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 (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.

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(mangez-moi mangez-moaaa)
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MessageSujet: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Lun 21 Avr 2014 - 20:31

« Tu la troubles », reprit cette bête cruelle.
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.


    Au final, continuer de clamer qu'il ne ressentait rien aurait été une superbe démonstration d'hypocrisie.
    Après tout, s'il ne s'en était pas rendu compte sur le coup, là-bas dans l'obscurité, sa voix l'avait assez bien fait comprendre par la suite. Soren avait dû l'entendre à coup sûr.
    Ou pas. Il était un peu occupé aussi.


    Un sourire amusé aux lèvres, Yoan laissa retomber les rideaux d'une main désinvolte. Cette scène, il l'avait vécue des centaines de fois. Jour après jour, depuis qu'il était ici. "Piégé" n'était pas le mot qui correspondait le mieux à sa propre situation, mais c'était tout de même celui qu'il aurait aimé employer. Après tout il avait voulu s'enfuir, toujours. Qu'on l'achève enfin.
    Depuis ce qui s'était produit dans la forêt, Claris le réveillait à une fréquence accrue. Elle rêvait de feu. Yoan savait qu'elle rêvait de feu, tout le temps. Et il ne pouvait rien y faire ; s'il y avait une chance, aussi infime fût-elle, pour que son apparition lui fasse bénéficier d'un sommeil sans rêves, alors il supportait volontiers les affres existentielles dans lesquelles vivre le plongeait. La folie qui le menaçait sinon était autrement plus douloureuse.
    Douloureuse, la vie l'était déjà assez de l'empêcher de serrer sa jumelle dans ses bras pour la réconforter. Et lui dire pardon, pardon, s'excuser jusqu'à s'en user la langue.
    La vie. Yoan avait du mal à l'appeler par son nom, mais sans doute était-ce encore une fois le terme le plus approprié pour désigner un corps au cœur qui battait sans discontinuer. Fut-il mal huilé, cabossé, déréglé, stricto sensu ça s'appelait encore la vie. Il avait fallu qu'on l'étreigne et souffle sur des braises dans son ventre pour qu'il le réalise. Une incandescence insupportable. Il en aurait pleuré. Peut-être même qu'il l'avait fait ; il ne s'en souvenait seulement pas.
    Quel grand frère irresponsable il faisait. Il n'avait pas de chaleur à donner, seulement à prendre. Il n'avait rien à offrir, rien.
    Maintenant plus que jamais, alors qu'il avait presque l'impression que sa chair se faisait de plus en plus diaphane jusqu'à s'effiler de sur ses os. Mailles d'un vêtements accroché involontairement. Il n'avait jamais été une entité très stable, mais cela commençait à devenir intenable.
    On y est presque, tu crois ?
    Paradoxalement, l'absence de mouvement dans sa poitrine avait installé en lui un besoin d'action assez dérangeant. Ses nuits, il les passait à errer dans le parc en maugréant entre ses dents. Il éprouvait des difficultés à s'asseoir et fermer les yeux pour ne plus penser à rien ; quelque chose ne le laissait pas tranquille, et le diable s'il arrivait à cerner ce que c'était.
    Logique, logique. Qu'est-ce qu'elle disait, maintenant ?
    A croire qu'elle se jouait sciemment de lui ; une de plus, il en avait bien besoin. La dernière fois non, plus ça n'avait pas été très logique.
    L'agacement était là, vrillé entre ses tempes. Il n'arrivait pas à s'en débarrasser.

