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 « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]

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* Sadoman
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MessageSujet: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   Lun 30 Déc 2013 - 5:47

D’un geste rageur, Wang envoya paître la boule de papier chiffonnée et la gratifia d’un regard mauvais tandis qu’elle partait s’écraser à quelques mètres de la table. Cette garce trouvait encore le moyen de lui lancer des œillades insolentes quand une moue désolée eût été de mise. Il s’étira, soupira, grimaça quand un craquement sinistre parcourut son dos et fit courir un frisson le long de sa colonne vertébrale. La tête dans les bras, il laissa son front reposer contre le bois poli. Ça sentait bon le vernis et le vieux meuble, pas une odeur désagréable en soit et qui, à tout le moins, avait le mérite de ne rien lui rappeler du tout. Au temps pour les petites joies de la vie. Un instant, il s’autorisa à fermer les yeux. Autour de lui, les éléments si familiers du paysage s’effacèrent un à un pour laisser place à un noir réconfortant qui, cette fois-ci, lui rappelait tout simplement trop de choses pour lui en rappeler une seule. Depuis combien de temps était-il assis-là à ne rien faire ? Une heure, deux ? Peut-être plus. Peut-être moins, pour ce qu’il en savait et, plus encore, pour ce qu’il en avait à faire. La table était fraîche contre son oreille, le silence semblait geler l’autre –lui ou un courant d’air. Parfois, le garçon avait la très nette impression que le manoir en grouillait, de jour comme de nuit. Ils les rendaient tous malades, à coup sûr, et n’aidaient pas les tendances hypocondriaques qu’il tendait à se découvrir ces derniers-temps.

Ressembler à une mandarine trop mûre l’espace de quelques jours avait de quoi vous traumatiser. Il n’avait plus qu’à ajouter ces pauvres agrumes à la liste des choses qu’il ne pouvait plus voir en peinture, et son reflet qu’il devinait peint sur la longue baie-vitrée en face lui adressait un sourire goguenard, du genre de ceux qu’il réservait aux grandes occasions –ce n’était quand même pas de sa faute s’il y en avait beaucoup. Fatigué et perclus de courbatures, il étendit son bras gauche, affalé avec une grâce qu’un morse n’eût pas eu à lui envier du fin fond de son coma. Ce qu’il ne faudra pas tarder à ajouter à cette liste, commenta-t-il à mi-voix pour lui-même, c’est le papier. Fichu papier. Fichu papier, en effet ; il aurait tout aussi bien pu rejeter la faute sur ses doigts gourds, ma

et noirs de suie là où, entre deux traînées liquides et rosât

is le papier lui inspirait plus d’antipathie. C’était plus pratique, il fallait le reconnaître. Devant le Chinois, il s’étalait en deux agrégats inégaux. L’un, gigantesque, gisait en dizaines de morceaux de papiers. L’autre, nettement moins imposant, avait une figure similaire qui arracha un nouveau soupir à Huan Yue. Combien de feuilles avait-il froissées ? Soixante-dix, soixante-et-onze ? Soixante-douze, a priori, corrigea-t-il. Non seulement il était incapable de faire un milkshake, mais ses compétences ne s’étaient pas améliorées avec les pliages. Hiro n’aurait pas été très f

res, un croissant blanc ne se découpait pas.

ier de lui. Piqué au vif, Wang se redressa. Le parc en contre-bas était magnifique, éclairé seulement des halos faiblards des lumières allumées dans les chambres et du salon qu’il n’avait jamais connu désert. La salle de bal, elle, n’abritait pas un chat. Le lustre pendait du plafond et faisait jouer sur le sol une kyrielle de reflets bleutés qui évoquaient des étoiles. Les nuages avaient la grâce de les dérober à leur vue une soirée sur deux, là-bas dehors. Elles étaient frileuses, elles aussi. Elles étaient chiantes.

D’ailleurs, le vocabulaire de ses compagnons d’infortune commençait à fortement déteindre sur lui. Ce n’était pas bon signe –en parlant comme un Américain, Courtney cesserait peut-être de le traiter de soviétique. Ce serait déjà un bon début. Las et désolé, il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier à la tige ramollie par trop d’erreurs. Il n’y en avait pas d’autres qu’elles à cette période. Rien que des fleurs ridicules qui auraient mieux fait de rester sous terre ; le Mandchou se jura de ne plus jamais rien tenter d’aussi audacieux de sa vie. Pourquoi pas étaler du crayon de bois sur une feuille et clamer haut et fort que c’était presque du diamant, tant qu’il y était ? Tout ça n’avait pas le moindre sens, ou alors il ne le voyait pas, ce qui était du pareil au même, bonnet blanc et blanc bonnet, si ce n’était pas pire, c’était un comble, et –oh, et puis min- merde.

Prodigieusement agacé, il sentit un sanglot remonter le long de sa gorge qu’il s’empressa de ravaler –de travers, si bien qu’il resta bloqué à mi-chemin quelque part. Il balaya la grande table vernie d’un mouvement ample, se leva trop brusquement et se retrouva près d’une chaise renversée au beau milieu d’une forêt de boules de neige aux arêtes vaguement fleuries. La porte grinça.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   Ven 17 Jan 2014 - 23:55

...

Pour une fois, Courtney ne poussa pas la porte avec la discrétion et la délicatesse d'un éléphant en pleine charge ; elle claqua doucement dans son dos, sans plus de protestations, laissant à l'intruse le soin de passer un regard intrigué sur Wang et la mer de papier au dessus de laquelle il semblait flotter.
Drôle de tableau.

La jeune fille ne se souvenait plus quand exactement l'autre soviétique lui avait demandé de le rejoindre dans la salle de bal – et si ça n'avait pas tenu au fait qu'elle n'aurait jamais inventé un tel rendez-vous pour le plaisir d'écourter son repas, elle aurait presque cru l'avoir inventé. Mais elle était là, ça restait scotché dans un coin de sa tête pourtant habituée à jeter à la corbeille tout ce qui lui déplaisait, et il était là aussi. Cool. Peut-être un peu hors de propos et méchamment, comme elle avait tendance à l'être face au garçon qui l'affublait quotidiennement de délicieux surnoms renvoyant à des animaux obèses se prélassant sur la banquise, elle songea que ce qu'il voulait lui dire avait intérêt à être intéressant. On ne plantait pas une viande délicieuse et Aphrodite juste pour écouter un crétin nous baragouiner qu'on avait deux de QI et qu'on ne comprenait rien à la vie. Et encore, pensa-t-elle avec agacement, elle présentait la chose sous la meilleure des formes. Le jeune homme aux yeux bridés avait tendance à se montrer un poil plus insultant. Pas qu'elle s'en souciait. Elle aussi pouvait se défendre à coups de mauvaise foi et de comparaisons odieuses. Oh, mince. Elle se décida à poser le talon de sa botte marron sur le carrelage.

Elle s’égarait vraiment pour un oui ou pour un non – il fallait croire que la simple vue de Wang lui inspirait des livres entiers de menaces de mort. Elle aurait pu l'apostropher comme elle en avait l'habitude, cavalièrement et avec des mots qu'elle se plaisait à trouver percutants et bien choisis. Peut-être que l'ambiance feutrée la fit hésiter jusqu'à la faire grimacer. Ce n'était pas son genre, pourtant, de s'arrêter à la moindre barrière. Cette fois-ci, juste... Les petits tas blancs y étaient sans doute pour quelque chose.
Qu'est-ce qu'il...

« Qu'est-ce que tu fiches, au juste ? Demanda-t-elle finalement, laissant ses pensées s'extérioriser sous peine d'imploser, c'est quoi tous ces machins que t'as foutu par terre ? »

Un pliage raté avait volé jusque là où elle se tenait maintenant. Elle le prit entre deux doigts curieux et prudents, le tournant et le retournant sans oser le déplier. Courtney n'était pas très habile de ses doigts, et elle l'avait appris des années plus tôt à ses dépends et celui de ses parents, lesquels avaient été assez fous pour vouloir lui acheter une guitare – et elle était aussi douée pour pincer les cordes que plier le papier. Ça ne l'intéressait pas entre ses paumes mais la fascinait une fois entre les mains des autres. Parce que bordel, ce qu'il fallait être malin pour faire des trucs pareils sans finir par tout froisser. Respect. Même si ce truc ressemblait plutôt à un oiseau cabossé qui aurait pu lui appartenir.

Ouais, combien il avait zigouillé d'arbres là, au juste ? Elle reposa ses prunelles chocolat sur le chinois, sourcils levés en signe d'ignorance. Elle faillit lui dire que son koala ne ressemblait à rien. S'étrangla avant d'avoir pu sentir le moindre son, la moindre vibration sur sa langue. Parfois, il valait mieux se taire et attendre que sortir une bêtise aussi grosse que nous.

