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 Quand reverrai-je mon Avalon ? [PV Angie.]

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Pensionnaire
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Masculin Pseudo Hors-RP : Ekza.
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• Age : 27
• Pouvoir : Sangsorium.
• AEA : Tsubameium - Hirondelle du Hasard.
• Petit(e) ami(e) : Jack Lauwrence

RP en cours : C'quoi des RP ? D:

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MessageSujet: Quand reverrai-je mon Avalon ? [PV Angie.]   Dim 8 Déc 2013 - 17:51

À Jack.

« Je me souviens encore de ce matin-là. Comme si c’était hier. C’était peut-être hier, qui sait ? Car rien n’a changé depuis. Rien ne changera plus, en moi. Je m’éveillais à tes côtés, tu dormais encore, les draps froissés sur ton corps nu. La pièce était encore plongée dans l’obscurité, mais je m’inventais une lumière, quelques lueurs flottantes dans une image rémanente de ma chambre bien trop partagée. Un souvenir précis de chaque objet, chaque couleur à l’instant où nous nous étions couchés. Je fus surpris de ne pas trouver mes affaires à leur place. Mes mains traversèrent l’illusion de mon sang. Elles trouvèrent à tâtons ma chemise trente centimètres plus loin. J’avançai par habitude jusqu’au miroir dans l’angle. C’est à ce moment qu-… »

Soupir.

« Mon don me renvoyait l’image de la veille, vêtue de cette chemise grise, encore ouverte. Le bras ballant, les cheveux emmêlés, les yeux cernés. Je lui faisais face. À ce corps long et maigre. Et j’ai su à ce moment qu’il n’avait pas changé, pas cette nuit. Que ce reflet factice, produit de mon imagination, resterait à jamais. Jusqu’à ce que la mort arrive, pour être exact – si toutefois nous ne lui jouons pas encore un tour, n’est-ce pas ? J’ai toujours cru que les pensionnaires étaient délirants. Que ces histoires n’avaient pas de sens. Oui, j’étais sceptique sur ce phénomène, moi, aussi grand Sorcier que je fus.

Mais là, dans ce miroir aux contours rouillés, au verre parfois passé, je me contemplais pour la première des dernières fois. Je ne vieillirai plus ; je le savais en cet instant. Les rouages de mon corps avaient cessés leur quête perpétuelle d’un système toujours différent. Ils tourneraient, encore et encore, selon la même, perpétuelle, routine. Je constatai mon visage inexpressif, bien qu’à côté, je compris les implications d’une telle confirmation. Si je rejetais l’idée, c’était pour les conséquences qu’elle avait. Comment sortir d’un endroit qui parvenait à nous isoler de la marche même du temps ? Oui, c’est cette question qui se heurtait sans cesse à chacune de mes pensées sur le moment. Je peinais à ne pas trembler. Sans doute tremblais-je, mon reflet n’en aurait rien trahi. »

Un frisson.

« La chambre avait changé d’ambiance. Les lits étaient couverts de draps crème, des rideaux d’or tombaient du plafond coloré. Je reconnaissais d’autres silhouettes dans les lits de mes compagnons de dortoirs. J’entendais à l’étage inférieur des éclats de rire, des échos de voix, charmantes discussions auprès d’un feu confortable. Je devinais l’animation, joyeuse, celle-là même à laquelle je ne me mêlais guère. Regrets. Mais persistait l’odeur d’enfermement, d’isolement. Ces relents de poussières et de fers, seules essences adaptées à mes sens. Loin des fumets délicats des appartements des méduses. Loin, loin, si loin. À une éternité de là. Une éternité désormais figée. Tant que le temps emportait dans son jeu mortel les changements de mon corps, je pouvais espérer rester en phase avec ce que nous fûmes, penser que notre monde souvenir continuait à nos côtés.

On ne se rend pas compte que l’on vieillit à chaque seconde. Mais je sais que ce n’est plus mon cas. Avec plus de clarté que tout ce que je n’ai jamais pu comprendre. La comparaison est sans doute légère, à considérer mon esprit divaguant. Je ne suis pas resté dans cette chambre. Je savais qu’elle n’était qu’un reflet éphémère, relent de mon inconscient en phase de deuil. Je voulais en savourer plus encore. Je m’étais habillé et sortis sans perdre de temps. Les tonalités de mes camarades se faisaient plus vives alors que je franchissais le seuil de la porte. Le couloir était somptueux. Or et crème, toujours. Mais des décorations supplémentaires. Nous étions en fête. Un courant d’air glacé me faisait penser à l’hiver. Les rayons qui perçaient nos fenêtres appartenaient eux à un ciel d’été. Je couru vers ce qui était le centre de toutes les attentions – car je m’en souvenais.