    Avant qu'il puisse s'en rendre compte, le jeune homme sentait la semelle de ses baskets s'enfoncer dans l'épaisse moquette rouge. Il parcourut les couloirs déserts du pensionnat endormi en silence, habitué à ce que seuls les murs et ce tapis pourpre lui murmurent des caresses aux heures les plus noires. Silence, tout n'était que silence, toujours. Il évitait les ailes fréquentées, il évitait les oiseaux de nuit. Son monde était désert, il sonnait creux comme une cage thoracique fossilisée.
    Et il ne pouvait plus dire que c'était bien comme ça.
    A croire que ses semblables faisaient tout pour le tourmenter.
    Franchement, cette pensée lui parut tellement irrationnelle qu'elle le fit lui-même sourire. Et pourtant le froid qui l'habitait lui disait tout le contraire.
    Franchement, je ne te remercie pas.
    Ou si. Tellement.
    Enfin, il n'était pas aussi impulsif non plus. Chiffres, lui murmurait son cerveau, le seul maître qu'il s'était jamais connu. Logique, logique, calcule un peu. Il n'avait pas compté ses pas. Cette pensée figea son souffle en statue de glace.
    Et quand il leva les yeux, évidemment, le monde trouva moyen de le contredire.
    En lisant le nom de la chambre dont il avait la porte sous le nez, Yoan soupira et passa une main sur son front, sous des mèches claires comme un rayon de lune. Sérieusement. C'était ce qu'il appelait un mauvais scénario.
    Enfin, un scénario ça se manipule. Il avait toujours été le méchant, aussi, alors une fois de plus ou de moins. Le réel est une notion relative.
    Vraiment ?
    L'obscurité lui avait déjà démontré l'inverse, non ?
    Pas trente-six manières de le savoir non plus. Le jeune homme posa une main sur la poignée et tourna.
    Clic.
    Ses yeux s'écarquillèrent brièvement, et un manque d'inspiration l'effleura. Puis il soupira derechef. D'accord. On la joue comme ça.
    Tu crois que j'ai le temps de jouer le grand méchant loup ? Si l'agneau se barricade dans la bergerie, j'ai pas le choix.
    Quelle comédie.

    Quelques minutes plus tard, la main de l'adolescent prenait appui sur le rebord extérieur de la fenêtre. Et dire qu'il n'aurait jamais grimpé à un arbre auparavant. Ah si, pour Claris, c'est vrai.
    Ce marteau-piqueur entre ses côtes, d'un seul coup. Inhabituel. Enrageant.
    Yoan fixa la fenêtre un instant, se demandant comment ferait Arsène Lupin dans sa situation. A part le fait qu'il ne se serait sûrement jamais trouvé dans sa situation. Étrangement, il ne se sentait pas trop dans le rôle du prince charmant.
    Une main plongea dans sa poche et en tira un outil au fil tranchant. Malheureusement pour certains, heureusement pour lui, le Pensionnat Interdit ignorait l'utilité du double vitrage.

    J'aurais voulu, oui, tellement voulu être comme toi.
    Trop gentil. Suffoqué de douceur à en mourir.
    La pièce respirait le calme, et même la légère brise glacée ne suffit pas à le perturber. Yoan repéra au moins trois silhouette endormies lorsqu'il posa le pied sur le parquet, silencieux comme une ombre. C'est donc sur la pointe des pieds qu'il s'approcha des draps où dormait son reflet aux mèches dorées.
    Il resta un instant debout, triturant le col de sa chemise, une main dans la poche ; la tête vide. Comme le reste, après tout.
    Comme tout, comme toujours.
    Mais je me sers de toi, toujours. Tu le sais, c'est pour ça, non.
    La question était, est-ce que l'inverse marche aussi, ou est-ce que tu restes l'agneau occupé à pleurer dans son coin ? J'ai bien des contre-arguments à te soumettre, tu sais.
    Imperceptible, le jeune homme finit par s'asseoir au bord du lit, une main soutenant son visage, à contempler un instant l'image de son double endormi. A se demander s'il avait le sommeil paisible, ou si les mêmes cauchemars le hantaient que ceux qui assaillaient sa jumelle toutes les nuits. En un sens, Yoan préférait les figures endormies. Lorsque les vivants ne l'assaillaient pas de leurs émotions à la vibrance insupportable. Mais toi, toi. Regarde-moi.
    Immobile, Yoan laissa filer une seconde, écoutant la respiration paisible des occupants de la chambre. Puis il se pencha sur le jeune homme et effleura son front du bout des lèvres, appuyant dans le même temps une main ferme sur sa bouche.
    "Soren", c'est ça ?
    Ne crie pas cette fois.


Dernière édition par Claris Linden le Jeu 4 Sep 2014 - 22:57, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Jeu 24 Avr 2014 - 22:18

...