Et vu son tour de taille, c'était pas une simple bombe mais un missile nucléaire qu'elle aurait lâché ; n'est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   Dim 16 Fév 2014 - 17:53

Le Chinois haussa les épaules, sans trop savoir au juste ce qu’il voulait dire par ce mouvement désinvolte. Ce qu’il faisait ? Bonne question. Lui-même se la posait depuis un moment sans oser la formuler. Nommer fait venir, récita-t-il, et lui ne voulait surtout pas qu’une réponse vînt jouer les trouble-fêtes, selon leur louable coutume d’empêcheurs de tourner en rond. Il laissa son regard traîner un instant sur la mer de papier qui gisait au sol, avant de le laisser remonter vers le lustre en prenant grand soin d’éviter celui de Courtney –il le devinait déjà bien assez, posé sur lui ou sur les arêtes maladroites des pétales et des tiges avortés. Il regrettait déjà son geste : en quel honneur avait-il mis ses nerfs à si rude épreuve ? Pour quelle cause supérieure avait-il jugé bon de se faire si mal au dos ? Quant au temps –ah, lui, c’était sûrement la seule chose à laquelle il pouvait ne pas penser à ce moment précis.

Le temps aurait pu continuer à filer comme il le faisait sans déranger quiconque et Wang moins encore.

Conscient qu’on attendait de lui qu’il dît quelque chose, non pourtant résolu à raconter n’importe quoi, le gamin resta planté là, bête à en pleurer, les bras le long du corps ; il observait tour à tour les lueurs vacillantes, la fenêtre, la chaise qu’il s’empressa de redresser sans un mot d’excuse ni d’explication. Lener ramassa un des carrés de papier mutilés, avec tout juste un peu plus de circonspection que lui en avait eu à peine plus tôt : ça ne ressemblait à rien. Il s’attendait à ce que la remarque fuse d’un instant à l’autre, vexante mais pour le moins honnête. Pour une malheureuse fois, il n’aurait rien eu à redire. Le bref silence qui suivit venait sans doute de là ; il attendait qu’elle lance les hostilités. L’un d’eux se dévouait, l’autre parait, estoc, taille et valse et vrille pour le reste de la conversation. Légèrement désarçonné, mais trop à côté de la plaque pour s’en formaliser, Huan Yue se contenta de répondre, d’un ton aussi naturel et neutre qu’un mardi pouvait l’être au lendemain d’un lundi :

« Il n’y avait pas de fleurs dans le jardin, déclara-t-il en désignant les roses d’un geste vague du poignet. J’ai essayé d’en faire. »

Notez l’emphase sur le verbe, qui tenait ici toute son importance. Il avait essayé, s’était magistralement planté et ne semblait pas s’appesantir plus que cela sur ce triste échec. Sa gorge était trop nouée pour qu’il s’énerve. Pense à une chose, tu penseras à d’autres. Ne rien avoir en tête en revanche, voilà qui lui plaisait bien. J’ai raté ; ça arrive. Et même souvent, piailla la voix nasillarde en mimant les intonations de Courtney.

« Repose ça avec le reste, reprit-il tandis qu’un sourire en coin se lovait au coin de sa bouche, j’irai les jeter tout à l’heure. »

La prise d’initiatives ne lui réussissait jamais. Ça t’apprendra à vouloir te dérober aux lois de la fatalité.

« Bien mangé ? »

Et il y avait dans cette question une ironie sous-jacente difficilement manquable ; aussi sympathique qu'un lundi, cette fois. Comme pour les fleurs, le Mandchou sentait dans ses os qu’il faisait tout de travers. Incapable de rattraper le tir. Sa réplique sonnait creux, fût-ce à ses propres oreilles –mais, par dieu, elle était banale.
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MessageSujet: Re: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   Mar 18 Mar 2014 - 19:35

...

Le silence la démangeait, au point qu'elle voulut en revenir sur le sujet du koala handicapé, débattant en son for intérieur la ressemblance du bout de papier avec celle de l'animal en question – brièvement aperçu au détour d'un quelconque livre, longuement décrit par T.J quand elle l'avait interrogé sur la faune et la flore de son pays. Même avec un peu d'imagination (et sans vouloir s'en vanter, elle pensait en avoir pas mal), les arrêtes aiguës du pliage peinaient à évoquer des oreilles et des pattes. Elle le tint en équilibre sur sa paume, stressée pour rien. Ce n'était pas comme si elle était venue assister à une exécution, non plus ! Il fallait croire qu'elle redoutait chaque parole que Wang pouvait lui adresser comme une prophétie de fin du monde.
Ce qui était idiot. Parce qu'à part critiquer le goût parfait des Milkshakes et la traiter de phoque ou de sirène ventripotente, il ne faisait pas grand chose.

« Il n’y avait pas de fleurs dans le jardin, J’ai essayé d’en faire. »

Aaaah, alors c'étaient des fleurs ! Plus expressive encore que si elle avait utilisé des mots, la jeune fille loucha sur le papier, une toute nouvelle lueur de compréhension dans le regard. Ça ressemblait déjà plus à une fleur qu'à un koala... Enfin, elle pensait. C'était peut-être juste la force de la persuasion qui lui faisait imaginer des pétales là où il n'y en avait pas. Heureusement qu'elle n'avait pas insulté son koala, hein, au final. Elle se fichait bien qu'il soit nul en origami, mais il aurait réussi à retourner cette critique à son avantage, avec un truc du style « mets des lunettes, tu ne sais même pas faire la différence entre un animal et une plante ». Ouais, ça lui aurait bien ressemblé. Agacée par sa propre pensée, Courtney lui adressa un regard faussement compatissant. Essayé, ça oui...

Réussir était toujours en option.

« Repose ça avec le reste, j’irai les jeter tout à l’heure. »

Bleh. C'est qu'elle s'y était attachée à ce truc informe, elle. Ça faisait bien une minute ou deux qu'elle l'observait sous tous les angles et y avait vu défiler une centaine d'animaux tous aussi exotiques les uns que les autres. Le papier froissé vola néanmoins jusqu'à ses pairs ; pas assez loin pour atterrir sur le tas. Courtney soupira intérieurement contre sa force – en l'occurrence, son absence de force, et sursauta à la question de Wang. Ses lèvres se crispèrent sur le champ, offrant au chinois une moue à mi-chemin entre le regret et le dédain. Parce qu'il se croyait drôle, celui-là ? Elle qui avait abandonné son assiette pour pouvoir le rejoindre dans cette salle vide... Et parler de fleurs en papier. Ce ne fut qu'à cet instant, où le blanc de son plat se mélangeait au blanc des papiers à terre, qu'elle se demanda pourquoi il avait voulu fabrique des fleurs. Pour le plaisir, pour une fête ? Non, ce n'était pas son genre, pour peu qu'elle puisse s'enorgueillir de connaître le genre de Wang – et ce qu'elle faisait d'ailleurs sans arrières-pensées. Parce que Courtney savait tout. Il n'y avait pas grand chose à savoir de toute façon : un Soviétique bête à en pleurer et sans aucune subtilité.

Si elle avait su, elle en serait restée bouche-bée. Malheureusement pour Wang, les lèvres de la petite demoiselle étaient présentement loin d'être closes par la surprise.

« J'aurais pu, fit-elle en croisant les bras et détournant le regard, diva vexée de la critique de sa performance sur les planches, mais je me suis souvenu qu'un abruti m'avait donné rendez-vous ici et que ça coupait un peu mon repas. »

Et franchement, que voulait-il de plus ? Elle venait d'avouer avoir préféré honorer son invitation que continuer tranquillement ses spaghettis en compagnie d'Aphrodite. Il y avait de quoi rayonner, de son humble avis.

« Enfin, si ça dure pas trop longtemps, je pourrais peut-être retourner manger, qui sait. »


Elle avait donné un coup de pied dans un autre pliage en se rapprochant de Wang. Pourquoi des fleurs, pourquoi cette sale, pourquoi tout court ? Qu'est-ce qu'il pouvait avoir à lui dire à elle et pas à un autre ?

S'il s'agissait de juste gâcher son repas, elle le castrait fissa et retournait se plaindre à Aphrodite sans le moindre regret. Toc.
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MessageSujet: Re: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   Jeu 20 Mar 2014 - 0:38

Spoiler:
 

Le Chinois regarda le morceau de papier voleter et s’écraser non loin de ses confrères. Il n’y avait pas de mouron à se faire, c’était décidément trop laid pour ressembler à quoi que ce fut de terrestre. S’attacher à de fichus objets n’amenait rien de bon, il était bien placé pour le savoir. Tout de même, c’était presque joli à voir, toutes ces boules de neige éparpillées sur le sol brillant. Complètement inutile, et gâché par la complainte de l’estomac ambulant qu’il avait invité sans se rendre compte de la Sainteté de l’Heure du Repas, certes. Il choisissait mal son moment. Ou peut-être l’avait-il justement trop bien choisi, certain sans l’être qu’elle ne pointerait pas le bout de son nez sur commande quand celui-ci aurait pu être fourré dans une boîte de chocolat ou une assiette de pâtes au fromage immondes.

« Je ne pensais pas que tu viendrais », déclara-t-il sur le ton plat des encyclopédies lorsqu’elles décrivent le ciel de contrées lointaines. Ce n’était pas un poète, Wang. Il n’avait jamais eu la patience des vers, ni l’amour de la rime ou le sens de l’image. Les métaphores lui échappaient, le sens caché jouait les filles de l’air. Ce manque de talent était une excuse plus que suffisante pour dire les choses bêtement. Comme pour les pliages ratés, essayer n’aurait rien donné de beau, si ce n’était peut-être le brio avec lequel il parvenait à se tromper dans les grandes largeurs. Il aurait donc pu le dire autrement, mais rien ne lui venait, moins encore l’idée de chercher. Conscient malgré tout que ces quelques mots n’expliquaient rien à qui que ce fut d’autre que lui, il soupira, haussa les épaules, visiblement agacé. Et daigna s’épancher de quelques paroles de plus, puisqu’elles étaient nécessaires.

