomas est au courant, on ne peut pas lui cacher, il est son meilleur ami, après tout. Son meilleur ami. Pourtant, sous les commentaires désapprobateurs de son copain, Zuriel décide qu’il faut tracer une ligne et mettre de la distance entre lui et le blond, brûlant ainsi à petit feu le tandem inséparable qu’ils formaient.

On lui ouvre les yeux de force. Adam est un menteur. Cela faisait un an qu’ils se voyaient, et il apprenait tout juste que lui et Grace s’étaient remis ensemble depuis déjà six mois. Adam la trompe. Il le trompe. Il réalise qu’il n’a jamais été la priorité, de toute manière, il n’a été qu’une sorte de jouet que l’on affectionne ; il est dur de le jeter, malgré tout le garçon aux cheveux chocolat le fait en le piétinant au passage.

Pourtant le cyan n’en a pas assez de tout ruiner. Il fout définitivement tout en l’air avec Thomas, envoie Lou cueillir des fleurs et fait de sa couette sa nouvelle meilleure amie. Il épouse à nouveau sa chambre, ignore la vie aussi longtemps qu’il le peut.

C’est un idiot finit. Au bout de six mois, Lilith et Freia le poussent bien gentiment jusqu’à chez sa grand-mère pour qu’il prenne un bon bol d’air et cesse d’agir comme s’il portait le poids du monde. Les grandes bourrasques de vent et l’odeur de la mer le ramène sur terre, et peut-être qu’il n’était juste pas fait pour voler. Ou peut-être qu’il n’avait pas trouvé les bonnes ailes, allez savoir. Toujours est-il que retourner chez sa grand-mère le revigore ; ça lui fait du bien.

Zuriel est impatient de revoir sa chère grand-mère, mais également sa petite Emily ; malheureusement pour lui, c’est probablement une chose qui n’arrivera jamais.

Il pousse bien la porte du petit pavillon de son enfance, pourtant derrière la porte, c’est un tout autre univers qui l’attend.

Tout est à refaire.

[PS: JE NE SAIS VRAIMENT PAS CE QU'IL S'EST PASSE. Je sais pas pourquoi l'histoire est devenue une longue série B, vraiment. Je m'excuse et je pleure.]



Informations Hors-RP
Avez-vous bien lu les règles ? Tellement longtemps qu’il m’a fallu du { PIGEON } - Nii' après !
Où avez vous trouvé ce forum ? Mes amies de l’hôpital psychiatrique me l’ont fortement recommander.
Pssst, psst, au fait, je ne sais pas où le mettre, mais j'ai activé la fiche de personnage sans vraiment savoir pourquoi, sorry!
Est ce votre premier perso...
♦ ...Dans un forum RP ? Nope.
♦ ...Dans ce forum ? A moitié ?



Dernière édition par Zuriel Christensen le Dim 12 Jan 2014 - 17:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: CHRISTENSEN Zuriel ► Fly & Fry    Dim 12 Jan 2014 - 17:35

Histoire- Première Partie


Part I - The Maze

Petit Zuriel n’est pas très aimé de ses camarades, mais ce n’est pas grave, car petit Zuriel n’aime pas non plus ses camarades.
Il n’est pas un mauvais garçon, il n’est ni bagarreur ni méchant, la plupart du temps il est seul et tranquille. Il aime être seul et tranquille, malheureusement ses camarades n’aiment pas qu’il soit content.

Méchants, tous, sans exception.

Harry lui arrache ses crayons des mains, jette un regard au dessin. Il rit avant de le prendre, de tourner la feuille dans tous les sens sous le regard impuissant du plus petit, plus frêle, plus doux garçon. Zuriel se mord la lèvre, fronce les sourcils, tentative pour avoir l’air plus effrayant.
Il connaît le destin de son dessin. Déchiré en mille morceaux, comme ses efforts. Non, pas encore. Pas celui-là.

« Laisse-ça. »

Le garçon de deux ans son ainé le toise de sa tête de différence, sourire sournois aux lèvres. Il penche la tête sur le côté, regard s’attardant sur la feuille de papier une seconde trop longtemps.

« Oh ? Et pourquoi ? Tu vas le dire à ton papa ? » Il ricane, clairement satisfait de sa propre mauvaise blague. Petit Zuriel serre les dents. « Ah, mais c’est vrai, t’en as pas ! Je paris que c’est parce qu’il avait honte de toi qu’il est parti. »

C’est faux.

« Ou peut-être à cause de ta maman. Loufoque. Ma mère dit qu’elle ne vaut rien, que ton père a eu raison. »

Tais-toi.

Son poing part tout seul s’écraser sur la joue du garçon ; ce n’est pas grand-chose, il le sait. Pour être honnêtement, c’est même probablement significatif de plus de problèmes qu’autre chose, mais c’est libérateur, il se prouve à lui-même que c’est faux. Il proteste, donc c’est faux, c’est juste faux. Ça doit l’être. Il n’y a pas de père chez les Christensen, mais c’est pas grave, ça n’a jamais été grave. C’est juste comme ça.
Et Zuriel l’accepte, il l’accepte vraiment. Vraiment.

Ce qu’il redoute arrive, très vite il perd l’avantage de la surprise. Petit Zuriel, trop petit. Il se retrouve au sol en un rien de temps, et c’est inutile d’attendre de l’aide des autres enfants, personne ne l’apprécie, personne ne se dresse contre Harry. Mais cette fois, lui ne va pas se laisser faire. Il se redresse et dans un élan de bravoure se jette sur le plus grand ; très vite cela dégénère, puis on ne peut les distinguer que grâce à la touffe rousse et la touffe brune alors qu’ils roulent et se rouent de coups tous les deux.

Bien vite, heureusement, deux adultes arrivent. Elles peinent à séparer les deux qui refusent par la suite obstinément de s’excuser. Les blessures sont traitées, les parents appelés, et Zuriel voit très clairement l’air supérieur d’Harry lorsque c’est son père qui arrive, grand et intimidant, en premier.

Regardes, moi j’en ai un.

Ses poings se serrent, ses dents se serrent, son cœur se serre. Les Christensen n’ont pas besoin de père.

Lilith Christensen arrive, yeux bleus brillants d’inquiétude malgré son expression morne. Elle replace une mèche de ses longs cheveux blonds, s’excuse quelques fois du comportement de son garçon, puis le force à s’excuser.

Il refuse, les yeux rivés au sol.

« Mais j’avais raison maman. »

Elle abandonne le sujet, s’excuse à nouveau ; elle sait qu’il a raison, c’est son fils après tout. Petit Zuriel est un bon garçon, il ne se bagarre jamais, bien souvent il préfère céder que d’entrer en conflit, alors là, il doit avoir raison.

Sa mère reste silencieuse durant le trajet, mais dès qu’ils arrivent, dès que les manteaux sont mis de côté avec les chaussures, elle passe à l’attaque. Elle s’accroupit en face de lui, plisse les yeux.

« Alors, raconte-moi ? »

Le roux se mord la lèvre, joue avec ses mains mais garde un visage composé, comme celui de sa maman.

« Il a dit que papa (le mot sonne faux, il grimace légèrement) est parti parce qu’il avait trop honte de moi.

-Balivernes. »

La réplique est immédiate, presque surprenante. Il sait que c’est faux, il l’a toujours su.

« Il est parti parce que c’est un bâtard, c’est tout, tu n’as rien à voir avec ça, Zuriel ; tu n’es une honte pour personne. »

Lilith pose ses mains sur ses frêles bras d’enfant, rassurante et douce, bien plus douce qu’elle n’en a l’habitude. Zuriel hoche la tête, les paroles lui mettant quelque peu le baume au cœur, avant qu’il n’entame la partie la plus difficile.

« Il a aussi dit des choses méchantes sur toi maman. Il a dit que sa maman a dit tu vaux rien.

-Aah… »

L’espace d’un instant, elle semble pensive, mais pas le moins du monde offensée par ses paroles, et Zuriel l’admire. Il l’admire toujours. Sa maman n’a rien de loufoque, elle est la meilleure, la plus jolie et la plus intelligente. Il veut être comme elle plus tard, aussi brave et forte.

« Et c’est tout ? »

Elle semble un peu surprise lorsqu’il hoche la tête à nouveau. Pour lui, c’est déjà beaucoup. On n’a pas le droit de dire du mal de sa maman, ni de sa sœur d’ailleurs. Lilith repousse à nouveau une mèche blonde.

« N’écoute pas ce que te disent les gens, ce sont tous des cons. Un bon quatre-vingt pour cent en tout cas. Fais ta vie, ne te laisses pas atteindre par les amas de conneries qu’ils te jettent, c’est là la vraie force. La violence ne résoudra pas tes problèmes, surtout que tu vas ne pas être bien gros, désolée à ce propos. »

Elle lui adresse un grand sourire avant de l’enlacer tendrement, une main maternelle caressant ses doux cheveux d’ange. Ah, c’est donc ça le secret… Zuriel se jure qu’il suivra ces conseils, c’est noter, c’est ancrer dans son cerveau à tout jamais, avec les même mots, même expressions. Sa mère n’avait pas pour habitude d’embellir les choses, encore moins de parler d’une manière différente à ses enfants- pour certain c’était crue et mauvais, mais lui et Freia n’y voyait pas d’inconvénient, du moment que ça ne sortait pas dans les mauvaises situations.
Ils sont des enfants intelligents, Lilith a pleine confiance en leur capacité à évaluer la situation.

« C’était quand même une jolie droite à en croire sa joue, murmure-t-elle soudainement, je suis fière d’être ta mère. »

Zuriel sourit et de ses petits bras, il encercle les épaules de sa chère mère, le seul parent dont il aurait jamais besoin ; à elle seule, Lilith pouvait bien remplacer tous les papas du monde, c’était une certitude.

‘Je suis fière d’être ta mère.’

Il est fier d’être son fils.

~

One, two, three…

Assis seul dans l’herbe du parc, petit Zuriel compte les pigeons qui s’agglutinent autour des miettes de pain qu’une petite fille a déversé sur le sol dès son petit sandwich finit.

Nine.

La petite fille court après ses amis, Zuriel continue d’observer le comportement des pigeons. Est-ce que les pigeons sont amis entre eux ? Est-ce qu’ils font des compétitions ? Courses de vol, qui mange le plus, qui ennui le plus de gens ? Surement.

En tout cas, ils n’ont pas l’air de s’ennuyer, eux. Ce soit être génial d’être un pigeon ! Pas de règles, pas de punitions, une liberté totale de faire ou ne rien faire, de parler avec les autres ou pas ; pour Zuriel, c’est le paradis.

Je veux être un pigeon, il décide à six ans, bien conscient qu’il s’agit là d’un rêve irréalisable. Son maître le dit mature, plein de sens. Lui pense que c’est nul d’être logique, parce qu’il ne peut pas rêver comme il le souhaite, une partie de son cerveau criant toujours au meurtre.

Bien, alors au moins, il veut avoir un pigeon ! Est-ce même possible de domestiquer un pigeon ? On lui avait parlé de pigeons voyageurs, mais ils n’avaient pas l’air sympathique. Le petit roux soupire, enfonce ses mains dans l’herbe. C’est nul. Il s’ennuie.

On est samedi, Freia, sa grande sœur de 2 ans son ainée, est partie à une fête d’anniversaire. Freia a plein d’amis, elle est jolie, sourit beaucoup et les gens l’aiment toujours. Zuriel aussi l’aime parce qu’elle est toujours gentille et regarde des films avec lui.
Sa maman travaille, elle travaille toujours, et beaucoup, mais il ne sait pas exactement ce qu’elle fait. Un jour, il comprendra. Ce soir, ils vont tous regarder un film ensemble, comme tous les samedis.

Ses yeux tombent sur sa petite montre : 15 : 02. Ce soir, c’est loin, et Zuriel s’ennuie. Il s’ennuie souvent en fait, il préférerait ennuyer les autres, malheureusement c’est difficile tout seul, tout lui retombe toujours dessus.
Il n’a pas d’amis, n’en veut pas. Parfois c’est bien, parfois ça ne l’est pas, il y a toujours un contre pour un pour. La plupart du temps il n’y voit pas d’intérêt parce que les autres ne sont pas intéressants comme la télé, mais être tout seul n’est pas amusant lorsqu’il n’y a rien à faire, alors il ne serait pas contre un ami, peut-être.
Un ami pigeon, ce serait bien.

Leur repas terminé, certains pigeons s’envolent, d’autres continuent à rechercher quelques grains à picorer. Le petit garçon en suit un du regard tandis qu’il rejoint le large ciel bleu, se fondant rapidement dans le décors. Il ferme les yeux et se laisse aller à la brise.

C’est nul, d’être seul.

« Hey loser ! »

Zuriel grimace lorsque quelque chose de solide bute dans sa jambe, retirant immédiatement ce qu’il venait de penser. La solitude, c’était bien mieux que ça. Péniblement, il ouvre ses yeux turquoise pour découvrir le large sourire Tim, un abruti finit dont les cheveux bruns défiaient ouvertement la gravité. Il retint un grognement, se contente de garder une expression neutre malgré son mécontentement.

Ne le laisse pas t’avoir.

« T’attends quoi là ? Que ton père vienne te chercher ? Oh, c’est vrai, t’en as pas. » Le garçon serre ses poings mes ne répond rien. Tim semble contrarier l’espace d’un instant, avant de se reprendre. « Ah, ou tu n’as peut-être pas de lit, ça m’étonnerait pas, t’as même pas de quoi t’habiller. »

Ne t’abaisse pas à le frapper, c’est tout ce qu’il veut. Zuriel prend une inspiration profonde, cligne lentement des yeux. Il le déteste ce garçon, lui et son rictus ridicule, mais ses 2 têtes de plus, ses nombreux camarades et surtout les indications de sa mère le dissuadent de mettre quoi que ce soit en œuvre. Au bout d’un moment, il se lassera de l’insulter, c’est certain.
Tim n’est pas un garçon très patient après tout.
Il aurait certainement dû opter pour le silence, mais les mots glissent sur sa langue plus rapidement qu’il ne peut les arrêter – il n’essaie même pas, à vrai dire.

« Mon lit est très bien. Je pourrais même te donner mon matelas si tu veux, j’imagine que le tiens est encore mouillé de la nuit dernière. Il doit commencer à sentir aussi, à force. »

Le garçon vire cramoisi en deux seconds top chrono sous les yeux mornes du plus petit, qui ne laissa rien paraître de sa jouissance interne.
Et tac, prend ça.

Il se passe quelques secondes pendant lesquels, tel un poisson rouge, Tim ouvre et ferme la bouche à répétition, sans articuler un seul mot, avant de soudainement passer en mode agressif, peu convainquant à cause de son évidente gène. Il se penche et attrape son t-shirt de sa grosse main, ses yeux miel perçant essayant de le foudroyer sur place.

« Je vais tellement te casser la gueule que même ta chère maman ne te reconnaîtra pas. »

Aaah, quelle menace ennuyante, sans originalité. Tim n’aurait décidément jamais pu devenir son ami avec une capacité d’imagination si rikiki. Bon, c’était bien beau tout cela, mais que faisait-il maintenant ? Contrairement à sa mère, le garçon aux cheveux bruns, lui, mettaient ses menaces à exécution, ce qui ne plaçait pas le frêle Christensen dans une très bonne position. Il n’avait pas peur de se faire frapper, c’était désagréable et très douloureux, certes, mais au final, il en avait un peu l’habitude, et prenait le manque de phraser de ses ennemis comme une victoire personnelle.

Qu’est-ce qu’il ne donnerait pas pour un allier à ce moment-là…

Tim se redresse, soulevant avec lui Zuriel qui ne cherche pas à se débattre d’une quelconque manière ; un adulte passera bien assez tôt pour arrêter la scène, c’était une certitude, alors que lui, son mètre 35 et ses 30 kilos…Il ne ferait qu’empirer son cas. Le brun lève un poing massif tandis que le regard turquoise de la jeune victime se porte vers le ciel où il aperçoit deux pigeons. Peut-être que l’un d’eux pouvait l’aider, qui sait ?

Pouf.

Zuriel se retrouve les fesses sur l’herbe, incrédule tandis que le plus grand émet un long cri strident d’horreur, ses cheveux couvert d’une mixture grisâtre que le jeune garçon ne met pas longtemps à identifier. C’était de la fiente de pigeon. D’abord bouche bée, le rouquin éclate de rire en regardant le plus vieux essayer d’enlever le répugnant projectile sans grand succès puisqu’il ne faisait que l’étaler.

« Cours. »

C’est une voix fluette qui résonne dans sa tête qui le ramène à la raison. Oui, il doit partir, vite, avant que Tim ne l’attrape, encore plus en colère. En un bond, il est sur ses jambes, en quelques secondes, il est déjà loin des cris rageurs de son agresseur – il avait toujours été bon en course à pied, mystérieusement.
A ses côtés il lui semble apercevoir une boule grise voltigeant dans les airs, et lorsqu’il s’arrête non loin de sa maison, essoufflé, il réalise qu’il n’hallucine pas – enfin, pas à son niveau. La petite boule en question s’avère être un pigeon. Un vrai. Un bien gris, un peu rondouillard qui aux yeux de beaucoup aurait l’air misérable, mais pour Zuriel, il est simplement majestueux.

« Joliment envoyé, » siffle la petite voix qui lui avait sauvé la mise.

Assumant qu’il s’agit de sa réplique, le petit garçon adresse au pigeon un petit sourire satisfait.

« Merci, je te retourne le compliment ! »

Le petit oiseau fait un tour sur lui-même, exprimant ainsi sa joie d’être complimenté. Il semblait alors aux yeux de l’enfant que son vœux le plus cher venait de se réaliser, enfin, ses deux vœux en un : un ami, et un pigeon.
Comme une évidence, le nom roule automatiquement sur sa langue alors que le pigeon se pose sur sa main doucement, comme s’il avait toujours été là.

« Zeus, t’es vraiment un as du tir. »

~

Emily McCloy pense que Zuriel Christensen est la personne la plus cool au monde. Il est beau, grand, a les cheveux soyeux, super mature et en plus il vient d’une ville plutôt grande !
Aux yeux de la petite fillette de 8 ans, son voisin occasionnel est un rôle modèle qu’elle affectionne tout particulièrement. Souvent, elle regrette qu’il n’habite pas pour toujours chez sa grand-mère, ainsi elle pourrait le voir absolument tous les jours, et ce serait super fantastique ! Mais ce n’était pas le cas. Bien qu’elle en fût triste, cela rendait également toute l’histoire beaucoup passionnante ! A chaque fois qu’elle le voyait, il était encore plus grand et beau ; et puis, si elle avait un peu de chance, elle pouvait le voir au moins deux semaines tous les ans, parfois plus !

Cette fois si, elle était chanceuse ; le garçon de deux ans son aîné restait pendant deux semaines, le temps des fêtes de fin d’années, et ni le froid, ni ses parents n’allaient l’empêcher de passer un maximum de temps à ses côtés.

Zuriel adorait Emily, inconditionnellement. Aux côtés de Zeus, elle était la seule personne qu’il daignait appelé amie, avec qui il acceptait de passer du temps d’ailleurs. Et il le faisait avec un plaisir. La petite fille possédait une innocence enfantine et une bonté naturelle qu’il n’avait jamais vue chez un autre enfant de son âge, ainsi qu’une surnaturelle vocation de clown. La petite fille aux cheveux coraux n’était que sourires et gentillesse avec une touche d’espièglerie qui donnait le parfait assaisonnement.

Il se surprit à sourire pour la énième fois de la journée lorsque la demoiselle tomba le nez dans la neige fraîche alors qu’elle essayait de lui envoyer une boule de neige. Sa maladresse était aussi l’une des choses qui faisait d’Emily la plaisante personne qu’elle était. Secouant la tête, le garçon la rejoint en quelques enjambés, Zeus en léger retrait mais jamais loin de lui ; le pigeon n’aimait pas vraiment la compagnie des autres, mais tolérait Emily, qui ne faisait aucun commentaire sur l’animal – évidemment, puisque Zuriel se rendait bien compte que le pigeon n’avait rien de réel, ce qui ne l’empêchait pas d’y croire de toute manière. Il tend une main ganté à la demoiselle dont les yeux miels s’éclairent instantanément d’une lueur qu’il ne connaissait que trop bien.

C’est ainsi qu’il se retrouve lui-même le nez dans la neige aux côtés de la petite demoiselle qui rit aux éclats. Zuriel grimace à cause du froid et se redresse presque immédiatement, l’air faussement froissé, prêt à se jeter sur elle pour lui faire manger un peu de neige, mais la demoiselle est déjà loin, courant à pleine vitesse vers sa maison sur ses petites jambes. Les lèvres courbées en un minuscule sourire amusé, le garçon s’élance à sa poursuite, honnêtement un peu pressé de rentrer à l’intérieur car il faisait un sacré froid de canard malgré tout, et il n’avait jamais été un garçon d’extérieur.

A l’aide de son avantageux mètre 40 et son habilité naturelle à la course, il rattrape aisément la petite fille et son mètre 15 avant qu’elle ne ferme la porte de chez elle. Emily lui lance une grimace avant qu’ils ne s’engouffrent tous deux dans la chaleur de la petite maisonnette.

« C’est pas juste, tu triches ! » s’exclame-t-elle outrée une fois la porte fermée, une main sur son épaisse écharpe.

Zuriel roule des yeux et attrape le bonnet de la demoiselle levant le bras afin qu’elle ne puisse le récupérer, taquin.

« Ta taille n’a rien à faire avec moi, Mily. »

Elle bougonne, calcul la hauteur du bonnet, saute une fois ou deux puis abandonne, croisant les bras sur sa poitrine, l’air boudeur.

« C’est quand même pas juste, je dis. »

Humant doucement pour simple réponse, il lui rend son bonnet rose et se débarrasse de ses vêtements d’extérieur, grimaçant intérieurement à l’état de son pantalon qui souffrait de l’effet neige fondue. Il pose les habits sur le porte-manteau et intercepte ceux que sa petite camarade tente de hisser également en les lançant. Elle lui adresse un sourire brillant, déjà remise de sa déception, jette ses bottes rapidement et se précipite dans le salon, le laissant derrière sans aucun remord. Typique d’Emily.

Il organise ses chaussures et pose les siennes à ses côtés avant d’aller à sa suite paisiblement, pour la retrouver debout sur la table, épée en polystyrène en main.

« En garde ! Moi le preux chevalier Emile Duval te défi !

-Duval ? Français ? Emile ? Vraiment ? » Elle hoche simplement la tête, visiblement fière d’elle.

Incrédule et hilare, l’expression à peine changeante, le garçon attrape l’autre épée délaissée sur le coin de la table. Allez avec le flot des choses était quelque chose d’essentiel avec Emily, il l’avait bien appris.

« Le chevalier Jules Christian relève le défi ! »

Souriante, la petite fille agite son épée vers lui sans vraiment faire attention à ce qu’elle fait, tandis qu’il se contente de parer pendant un moment, avant de lancer une pique qui devient visiblement meurtrière puisqu’elle s’effondre dramatiquement sur la table – elle ne s’est pas fait mal ?- dans un cri d’agonie ultime.

« Arrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrg je me meurs ! »

Aussi inquiet qu’amusé, le garçon s’approche d’elle, baissant sa garde immédiatement. Pour sa gouverne, elle était tombée assez brutalement, peu importe à quel point c’était un effet de comédie, elle devait s’être fait un minimum mal, elle n’était pas fait de mousse.

« Ca va aller, Mily ? »

Et bam, un coup d’épée violent lui est asséné sur la tête en même temps qu’un rire victorieux se répercute dans toute la pièce.

« MOUAHAHAH YOU FOOL. »

Pour ses 20 kilos, il est certain qu’Emily frappe fort. Malgré le fait qu’il s’agit d’une épée en polystyrène, il se retrouve un peu retourné, et dans une copie conforme de la jeune fille une minute auparavant, il se laisse tomber sur le sol, à l’exception qu’il le fit presque silencieusement – crier n’était pas trop son truc. Reprenant ses esprits, il laisse la petite fille savourer sa victoire ; cette-dernière se dresse sur ses pieds, les mains sur les hanches et rit machiavéliquement tout en le regardant de haut, probablement comblée par sa petite victoire, aussi bien que par sa taille supérieure.

Bon, assez joué.

Zuriel se relève rapidement et d’un mouvement expert, il saisit la demoiselle dans ses bras – peinant un peu au passage parce qu’il n’est pas musclor-, il l’ôte de la table, lui arrachant au passage un petit cri de surprise, avant d’éclater de rire à nouveau, pas le moins déstabiliser par son action.

« Allez mademoiselle, retour sur la terre ferme avant que tu ne te casses quelque chose. »

Emily hoche la tête, les yeux pétillants de joie. Cependant, lorsqu’il va pour la reposer, elle passe ses petits bras autour de son cou et se cramponne à lui avec force, l’étranglant à moitié.

« Er, Emily ! »

Déséquilibrer, tentant de ne pas se caser la figure en avant pour ne pas risquer de tomber sur la plus jeune, il se balance sèchement un arrière, ce qui a pour effet de le faire percuter la table avec le bas de son dos. Le cri de douleur qui lui échappe fait qu’Emily lui lâche automatiquement le cou et retombe sur ses deux jambes, inquiète.

« Ca va Zuriel ? Dit, ça va ? Je suis désolée ! »

Les sourcils froncés, les yeux fermés et la bouche tordue, le garçon se contente d’un signe négatif de la tête avant de poser une main sur son dos douloureux. Le choc fut violent, désagréable et ugh, juste ugh. Rien de casser, bien heureusement, mais il ne doutait pas un seul instant qu’il lui resterait une marque pour quelques semaines, ainsi qu’une douleur persistante. Doucement, les yeux brillant de larmes et les lèvres tombantes, la fillette lui prend la main et continue de débiter des excuses.
Il faut bien une minute à Zuriel pour se remettre du choc, puis il se hâte de poser une main rassurante sur la tête de son amie, avant qu’elle ne se mette à pleurer. Même s’il avait mal, il ne voulait en aucun cas la faire pleurer ; et puis, il était un homme, il était fort et la douleur n’allait pas le tuer, il avait subi bien pire que cela grâce aux formidables enfants de sa ville.

« Ca va aller. Une douleur passagère, tout au plus. »

Le visage d’Emily s’illumine légèrement bien qu’elle reste méfiante, il le sait. Sa propre expression retrouve progressivement sa place et il trouve même la force d’un petit sourire.

« Sûr ?

-Certain. Je vais juste m’assoir un moment par contre. »

Après un hochement de tête vigoureux, la fillette s’écarte de lui pour lui laisser la voix libre jusqu’au canapé, un petit sourire désolé aux lèvres. Bon. Un, et deux et trois !
La douleur fulgurante ramène une grimace sur son visage et il se sent pâlir sous l’effet de celle-ci. Il déglutit et s’efforce de garder un visage plus ou moins composé pour ne pas inquiéter d’avantage Emily ; elle avait beau être pleine de sourires, elle était également pleine de larmes et elle s’en voudrait une bonne partie de sa vie pour l’avoir blessé. Encore heureux que ce n’était rien de sanglant, la dernière fois qu’il s’était éraflé le genou, elle avait tourné de l’œil. Intrépide et courageuse certes, mais dès qu’il s’agissait de blessures, il n’y avait plus personne !

Respirant profondément, il parvient au canapé à trois mètres de la table sans trop de difficultés, si ce n’est pour la souffrance provenant de son bas du dos meurtri. S’assoir ne fit pas une mince affaire, mais une fois qu’il eut les fesses confortablement posés dans le canapé et ses muscles relaxés, il sentit la douleur s’atténuer. Un soupir de soulagement échappa ses lèvres roses, ses yeux se fermant sous l’effet de la délivrance.
Une fois sorti de sa torpeur, il retourne son attention à Emily qui ne l’avait curieusement pas suivit comme il avait bien pu le penser. Il la cherche du regard dans la pièce, alerté par un bruit suspect.

Mais qu’est-ce…

« Emily ! Ça ne se mange pas ! »

La demoiselle en question lâche la table pour se tourner vers lui, bouche entrouverte, laissant au passage un filet de bave sur le bois qu’elle était en train de mordiller avec énergie.
Zuriel savait bien qu’il devait s’attendre à tout avec elle, mais tout de même, de là à ce qu’elle morde la table…

« Je te venge ! Elle n’a que ce qu’elle mérite ! » S’écrie-t-elle avec entrain, déterminée à en effrayer un ours.

Bien sûr. Vengeance. Cette fois, il ne put s’empêcher de rire, subjuguer par la situation qui avait l’air trop irréelle pour avoir un quelconque sens. Emily, Emily, Emily… Pas de prise de tête, pas de logique, aucune attente irréalisable, rien que des sourires et de l’énergie.

Il l’adorait, sa petite Emily.

« Laisse, va. Regardons un film plutôt ! »

Il peut presque voir la réflexion dans ses yeux miel, le débat entre vengeance et film bien confortablement installée dans le canapé collée contre son quasi-frère fétiche… Un grand sourire se dessine sur ses lèvres, elle accourt et se jette à ses côtés en faisant attention de ne pas lui faire mal.
Les yeux plus lumineux que les étoiles dans la nuit noire, elle passe son bras dans le sien et blottit sa tête sur son épaule tout en le regardant.

« D’accord, tu choisis ! »

Zeus était bien tranquillement resté dehors ce jour-ci.

~

Chez les Christensen, il existe une règle fondamentale, intransigible sous peine de mort – certainement par carbonisation d’ailleurs- : Zuriel ne doit en aucun cas cuisiner.