Il ne faisait pas si froid que ça. Pourtant, les mains agitées du garçon s'acharnèrent sur la fenêtre, vérifiant mille fois le loquet et le secouant pour s'assurer qu'aucune main importune ne puisse la tirer de son encadrement. Jetant un regard suspicieux par le verre fin qui donnait sur le parc, il soupira et lâcha le métal à contrecœur ; il se connaissait, il y aurait passé la nuit à guetter la moindre ombre. Il l'avait déjà fait, il n'en était pas fier. Des semaines de silence radio, et que craignait-il encore ? Que le diable s'insinue dans la pièce à la faveur d'un rayon de lune ? Ses soucis le firent rire noir. Il claqua doucement ses joues pour leur redonner les couleurs qu'elles avaient perdues, aspirées par maintes et maintes nuits blanches. Il s'inquiétait trop.

Tu vois bien qu'il ne revient pas.

Soren passa un dernier doigt anxieux sur le pourtour de la fenêtre et, ne sentant pas le souffle d'un courant d'air, se tourna vers son lit aux draps parfaitement faits. C'était une utopie d'imaginer pouvoir s'y glisser sans lever l'épée contre un monstre qui se lovait sur sa poitrine chaque fois qu'il respirait. Comme si quelque chose l'attendait dans le noir, sous le lit ou derrière l'armoire, à guetter la cadence de son souffle pour l'emmener, au plus profond de la quiétude, vers de plus terribles abysses que celles qu'il côtoyait. Il frissonna à s'imaginer une souffrance pire encore, le grincement presque imperceptible du vieux bois accompagnant un soupir qui se fondit dans le frottement satiné des draps qu'on tire sur soi. Compter les moutons dans les imperfections du plafond, du genre qui vous font regretter de n'avoir aucun somnifère dans un verre, juste à côté : il connaissait ça par cœur. Les grands yeux bleus clignèrent plusieurs fois, depuis longtemps habitués à l'obscurité, regrettant ce fugueur de marcassin qui n'avait rien de mieux à faire que passer ses nuits auprès de sa belle. Tout à fait dans le propos, pour qui aurait été au courant des deux secrets qu'il portait souvent à sa bouche, il se demanda si Claris dormait paisiblement. Là, de l'autre côté, dans une chambre bien loin de la sienne et compressée entre quatre murs rassurants. Et de toute façon, j'ai fermé la porte, songea l'allemand sans vraiment y croire lui-même.
Clic, clac ; il pensait l'entendre quelques fois avant de se rendre compte que c'était un oiseau qui répondait au silence où une porte claquée ailleurs dans le pensionnat. Et à chaque fois, il pensait mourir d'angoisse.

Laisse-moi, pitié, laisse-moi.

Cette fois-ci, la fatigue l'avait emportée sur les craintes irrationnelles qui lui mangeaient ses heures perdues. Les arbres laissaient des ombres chinoises sur ses paupières closes sans qu'il s'en offusque et la faible lumière argentée révélait une forme endormie et paisible. Aucun cauchemar ne l'agitait, sinon quelques flash lumineux qui déchiraient de temps à autre sa rétine, comme autant de souvenirs dispersés au vent. Soren rêvait de Berlin et de ses rues qui n'avaient jamais été aussi grises ; de la guerre qui grondait au loin et lui avait enlevé tous ceux qu'il aimait. De sa mère et de son père, qu'il avait peur de ne jamais revoir : d'Isaac et de tous les autres. Puis il se réveillait quand, témoin de ses propres pas, il se retournait et faisait face à un reflet qui était le sien sans l'être. Alors le cri bloqué dans la gorge, il ouvrait des yeux hallucinés et perdus. Qui aurait fait la différence, à sa place ? Ah, il avait été bien idiot de ne pas s'enfuir, de penser que cette fois, ça pourrait fonctionner. La première fois, il lui avait mis un couteau sous la gorge.
La deuxième fois, il avait fait bien pire. Lèvres tremblantes, il se répétait que cet accident n'avait pas plus d'importance ou de réalité que ces brumes de songe qui se dissipaient une fois le soleil levé. Il n'avait rien voulu, se disait-il, et ne se rappelait plus de rien. Menteur.

C'est faux, tu m'as meurtri, et je ne m'en remettrai jamais.