Mes pieds détalaient sur les pierres de l’université. Mon corps n’aurait pas dû suivre un tel rythme. Peut-être avais-je beaucoup dormi. Peut-être n’avais-je plus à ressentir la fatigue. Peut-être m’avais-tu drogué. Mais j’avançais, sans m’arrêter. Je voyais les mètres défiler, et avec eux leurs lots de peintures, les guirlandes festives qui laissaient parfois place à fresques et sculptures d’un autre style. Je ne savais plus à quelle période nous étions. Ou plutôt, je ne savais que trop quel couple de jours je revivais. Une fenêtre après l’autre se succédait flocons et ciel d’azur. Un lac gelé et un bois d’un vert vif. Je dépassais les élèves un à un, tantôt habillés d’écharpe et de cape doublée, tantôt de l’uniforme réduit à son strict minimum. Je laissais ces fantômes de mes souvenirs s’écarter sur mon passage, sans doute dévorés après mes pas par mon espoir vacillant.

Mon souffle se faisait court. Mon esprit avait du mal à suivre, le sang se faisait difficilement un passage jusque mon cerveau. L’illusion que mon pouvoir maintenait subissait quelques soubresauts. Le temps d’un battement de cœur, je revoyais les couloirs inhospitaliers de notre prison. Je luttais pour que l’instant suivant mon rêve se poursuive. Parce que j’ai toujours été le meilleur à me tromper. Alors j’y revenais, et je m’approchais. Les élèves se faisaient plus élégants. Fin prêts pour la soirée. Le soleil n’avait jamais été si prompt à disparaître, en quelques foulées il avait totalement décliné.

Le long de mon chemin, je pouvais admirer les toiles animées. Ces illustres ancêtres immortalisés dans des cadres travaillés. Un à un, ils s’inclinaient. Un égard qu’ils n’auraient jamais eu, mais sans doute avais-je besoin de cet adieu. Sur les vitres je pouvais voir mon reflet. J’avais ralenti, par la force des choses. Mon corps n’en pouvait plus, mon souffle manquait, mais j’arrivais. Je portais ces tenues que tu connais. Un reflet me renvoyait cette chemise blanche, parfaitement ajustée, et l’autre me faisait voir cette robe grenat, que je portais avec délicatesse. J’avais l’impression de marcher parfois avec des talons, parfois non. Je me surprenais à regarder si cet empressement n’avait pas altéré ma coupe soigneusement étudiée. Parfois j’avais un ruban, parfois non. Et il m’arrivait d’avoir de la poitrine.

Les portes étaient hautes et grandes ouvertes. Quatre mètres de bois, de pierre, de fer qui encadrent une assemblée stylisée. J’entre. Alors j’évolue dans deux réalités. Je ressens deux mondes en collision au même endroit, dans le même fragment de ma psyché délirante. Je suis élégant au bal d’hiver, festivité placée là pour nous égayer, effacer ces souvenirs sombres d’attaque et de mort. Je suis belle, dans ma tenue d’un autre genre, déguisée pour tromper, pour séduire, pour changer, à cette soirée qui conclut notre festival en début d’été. Et au centre m’attend ma cavalière, mon cavalier.

L’un des bals était masqué, mais pas un visage ne m’est dissimulé. Parce que je sais tout désormais. Je comprends et fais les liens au dernier moment. J’ai une vue d’ensemble sur l’échiquier dans lequel j’évoluais les yeux trop fermés. Je constate le sol en damier, dernière des ironies. Je réduis l’écart qui nous sépare. Toi, et elle, êtes aux centres. Elle ne tardera pas à fuir les lieux, la foule d’hiver l’oppressant. Tu ne feras pas une telle chose, dissimulée en homme pour toi aussi te divertir. Vous êtes à la même place, superposées dans mes deux vérités. Mon œil vacille d’un spectre à l’autre. Comme les tics et les tacs de l’horloge qu’on attend avant la mi-nuit, je ne reste jamais accroché à l’une de ces images. Vous me tendez enfin la main, m’invitant une dernière fois à entrer dans votre danse, virevolter en toute insouciance. »

Une pause. Inspiration.