A première vue, c’est une règle qui peut paraitre étrange, sachant que le garçon est un gros mangeur et passe la plupart du temps la main dans un sac de chips, cependant elle n’est pas sans fondement et sa mère se plaît à raconter l’histoire à quiconque le lui demande.

Le garçon avait à peine 11 ans à l’époque ; Lilith travaillait beaucoup afin d’assurer le bien-être de ses enfants et ne rentrait qu’assez tard le soir, après 8 heures la plupart du temps, puis elle devait enchaîner sur la cuisine, l’inspection des devoirs, l’inspection des douches, le ménage… Tout ce qu’une mère devait faire, en somme. C’était éreintant et cela ne passait pas n’échappait pas à son fils, qui malgré sa passivité naturelle s’inquiétait beaucoup des cernes de sa jolie maman.

Pour sa défense, l’idée venait de Zeus –ce qui, considérant le fait que l’oiseau était l’objet de son imagination, revenait à dire que c’était sa propre idée-, et il n’avait que de bonnes intentions.

« Pourquoi est-ce que tu ne préparerais pas le repas ? »

Mais bien sûr, en voilà une idée de génie ! Ainsi sa mère aurait déjà ça de moins à faire ! Dans l’esprit de Zuriel, il était certain que c’était la bonne chose à faire.
Freia était absente ce soir là puisque le mercredi elle allait au karaté, puis sa mère la récupérait en revenant du travail, de ce fait il était seul à la maison avec ses bonnes idées et son pigeon imaginaire.

Zuriel n’avait jamais cuisiné de sa vie, mais aillant vu sa mère faire cela mille fois, il se dit que cela ne pouvait pas être bien compliqué de faire des pâtes et du blanc de poulet. Il sortit tout d’abord les pâtes du placard, manquant d’en renverser la moitié par terre au passage, les posa sur le plan de travail, puis sortit une casserole qu’il remplit presque à ras bord. Dû à son manque de biscoto, il déverse un petit quart de l’eau sur le sol, rien qui n’est pas épongeable en tous les cas. Fort d’avoir réussi à déposer la gamelle sur le gaz, il s’acharne un moment sur le bouton de la plaque qui finit par s’allumer dans un clac sonore. Surpris, le roux sursaute, fait un pas de travers et se retrouve les fesses dans l’eau sous les ricanements incessants de Zeus qui semblait beaucoup plus s’amusé que son propriétaire.

Ronchonnement, mais ne s’avouant pas vaincu, Zuriel s’attèle alors à passer la serpillère dans la pièce afin de la rendre à nouveau praticable, jetant au passage son pantalon trempé dans le couloir ; il n’en avait pas besoin. Au passage il verse du sel dans la casserole d’eau, pose un couvercle, puis se concentre sur le poulet. La tâche n’est pas compliquée : du beurre dans la poêle, on met les blancs déjà prêts dedans, et hop, le tour est joué !

Plus facile à dire qu’à faire pour Zuriel qui met trop de beurre, se fait agresser par une spatule et manque de renverser toute la casserole d’eau, mais au final, l’opération reste un succès mémorable. Fier de lui, il lance un regard à l’horloge qui lui indique… Qu’il est l’heure de regarder un épisode de Friends !
Abandonnant la cuisine – il jugea que pour 5 minutes, il ne pouvait bien-, il s’étale de tout son long sur le canapé devant la télé, Zeus se posant à ses côtés comme un bon pigeon de compagnie. C’est à ce moment précis que le garçon réalise qu’il est très fatigué – avoir veillé jusqu’à plus d’une heure du matin lorsque l’on a sport le lendemain à 8 heures n’est pas une bonne idée- et qu’il se reposerait bien les yeux… Rien n’arriverait en cinq minutes, n’est-ce pas…

Sauf que 5 minutes se transforment en 20 de sommeil acharné.

Il fait chaud, ça sent très mauvais et il fait très rouge et gris aussi… Ses yeux et sa gorge le pique, il a presque l’impression de suffoquer. Vif d’esprit, le Christensen réalise très vite ce qui se passe : il y a le feu chez lui et il n’y a personne l’aider à se sortir de cette mauvais passe.
Cela devait faire bien 5 minutes que le feu avait débuté et il se propageait à toute vitesse dans la maison dont la construction laissait à désirer ; Zuriel pouvait presque déjà sentir les flammes lui titiller les pieds. Il se lève à toute allure et observe la situation, plissant les yeux pour mieux voir à travers l’épaisse fumée montante. Malheureusement pour lui, le salon étant au deuxième étage, sauter par la fenêtre ne semblait pas être une bonne idée et le feu avait déjà pris une bonne partie de l’arrière de la maison, l’escalier semblait hors de portée.
Le jeune garçon toussa, il commençait à s’affoler ; ce serait vraiment trop stupide de mourir de cette façon ! Il n’avait même pas encore mangé, quelle catastrophe.

« Prend la couverture, enfoui toi dedans et inhale le moins possible de fumée. » lui répète calmement la voix dans sa tête. Le roux jette un coup d’œil à l’oiseau qui virevolte autour de lui comme pour lui rappeler qu’il n’est pas seul, et c’est rassurant, d’une certaine manière. « Les pompiers vont arriver bientôt, c’est obligé. »

Il hoche la tête, tentant de se convaincre lu même que tout irait bien. Se saisissant du plaid sur le canapé, il se précipite vers la fenêtre, cependant une main sur la poignée lui suffit à abandonner l’espoir de l’ouvrir normalement. La sensation d’être brûlé vif le saisit, il recule vivement et se recroqueville sur le canapé, le sol devenant trop brûlant pour ses pauvres pieds également. Si seulement il pouvait descendre, si seulement les pompiers pouvaient arriver…
Respirant tant bien que de mal à travers l’épais tissus, il tousse à nouveau, la tête commence à lui tourner et ses yeux le pique. Incapable de se rassurer ou de supporter la soudaine pression, il se met à sangloter. Les secondes deviennent un supplice, la chaleur insupportable, et plus que tout, l’air étouffant. Juste quand il pensait que rien ne pouvait être pire, une partie du sol s’effondre quelques mètres plus loin. Eh bien, en voilà des bonnes maisons résistantes !

Zuriel n’a aucune idée du temps qu’il a pu passer dans cette fournaise, le temps semblant se déformer dans ses flammes affamées qui s’avançaient vers lui. Dans sa tête, il n’y avait plus d’issus possible, même Zeus semblait avoir abandonné alors qu’il se posait sur son épaule et nichait sa tête contre sa joue. Il ferme les yeux, hoquette dans ses sanglots, s’étouffe à moitié en même temps, et c’est à ce moment que son sauveteur apparaît, tout de noir vêtu, couvert de la tête au pied – honnêtement au début, sous l’effet de la fumée, Zuriel pensait que c’était une mouche géante, d’où son éclat de rire qui se finit en agonie.

A partir de là jusqu’à ce qu’il soit dans les bras de sa mère, c’est le trou noir ; et même après, actuellement. Il se souvient de sa sœur qui pleure, sa mère qui le serre très fort contre lui, rire une nouvelle fois à la tête de la mouche géante… Puis il se réveille à l’hôpital le lendemain, comme une fleur, la tête dans les nuages et une toux persistante. Immédiatement, il est agressé par sa mère qui l’étrangle à moitié par une étreinte de mère très inquiète, ce qui est très émouvant à voir, jusqu’à ce qu’elle ajoute, les larmes aux yeux :

« Si tu prononces le mot ‘cuisine’, je te promets que je vais te pendre par la langue à un lampadaire vêtu d’un costume de hotdog. »

A part quelques brûlures et une inhalation prolongée à la fumée il est pratiquement intacte, par miracle ; il ne reste qu’une semaine à l’hôpital, puis il a une semaine d’arrêt.

La maison, elle, on ne peut pas en dire autant. Elle est décimée, inhabitable et peu de choses sont récupérables au milieu des cendres. La famille loge pendant quelques temps avec des amis, puis chez la grand-mère –ce qui rend Emily aussi heureuse qu’inquiète-, avant de déménager définitivement près de Dublin, dans un petit appartement qui depuis fait leur bonheur. En quelque sorte.

Quoi qu’il en soit, c’est ainsi que naquit l’interdiction de cuisine de Zuriel, à tout jamais ; pas qu’il ne s’en plaindrait, lui-même n’avait pas du tout apprécié le petit incident…


Part II- Wax Wigs

Zuriel soupire pour ce qui semble être la centième fois de la journée ; qu’est-ce qu’on s’ennuie sans télé ou ordinateur. Il se roule sur son lit, vire à droite, à gauche, fixe le plafond blanc, parce que cette chambre, il n’y a rien d’autre à fixer. Les Christensen venaient tout juste d’emménager dans leur nouvel appartement à une vingtaine de minutes de la capitale, et la chose ne plaisait que moyennement à Zuriel, cependant il ne pouvait se plaindre, c’était entièrement de sa faute s’ils avaient dû déménager à l’origine – enfin, surtout celle de Zeus. A la pensée, il lança un regard assassin au pigeon qui se contenta de le snober royalement, les yeux rivés sur le monde extérieur.
Il n’aimait pas les grandes villes et l’agitation qu’il avait vue en visitant Dublin le jour d’avant l’enchantait autant qu’un déjeuner avec sa tante Julie, voire moins, et c’était dire en vue des sentiments qu’il arborait pour la sœur de sa mère. Parfois, le garçon se demandait comment il était possible que les deux aient été élevées ensemble par l’exacte même personne qui était sa grand-mère. A son avis, Julie venait d’une autre planète.
Enfin, pour en revenir à ses moutons, sa mère lui avait déconseillé de faire un commentaire désagréable à propos de leur nouvelle situation géologique car ils avaient eu énormément de chance de trouver un si bon appartement à un prix convenable près d’une ville aussi fantastique que Dublin, qui en plus grouillait de postes qu’elle pouvait occuper. Alors Zuriel ne disait rien, il se contentait de fixer le plafond.

Combien de temps avant son anniversaire pour un ordinateur ?

C’est avec grand malheur qu’il réalise qu’on est en Octobre seulement et qu’il doit donc apprendre deux bons mois avant d’espérer avoir quelque chose.

Mais ça, il ne pouvait s’en prendre qu’à lui. Et Zeus.

Après avoir lancé une paire de chaussette sur le pigeon qui lui lance une insulte piquante –il n’avait jamais été un pigeon de très bon caractère-, le garçon aux cheveux roux se redresse et jette un coup d’œil à son apparence dans le miroir. Ses cheveux trop longs en pagaille avaient bien besoin d’un bon coup de ciseau, son visage trop pâle lui donnait un air malade sans parler du fait que ses vêtements étaient au moins une taille trop grande pour lui : vivre de la charité des autres n’est pas chose aisée.
Plus jamais il ne cuisinerait.

Croix de beau, croix de fer, si je mens, je vais en enfer.

Ebouriffant sa tignasse feu, Zuriel se lève finalement de son lit, décidant qu’il pourrait au moins utiliser son temps pour faire un truc utile, genre visiter le quartier.
L’appartement est silencieux, mais il se sait pas seul au monde, Freia devait bien traîner quelque part puisqu’elle ne lui avait pas dit qu’elle sortait. Comme il s’y attendait, il la trouve étalée de tout son long sur le nouveau canapé blanc du salon, un livre en main, ses soyeux cheveux dont la teinte rappelait la sienne pendant le long de l’accoudoir. La jeune fille ne s’est jamais plainte depuis qu’ils sont arrivés, elle n’a jamais montré son insatisfaction, elle ne s’est pas mise en colère contre lui malgré le fait qu’elle avait tout perdu dans le feu.

Elle était restée calme, lui avait simplement dit qu’elle était heureuse qu’il allait bien, mais Zuriel a beau être un imbécile finit lorsqu’il s’agit des sentiments des autres, il sait très bien qu’elle n’est pas heureuse, qu’elle en pleure souvent. Contrairement à lui, Freia avait de nombreux amis, des choses auxquels elle tenait dans la maison et de nombreux livres qu’elle adorait et chérissait comme s’il s’agissait de vrais humains. Il reconnait son comportement car c’est celui qu’il a toujours avec Emily ; c’est une grande sœur admirable qui ne veut pas qu’il s’inquiète. Il l’admire, énormément, alors pour respecter ses efforts il fait semblant de ne pas remarquer.
Cela ne l’empêchait cependant pas d’utiliser toute son argent de poche pour lui acheter des livres ; rien ne valait les sourires que Freia lui adressait dès qu’il le lui en ramenait un, malgré ses protestations. C’est la seule chose qu’il peut faire de son côté et c’est si minime à côté de ce que la jeune fille de 14 ans faisait pour lui.

« Freia ?

-Mmmh ?»

Sa sœur s’agite légèrement sur le canapé, elle renverse sa tête en arrière pour le regarder, un sourire illuminant immédiatement son visage lorsqu’elle l’aperçoit. Si son visage ne lui répond, ses yeux le font et il sait qu’elle le voit.

« Je sors.

-Ok ! Ne te perds pas, ne parle pas aux étrangers, n’accepte pas de-…

-Tu sais que je ne vais pas le faire. »

Elle sait. Riant, elle se contente de se replacer dans une position plus agréable, ses yeux bleus retombant sur son livre. Zuriel lui avait toujours envié ses yeux bleus, ceux de sa mère, alors que lui était devenu une sorte de réincarnation de son père – du moins il se doutait que c’était cela vu qu’il ne l’avait jamais vu- avec ce turquoise. Pas que ce soit repoussant, loin de là, mais il aurait aimé avoir quelque chose de sa mère, autre chose que son beau visage en tous les cas.

« Amuse-toi bien. »

Il hoche la tête sans qu’elle ne puisse le voir, enfile ses basquets noirs et s’engouffre dans le couloir commun des habitants de l’immeuble, Zeus le précédant de peu. Les voisins restaient un mystère puisqu’à part le couple qui vivait à leur droite, ils n’avaient encore rencontré personne durant leur semaine d’occupation, et il devait avouer être curieux à propos du voisin d’en face qui semblait être un très bon joueur de piano.
Après avoir dévalé les trois étages d’escalier et galérer avec la porte, il se retrouva enfin dans la fraicheur automnale – peut-être aurait-il dû prendre une veste- et les odeurs plus ou moins accueillantes de la rue. Le quartier en général était assez joli et calme, idéal pour les familles avec un parc et une école à proximité, et après une dizaine de minutes de marche, Zuriel dû admettre que ça n’était pas si mal. Son ami semblait également beaucoup s’y plaire ; au bout de cinq minutes, il avait déjà trouvé des enfants à bombarder, ce qui amusait son maître. Oui, il pouvait peut-être s’y habitu-…

Oh mon dieu un monstre.

« Coucou ! »

Une jeune fille à la longue crinière brune – ce devait être difficile à coiffer- lui souriait joyeusement de toutes ses dents, une main ferme tenant une laisse, et au bout de la laisse, un énorme chien tout noir et poilu. Bien entendu, quand il disait monstre il parlait du chien, duquel il n’arrivait pas à détacher son regard, une expression mortifiée figée sur le visage.

« Eloigne ce truc satanique de moi.

-C’est un chien, répliqua la jeune fille, l’incompréhension palpable dans la voix.

-C’est bien ce que je dis. »

Il y eu un moment de flottement avant que la jeune fille n’éclate de rire et enroule la laisse un peu plus autour de son poing afin de tirer l’horrible créature plus près d’elle, plus loin de lui.

« Vient là Bug, quelqu’un ne croit pas en notre grand seigneur Satan. »

Décrochant son regard de la bestiole pour adresser un regard emplit d’apathie à la jeune fille, il se rend enfin compte qu’elle n’est pas qu’un chien, et vient à se demander aussi pourquoi elle lui avait adressé la parole pour commencer. Quelques centimètres plus grande que lui, les cheveux bouclés lui arrivant à la taille, de grands yeux verts clair et le teint d’une belle pêche, elle semble à peine plus vieille que lui ; il considère que c’est safe de lui adresser la parole si c’est nécessaire.
Et en vue du questionnaire qui l’attend, cela allait être nécessaire. Peut-être que c’est le grand sourire joyeux qui rappelle Emily ou tout simplement son manque d’embarras évident, mais il ne se sent pas d’être désagréable.

« Tu viens d’arriver ici, hein ? Je ne t’ai jamais vue dans le coin ! » Il hoche la tête et son manque de phraser ne semble pas intimidée la boule d’énergie. « Oh, ça te dérange si on marche ? Je dois ramener Bug à la maison et ce n’est plus loin. » Il secoue vivement la tête ; oh que non, ça ne le dérange pas. Pouffant de de rire, elle se met en marche et Zuriel lui emboîte le pas immédiatement, se plaçant à sa gauche afin de mettre le plus de distance possible entre lui et la personnification de Satan.
« Pas très bavard, hein ? (il hausse les épaules) Tu aimes le coin ? (Hochement de tête) Bien, passons aux choses sérieuses ! » Cette fois c’est un sourcil qu’il hausse alors qu’elle lui jette un regard appuyé et lui tend un main, sans jamais s’arrêter de marcher.

« Je suis Jade !

-Zuriel.

-Zuriel ? C’est original ! Enchantée, Zuriel ! »

Acceptant de lui serrer la main sans rechigner, il se retient de lui dire que c’était visiblement le but recherché par sa mère ; Freia et Zuriel n’étaient certainement pas des noms courants, que ce soit en Irlande ou n’importe-où dans le monde d’ailleurs. Jade… Ce n’était pas très compliqué de deviner ce qui lui avait valu ce nom en la regardant : ses yeux, sans aucun doute. Il trouva cela joli, presque poétique. Ce serait un joli nom d’héroïne de film, tout comme elle en avait l’allure.
Jade est jolie, habillée harmonieuse bien que simplement de vert et de noir, l’air un peu sauvageonne grâce à sa crinière de boucles brunes et son teint légèrement halé. Le contraste entre eux devait être amusant, entre elle qui irradie de sa simple présence et lui qui simplement là, poupée d’exposition. Pourtant, il se sent à l’aise avec elle.

« Tu as quel âge ?

-11 ans.

-Waw, je te pensais un chouilla plus âgé ! J’ai 13 ans moi-même, depuis trois mois ! »

La conversation à quasi-demi sens se continue bien après qu’ils soient arrivés devant la jolie maison de la famille Nolan et Bug lâché dans le jardin. Zuriel finit même par trouver cela agréable, surtout de l’entendre parler. Il apprend ainsi qu’ils sont nés à une année d’intervalle, iront à la même école à partir du lundi, mais pas dans le même grade, qu’elle est fille unique, tout un tas de choses sur ses goûts, que sa mère est fleuriste et son père manager dans un grand magasin, mais aussi et surtout…
« J’adore regarder des films ! »

Le voilà conquit. La promesse est celée que le lendemain, il venait chez elle et qu’ils regarderaient un tas de films ensemble pour ‘rattraper le temps perdu depuis le feu’ qu’elle lui avait dit, son grand sourire toujours peint sur les lèvres.

Oui, Zuriel est certain qu’il va aimer ce quartier.

~

« Bug, laisse Zuriel tranquille ! »

C’était une belle journée de fin d’hiver, et comme bien souvent depuis plus d’un an à présent, Zuriel avait pris ses quartiers chez les Nolans dont seule la jeune fille subsistait. Et encore une fois, Bug s’était faufilé entre les pattes de sa maîtresse – du moins, l’avait poussée sans ménagement- afin de se jeter sur le maigre garçon aux cheveux roux ; malgré le dégoût apparent dont ce dernier faisait preuve envers le chien, lui semblait beaucoup apprécié lui faire des câlins, ce qui se finissait souvent par un Zuriel et une Jade au bord des larmes, pour des raisons totalement différentes.

S’il avait une peur bleue du chien qui pouvait le croquer à n’importe quel moment, elle trouvait les scènes de confrontation absolument hilarantes, au point qu’il se demandait si elle n’en faisait pas exprès de laisser le démon entrer. Quelle erreur monumentale que d’avoir cru en son innocence, la demoiselle était très différent d’Emily. La spécialité de Jade était la torture du Zuriel, personne ne pouvait la battre à ce jeu- et c’était bien suffisant de n’avoir qu’elle.

Aujourd’hui encore elle tentait de camoufler sa crise de rire alors que Bug déposait une longue léchouille sur la joue du pauvre garçon qui avait quelques difficultés à virer le chien de 50 kilos avec ses propres 45 kilos et ses bras frêles. Jade, bien plus athlétique que lui, possédant la force d’un bulldozer et une voix qui, si elle était sérieuse, pouvait faire filer le chien illico-presto avait une bien meilleure chance que lui avec Bug. Cependant, telle maîtresse, tel chien, la brune trouvait cela bien trop amusant. Satan.
Elle avait bien de la chance qu’il ne soit pas du type vengeur… Quoi qu’un tête-à-tête avec un poisson dès le matin pouvait arriver rapidement, en toute innocence.

Après 5 minutes de bataille acharnée mêlant cris, rires, larmes et aboiement, Bug est expédié dehors –avec beaucoup trop de douceur selon Zuriel qui s’occupe de sécher ses larmes et de se redonner un air convenable. Lorsque Jade revient s’assoir à ses côtés, un grand sourire sur les lèvres il lui adresse son regard le plus noir tout en aplatissant ses cheveux rebelles.

« Je commence à croire que t’en fais exprès.

-Tu ne le crois pas ! J’en suis toute retournée, tant de méfiance envers ta plus fervente protectrice ! »

Feignant l’offense telle une actrice de série B, elle s’attèle à lui brosser les cheveux d’une main plus ou moins délicate. Lui se surprend à la fixer plus longtemps que nécessaire, comme beaucoup ces temps-ci. Jade est fascinante, pleine de façades toutes plus intéressantes les unes que les autres. A ses yeux, elle est un peu comme une île au trésor gigantesque ; l’on y découvre des nouveaux présents tous les jours.

« Tu devrais entrer dans une compétition de rodéo pour cheveux, il sont indomptables. Genre pire que les miens. »

Le garçon roule simplement des yeux et attrape la main de sa camarade au passage, la retirant de ses précieux cheveux. D’habitude ils sont assez simple à coiffer –bon ok à part quelques mèches revêches-, de ce qu’il en disait lui, c’était à cause de la bave de chien géant. Ew.

« Impossible d’être pire que les tiens. C’est à cause de ton idiot de chien. »

Elle laisse s’échapper un petit ‘hey’ avant de rire doucement, le bousculant sans retenue avec sa main libre ; Zuriel resserre simplement son emprise, sourire en coin. Visiblement, elle n’avait toujours pas remarqué qu’il tenait sa main en otage.

« Mes cheveux sont tout à fait potable après deux heures de soin, attention !

-Deux heures sont bien suffisantes pour gagner un rodéo. »

Touché coulé, elle ouvre la bouche et la referme, plissant ses yeux verts, l’air d’abord sournois, puis boudeur. Elle attrape une mèche de ses boucles brunes qu’elle contemple, les lèvres pincées.

« Rooh ça va hein, je n’ai qu’à les couper et-…
-Non ! »

L’exclamation les surprend tous les deux ; ce n’est vraiment pas le genre de Zuriel d’élever la voix, pour quelque raison que ce soit. Jade le regarde, interloquée. Lui-même s’il le pouvait se lancerait ce type de regard, sans aucun doute, mais au lieu de cela son corps s’était simplement incroyablement rigidifié. Il prit une longue inspiration et se relaxa dans le canapé.

« Ne les coupe pas. Je les adore.

-Oh. »

S’il y avait bien une chose qu’il avait appris au fil du temps, c’était que Jade devenait incroyablement éloquente dès qu’elle se sentait embarrassée.

Sarcasme.

« Umh, oh, eh… Fi-film ? »

Soudainement incroyablement amusé, le Christensen serra la main de la jeune fille entre eux, ce qui lui valut de se retrouver en compagnie d’un coquelicot au lieu d’une jolie demoiselle. Ah, maintenant elle l’avait remarqué, tout comme elle le remarquait lui.

« Le Seigneur des Anneaux peut-être ? »

Son ton est léger, le plus indifférent possible, comme s’il ne tient pas fermement la main de cette seule personne qui ne le laisse pas indifférent.
Swift Zuriel, swift. Choisir la trilogie fétiche de Jade lui ferait toujours gagner quelques points. Cette dernière se contente d’hocher la tête, incapable d’aligner plus de deux mots. Lâchant à regret la main du coquelicot afin de mettre en route le film, il se promet de faire tout ce qui est possible pour la rattraper par lui suite, et surtout faire en sorte qu’elle s’en aperçoive. La mission semble bien partie cependant, à en croire le regard insistant sur sa nuque ; pour sûr, Jade sera sur ses gardes.

Le silence tombe entre les deux, pas que cela le dérange, le silence c’est un peu comme son univers, en revanche pour son amie pipelette, se taire n’a rien de naturel.
Il s’assoit, un peu trop près pour que ce soit totalement innocent, frôle la main qui se rétracte vivement. Il esquisse un sourire, les yeux rivés sur l’écran qui s’anime.

Ce n’est pas qu’il n’éprouve aucune gêne, ou encore moins qu’il y est habitué, mais pour lui ça n’a rien de difficile de lui attraper la main, de lui dire ce qu’il pense. Le plus difficile est de ne pas le faire, c’est contre-nature. Il est toujours honnête, mais parfois la vérité rend les choses inconfortables, et c’est le problème avec Jade qui est très mal à l’aise une bonne partie du temps dès qu’il arrête de jouer et répond honnêtement.
C’est mignon, mais difficile à gérer aussi.

Avance d’un pas, recule de deux… A ce rythme, ils auront 18 ans avant de se trouver. Pas que cela le dérange, il aime penser qu’ils seront toujours ensemble ces jours-là.

Zuriel s’arme de patience et se contente de lancer des regards furtifs à sa voisine, la surprenant parfois faisant de même, ce qui avait pour effet de la déconcerter. Vraiment, il n’y avait rien de plus simple que de la prendre de cours, et c’était quelque chose qu’il appréciait, lui dont l’activité fétiche après les films était de faire perdre aux autres leur contenance.
De toute façon, il appréciait tout chez elle. Sauf Bug.

Un instant elle laisse sa main sans surveillance, l’autre elle est en sécurité dans la sienne. Il jubile intérieurement, elle bégaye un rire mais ne fait rien de semblable à un refus. La bataille commence déjà à l’écran. Allez grand garçon, tu peux le faire, aujourd’hui est le jour.
Il avait déjà vu ça tant de fois à la télé, mais seulement à présent peut-il comprendre combien ces simples mots peuvent peser lourds. La nervosité n’est pas une blague non plus, de dieu.

Ok Zuriel. Go.

Il tourne les yeux, tourne son buste, croise son regard, détourne le regard, détourne son buste, respire profondément.

Abort mission, abort mission.

Le roux en vient à la conclusion que le plus il y penserait, le plus difficile ce sera, de ce fait il s’en remit à sa spontanéité, et il espérait bien qu’elle lui répondrait car si deux coquelicots qui bégayent se rencontrent, les risques que ça se finisse en fuite sont de 99%.

Spontané, spontané…

Le garçon était tellement concentré sur sa tâche qu’il ne fit pas attention au film du tout, ce qui en soit était un exploit notable, mais très déplaisant de son point de vue. Il se sentait fébrile, mal à l’aise ; était-ce ainsi que Jade se sentait souvent ? Pauvre fille, il devait vraiment la sortir de cette situation. Et lui aussi, par la même occasion.
Les crédits défilent déjà, il sent sa camarade se raidir et inconsciemment, il serre sa main un peu plus fort, par conséquent elle se tourne vers lui. Sponta-…

« Je t’aime. »

-Née. Eh bien, voilà un souci de régler.

Rouge tomate, la main glissante et les yeux cherchant un point de chute qui n’est pas lui, Jade balance la bombe qu’il essayait de programmer depuis le début de la semaine déjà. Il fait chaud, sa main glisse dans la sienne mais il ne la lâche pas. Il se mord les lèvres, la fixe et trouve cela ennuyeux qu’elle le ne le regarde pas, mais peu importe ; elle le regardera bien assez tôt.

Il se penche en avant et réduit la proximité à zéro. Comme dans un film, sauf qu’il n’y a pas de caméras partout autour d’eux et que là, c’est réel et son cœur bat plus vite que celui d’un lapin affolé. Ce n’est rien qu’un baiser innocent, mais pour eux, à cet instant, ça signifie un nouveau monde. C’est tout.
Zuriel lui rend ses lèvres, il sourit doucement et enfin, enfin elle le regarde dans les yeux, ne le fuit pas. Ne le fuira plus.

« Moi aussi. »

Jade rit légèrement, il sait que c’est de soulagement, et c’est aussi parce qu’elle se sent un peu stupide d’avoir angoissé tant de temps là-dessus. Lui aussi se sent bête d’un seul coup parce qu’il n’y avait jamais eu d’autre fin possible, pas avec Jade. Il n’y a pas besoin d’autres commentaires, plus besoin de penser à quoi que ce soit.

La jeune fille pose ses lèvres sur les siennes à nouveau ; ça aussi, il pense qu’il va apprécier.

~

‘Il aime penser qu’ils seront toujours ensemble ces jours-là.’

Irony.

Jade est partie.
Elle a disparue, tout simplement ; évaporée, comme si elle n’avait jamais été plus qu’un rêve.

Pourtant elle était belle et bien réelle, il ne pouvait être fou à ce point. De son rire à la texture de ses cheveux, tout était réel, tout l’avait été.
Elle n’avait laissée derrière qu’un arrière-goût amère dans sa bouche qui refuse de s’en aller peu importe ce qu’il ingère et ce lapin en peluche qu’ils avaient ensemble nommé Jack dont elle possédait ‘l’âme sœur’, Rose. Stupide.