« Je voulais te les donner –pas parce qu’elles sont informes, même si à la réflexion, ça devait être assez prophétique, se ravisa-t-il après mûre réflexion. Quelle idée, hein… ? C’était vraiment bête. »

Selon toute apparence bien décidé à noyer le poisson, presque certain d’y être parvenu –après tout, l’être mononeuronal qui lui faisait face ne pouvait traiter qu’une information à la fois sans s’embrouiller–, il laissa filer un rire aigu, tendu à l’extrême, du genre à crier le ridicule de la situation et à le déclamer en termes vengeurs. Tu as été très, très stupide Huan Yue, souffla encore la petite voix. Tu devrais t’en tenir à ce que tu sais faire. Et tu devrais arrêter de tout rater. De tout foirer, aurait dit Courtney, si « merder » ne lui avait pas plus élégamment encore échappé.

« Du coup, c’est presque comme si tu étais venue pour rien, s’excusa-t-il d’un ton qui démentait ses propos pour mieux les lui rendre hostiles. Désolé pour ça. »

Il n’était absolument désolé, si ce n’était pour sa propre petite personne. Renvoyer son amie tutoyer les kilos qu’elle ne tarderait pas à prendre, la regarder de loin, attendre le printemps, attendre de vraies fleurs. Compter les grains de sable dans un désert qui n’en finissait pas de s’étendre comme un sablier géant. L’idée ne semblait pas si mauvaise –et pourtant il continuait de parler, autant pour meubler un silence qu’il devinait gênant que pour vraiment dire quelque chose qui aurait compté.

C’était difficile à faire comprendre, que pour soi, quelque chose comptait vraiment. Il fallait plus que des regards pour dire ces choses-là. De guerre lasse, il se laissa tomber plus qu’il ne s’assit à côté du monticule de papier –sans jouer les sacs de pomme de terre pour autant. Il faudrait tout ramasser, de toute façon. Il pouvait bien s’y mettre doucement.

« T’as pas vraiment plus à faire ailleurs qu’ici –sérieusement, je veux dire. A moins que je t’ennuie de façon franchement prodigieuse, ironisa-t-il sans méchanceté, cette fois. Ça vaut pour un peu tout. »

Il se saisit d’un pliage, aplatit la feuille et tenta de comprendre où il avait raté : peine perdue. Il s’y escrima deux secondes, le temps de penser un peu mais surtout pas trop.

« J’y pensais, mais… Ça ne me gêne pas tant que ça de rester ici, en fait, avoua-t-il d’un ton mi-cérémonieux, mi-badin, un exploit que seul un si grand amoureux des paradoxes silencieux pouvait accomplir. Au pensionnat, je veux dire. »

Lui-même ne savait pas exactement où il voulait en venir ; qu’importait, au fond. Il fallait juste dire les choses comme ça –bêtement, oui ; mais uniquement parce qu’elles étaient réellement aussi bêtes que ça.

« Je crois –c’est ta faute. »

Et c’était aussi ce qui, chez lui, se rapprochait le plus d’une vérité plus crue.
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MessageSujet: Re: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   Mar 1 Avr 2014 - 21:37

...

Courtney avait toujours pensé, à tort ou à raison elle n'en savait rien, que Wang aimait s'écouter parler et se plaisait à prendre les autres de haut dès qu'il en avait l'occasion. Il y avait peut-être un brin de hauteur dans ce visage si particulier et ces yeux noirs et bridés. Elle ne le lui avait jamais dit (ou si elle l'avait fait, en des termes qui avaient ôté toute crédibilité à la chose) que sa tête lui faisait parfois peur. Qu'elle lui rappelait de sempiternels ennemis qui, quand elle ne leur crachait pas dessus, maintenant qu'elle était à l'abri des représailles, l'avaient toujours fait angoisser quand retentissait la sirène d'alarme. Stridente. Wang avait une tête à problèmes, pour elle, d'oiseau de mauvaise augure. Méfiante, elle darda sur lui un regard acéré, histoire de ne laisser s'échapper aucune pique mesquine. Elle tenait à toutes les lui renvoyer.

Au fond, ça ne devait rien arranger à leur inimité commune.

« Je voulais te les donner –pas parce qu’elles sont informes, même si à la réflexion, ça devait être assez prophétique. Quelle idée, hein… ? C’était vraiment bête. »

Et tout bien réfléchi, elle avait eu raison de s'y attarder un peu plus. Les mots résonnèrent un moment à ses oreilles, lui arrachant une grimace éloquente. Hein ? Il comptait les lui offrir ? Pourquoi ? Courtney se retourna vers les plantes ratées comme pour y déceler un quelconque message codé. Elle y chercha en premier lieu une insulte à sa silhouette, puisque c'était ce que Wang préférait critiquer chez elle. Puis aux neurones agonisants dont il ne cessait de la taquiner à toute heure du jour. Est-ce qu'il avait essayé de lui dire qu'elle avait le Q.I d'un koala ?

Ah merde, non, c'est vrai. Ce n'étaient pas des koalas. Elle l'entendit rire et lui jeta une mauvaise œillade. Elle aurait bien aimé savoir ce qu'il y avait de si drôle – même si cet éclat sonnait plus amer qu'autre chose.

« Du coup, c’est presque comme si tu étais venue pour rien. Désolé pour ça. »

Courtney pivota complètement sur ses talons, qui crissèrent pour mieux appuyer l'exclamation outrée qui partit de sa bouche comme une fusée au décollage :

« Hein ? »

A prendre comme un « tu te fous de moi, je vais te casser la gueule » et que sa gestuelle brutale explicitait parfaitement. La délicate demoiselle serra des poings qui rêvaient sur l'instant de faire de la bouillie de Soviétique – ou de chinois, c'était pareil et ça aurait le même goût. Elle l’aurait sûrement fait, imbécile impulsive, si son ami ne s'était pas laissé tomber à terre et que l'étrangeté de la situation lui était revenue à la figure comme un drôle de boomerang. Pas patiente pour un sou, elle lui fit pourtant l'infime honneur (il en était comblé ce soir-là) d'attendre le discours plein de morgue qui n'allait pas tarder à sortir, puisqu'il semblait à Courtney que Wang s'exprimait toujours de cette façon un peu vieillotte et pompeuse. Comme si tout ce qu'il disait méritait la plus stricte attention. Plutôt que rester là les bras ballants, elle s'exila de l'autre côté du monticule, attrapant à temps les premières phrases.

« T’as pas vraiment plus à faire ailleurs qu’ici –sérieusement, je veux dire. A moins que je t’ennuie de façon franchement prodigieuse. Ça vaut pour un peu tout. »

Elle chercha où il voulait en venir, butée dans l'idée qu'il attendait quelque chose de son monologue. Elle pensa un court instant à lui donner la réplique mais le ne le fit pas. Il savait bien qu'il l'agaçait et ne faisait pas vraiment quoi que ce soit pour améliorer la situation. Mais elle non plus n'y faisait rien, comme quoi les choses devaient lui convenir ainsi. Elle empila deux pliages les uns sur les autres, très concentrée.

Ou pas.

« J’y pensais, mais… Ça ne me gêne pas tant que ça de rester ici, en fait. Au pensionnat, je veux dire. »

Première nouvelle. La jeune fille lui lança un regard interdit par-dessus la mer de papiers pliés, curieuse de la raison de ce revirement de situation. Il avait été touché par la grâce divine ? C'était pas trop tôt. On s'amusait bien plus au Pensionnat qu'à l'extérieur. Vraiment. Il y avait à manger, pas de cours, un grand lac, un ciel bleu, de l'herbe verte, et...

« Je crois –c’est ta faute. »

… elle ? Okay, c'était pas vraiment la première chose à laquelle elle aurait pensé. Elle eut un sursaut, uniquement surpris, et une plus fine qu'elle aurait pu d'ores et déjà saisir l'allusion au vol. Un peu lente sur les bords (n'ayons pas peur des mots), l’Étasunienne se retrouva à rire bêtement plutôt que s'interroger.
Les choses n'étaient pas plus compliquées que ça, pour elle, ou à tout le moins ne revêtaient pas ce dessous.

« Ah ouais ? Pourquoi ? Mes Milkshakes t'ont subjugué ou je deviens de plus en plus douée pour enrôler les gens ? »

Ce n'était pas faute d'essayer. Courtney se fit rire et entreprit un numéro d'équilibristes avec ses koalas de Tchernobyl. Elle en lança un sur la tête de Wang, dégoulinantes d'ironie.