L'hypocrite ne sentit rien venir : pour une fois, Morphée l'avait trouvé et ne le rendait plus au monde des vivants. Là-haut sur son nuage, il aurait dormi d'une traite s'il n'avait pas senti des lèvres se poser sur son front. Maman ?
La main qui le bâillonna la seconde d'après fit voler en éclat toutes ses belles illusions. Ses yeux s'ouvrirent en grand, tirés de l'ailleurs par un violent électrochoc qui le paralysa tout entier. Il posa une main affolée sur le bras qui le tenait captif, tentant dans le même temps de reculer et se soustraire à cette poigne trop ferme.

La protestation étouffée se perdit entre son cœur et ses poumons, bien loin des lèvres qui avaient tant prié pour que ce moment n'arrive jamais.
Ne dis rien, je sais. Mais je n'ai pas envie de l'entendre. Qu'il le laisse partir.

Il savait que face à lui, il se détesterait mille fois plus ; parce qu'il savait. Et que c'était là le fond du problème quand il n'aspirait qu'à l'oubli et au déni.

Au secours.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Jeu 1 Mai 2014 - 0:03

    Bonsoir princesse, le prince charmant vous apporte votre petit-déjeuner.
    Ferme, mais pas brutale. C'était ainsi qu'il avait voulu sa prise sur les lèvres de l'allemand, à la seule fin de l'empêcher de réveiller toute la chambre - ce qui n'aurait pas manqué d'arriver à la seconde même où les yeux de Soren se seraient ouverts, pas de doute là-dessus. Mais apparemment, il ratait un peu son coup.
    Yoan fixa le berlinois un instant, sourcils imperceptiblement froncés, se demandant s'il cherchait vraiment à s'étouffer avec sa main.
    Il en était au suicide, déjà ?
    Je souffre de psychopathie.
    Une envie narcissique le prit de considérer cette phrase comme un fait acquis, mais son rationalisme le forçait à reconnaître que cela était parfaitement faux. Dommage, ça en aurait rajouté à son image d'antagoniste fou de l'inspecteur en charge du roman.
    Tiens, il se sentait d'humeur croquante, ce soir.

    Visiblement, ce n'était pas le cas de Soren. Yoan décida de lui éviter de mourir d'asphyxie en retirant sa main, maintenant que le premier choc était passé : mais s'assura auparavant que le jeune homme avait bien vu le doigt qu'il posait sur ses lèvres d'un air entendu, avant de désigner de ce même doigt l'adolescent qui dormait paisiblement dans le lit d'en face.
    Une légère brise agita les rideaux en pénétrant par le trou qu'il avait fait dans la vitre. Yoan tira doucement ses doigts des lèvres de Soren et replaça la main sur ses genoux, tandis que l'autre supportait à nouveau le coin de sa mâchoire.
    Pour quelqu'un qui venait d'entrer par la fenêtre, il avait l'air parfaitement à son aise.

      « Mon dieu, regarde-toi. » Chuchota-t-il d'un air amusé. « On dirait que tu vas faire une crise cardiaque. »

    Parce que non, l'idée d'avoir réveillé un innocent en plein milieu de la nuit n'induisait chez lui aucun sentiment de culpabilité.
    Il fallait bien rappeler qu'il ne pensait pas comme tout le monde n'est-ce pas. Sinon lui-même aurait tôt fait de l'oublier. Et alors...
    Le garçon cligna des yeux et affecta de prendre un air décontracté.

      « Alors, comment tu vas ? »

    Disait le loup, sous un pan de laine toute blanche.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Mar 3 Juin 2014 - 21:28

...

Le cri resta coincé dans sa gorge, à mi-chemin entre ses lèvres et ses cordes vocales. Le ravaler lui fit mal mais l'injonction muette était claire ; et le débat qui avait opposé rébellion et silence n'avait duré qu'une fraction de seconde. Sourcils maintenant froncés, dos au mur et face à son reflet trop pâle, Soren laissa ses lèvres tracer la courbe d'une moue mécontente.
Il avait peur. Là tout de suite, il se serait bien jeté par la fenêtre ou la porte si son interlocuteur lui en avait laissé la chance – tout pour ne pas avoir à supporter le regard de Yoan, qui lui brûlait les lèvres et l'estomac. Dos de la main contre la bouche comme un réflexe salvateur, il laissa filer un souffle rapide qui lui déchirait la poitrine et relançait trop vite son cœur à chaque battement. Boum, boum, boum. Il pria confusément pour un mauvais rêve ou une illusion quelconque sans vraiment y croire.
Yoan avait l'air parfaitement décontracté, de son côté, comme s'il avait sa place sur ses draps ou qu'il l'avait invité à boire un thé, et... Ses yeux bleus papillonnèrent tandis qu'une brève caresse passait contre sa joue. Il jeta un regard ahuri à la fenêtre dont il s'était assuré de la solidité en début de soirée – et dieu, qu'elle l'avait rassuré, cette fenêtre !