« Comme j’aurais dû en profiter plus encore à l’époque. J’ai toujours couru après quelque illusion. Là encore, vous en étiez. Je me laissais volontiers avoir. Mais alors que ma main allait vous effleurer, vous disparaissez. Un ballet de poussière et de cendre prend place dans la salle trop vide. Le plafond qui imitait une nuit étoilée se voit sombrer dans les enfers d’une tempête monochrome. Toutes les dorures, toutes les lumières, évaporées. L’ombre des danseurs s’efface elle aussi. Et quand la folle danse, alors silencieuse, cesse pour ne laisser que l’âpre réalité, je me laisse aller. Mon corps s’effondre, un genou à terre, la main à plat sur le sol, froid. Mes cheveux tentent au mieux de voiler ce retour brutal dans notre cage rouillée.

Mais le tourbillon n’avait pas tout emporté. Plus loin se trouvait une silhouette. Quelqu’un. Qu’en avais-je à faire ? Je ne reverrai jamais mon Avalon. »

Une pause. Une autre.
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Féminin Pseudo Hors-RP : Angie
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MessageSujet: Re: Quand reverrai-je mon Avalon ? [PV Angie.]   Sam 18 Jan 2014 - 23:05

Emily se glissa dans l’ombre, refermant doucement la porte derrière elle. Elle se dirigea dans les couloirs avec l’aisance de celle qui était habituée à vivre plutôt la nuit ; elle descendit doucement les escaliers, évitant de réveiller les autres pensionnaires, et traversa le hall pour rejoindre la cuisine.
Elle serra un peu plus l’épais pull contre son corps famélique, et regretta un instant de ne pas avoir mis de chaussettes – le froid de l’hiver parvenait à lui arracher des frissons. Elle ne se préoccupait pas de savoir dans quel mois ils étaient ; les saisons lui suffisaient depuis longtemps. Tellement longtemps qu’elle n’était plus vraiment sûre de savoir quel âge elle avait ; vingt ans ? Plus, peut-être.
Cela n’avait pas d’importance.

Elle pénétra dans la salle mais s’arrêta immédiatement au seuil, les oreilles à l’affût du moindre bruit qui pourrait trahir la présence d’un autre pensionnaire. Elle n’aimait pas être vue quand elle mangeait. Elle finit par reprendre son chemin vers le réfrigérateur, et l’ouvrit avec brutalité. Ecartant les cheveux qui lui tombaient devant le visage avec agacement, elle cherchant de longues – trop longues – secondes son prochain repas, les mains tremblantes. Lorsqu’elle repéra enfin la viande, elle la saisit avec empressement, et la jeta pratiquement sur la table alors qu’elle s’y asseyait. Elle sorti son mets et ne s’embarrassa pas de couverts, y plantant immédiatement ses dents. Ses crocs ?
Cela n’avait
vraiment pas d’importance.

Sentir la viande se déchiqueter, la mâchonner avec brutalité et en aspirer le sang,
ça, c’était important. Elle avait toujours l’impression d’être ivre lorsqu’elle… mangeait. Elle n’était pas sure que les autres ressentent cet apaisement envahir leur corps entier, arrêtant immédiatement tous les tremblements qui l’avaient dérangée ces dernières heures, toutes ces douleurs intestines qu’elle ne pouvait ignorer plus longtemps. Et son cœur qui s’affolait à chaque fois qu’elle croisait quelqu’un lorsqu’elle était dans cet état là…. Certains plus que d’autres. Elle était souvent dangereuse, songea-t-elle avec une légère amertume. Ils auraient pourtant détesté qu’elle pense ça.

Elle laissa le reste de son repas retomber mollement sur la table, la bouche encore remplie de viande crue qu’elle mastiquait machinalement.
Pourquoi repenser à tout ça maintenant ? A ce qu’elle avait perdu, à ce qui ne l’attendait plus au-dehors. Il restait son père, bien sur, mais… Est-ce qu’il l’attendait vraiment ? Il était sans doute mieux sans elle. Elle n’avait jamais apporté que des problèmes – ce n’était même pas de l’apitoiement. C’était la vérité, et elle le savait ; c’était sans doute le plus difficile à admettre, et cela lui donnait presque envie de vomir le repas qu’elle venait de faire. Repoussant avec dégoût les restes à moitié mâchonnés de viande, elle se leva avec empressement, le regard vitreux.