« Mais c'est cool, je sais que je te suis trop indispensable. »

N'est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   Sam 5 Avr 2014 - 16:41

Wang refusait de poser les yeux sur son amie et, faute de mieux, scrutait tantôt les monticules de papiers étalés autour de lui, tantôt le sol qu’ils tentaient vainement de couvrir. Ses iris noirs avaient toujours cet air un peu froid et goguenard qu’on leur connaissait si bien ; un regard plus avisé ne se serait pas laissé abuser par une vulgaire façade de crêpe mais, pour Courtney, il se répétait que ça devrait suffire. « Crêpe », après tout, voilà qui devait lui évoquer une pâte à cuire et à manger plus qu’autre chose. Pour Courtney, ça devrait être assez et l’occuper un moment. Elle ne le croirait pas, et c’était tant mieux. Elle ne comprendrait rien du tout, et ce serait tant mieux aussi. Elle se ficherait de lui, il se ficherait d’elle, emprunterait d’un air guilleret la sortie de secours qu’il s’était si bien ménagé et laisserait sur le bas-côté d’une route qui ne menait nulle part un petit tas de fleurs difformes au conditionnel passé. Rien de plus. Rien de moins.

Désireux de remercier leur père indigne d’envisager leur abandon avec tant de flegme, un pliage raté vola jusqu’à sa tête avant de rebondir au sol, d’où il ne bougea plus. Le Mandchou le considéra avec une aménité douteuse mêlée d’un brin de scepticisme blasé : Lener ne grandirait jamais. Ce n’était pas une mauvaise chose qu’elle fût enfermée entre les murs de pierre sans âge du pensionnat. Cela lui faisait une excuse presque valable pour lui jeter des boulettes dessus passé dix ans. Il ramassa le morceau criminel, le bouchonna, le froissa un peu plus encore et le rebalança vers sa légitime propriétaire. Il n’en voulait plus. Les ratés, ce n’était pas pour lui. Il n’en voulait plus du tout.

« Alors si tu le sais, répliqua-t-il, hésitant entre l’amer et l’acide, pas besoin de dire quoi que ce soit de plus. Et je ne dirais même pas indispensable, juste– »

Il se défendait mollement, incapable, comme de coutume, de s’investir dans la conversation plus qu’à-demi. L’énergie du désespoir, railla-t-il, quelque chose de ce genre. C’était ridicule, vraiment ; il n’aurait pas pu rêver plus nul –naze, foireux. Ces mots sonnaient drôle à ses oreilles. Ils sonnaient bizarre, creux et atrocement artificiel. Mais sur le coup, ils sonnèrent vrai et ce fut ce qu’il retint. Il en eut envie de pleurer.

« Ça me rend juste…, content. »

Il n’allait pas non plus dire heureux. Heureuse trouvaille, pourtant.

« Mais c’est frustrant. Je n’arrive pas à… A te faire comprendre ça. »

Il inspira, ramassa une feuille, en fit un avion. Celui-ci pouvait bien partir faire la guerre et s’écraser à des milliers de millimètres si ça lui chantait, son petit pilote invisible n’allait pas rendre l’âme pour si peu. Ou bien il s’en fichait. Il le jeta, mais celui-ci piqua aussitôt du nez. Le pliage, c’était comme les mots : vraiment, décidément, complètement pas son truc. Un brin fataliste que tout ça. A sa décharge, il avait sérieusement de quoi l’être.

« Si je meurs ici un jour, tu seras mon plus joli souvenir. C’est ce que j’ai pensé, précisa-t-il avec un geste vague du poignet. L’autre fois, tu sais. Quand… »

Sa gorge se serra et il ne put s’empêcher de plier et déplier ses doigts, les mains pressées l’une contre l’autre. Il n’allait pas non plus dire je t’aime. Il n’allait pas non plus se taire. Il n’était toujours pas poète. Alors il ne voyait que ça. Son plus joli souvenir. Luo n’aurait pas été contente, et il lui arrivait de penser aux majestueux horizons de son pays.
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MessageSujet: Re: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   Mar 22 Avr 2014 - 20:50

...

Courtney poussa un « aie » complètement hors de propos en récupérant son projectile sur un coin de la tête. Elle frotta son pauvre crâne endolori (quelle violence, mais ça alors !) et marmonna quelques insultes bien senties envers le manque d'humour de son compagnon, avant de se pencher derechef sur les pliages couturés de ratures. Les mots de Wang allaient et venaient, ne parvenaient plus à s'accaparer une attention qui avait l'impression de revivre cent fois la même scène. Oui, elle savait ; et le reste, quand est-ce qu'il allait sortir ? Ça ne l'aurait pas étonnée que monsieur Sarcasme retourne sa veste au dernier moment pour insulter sa cuisine, comme il savait si bien le faire. Et elle en était tellement certaine, à vrai dire, que la seconde intervention de Wang la laissa pantoise, sourcils froncés derrière l'autre chemin de montagne. Quelques papiers dégringolèrent le versant abrupte de ses mains ouvertes au vide et à ses genoux recouverts d'un jean.

Quoi ?

« Mais c’est frustrant. Je n’arrive pas à… A te faire comprendre ça. »

Lui faire comprendre quoi, au juste ? Qu'il était content quand elle était là ? Woh, bha en effet, c'était une grande nouvelle ! Un rire gêné s'échappa de sa gorge soudain sèche, tandis qu'elle empilait presque compulsivement les pliages les uns sur les autres. Elle n'était pas fine, mais n'était pas attardée non plus : si ça avait été un autre que Wang, elle en aurait déjà tiré les conclusions évidentes. Mais là, juste à côté du chinois-soviétique-raciste des supers milkshakes qu'elle préparait avec amour, elle n'en était pas capable. C'est Wang, se répéta-t-elle un bon million de fois ; il ne lui avait jamais adressé la parole autrement que pour se moquer d'elle ou la critiquer. Elle avait dû oublier les taquineries de l'école primaire entre deux vieux cahiers. Les garçons qui tirent les cheveux des filles pour dire « je t'aime ».
Elle secoua la tête pour elle-même. N'importe quoi. Un triangle des Bermudes se dessina sous ses mains, comme un cri silencieux.

Mais vraiment, vraiment n'importe quoi.

« Si je meurs ici un jour, tu seras mon plus joli souvenir. C’est ce que j’ai pensé, l’autre fois, tu sais. Quand… »

Un frisson désagréable lui embrassa la colonne vertébrale. Agacée, peut-être fâchée, elle se redressa et détruisit toutes les arabesques qu'elle avait façonné jusque là. Elle en aurait donné un coup de pied dans le monticule, si elle en avait eu la foi. Elle darda ses prunelles chocolat sur Wang, qui en fut quitte pour une balle imaginaire en plein front. Bang.
Certaines pilules ne passaient pas, et elle ne parlait pas des piqûres qu'on vous injectait après un horrible cauchemar. Elle avait réussi à s'en débarrasser, mince – et qu'est-ce qui lui prenait de faire une blague aussi stupide ?

Il aurait pu trouver tellement mieux pour se foutre de sa gueule. Il avait tellement d'imagination à ce niveau.

« Ahah ouais, très drôle, cracha-t-elle plus violemment qu'elle ne l'aurait voulu, je pensais que t'étais plus imaginatif que ça quand il s'agissait de te payer ma tête, parce que là personne y croirait une seule seconde. »

Les disputes flashèrent à cadence régulière dans son esprit, comme pour la conforter dans son idée. Wang, en train de se déclarer à Courtney, sirène de la banquise ? Aucune chance. Même pas dans ses rêves, parce que qui aurait pu rêver d'un truc aussi absurde ? Elle prit une inspiration étranglée. Il lui faisait payer le coup de l'infirmerie et du schtroumpf orange ? Il avait qu'à maîtriser ses élans suicidaires, c'était pas sa faute à elle.

Il se croyait drôle. Elle trouvait ça franchement limite. Et continua à le fusiller du regard, comme à quémander des excuses qui n'avaient pas lieu d'être – mais comment l'en persuader ? Les vieilles habitudes et la rancune avaient la vie dure.

Presque autant que sa tête.
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MessageSujet: Re: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   Sam 24 Mai 2014 - 23:17


C’était couru d’avance. Le Mandchou ravala un soupir qui lui laissa un arrière-goût amer sur le palais et se mordit la langue : il n’y avait pas de quoi en faire un plat. Après tout, un regard n’avait jamais tué personne –si ç’avait été le cas, celui de Courtney l’aurait sans doute transpercé de part en part. Il était encore vivant. Il respirait. Son cœur battait, il le faisait même un peu trop fort, avec un peu trop d’ardeur. En sourdine, quelque part dans sa poitrine, à jouer du tambour pour les regrets qui s’y amassaient déjà. C’était stupide, de dire les choses. C’était stupide de les dire justement parce qu’elles étaient elles-mêmes stupides, fût-ce à ses propres oreilles. Eh bien quoi, à présent ? Lui donner raison et se fendre d’un sourire sarcastique ? Se barricader dans un silence de mort ? S’enfermer dans une tour d’ivoire ? Constater les dégâts, établir un devis ? Les possibilités se bousculaient dans sa gorge, ses bras et ses jambes sans jamais atteindre ses lèvres bloquées en une sorte de rictus fataliste, de ceux qui vous clamaient un « je te l’avais bien dit » qui n’arrangeait rien à votre humeur et n’aidait personne. Surtout pas lui.