Jade n’a pas dit au revoir, s’est juste éclipsée.
Une partie de lui voulait croire qu’elle était juste en vacance, partie pour quelques jours, qu’elle allait revenir avec un grand sourire taquin.

« Je t’ai bien eu, hein ? »

L’autre sait qu’elle ne reviendra jamais, tous les signes poussent à y croire. Son téléphone est indisponible, il ne la croise plus dans la rue, encore moins à l’école. La maison autrefois si animée est vide et le panneau « A Vendre » sur la façade laisse peu de place à l’interprétation. Bug n’aboi plus bruyamment lorsqu’il passe devant –et il ne pensait pas le dire un jour, mais ça lui manque.
Ses boucles brunes, son sourire, son odeur, l’éclat de ses yeux, sa voix, ses baisers… Tout lui manque. Elle lui manque.

Il n’est pas en colère, n’est pas non plus triste ; pas au début, pas jamais.
Peut-être qu’une part de lui espère toujours, mais après tout ce temps. Il se sent creux.

« Jade ne reviendra pas, ouvre les yeux. »

Lilith est rude, Freia lui retire ses couvertures.

« T’as 14 ans vieux, bouge toi. »

Rien à faire.

Pourquoi ?
Il aurait aimé reçevoir une explication. Au moins un adieu. Une lettre. Un dernier baiser.
Dans les films, ils y ont toujours le droit. Mais rien. Rien que de l’espoir qui se brise sur les rochers du temps.

La vie est cruelle, Zuriel décide qu’il ne l’aime pas, là. De ce fait, il ne s’en occupe plus. Il lui avait donné sa chance et elle ne l’avait pas saisit.

Maintenant, laissez-le tranquille.

« T’as vraiment des cheveux de merde le matin, c’est impressionnant ! »

~



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MessageSujet: Re: CHRISTENSEN Zuriel ► Fly & Fry    Dim 12 Jan 2014 - 17:40

Histoire - Seconde Partie


Et Thomas a débarqué. Genre, vraiment débarqué. Sans frapper, sans rien du tout, il s’assoit sur son lit, un sourire sournois aux lèvres et ne part pas.

Au début, Zuriel pensait qu’il devenait fou. On est en octobre, 5 mois après le départ de Jade, alors franchement, ça ne l’étonnerait pas que la folie l’ait finalement atteint dans sa solitude imposée.

Il n’a aucune idée de qui est ce blond aux ongles noirs. Avec son beau visage et ses vêtements derniers cris, il le pensait tout droit sorti d’un boys band. A côté de lui, Zuriel, ses cheveux en pétard, les yeux cernés et son pyjama nounours avait l’air incroyablement… Eh bien, négligé. Pauvre. Incroyablement banal.

« T’es plus laid que j’en avais le souvenir. »

Thomas O’Griffin tout craché, pour vous servir.

Zuriel s’assoit sur son lit et tente de pousser le garçon, ce qui a pour simple effet de débuter une lutte qui se finit sans grande surprise par une domination totale du blond qui réussit même à le déloger de son lit. Le rouquin finit les fesses par terre, le regard assassin, tandis que l’autre croise les bras et les jambes, assit bien confortablement, l’air penseur.

« Je pensais que tu dormais nu, je suis super déçu. »

Pour simple réponse, le garçon envoya valser un coussin dans sa figure.

Résumé de situation : What the fuck. Fin du résumé.

Toujours engourdi par le sommeil et incapable de mettre un nom sur le visage du garçon – pour l’instant-, Zuriel ne peut que se lever et s’étirer. Bien entendu, ce geste lui valut un petit sifflement admiratif de la part du blond qui apprécia avec trop d’enthousiasme la vue d’un peu de peau blanche.

Sur ce, Zuriel lui colla sa première étiquette : pervers gay.

Peu concerné par le comportement de l’inconnu, il se contente de jeter un coup d’œil au miroir qui lui confirma que de un : il avait besoin de nouveaux pyjamas, de deux : ce n’était même plus des cheveux qu’il avait, mais une vraie crinière. Grognant pour lui-même, il passa une main dans ceux-ci dans une vaine tentative de les arranger. Vaine. Vraiment vaine.
Un rire moqueur retentit derrière lui.

« Il va te falloir plus qu’une main pour t’occuper de ça. Je peux t’aider, si tu veux. »

Non, non, merci. Toi, tu dégage.

Sans lui accorder plus d’attention, Zuriel se dirige vers la porte de sa chambre, qu’il ouvre simplement pour s’emplir les narines de la bonne odeur de la pizza. Etrange, il n’y avait que Freia à la maison, et elle ne commandait jamais rien. Mais bon, il y avait un inconnu sur son lit, alors franchement, que Freia veille manger de la pizza, ça n’avait rien de bien spécial. Jetant un dernier coup d’œil au blond qui lui souriait –il ne devenait pas fou, hein ?-, le cadet de la famille décide qu’il ne peut pas le laisser seul dans la chambre. De ce fait, il se contente de parler plus fort que d’habitude ; l’appartement n’étant pas grand, il est certain que sa sœur peut l’entendre.

« Freia, tu sais qu’on a un membre de la next gen des Backstreet Boys à la maison ? Genre, dans mon lit ? »

Le blond s’offense de son surnom derrière lui, il l’entend marmonner. Il y a un bruit dans la cuisine, mais Freia n’en sort pas. La réponse lui vient quand même, et il est rassuré d’entendre qu’il s’agit bel et bien de sa sœur.

« Oui, je sais. Je l’ai laissé entrer, il dit qu’il est dans ta classe. Tu le connais ? »

Non, bien sûr que non qu’il ne le connait pas ! Pourquoi demanderait-il sinon ? La chose blonde caquette doucement derrière son dos. Quelle horreur.

« Non, du tout. (Il y a une nouvelle objection, plus bruyante cette fois, venant de son lit) Tu laisses tout le monde rentrer comme ça ?

-Il avait de la pizza. »

Bien sûr. Soupirant, sachant qu’il ne retirerait rien de plus de sa sœur, il se retourne vers le garçon qui le fixe de ses grands yeux bleus, sourcils froncés. Camarade de classe ?

« Tu ne sais vraiment pas qui je suis ? Me voilà vexé. Tout le monde me connait !

-Visiblement non. »

L’inconnu se contenter de huffer, se sentant apparemment très offensé par le manque de culture général du garçon aux cheveux fauve. On ne le connait pas, lui ? Thomas ?! Impossible. Il devait faire en sorte que jamais Zuriel ne l’oublierai.
D’un bond décidé, il se lève et marche vers le rouquin qui le suit du regard, le visage blanc d’émotions.
Bon. Zuriel est plus grand que prévu. Passe.

« Je suis Thomas O’Griffin, nous sommes dans la même classe ! »

Thomas O’Griffin. Le plus grand regarde en l’air, pense, retourne son cerveau dans tous les sens, mais rien ne lui revient ; ce n’est pas comme s’il faisait attention à son entourage. Il se contente d’hausser les épaules sous un regard bleu noyé dans la confusion.

« Et euh… On a… Un projet à faire ensemble ? En physique ?

-Ah. »

Ah rien du tout, il n’en a absolument aucun souvenir, mais c’est probablement juste. Après tout, il avait séché une leçon. Ou deux. Par contre, ça n’expliquait pas pourquoi ils étaient ensemble.

« Pourquoi on est ensemble ?

-J’ai séché, toi aussi, le prof s’est dit qu’on allait bien ensemble. »

Un haussement d’épaule presque désintéressé, un sourire en coin, une attitude nonchalante… Pour faire simple, le blond essaie de la jouer cool. Zuriel baille, accepte son destin. Il avait beau ne pas s’intéresser à l’école, il ne pouvait pas saloper la note de Thomas, ni la sienne d’ailleurs ; refaire une année n’était pas dans ses plans.

« Ok, mais garde tes yeux sur les feuilles. Et ta langue pour le projet.

-Impossible ! »

Le blond semble soudainement avoir retrouvé son intrépidité, ainsi que sa malice. Un grand sourire jusqu’aux oreilles fait son apparition, puis il jette ses bras autour du cou de son camarade de classe. Cela n’a pourtant pas l’effet voulu sur le roux qui reste quasiment de marbre.
C’est là que Zuriel remarque clairement le détail qui tue, maintenant qu’il est plus… Conscient du garçon.

« T’es vraiment petit en fait.

-Uh. »

Le blond se laisse couler, son visage s’assombrit. Il lance un regard boudeur au plus grand qui croise ses bras, le coin gauche de sa bouche se courbant vers le bas comme s’il essayait de l’empêcher de monter. Zuriel avait toujours été petit et frêle par rapport aux autres, mais il semblait qu’aujourd’hui son malheur prenait fin à l’image du pervers gay. Du petit pervers gay. Du haut de son mètre 62, il dominait le garçon de quelques bons centimètres. Cela ne changeait rien au fait qu’il était plus frêle et moins puissant, mais sa victoire sur la taille ne le laissait pas aussi indifférent qu’il aurait dû l’être. Grandir est une chose fabuleuse parfois.

« T’es juste grand ! »

Roulant des yeux, se retenant de sourire, le garçon aux cheveux incontrôlables pose une main sur la tête du plus petit, comme l’on caresse un chat.

« Bien sûr. »

Bien entendu loin d’être dupe, Thomas lui envoie simplement un regard noir avant de se détourner et… Se jeter sur le lit, comme si c’était une chose parfaitement normale à faire lorsque l’on est pas chez soi et qu’on rencontre la personne pour la première fois.
Mais Thomas est une personne hors norme, à ne point en douter.

Quelque peu secoué, Zuriel baisse les yeux pour en venir à la conclusion qu’il devrait quand même se changer, à un moment ; pas qu’il s’inquiétait de son apparence en compagnie du blond, mais tout de même, il avait un minimum de… décence. Un petit morceau qui reste. Sur cette pensée, il pioche ce qu’il peut attraper dans son armoire et jette un regard plein de messages au blond qui s’est redressé sur le lit, un oreiller dans les bras, sourire tordu aux lèvres. De toute évidence, la décence n’était pas le point fort de Thomas.

« Fait comme si je n’étais pas là. »

Oui, bien sûr, parce que c’est facile à faire avec le regard insistant posé sur lui. Repoussant tout sentiment d’insécurité, il commence à déboutonner sa chemise tout en fixant l’armoire entre-ouverte. Il peut l’ignorer, il le fait très bien, comme un grand et…

Un sifflement retentit lorsque sa chemise glisse, Zuriel balance un livre d’école qui traîne à la tête du blond qui rit aux éclats en l’évitant.

« Vire. »

Bien entendu, rien ne délogea Thomas, ni ce jour-ci, ni les autres jours. Et peut-être qu’ainsi, c’est mieux.

Freia sourit, sans se soucier d’avoir l’air limite folle avec sa pizza –personne ne la voit. Ça fait du bien d’entendre son frère s’animer de nouveau.

~

Sa sœur ne pleure pas. Jamais. Elle est toujours souriante, toujours forte, toujours là pour les autres. Elle est triste souvent, mais elle ne pleure pas. Son image dans la tête de Zuriel jusqu’à ses 15 ans est celle d’une grande sœur forte qui ne pleure jamais et balaye les soucis d’un revers de main.

Elle ne pleure pas devant toi.

C’est idiot de sa part de penser ainsi, surtout parce qu’il sait qu’elle pleure, il en est parfaitement conscient ; après le feu, rien n’a été facile pour elle et ses yeux bouffis le matin n’était pas son imagination. Mais il ne l’avait jamais vu pleurer, et ce qu’il ne voit pas n’arrive pas, c’est ainsi. Sa sœur veut avoir l’air forte en face de lui, alors son cerveau le lui accorde, c’est aussi simple.

Alors oui, il est pris de court lorsqu’il rentre chez lui après une journée fatigante d’école – Thomas est aussi pénible et pot de colle à l’extérieur, voir même pire- de voir sa larme en larme sur le canapé. Recroqueviller, les bras encerclant ses jambes, sa silhouette abattue crie son état mental. Même ses cheveux d’origine si flamboyants ont l’air bien pâle aujourd’hui
Zuriel pose son sac à l’entrée, doucement et fait quelques pas d’abord hésitants vers elle. Ah, lui et les gens… Tout comme sa mère, il n’avait aucun talent social, aucune idée de comment réconforter quelqu’un si le besoin venait ; mais c’est Freia, il ne peut pas la laisser, il n’a pas envie non plus. Sa démarche se fait plus assurée, ses pas plus rapide.

« Freia, qu’est-ce qui se passe ? »

Sa propre voix est légèrement étouffée alors qu’il s’assoit à côté d’elle, pose une main sur son dos tremblant. Le bruit des sanglots qui l’avait auparavant alerté se fait plus discret et doucement la jeune fille relève la tête, Zuriel se fige. Le maquillage a coulé, les larmes laissés des sillons noir le long de ses joues rouges, ses lèvres tremblent sensiblement, son nez coule abondamment, son visage est plissé dans une expression désagréable ; rien de très beau à voir en général, et sur elle, sur sa sœur, c’était encore plus laid.

Les larmes ne te vont pas.

Son regard bleu se pose sur lui, elle essaie d’arrêter les sanglots, d’empêcher les larmes de déborder et rouler misérablement sur ses joues jusqu’à se perde, mais rien n’y fait. Elle hoquette, essuie d’un revers de main une de ses joues, ce qui ne fait qu’empirer sa situation. Doucement, il attrape son bras et l’éloigne, cherche ses yeux fuyants.

« Parles moi, s’il-te-plait. »

Il n’est plus un enfant, il n’a plus besoin d’être protégé, plus besoin d’être épargné.
Freia se mord la lèvre, elle hésite, hoquette à nouveau ; son frère insiste du regard, calme d’apparence bien qu’elle peut le sentir trembler légèrement. Il essaie et pour ça elle peut bien lui accorder le statut d’égal.

« Arthur m’a trompée. »

Zuriel ne trouve rien d’autre dans le néant qu’est son cerveau que d’enlacer sa sœur doucement, une main caressant ses longs cheveux soyeux –il en était toujours jaloux-, ne s’inquiétant pas que sa chemise blanche tourne noir au niveau de l’épaule alors que sa sœur aînée pleurait. C’est maladroit, un peu inconfortable pour lui, mais Freia ne demande pas mieux qu’une épaule sur laquelle pleurer, alors c’est parfait.

Mais quel salaud. J’espère qu’il va se faire écraser les balles par un renne de noël.

Il ne se rend compte qu’il a prononcé sa prière à haute-voix jusqu’à ce qu’au milieu des sanglots il perçoive un rire tremblant, faible mais audible. La silhouette de sa sœur tremble sensiblement plus, perd toute forme de rythme ; puis elle s’éloigne de lui, un demi-sourire peint sur ses lèvres qui fait presque tâche au milieu des lignes noirs déformées qui recouvrent son visage. A ses yeux, c’est une œuvre d’art, la sienne en quelque sorte. Il l’a faite sourire au milieu de cette tornade d’émotion négatives, et pour ça, il se sent un peu fier. Il lui adresse un sourire, pose ses mains de chaque côté de son visage et essuie tant bien que mal ses joues humides.

« Il ne te mérite pas. »

Peu de gens la mérite à ses yeux, parce qu’il faudrait au moins avoir sauvé un pays avant de pouvoir prétendre pouvoir sortir avec Freia. Peut-être qu’elle n’était pas la plus jolie, pas la plus fine ni la plus intelligence, mais elle était faite d’or. Et puis, c’est sa sœur chérie, alors… A moins que ce soit Mulan – ou Jack-, Zuriel la cédera difficilement à qui que ce soit.
La jeune fille rousse mérite en tous les cas tellement mieux qu’un chien qui se jette sur tout ce qui bouge.

Mais elle était tombée amoureuse et à partir de là, tous jugement de valeur extérieur n’existe pas, il en est conscient. La chute est dure, sans parachute. Il veut être son canapé de sauvetage au moins, car c’est bien là tout ce qu’il peut faire pour l’aider.

« Sèche tes larmes, nettoie ton visage, on prend de la glace et on regarde Titanic. »

Ce n’est pas une proposition, il ne laisse pas le choix à Freia ; si ça ne marche en général pas sur lui, sa sœur possède un caractère tout à fait différent, et c’est toujours ce qu’elle essaie de faire lorsqu’il ne va pas bien, alors il suppose que c’est ainsi que ça fonctionne pour elle.
La rousse renifle, hoquette une dernière fois avant de l’enlacer doucement.

« Merci Zuriel. »

Cette nuit, il sait qu’elle va pleurer, il sait que ce n’est pas gagné et qu’elle va encore en souffrir. Il ne peut pas se mettre à sa place et décider pour elle que d’un coup, tout va bien simplement parce qu’il y a de la glace et le Titanic. Elle l’aime, elle va avoir du mal à s’en remettre.

Il ne peut que la supporter du mieux possible, le reste dépend d’elle. Cependant il est confiant : c’est une Christensen, après tout.
Peu importe ce qu’il arrive, peu importe le temps que ça prend, ils retomberont toujours sur leurs pattes.


Part III - Learning How To Fly
Let’s be strong and spread my wings

« Vous montez un groupe d’idole ? »

Penchée sur le bureau de Zuriel, Lou lance un regard aussi inquisiteur qu’amusé à ce dernier dont la teinte de cheveux avait pris un tournant plutôt curieux –même un peu douteux- aux yeux de beaucoup. Thomas prit ses aises, s’installant sur le bureau de son ami d’une manière plutôt envahissante, arborant avec fierté des pointes de cheveux rose. Il lança un sourire de grand séducteur à la petite brune.

« Oui, je pense qu’on tient le bon bout. Zuriel est un chanteur né, tu sais ? Tu devrais l’entendre se lancer dans une parfaite reconstitution de Céline Dion, ça me scotch à chaque fois. »

Pas le moins déconcerté par les singeries du blond auxquels il s’était habitué, le concerné lui plante un crayon dans la hanche, obtenant un rugissement de lionceau de Thomas et un pouffement de Lou, qui de toute évidence était une grande fan du duo qu’ils formaient. Au fur et à mesure que le temps passait et sans qu’il y mette vraiment du sien, Zuriel s’était vu considérablement s’intégrer dans les groupes sociales, et ce presque exclusivement à cause de la popularité presque offensante du blond. Honnêtement, le jeune homme le respectait pour cette capacité à nourrir autant de relations à la fois parce qu’il en avait déjà par-dessus la tête en accordant un peu d’attention à deux ou trois personnes.

Sans nul doute, l’on ne naissait pas égaux.

Tournant la tête vers la droite, il est confronté à sa réflexion qui lui semble toujours aussi peu familière dû à l’absence de son éclat roux. Sous l’influence de Thomas, mais surtout une envie propre qui remonte à bien des années, il avait décidé de se teindre les cheveux, et comme son ami n’avait pas l’air décidé à lui laisser choisir une couleur normale – il payait en même temps, Zuriel ne pouvait pas laisser passer cette chance-, il s’était retrouvé avec une teinte similaire à la couleur de ses yeux : une sorte de turquoise-cyan qui, bien que pâle, ne passait pas inaperçu. Encore moins lorsqu’il se tenait à côté du blond qui se voulait plus flashy qu’un panneau de signalisation avec ses mèches roses pétantes.
Cependant il avouait volontiers que sa propre couleur de cheveux ne lui déplaisait pas, au contraire. Il la trouvait très plaisante au regard, c’était nouveau, rafraichissant. Ça ne sentait pas comme le père qui s’enfuit la queue entre les jambes.

« Tu chantes vraiment ? »

Zuriel détourne la tête de la fenêtre pour poser ses yeux sur la jeune fille au doux sourire. Lou est une jeune fille sympathique ; elle est gentille et toujours prête à faire plaisir, bien que parfois un peu trop… Thomas-like. D’un mouvement de tête négatif il balaie la question et lance un regard noir au squatteur. Le garçon parlait trop pour son propre bien, comme toujours. Un haussement d’épaule amusé est sa seule réponse, tandis que la brune affiche une mine déçue.

« Dommage, j’aurais voulu entendre ça !

-Si tu veux je peux faire un vid-…Hey ! »

Cette fois, le cyan pousse son ami violemment hors de son bureau sans pour autant perdre son air composé. Entre protestations et éclats de rire, Zuriel trouve son confort. Etre avec les autres n’est pas si mal, au fond. Peut-être même que cela lui plaisait.

«Très dommage effectivement, j’aurais adoré entendre ça ! »

Un garçon aux cheveux chocolat fait son irruption dans le champ de vision du vert qui grogne. Manquait plus que ça, les voilà tous contre lui. Il offrit au nouvel arrivant the look avant de rouler des yeux. Thomas jeta immédiatement un bras autour des épaules du brun- du moins Zuriel se doutait que c’était son intention vu qu’il était un peu trop petit pour réaliser la figure à la perfection-, très heureux d’avoir un nouvel allié dans sa campagne « let’s bully Zuriel in a very friendly way ».Malheureusement pour le concerné, les adhérents ne cessaient d’augmenter.

« Ah Adam ! Je suis certain que si tu joues de tes charmes ravageurs tout comme moi, Zuriel chantera pour toi. (Il pointa aussi un doigt sur Lou qui ne s’était toujours pas remise de sa déception) Et ça vaut également pour toi, miss. »

Le visage de la jeune fille s’illumine d’un seul coup de détermination, tandis que son camarade se contente d’un simple rire léger. Le cyan lâche un soupir exaspérer, décapitant le blond des yeux par la même occasion.

« Ce n’est pas près d’arrivé. »

Aussitôt que la phrase sortie de sa bouche, il se retrouve nez à nez avec Lou qui lui envoie un clin d’œil plus ou moins réussi, décolleté avantageux bien mis en évidence, avant de le supplier de sa voix la plus suave et sexy ;

« Allez Zuriel, s’il-te-plaît, pour moi~ ? »

Il faillit lui rire au nez. Ne vous méprenez pas, ce n’est pas par cruauté ou moquerie –enfin, si un peu par moquerie-, mais Lou est adorable, c’est une fille géniale, cependant elle n’a pas du tout la séduction dans le sang. Sans parler du fait qu’elle était déjà prise, et ça, tout le monde aux alentours était au courant. Ca tue déjà une bonne partie de la chose.


Le petit groupe éclate de rire, attirant l’attention de plusieurs autres élèves l’espace de quelques secondes ainsi que les foudres de la beauté turquoise. Néanmoins, Zuriel l’avouait –difficilement mais contre quelques pizza pourquoi pas-, il s’amusait. Il avait envie de s’investir dans ses personnes. Ils étaient ses amis, pour d’obscures raisons. Il pouvait s’habituer à eux, à leurs singeries, leurs sourires…Il voulait le faire, il en avait la volonté et-…

« Zuriel. »

C’est une voix basse et suave qui le tire de sa rêverie, définitivement pas celle de Thomas en tous les cas. Il lève les yeux pour tomber dans ceux chocolat de son interlocuteur, quelque peu perturbé. Ah, Adam. Son cœur bat trop vite, c’est la surprise, ça doit être la surprise. Il n’y a que ça.
Trop proche. Son visage est si près qu’il pourrait toucher le sien, mais aussi raide qu’une statue de pierre, Zuriel ne bouge pas, soutenant le regard de son ami. Quoi. Quoi. Quoi.

« Zuriel, tu chanterais pour moi ? »

Non. Il ne le ferait pas. Il ne chantait pour personne, il n’y avait pas d’intérêt à cela vraiment. Stupide Thomas et ses idées d’idiot de la prairie.
Gardant son calme et son air taciturne, Zuriel se contente de fixer son ami. En réponse, ce dernier se penche un peu plus en avant, puis au dernier moment détourne sa trajectoire afin que ses lèvres frôlent son oreille droite. Well. Rien de bien problématique, ce n’était pas comme si c’était la première fois que quelqu’un faisait ça –Thomas avait la fâcheuse manie de lui murmurer d’obscures propos avec ce genre de proximité- cependant il ne peut s’empêcher de remarquer que de un, Adam sent très bon, de deux, le blond derrière plisse les yeux dans une expression pincée et de trois, Lou semble très immergée dans son tout nouveau job de photographe de BL live. Oui, bon, allez, il pouvait lui accorder ça.

« Et contre un mois de pizza ? »

Même voix suave mais discours totalement différent accompagné de la trace immanquable d’amusement. Damn you Adam.
Zuriel le repoussa vivement, animer soudainement par un sentiment d’injustice et de dilemme intense, ce qui le fit s’écrier :

« C’est de la triche là ! »

Le chocolat éclata de rire sous le regard stupéfait de ses camarades tandis que Zuriel croisait les bras, fulminant.

Dignité ou pizza, telle est la question.

Adam, un large sourire, croise également les bras, ne payant aucune intention à ses amis dont la confusion méritait d’être peinte.

« Alors ? Tu n’aurais qu’un appel à passer à chaque fois et le plaisir absolu serait tiens, tout cela contre une petite chanson de temps à autres. »

Zuriel le fusille du regard, Lou et Thomas s’indigne tout deux d’un magnifique « quoi ?! » de confusion générale tandis que le garçon lui offre un clin d’œil. Le bâtard est évidement tout à fait conscient des sous-entendu que les oreilles perverties de ses deux compères ont immédiatement traduits au pire ; Adam avait beau avoir l’air pur et naïf, il n’en était rien – ou presque. Le jeune homme adore s’amuser des autres, les piéger est une sorte de mission personnelle qu’il s’impose, et bien entendu, le plus il en sait sur la personne, le mieux. Les blagues restent gentilles et ne sorte que rarement de son cercle d’amis. Il est la plupart du temps un garçon sympathique au sourire ravageur qui se fait rouler dans la farine par un peu tout le monde sans jamais se plaindre.
Une chose est certaine cependant ; il a beau être un blagueur, le garçon aux cheveux Nutella ne parle pas dans le vide.

Le Christensen s’accorde quelques secondes en plus de réflexion, mais le discours convainquant de son ami avait déjà eu raison de son cerveau depuis longtemps – c’était donc plus par esprit Zurielien qu’il ne se jetait pas sur l’occasion. Qu’est-ce qu’il ne donnerait pas pour de la pizza, hein ? Avec un dernier soupir, il ferme les yeux et met sa dignité au placard.

« Marché conclu, tu as intérêt à tenir parole si tu es un homme. »

Ils se serrent la main solennellement, échangent un long regard… Avant d’être interrompu par un Thomas qui déteste ne pas comprendre ce qui se passe…

« Quoi quoi, attendez, qu’est-ce qui se passe, est-ce que tu vends ton corps Adam? Zuriel, tu vends le tiens ? »

Avec un haussement d’épaule très synchronisé, un sourire en coin pour l’un, un regard ennuyé pour l’autre, ils entretiennent le mystère de leur marché. Ce qu’ils ne savent pas ne peuvent pas les tuer… Ou peut-être que si, justement. Visiblement mécontent de leur réponse commune, le blond continue de déblatérer sur le sujet, le visage animé d’un million d’expression successives, ce que Zuriel ne pouvait s’empêcher de trouver fascinant ; l’on ne trouvait vraiment pas plus expressif que Thomas, absolument tout ce qu’il éprouvait se retrouvait automatiquement à la vue de tous, ce qu’il savait le complexait puisqu’il lui disait souvent envier sa capacité à ne rien laisser passer.

« Répondez au moins… Adam, je t’interdis formellement de toucher Zuriel, c’est mon boulot ça ! »

Imperturbable, Zuriel regarde leur professeur de math faire son entrée dans la classe, cependant il n’en est pas de même pour Adam qui semble s’alarmé des propos du blond puisqu’il lui lance un regard confus. Il n’eut rien le temps de demander puisque Lou lui attrapa le bras pour l’emmener à sa place, poussant Thomas avec son pied par la même occasion. Ne se souciant pas des protestations, elle rejette sa longue chevelure brune en tournant la tête vers le vert, un sourire qu’il qualifierait de malsain aux lèvres.

« Classe maintenant, torture après. »

Même si elle ne le disait pas à haute voix, c’est assez évident pour Zuriel que c’est bien ce qu’elle a en tête. Ah Lou, la douce Lou… Ne vous fiez pas aux apparences, la jeune demoiselle peut être aussi sympathique et aimable que vous voulez, elle n’en reste pas moins une femme redoutable à qui il est totalement impossible cacher quoi que ce soit –et pour cela, elle y met les moyens.

Bon dieu, faite qu’elle ne trouve pas de chien à lui présenter.

~

Chose promise chose due, le week-end suivant l’on sonnait à la porte des Christensen à midi pétant. S’attendant – pour une fois- à de la visite, Zuriel était éveillé et à peu près en condition pour parlementer lorsqu’il ouvrit la porte à son ami qui était aussi frais qu’une fleur, comme toujours. Non, vraiment, le cyan pouvait voir des fleurs danser tout autour de lui tandis que lui-même avait l’impression de ressembler à un poisson mort depuis plus d’un mois. S’aurait pu être un signal –boost ou désespérant aux yeux de nombreuses personnes, mais dans son cas il s’en préoccupait autant que de l’ongle cassé d’Amy. Comme trop souvent.

C’est donc les cheveux décoiffés et en short qu’il ouvre la porte tout en se frottant les yeux. Bam, odeur de pizza et de fleur, les deux en même temps, dès le matin. L’agression est violente.

« Hello ! »

Tout guilleret, pas le moins perturbé par l’attirail de son ami, quasiment sorti d’une autre galaxie, Adam se tenait devant lui avec ses pizzas, ses beaux vêtements et sa beauté. Après l’avoir scruté quelques instants sous son regard interrogateur, Zuriel se pousse sur le côté –à deux doigts de faire une courbette, il l’avoue.