Pourquoi repenser à tout ça maintenant ?

Elle avait presque envie de se laisser glisser au sol et de se mettre à
pleurer. Cela faisait longtemps qu’elle ne l’avait pas fait, pourtant – le monde extérieur était dangereux pour elle. Ici, les autres ne pouvaient rien lui faire, se répéta-t-elle inlassablement. Elle était plus forte qu’eux. Dehors… c’était elle qui était faible. Elle qui devait faire attention aux autres. Elle qui devait se cacher.
Elle ne redeviendrait pas faible.
Jamais.

Elle négligea de manger autre chose, le ventre noué – là encore, il aurait détesté. Son père avait toujours fait en sorte qu’elle mange équilibré.
Mais son père n’était plus là.

La main accrochée à la croix qu’elle portait toujours autour du cou, elle se traîna jusqu’à la salle de bals inutilisée ; il n’y avait jamais personne. Elle pourrait se lover dans un drap, les rideaux soigneusement fermés, et s’endormir jusqu’au crépuscule. Sans que personne ne vienne la déranger ou la toiser avec peur. Un léger sourire regagnant son visage, elle poussa la lourde porte, et jeta un léger coup d’œil dans la pièce, s’assurant que tous les rideaux étaient hermétiquement clos, comme elle les avait laissés la dernière fois. Elle referma ensuite la porte derrière elle, et se dirigea vers le fond de la salle, à l’abri de toute source de lumières, et s’emmitoufla dans l’épaisse couverture qu’elle avait jetée sur le fauteuil décharné déplacé depuis le salon.
Il y avait toujours trop de monde dans le salon.

Elle eut presque un petit rire ironique en songeant qu’elle était devenue une vampire digne de toutes les légendes qu’on faisait d’eux ; il ne lui manquait plus qu’à se trouver un titre de noblesse, un château en ruines et des chauve-souris.
Mais cela n’avait pas d’importance. C’était la vie qu’elle s’était choisie. Et puis, elle voyait Nao de temps en temps ; cela lui suffisait amplement. Nao. Il lui suffisait depuis des années, pourquoi cela devrait s’arrêter ? Cela ne s’arrêterait jamais. Comme elle ne s’arrêterait jamais d’avoir le sentiment d’être ébouillantée de l’intérieur lorsque le soleil entrait en contact avec sa peau, comme elle avait l’impression de mourir à chaque fois qu’elle avait tenté d’entrer dans un endroit où elle n’était pas invitée.
Elle n’avait pas besoin des autres. Pas besoin du monde extérieur, pas plus que le monde et les autres n’avaient besoin d’elle… Elle avait Nao. Pas d’amis. Nao.
L’alliance que son frère lui avait passée au doigt sembla la brûler, l’espace d’un instant ; mais lorsqu’elle la toucha avec sa main droite, elle ne sentit que la froideur de l’or.

BAM.

Elle sursauta brutalement, et se maudit de s’être laissé surprendre ; elle aurait du entendre le
fou furieux qui entrait comme un dingue dans la pièce depuis longtemps. Mais non, elle avait préféré se laisser tomber dans les méandres de ses remords. Comme d’habitude.

« Putain mais tu vas te calmer ?! » feula-t-elle, agacée de tant d’agitations.

C’était SON repère. D’habitude, personne n’y venait – et surement pas à cette heure ci.


« Hé ho ? » répéta-t-elle. « T’arrêtes, oui ?! »

Elle finit par quitter son fauteuil, les poings serrés, et tendit la main pour attraper le bras du malade mental qui lui gâchait sa nuit ; mais il se laissa tomber à genoux, et son bras lui fila entre les doigts. Elle recula de quelques pas, incommodée par l’odeur qu’il dégageait – une odeur de sang. Mais sans en être une… C’était trop étrange. Elle n’aimait pas ça du tout.

« T’as fini ton cirque, c’est bon ? » persifla-t-elle néanmoins, le regard dédaigneux.
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