Lorsqu’il leva les yeux vers Lener, il songea qu’il en aurait pourtant eu grand besoin. D’un calme plat, Huan Yue haussa les épaules et soutint le regard de son amie. Hors de question de ramper aux pieds de qui que ce fut. Hors de question de supplier, de s’abaisser, de se justifier, de jeter des mots devant soi en espérant qu’on daignât y accorder la moindre attention avant de rendre le verdict d’une punition imaginaire –il valait mieux que ça. Et sûrement valait-il aussi mieux que cette fille. Elle n’était ni très belle, ni très intelligente. Elle n’était pas ce dont il rêvait. Elle n’était pas si drôle. Elle n’était même pas gentille. Désarmé, Wang laissa courir ses prunelles sur les morceaux de papier changés en missiles ou en affreuses boules de neige transgéniques. Elle était seulement ce qu’elle était, et elle n’était pas grand-chose. Il n’avait aucune raison d’être là, il ne pouvait pas en dénicher une seule. Munie de ses quelques neurones baveux, l’Américaine n’avait pas la plus vague chance de réaliser un meilleur score. Conclusion, il n’était pas ici pour raconter les bêtises qu’il racontait.
Si ça avait pu la faire rire, il lui aurait dit qu’elle avait mis dans le mille. Avec un peu de persuasion, lui-même aurait pu y croire. Pour autant, ça n’aurait rien rendu plus vrai. Il était assis là, à dire n’importe quoi sans raison, à déblatérer des âneries plus grosses que lui et, pis encore, à les penser sans pouvoir le dire mieux que ça. C’était pathétique.

Peut-être était-ce mieux qu’elle n’en gobe rien, au final. Cette histoire était faite de vinaigre et ne pouvait guère tourner autrement qu’ainsi : au vinaigre. Ou à l’eau de boudin, commenta-t-il sèchement. Une histoire qui concernait Courtney Lener pouvait difficilement tourner à autre chose qu’à l’eau de boudin. Sûrement pas à l’eau de rose, en tout cas, et y ajouter des salades mutantes en papier n’arrangerait pas les choses –s’il avait su les faire, ces roses, s’il avait au moins su les faire, tout n’aurait pas été aussi frustrant. Peut-être pas, du moins. Peut-être qu’elle aurait trouvé ça joli et qu’elle l’aurait un peu pardonné. Peut-être que ça lui aurait fait deux ou trois belles choses à penser, qu’en savait-il. Il s’humecta les lèvres, inspira, en quête de quelque mot intéressant à dire –dindon, constitution, globule, caramel, il n’était vraiment plus à cela près. A ce stade, n’importe lequel aurait fait l’affaire, une affaire pas si rondement menée qu’il jurait de bâcler avec soin. Au lieu de quoi il serra les dents, incapable d’articuler un son. Son cœur ne battait pas la chamade, mais il lui faisait drôlement mal et il avait la gorge serrée. Ce ne fut qu’au prix d’un effort considérable qu’il parvint à un résultat plutôt miteux qui ne lui faisait pas honneur. Il aurait presque aimé qu’elle le sache.

« Crois ce que tu veux. »

Je n’insiste pas, voulut-il ajouter sans le faire ; si tu veux me détester, fais-toi plaisir. Qu’elle prêtât ou non foi à ses paroles, d’ailleurs, n’avait guère de véritable répercussion ni sur ce que lui ressentait, ni sur ses sentiments à elle. On pouvait bien avaler que la pluie ne nous persécutait pas vraiment, on ne l’aimait pas mieux pour autant. Elle nous tombait dessus et c’était une coïncidence et ce n’était pas tout à fait de sa faute, mais on ne l’aimait pas mieux pour autant. Et lui, même si elle le détestait, il ne l’en aimerait pas moins –une méchante certitude, mais elle lui permettait de garder le cap.
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MessageSujet: Re: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   Dim 8 Juin 2014 - 3:44

...

Elle arrivait quand, la note finale ? Le trait d'esprit si commun à Wang, dont il ne manquerait pas de souligner l'ingéniosité et la subtilité, avant qu'elle ne l'ensevelisse sous ses pliages ratés et claque la porte dans son dos ? Elle voulait une raison de se mettre en colère, mince ! Poings serrés, Courtney en était réduite à fixer ses rictus et ses haussements d'épaules, comme si elle avait pu en tirer la moindre raison de lui mettre son poing dans la figure. Silence, ponctué par leur respiration et, elle aurait pu le jurer, le bruit d'un cœur qui s'était emballé trop vite. Oh non, songea-t-elle en fronçant un peu plus les sourcils, son regard maintenant d'encre venimeuse, Wang n'était vraiment pas juste. Malpoli, grossier, blessant, jamais satisfait, et vraiment pas juste.
Courtney savait bien qu'elle n'avait aucune chance de se faire offrir un bouquet de fleurs, un soir au détour d'un couloir. Que les mots d'amour dont on inondait ces demoiselles plus fines et plus gracieuses n'étaient pas pour elle. Et merde, elle n'en avait jamais demandé autant ! Elle avait beau se perdre dans des rêveries à n'en plus finir, elle n'était ni naïve ni désespérément romantique. Sinon, elle serait tombée amoureuse de quelqu'un qui savait parler. Cette pensée brisa sa fureur en deux mais n'atténua pas la dureté de son regard.

Comment est-ce que cet imbécile pouvait s'imaginer, ne serait-ce qu'un instant, qu'elle allait le croire et se jeter dans ses bras ? Ou le rabrouer en riant, comme une lycéenne débile ?
C'était ce qu'elle était, pourtant.

« Crois ce que tu veux. »

Un souffle agacé lui brûla la langue et fit directement suite à la remarque, ô combien pertinente, de son interlocuteur. C'était pas une réponse, ça ! C'était le pire truc qu'on pouvait répondre à une fille dans ces circonstances ! Pendant qu'elle enfonçait ses ongles courts dans ses paumes égratignées, Courtney prit le temps de poser sa réflexion et se demander ce qu'elle aurait fait si, et elle disait bien si, Wang ne se payait pas sa tête et lui avait sorti l'entière et exacte vérité.
L'hypothèse, vingt mille lieues sous les mers, la fit rire nerveusement tant elle semblait sortir tout droit d'un mauvais roman de science-fiction. La brunette avait mille raisons en tête pour lesquelles Wang devait la détester ; et pas une pour laquelle il aurait pu l'aimer, que ce soit elle, sa présence, ou ses yeux. Ils n'avaient rien fait d'autre que se prendre la tête depuis que le chinois avait passé le pas de la porte. Et ça sur tous les sujets du monde : Courtney aurait pu dire n'importe quoi, Wang aurait trouvé un moyen de se moquer d'elle et la tourner en ridicule. Parce qu'il ne l'aimait pas, que quelque chose ne lui plaisait pas chez elle.
Du moins l'avait-elle toujours pensé.

Et que penser d'autre ? S'insulter, c'était devenu un rituel chez eux, presque un sport national. Comment il avait pu ? Où, quand, comment, pourquoi ?

Connard, connard.

« T'es sûr que t'as pas un problème dans ta tête, toi ? »

Okay, c'était sûrement pas la réflexion la plus aimable au monde, mais c'était aussi loin d'être la pire. Courtney passa une main mal assurée dans ses cheveux. Il était temps de les couper, eux aussi. Les longues boucles, ça ne lui était jamais allé. Une autre raison de pas lui faire la cour.

Les garçons préféraient les cheveux longs, non ?

« Même si tu plaisantais pas... En quoi je serais un bon souvenir, hein ? Tu passes ton temps à m'insulter, à me traiter de phoque ou de sirène obèse, t'aimes même pas ma cuisine ! Je sais bien que je suis pas miss monde non plus, rien de tout ça. Alors comment tu pourrais, sérieux ? »

Et j'ai un sale caractère, aussi. Quel flash positif elle avait pu coller à sa rétine, hein ? Il l'avait peut-être fait rire, une ou deux fois, mais elle ne pensait pas que le contraire puisse être valable. Elle, elle n'arrivait même pas à...

Chassant l'image récurrente de son esprit, elle laissa le talon de sa botte dessiner une spirale impatiente sur le sol. Elle voulait qu'il s'énerve pour pouvoir riposter et le secouer sans se sentir coupable.

Allez, dis-moi que c'est juste une blague. Alors que paradoxalement, Courtney savait bien qu'elle n'y aurait pas cru. Plus maintenant.
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MessageSujet: Re: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   Mar 17 Juin 2014 - 14:07

Un problème, en effet, confirma Wang en silence. Son manque cruel de répartie indiquait plus clairement que des mots ce qu’il pensait de sa question et, là où eux eurent eu toutes les peines du monde à en retranscrire toutes les nuances, leur absence les déclinait à l’infini. Oui, bien sûr, un sacré gros souci, un manque total de communication entre ses neurones, un hémisphère de son cerveau à la dérive ; une totale non-envie de répondre ; un complet non-besoin de reconnaître ce que Courtney pouvait bien raconter ; mille autres choses que, dans son embarras, elle ne déchiffrerait pas mais recevrait malgré tout en pleine face. Wang se contentait d’attendre, les traits figés dans cette même expression d’indifférence marquée depuis qu’il avait élevé la voix. Il ne savait pas quoi au juste, mais il était sûr de ne pas le manquer. Avec sa délicatesse coutumière, cette greluche ne manquerait pas de le hurler ou de lui jeter dessus, de pester comme la dernière des idiotes et de se faire remarquer par la rare ineptie de ses propos. Il y avait matière à se consoler dans le comportement de son amie : quel homme aurait voulu d’une harpie incapable de prendre les choses calmement ? Quel individu sain d’esprit aurait jeté en pâture le reste de ses pauvres jours à un esprit si peu éclairé que ses songes passaient leur temps à se prendre ses murs –et au vu de son ouverture limitée, ce n’était pas peu dire.