« Rentre. »

Le garçon ne se fait pas prier et à peine Zuriel avait fermé la porte que celle de la chambre de sa sœur s’ouvre, dévoilant une Freia en pyjama –short et débardeur, rien de très passionnant heureusement-, ses longs cheveux roux s’échappant de son chignon complétement déstructuré, a croire qu’elle n’avait même pas essayé. En tous les cas, elle avait déjà l’air plus fraiche que son frère.

« Pizza ? »

Le cadet roule des yeux et attrape le bras d’Adam pour le guider vers le couloir ; seulement là Freia semble remarquer la présence inconnue. Elle lance à son frère le regard assassin du ‘tu aurais pu me prévenir je vais t’arracher la tête ce soir’ avant de replacer une mèche de ses cheveux derrière son oreille, un jolie sourire aux lèvres. De tueur en série à hôtesse d’accueil il n’y a qu’un minuscule pas apparemment.

« Oh, bonjour ! Vous êtes ? »

Adam, grand sourire aux lèvres et toujours pas le moins du monde perturbé, lui accorde un petit hochement de tête polie, faute de pouvoir se servir de ses mains à cause des pizzas.

« Je suis Adam Healey, un ami de Zuriel !

-Ami ? »

La jeune femme hausse les sourcils et lance un regard surpris à son frère qui balaie ses questions silencieuses d’un mouvement de main et une grimace. A part Thomas et Jane il y a déjà un moment de cela, Freia n’avait jamais eu l’occasion de faire la connaissance d’un quelconque autre ami ; c’était donc une plaisante surprise pour elle de voir que son frère n’était pas totalement inapte socialement.
Se reprenant, elle se saisit des pizzas dans les bras de l’adolescent brun, sourire plus que réjouie aux lèvres. Oh, well, au moins il y a de la pizza.

« Laissez-moi vous débarrasser de cela, je suppose que c’est pour nous tous ?

-Ah, oui ! Merci beaucoup umh...

-Freia. Notre chère mère a fait dans l’original, vous voyez ? »

Hochant la tête, Adam se joint à elle et rit légèrement, passant une main autour des épaules de son ami aisément, les deux étant exactement de la même taille. Zuriel se contente de se gratter le haut de la tête, distrait.
Comme si elle avait entendu qu’on parlait d’elle, sa mère sort également de sa tanière, longs cheveux blonds RRremontés en une queue de cheval, relativement bien habillée, un léger sourire aux lèvres.

« Serais-tu en train de médire de ta chère mère ? Fille ingrate. »

Freia roule des yeux, sourire en coin.

« Mais enfin, j’en suis incapable ! »

Sur ce, elle papillonne des yeux et c’est au tour de sa mère de lse rouler. Elle secoue la tête et se tourne vers Adam pour lui tendre la main.

« Je suis Lilith, la mère de ces deux choses.

-Ah, Adam ! (il saisit la main de la blonde, souriant de toute ses dents) Enchanté de vous rencontrer.

-De même, de même. »

Elle jette un œil aux pizzas, puis à Zuriel et la main sur son épaule, évalue la situation telle une experte, en vient à une conclusion qu’elle expose.

« Puisque Zuriel est réveillé de si bon heure, je suppose que tu es là pour lui ? Félicitation, tu l’as fait sortir de son lit sans t’infiltrer dans sa chambre, c’est le mieux qu’on n’ait jamais fait jusqu’alors. (Elle pose à nouveau ses yeux sur la pizza puis sur l’adolescent) Et tu as percé le mystère des Christensens. »

Probablement bloqué à l’infiltration de chambre, Adam se contente de rire d’une manière un peu discontinuée sous le regard perçant des deux femmes à l’affut. Le déclarant respectable, Lilith ébouriffe les cheveux de son fils avant de se diriger vers le hall pour enfiler des chaussures et une veste.

« Je vais chez Kathy. Comme vous avez les pizzas, mon travail est finit ici. A ce soir ! »

Elle était déjà à moitié à l’extérieur lorsqu’elle se retourne vivement, sourcils froncés.

« Et pas de cuisine Zuriel ! »
Sur ces mots, elle était déjà partie, laissant une Freia au sourire amusé, un Zuriel exaspéré –c’était juste une fois !- ainsi qu’un Adam confus par ce qui venait de se dérouler.

« Pourquoi pas de cuisine ? »

Freia éclate de rire et lance un regard compatissant au garçon avant de se diriger vers le salon pour déposer les pizzas sur la table.

« Il serait fâcheux de faire exploser le bâtiment. » est sa seule réponse.

Toujours perturbé, le garçon aux cheveux chocolat suit son ami dont la seule préoccupation était d’avaler quelque chose en ce moment même, ce qui expliquait son désintérêt total pour la conversation qui le concernait.

« Pourquoi donc ? Il est si mauvais cuisiner ?

-Je ne sais pas, on n’a jamais eu l’occasion de goûter sa cuisine passionnée. »

Ricanant dans son coin, Freia file chercher de quoi boire dans la cuisine tandis que Zuriel installe son ami à une place et s’assoit à ses côtés. Il lâche un soupir sous le regard interrogatif de son ami qui lui tâte l’épaule.
Bon dieu, il préférait presque l’époque où le sujet était tabou et pas un running gag de la famille.

« Je me suis endormi et c’était une seule fois !

-Faisons en sorte que ça n’en reste qu’une, veux-tu ? »

Elle pose une bouteille de coca et des verres sur la table, questionne Adam pour savoir si la boisson est ok pour lui, puis prend place en face d’eux, sourire plein de railleries.
L’invité n’abandonne pas, s’accroche à l’espoir d’une réponse claire et revient à la charge :

« Qu’est-ce qu’il a fait exactement ? »

Et c’est finalement la délivrance pour lui.

« No biggie, il a juste mis le feu à la maison il y genre, 5 ans ? »

Merci Freia, merci beaucoup.
Il y a un moment de frottement pendant lequel la rousse prend un part de pizza et la dévore en faisant des sons plus étranges les uns que les autres sous le regard des deux amis avant qu’Adam ne décide de prendre cela à la légère, puisque les deux ne semblaient pas s’en faire.

« J’imagine que c’est pour cela qu’on associe le feu et la passion, dans ce cas. »

Sa sœur se met à rire, portant une main devant sa bouche afin de ne pas se retrouver avec de la nourriture partout d’une manière peu élégante, un pouce levé avec l’autre main tandis que le brun sourit, satisfait de son impact. Il sourit toujours en tournant son regard vers Zuriel qui le lui rend en essayant de concentrer tout son dégout dans les yeux.
Il savait Adam amateur de mauvaises blagues, mais c’était toujours aussi atroce lorsqu’il lâchait une bombe.

Puis il lui fourre une part de pizza sous le nez et tout est oublié. Le point faible des Christensen, indeed, il avait même accepté de penser pour cela, alors autant en profiter jusqu’au bout. Ce n’était pas la dernière fois qu’Adam viendrait ici ce mois-ci – ni après d’ailleurs- ou qu’il payait de sa poche la nourriture sans pouvoir même y toucher. Il devait vraiment vouloir un dossier sur le cyan pour faire ça.

A vrai dire, il est compliqué de savoir quoi que ce soit sur Zuriel tant qu’on n’y met pas du sien, alors il ne le blâmera pas. Le plus simple reste quand même de faire comme lui faisait, soit ignorer tout le monde aux alentours jusqu’à ce que ça devienne une obligation de faire attention. Et là, ça commençait à devenir évident qu’il devait en apprendre plus sur Adam.

Curieusement, cela ne le dérangeait pas le moins du monde ; le garçon était quelqu’un de charmant, agréable, ainsi qu’un bon ami. Si seulement il ne faisait pas des blagues aussi moisies.

Le repas se passa dans un silence presque religieux – les Christensens n’avaient pas habitude de piper mot lors de ces moments sacrées, surtout si c’était de la pizza, et Adam s’intégra très vite dans le lot. Zuriel, noyer dans le délice du moment, en oublia presque la raison de la venue du garçon aux cheveux chocolat et se laissa totalement aller, et ce n’est que plus tard, lorsqu’ils sont seuls dans sa chambre qu’on ne lui rappelle.

« Alors ? J’attends mon due. »

Assis sur son lit, appuyer sur ses bras un grand sourire aux lèvres, Adam le regard plein d’espoir, les yeux brillants d’une lueur qui donnait curieusement au cyan l’envie de se jeter par la fenêtre illico-presto, mais soyons raisonnable. Il passe une main dans ses longs cheveux, échangeant un regard avec son ami tout en tournant nonchalamment sa chaise à roulette de gauche à droite, quelque peu inconfortable avec la situation.

« Emh… »

Sa réponse très élaborée fait rire aux éclats le garçon sur son lit. Zuriel se contente de lui lancer une grimace qui consiste à froisser tout son visage de manière très subtile. Pour être honnête, il est un peu nerveux. Adam est son ami, de ce fait, à ses yeux, son opinion est importante, et c’est un gros problème pour lui. Il pourrait chanter ouvertement dans une rue pleine d’inconnu, mais face à quelqu’un à qui il porte une attention particulière…

« Tu peux très bien mettre de la musique et chanter en même temps, hein.

-Facile à dire. »

La situation semble énormément amusé Adam qui abandonne sa position originale pour poser croiser ses bras sur ses cuisses, torse penché en avant, sourire en coin ne quittant jamais son visage au plus grand inconfort de son hôte. Bon, okay, il n’était pas un menteur, alors il allait devoir se montrer à la hauteur de ces pizzas au moins. Un dernier soupir, une dernière demande.

« Une recommandation en particulier ? »

Et dieu qu’il regrette avoir demandé cela ; il n’avait honnêtement aucune idée, pour sa défense, et il ne pensait pas un seul instant qu’Adam était si… Sadique. Le sourire qui s’élargit de manière inquiétante l’alarme, cependant trop tard, les mots s’échappent déjà, et avec eux l’âme de Zuriel se paie un petit voyage.

« Justin Bieber. Baby. Allez go. »

La confusion est réelle, la détresse ne fait que la suivre de très près. Il se résout rapidement à son triste sort, car Adam pouvait faire bien, bien pire, il en était certain, alors honnêtement, il pensait s’en sortir plutôt bien avec… ça. Cela ne l’empêche pas de le poignarder mille fois mentalement tout en lui faisant bien comprendre son désaccord en grommelant tout en cherchant la chanson rapidement sur internet, il croise les jambes et fixe son ami, posant la vidéo avant qu’elle ne commence.

« Juste une partie.

-Ainsi soit-il, » répond-t-il en haussant les épaules, paumes de mains levées vers le ciel, tête penchant sur le côté et toujours, toujours ce charmant soleil collé aux lèvres. God, il se prenait à détester ce sourire, si difficile à contredire.

Zuriel attarde son regard turquoise sur le garçon, glacial, puis d’un click de souris la musique débute, tandis qu’il ignore royalement le début de la chanson. Le visage de son camarade passe par toute sorte de phases, il peut voir à quel point le chocolat essaie de ne pas éclater de rire rien qu’en l’imaginant chanter cette chanson maudite. Puis le refrain vient et le cyan décide de lui offrir un couplet en plus, parce que la pizza était vraiment bonne, tout de même. Il se détourne légèrement et ferme les yeux, peut-être en recherchant une sorte de réconfort dans le noir, ou tout simplement parce que vraiment, il ne pouvait décemment pas regarder son persécuteur.
Il ne pense pas avoir une voix spectaculaire, il en est même persuadé, mais de la pizza gratuite ne se refuse pas. Parce qu’à ce niveau, il sait que c’est gratuit.

Merci Thomas.

Et voilà, la minute de torture est levée, il peut à présent tenter de récupérer un peu de sa dignité. Il rouvre les yeux, les pose à nouveau sur son camarade tandis que la chanson se finit – heureusement. Adam semble un peu perdu, du moins c’est ce que son manque de sourire amusé semble témoigner. Il le fixe, bouche close, clignant des yeux à répétition, puis doucement, il lève les mains et commence à applaudir quelques secondes, son sourire revenant progressivement gracier ses traits.

« Woa, moi qui pensais avoir enfin trouvé un dossier sur toi, je suis déçu. »

Déçu ? De sa performance vocale ? Il aurait dû s’y attendre, la rumeur venait de Thomas après tout, ça ne pouvait qu’être du sarcasme –quoi que le blond semblait apprécier pour de curieuses raisons, l’entendre chanter. Enfin, les oreilles de son ami étaient défaillantes, il n’en doutait pas un instant. Quant à sa sœur, elle clamait qu’il avait une jolie voix, et… Bon, il avouait n’être pas le plus terrible des chanteurs, mais à quoi cela pourrait lui servir de savoir chanter ? Il n’avait aucune intention de prendre cette direction d’une manière ou d’une autre. Enfin, c’était toujours mieux comme ça, au moins il ne massacrait pas sa chère Céline.

« Tu chantes plutôt bien, je regrette presque de t’avoir fait chanter ça !

-J’espère que tu le regretteras toute ta vie. »

Il rit, Zuriel s’autorise un petit sourire tandis qu’il passe une main dans ses cheveux teint.

« Ça te va bien. » Surpris, le garçon lance à Adam un regard interrogatif, sourcils froncés, incapable de lier les points. Le sourire du châtain est plus doux qu’auparavant, presque… Affectueux. « Les cheveux teint, je veux dire. Ça aurait pu être ridicule sur beaucoup, pourtant sur toi, ça rend vraiment bien. C’est attirant. »

Le silence règne quelques instants durant lesquels ils se contentent de se regarder l’un et l’autres. Zuriel est confus, son cerveau travaillant presque au ralenti.

Oh.

« Oh. Merci. »

Oh.

Adam s’éclaircit soudainement la gorge et brise le contact établi ; en quelques secondes il reprend le contrôle tandis que le Christensen cligne des yeux rapidement, pataugeant sans vraiment comprendre pourquoi dans une inondation du cerveau, visiblement.
Habile, son ami balaie cependant rapidement toute confusion de son esprit, avec encore une fois, les bons mots.

« Puisque je suis là, on pourrait regarder un film ? »

Immédiatement, le visage pâle de Zuriel s’illumine. Il acquiesce énergiquement, évacuant à grand coup de noms de films les débordements. Un film, en voilà une très bonne idée !

~

Zuriel a beau l’avoir vécu, il ne comprend toujours pas les mécanismes d’une relation amoureuse. En plus du fait que l’on perd visiblement totalement la tête en face de l’être aimé, les gens sont tous différents, réagissent différemment, s’impliquent différemment… Vive l’histoire différemment.

De l’extérieur, pour les célibataires endurcis ou les dragueurs de première, c’est presque ridicule à voir, bien souvent. Incompréhensible.

D’habitude, Zuriel n’y prête aucune attention, à ces couples qui l’entourent, mais cela devient difficile de les ignorer lorsque deux sur ses trois amis sont en couple ; bien heureusement pour lui, ni Lou, ni Adam n’écrasent leur vie sentimentale sur lui ; cela n’empêche pourtant pas certains aspects de l’atteindre.

Comme l’absence.

« Où est Adam ?

-Il mange avec sa blonde. »

Ah, sa blonde, oui. Grace Connor, première année, une petite boule de femme fatale, la merveille du petit lot des nouveaux ; dès le début, Adam était sous le charme, et tout le monde le savait, même elle d’ailleurs. Il faut dire, le garçon n’est pas du genre distrait, et Thomas encore moins, alors dès que le blond fut au courant, obligatoirement, la moitié de l’école l’était, et dans cette moitié, il y avait Grace. De fil en aiguille, évidemment, il ne fallut que peu de temps pour qu’une relation se développe et…
On en était là à présent, les quatre réduis à trois la plupart du temps, parfois à deux, même. Zuriel avouait volontiers que ça lui manquait parfois, mais il comprenait, en quelque sorte ; lui aussi avait connu ce sentiment, sauf qu’il n’avait personne d’autre de qui se soucier.

Comme toujours à l’heure du repas, Thomas ne perd pas une seconde pour sortir un assortiment de boîtes contenant souvent plus de sucreries que de salé, tandis que Zuriel pioche ses chips et son sandwich hors de son sac – il n’a jamais besoin de grand-chose, son camarade blond lui laisse toujours la liberté de lui piquer la moitié de son repas. En fait, le cyan est certain qu’il en fait exprès d’amener beaucoup trop de nourriture, même si le blond le niait.

Lou en revanche ne sort rien, ce qui est totalement hors du commun. La brune n’est pas une grosse mangeuse, mais tout de même, elle ramène toujours ces petits plats qui émerveillent les autres ; c’est une cuisinière née, sans aucun doute, et Zuriel l’envie beaucoup pour cela.
Gardant un œil sur elle, il mord dans son sandwich au poulet.

« Il est presque plus avec nous, c’est triste. »

La jeune fille fait la moue tout en enroulant une mèche de ses longs cheveux autour de son index, le regard dans le vague ; Thomas rit doucement avant d’enfourner un muffin dans sa bouche – qu’est-ce que c’est équilibré, vraiment-, ce qui l’empêche de répondre et laisse un suspens douteux à son rire pendant une bonne minute. Zuriel le fixe, l’expression neutre mais un éclat que le blond connait bien dans les yeux.

L’exaspération.

« Ah ça, c’est l’amour tout frais ! Ne t’en fais pas, dans quelques temps, ils seront certainement moins collés, comme toi et Kevin. »

A la mention de son copain, Lou s’agite légèrement sur sa chaise et c’est tout ce qu’il faut au plus grand pour confirmer que quelque chose cloche vraiment. Elle adresse un sourire pale à Thomas.

« Tu as certainement raison… Quoi que j’en doute, Adam a l’air d’être vraiment très… Motivé. »

Motivé, c’est un peu léger aux yeux de Zuriel. Le châtain montrait à l’égard de sa belle une affection débordante qui laissait peu de travail à l’imagination quant à l’état de ses sentiments. Il est amoureux, très, très amoureux. Le cyan se surprend à soupirer, juste en même temps que son ami ; celui-ci lui adresse un clin d’œil. Le cyan prend un autre bout de son sandwich, silencieux.

« Je ne comprendrais jamais comment il fonctionne le bougre, rester avec la même personne en permanence sans se lasser, c’est assez impressionnant. »

Lou hausse visiblement un sourcil et croise les bras sur ses cuisses, petit sourire en coin.

« Tu dis ça parce que tu n’as jamais été amoureux, Thomas. »

Le garçon se contente d’hausser les épaules tout en mangeant un piquant une chips à son ami. Zuriel lui prend une bouchée de pâtes en retour.

« Si tu veux savoir, te voir toi et Adam ne m’en donne pas trop l’envie. »

La brune roule des yeux mais ne réplique rien ; elle ne mange toujours rien non plus. Le cyan avale ses chips et redirige toute son attention sur elle.

« Tu ne manges pas ? »

Elle semble surprise l’espace d’un instant, quelque peu désorientée, puis elle sourit doucement, peut-être dans une tentative d’être rassurante, mais cela ne fait que l’inquiéter plus. Lou a l’air triste.

« Non, j’essaie de retrouver la ligne, j’ai quelques kilos à pe-…

-Pourquoi ? »

La question fuse avant qu’il ne puisse contrôler quoi que ce soit, que ce soit le ton interloqué ou l’alarme qui retentit dans sa réplique. Thomas semble tout aussi surpris que lui par la déclaration. La jeune fille n’est certes pas taille mannequin, mais jamais elle n’avait fait part d’un sentiment d’insécurité vis-à-vis de son corps ; au contraire, elle en était plutôt fière, et elle avait de quoi. Elle n’avait même pas l’air d’avoir pris un kilo depuis qu’ils se sont rencontrés ! La pensée qu’elle souhaite perdre du poids est inconcevable pour les deux garçons, et pas par simple incompréhension de l’insécurité féminine, mais par la spontanéité de l’apparition du problème.

Lou a soudain l’air mal à l’aise, elle joue avec ses mains et fixe le sol. Sa nervosité est immanquable.

« Je… Je suis un peu épaisse, c’est pas joli…

-Qui t’as dit ça ? Kevin ?»

A en croire ses joues rouges et son expression de surprise, Zuriel a tapé dans le mille. Il fronce les sourcils, attrape les mains de son amie afin de ramener son attention à lui, à la réalité. Il conçoit parfaitement le fait que dès que l’on accorde de l’importance aux paroles de quelqu’un, il est difficile de ne pas se laisser influencer, surtout si c’est la personne que l’on aime, pourtant il trouvait toujours cela absurde et ridicule.

« Lou, tu es magnifique, ça crève les yeux. La moitié des garçons de la classe rêverait de t’avoir comme copine. Tu n’as absolument rien à changer. En fait, ce serait presque un crime que tu changes quoi que ce soit. »

Thomas le seconde d’un vigoureux hochement de tête et un grand sourire. Lou lève ses yeux bleus brillants vers lui, un sourire timide faisant son apparition sur son visage.

« S’il te dit de perdre du poids, c’est très nettement lui qui doit changer quelque chose.

-Genre son cerveau, interjette Thomas, l’air sévère.

-Ne l’écoute pas, il fait partit des cons. Ne laisse personne te dicter ce que tu dois faire, ce à quoi tu dois ressembler, c’est ridicule au possible. Fuck them. Compris ?»

La jeune fille sourit plus largement, hoche la tête doucement, renifle et d’un revers de main, sèche les larmes avant même qu’elles n’inondent ses joues. Zuriel lui adresse également un sourire, puis il lui ébouriffe les cheveux avant de se retourner naturellement vers son sandwich, et comme si rien ne s’était passé, croquer dedans.
Le garçon aux cheveux blonds tend un plat de salade de riz à son amie accompagné d’un clin d’œil.

« Mange, ma poule, entretiens-moi ces courbes de rêve. »

Lou lui adresse une grimace factice pleine de dégout, puis rit et prend le plat qui lui était proposé avec grande joie.

« Merci les gars. Vous êtes les meilleurs. »

Thomas s’en vante, Lou roule des yeux, Zuriel se prend à sourire tendrement.

Son amie est une femme forte, elle saura se remettre rapidement de ses émotions et y verra clair rapidement, il n’en doute pas un seul instant. Elle est son amie après tout, digne de son attention, digne de ses chips.

Une semaine plus tard, Lou rejoignait le cercle des célibataires sans une once de regret.

~

« Qu’est-ce que tu regardes ?

-Titanic.

-Je peux regarder avec toi ?

-Non. »

Thomas s’était encore infiltrer dans les rangs des Christensens ; à force, il en devenait presque un membre à part entière. Sans demander l’avis à personne – à part Freia qui lui ouvrait toujours de bon cœur la porte en échange de quelques chocolats-, il rentrait et s’avachissait aux côtés de Zuriel sur son lit comme si c’était sa place prédestinée, et à partir de ce moment-là, impossible de l’en déloger.
Le cyan avait beau faire une dizaine de centimètres de plus, Thomas était un athlète possédant une force insoupçonnée. A chaque fois qu’il essayait de le dégager, il faisait lui-même une rencontre avec le sol qui n’était jamais des plus agréables, de ce fait, il avait tout bonnement abandonné tout espoir de tranquillité et laissait le blond prendre place afin qu’il s’adonne à son sport fétiche : le bavardage intempestif. Et s’il n’y avait que cela.

Balayant l’opinion de son ami d’un grand sourire, le blond se plaça un peu mieux sur le lit, le poussant sur le côté. Zuriel se tassa tout en roulant des yeux, ayant depuis longtemps accepté son destin. Du moment qu’il se la fermait dans les bons moments…

« Je l’ai jamais vu en entier !

-Cool. La ferme. »

Thomas grommela, se plaignit quelques instants dans sa barbe mais finit par accepter la règle imposée par son hôte – il n’était après tout pas sans savoir que Zuriel était un grand fan du film, ou au moins de ce bon vieux Jack. Difficile de ne pas le savoir, sa sonnerie de téléphone était après tout My Heart Will Go On et son fond d’écran eh bien… Jack. Pour avoir emprunté son portable de nombreuses fois, le blond en était bien conscient, ça oui.

Bien heureux de son autorité soudaine, Zuriel restait tout de même sur le qui-vive, car personne ne dompte le blond, vraiment, absolument, jamais personne. Et à son grand malheur, il avait raison puisque quelques minutes plus tard, le garçon se releva afin de soulever la couette et se glisser en dessous, à peine secoué par le regard noir que lui lançait le propriétaire du lit.

« Quoi ? J’ai froid. »

Suspicieux –à raison-, le cyan plissa les yeux, un avertissement que le plus petit ne sembla pas prendre en compte puisqu’il s’était déjà détourner pour fixer l’écran de l’ordinateur, sourire aux lèvres.
Il ne regardait même pas, le petit bâtard.

Usant de son fantastique sens pour faire abstraction du monde, le garçon retourne sa pleine concentration au film, bien déterminé à passer un bon moment et ce même si le garçon se décidait à danser la macarena nu au bout de son lit.

Cependant sa détermination fut très largement entamée l’instant où les digits –froids qui plus est- de son camarade se faufilent innocemment en dessous de son t-shirt et rentrent en contact avec un bout de peau situé sur son abdomen. Zuriel ferma les yeux.

Inspiration. Expiration.

« Thomas.

-Ummh ? »

Le blond avait toujours les yeux rivés sur l’écran, l’air tout ce qu’il a de plus naturel si ce n’était pour ce fichu sourire qui empestait la malice. Bien, s’il voulait passer un bon moment, il devait certainement passer par une explication concise de ce qu’il attendait de Thomas. Clairement.

« Ta main.

-Oui, elle a froid. Elle est pauvre, orpheline et grelottante, tu ne peux pas lui refuser un abri pour la nuit tout de
même ! »

Partagé entre appeler l’hôpital psychiatrique et le pousser par la fenêtre, Zuriel opta pour le regarder fixement pendant un longue minute avec une expression qu’il espérait représentait à merveille tout son mépris pour le blond. Puis Thomas fit un truc avec ses doigts et l’espace d’un instant, le cyan ne put plus respirer, plus rien faire en général d’ailleurs, l’espace d’un instant. Le sourire de son ami se fit plus sournois, il pouvait presque voir une lueur s’allumer au fond de ses yeux bleus, et honnêtement, s’était peut-être un peu angoissant à voir, mais aussi assez…

« Zuriel, je vais faire des courses tu as besoin de-… Oh, bonjour Thomas. »

Jusqu’à ce jour encore, Thomas n’a jamais été aussi rapide qu’à ce moment-là, pour quoi que ce soit. Tel un enfant qui ne voulait pas être pris la main dans le bocal à biscuit il ôta sa main d’en dessous de la couverture, beaucoup trop rapidement, beaucoup trop violemment, ce qui le fit perdre l’équilibre. Ainsi il s’expédia tout seul au sol tandis que Lilith Christensen le regardait sur le pas de la porte, les sourcils légèrement froncés, son expression de curiosité ultime.

« Tout va bien ? »

Thomas se redressa, les joues légèrement rougies et Zuriel essayait vraiment d’avoir l’air naturel mais c’était très dur de ne pas pouffer, même pour lui. Il se mordit la lèvre afin de garder sa bouche close tandis que son camarade lançait un sourire presque convainquant à sa mère.

« Oui, parfait ! Bonjour Lilith, vous allez bien ? »

La blonde le scruta un moment de plus avant de poser ses yeux sur son fils qui se contenta d’hausser les épaules, à bout. Jugeant probablement que la situation n’avait rien à faire avec elle, elle reprit le cours normal de ses pensées.

« Très bien. Je disais donc, tu as besoin de quelque chose Zuriel ? »

Le cyan prit un moment de réflexion- on ne rigole pas avec les provisions- puis finit par secouer la tête négativement. Lilith accepte sa réponse sans plus de suspicion.

« Okay. Je ferme la maison à clé vu que vous êtes tous les deux cloîtrés dans la chambre.

-Et Freia ?

-Chez une amie. »

Zuriel hocha la tête mécaniquement tout en cherchant à éviter le regard de son ami à tout prix ; il avait l’air un chouilla trop heureux, mais cela rendait juste le meurtre plus simple pour le plus grand, vraiment.

« Bon, à plus tard, et pas de bêtises.

-Yes mam’ ! »

La porte se ferma et immédiatement, grand sourire de prédateur aux lèvres, le regard bleu tombe sur le cyan qui reporta simplement son attention sur le film et… Mon dieu, c’était déjà presque la fin. Il allait assassiner Thomas, maintenant c’était certain. Ce dernier, inconscient de la menace, se contenta de reprendre sa place – un peu trop près. Cependant, au moment de glisser sa main, celle de Zuriel l’empoigna fermement, ses yeux turquoise ne quittant pas un seul instant l’écran.

« N’y pense même pas, ou je te la tranche et commence un feu de joie avec. »

Le blond grommela distinctement, mais ne montra pas plus de résistance à la grande satisfaction du Christensen qui lâcha prise au bout d’une minute, seulement pour que celle toujours aussi glaciale de son ami ne l’empoigne à son tour, quelque peu surpris, Zuriel arrache son regard de l’écran pour lui lancer un regard curieux. Il haussa les épaules, un petit sourire presque suppliant peint sur son visage.

« Au moins laisse-lui ça. »

Zuriel considéra les options et ainsi pu décider qu’il était bien plus sûr de lui tenir la main de toute manière. Il se détourna ostensiblement à nouveau et pour la dernière fois de son ami jusqu’à la fin du film.

« Fine. »

Le reste du film se déroula beaucoup trop vite et avant qu’il ne s’en aperçu, le garçon était déjà en larmes.

Non, putain Jack, non. Espèce d’idiot.

Il n’y a pas à dire, ce film est une œuvre d’art, et peu importe combien de fois il le regarde, il n’y en a pas une seule où il n’en pleurera pas. Toujours pris dans sa spéculation mentale que Jack n’est pas mort, il ne remarqua pas que le film était terminé et que les crédits roulaient sur l’écran comme ses larmes sur les joues. Il renifla, ce qui dû attirer l’attention de son camarade –dont il avait totalement oublié l’existence. Thomas pouffa, s’attirant le regard confus, puis noir baigné de larmes de Zuriel.