Mais il était entré par là. Comme le dernier des voleurs, comme un... Comment est-ce qu'il avait fait, au juste ?

« Mon dieu, regarde-toi. On dirait que tu vas faire une crise cardiaque. »

La honte colora les joues claires de Soren. Il se redressa imperceptiblement et foudroya l'intrus du regard, comme si ses iris avaient pu faire office de revolver. Oui, il devait donner l'impression d'avoir vu un fantôme ; oui, il était mort de peur. Oui, oui, il savait. Mais la faute à qui ? Il faillit lui rétorquer d'un air presque hautain qu'il n'avait pas l'habitude recevoir des visites de minuit par la fenêtre et que, oui, sa présence l'étonnait un peu. Une suite d'euphémismes qui lui échappa avant qu'il ait pu les formuler. Ce n'était pas plus mal ; dans l'urgence, Soren avait une nette tendance à raconter n'importe quoi et attraper ce qui lui passait en premier par l'esprit.
Parfois, l'insolence pouvait en moduler sa voix, d'ordinaire si douce et prévenante.

« Alors, comme tu vas ? »

« Mal » fut le premier mot qui fondit contre sa langue. Il avait l'impression de cauchemarder, et savoir qu'il n'en était rien ne faisait qu'ajouter à l'envie qu'il avait de claquer la porte derrière lui et enfermer Yoan dans la pièce. Mauvaise idée, rectifia-t-il pour lui-même, il n'avait pas envie de le laisser seul avec ses colocataires. On ne savait jamais.
L'image qu'il avait de Yoan ne se détériorait pas avec le temps : c'était la sienne qui avait pris un sacré coup depuis la dernière fois. Il n'empêchait que le garçon n'était pas la première personne à qui il aurait tendu la main et que cette attitude faussement innocente ne lui plaisait pas. Ils n'étaient pas deux amis assis sur un banc, à parler de tout et n'importe quoi.
Les draps étaient rêches sous ses doigts. La chaleur de la nuit et du sommeil s'était entièrement dissipée pour laisser place à un sentiment glacial et pervers qui lui prenait les poumons, l'empêchant de respirer correctement.

Tout aurait été plus simple si ça avait été entièrement la faute de Yoan et qu'il ne s'était pas senti aussi coupable.

« A ton avis ? Répliqua-t-il tout bas, presque incisif, comme n'importe qui venant de se faire réveiller en pleine nuit par... »

Un monstre ? Un pervers ? Un fou, dangereux, peut-être armé et en voulant à sa vie ? Il décida de laisser là sa phrase lorsqu'il se rendit compte que rien ne collait.
C'était trop dur.

« Qu'est-ce que tu veux ? »

Pas de « bonsoir » tout en sucre ou de politesses dont il était si friand.
Porté par de bonnes intentions, se disait Soren, Yoan ne serait pas rentré par la fenêtre. Là encore, monsieur oubliait qu'il avait fermé la porte à clé à cause d'une bête appréhension qui s'était, au final, révélée plus pertinente qu'il ne l'aurait voulu.
Pourquoi est-ce qu'il était revenu ?

Ses doigts tordirent nerveusement le tissu blanc qui le recouvrait, incapables de rester immobiles. Laisse-moi oublier.