Il tenta de sourire, ou à tout le moins voulut le faire, mais le mouvement se perdit en cours de route, bloqué peut-être par le nœud inextricable dans son œsophage. Eh bien, quoi ? Elle n’avait qu’à partir, cette idiote. Il ne lui demandait pas de rester ainsi plantée là à ne rien dire ni rien croire, à perdre le temps qu’elle avait sur les bras et qu’elle aurait pu occuper à s’enfiler une énième assiette de nourriture répugnante. Son agacement était patent, Huan Yue le sentait s’écraser contre lui par vagues successives, une mer qui n’en finissait pas de rouler. Il ne pensait pas avoir été particulièrement insultant –pas pour qui avait en mémoire ses constantes remarques d’une acidité parfois désagréable et souvent plus sarcastiques que nécessaire. Le Mandchou prit une seconde pour réfléchir aux assertions de la sirène décatie : en long, en large, en cent, en mille, qu’importait, elle avait raison. Il le lui accordait pour cette fois, sans parvenir à saisir le sens de ces petites vérités. Et alors, objurgua-t-il. Quelle différence ? Quel rapport ? Ces souvenirs aussi lui étaient chers. Il avait aimé lui lancer des piques, dessiner ici ou là un sourire en coin. Une nouvelle fois, les mots le trahissaient jusque dans ses gestes les plus élémentaires. Les bons moments, songeait-il de loin en loin, ne sont pas toujours enrobés de praline, doux, cotonneux et mou comme de la guimauve. Il avouait sans mal apprécier le sucre piquant de ces drôles de bonbons.

Retour aux métaphores culinaires. C’étaient décidément celles qui lui collaient le mieux –ou les seules qu’il put sérieusement rapporter au sumo cachectique qu’était Lener. Il leva un sourcil pour mieux les froncer dans la seconde, presque vexé que Courtney formulât des questions qu’il s’était lui-même posé et auxquelles il s’était déjà montré incapable de donner la moindre réponse un tant soit peu satisfaisante. Pas grand-chose, pas grand-chose, répétait à l’envi la petite voix dans sa tête. Ni belle ni drôle ni intelligente ni docile ni gentille ni rien du tout. Courtney, c’était avant tout Courtney –braillarde au possible, idiote jusqu’au point final de ses réflexions vaseuses, sans cesse prête à partir au quart de tour et brusque à l’occasion. Il reconnaissait pouvoir sans peine trouver mieux à contempler. Lui servir ce genre d’assentiment ne lui semblait pourtant pas être une excellente idée –l’instinct de conservation le hurlait à pleins poumons et, derrière lui, plus discret dans cette fanfare, son cœur trompétait le même refrain. Comment, comment, elle était belle, elle, à lui poser des questions pareilles ! Est-ce que lui lui demandait comment elle pouvait avaler autant de gâteaux et encore réussir à se lever pour attraper le paquet suivant, ou comment elle pouvait donner un arrière-goût d’ordure à tout ce qu’elle préparait ?

Plus d’une fois, répondit Sa Noble Mémoire dans un coin de sa tête. Ce qui devrait lui donner le droit de faire de même.

Agacé, il agita la tête et releva à nouveau ses yeux bruns vers elle :

« Qu’est-ce que j’en sais, moi, rétorqua-t-il selon son éloquence proverbiale. Peut-être que j’aime bien t’insulter. Et peut-être que j’ai juste mauvais goût. »

Ce qui revenait à l’insulter de façon presque directe, illustration parfaite de son propos dont il ne se rendit pas seulement compte mais qui fusa, presque malgré lui.

« D’ailleurs… »

Il saisit une nouvelle feuille chiffonnée et la tritura pour rien. Un peu plus, et il l‘aurait entendue hurler.

« … Moi aussi, je rate pas mal de choses. Si tu veux, je peux te demander d’aller me chercher un sac poubelle ou te traiter d’amibe mononeuronale. Ça te fera une excuse pour partir et tout le monde sera content. »

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MessageSujet: Re: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   Dim 3 Aoû 2014 - 17:22

...

Mauvais goût, eh ! Courtney ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel, comme si le plafond qui les surplombait avait pu amortir la chute de ses sentiments. C'était facile comme réponse, ça ; mais personne ne pouvait vouloir tenir la main de quelqu'un simplement pour mieux la lui arracher, simplement pour égratigner ses poignets jusqu'à obtenir une réaction. De l'amour dans son petit appartement, elle n'avait reçu que des bribes rompues par des années de mariage, une espèce de passion muée en une complicité qui ne craignait pas les brûlures. Qu'est-ce que ça lui aurait apporté, tout ça, à Wang ? Les crises de nerfs et les lancers d'assiettes mis à part – et ça juste parce qu'il avait mauvais goût et allait pêcher les thons par milliers dans l'océan ? Une autre aurait pu tout aussi bien convenir.
Juste. Pas elle. Et d'ailleurs...

« … Moi aussi, je rate pas mal de choses. Si tu veux, je peux te demander d’aller me chercher un sac poubelle ou te traiter d’amibe mononeuronale. Ça te fera une excuse pour partir et tout le monde sera content. »

Sauf que Courtney ne voulait pas d'une excuse pour claquer la porte, encore moins une qui vienne de lui. Elle pouvait la passer en sens inverse si elle voulait et quand elle le voulait ; sans sac poubelle et sans amibe mononeuronale. Elle faisait ce qu'elle voulait, ce qu'il lui avait dit n'avait pas changé sa vie et ne le ferait jamais. Ahah, s'il avait fallu se laisser avoir par tous les mots jetés au vent ! Certains en auraient passé leur vie prostrés à ne plus savoir comment en rire. Ah, mais c'est déjà le cas, ça. L’Étasunienne cligna des yeux, incapable de savoir si elle voulait pleurer ou crier. L'assassiner ou le laisser vivre, l'enterrer sous toutes ces couches de papier ou le planter là comme le dernier des imbéciles. Il avait du culot pour lui demander de venir, lui annoncer ça avec l'air de ne pas y toucher et lui ordonner de se casser comme si rien ne s'était passé ! C'était quoi le but, c'était quoi la réaction qu'il avait voulu lui tirer ? Qu'elle puisse faire le contraire de ce qu'il attendait d'elle.

Elle ne se sentait pas mieux que les pliages que le chinois continuait à torturer sans la moindre compassion. Et si elle restait là, les jambes clouées au sol, c'était de son plein gré et aucunement par sa faute.
Fallait pas penser que sa compagnie lui plaisait, non plus. Elle la trouvait horripilante d'ordinaire, et toute l'application qu'il mettait à l'ennuyer lui semblait plus vive à chaque seconde qui passait. Non, Courtney s'était rarement sentie aussi mal en cette présence qu'elle n'avait pas à cœur. Il lui vint à l'esprit qu'avant, elle ne la dérangeait pas tant que ça.
Drôle de façon de vider son sac. Cartes sur la table, paf, qui venait de rafler la mise ? Elle détestait que la situation lui échappe ou n'aille pas dans son sens. Mais en cela, elle était comme la plupart des êtres humains en ce monde.

Vexée, en colère, et atrocement prévisible. Son jeu était loin d'être le bon. Elle ne gagnerait jamais rien avec – t'es pas la meilleure, t'es pas exceptionnelle.
Est-ce qu'il venait de lui dire que par certains aspects, ils se ressemblaient ? Monsieur je sais tout.

« T'es chiant, lança-t-elle en croisant nerveusement les bras, tu réponds jamais correctement. Pourquoi tu me cries pas plutôt dessus pour me faire partir ? »

Il la laissait se noyer sans lui tendre la main, il lui devait au moins ça. Eh, s'il avait dit la vérité, il s'y prenait n'importe comment pour l'en convaincre. Même la plus niaise des cruches ne s'y serait pas laissée prendre. Et elle, elle n'était pas cruche. Loin de là.
Elle préféra l'enterrer plutôt que l'écouter, plongeant les bras pour prendre une large brassée de feuilles pliées qu'elle lui envoya méthodiquement à la figure. Allez, regarde, t'as vu tout ce que t'as foiré ? T'es nul. Te vante pas.
Personne mettait du poisson dans un milkshake, c'était complètement con.

« Va le chercher tout seul ton sac poubelle. C'est toi l'amibe mononeuronale, t'es même pas capable de faire ça correctement. »

Peut-être que c'était pour ça qu'elle lui en voulait. Quelle idée d'exprimer des idées sorties du néant à mi-mots.
Du Wang tout craché.