« Zuriel, tu pleures vraiment?

-La question est plutôt pourquoi est-ce que tu ne pleures pas, espèce d’horrible sans-cœur. »

Cette fois le blond ria à gorge déployée, le cyan lui donna un coup de pied sous la couette tout en serrant la main, ce qui lui rappela qu’il tenait toujours celle de son ami ; enfin, du moins, comme il le constata lorsqu’il tenta de se débarrasser de l’intruse, que son ami la tenait toujours. Cela débuta une lutte, bien entendu –dès que Zuriel eu poussé son ordinateur plus loin, il ne voudrait pas qu’il arrive quelque chose à son bébé pendant la bataille.

Parfois, il se demande encore pourquoi il essaie alors qu’il connaît déjà la malheureuse fin de l’histoire. Pour sa défense, il mena tout de même la partie un moment lorsqu’il arriva à jouer de sa longue silhouette et de ses jambes, il se libéra même presque… Si ce n’était pour l’incroyable et fluide démonstration d’une alliance de force et d’assiette de Thomas, il aurait peut-être pu réussir…
En attendant, il était encore une fois perdant, plaqué par un garçon dix centimètres plus petit que lui qui ne perdit pas une seule seconde pour assurer encore plus sa victoire en attrapant sa deuxième main, grand sourire fanfaron aux lèvres.

Frustré, haletant, les joues rouges humides et les yeux larmoyants, il fronça les sourcils dans une tentative d’avoir l’air menaçant envers son ami. Thomas, cependant, sembla absolument tout sauf impressionné pendant un moment, savourant sa victoire, puis son sourire s’estompa peu à peu jusqu’à ce qu’il n’en reste rien ; sa respiration saccadée en fit de même tandis que ses yeux parcouraient le vaincu, de la peau pâle que son t-shirt ne couvrait plus à ses cheveux étalés en pétard sur l’oreiller.
Il déglutit, et Zuriel l’aperçut à nouveau cette lueur, immanquable, toujours aussi angoissante ; elle lui donnait l’impression d’être une proie, et pourtant, autant qu’il devrait en être effrayé, il était également curieux.

Curiosity killed the cat, they say.

« Fuck Zuriel, je… »

Il respirait fort, Thomas. Il se mordit la lèvre, sourcils légèrement froncés, et une force inconnue contraignit Zuriel à l’imiter. Le blond grogna, resserrant inconsciemment ses mains sur les siennes, un peu trop fort. La douleur fit grimacer et gémir faiblement le cyan et c’était clair que le garçon penché sur lui avait atteint une sorte de limite.

« J’essaie de résister tu sais, mais tu rends ça si, si difficile… »

Zuriel aurait certainement pu lui demander de quoi il parlait, mais ça n’aurait été qu’un mensonge à son propre compte; il en connaissait la réponse, il faisait simplement semblant de ne pas la voir. Il voulait croire que les pitreries de Thomas n’étaient justement que cela, qu’il n’y avait rien de sous-entendu sous chaque caresse déplacée. C’est ce que des amis font souvent, non ?
Mais son ami se pencha un peu plus, leurs nez se frôlèrent et le cyan abandonnait tout espoir que ce ne soit que des blagues innocentes. Son cœur battait la chamade, il avait chaud, beaucoup trop chaud, et le regard bleu intense planté directement sur lui n’aidait pas ; il pensait se liquéfier.

Un murmure s’échappa à nouveau des lèvres roses –étaient-elles toujours ainsi- de Thomas. Son nom.

Le blond semblait être dans une sorte de dilemme cruel si son expression torturée pouvait en être le témoin, et Zuriel ne pouvait pas l’aider, il n’en avait pas la force ; il avait toujours été le faible, après tout. Est-ce qu’il voulait que quelque chose arrive ? Probablement que non, dans son état normal, mais à ce moment-même, tout lui criait que oui.
Thomas mit fin à toute hésitation en plongeant son visage dans le cou de son ami, la respiration incontrôlable – le plus grand pouvait même sentir son cœur battre au rythme d’un cheval au galop dans sa poitrine. Le souffle chaud dans son cou le fit frissonner, sa raison menaçait de s’évader à chaque seconde qui passait. Puis le blond se redressa, l’expression neutre malgré ses joues rouges et sa poitrine qui s’élevait à un risque irrégulier. Il lâcha les mains de son ami et d’un mouvement trop maladroit pour être naturel s’ôta de lui afin de s’asseoir sur le bord du lit.

Zuriel reprit sa respiration qu’il ne s’était même pas aperçut avoir cessé, les yeux rivés au plafond, à où quelques secondes auparavant il y avait les deux billes bleus au fond desquels dansaient de magnifiques flammes. Peut-être que la chaleur venait de là.

Il lui faut quelques secondes pour se redresser, quelques autres pour tenter de rétablir une façade convaincante. Doucement, il posa une main sur l’épaule de son ami qui fixait ses mains comme si elles n’étaient pas les siennes. Sous le toucher, il se raidit.

« Thomas, qu’est-ce qu’il y a ? »

Probablement un peu plus vivement qu’il ne l’aurait voulu, le blond se tourna vers lui, laissant derrière toute forme de retenue. Son visage se tordit, il avait presque l’air furieux.

« Tu sais très bien ce qu’il y a. »

Il sait.

Il secoue la tête négativement, Thomas ricane.

« Ne mens pas. Le mensonge te va si mal. »

Thomas le connait si bien. Il avait raison, Zuriel ne mentait jamais, il n’avait jamais honte, il n’était jamais embarrassé, il ne laissait pas les autres décidé pour lui. Zuriel n’hésitait pas.

« Pourquoi t’être arrêté ? »

La surprise sur le visage de Thomas aurait été lisible par même un aveugle. La réalisation fut longue à venir, la compréhension une poignée de millisecondes plus longue.

« Tu ne veux pas ça. »

Sa voix n’était pas assez assurée pour que le blond soit certain de ce qu’il avançait. Il hésitait, et Zuriel réalisait peu à peu combien le garçon tenait à leur relation, combien il tenait à lui.
Thomas ne voulait pas lui faire de mal, il ne voulait pas le forcer à quoi que ce soit simplement dans le feu de l’action. Zuriel n’avait rien de ces conquêtes d’une nuit ; Zuriel était important à ses yeux.
Il aurait aimé ne pas le réaliser. Il prétend qu’il est juste un ami important, un ami auquel il est attiré de manière entièrement sexuelle.

Ses doigts pâles se refermèrent sur l’épaule de son ami, son visage se fermait. Il était déterminé.

« Je ne t’ai pas arrêté. »

Thomas se tourna un peu plus vers lui, déglutit.

« Tu le regretterais. »

Please stop caring.

« Continue. »

Le ton sûr, le regard déterminé, ce fut tout ce qu’il fallut à Thomas pour le convaincre ; lui aussi le voulait, alors il n’y avait aucune raison de se trouver plus d’excuses.
Il se mordit la lèvre une dernière fois, toujours piqué par un sentiment désagréable d’incertitude.

« Zuriel, je suis sérieux. Est-ce que tu es sûr parce que je ne pourrais pas m’a-… »

Il ne put jamais finir sa mise en garde, tue par une paire de lèvres écrasées contre les siennes. Ereinté par tous ces discours, le cyan avait passé main derrière le cou de son ami afin de l’embrasser, mettant ainsi fin à toute forme de doute qui pouvait encore hanter leurs esprits. Le baiser n’avait rien de doux, son but unique de faire taire le blond rempli. Il ne dura que quelques secondes, le temps pour Zuriel de confirmer avec lui-même qu’il le voulait vraiment, et la réponse fut clairement positive selon son corps, son esprit ayant déjà succombé à ses désirs.

« J’ai entendu dire que ta bouche avaient bien d’autres talents que de bavarder, mais j’ai bien peur de devoir le démentir si tu le ne la ferme pas. »

Les flammes dansèrent à nouveau dans les yeux de Thomas alors que son petit sourire suffisant que le cyan trouvait si ennuyant auparavant –mais si séduisant à présent- reprenait du service. Il avait bien compris que c’était maintenant, ou peut-être jamais.
Repoussant toute forme d’angoisse au fin fond de son cerveau, le garçon se saisit d’une poignée de cheveux teint et l’embrassa à nouveau, sans aucune forme de restriction cette fois-ci, sans l’ombre d’un doute, et god, qu’est-ce que c’est bon.
Ce n’est qu’une question de seconde avant que les deux ne retrouvent leur position originelle, mais cette fois-ci les mains du Christensen étaient libres et lorsque le blond plongea sa tête dans le creux de son cou c’est pour y laisser sa trace.

Si avec lui, si c’est avec Thomas, il ne regrettera pas. Si c’est avec Thomas, alors c’est bon.

Thomas repoussa l’angoisse de tout perdre, Zuriel repoussa le flash de soyeux cheveux chocolat.

Tout va bien.

~

« Ce qui vient de se passer reste dans cette chambre.

-Je ne vois pas de quoi tu parles. Rien ne s’est passé. »

It hurts.

~

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MessageSujet: Re: CHRISTENSEN Zuriel ► Fly & Fry    Dim 12 Jan 2014 - 17:41

Histoire - Troisième Partie


« Oh mon dieu, comme tu as grandi Zuriel ! »

Serré au possible dans une étreinte qu’il pensait mortelle, le concerné se contenta d’un grognement étouffé comme réponse, le visage sterne ; il avait beau être plus grand que sa tante, celle-ci trouvait tout de même un moyen de l’étrangler à souhait dans son manteau de fausse fourrure, une sorte de super pouvoir il semble.

« Tante Julie, vous l’étranglez. »

God bless Freia. La jeune fille à la chevelure rousse souriait calmement, façade spéciale Tante Julie installée sur son doux visage. Freia avait développé une sorte de caractère spécifique qui était son ultime bouclier et filet contre la tornade blonde, et il faut dire qu’il s’avérait très efficace. Elle était devenue la seule personne dans la famille capable de se coltiner Julie toute la journée sans la brosser dans le mauvais sens du poil. Bien entendu malheureusement, cela ne signifiait en aucun cas que lui ou sa mère avait la paix, au contraire, elle prenait toujours un malin plaisir à appuyer ses propos sur eux ; normal en quelque sorte, puisqu’il n’y avait rien à redire sur l’ainée parfaite de la famille.

En revanche, la mère manquant de grâce et son fils déplaisant…

La quarantenaire relâcha à grand regret son emprise sur le fils, l’éloignant d’elle en le poussant, les mains sur ses frêles épaules afin de pouvoir ‘l’observer de la tête aux pieds. Elle ne chercha nullement à dissimuler son dégout en passant ses yeux sur ses cheveux teint. Nez retroussé, yeux plissés, d’un ton pincé elle exprima son opinion qui n’était jamais le bienvenue à ses oreilles.

« Quelle horrible couleur mon enfant. Je comprends que tu veuilles cacher la misère – je l’aurais fait également à ta place-, cependant cela manque de goût. »

Oh vraiment ? Lui qui commençait à penser à rendre à ses cheveux leur couleur naturel raya immédiatement son intention aux mots secs de sa tante. Elle n’aimait pas ? Voilà toutes les raisons dont il avait besoin pour continuer à se teindre.
Se tournant vers sa sœur, la femme lui lança un regard désapprobateur, sourcils froncés, yeux bleus sévères que l’épais eyeliner soulignait.

« Franchement Lilith, tu devrais le tenir mieux que ça. Un matin tu te réveilleras et il aura un garçon dans son lit ! »

Du coin de l’œil Zuriel put voir l’immense effort qu’il fallut à Freia pour ne pas tout simplement éclater d’un long rire solitaire. Ses sourcils se froncèrent, son visage se tordit dans une expression inconfortable alors qu’elle se mordait la lèvre inférieure tout en fixant le plafond. Lui-même ne put se retenir d’afficher un petit sourire, baissant instinctivement la tête pour le cacher, bien que ce fût impossible maintenant qu’il faisait presque une tête de plus que sa tante. Automatiquement il se souvint de ce terrible matin où il s’était réveillé avec Thomas sur son lit ; depuis ce jour, il avait plus d’une fois ouvert les yeux sur le blond qui n’était pas là lorsqu’il s’était endormi.
La pizza avait toujours le même effet sur Freia.

Lilith, elle, souri ouvertement, replaçant une longue mèche de cheveux blonds derrière son oreille, ses yeux bleus cernés par les heures de travail trahissant son profond désintérêt pour la cause.

« Bien sûr Julie, je garderais mes deux yeux sur lui en permanence à présent. Ce serait si fâcheux. »

Zuriel nota dans un coin de son cerveau qu’il avait encore beaucoup à apprendre de sa mère dont le ton guilleret murmurait au tournant ‘I really don’t give a damn fuck’.
Confuse l’espace d’un instant, Julie décida qu’elle ne pouvait pas s’encombrer d’une impression d’irrespect envers sa vénérable personne. Elle se tourna à nouveau vers lui et lui tapota la joue avec un manque cruel de douceur, fin sourire presque aussi bien dessiné que son rouge à lèvre.

« Au moins, tu lui ressembles à lui. Beau et grand, comme ton père ! C’est bien là les seules bonnes choses que cet idiot pouvait te donner. »

Il serra la mâchoire à la mention de son père qu’il préférait qualifier d’inconnu, passablement énervé qu’elle osa se référer à celui-ci. Le jeune homme ne voulait absolument rien avoir à faire avec cette personne, il n’avait aucune envie d’être beau et grand si cela signifiait lui ressembler. Le sourire de sa tante s’élargit légèrement ; elle sait qu’elle a frappé assez fort. Il n’y avait qu’à jeter un coup d’œil aux deux autres femmes pour s’en apercevoir de toute manière. Lilith lui lançait un regard brûlant, le visage fermé ; Freia serrait les poings et s’était considérablement rigidifié.

Honnêtement, il avait envie de la frapper. Ramener le sujet de leur père semblait être une sorte de fétichisme de la femme aux cheveux coupés au carré. C’était l’un des rares qui faisait mal et qui ferait toujours mal. Lui pouvait le supporter, il ne se souvenait même pas de son visage et les railleries de ses camarades d’enfance ne le hantait plus qu’à peine la nuit, mais savoir que sa mère et sa sœur en souffrait était assez pour lui donner des envies d’homicide.

Raide, bouillonnant de l’intérieur, il la laisse lisser sa veste doucement avant que finalement elle n’ôte ses doigts manucurés de lui, sans oublier de gratter au passage le textile de ses longs oncles, chose qu’il détestait tout particulièrement. Il se força à compter les chatons tandis que Julie commençait à commérer sur les horribles vêtements de sa mère qui, sur une échelle de 0 à 10, approximativement -1 quelque chose à faire. Il se remit finalement à respirer normalement lorsque Freia posa une main rassurante sur son dos, un sourire doux aux lèvres, un ‘ça va ?’ silencieux auquel il répondit par un simple hochement de tête avant de reporter son attention sur les deux sœurs qui, bien qu’elles semblaient dans une discussion tout à fait civile, se décapitaient mentalement.
Les deux femmes se ressemblaient, c’était indéniable ; même cheveux blonds soyeux, même yeux bleus océan brillants, même physique fin, même nez, et presque même la même taille. Cependant, il était toujours difficile de les croire sœur tant entre leurs univers le néant est grand. Julie, la grâce et l’hypocrisie humaine incarnée, toujours habillée élégamment et tirée aux quatre épingles et Lilith avec son chignon en pagaille, sa collection de jean et son manque de diplomatie légendaire n’avaient vraiment en commun que leur sang ; et Zuriel en était bien heureux car jamais il n’aurait pu vivre avec quelqu’un comme Julie. Elle lui enseignait le mensonge là où sa mère lui enseignait l’honnêteté. Parfois, il se demandait comment elles avaient cohabitées pendant plus de 18 ans ensemble.
Reposant ses yeux sur sa sœur, il réalisa à quel point il était chanceux de l’avoir, encore une fois.

« Bien, et si on passait à table ? J’avoue avoir un petit creux. »

La voix délicate mais claire de Freia retentit et met fin au duel de regard bleu des deux sœurs. Sourire impeccable en place, elle fit signe à sa tante d’aller s’installer dans le petit salon. Cette dernière lui répondit par un large sourire ravi.

« Tu as tout à fait raison ma belle, je suis moi-même affamée ! »

Pinçant la joue de la petite rousse au passage, leur tante se faufila pour s’installer en bout de table, sa place de prédilection, Lilith la suivant de près –elle adressa un clin d’œil à Freia ainsi qu’un sourire et donna à son fils une petite tape sur la fesse, comme pour les motiver tous les deux.
Première étape passée avec succès, plus que quelques heures de torture.

Après avoir critiqué la décoration, les choix vestimentaires de l’unique garçon, le fait que ce soit encore des pâtes au menu et lancé une énième pique sur l’incapacité de Lilith à faire des bons choix, Julie approcha un nouveau sujet épineux avec plaisir non dissimulé.

« Alors, comme se passent les études mes choux ? »

Freia manque de s’étouffer sur sa dernière bouché de pâtes à la carbonara, mais, professionnelle comme toujours, elle se redresse bien vite, sourire pendu aux lèvres.

« Oh, j’ai décidé de prendre un an sabbatique afin de me faire une bonne expérience de la vie active et de décider la voie que je vais prendre à l’université. Je pense que se dépêcher ne sert à rien. »

Diplomatique, tête haute et voix douce, voilà qui en est assez pour convaincre Julie que sa nièce fait encore une fois le bon choix dans la vie – elle devait tenir d’elle pour cela, c’est certain.

« Oh vraiment ? Et que penses-tu faire dans ce cas ?

-Management, business… Ce genre de chose. »

Songeuse, la blonde acquiesça tandis que la plus jeune des sœurs lançait un regard amusé à son fils. La dernière fois, il avait répondu à sa tante qu’il allait peut-être devoir refaire une année, ce qui, of course, avait provoqué une sorte d’ouragan d’indignation ; bien heureusement il était de justesse passé à la seconde année du cycle, comme un pro du rattrapage – le fait qu’Adam soit un expert en physique, Lou excellente en maths et Thomas actuellement à moitié Français aidait aussi, il l’avouait.


« Et toi alors, jeune homme ?

-Oh, vous savez…(il haussa les épaules nonchalamment) Normal.

-Aucun risque de redoublement ? »

Son ton est doux mais sous le velours se dissimule des piques aiguisés en acier. Autrement dit, s’il redouble, il est mort aux yeux de la Christensen.

« Aucun. »

Enfin, il est presque certain qu’il n’y a pas de risque, Adam veille à ce qu’il travaille régulièrement depuis, ne voulant pas leur petit groupe de quatre soit séparés par les ans. Satisfaite, sa tante lui adresse un grand sourire blanc, prenant sa dernière bouchée de pâte avant de se tâter la bouche gracieusement avec sa serviette violette.
Immédiatement, Lilith et Freia s’occupaient à débarrasser la table pour ramener le désert –il n’y a jamais de fromage lorsque Julie vient, elle en a horreur-, des jolies petites pâtisseries confectionnées par les parents de Thomas qui tenaient une excellente boulangerie à Dublin même.
La torture touchait à sa fin.

« Et sinon, comme se passent les amours ? »

Toute la table se figea d’un seul coup. Doucement Freia repose sa cuillère dans son assiette, l’expression légèrement tirée.

« Personnellement, je préfère me concentrer sur ma vie professionnelle pour l’instant, je n’ai pas le temps pour cela. »

C’est au tour de Zuriel de manquer de s’étouffer sur sa nourriture ; même Lilith se mord la lèvre pour ne pas lécher échapper un petit rire. Freia est tout ce que l’on veut, mais surtout pas prête à laisser tomber sa vie sociale pour un travail ou quoi que ce soit, surtout depuis qu’elle avait cassé avec Arthur. Elle enchainait plus ou moins rapidement les relations de ce que son frère pouvait voir, sans jamais s’attacher trop longtemps et au-dessus de tout, elle possédait un nombre assez important d’amis. Elle lui jeta un regard noir qui signifiait très clairement ‘la ferme ou je mange tout tes snacks’, mais qu’il prit simplement pour un défi.

« Oh très bien, très bien mon enfant ! Tu es vraiment une Christensen toi ! »

Réjouie, tante Julie en applaudissait presque l’enfant prodige ; d’une manière ou d’une autre, elle donnait toujours sa bénédiction à la petite rousse de la famille en fermant les yeux, pas que cela dérangeait Zuriel d’une certaine manière. Comme il s’y attendait, la question lui fut retourner lorsqu’elle posa ses yeux bleus brillant de malice sur lui, haussant les sourcils en signe qu’il pouvait parler.

Défi relevé. Puisqu’on peut mentir.

« Oh, ça se passe très bien. Il est très gentil, je suis certain que vous l’adoreriez. »

Vite, une caméra, filmez le visage en décomposition de sa très chère tante. La femme pâlit, laissa ses mains retombées sur ses genoux, sa bouche tomba ouverte. Freia lui adressa un regard empli de désapprobation mais sa mère lui envoya un clin d’œil et s’il ne se trompait pas, c’était un pouce en l’air qu’il voyait à peine au-dessus de la table.

« J’ai dû mal entendre. »

Sa voix est basse, beaucoup trop calme ; la menace est palpable dans chacun de ses mots prononcés incroyablement doucement, chaque syllabe pesée. Son sourire est de retour sur ses lèvres, pâle et fin, mais bien présent, lourd lui aussi d’orage à venir. Oups.

« J’en doute. »

Zuriel est calme également, le visage lisse d’émotion bien qu’il ait soudainement du mal à déglutir, une boule se développant dans sa gorge. Julie était une personne effrayante, peu importe le niveau de désintérêt qu’il éprouvait pour elle, et la répercussion d’une malheureuse parole pouvait être dévastatrice pour sa famille. Il était trop tard pour regretter à présent.
C’est à ce moment que son téléphone choisit de sonner. Bless.

Il s’en saisit et sourit en voyant le message s’afficher sur l’écran. Le nom qu’il désirait voir le plus au monde à ce moment. Le vert agita légèrement son téléphone à la vue de tous avant de se lever.

«C’est lui justement. Vous m’excuserez, mais je dois m’absenter. »

Il rangea rapidement le petit gadget et déposa un baiser sur la joue de sa tante, un large sourire miroitant le sien sur les lèvres. Il ignora son air dégouté, se contentant d’adresser un silencieux ‘sorry’ à sa mère et sœur avant de prendre la poudre d’escampette.

« J’étais très heureux de vous revoir, ma chère tante. Au plaisir. »

Il prit à peine le temps d’enfiler un manteau et une paire de bottes avant de filer dehors, le cœur battant la chamade. Zuriel se sentait si mal d’avoir laissé ses deux petites femmes avec Ursula qu’il faillit y retourner pour les sauver aussi, puis se rappela qu’elles aussi étaient des Christensen, qui plus est certainement beaucoup plus douées que lui à ce jeu. Prenant une longue inspiration, il repêcha son téléphone de sa poche et d’une main experte composa le numéro de son sauveur.

« Adam, laisse-moi te payer une glace. »


Part IV - Soaring
He soared up and up, gliding around the sky


« Hey, bouffe pas le pop-corn tout seul Adamn, fait tourner !

-Zuriel s’en plaint pas. »

Le concerné ne réagit pas, yeux rivés sur le film à la télévision, l’expression totalement neutre.

Juste un autre jour.

« C’est normal, tu lui files de popcorn, à lui. C’est du favoritisme ! »

Le châtain roule des yeux, sourire taquin aux lèvres ; il hausse les épaules, innocent. Le blond plisse ses yeux bleus, sourcils froncés, il n’est pas difficile d’y lire un mécontentement enfantin.

« Je ne cherche pas à la cacher, il me semble. »

Le cyan leur adresse à tour de rôle un regard distrait avant de le reporter sur The Hobbit, incapable de trouver un quelconque intérêt pour lui dans la discussion ; comme bien souvent, mais la compagnie est tout de même agréable, d’une certaine manière.

Thomas grommelle dans sa barbe, puis vient l’agression. Il jette allégrement un bras au-dessus de Zuriel, ce qui, bien entendu, le heurte en pleine poitrine, puis son corps suit et bientôt sa main est dans le vide puisqu’Adam soulève le paquet de popcorn afin qu’il soit hors de porter de la main du blond ; ce qui a pour conséquent que lorsque son bras retombe, sa main, elle, se trouve à une place peu descente.

« Thomas ! » viennent les exclamations des deux autres, l’un révolté, l’autre plus amusé.

Zuriel qui a perdu toute sa concentration sur le film dans la foulée enfonce un doigt dans la hanche de son ami allongé sur lui tandis qu’il se plaint de manière absolument incompréhensible au garçon aux cheveux chocolat. Ce dernier le regarde de haut, large sourire aux lèvres alors qu’il pioche quelques popcorns, pas le moins dérangé par la situation.
Le blond laisse s’échapper un cri de douleur mêlé de frustration lorsque le cyan plante un deuxième doigt dans sa peau.

« Zuriel ! »

Tel un asticot, le plus petit des trois s’agite sous le regard respectivement consterné et amusé de deux autres, dans une tentative de se redresser sans doute. Cela se passe plutôt bien jusqu’à ce que la main qu’il pose sur la cuisse de Zuriel glisse. C’est au tour de ce dernier de crier tandis qu’Adam éclate de rire, manquant de s’étouffer sur le popcorn par la même occasion. Il se met à tousser, ce à quoi Thomas, qui se remet rapidement du coup infligé judicieusement par le cyan, répond par un rugissement victorieux.

« Etouffe-toi ! Etouffe-toi ! »

Excédé, Zuriel tente de le pousser de ses genoux, ennuyer par tant d’agitation, ce qui, bien entendu, ne le réussit pas, puisque bientôt les trois camarades se retrouvent sous une pluie de popcorn, le cyan assis sur le blond, la tête entre les jambes du châtain. Pour être clair –mais pas tant que ça puisque personne n’est certain du pourquoi du comment-, Thomas s’était agrippé à Zuriel, qui dans un effort désespéré s’était agrippé à Adam qui avait lâché le popcorn après que le cyan l’ai frappé par accident.

Sur l’écran les montagnes s’animent ; la stupéfaction règne.

Thomas est le premier à éclater de rire, suivit de près par Adam, puis Zuriel lui-même daigne rire, doucement, après s’être redressé, une main sur la jambe du châtain, toujours fermement assis sur le torse du blond dont le corps tout entier tremble tant il rit.

Juste un autre jour où il remercie mille fois la vie d’avoir mis ces idiots persistants sur son chemin.

~

« Zuriel, Madame Caroll m’a appelée tout à l’heure...

-Si c’est à propos de l’université, je n’y vais pas. »

Le sujet est lancé, le froid jeté. Lilith fronce ses fins sourcils, Freia balaye une mèche rousse hors de son visage, Zuriel reprend son repas.

« Okay. Ma règle est de ne pas interférer dans vos vies, mais je pense mériter une explication là. Qu’est-ce que tu vas faire ? »

Doucement, le garçon repose ses couverts et lève les yeux vers sa mère dont le visage fermé ne trahit aucune émotion. Du coin de l’œil il remarque que Freia est toute aussi sérieuse ; on croirait presque qu’il s’agit de la version jeune fille de Lilith, on le leur répétait souvent. Parfois, Zuriel en était jaloux.

« Je n’en vois pour l’instant pas l’intérêt. » La frustration monte en pic d’un seul coup, elle est presque palpable. Freia s’agite sur sa chaise, Lilith fronce un peu plus les sourcils. Une seconde passe, des bouches s’ouvrent, il les coupe. « Freia est brillante, elle mérite d’y aller et de faire ce qu’il lui plaît, elle peut réussir ; je ne veux pas lui enlever un seul euro dont elle a besoin. Payer les études pour tous les deux serait trop compliqué.»

Sa mère pince les lèvres, elle sait qu’il a raison. Certes, ils pouvaient vivre sans trop de restrictions sur son salaire, cependant les aides sociales étaient plus que maigres et Lilith n’avait personne d’autre qu’elle-même. Sa sœur de son côté, s’indigne, juste comme il s’y attendait.

« Ça n’a aucun sens Zuriel, ne te prives pas d’études pour moi ! Je peux travailler et tout ira bien. Arrête de penser à moi. »

Le jeune garçon sourit, secoue doucement la tête de droite à gauche. Décidément, il ne passe pas un seul jour sans que son affection pour sa sœur ne grandisse. Il se sait chanceux d’avoir Freia comme sœur, la jeune femme se pliant en quatre afin d’être certaine que son petit frère chéri ait tout ce qu’il veut et que sa mère ne soit pas surchargée de travail. C’est une personne fantastique à ses yeux, digne d’être l’héroïne d’un film, de préférence d’action.

« Hors de question que l’un de vous abandonne les études sur le prétexte du manque d’argent, sinon je vous déshérite, c’est clair ? »

Lilith lance un regard noir à sa fille, certainement pour avoir osé penser à travailler au lieu d’étudier. Ses enfants, ses chers enfants… Elle ne laisserait aucun des deux se sacrifier pour un petit problème comme de l’argent, elle ne l’avait jamais fait. Elle avait beau être une femme qui exprimait difficilement ses émotions, il n’était pas dur de voir qu’elle tenait à eux comme à la prunelle de ses yeux ; ils étaient son unique trésor. Zuriel mesurait à peine sa chance d’avoir une mère aussi aimante que Lilith.