S'il te plaît.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Mar 17 Juin 2014 - 2:26

    L'éclat furibond des prunelles bleues qui réussissaient à le fixer à la faveur d'un rayon de lune remua bel et bien quelque chose dans les entrailles du jeune homme. Yoan se tira un sourire quasiment neutre, alors qu'un bref instant, une brève sensation, suffisaient à lui faire changer d'avis. Peut-être qu'une longue série de déambulations sans but dans le parc désert aurait été plus productive.
    Ce n'était pas son genre de changer d'avis, pourtant. Il n'avait pas trop de raisons de le faire en général.
    Mais voilà, il y avait cette pulsation sourde quelque part dans sa poitrine, une pulsation bleue qui compressait sa chair. Difficile actuellement de trouver plus désagréable à ses yeux ; mis à part lorsqu'il avait le malheur de se retrouver devant un feu de cheminée.
    Ne pense pas. Pourquoi dois-tu toujours penser. A quoi est-ce que ça a jamais servi.
    Yoan résista à l'envie confortable mais totalement utopique de se rouler sur ce lit et d'y rester sur le dos une bonne partie de la nuit à lire un bon livre à la lueur d'une torche. Il sentait confusément que c'était la façon dont il préférerait passer ses nuits à l'heure actuelle. Il sentait aussi que quelque chose dans ce tableau justifiait sa présence ici.
    Et étrangement, il ne voulait pas savoir quoi.
    Mais il se sentait - non, il était - tellement vide.

      « A ton avis ? » Répliqua la voix accusatrice en un chuchotis rageur, « Comme n'importe qui venant de se faire réveiller en pleine nuit par... »

    Comme ? Je t'en prie, développe ta pensée. Une fulgurante envie de poser un doigt sur ces lèvres qui murmuraient des mots qu'il n'avait pas envie d'entendre se saisit de Yoan, mais il ne bougea pas. Il était trop occupé à fixer Soren, un sourire automatique au coin des lèvres, et le sondant, réfléchissant, cherchant à tâton au fond de lui cet abîme dont il était sorti et qui lui manquait. La réalité, la vie enfonçait ses griffes dans la chair de ses épaules, presque exactement apposées sur les traînées rouges que d'autres ongles y avaient laissées.
    Mais c'est toi qui l'a mise là. Reprends-la, je n'en veux pas. Reprends tout, je m'en moque, je n'en ai pas besoin.
    La sensation de brûlure dans son estomac sembla s'intensifier, et le garçon ne put retenir l'ébauche d'une grimace. Si l'obscurité était clémente, elle la dissimulerait. Elle était là pour ça après tout.

      « Qu'est-ce que tu veux ? »

    Yoan se sentit cruellement désappointé par la question : il aurait aimé savoir ce qu'il y avait au bout de ce "par" et de ces points de suspension. Il y avait parfois tant à dessiner sur des points de suspension.
    Et bizarrement, la question et le ton employé avaient froissé quelque chose dans cette zone qui le démangeait depuis quelques minutes. Et ça fait... Un profond malaise étreignit le blond qui se redressa et posa à plat sur les draps son poing clos. Son visage se ferma.

      « Je » n'arrivais pas à dormir « m'ennuyais. »

    Quelque chose le compressait de l'intérieur. Comment compresse-t-on un fantôme, dis-moi ? Comment le toucher, hein ?
    Une bouffée de colère, un retour de haine comme quelque chose qui l'avait étreint il y avait de cela ce qui lui semblait une éternité, debout devant ce même visage qui tremblait devant sa vision brouillée, quelque chose de semblable l'assaillit un instant.
    Mais sa voix coula tout de même hors de sa gorge, lente, presque traînante.

      « Quelle agressivité, tu me blesses tu sais. » comment va ta cheville ? « Après le mal que je me suis donné pour te traîner hors de la cave parce que tu ne sais pas mettre un pied devant l'autre correctement. »

    Maladroit. Il ne t'arriverait rien, sans cela.
    Il ne tenta pas de le toucher. N'esquissa pas même l'ombre d'un geste dans sa direction. Parce que c'était exactement ce à quoi il s'attendait et ce qu'il redoutait plus que tout - Yoan le voyait dans son regard. Il se demanda brièvement si l'idée attirait Soren autant qu'elle le terrifiait, et conclut rapidement qu'il ne trouverait pas de réponse à cette question. Pas si l'intéressé ne lui répondait pas de lui-même.
    Il ne le fit pas, parce qu'il ne voulait pas agir comme Soren l'attendait. Il voulait lui faire sentir l'étendue de son erreur.
    Il y a quelque chose que tu refuses de voir.
    Si ce n'était pas simplement qu'il refusait de le regarder.
    Ah, ça encore. Malaxé entre ses organes, cela ne le laissait pas en paix. Le garçon ferma les yeux une brève seconde, entre deux inspirations.
    On dirait bien que l'éternité t'a lâché, non ?
    Ses prunelles sombres revinrent sur l'objet de sa présence.