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MessageSujet: Re: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   Sam 1 Avr 2017 - 0:16

Wang aurait dû s’attendre à la pelletée d’injures qu’articulèrent les lèvres de Courtney ; d’ailleurs, il s’y était peut-être attendu -à ça et aux nuages lourds de pluie qui gravitaient autour d’elle, aussi tragiques que drôles à voir. Un éclair d’irascibilité venait de loin en loin en lever le voile sur ses yeux tandis que le Mandchou se tenait là, bêtement mélancolique, bilieux, buté, bien caché à plat-ventre derrière des airs de vieil homme désenchanté. Il s’en fichait. A d’autres, claironna la voix agaçante des évidences qu’on ne pouvait éviter -pas même en fermant les paupières. Tu te moques de qui, là ? Tu es incapable de seulement te ficher de ne pas t’en ficher, et tu te clames blasé ? Tu es au mieux un imbécile, au pire un idiot. Wang se complaisait dans cette insignifiante marge de manœuvre, déclinant les uns après les autres tous les synonymes de son vocabulaire.

« Chiant » n’aurait guère figuré en tête de liste ; cette fille maîtrisait l’art d’employer des mots aussi dégradants pour elle que pour leur malheureuse cible. Chiant ? Sans doute. Les commissures de ses lèvres s’agitèrent dans une parodie de sourire. Un pauvre type soupe au lait qui se permettait de cracher dans la soupe ; un lâche. Un lâche de première. Son cœur remonta brusquement le long de son œsophage : tout ça lui collait une nausée de tous les diables. Des brûlures qui se rappelaient à lui, une fumée invisible qui lui faisait pleurer les yeux.
Son père aurait ri d’un comportement pareil. Il était une honte. Et pourtant, il avait envie de sortir -pas seulement de cette salle inondée d’échos, mais de ce pensionnat idiot. Il ne voulait pas retourner dans la prison de quiétude vide et placide qui lui manquait parfois. Il voulait disparaître sous terre, comme ses parents. Ils ne mesuraient pas leur chance, les morts. Ils n’avaient pas à se poser de questions.

Huan Yue détestait Courtney. Il la détestait de le faire se sentir aussi minable -même s’il savait qu’au fond, elle avait raison. Il ne releva pas la tête quand une nuée de roses de papier, difformes et ridicules, vinrent s’écraser sur son visage et à ses pieds. Il leur donna un bon coup de pied, agacé. Perclus d’amertume. Elle ne le croyait pas ? Très bien. Qu’elle fasse ce qu’elle veut, cracha-t-il avec les yeux, je m’en fiche. A quoi cela lui aurait-il servi, de dire ça ? De lui expliquer quoi que ce soit ? Ils étaient condamnés à rester ici pour toujours.
Et il savait que les gens ne s’aimaient pas pour toujours. Alors, à quoi ça aurait servi, hein ? Il avait le temps de son côté.

« Crier sur tout le monde, c’est plutôt ton truc. Il y a toujours des gens pour tout nettoyer, ici, répondit-il d’une voix blanche. Quelqu’un s’en chargera, ils sont habitués aux déchets. »

Il considéra le tas d’un œil morne, presque méprisant.

« Et puis, ce n’est que du papier. »

C’aurait pu être plus que ça. Eh bien, persifla encore la voix. Ils sont trop verts, les raisins ? Tu n’en as jamais voulu ? Il se mordit la langue et se dirigea vers la porte, le cœur gros.

« C’était idiot de ma part d’essayer de te faire comprendre quoi que ce soit. »

Il s’arrêta à son niveau, cherchant les bons mots, les bonnes idées. Tout ce qui lui avait toujours fait défaut, au fond. Entre autres choses. Il n’était doué que pour ceux qui étaient vides de sens. Il n’avait rien à dire. Il tendit la main vers elle, une brève seconde. Vers son visage ou ses cheveux.
Et puis il se ravisa, la laissant retomber contre son flanc.
Qu’est-ce qui s’est passé, la dernière fois que tu as passé quelque chose sous silence, Wang Huan Yue ?

« Ça me fatigue. On ne pourra pas dire que j’ai pas essayé. »

Il leva la tête vers le plafond majestueux. Il voulait sortir, vraiment. Mais il se sentait englué dans l’air épais. Trop fier pour lâcher, peut-être ; ou trop lâche pour prendre une décision. Aux cartes, il finissait invariablement par se coucher. Même quand il n’y avait pas grand-chose à perdre. Un vieux réflexe. Il leva les yeux vers elle.
Et la colère sourde qui bâillait aux corneilles depuis un moment remonta de ses entrailles, incendiaire. Il tenta de retenir la déferlante dans ses poings serrés ; sans succès.

« Et puis merde ! Si tu me crois pas, tu me crois pas, je m’en fous ! C’est pas comme si je m’en étais pas douté, avec tes… Tes réactions débiles ! T’écoutes rien, tu vois rien, tu… J’aurais pu le dire n’importe quand, n’importe comment, ça aurait été la même chose ! Je sais même pas pourquoi j’ai essayé de… »

Il désigna d’un geste rageur la pile d’origamis raté derrière lui. Ne savait pas exactement ce qu’il voulait dire par-là -mais aussi certain qu’on pouvait l’être que c’était vrai, et qu’il le pensait.

« De faire ça bien, justement ! Si tu préfères te dégoter un prince charmant qui de déballeras des poèmes, libre à toi ! Il t’aimera pas plus pour autant ! »

Les derniers pas qui le menèrent jusqu’à la porte, ses phalanges qui avaient blanchi, le grincement de ses dents et les geignements de sa fierté blessée ; il s’en fichait. Il claqua les battants derrière lui avec ce qu’il espéra être du panache, mais devait plutôt s’apparenter au caprice d’un gamin désespéré, et se laissa tomber contre le mur. Une seconde. Le temps de reprendre ses esprits.
Dans le royaume des mauvaises idées, celle-ci devait faire figure de grand seigneur.
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MessageSujet: Re: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   Sam 15 Avr 2017 - 2:48

...

Il ne lui criait toujours pas dessus, le salaud.
Elle regarda les roses biscornues s'échapper sur le carrelage comme à un orage qui ne venait pas. Les mots lui donnaient mal au ventre, la mettaient mal à l'aise, et elle serrait les poings et les lèvres pour s'empêcher de se mettre à crier de nouveau – ouais, c'est sûr, c'était plutôt son truc à elle les hauts cris et les grandes eaux. Incapable d'être vexée, elle fusilla Wang du regard. Tout était de sa faute.
Il lui donnait rendez-vous pour se foutre de sa gueule et la faire culpabiliser. Ça, c'était bien son truc à lui ; elle n'aurait jamais été aussi cruelle. Fallait bien que quelqu'un s'en charge. Elle ne s'était jamais vraiment demandée ce qu'il lui reprochait, tant l'antipathie pouvait lui sembler naturelle. Et puis malgré ses piques incessantes et ses commentaires désobligeants, il n'avait jamais poussé le bouchon assez loin pour qu'elle veuille lui défoncer le crâne. Elle avait aimé lui renvoyer ses insultes, à l'occasion.
Son cœur fit un bond désagréable dans sa poitrine.

Elle aimait bien Wang – alors pourquoi la réciproque lui semblait-elle digne d'un film comique ?
Y'a tellement de filles plus jolies, faut dire, me choisir moi ce serait bizarre.

Non ?

« C’était idiot de ma part d’essayer de te faire comprendre quoi que ce soit. »

Mais comprendre quoi ? Son sang ne fit qu'un tour et elle poussa un soupir frustré, fâchée contre Wang et contre son cerveau – ce cerveau minable à 50 de Q.I qu'il n'arrêtait pas de critiquer. Elle était censée faire quoi, le croire et tomber dans ses bras ? Qu'il grogne et tempête, c'était au-dessus de ses forces. Il se fichait d'elle.
Elle regretta le bras qui retomba, le geste avorté, comme tous les mots qui trébuchaient sur sa langue.

« Ça me fatigue. On ne pourra pas dire que j’ai pas essayé. »

Si ça n'avait tenu qu'à elle, elle l'aurait giflé.
Elle aurait aimé qu'il lui dise les choses simplement, qu'il ne parle pas par énigmes, par mots que seul un poète aurait pu comprendre ; Courtney n'avait jamais été douée pour déchiffrer le sens caché des phrases, ni pour en faire de jolies, et les métaphores la laissaient de marbre par manque cruel de compréhension. Elle se retrouvait comme maintenant, à taper du pied pour qu'on le lui explique en termes moins imagés. Quoi ! Oui, elle était stupide, mais non, elle n'y pouvait rien !

Qu'il arrête de se mettre en victime et fasse un pas de plus. Il n'avait pas tout essayé.
Elle non plus.
La colère soudaine qui embrunit ses traits l'empêcha de faire le moindre commentaire. Sidérée, elle referma la bouche sans piper mot.

Ses reproches lui coulaient du mercure dans les veines. Elle se sentait le besoin cuisant et physique de lui répondre, de lui renvoyer ses insultes une à une. De marquer les coups comme il le faisait, l'enfonçant méthodiquement dans un amas gluant de culpabilité – merde, foutue culpabilité. Ok, elle le croyait. Elle n'eut pas le temps de le lui dire. Il avait quitté la pièce, un « clac » sonore dans le dos.