« C’est typique de vous deux (les deux femmes le foudroient du regard), mais je vous l’ai déjà dit : je n’en vois pas l’intérêt. Je n’ai aucune idée de ce que je veux faire, ce serait autant une perte de temps que d’argent. En plus, franchement, je sécherais probablement plus les cours que je n’y assisterais. Ma décision est prise, elle ne changera pas. »

Vlam, conversation fermée. Tout le monde sait que faire changer Zuriel d’avis est un idéal inaccessible, donc personne n’essaie, pas même son cerveau ne tente de débattre tout seul.
Freia soupire, les deux femmes échangent un regard puis Lilith élève de nouveau la voix, composée.

« Bien, c’est toi qui voit, mais n’oublie pas que tu es également mon fils. Toi aussi, tu peux être brillant. »

Désolé maman, l’envie n’y est pas. Elle n’y sera jamais.

Freia, elle, comme toujours, ne se laisse pas pour autant démontée. Elle est encore jeune, pleine de vigueur et d’espoir ; mais plus encore, elle possède la capacité de s’exprimer librement, celle que sa mère n’a jamais eu. Son ton est plus impatient, solide.

« C’est ok pour moi aussi, mais tu dois me promettre que tu vas essayer dès que je finis l’université. »

‘Ou je te cuis avec tes pâtes’. La menace est palpable, évidente. C’est un truc de famille ça aussi, la menace impossible mais quelque peu convaincante. Lui-même se trouve parfois à menacer ses amis de choses un peu curieuses, comme de les empaler avec ses cheveux fixés en pique avec du gel. Sa grand-mère en est également une grande fan, mais personne ne bat Lilith à ce petit jeu, c’est impossible.
Toujours est-il que Zuriel esquisse un sourire et hoche la tête.

« Promis. »

‘Peut-être’. Il en débattrait en temps voulu, là, sa dinde refroidissait.

~

La fin de l’année, l’obtention du diplôme, se dire qu’on ne remettra plus jamais les pieds dans ces classes, que plus jamais Thomas n’aura l’occasion de copier sur lui en anglais, ne plus jamais voir Lou se faire réveiller par un livre de math, ni Adam s’asseoir en dessous de son bureau en plein milieu d’une leçon… Tout cela arrive très vite, beaucoup trop vite, et ça l’effraie. Ils vont être séparés tous les quatre, l’idée est rude, elle lui perce le cœur.
Pour un peu, ses cours de maths lui manqueraient presque.

Mais là, en ce moment même, personne ne pense à ce genre de choses ; Zuriel est certain que c’est pour cette raison que les fêtes de fin d’années sont si appréciées. C’est un dernier rassemblement, mais tout le monde fait semblant d’ignorer que c’est le dernier.

Pour une fois, le jeune garçon se joint à la fête, parce que lui aussi, il veut ignorer que tout va changer.

« Zuuuuurieeeeeeeeeeeel~. »

Lou se jette autour de son cou par derrière, manquant de faire tomber sa bière par la même occasion –pas que cela aurait été une grande perte, techniquement il n’était même pas en âge de boire ça, mais tout de même. A en croire par son ton extrêmement jovial et dégoulinant, le cyan devenu violet pour l’occasion – Thomas avait refusé toute autre réponse que oui- en déduit qu’elle, en tout cas, n’a pas eu qu’une seule bière à boire. Le garçon roule les yeux et d’un geste ferme se débarrasse des bras fins de la demoiselle avant qu’elle ne commence à l’étrangler, vu qu’elle ne touchait obligatoirement pas le sol. Etre le plus grand de tous ses amis n’était pas forcément un avantage.

Elle se laisse tomber, manque d’écraser quelqu’un lorsqu’elle perd l’équilibre ; il l’a rattrape maladroitement par le bras, fronce les sourcils. La petite brune lui lance un sourire gigantesque, ses yeux marron soulignés lourdement de maquillage brillant semblant scintiller plus que d’habitude. Elle caquette gaiement et Zuriel est déchiré entre s’en amuser et la séquestrer jusqu’à ce qu’elle soit sobre. Elle se tuerait si elle se voyait.

« Tu devrais arrêter de boire Lou, avant qu’il ne t’arrive un malheur.

-Eeeeh, maiiiis Zurieeel ! Tout va suuuuuupeeeer biiiien !!!! »

Il peut presque entendre les multiples points d’exclamations à la fin de sa phrase.

« Oh, mais je n’en doute pas un instant, mais tu me remercieras dans quelques heures… » La jeune fille ne l’écoute déjà plus, trop occupée à rire au nez d’une chips. « Si tu t’en souviens, bien entendu. »

Lou procède à lui montrer la chips, désignant une bouche qui lui était invisible –un truc de bourrés, sans aucun doute- tout en hoquetant de rire. Puis il est obligé de lui voler le verre de sangria qu’elle s’apprêtait à descendre d’un seul coup puis ce fut la bière et… Au final, la brune gonfle ses joues, fronce les sourcils et tente de prendre un air colérique, qui, aux yeux de son ami n’est rien de plus qu’une grimace adorable.

« T’es pas drôle ! Reeeelaaax~. »

Il serait nettement plus relax s’il trouvait quelqu’un pour veiller sur elle. Jugeant visiblement qu’elle n’obtiendra rien d’intéressant de sa part, Lou file à une vitesse impressionnante pour son état à travers la place, le laissant planté là, incapable de réagir. Il soupire, puis fouille la pièce des yeux afin de trouver la personne qui apaiserait son anxiété, en vain, malheureusement. Incapable d’ôter la brunette de sa conscience, il se met en quête de son copain, évitant soigneusement les couples –souvent d’une heure- et les groupes variés de diplômés alcoolisés. C’est après s’être fait entrainé dans une danse endiablée avec un groupe encore à peu près sobre, mais très persistants, qu’il arrive enfin à mettre la main sur le grand blond qu’il cherchait.
Jonathan se retourne vivement, le violet est heureux de constater qu’il a l’air totalement normal.

« Tu devrais garder un œil sur Lou, l’enfermer dans une chambre ou je ne sais quoi, genre, avant qu’elle trouve que faire un strip-tease est une idée géniale. »

Le garçon rit et hoche la tête. Zuriel l’aime bien, de ce qu’il a pu constater au cours de la fin de l’année, c’est un chic type qui tient vraiment à la petite brune ; il est attentif à elle, ne l’écrase pas, se laisse même un peu marcher sur les pieds, il a la confiance absolue d’Adam qui est son ami depuis un sacré bout de temps aussi, alors ça aide.

« Merci de me prévenir, je me mets en quête d’elle immédiatement. »

Il lui tapote l’épaule, s’excuse auprès de ses amis et l’instant d’après il cri le nom de sa copine au-dessus de tout ce brouahaha qui commence honnêtement à faire tourner la tête du Christensen, nullement habitué à ce genre de grandes fêtes.
A nouveau il se retire, s’affale sur la première chaise qu’il trouve afin de savourer un peu de liberté…

Jusqu’à ce que des bras rentrent dans son champ de vision, puis vient la chaleur d’un corps dans son dos et le souffle chaud à côté de son oreille.

Rien qu’avec ces indications, il sait qui s’attaque à lui cette fois.

« Hello gorgeous.

-Thomas. »

Trop simple, vraiment trop simple.

Le garçon rit doucement près de son oreille, avant de presser ses lèvres à la base du cou de Zuriel.

« Je suis flatté.

-Personne d’autre ne m’agresse de la sorte, vraiment.

-Je suis ravi d’avoir ce privilège. Et encore plus flatté. »

Il rit à nouveau et le violet n’a aucun mal à imaginer son petit air de renard supérieur. Le blond pose son front sur son épaule, les bras lacés sur la poitrine de son ami. Distraitement, Zuriel lui tapote les mains.

« Fatigué ou ivre ? »

Nouveau rire, un peu plus doux, plus las.

« Un peu des deux je pense. J’ai besoin d’un petit temps de recharge, je suis à court de charmantes réponses. »

Le violet ne peut s’empêcher de ricaner.

« Oh mon dieu, quelle horreur, le grand Thomas O’Griffin perdrait-il sa French touch ?

- Oh la ferme-toi. »

Le sourire dans la voix du blond est extrêmement contagieux, Zuriel n’y résiste pas. Puis Thomas s’immobilise pour quelques minutes tandis que son coussin improvisé suit des yeux les fêtards infatigables, les admire et a pitié pour eux en même temps ; s’ils pouvaient se voir, ils en pleureraient pour certains. Lui n’avait personnellement jamais compris quel intérêt il y avait à boire jusqu’à ce que l’on ne se souvienne même plus de son propre nom, mais chacun son truc, il parait.

« Tu sens bon. »

La voix de Thomas le fait sursauter légèrement tant il en avait presque oublié sa présence –l’habitude. Il le sent se blottir un peu plus contre lui, il resserre son étreinte, son nez s’écrase contre son cou. Zuriel frissonne.

« Merci, je me douche. »

Un rire étouffé lui indique que le blond apprécie toujours autant son extraordinaire sens de l’humour. Une question le tâte, il est incapable de la garder derrière ses dents.

« Où est ta copine ?

-Ummh ? Laquelle ? »

Le diplômé se crispe ; la frivolité presque maladive de son meilleur ami ne cessera jamais de le mettre mal à l’aise. S’il devait lui mettre un point noir, ce serait définitivement sur cette sale habitude de zigzaguer en permanence alors que la route était droite.

« Elisa.

-Oh, elle ? Partie, j’imagine. »

Zuriel ferme les yeux et décrète que c’est une mauvaise idée de poser des questions à propos de potentielles copines. Il ne sait même pas pourquoi il demande après tant d’années alors qu’il est conscient qu’il n’appréciera pas la réponse de toute manière.

« Jaloux ?

-Quoi ? N-… Thomas ! »

Bien entendu, c’est trop en demander à l’amoureux des contacts extra-physiques de rester tranquille plus de 5 minutes. Il enfonce ses dents dans le cou du violet qui grogne et frappe ses mains.

« Je t’ai déjà dit de ne pas faire ça, » rajoute-t-il précipitamment à mi-voix. Thomas ne semble pas le moins du monde influencé par son plainte, néanmoins, il abandonne son cou, simplement pour lui mordiller l’oreille, ses mains descendant dangereusement bas jusqu’à ce qu’il puisse caresser ses cuisses.
« Thomas, je vais te frapper.

-Umh~. »

Il ne l’écoute pas. Il ne l’écoute que rarement de toute façon, Zuriel se demande toujours pourquoi il gaspille sa salive avec lui ; Thomas est bien le seul qu’il n’arriverait jamais à raisonner. Maudit blond. Excédé, le plus grand assène un coup de poing sur la tête du plus petit sans rechercher à réduire l’impact.
L’effet est immédiat et satisfaisant, peut importer le fait que ses doigts lui font mal. Grognant, son ami se redresse, et enfin Zuriel est capable de voir son visage lorsqu’il se retourne.

« C’était pas la peine de me fracasser le crâne ! »

Le violet se contente de lui jeter un regard noir en se massant le lobe de l’oreille. Ca l’était totalement. Il n’apprendra jamais, n’est-ce pas ? Mettant la moitié du problème sur le dos de l’alcool, Zuriel sait qu’il lui pardonnera le lendemain, tout miséricordieux qu’il est.

Et puis, il ne peut pas vraiment vivre sans Thomas.

« Ah, Zuriel, Thomas, je vous cherchais ! »

Encore une voix familière ; celle-ci lui met du baume au cœur dès la première syllabe de son nom prononcé. Elle est masculine, douce et pleine de sourires. Le blond ne semble malheureusement pas partager son opinion. Il pose une main sur son épaule tandis que le châtain se présente face à eux, et son habituel radieux sourire avait beau être là, la menace n’est que trop réelle. Il est furieux, et ce n’est pas contre Zuriel.

Thomas grommelle quelque chose d’absolument incompréhensible avant d’adresser un large sourire à son ami.

« Et que nous vaut cette honneur, Adamn ? »

Le brun plisse les yeux, serre les dents tandis que Zuriel se mord la lèvre pour ne pas rire. Tout le monde sait qu’Adam ne supporte pas le surnom que l’intrépide blond trouvait bon de répéter à tue-tête. Supportant pleinement ce petit nom affectif, le Christensen ne pouvait contredire son ami.

« Arrête avec ce surnom stupide, c’est vraiment nul. »

Le blond ne l’écoutera pas, Adam soupire, puis reprend pleine possession de sa contenance.

« Je me demandais juste ce que Zuriel faisait toujours aussi, puisque tu dois rentrer tôt, n’est-ce pas ? » Zuriel acquiesce simplement, bien que ce soit, bien entendu, un mensonge qu’il s’était inventé lui-même pour être chez lui lors de la diffusion d’une série. Il était déjà si tard ? Son ami lui sourit avant de se tourner vers le blond. « Et toi, Thomas, Nelly te cherche partout. »

Nelly. S’en est une nouvelle, celle-là. Ou peut-être une ancienne ; Zuriel n’avait jamais tenté de mémoriser les aventures de Thomas, c’était peine perdue. Incroyablement cependant, le garçon se souvenait de chacune de ses copines, et visiblement, cette Nelly devait en valoir la chandelle. Il laisse s’échapper un petit ‘oh’ long avant d’afficher un sourire appréciateur.
« Je ferais mieux de filer dans ce cas. » Il se penche en avant comme pour l’embrasser, cependant le violet l’en empêche aussitôt en lui frappant le nez de la paume de sa main. Thomas rit simplement, lui offre un dernier clin d’œil. « Rentre bien ; j’espère que l’épisode en vaut le coup. »

Il le connaissait trop bien. Aussitôt qu’il dit bonsoir au brun, le garçon file déjà à travers la pièce, riant et criant à qui voulait bien l’entendre – et beaucoup le veulent. Zuriel l’admire toujours autant.
Une main se clappe sur son épaule, ses yeux tombent sur le sourire radieux d’Adam.

« Je te raccompagne jusqu’à chez toi ? Je rentre aussi, de toute manière.

-Où est Grace ? »

C’est plus fort que lui, il doit demander. Pour certaines raisons, la présence de la belle blonde dans la vie de son ami le titillait, et dès qu’il le voyait, obligatoirement la tête de sa copine lui sautait au visage agressivement, comme un avertissement. Pour quoi, il n’en avait absolument aucune idée.

Enfin, peut-être que si, il a une idée très claire de sa signification.

Adam lui lance un regard quelque peu surpris, désarçonné pendant quelques secondes, puis il lui sourit.

« C’est une fête de diplômés, bien sûr qu’elle n’est pas là.

-Ah… »

Il ment, c’est évident ; la salle grouillait de première et deuxième années, amis des récents diplômés, alors si Grace avait voulu venir, elle serait également là. Zuriel ne proteste cependant pas, garde sa réflexion pour lui-même. Ces temps-ci, la blonde avait été plus absente, et il doutait que c’était simplement à cause des examens.

C’est mal, c’est horrible, mais au fond, le garçon en était presque satisfait.

Ils récupèrent leurs affaires en silence, il a quelques adieux, et bientôt ils sont loin de leurs assourdissants joyeux camarades.

« Tu devrais faire attention à Thomas. » La voix d’Adam le surprend quelque peu, mais moins que ces paroles. Il fronce les sourcils, incline la tête sur la droite. Le brun lui sourit légèrement avant de continuer. « Il n’a pas que les mains baladeuses, si tu vois ce que je veux dire. »

Zuriel manque de lui rire au nez, là, maintenant. C’est la chose la plus idiote que quelqu’un lui ai jamais dit, vraiment. C’est presque mignon, Adam s’inquiète pour lui – du moins il imagine que c’est ça-, cependant que quelqu’un veuille lui faire la leçon sur Thomas, à lui de toutes les personnes au monde, il trouve ça hilarant.
Il pouffe de rire, offre un sourire amusé au garçon.

« Thomas est mon meilleur ami, tu penses que je ne sais pas cela ? »

Son ami semble perturbé quelques instants, comme s’il cherchait quelque chose dans ces mots ; oh, s’il savait. Et puis le violet se rend compte qu’il vient d’appeler le blond son ‘meilleur ami’, ça, c’est une première. Il l’avait pensé, certes, que personne n’occupait mieux cette place que lui, mais le dire à haute et intelligible voix sans hésiter… Il se sent soulagé.
Il n’y a plus de conflit, c’est son meilleur ami, c’est tout ce qu’il restera, à jamais.

« Et moi ?

-Toi ? »

Zuriel cligne des yeux, évitant de justesse un poteau au passage, le regard posé sur Adam qui ne le regarde plus. Il y a quelques secondes de flottement avant que les yeux chocolat ne se reposent sur lui.

« Je suis quoi ?

-Tu es à Grace. »

Les mots glissent aisément hors de sa bouche, désobéissant outrageusement au cerveau qui crie de tout arrêter ; et peut-être que c’est mieux ainsi, la retenue avait toujours été l’un de ces plus grands ennemis.
Ce sont des questions qu’il déteste, mais il veut être honnête. Il veut également lui clouer le bec. Il veut aussi se clouer le bec.

Le silence s’installe à nouveau, mais il n’a rien de confortable cette fois-ci. C’est lourd, ils n’osent pas se regarder, pas même respirer. Le temps passe lentement d’un seul coup, les minutes se transforment en heures. Zuriel regarde autour de lui à la recherche d’une distraction, et ce qu’il obtient est une réponse à ses problèmes. Il s’arrête net, Adam l’imite presque automatiquement, l’air interloqué.

« J’imagine qu’il est temps de se séparer ?

-Pardon ?

-Je vais à droite et toi tout droit, non ? »

Adam hausse un sourcil, confus au possible. Il n’aurait tout de même pas oublié où il habite, n’est-ce pas ? Il était un peu tête en l’air, mais pas à ce point. Impossible que ça ne soit pas son ami également. Il faut au garçon quelques secondes avant qu’il n’ait l’illumination de la soirée.

« Oh ! oh. Non, j’ai dit que je te raccompagnais, genre, jusqu’à chez toi. »

L’idée est absolument absurde, et Zuriel essaie bien d’exprimer son opinion sur son visage. Le brun balaie l’objection silencieuse d’un sourire idiot.

« On ne sait jamais, tu pourrais te faire attaquer. »

Ouais. Vraiment stupide. Il comprend bien l’inquiétude de son ami, la conçoit, mais franchement, se faire attaquer, là… Quelles sont les chances ? Adam en avait tout autant que lui, pourquoi Zuriel ne le raccompagnerait pas.

« Je suis plus grand que toi, je sais me défendre également.

-Tu te fais battre par Thomas.

-Il est incroyablement fort pour sa taille, une vraie teigne.

-Je bats la teigne. »

Zuriel plisse les yeux, se grandit légèrement – il n’avait que quelques petits centimètres de différence avec le brun, centimètres qu’il chérissait énormément-, puis lance son ultime argument.

« Seulement parfois.

-T’es vraiment borné, hein ? »

Adam rit de bon cœur, cependant rejette en bloc tous ces arguments puisqu’il lui prend le bras et le tire vers la droite avec lui. Vraiment, qui est le plus borné des deux, Zuriel se demande. Il roule des yeux mais cesse de protester ; rentrer seul ou avec lui il n’y avait pas vraiment de différence, le résultat restait le même.

Au moins, le lourd silence était levé.

« Tes cheveux… Pourquoi ? »

Ses cheveux, pourquoi quoi ? Intrigué, Zuriel porte une main à ses cheveux, tire sur une mèche, seulement pour réaliser qu’Adam parlait de leur teinte ; il avait déjà oublié, pour être honnête.

« Oh, ça ! Thomas m’a menacé de les teindre en rose bonbon si je ne le faisais pas.
-Ah, encore Thomas, hein ? »

Zuriel hoche simplement la tête, trop distrait par sa tentative de recoiffage pour se rendre compte du ton amère de son ami.
Indifférent à ses tentatives d’avoir des cheveux décents, Adam lui frotte la tête contre son gré, provoquant un ras-de-marais violet lorsque son élastique lâche à sa grande désolation. Les colorations ne les rendaient guère plus gérable, seulement plus amusant à regarder. Zuriel grogne, jette un regard irrité au plus petit.

« Tu me dois un élastique. Ces conneries coûtent cher, à force. »

Tout en encerclant ses épaules avec un bras sûr, le brun rit, tout près de son oreille, et ça pourrait être franchement désagréable, mais c’est Adam, et son rire n’apporte que des sourires. A lui, en tout cas, il sait que ça lui fait toujours cet effet-là. Il se laisse se faire malmener quelques secondes, les yeux rivés sur la route afin qu’ils ne se prennent pas de poteau tandis que son ami semble avoir bu deux verres de vodka à la suite d’un seul coup. Pas d’inquiétudes cependant, il ne cachait pas de bouteille dans son manteau, ce n’était là que son état normal une fois minuit passé.

Une véritable Cendrillon.

« La ferme Adam, tu vas réveiller les gens. »
En plus, il ne blaguait pas, en parlant d’élastique. Et ça n’avait rien de drôle. Zuriel soupire, le brun cesse de rigoler comme un ivrogne défoncé et passe à nouveau sa main dans ses cheveux colorés, à moitié avachi sur lui.

« Le violet te va bien aussi, en fait.

-Ok.

-Le cyan, c’est mieux.

-D’accord.

-Je t’aimais bien en roux aussi.

-Umh. »

Zuriel paie peu d’attention au blabla de son camarade, occupé à les diriger à travers les rues tout en détournant soigneusement les maisons où il y avait des chiens – ils les connaissaient toutes, merci bien. Pour des raisons qui lui étaient entièrement méconnues, Adam semblait avoir une obsession avec ses cheveux. Il ne comprenait pas, n’avait pas vraiment envie de comprendre non plus.

« J’imagine que tout va bien à un beau visage.

-Ouais…Quoi ? »

L’information reste coincée un petit moment dans son cerveau avant qu’il ne l’analyse. C’était le genre de choses que Thomas lui racontait parfois, mais il le disait probablement à tout le monde, alors le compliment se perdait ; mais Adam, c’était une tout autre histoire.
Le garçon se redresse, l’air profondément amusé sans pour autant sembler malhonnête.

« J’ai dit que tout va à un beau visage. Si tu veux un style plus direct, je viens de te dire que tu es beau. Rien de nouveau pour toi, j’imagine ? »

Oh que si, beaucoup de nouveau pour lui, beaucoup trop. Il n’a pas l’habitude qu’on le complimente, encore moins l’habitude d’avoir cette impression que son cœur est au bord du suicide par concentration trop intense d’émotions. Bordel Zuriel, t’as pas 10 ans.

« Merci. »

Il chancelle légèrement, incapable de trouver quoi que ce soit d’intelligent à répliquer. Si c’était l’effet recherché par Adam, il lui accordait volontiers sa victoire ; le bâtard savait vraiment s’y prendre avec lui, pourtant ne semblait réaliser l’impact que chacun de ces mots avaient. C’est ridicule.
Jamais de sa vie Zuriel n’a été si heureux de voir son immeuble dont la façade laisse franchement à désirer. Il s’arrête net, se tourne seulement à moitié vers son ami, sans lui accorder un regard.

« Bon, rentre bien. »

Il sourit, Adam sourit, il le sait, il le sent, il le connait trop bien pour savoir qu’il sourit..

« Oh, déjà ? Dommage, ça commençait à devenir amusant. »

Il a Grace, qu’il aille s’amuser avec elle. Zuriel se mord la lèvre, grogne simplement en retour, puis se hâte de se tourner vers sa sécurité, mais Adam est plus rapide que lui. Il lui attrape l’épaule, dépose un baiser furtif sur sa joue, un peu trop près de ses lèvres pour que ce soit tout à fait innocent.

« A bientôt, Zuriel. »

Un large sourire à nouveau, et le fauteur de troubles est parti ; Zuriel sait qu’il est rouge.

Le rouge, ça ne se marie pas avec le violet,ni le cyan, d’ailleurs. Adam, malheureusement, n’est que ça, rouge, comme une alarme qui crie au danger.

Zuriel n’entend jamais les alarmes.

~

« Grace a cassé. »

Zuriel manque de s’étouffer dans son yaourt. Il tousse, tousse et tousse encore tandis qu’Adam lui tapotait le dos avec plus de force qu’il n’en était nécessaire.

On est un chaud vendredi de juillet, Adam lui rend visite, ils s’installent devant un film avec de la nourriture, rien d’inhabituel en soi. Il y avait peut-être des signes, mais rien qui ne laissaient présager ouvertement la bombe que le garçon lâche d’un seul coup alors que le silence est roi. Il avait toujours eu le chic pour transformer les nouvelles en tentatives d’assassinat.

Presque remis de l’incident yaourt, Zuriel tourne brusquement la tête vers son ami, jugeant à tort qu’il est possible pour lui de s’exprimer normalement.

« PardON ? »

Sa voix craque affreusement vers la fin et il est persuadé qu’Adam va se moquer de lui, mais rien. Tout ce qu’il obtient, c’est le visage pensif de son ami, sans doute en train de faire un point très important dans son cerveau. Honnêtement, il n’avait même pas l’air de se rendre compte qu’il avait révélé quoi que ce soit.

« Cassé. Elle est partie. »

Mais…

« Mais to-…

-Rien n’allait à ses yeux, il faut croire. Je sais pas. »

Zuriel déglutit, regarde ailleurs. Au merde, merde, et quoi maintenant ? Il ne pouvait pas lui dire « bon débarras » même s’il le pensait très fort à ce moment-là, ça n’arrangerait probablement rien. Parce qu’Adam l’aime, sa blonde. Il pense du moins. C’est possible de se fatiguer de quelqu’un, n’est-ce pas ?

« Je l’aime tu sais.

-Je sais. »

Merci pour le direct du droit, Adam, ça réveille. Son animosité totalement irrationnelle envers Grace était un point noir à l’encre que Zuriel n’arrivait pas à gommer, peu importe combien il essayait, peu importe quelle gomme il utilisait. C’était une gentille fille, vraiment, elle ne lui causait pas de soucis, restait polie, souriante… Pourtant il n’arrivait pas à se débarrasser de ce sentiment au fond de lui qui allait à l’encontre de tout ce en quoi il croyait.
C’est horrible, la sensation de se trahir soi-même. C’est laid. Zuriel aimerait n’en avoir rien à faire, et si Grace n’apparaît plus dans sa vie, alors c’est parfait, ce sentiment disparaîtra probablement avec le temps également.

« Tu penses que j’ai fait quelque chose de mal ?

-Hein ? Euh, non, non. Peut-être que si. Peut-être que c’est elle. »

Arrête de poser des questions Adam, pas à moi, va voir Lou bon dieu.

Zuriel reprend une cuillère de yaourt, distrait. Il ne va tout de même pas commencer à pleurer, hein ? Ce serait franchement ennuyant pour lui qui serait incapable de ressentir la moindre compassion alors qu’il jubilait intérieurement. Plus de Grace, plus de conflit, le monde est magnifique et…

« C’est peut-être à cause de toi. »

Tousse, tousse et tousse encore. Cette fois Zuriel prend bien le temps de reprendre pleine possession de sa voix. Son regard croise celui d’Adam qui semble toujours aussi peu réactif à tous ces malheurs ou réactions. Le à nouveau cyan s’éclaircit la voix, plisse les yeux, se donne un air suspicieux.

« Pourquoi ce serait de ma faute ? »

Il n’a jamais été désagréable avec Grace, s’est toujours retenu de faire des remarques, god, il ne lui a même pas renversé quoi que ce soit dessus par pur accident. La main de son ami se porte dans ses cheveux cyan dont il avait totalement abandonné l’entretien depuis son dernier passage chez le coiffeur – bien sûr, il les lavait tout de même, aussi feignant qu’il était, il mettait un point d’honneur sur l’hygiène corporelle. Quoi maintenant, il ne va pas lui dire que sa chevelure a fait fuir Grace par sa beauté éblouissante, puis rire comme un détraqué avant de lui avouer que c’était une blague, suite à quoi Zuriel serait obligé de le noyer dans les toilettes.
Quoi que ça pourrait fonctionner à merveille.
Il saisit une mèche entre deux doigts, la lisse, joue avec, mais ne répond rien au plus grand damne de son propriétaire qui, malgré ses tentatives de rester totalement impassible, commence à s’impatienter. Zen, il doit rester zen, penser à la théorie des licornes qui sauvent Jack de la noyade. Adam va bien finir par cracher le morceau, c’est impossible qu’il ne le fasse pas, n’est-ce pas ? Au pire, il pouvait l’étrangler jusqu’à ce qu’il lui avoue ce qu’il entend par à cause de lui.

Puis le brun lâche ses cheveux, soupire, se retourne vers l’écran non sans un dernier regard furtif sur Zuriel.

« Non, rien, laisse tomber. »

L’étrangler, il ne reste plus que ça. Ou peut-être l’égorger, mais c’est nettement plus sale. Il pouvait toujours le mettre en feu et faire passer ça pour un accident de cuisine. Il se saisit de son oreiller, l’observe, observe Adam, mesure mentalement, se questionne sur s’il tiendrait le coup assez longtemps contre lui…

« Qu’est-ce que tu fabriques ? » lui parvient la voix intriguée de son ami derrière l’oreiller. Zuriel l’abaisse pour le tâter sans adresser un seul regard à son camarade.

« Je chercher le moyen le plus efficace et rapide de t’effacer de ce monde.

-Quoi ? Pourquoi ? »

Le bougre a l’air vraiment sidéré par le fait que son copain considère son assassinat avec autant de sérieux, alors que lui, visiblement, n’a rien fait ou dit qu’il puisse se reprocher. Zuriel lève les yeux au ciel, exaspéré.
Si Adam n’avait pas été Adam, il aurait trouvé ça franchement louche depuis longtemps le fait que son ami soit soudainement aussi curieux ; cependant Adam n’était pas Thomas, ni Lou, ni qui que ce soit d’autre et il avait l’habitude que Zuriel soit curieux à propos de lui et tout ce qu’il disait, tout simplement parce qu’il agissait différemment envers lui. Pas que le brun aurait remarqué quoi que ce soit, vraiment.