      « Et donc ? Réveillé par quoi ? Continue, ça m'intéresse. »

    Si quelqu'un peut me le dire après tout, c'est peut-être toi.

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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Jeu 10 Juil 2014 - 4:46

...

Il faisait noir mais même en plein jour, Soren n'aurait jamais réussi à décrypter toutes les émotions qui pouvaient passer sur ce visage trop lisse. Yeux plissés, faussement insensible aux soubresauts qui pouvaient indiquer que ses mots n'avaient pas plu, il priait encore pour un mauvais rêve. Cette sensation de flottement n'allait pas le lâcher de la nuit, jusqu'à ce que Yoan se lève et tire sa révérence, le laissant à nouveau seul avec des songes dont le Pensionnat avait peu à peu ôté toute la couleur. Bêtise ou pas, il allait falloir assumer ; le petit diable dans sa gorge avait beau lui hurler le contraire (et si tu réveillais Cyril ou le mettait à la porte ? ), il avait touché le mur à force de reculer. Au sens propre comme au sens figuré, pensa-t-il amèrement, les doigts frôlant la surface froide et rigide contre laquelle il s'appuyait. Si seulement il avait pu s'y fondre ! Tous ses problèmes auraient trouvés une fin dans le ciment des jours tranquilles et du temps qui passe sans un bruit.

« Je m'ennuyais. »

Il ne faisait pourtant pas tant de vacarme, c'était surtout son cœur qui lui agaçait les oreilles. Perplexe et ne sachant que penser de cette réponse, Soren hésita entre colère et surprise, laissant à son visage la marque d'une grimace singulière et difficile à interpréter. Il... s'ennuyait ? Et depuis quand forcer les fenêtres des endormis était une façon efficace de tuer l'ennui ? Ou même orthodoxe ? Il oubliait trop souvent que le blond qui lui faisait si aimablement la conversation n'avait que trop peu l'air de se préoccuper de ce genre de détails. Dans le cas contraire, il n'aurait pas été ici, assis sur son lit, à lui imposer une présence qui l'indisposait de bas en haut. Ça, Soren en était intimement persuadé, Yoan en était tout à fait conscient. La porte fermée à double tour ne mentait pas.
Soupire et sois honnête avec toi-même, pour une fois. Il fallait à tout prix qu'il arrête de tasser les non-dits au fond d'une valise qu'il n'ouvrait jamais.

« Quelle agressivité, tu me blesses tu sais. Après le mal que je me suis donné pour te traîner hors de la cave parce que tu ne sais pas mettre un pied devant l'autre correctement. »

Plus facile à dire qu'à faire quand la provocation piquait au mauvais endroit et lui donnait envie de le chasser à coups de poings et à coups de pieds. Le drap criait au supplice entre ses doigts tendus et sa lèvre demandait du repos, maltraitée par mille hésitations et mille déceptions diffuses. Un souffle contrarié répondit à Yoan sans que Soren trouve bon d'y ajouter quelques répliques incendiaires : il ne voulait même pas en parler, encore moins se l'imaginer. Inutile de ramener ses fautes sur le tapis, elles étaient la cause des cernes qui se dessinaient sous ses yeux bleus un peu plus chaque jour. Tu m'empêches de dormir, voilà ; tu es fier de toi ? Ce n'était pas sa faute – pas entièrement. Artisan de ses propres malheurs, que demander de plus...
Le silence l’incommodait prodigieusement et s'il ne le brisait pas, ce n'était nullement par respect pour quelques pensées volatiles ou sentiments muets. Son regard voyageait des formes endormies à Yoan, tentant de percer dans les respirations lentes et régulières l'ombre d'un éveil prochain.

Paranoïaque du dimanche, ses yeux revenaient très vite sur celui qui lui faisait face, et ses mains auxquelles il ne faisait pas confiance.
Par lâcheté plus que par réel dégoût. Il avait trop de mal à se défaire des stéréotypes et son passé le suivait comme une ombre, l'accrochait en permanence. Impossible de fuir.