Elle restait là avec tous ses pliages ratés. Et dire qu'elle avait planté Aphrodite pour ça. Son repas pour ça. Ses lèvres tremblèrent de rage et elle donna un coup dans le tas de fleurs ; elles étaient pour elle, non ? Aussi belles l'une que l'autre.
Une plus petite que ses sœurs roula jusqu'à ses pieds. Elle s'en saisit, le souffle court, et partit à la poursuite du connard de soviétique qui lui avait posé le pire lapin au monde. Elle fit claquer la porte de toutes ses forces, quitte à ameuter tous les curieux des alentours.

Elle ne fut pas soulagée de le trouver tassé contre le mur, comme si elle lui avait foutu un coup. Elle agita la fleur en papier au bout de son bras, quelques secondes en silence, avant de lâcher :

« Tu sais bien que je suis débile, non ? Tu l'as dit toi-même ! Alors que tu me sortes ça comme ça, puis que tu me gueules dessus, et que tu te barres après, comme si... Comme si tu pouvais attendre autre chose de moi ! C'est toi le débile ! J'ai... »

Ses yeux se posèrent sur l'origami. Sa langue la brûlait.

« J'ai cru que c'était un koala. »

Elle en rit amèrement, le cœur douloureux. Il battait trop vite. Mais elle avait besoin de parler.

« Tu m'as fait repenser à... à ce qui s'est passé, et je voulais plus y penser, j'avais oublié, tu comprends ? Et puis j'ai cru que tu te fichais de moi, parce que je suis pas jolie, ni drôle, ni sympa, ni rien, alors... Alors j'ai trouvé ça bizarre. Et du coup. A cause de ce qui s'était passé, j'étais en colère. Et puis. »

Elle inspira un grand coup, comme sur le point de fondre en larmes. La colère lui donnait envie de pleurer, mais elle n'avait pas envie de s'effondrer. Tu parles d'un discours crédible, ma pauvre fille...

« Je te crois. Ok ? Je te crois. »

L'implication d'un tel aveu ne fit pas immédiatement le chemin jusqu'à son cerveau en ébullition. Elle avait juste besoin qu'il acquiesce, qu'il ne se fâche pas, qu'il ne lui tourne pas le dos ; parce que sinon, en tant qu'amie et être humain, elle remportait la palme de la nullité.
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MessageSujet: Re: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   Sam 15 Avr 2017 - 18:10

Le besoin prégnant de réduire quelque chose en morceaux et de les éparpiller aux quatre coins du monde lui faisait regretter de ne pas avoir embarqué avec lui quelques fleurs ratées. Elles auraient ainsi pu servir à quelque chose -un message plutôt clair de colère et de frustration. Pas un sentiment auquel il ait eu le temps de s’habituer : il n’avait jamais vraiment voulu quoi que ce fut suffisamment fort pour en avoir l’estomac retourné. Le monde dehors avait peut-être tout eu d’un fatras insurmontable de morts, de bombes et d’alliances, sa vie à lui n’avait été qu’un long fleuve tranquille -pas si long que ça, railla-t-il après coup. Fut-ce par rapport aux standards biaisés de cet endroit, le Mandchou ne faisait pas franchement figure d’ancêtre. Lui reprocher de se comporter en gamin, c’était-

Tout à fait justifié, trancha-t-il sans tergiverser. Le preux chevalier des mensonges qu’on se raconte à soi-même savait choisir ses batailles, et cette charge-ci ne valait pas la peine d’être menée tambours battants : si son père l’avait vu ainsi claquer des portes et bouder derrière, il lui aurait donné une bonne raison de pleurnicher. Un homme n’était guère plus que ce qu’il acceptait de montrer au monde ; or, Wang se faisait actuellement l’effet d’un affreux petit mioche déçu, sautant de scandale en esclandre. S’il avait pu se gifler, il l’aurait fait. Mais une partie de lui était plus que satisfaite de la situation : si on lui pinçait le cœur, c’était logique de riposter. Il n’aurait pas agi différemment -en aucunes circonstances. Il eut envie de se relever. S’apitoyer quelque peu sur son sort, se morigéner pour son manque de maturité, décocher au mur un sourire suffisant au souvenir d’une sortie de scène si grandiloquente.

Rester prostré dans ces interminables couloirs n’allait l’avancer à rien. Quel dommage que Huan Yue n’ait jamais été un homme d’action.

Il sursauta presque lorsque la porte s’ouvrit à la volée, et darda sur la jeune fille un regard fielleux. La meilleure défense, c’était l’attaque. Qu’il se sentît ou non le cœur de se battre, s’avouer vaincu était tout bonnement hors de question. Il écouta ce qu’elle avait à dire d’une oreille distraite, l’esprit occupé à chasser les insultes fugaces qui se précipitaient d’ordinaire sur sa langue. Débile. Débile, oui, il avait sans doute utilisé un mot de ce genre ; il ne savait plus. C’était sans importance. Lener n’était pas du genre à se vexer pour si peu. Il le lui disait tout le temps.

Il détourna rapidement les yeux de l’autre côté. Une réaction typique. S’il s’était attendu à celle de Courtney, alors elle aurait dû s’attendre à la sienne. Ce n’était pas comme s’il lui avait menti -ni une, ni deux, ni trois fois ; il n’avait jamais clamé la détester.

Un sourire se tailla un chemin jusqu’à ses lèvres à la mention du koala. C’était tout elle, ça. A sa décharge, les pliages maladroits ne ressemblaient pas à grand-chose -certes pas à un petit animal, mais pas à une fleur non plus. Il s’apprêtait à riposter d’une remarque quelconque sur la prestance des koalas et celle de la jeune fille, mais sa réponse comme le son de sa voix le prirent de court. Elle ne riait pas comme ça, d’habitude. Il y avait cette drôle de lézarde qui courait le long des décibels et fendillait les syllabes. Il n’était pas certain de tout comprendre, et il y avait plus empathique que lui. Son cœur ne se serrait pas quand d’autres fondaient en larme -chacun ses problèmes, il en avait bien assez des siens. Il se mordit l’intérieur des joues, un peu coupable.

T’as foiré un truc, avertit une voix plus lassée qu’alarmée entre ses yeux. T’es très doué. C’est ta faute, encore. Partir en courant, c’est ton truc.

Il se força à relever la tête, la mâchoire serrée et la bouche tordue dans une grimace indéchiffrable. Elle avait pas intérêt à pleurer. Les larmes, c’était de la triche. Il avait beau essayer, il n’était ni son frère, ni son père. Il ne se laissait pas attendrir -mais les sanglots le secouaient toujours un peu, démuni face à une réaction à laquelle il ne comprenait rien.

Ses traits virèrent à une surprise désarmée. « Je te crois » ? Ben voyons. Elle aurait dû rester cohérente dans ses propos, et dire un truc pareil, c’était complètement…

Débile.

« Ah. »

Le son lui parut stupide à la seconde où il parvint à ses oreilles. Bête à en pleurer. Il hocha la tête, les sourcils froncés. Il devait dire quelque chose. N’importe quoi. Mais rien ne venait.

« C’est pas si bizarre, se défendit-il d’une voix un peu trop haut-perchée. Je suis pas trop tout ça non plus. »

Il haussa les épaules d’un geste qui se voulait empreint de désinvolture, mais que le malaise palpable avait rendu maladroit. Il se releva, conscient du ridicule de la situation. Se tenir là, les bras croisés, c’est vrai que c’est tellement mieux. Il moucha la sale voix d’un soupir amer. Si elle n’était pas fichue de lui souffler quoi dire, elle pouvait bien se taire.

« Je voulais pas être méchant, c’est juste… »

Si elle voulait des excuses, elle pouvait toujours courir. Assume tes actes, lui avait-on seriné. Ne mens pas, et ne demande pas pardon. Pas d’aveux de faiblesse.

« Je peux pas deviner si tu me dis pas, enfin, je savais pas que… »

Que quoi ? Il ne savait toujours rien du tout. Incapable de faire preuve de plus capacité de déduction qu’une vieille carne bourrue, il se rembrunit et lança un regard mauvais au sol. Wang Huan Yue, allégorie même de la bonne humeur.

« Tu vas pas pleurer, hein ? » s’enquit-il avec empressement.

Wang se saisit du koala et l’agita sous le nez de Courtney :

« Ou alors pleure de rire devant ce koala ridicule. »

Il aurait de loin préféré lui dire d’oublier ça si elle préférait, mais il restait intimement convaincu qu’un jour ou l’autre, une remarque acerbe sur ses compétences en origami aurait fait surface. Et puis, il n’en avait pas le courage. Comme de coutume.

Il tendit le bras vers elle dans un geste équivoque, qui aurait aussi bien pu être l’amorce d’une poignée main que l’esquisse d’un énième mouvement évasif du poignet. Il avait peur qu’elle le frappe, s’il s’approchait. Il était certain que la douleur n’aurait pas irradié longtemps, mais sa fierté déjà piétinée en aurait pris un sacré coup. Elle gonflait à lui en comprimer la poitrine à la moindre menace. Il se contenta donc de poser une main rassurante sur son bras, sans faire un pas en avant. Comme le dernier des couards devant un dangereux crocodile.
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MessageSujet: Re: « Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]   

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« Il fit rouler entre ses phalanges une fleur de papier. » [LENER Courtney]

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