« Tu ne peux pas dire aux gens que c’est de peut-être de leur faute sans leur expliquer ce que tu entends par là ! Surtout pour une rupture.

-Ben… »

‘Si, tu vois bien que si, je le fais’, était probablement ce qu’Adam voulait lui dire, mais sous le regard noir du cyan, il choisit de se taire.

« Le katana.

-Pardon ? »

Zuriel se lève et d’un pas déterminé, se dirige vers son armoire dont plusieurs choses s’écroulent dès qu’il ouvre la porte. Ordonné n’était pas un mot qui le décrirait. En un instant, Adam est sur ses talons, genre, vraiment, il empiète vraiment sur son espace vital, il peut sentir sa respiration sur sa nuque. Imperturbable, le plus grand fouille au milieu de bric-à-brac ; bon, peut-être qu’il allait devoir ranger un peu ça, un jour.

« Pourquoi tu aurais un katana dans ta chambre ? »

La voix d’Adam sonne plus que perturbé tandis qu’il pose ses mains sur les épaules de son ami tout en observant son petit remue-ménage. Il essaie sans doute de le distraire, et malheureusement, c’est réussi. Il tente de chasser le fait que le brun est pratiquement collé à lui comme s’ils étaient deux siamois de sa tête, jetant par-dessus leurs têtes un gilet vieux d’au moins 4 ans –qui irait à Thomas, sans doute.

« Pour castrer ceux qui ne finissent pas ce qu’ils ont commencé. »

Le brun comprend le message bien plus vite qu’il ne l’aurait pensé puisqu’il semble qu’une microseconde seulement s’écroule avant qu’il ne se retrouve le dos contre l’autre porte de l’armoire, fermement plaqué par les épaules, trop surpris pour se défendre de toute manière, un paquet de chips de sa réserver personnel entre les mains. Et Adam, bien sûr, les yeux rivés sur lui, proche, beaucoup trop proche. Et Zuriel est mal à l’aise comme jamais parce qu’on ne regarde pas ses amis de cette manière. Il en a la forte conviction en tout cas, mais qu’en sait-il ? Ses relations amicales semblent virer dramatiquement à quelque chose de plus physique et profond dès qu’il tourne le dos, sans lui demander son avis ou préalable. Quelle impolitesse.

Il s’apprête à protester, son discours est tout prêt, ses bras armés pour repousser l’intrus, puis Adam réduit l’espace à zéro et c’est game over. Zuriel admet sa défaite cuisante, lâche le paquet de chips.

Il mentirait s’il affirmait n’avoir jamais pensé à ça, aux lèvres d’Adam sur les siennes, à leur texture, au goût qu’elles pouvaient avoir, s’il embrassait bien ; et Zuriel n’est pas un menteur. God, il en avait même rêvé, de tout cela. Cela faisait un moment déjà qu’il tentait de camoufler, de fermer la porte à clé, parce que le brun n’était pas à lui, et de ce qu’il pouvait voir jusqu’à il y a quelques jours, il n’aurait jamais pu l’être.

Et là, voilà que ça lui arrive vraiment. Grace est déjà loin dans son esprit, il n’y a plus rien qui lui crie qu’il n’a pas le droit de faire ça, pas même de jugement personnel sur la situation. Adam l’embrasse, au diable tout le reste, c’est son moment, il le veut, il le mérite et il n’en a rien à faire de ce qui peut bien se passer après.

Tout le monde se tait, les rideaux se ferment ; le garçon n’écoutera plus personne. Il n’écoutait jamais personne, de toute façon, défaut commun entre amis, il faut croire.

Zuriel répond à peine au baiser, il lui fallait du temps pour réaliser, et Adam ne lui en laisse pas, puisqu’il retire déjà ses lèvres des siennes, sans pour autant rajouter de la distance entre eux, au plus grand délice de Zuriel.

« Là, voilà pourquoi. Tu étais toujours dans mes pensées, il aurait été impossible pour moi de savoir si quelque chose allait mal et… Je ne sais pas Zuriel, peut-être bien que c’est plus que l’amitié, peut-être que je t’aime toi ; tout ce que je sais, c’est que j’ai très envie de t’embrasser.

-Ok. »

C’est bien là tout ce que Zuriel a à dire, ok. Pour lui, c’est une réponse très claire que son camarade aurait dû immédiatement capter, mais visiblement, pour l’autre, c’est louche et vague. Il reste là, à la fixé, l’air légèrement agar, comme s’il attendait un développement qui ne viendrait jamais. Le cyan roule des yeux, passe ses deux bras autour du cou du garçon, une main dans ses soyeuses mèches chocolat. Bon sang, fallait-il donc tout leur dire à ces garçons ?

« T’attends qu’il neige en Afrique ou quoi ? »

Excédé par le manque de réaction du brun, le plus grand des deux l’attire vers lui, écrase presque douloureusement ses lèvres rosés contre les siennes, jusqu’à ce qu’enfin, Adam comprenne le signal et se comporte en circonstance. Un bras se glisse autour de sa taille, une main se retrouve derrière son cou et toutes les réponses –ou presque- des questions qui avaient bien pu tournoyer dans la tête de Zuriel sont répondues.

Ses lèvres sont un peu rugueuses, il a un goût de Nutella –ce qui n’est pas étonnant considérant qu’il venait d’en manger une bonne tartine-, et par-dessus tout, ses baisers sont sensationnels.

Il n’y a pas de mauvaise conscience à pousser loin, pas de doutes, ni de certitudes. Juste lui, Adam, le paquet de chips par terre et la porte du placard. C’est tout vu, tout simple, comme dans un rêve ; un dont il espérait ne pas se réveiller de sitôt, cette fois.

Et son vœu se réalise, Zuriel va dormir un long, long moment.

~

L’appartement était vite, il était censé resté vide toute la journée ; c’est tout ce que Zuriel aurait pu dire pour sa défense.
Par vide il entendait que ni Lilith, ni Freia ne devrait pointer leurs nez avant le dîner et qu’il avait donc quartier libre pour utiliser le canapé de rêve et l’écran plat du salon à volonté. Mais surtout le canapé.

Adam était venu lui tenir compagnie en ce froid mardi de septembre où lui n’avait pas cours – Zuriel n’avait, bien entendu, absolument jamais cours, mais ce n’était pas le cas de tout le monde-, et tout naturellement, ils avaient élu domicile sur le nouveau canapé qui trônait dans le petit salon, prenait plus de place qu’il ne semblait y avoir. Lilith avait tout simplement craqué pour cette petite merveille, avait saisi l’occasion sans se poser de questions, et c’était bien du goût de ses enfants qui passaient à présent le plus clair de leur temps libre –beaucoup trop pour son fils, il l’accordait- à se prélasser dessus.

Zuriel avait donc décidé d’introduire cette joie au très bon camarade qu’était Adam, et puis il a fait très chaud et…

« Chaud ? »

Freia hausse un sourcil interrogateur, son visage tordu entre les deux émotions que sont l’effroi et l’irrésistible amusement. Zuriel déglutit, lissant inlassablement une de ces longues mèches blondes platine – le cyan avait déteint pour ne laisser que ses cheveux décolorés, ce qui ne lui déplaisait pas pour autant. Il est nerveux, certain d’avoir pris une jolie teinte tomate, mais Adam n’est pas beaucoup mieux. Les yeux obstinément fixés sur ses cuisses, il ne réagissait pas du tout à l’explication tout à fait absurde de son ami. A cause de ces boucles chocolat, le Christensen ne peut qu’entrevoir son visage, cependant la couleur prononcé de ces oreilles lui indique qu’il est embarrassé à en mourir.

« Oui, chaud, tu ne trouves pas qu’il fait chaud ? »

Sa sœur manque d’éclater de rire. Il la connait bien, il sait ce que cela signifie lorsqu’elle se mord la lèvre et regarde ailleurs. Pour toute réponse, elle se frotte les bras, reposant son regard bleu sur Adam, puis sur son frère.

« Je trouve qu’il fait plutôt froid, vu que maman n’a pas voulu activer le chauffage.

-Il fait chaud dans le canapé.

-Je n’en doute pas un seul instant. Adam a vraiment l’air d’avoir chaud. Tu peux toujours enlever ton t-shirt à nouveau, si tu as trop chaud.»

Elle adresse un petit sourire emplit de sous-entendus tandis qu’Adam titube sur ses mots, la tête finalement relevée, le visage couleur tomate bien mûre.

« J-je ça-ça va rou-aller. »

Zuriel ferme les yeux un instant. Il avait fallu qu’un prof de Freia soit absent, bien sûr. Elle était rentrée dans le salon alors qu’Adam avait décidé que l’on pouvait définitivement beaucoup s’amuser sur ce canapé, surtout à deux, le moins vêtu possible. Ce genre de choses. Toujours est-il que la rousse les avait surpris torse nus, dans une position plus que compromettante qui laissait peu de travail à l’imagination. C’était affreusement embarrassant, même pour quelqu’un comme lui qui d’habitude balayait les situations compliqués d’un revers de main. Freia avait requis une explication sur la situation, même si, bien entendu, elle ne croyait pas un seul mot que lui disait son frère, probablement pour le simple plaisir de les voir patauger. Aucun doute, ils étaient bien frère et sœur.

« Comme tu le souhaites. Et donc, Zuriel ?

-Et donc on s’est débarrassé de nos t-shirt, pour le confort, tu vois. J’avais un truc sur le visage, Adam a voulu m’en débarrasser, mais il a glissé et tada. Tu es arrivée. »

C’est à peine si la jeune femme pouvait contenir son rire ; ce devait être douloureux, à ce niveau-là. Son frère se rendait évidemment compte que ce qu’il racontait n’avait ni queue ni tête, cependant ça n’avait pas besoin d’avoir de sens, Freia savait déjà parfaitement ce qu’il se passait, elle n’était pas idiote, ni innocente.
Elle se contenta d’hocher la tête comme si elle était pleinement convaincue que c’était la vérité sur la situation, puis elle pose un regard à la télévision, pour finalement se rétablir. Adam lance un regard furtif au blond qui n’ose pas le lui rendre.

« Et vous regardiez un documentaire animalier ? »

Le regard turquoise de Zuriel dérive sur la télé pour qu’il se rende compte avec horreur que le programme était sur les animaux de la savane. Avant qu’il n’ait eu le temps de répliquer quoi que ce soit, Adam s’exclame avec un entrain démesuré, le visage toujours aussi rouge.

« J’adore les documentaires animalier ! »

S’en est trop pour la rousse qui éclate de rire en s’affalant à moitié sur l’étagère au passage.

Zuriel sourit, terrassé par l’argument ultime de son ami dont il prend la main ; pour le coup, Adam doit vraiment avoir chaud. Son corps tout entier semble être couvert de coups de soleil.

« C’est… C’est très éducatif, » continue-t-il, plein de convictions qui s’effondrent dès qu’elles sortent de sa bouche. Le blond lui serre la main et secoue la tête, signe qu’il peut maintenant cessé de s’expliquer.

Freia parvient à se redresser au bout de plusieurs minutes, toutefois son corps est toujours parcouru de spasmes et elle a les larmes aux yeux. Elle laisse s’échapper une sorte de soupire d’intense soulagement sous la forme d’un grand « wooooa », tout en séchant ses larmes.

« Splendide, absolument splendide. » Un large sourire aux lèvres, elle tapote l’épaule raide du brun qui sursaute légèrement, comme si elle le félicitait de la blague du siècle. « Maintenant c’est mon tour de prendre la télé, et je pense que vous y gagnerait beaucoup à umh… avoir chaud dans la chambre de Zuriel. Pour toujours. Par pitié. »

Ni Zuriel ni Adam n’ont la force de la contredire, pas même l’envie. Ils filent sans demander leur reste dans la chambre familière et surtout sécuritaire du plus grand, sans aucune envie d’avoir chaud.

Et même si l’envie les avaient pris, le rire de Freia qui raisonna dans tout l’appartement une bonne partie de l’après-midi à intervalles irréguliers les en dissuaderaient ; s’ils ressentaient quelque chose, c’était plutôt le froid dans le dos.

~

« YOU’REEE HEEEEEEERE THERE’S NOOOTHIIIIING I FEEEEEEAR. »

Samedi soir, grande fête chez les Christensens, Zuriel espère que les voisins ont des boules quiès ; non en fait, il s’en fiche.

La fête bat son plein, il y a lui, Freia, sa mère, à manger et la télé, c’est splendide. Freia l’avait entrainé dans une représentation pleine d’émotion de My Heart Will Go On sous le regard aussi amusé que désemparé de leur chère mère qui devait se demander ce qu’elle avait fait exactement pour mériter ça.

Ce genre de petites soirées en famille n’avaient rien de rare, il suffisait que tout le monde soit de bonne humeur et près à regarder des films jusqu’au milieu de la nuit, qu’il y ait de la nourriture dans le frigo, et voilà, une bonne soirée à la Christensen. Zuriel appréciait toujours énormément ces moments, surtout ces temps-ci, car malgré tout, un peu de compagnie ne fait pas de mal, lui qui en avait si peu depuis la fin de l’école.

Il ne regrette rien, il apprécie juste.

Zuriel pique quelques chips au beau milieu du refrain ce qui monte immédiatement sa prestation en nuisette rose et talons haut de « spectaculaire » à « indescriptible ». Freia, armée d’une bouteille de coca improvisée en micro, tente de garder son sérieux tout en rajustant la capuche de son pyjama lapin –en tutu. Lilith décide de sortir son portable et de filmer, pour la postérité ; voilà une menace qu’elle allait pouvoir mettre en fonction.

La chanson se termine, le cyan s’écrase lamentablement sur le canapé sous les applaudissements tonitruants de sa mère. Freia boit le coca, tout le coca, cul sec, lorsqu’elle voit qu’il le lui demande, et c’est vraiment une performance, vu qu’il en restait la moitié. Il reste bouche bée.

« Tu vas exploser, » lui dit simplement sa mère en rangeant son téléphone, l’air satisfaite.

Totalement insensible à la réflexion de Lilith, Freia repose la bouteille avant de s’effondrer sur son frère qui ne peut retenir son cri de détresse alors qu’elle l’écrase. Impassible, sa mère se contente de manger un bout de pizza alors que ses enfants commencent à lutter tel des gladiateurs juste à côté d’elle. Ils finissent par se rouler par terre, et à grand renforts de guilis, Zuriel remporte la grande victoire de… de.Il gagne, point.

Ils regagnent leur place une fois qu’ils sont d’accord pour regarder à nouveau Titanic (« J’ai besoin de voir Jack, c’est physique. ») puis The Hobbit (« J’ai besoin de voir Kili, c’est mental. »). Lilith déclare qu’elle veut voir un film d’horreur en dernier (« J’ai besoin de vous voir pleurer, j’y peux rien. ») et c’est ainsi que le programme de la soirée est tracé.

« Je vais faire des crêpes, mais vous pouvez commencer sans moi, je pense que je n’aurais pas trop de mal à rattraper un film que j’ai vu une bonne centaine de fois. »

Avec un sourire sournois dirigé directement à son fils, Lilith rejoint la cuisine tandis que Freia commence le film, confortablement allongée, la tête sur les cuisses de son frère, les pieds dans le vide. Zuriel connaissait bien évidemment le film par cœur, il pouvait probablement réciter toutes les répliques sans aucun souci, mais à ses yeux, ça ne gâchait rien à la beauté du film. Dans 50 ans, il le regarderait probablement toujours et pleurerait toujours. Ni Freia ni Lilith ne bronchait jamais également, c’était un peu devenu THE film de la famille.

« Ça fait longtemps que je n’ai pas vu Thomas. Il va bien ? »

A la mention du blond, Zuriel se raidit. Il passe une main dans les soyeux cheveux roux de sa sœur, pensif, distrait. Son cœur se serait juste à la pensée de son ami.

« Il est pas mal occupé. J’imagine qu’il va bien. »

Il n’en sait rien. Il n’a pas vu Thomas depuis au moins un mois, c’est long, un mois. Depuis qu’Adam était devenu son copain, il limitait ses visites chez Thomas, et c’était réciproque. Le petit blond ne venait plus chez lui à l’improviste, lui envoyait rarement des sms, ne cherchait pas à le voir. Zuriel se mordit la lèvre ; il est conscient que c’est en parti à cause de lui. Thomas est le seul à savoir ce qu’il y a entre lui et son camarade brun, puisque tel est le souhait d’Adam, cependant les deux ne s’entendent plus, tout simplement. Leur relation s’est dégradée d’un seul coup sans que Zuriel ne comprenne tout à fait ce qui avait pu provoquer tout cela.
Le blond lui avait ouvertement dit qu’il n’appréciait pas sa relation avec Adam, néanmoins avait promis de ne rien dire à personne ; de son côté, le brun lui avait carrément fait part de sa méfiance envers Thomas et aussi qu’il préférerait de loin qu’il le voit moins. Et Zuriel approuvait cette décision. Il connaissait son ami blond, comprenait le sentiment d’inconfort de son copain, lui-même ne se sentait pas tout à fait à l’aise avec Thomas depuis un moment, alors…

« Dommage, ça fait moins de gâteaux. »

Zuriel sourit, préférant feigne l’inconscience que sous la plaisanterie de Freia il y avait un message.

« Il me manque un peu. »

S’il entendait cela, sans doute que Thomas sauterait de joie. Obtenir ce genre d’attention de Freia n’est pas chose si aisée. Jack apparaît à l’écran et Zuriel noie l’image du blond à nouveau. Dès la fin du film, il serait à nouveau noyer sous l’image d’Adam, c’était ainsi.

Un sentiment désagréable trône dans son estomac, le cyan déglutit avec difficulté. Il se rend compte qu’il est en train de perdre un ami, et ce sentiment atroce va le ronger jusqu’à la fin. Il préfère l’ignorer, à nouveau. Ce n’est rien, parce qu’Adam est là. Il l’aime.

Et puis, il y a aussi Jack. Tout va bien.

Il ne me manque pas.

« Icarus, not too high, not too close to the sun. »



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MessageSujet: Re: CHRISTENSEN Zuriel ► Fly & Fry    Dim 12 Jan 2014 - 17:42

Histoire - Dernière Partie


Part V - Falling
Icarus flew too close to the sun

C’est curieux comme d’une seconde à l’autre, tout votre monde peut s’effondrer.
T’es bien allongé, là, tranquille, sur ton lit confortable de convictions, puis un coup de fil vient, et hop, tu tombes sur le cul. Le lit disparait.

C’est Lou qui le lui annonce, sans comprendre la portée de ces paroles, parce qu’elle n’a aucune idée du bordel organisé qu’est la vie de Zuriel. Elle ne sait pas, elle ne peut pas savoir, ne doit pas savoir. C’était le deal. Et lui, il avait accepté, l’amour rend aveugle, dit-on.

Ne dit rien, ce sera notre petit secret.

C’est un coup de fil sympa, le genre qu’il reçoit bien souvent de la petite brunette qui s’inquiète sans arrêt pour lui –dieu seul sait qu’il l’adore.

« On va au ciné avec Jonathan, Lara et Thomas, ça te dirait de venir ? »

Le nom du blond l’arrête nettement dans sa considération de l’offre. C’est un refus immédiat, il ne peut pas se le permettre. Il ne peut pas voir Thomas. Il décline sa proposition gentiment, mais Lou ne se laisse pas démonter, elle a l’habitude de tout cela. Elle continue de lui parler, parler, parler, de tout et de rien. Il a beau ronchonner, ne rien répondre ou faire le grand dur, Zuriel sourit, apprécie le blabla de son amie. Il a envie de la voir, vraiment envie.

Une autre fois.

Il ne se souvient pas du tout du pourquoi du comment, mais il se souvient qu’il était en train de sortir un paquet de biscuits du placard lorsqu’elle lâche la grande nouvelle.

« Au fait, j’ai vu Grace et Adam aujourd’hui, ils sont vraiment trop choux ensemble. »

Il lâche le paquet, ne répond rien. Cela ne trouble pas Lou qui continue de parler, trop habituée à ses silences pour s’en soucier. Elle doit se dire qu’il sait, vu qu’il est proche d’Adam.

« Je suis bien contente qu’ils se sont réconciliés rapidement ! Je savais bien qu’il ne tiendrait pas six mois, le bougre. »

Pas six mois. Cela faisait un an qu’ils avaient ‘casser’. Un an. Six mois et six mois. Peut-être que Zuriel n’est pas le plus intelligent des hommes, mais ce n’est pas difficile pour lui de relier les points ; une ampoule clignote dans sa tête. Il tente de le nier, tente de trouver des excuses, des parades, pourtant rien n’y fait. Il a fini de se mentir.

Lou parle toujours, changeant de sujet comme chaussettes avec l’aisance du père noël distribuant les cadeaux aux enfants.

« Lou, l’interrompt-il d’une voix douce, je dois y aller là.

-Oh ? Ok, roule mon grand ! Je te rappelle ! »

Elle n’a pas eu l’air de le trouver suspect, et après de rapides adieux, elle raccroche, probablement pour jeter son dévolu sur Lara, une amie d’université qui avait l’air plus que sympathique.
Lentement, Zuriel glisse le téléphone dans sa poche, enfile un jean et une paire de basket. Il ferme automatiquement derrière lui et descend les trois étages à la vitesse d’un escargot en croisière.

Tout autour de lui semble soudain au ralenti, même le couteau qui s’enfonce sûrement dans son cœur. Ses pas le mènent à un endroit dont ils connaissent le chemin par cœur tant ils l’ont fait et refait. Au lieu des habituelles 10 minutes qu’il prend, il met 30 minutes pour arriver à destination. Il a envie de faire demi-tour, arrêter tout, revenir chez lui et faire comme s’il n’avait jamais rien entendu parce que c’est facile, c’est si facile de se cacher. Mais ça n’avait rien de zurielien de se cacher, et ce depuis le début.

Quel imbécile il avait pu être.

C’est un petit pavillon avec un joli jardin, le genre de maison agréable à habiter, le genre de maison dans lesquelles il adore passer du temps à se prélasser. La maison ne lui donne cependant plus envie de rien, si ce n’est que de s’en éloigner le plus vite possible. Dedans y vit ce qui va causer irrémédiablement sa chute, et personne ne veut courir à sa perte.

Aller, il peut le faire. Le chemin jusqu’à la porte d’entrée lui parait interminable, la tête lui tourne, son cœur se serre et il se sent terriblement mal, pourtant il ne tremble pas, se tient droit, fier ; il a l’air d’un roseau, celui qui se plie sans jamais se casser. Il est bon en camouflage, plus un point pour les scouts.

Il sonne d’une main sûre, et même lorsque la porte s’ouvre sur une jolie blonde il ne défaillit pas. Il reste de marbre alors que la belle Grace lui adresse un large sourire et replace une longue mèche blonde derrière son oreille.

« Oh, bonjour, ça faisait un baille ! Contente de voir que tu vas bien. »

Pour la première fois, le garçon aux cheveux cyan ne ressent aucune animosité envers la jeune fille. Il n’est pas en colère contre elle, il n’a pas envie de lui renverser un verre d’eau sur la tête. Il n’est pas certain de ce qu’il ressent, mais c’est certain que ce n’est pas quelque chose de négatif. Elle n’a pas l’air d’être au courant de quoi que ce soit, ni l’air méfiante d’ailleurs. Elle rayonne de bonheur et il a un pincement au cœur. Pauvre fille.

« C’est réciproque. »

Sa voix est aussi douce que lorsqu’il avait dit au revoir à Lou, et bien que l’intonation semble surprendre légèrement la blonde qui avait l’habitude de ne recevoir que des grognements en réponse, elle sourit encore plus largement.
Puis c’est à son tour d’apparaître dans son champ de vision, et là son monde se fige ; il est quasi-certain qu’il en est de même pour le brun.

Adam se glisse derrière sa copine, sourire aux lèvres, ses bras entourant sa taille.

« Qui est-c-…. Zuriel. »

Sa voix tombe dans les graves dès qu’il l’aperçoit et ses yeux chocolats s’agrandissent considérablement sous l’effet de la surprise. Pour sûr, il ne s’attendait pas à voir son copain débarquer alors qu’il passait un bon moment avec sa copine, ah ça, non.
Zuriel est calme, beaucoup trop calme. Il fixe celui qu’il aime enlacer celle qu’il aime sans mot dire, froid. Il est froid, gelé jusqu’aux ongles et en plein été. Il n’est pas en colère, pas triste, ni même déstabilisé. Il ne digère pas, tout simplement.

« Salut Adam. »

Le garçon ne réagit pas l’espace d’un instant, avant de finalement lui adresser un grand sourire qu’il n’avait que trop vu. Son cœur se serre en même temps que ces poings tandis qu’Adam retire vivement ses mains de la taille de Grace comme s’il s’était brûlé.

« Hey ! Que me vaut cette visite ? »

Le froid s’estompe lentement alors qu’un feu s’allume au creux de son estomac. Zuriel lutte pour ne pas lui mettre un pain dans le nez d’entrée. Il se tourne vers la jolie blonde, léger sourire aux lèvres. Après tout, lui aussi pouvait jouer à ce jeu.
« Grace, ça te dérange si je t’empruntes ton homme un instant ? Ce ne sera pas long. »

Toujours aussi inconsciente de la situation, la bonne Grace lui donne sa bénédiction avec un large sourire. Elle pousse son copain dehors sans autre forme de procès afin d’aller se jeter sur l’air conditionner en claquant la porte derrière elle et Zuriel se sent de plus en plus mal de l’avoir traitée ainsi. Quoi que ce soit qui a été le sujet de leur dispute il y a un an, ça n’était en tous les cas certainement pas de sa faute s’il en croyait les actions pures de la demoiselle.

Zuriel a à peine le temps de reposer son regard sur Adam que déjà le garçon le poussait un peu plus loin, mains fermement agrippés à ses épaules – que de souvenirs.

« Ecoute Zuriel ce-... »

Mais le garçon ne le laisse pas finir. Il l’interrompt, sa voix douce comme la soie glaçant sur place le plus petit des deux. Zuriel n’haussait jamais la voix. La colère froide était toujours bien plus terrifiante que celle qui en venait aux mains.

« Grace est une fille géniale. »

Son regard est porté sur la maison alors qu’il parle. Les mains d’Adam se crispent un peu plus sur ses épaules. C’est douloureux, mais Zuriel balaie la désagréable sensation vivement. Ses yeux turquoise se posèrent à nouveau sur son interlocuteur, un éclat glacial réprimant quelque excuse qu’il aurait pu formuler.

« Elle mérite bien mieux qu’un menteur qui la trompe sans scrupules. »

Il se félicite de réussir à garder son calme ainsi, se félicite d’arriver à rester debout sans ciller alors que ton son être lui crie de prendre ses jambes à son cou et fuir la situation dangereuse en déversant toutes les larmes de son corps.

Il ne la mérite pas. Il ne le mérite pas.

Le silence s’allonge, puis le brun hausse à nouveau la voix. Il a l’air nerveux, il est agité, toutefois Zuriel sait qu’il ne regrette pas. Tout ce qu’il regrette, c’est de s’être fait attrapé la main dans le sac.
« Zuriel, je suis désolé, je ne voulais p-…

-J’ai entendu assez de mensonges pour une vie entière, épargne-moi ça, veux-tu ? »

Adam s’est tu à nouveau sous le regard glacial du cyan qui semble s’être transformé pour l’occasion en Médusa des glaces. Malheureusement, il a beau faire son tyran mythique comme ça, il n’en mène pas large. Il veut que tout cela soit une grosse, grosse farce et que tout rentre dans l’ordre à grand coup de rires. Il achèterait même les pizzas pour la fête.

« Tu ne vas rien lui dire, hein ? »

Le poignard s’enfonce définitivement dans son cœur. Tous ses muscles se contractent et il serre la mâchoire si fort qu’il en a mal. Bam, prend toi ça mon grand. Ça n’a rien d’une farce.
Ah, donc ça n’arrive vraiment pas que dans les films, ces conneries ? Il existe vraiment des connards comme ça qui marchent en liberté dans les rues ? C’est dur à croire, dur à avaler. Il déglutit.

Lentement il attrape les poignets de son ami –ex, à présent- pour lui faire lâcher son emprise sur ses épaules. Il se fait las.

« Je ne dirais rien. Cependant, elle mérite de savoir. Elle mérite d’avoir le choix. Si tu l’aimes vraiment, tu lui diras, ou tu peux choisir de vivre avec ça sur ta conscience toute ta vie, ça m’est égal. Mais elle mérite bien mieux que ça. »

Sa voix se fait morne, l’intonation se perd. Adam sait qu’il est sincère dans ses paroles, sait qu’il dit la vérité, pourtant n’y accorde que peu d’attention. Il ne l’écoutait jamais, de toute façon, ne le prenait jamais au sérieux. Zuriel aurait dû comprendre bien avant ; il se sent stupide.
Adam n’oppose pas de résistance, laisse ses bras tombé le long de son corps et le fixe, l’air soulagé.

« Merci, murmure-t-il doucement. Merci Zuriel. »

L’envie de lui coller un pain lui revient, cependant il sait qu’il n’en aura de toute manière pas la force. Il s’abstient.

« Ne me remercie pas. »

Zuriel vient de le jeter aux portes de l’enfer, mais ça, il n’en sait encore rien. Pour lui, c’est une bénédiction. Le cyan sait que ça n’en a rien d’une. Toujours aussi lentement, il rajuste son t-shirt puis repose son regard sur Adam, une dernière fois.

« J’espère que ta conscience te rongeras jusqu’à la fin, jusqu’à ce que tu foutes tout en l’air parce que tu es le pire des bâtards, et que c’est tout ce que tu sais faire. »

Sur ce, il tourne les talons pour ne pas se retourner. Il n’entend même pas la réponse d’Adam tant le sang pulse dans ses tempes alors qu’il s’éloigne à toute vitesse de la maison des horreurs.

Adam sait très bien qu’il a été sincère, parce que Zuriel, lui, ne ment pas. Pas aux autres. Jamais. Tout comme jamais il ne donnera de faux-espoirs à quelqu’un comme le brun avait pu lui en donner. Tout comme il ne se jouera jamais des autres.

Ça fait mal, ça brûle, ça pique, c’est comme de l’acide qui ronge son cœur, et peu importe combien il essaie de rester de glace, sa couverture fond sous le soleil d’été.

~

It took only seconds, but it seemed like a lifetime

~

Désintérêt, désintérêt, désintérêt… Putain, c’est pas si compliqué pourtant ! Il avait passé sa vie à cultiver sa capacité à ignorer les autres et là, d’un seul coup, il ne le pouvait. Juste quand il en avait le plus besoin.

Fuck, fuck, fuck.

Il tourne, vire, fixe le lama sur son lit pendant une quinzaine de minutes. Il tente de se convaincre que ses yeux le pique comme s’ils étaient exposés à de l’ail. Non, en fait, c’est son cœur qui s’est transformé en ail, son cœur qui se coupe tout seul, se détruit à grande vitesse.

Mais quel connard bon dieu. Et quel idiot il faisait, lui aussi. Par quel dieu s’était-il laissé avoir. Qu’est-ce qui avait bien pu le convaincre que débuter une relation avec son meilleur ami tout en le sachant éperdument amoureux de son ex pouvait bien tourner.

« Zuriel, t’es franchement un crétin, » il murmure à sa propre réflexion, persuadé qu’elle le mérite.

Wow, c’était tout un tas d’expressions qu’il ne s’était jamais vu, un festival de rage, de tristesse et de déception, trempé dans une bonne dose de passion décapitée à la hache. Joyeux. On inspire, on expire, calmement. Pense à Jack. Non, ne pense pas à Jack tout compte fait, c’est la plus mauvaise idée au monde. Il devait trouver quelque chose pour l’intéresser au plus vite et…

Son regard tombe sur le paquet de chips vide sur son bureau. Manger. Cuisine. Parfait. Avec un peu de chance, il pouvait même se faire exploser !

Trouvant l’idée absolument brillante dans son moment d’hystérie, Zuriel ne perd pas une seconde pour se diriger vers la pièce interdite. Que pouvait-il bien se cuisiner ? Ah, des œufs, des œufs et des pâtes parce qu’un repas sans pâtes à ses yeux, ce n’est pas digne d’être. Il remarque avec plaisir que ni sa mère ni sa sœur ne traîne dans les environs, probablement sorties, allez-savoir, rien ne pouvait plus l’arranger ! Il sort une casserole et met de l’eau dedans, se demande s’il faut mettre du sel et bon dieu, les pâtes, maintenant ou quand ça bout ? Il grogne, regarde le paquet de pâte, le jette dans un coin lointain et met l’eau sur le gaz. Bon, il ferra comme son instinct l’entendra. Et puis, mettre les pâtes dans de l’eau bouillante c’est plus violent, il trouve ça cool, là.
Ses yeux verts fixent l’eau un instant avant qu’il ne pose un couvercle sur la casserole.
Souffre bien, à bientôt.


Une poêle, du beurre et des œufs, un jeu d’enfant, et rien ne se retrouve par terre, il s’accorde un petit tour de piste victorieux – bon dieu, la cuisine aide vraiment. Son sourire tombe cependant en même temps que l’œuf qu’il voulait casser, certes, mais certainement pas par terre. Et merde.
Tiens, s’il le regarde en inclinant la tête vers la gauche, le jaune ressemble un peu à un homme ; cette remarque faite, Zuriel se baisse afin de donner un coup de spatule à l’œuf et le massacrer un peu plus. Salaud, salaud, salaud… et le voilà avec une nouvelle occupation : nettoyer. Mais après, d’abord il devait réussir à casser un œuf dans la poe-… Fuck, le beurre a brûlé.

Il se redresse brutalement et attrape la poêle pour l’éloigner du feu, se pinçant le nez dans une tentative de se débarrasser de la désagréable odeur.
Le reste se déroule très rapidement. Il glisse sur l’œuf massacré sur le sol –vengeance, il en est certain-, se brûle avec la poêle qu’il lance à moitié sur le plan de travail, ce qui provoque la chute de la farine sur celui-ci, et sa propre chute qui se finit douloureusement sur le carrelage. Sublime, 100/100, félicitation Zuriel, tu gagnes haut la main le championnat de la chute en cuisine la plus magistrale qu’il soit.

Grognant, le pantalon plein d’œuf, la tête en vrac et la main endoloris à cause de sa brûlure, il se redresse doucement- il serait fâcheux de tomber de nouveau, vraiment. Bien, pas d’œufs.

Au moment où le jeune homme va pour éteindre le gaz, la porte s’ouvre brutalement sur sa mère qui ne perd pas une seule seconde pour s’exprimer.

« Ôla jeune homme, éloigne-toi de cette plaque de cuisson. Si tu veux te suicider, il y a de nombreux moyens qui n’incluent pas faire sauter tout l’immeuble, j’aimerais que tu y accordes quelques minutes de réflexion. »

Merci du soutiens, maman.

C’est également à ce moment précis que la casserole se décide à déborder, et en quelques secondes, c’est de nouveau la pagaille absolue lorsqu’elle accoure pour éteindre le feu, glisse sur l’œuf qui gisait là, se rattrape à son fils et l’entraîne avec elle dans sa chute magistrale. Honnêtement, si sa sœur arrivait avec un extincteur et les aspergeait tous les deux en criant, cela ne l’étonnerait pas plus que cela. La famille Christensen, tout simplement.

Bien heureusement, Freia ne se montre pas et en cinq minutes, la situation est bouclée, Zuriel forcer de s’asseoir sur le canapé tandis que sa mère soigne sa brûlure du mieux qu’elle le peut en murmurant un nombre d’injures incalculables, la moitié probablement inexistantes. En tous les cas, l’activité cuisine semblait belle et bien close. Avec un soupir peu discret, sa mère se redresse et lui lance un regard perçant, ses yeux verts brillants de reproches, et c’est sans surprise que c’est le ton de la menace qu’elle emploie.

« La prochaine fois que tu t’approches de la cuisine pour actuellement cuisiner, j’appelle la NASA pour qu’ils t’envoient dans l’espace. »

Peu impressionné par cette menace totalement improbable, le fils lui répond par un regard incrédule, croisant les bras.

« Maman, on vit en Irlande.

-J’en ai absolument strictement rien à foutre, c’est international si je le veux. » Bien sûr. « Maintenant tu te trouves une autre activité – ou autre manière plus ennuyeuse de te suicider, si c’était le but, mais en dehors de cet appart’, ok ? »

Il acquiesce, bouche bée. Moment de silence. Lilith laisse s’échapper un nouveau soupire plus discret, elle ferme les yeux un instant avant de l’enlacer doucement dans ses bras.

« Je sais que tu te raterais de toute manière, mais n’essaie pas, s’il-te-plaît. Quoi que ce soit, ça n’en vaut pas la peine, chou. » Typique d’elle, le réconfort n’avait jamais été son fort malgré sa perspicacité naturelle ; sa tentative le fait néanmoins sourire doucement. Il n’en vaut pas la peine, vraiment. Elle s’éloigne de lui, dépose un baiser sur sa joue et se lève, laissant derrière un agréable parfum de rose. « Parle s’en à Freia si tu le peux, elle est bien meilleure que moi pour tous ces… trucs de fin d’adolescence là. »

Parfois, Zuriel se demande si sa mère avait jamais été adolescente dans sa vie, parce qu’à l’entendre parler, on dirait qu’elle était passée d’enfant à adulte, sans aucune période awkward. Enfin, elle a raison, pour ce genre de choses, pour tout ce qui est sentimental en général, Freia est une bien meilleure alternative que sa pauvre mère ; disons qu’il avait beaucoup hérité d’elle de ce côté.

Zuriel regarde sa mère s’éloigner dans la cuisine, sa longue queue de cheval blonde se balançant hypnotiquement de de droite à gauche, puis son regard tombe sur la télé. Le silence est désagréable, la pièce autrefois si accueillante lui semble soudainement comme emplie de mauvais souvenirs ; parce qu’il était là, dans tous les recoins de sa maison. Il était venu, avait tout marqué comme siens, y compris Zuriel, et maintenant il était parti en emportant tout, comme un voleur, afin de rejoindre sa belle. Cela ressemblait à un mauvais film, et lui était soit le méchant, soit le pauvre persécuté de la vie. Il grinça des dents et se leva, incapable de rester plus longtemps assis sur son canapé. Quelque chose, du bruit, de la vie, du nouveau, voilà ce dont il avait besoin, et ça, il savait qu’il ne pouvait pas le trouver dans ses shows.

En revanche, il connaissait quelqu’un qui pouvait faire juste cela, quelqu’un qui lui, ne lui donnerait ni faux-espoirs, ni ennui.

Zuriel enjambe rapidement la distance du salon à sa chambre et fouille à tâtons son portable dans son lit, le trouvant en toute logique, en toute logique, entre son drap et le matelas. Ne questionnant pas la chose – dieu seul sait ce que font ces trucs lorsque l’on a le dos tourné-, le vert ignore royalement les messages laissées, se mordant douloureusement la joue afin de ne pas céder à la tentation de les lire, ou de les écouter, ses doigts pianotant expertement sur l’écran tactile. Il avait son quota de bullshit pour quelques années aujourd’hui. Aisément, il trouve le nom qu’il recherchait ; à vrai dire, il n’avait pas tant de compétition dans son registre à moitié vide.

Thomas.

Sans surprise, c’est au bout de deux sonneries qu’une voix aussi excitée que surprise lui répond, bruyamment.

« Zuriel ! Ca fait super plaisir, tu peux pas savoir, my god ! »

Le garçon se surprend avec un maigre sourire, appréciant grandement la vivacité du garçon ; oui, c’était exactement ce dont il avait besoin, quelqu’un qui ne le laisserait pas penser, quelqu’un pour lui tenir compagnie. Thomas était la personne parfaite. Sur le coup, oublié l’année passée à essayer de l’éloigner de lui, envolé toutes les interdictions.

Adam aurait détesté cela. Il doit le faire.

« Je peux te voir ? Genre, tout de suite ? »

Il y a un silence, de très courte durée avant qu’au bout du fil, un ‘bien sûr’ très chaleureux se fait entendre.

Ce soir, il n’y avait pas d’Adam qui gâcherait la partie, seulement lui qui se gâcherait la vie.

~

« Tu sais, on aurait peut-être pu marcher tous les deux, Zuriel »

Le concerné ne répond pas, ses yeux rivés sur le plafond qu’il distingue à peine dans la pénombre de la chambre. Il n’y a pas grand-chose à voir de toute façon, c’est blanc, blanc comme l’état de ses pensées actuellement. Blanc, comme il l’avait voulu.
Il cligne des yeux, tourne sa tête vers son interlocuteur dont il devinait le regard posé sur lui, billes océans, billes pleines d’espoir. Zuriel ne soupire pas, l’espace d’un instant il se fige totalement.

Thomas, Thomas, Thomas…L’homme qui ne s’attachait pas, l’homme qui n’espérait jamais plus qu’une simple nuit. C’est flatteur, extrêmement flatteur qu’un garçon tel que lui s’attache à une pauvre personne comme Zuriel. C’est flatteur qu’il soit l’un des rares à qui il dit cela. Le garçon aux cheveux cyan n’est pas dupe, sous le temps passé se cache en réalité une question au futur.

Peut-être qu’on peut marcher tous les deux.

« Non. »Sa voix résonne dans le silence, claire mais douce, bien plus douce qu’elle ne l’était souvent. Doucement, il roule sur le lit jusqu’à se heurter au corps du garçon blond, se colle à lui, l’enlace. La chaleur est agréable, rassurante, mais ce n’est pas suffisant pour que cela tienne. Il a froid. «Non, on n’aurait pas pu. On ne le pourra jamais, Thomas. »

Cette fois c’est un murmure au creux de l’oreille, murmure qui éparpille les espoirs. C’est mieux, c’est tellement mieux ainsi.
Donner à quelqu’un des faux-espoirs est la chose la plus cruelle en ce monde, et Zuriel tenait à Thomas, il ne méritait pas une telle souffrance. Personne ne le méritait.

Des bras l’enlacent, un baiser salé est partager et il sait – ils le savent- que ce soir est la dernière fois, alors autant en profiter jusqu’à la fin.

C’est mieux ainsi, avant que quelqu’un ne se blesse.

A moins que le mal ne soit déjà fait.

« Je suis désolé Thomas. » Le murmure se perd dans la nuit.

Tu mérites tellement mieux.

Zuriel est persuadé d’être le pire des bâtards.

~

« Est-ce que Zuriel est là ? »

Le dit garçon s’enfonce sous sa couette à la première syllabe. C’est lui. Il est venu, Zuriel ne peut faire erreur sur sa voix, celle qu’il pourrait reconnaître entre milles, qu’il était incapable d’oublier, et cela même s’il le souhaitait vraiment à ce moment. L’oublier lui tout entier.

Ne lui dit pas Freia, s’il-te-plaît, je ne veux pas le voir…

« Pourquoi ? »

Le ton est raide, style avalanche de neige en montagne ; le ton typique que Freia utilise avec les gens qu’elle n’apprécie guère. Zuriel soupir de soulagement, sachant à présent que sa sœur ne laisserait jamais rentrer Adam à l’intérieur. Mais VRAIMENT jamais.

« J’ai besoin de lui parler, Freia, s’il-te-plaît. »

Le silence qui suit la réplique du garçon est assourdissant, Zuriel sent son cœur rater plusieurs battements. Freia, bon sang…

« C’est étrange, mais il m’a semblé entendre qu’au contraire, vous n’aviez plus rien à vous dire. Je doute que Zuriel ai changé d’opinion, tu vois. »

Ne pourrait-elle simplement pas lui fermer la porte au nez ? Ce ne serait pas la première fois qu’elle le faisait, après tout. Son ex avait eu un joli nez cassé lorsqu’il l’avait trompée, glorieuse journée que ce fut.

« Je veux m’excuser auprès de lui ! J’ai été inju-…

-Oh oh, écoute Adam, je ne sais pas exactement ce qu’il s’est passé, ET je n’ai pas envie de l’apprendre, pas par toi en tous les cas, cependant je sais que c’est mon petit frère à qui tu as fait du mal, et je ne te laisserais pas lui en faire plus. »

Adam bredouilla quelque chose que Zuriel n’entendit pas clairement. Rien d’important pour sûr, de toute façon Freia le coupa dans son élan maladroit. Il pouvait pratiquement la voir rien qu’en l’écoutant parler : les bras croisés, les sourcils froncés, le visage fermé et le regard glacial- un point qu’ils avaient en commun lorsqu’ils était énervés.

« Je ne veux rien entendre. Rentre chez toi et ne revient plus jamais, j’espère avoir été assez claire. Sinon, la porte le sera pour moi. »

Nouveau silence, le garçon enveloppé dans ses draps doux sait que celui sous le regard glacé pèse le pour et le contre de rentrer tout de même en bousculant Freia. De par le temps passé dans cet appartement, il savait que ne pas écouter l’ainée de la famille pouvait être très dangereux, mais il voulait aussi beaucoup s’étaler pathétiquement devant son ancien ‘ami’, c’était évident.

« Mais Freia, tu connais Zuriel, tu sais que parfois il a besoin qu’on le... »

La voix sèche de la jeune femme le coupe à nouveau, arborant un ton qui n’autorisait aucune réplique.

« Il n’a pas besoin de toi. Il n’a jamais eu besoin de toi d’ailleurs, s’il restait avec toi, c’est parce qu’il t’aimait, lui. Ça n’a jamais été une histoire de besoin. Maintenant dégage, j’ai d’autres chats à fouetter. »

Bam bam bam… Qu’est-ce que son cœur pouvait être bruyant. Il déglutit avec difficulté, jouant distraitement avec un pli de son drap.
Il l’aimait. Il l’aime toujours. C’est douloureux.

Part.

« Zuriel, je sais que tu m’entends ! Je suis vraiment désolé, laisse-moi te parler ! »

Non, il ne l’entend pas, il n’entend rien au-delà de son cœur qui bat la chamade. Il ne veut rien entendre, son nom est rayé à tout jamais de sa liste des gens qu’il veut entendre, c’est irréversible, point.

Ferme la putain de porte Freia.

« Dernier avertissement Adam. »

Zuriel resserre sa couette autour de lui, mord ses lèvres nerveusement. Elle faisait preuve de trop d’indulgence à son goût.

Sort de ma vie.

« Tu me manques. »

Le bruit de la porte qui claque passe presque inaperçu à côté de la gifle que le garçon aux cheveux turquoise se prend. C’est égoïste, c’est bas, c’est dégueulasse.

Il en a envie de vomir.

Est-ce que c’était ce qu’il a dit à sa copine aussi, pour qu’elle revienne ? Il lui fallait toujours tout.

Il ferme les yeux, respire profondément, serre sa couette protectrice contre lui. Ici Adam ne pouvait plus l’attraper ; plus jamais du moins. C’est enfantin peut-être de prendre sa couette comme un abri sûr face aux dangers, mais au moins la chaleur qui l’engloutit l’aide à résister à la tentation de courir après le garçon menteur dans le froid. Il doit se désintéressé, l’écraser sous quelque chose, le tasser dans un coin jusqu’à ce que le feu de la passion s’éteigne. Non, il n’a pas besoin de lui.
Lorsqu’il rouvre les yeux, une chaleur supplémentaire l’enroule, sa vision est brouillée, sa respiration saccadée, une voix douce retendit.

« Ne pleure pas Zuriel, ce salaud n’en vaut pas la peine. »

Telle mère, telle fille.

Il n’en vaut pas la peine. Bien sûr qu’il en valait la peine, ce salaud, il n’en valait que trop la peine même. Lui et sa fichue manie de s’étaler partout comme de la confiture avait tartiné son cœur avec son nom, sa voix, ses gestes, sourires et corps. Pour un salaud, c’est un beau salaud. Le crime est parfait.

Bordel, qu’est-ce qu’il l’aime.

~

Plus tard, Freia lui glissera au passage que le brun avait l’air bien amoché lors de son passage.

Thomas.

Il était le seul à savoir, le seul à l’avoir vu depuis, son seul et unique meilleur ami. Et Zuriel se sentit encore plus mal, parce qu’au final, bordel, c’était lui-même qui avait tout foiré. Il n’était pas le seul en faute, malheureusement il était tout de même en première ligne, lui aussi avait tiré de nombreuses balles sous l’influence d’un connard au sourire charmeur.

Zuriel ne le revit pas. Il ne revit pas non plus Lou. Il répondait à ses appels, parfois, mais pas toujours. Elle n’osait pas pousser, parce que ce n’était pas ses affaires et Zuriel détestait qu’on se mêle de ses affaires.

Elle a arrêté d’appeler.

En réalité, il ne revit personne. Il affirmait avec conviction qu’il était plus qu’heureux avec son ordinateur et la nourriture, mais ni Freia ni sa mère n’étaient dupes.

Zuriel est un idiot.

~

« T’es pas sorti depuis au moins 6 mois, va prendre l’air chez ta grand-mère. »

Malgré maintes protestations (« C’est pas vrai, je suis allé faire les courses. ») et longs débats familiales (« Je suis d’accord avec maman. En plus tu manges tous mes kit-kats. »), Zuriel se vit donc forcer de quitter la tranquillité de sa chambre afin de passer une bonne semaine chez sa grand-mère, dans un coin paumé de l’Irlande certes, mais au moins il y a la mer et les jolies plages d’Inishowen ! Youhou ! Trop cool !

Not.

On est en plein hiver et la seule chose à quoi Zuriel pense en descendant du taxi, c’est qu’on se les caille sévère dans le coin. Claquant des dents, il remercie le chauffeur de mauvaise foi – qu’est-ce que c’est cher de dieu- et reprend sa valise, les yeux rivés sur la mer qui avait un aspect aussi triste que le ciel, reflétant plus ou moins son état d’esprit. Grimaçant, il tire derrière lui sa lourde valise et resserre son manteau un peu plus autour de lui- même, regrettant de ne pas avoir pu transformer sa couette en manteau top tendance.

Certes, le paysage est fantastique, mais franchement, en cette période de l’année, il préférerait être chez lui au chaud, d’autant plus que sa grand-mère, en plus d’être radine sur le chauffage, l’obligeait toujours à sortir pour des raisons quelconques. Sa seule satisfaction est qu’il avait pu emmener son précieux ordinateur.
Et peut-être aussi parce qu’il pourra voir Emily, sa petite Emily qu’il a le plaisir de voir à chacun de ses séjours. La jeune fille ne manque vraiment jamais de le faire sourire ; le moins qu’il puisse dire est qu’elle donne de sa personne pour cela. Le jeune garçon se souvient encore du jour où la petite fille aux yeux miel s’était jetée dans la mer en plein milieu de l’hiver lors d’une représentation dramatique et passionnée du Titanic sous ses yeux à la fois totalement émerveillés mais aussi inquiets, surtout lorsqu’elle ne remonta pas pendant plusieurs longues secondes. Au final, il avait été forcé d’aller la chercher et ils avaient couru jusqu’à chez lui où sa grand-mère leur passa le savon du siècle. Une fois seuls cependant, Emily ria aux éclats, lui arrachant plus qu’un simple sourire.

A l’époque, tout était plus facile. Il y avait Zeus aussi ! Le souvenir du pigeon qui passait son temps à se trouver des cibles pour lâcher des ‘bombes puantes’ – imaginaires, certes, mais dans son esprit d’enfant, c’était bien suffisant- laisse sur le visage pâle du garçon un rictus amusé.

Peut-être qu’au final, ce n’était pas si mauvais de revenir ici, il se sent déjà revigoré. Ici il n’y a personne à éviter, et encore moins à craindre.

La brusque bourrasque de vent aurait dû le convaincre de rentrer, pourtant il se contente d’enfouir son nez dans son nez épaisse écharpe blanche, ne daignant se déplacer que pour atteindre l’étendue de sable dont la couleur rappelait plus celle de la terre que les îles paradisiaques. Tirant sa valise derrière lui avec difficulté –les roues et le sable ne se sont jamais vraiment entendues-, il s’arrête à mi-chemin de la mer afin de s’assoir quelques instants, observant la beauté du paysage. C’est reposant de n’écouter que le vent et les clapotis des vagues, d’être loin de tous ces bruits de circulation aliénants de la ville, les cris et parfums assommants des autres.
Le calme l’invite à la réflexion, une sorte de bilan de sa vie, aussi stupide que celui puisse sembler à certains.

Plus de six mois s’étaient déroulés depuis qu’Adam avait ‘soudainement’ changé de camp, six mois que Zuriel digérait avec beaucoup plus de difficultés qu’il ne l’aurait souhaité la sensation qu’on lui a brisé le cœur à grand coups de massue. Dans beaucoup de films qu’il a pu voir, tout à l’air tellement plus simple, les gens passent à autre chose, rencontrent quelqu’un de nouveau et tournent la page, mais lui n’avait pas envie de rencontrer des gens, il n’avait pas envie de s’intéresser à eux et les laisser s’infiltrer. Il avait fait preuve de trop d’indulgence, le résultat fut déplaisant, son opinion était fondée sur les passions sentimentales. Plus jamais il ne s’y laisserait prendre.
Ses pensées divaguèrent sur Jade dont le sourire taquin hantait parfois ses songes. Il se demandait si elle allait ben, là où elle était, où elle était d’ailleurs. Son départ silencieux suscitait toujours chez lui de nombreuses interrogations. Sûrement qu’elle n’avait jamais eu le courage de lui dire au revoir, sans doute pensait-elle que c’était mieux ainsi, moins douloureux pour tous les deux. En fait, elle l’avait sûrement déjà oublié.
Et puis, il y avait Thomas. Thomas qui ne rentrait pas dans la même catégorie. Thomas qui avait toujours été là pour lui, Zuriel qui ne l’avait jamais été. Qu’il fût stupide de ne réaliser qu’après que le mal soit fait ; mais retourner dans le temps n’est pas une option probable, de nombreuses pièces du puzzle perdues. Tous les deux n’aurait pas pu tenir même avec toutes les peines du monde, il s’en persuadait avec force. Ils étaient bien mieux ainsi.
Il y avait tant de choses qu’il regrettait soudainement. Avoir piétiner son amitié avec Thomas en était une, mais également d’avoir abandonné Lou derrière, de l’avoir trop négligée alors qu’elle était une fille formidable. Il voulait la voir. Il voulait voir Thomas. Il voulait les serrer contre lui et s’excuser parce qu’il est un crétin finit qui se laisse avoir par les beaux yeux d’Aphrodite.

La vie est cruelle lorsque l’on essaie de s’en donner la peine ; c’était la conclusion à laquelle Zuriel était parvenu, la raison pour laquelle il s’était décidé à arrêter d’essayer. Lui, sa famille, son ordinateur et la nourriture, c’était là tous ce dont il avait besoin.

Malheureusement – ou heureusement-, pour des raisons inconnus, une partie de lui criait que cela n’allait pas se passer ainsi. Il ne proteste pas.

C’est de la joie que nait la tristesse après tout, et Zuriel savait au fond de lui que la joie en valait toutes les peines, il devait juste dégager un peu les ronces du passage. Genre. Beaucoup de ronces.

Fronçant les sourcils à ses propres pensées –son expression de dégoût ultime en quelque sorte-, le garçon décide qu’après tout, un bon remontage de pendule par sa grand-mère et quelque temps avec la rayonnante Emily ne lui fera pas de mal. Avait-il été aussi apitoyé sur lui-même pendant tout ce temps ? Lui que rien n’atteignait d’ordinaire s’était égaré un peu trop profondément dans les méandres de son cœur sensible il semblait, et c’est à corriger d’urgence ; ce mélodrame était franchement trop mauvais pour espérer en faire un film. Lève la tête.

« Remember who you are. »

La citation qui sort toute seule d’entre ses lèvres bleuis eut aussi pour effet de les courber en un faible sourire ; il se promet de regarder à nouveau le film dès qu’il aura revu Emily et sa grand-mère. Emily le regardera certainement avec lui, installés confortablement dans le canapé avec une couette épaisse et des chocolats chaud, comme à chaque fois.
Une nouvelle bourrasque de vent le hâte de rentrer au chaud et c’est ce qu’il fait. Il se dresse sur ses pieds, s’étire longuement les yeux toujours rivés sur la mer agitée. D’une main sûre il attrape la hanse de sa valise et file droit jusqu’à la petite maison qu’il reconnaîtrait entre mille, non loin de la côte. Absolument rien ne semble avoir changé depuis sa dernière visite il y a deux ans ; c’est rassurant, cette sensation d’être enlacé par deux larges bras accueillants.

Sur le pallier, il prend une bonne bouffée d’air et tourne la poignée, qui comme dans ses souvenirs, n’oppose aucune résistance – sa grand-mère n’a pas pour habitude de fermer à clé lorsqu’elle est là.

Il pousse la porte et…

Tiens, elle a changé la déco ?

Elle se ferme derrière lui dans un bruit sourd.

Under the sea he finds a whole new world


[Yo c'est la fin, finalement, c'est l'heure de se tirer une balle, jE SUIS TELLEMENT DESOLEE.]

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MessageSujet: Re: CHRISTENSEN Zuriel ► Fly & Fry    Mar 14 Jan 2014 - 22:11

Salutations ~
Même si tu m'as dit que ce n'était pas grave, je m'en veux d'avoir pris autant de temps pour lire. Je lis vraiment trop lentement ... OTL Mais j'ai vaincu ! Alors bon, je te l'avais déjà dit par rapport au premier post, je n'ai rien à signaler.
Pauvre Zuriel, son pouvoir tient plus de la malédiction qu'autre chose ... mais bon xD
Son histoire fut très intéressante à lire, moi en tout cas j'ai bien aimé (même si j'ai pris mon temps, rrr). Petit Zuriel est trop chou, les Christensen sont trop choux, tous les personnages sont super choux, j'ai bien apprécié les voir interagir entre eux ♥ Je suis vraiment triste pour Thomas ,_, ... En fait j'en veux plus à Zuriel qu'à Adam dans cette affaire ! Mais bon. C'est vraiment dommage que ton texte soit truffé de fautes de er/é et d'inattention (j'ai croisé par exemple distrait à la place de discret ou désert à la place de dessert) ... ça ne m'a pas empêché d'apprécier ma lecture, mais ça m'a souvent fait buter et donc rendu le tout moins fluide. M'enfin ce n'est pas ça qui va empêcher ta validation, et quand tu veux tu pourras demander à ce qu'on réouvre ta fiche afin de la corriger si la motivation te gagne !

Bref, sur ce, voilà voilà. Bienvenue encore une fois, officiellement ! Tu es donc validé. Tu peux dès à présent commencer à RP sur le forum en commençant bien entendu par le Hall. Je t'invite chaudement à ensuite recenser ton pouvoir et, pourquoi pas, t'incruster dans la partie Hors Jeu du forum en plus de la CB ;)

Si tu as des questions, n'hésite surtout pas. A bientôt !



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CHRISTENSEN Zuriel ► Fly & Fry

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