Impossible de savoir ce qui pouvait se tramer derrière un sourire prompte à flouer les plus perspicaces.

« Et donc ? Réveillé par quoi ? Continue, ça m'intéresse. »

Menteur. Soren détestait Yoan pour toutes les larmes qu'il réussissait à faire perler à son cœur, juste avec des mots. Il aurait aimé pouvoir enfouir son visage dans ses draps et faire abstraction du monde extérieur. Il l'avait sincèrement pensé.

C'était ça, le pire.
Je vais mal, et c'est en partie ma faute : le reste, la tienne. Mais ça aussi, c'est un peu de ma faute.

« Par... par toi. (il ne trouvait ni plus approprié ni plus percutant et ressemblait vaguement à un enfant fatigué et capricieux) Pourquoi est-ce que tu te sens obligé de poser des questions dont la réponse va sûrement te déplaire ? »

Difficile de savoir si les autres termes lui auraient plu – erronés, erronés à son goût – et il ne le saurait jamais. Certaines choses ne passeraient pas la barrière de ses lèvres, même forcées au grand jour : il ferait en sorte qu'elles se dissolvent au contact de l'air. Un, deux, trois... je suis un papillon.

Et Yoan le plongeait tête la première dans un remous qui lui noyait les poumons et lui remontait le long de la gorge comme un cancer.

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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Mer 16 Juil 2014 - 23:33

    A y penser vaguement, même si Yoan avait voulu jouer les gentlemen, son rythme de vie l'aurait très légèrement empêché de respecter les heures usuelles de visite. Mais de toute façon l'allemand ne voulait pas le voir, quelque soit l'heure et l'endroit. Alors pourquoi se compliquer la vie.
    Ce n'est pas ce que tu disais pourtant. Et le menteur c'est moi ?
    De tout façon il n'avait même pas planifié son escapade. Comme tout désormais, les envies et les fantasmagories le prenaient au détour du chemin sans prévenir jamais. En général ce n'était pas bien grave. Après tout ce n'était pas comme si le monde lui importait, hein.
    Détaché, Yoan observait Soren éviter de répondre à ses questions ; et c'était ça plus qu'autre chose qui lui donnait envie de confirmer ses craintes en le passant par la fenêtre.

      « Par... par toi. Pourquoi est-ce que tu te sens obligé de poser des questions dont la réponse va sûrement te déplaire ? »

    Yoan le fixa comme un maître d'école un enfant particulièrement lent :

      « Parce que tu crois que ta technique de déni profond est mieux, peut-être ? »

    Et la voilà, la victoire de la logique sur l'émotionnel. Quel que soit le problème actuel - et même si le blond lui-même était trop buté pour reconnaître qu'il y avait un problème - il devait s'affronter, comme tout problème, avec une mise à plat des facteurs et des solutions.
    L'intelligence allait droit au but quand le cœur tournait interminablement autour du pot. Et c'était là la profonde stupidité pour Yoan, qui dans sa grande objectivité oubliait évidemment de se souvenir que sa jumelle était elle aussi de cette race-là.
    Quoi qu'il en soit.
    Sans crier gare, le jeune homme se hissa sur le lit pour encadrer les jambes de Soren de ses deux genoux, sans pour autant s'y asseoir ; dans le même temps, il plaqua les mains au mur de chaque côté de la tête du garçon et s'approcha d'un coup, les yeux dans les yeux et ce fameux sourire carnassier au coin des lèvres. Celui que Soren attendait de lui, après tout.
    Proche à l'en effleurer, il aurait presque pu percevoir les battements de son coeur.
    Et peut-être le fameux problème était qu'il n'entendait alors pas qu'une cadence, mais deux.
    Le jeune homme se tint ainsi durant quelques secondes aussi longues qu'une éternité. Puis son sourire s'effaça et il se retira sans qu'il y ait un seul contact.
    A quoi tu t'attendais, hein.
    Sa voix était plus murmure qu'autre chose lorsqu'il glissa en reculant :

      « Qu'est-ce que tu voudrais que je te fasse, hein. »

    Sur ces mots au double-sens largement intentionnel, il resta à genoux sur les draps et en tira soudain un large pan de côté pour recouvrir la tête de Soren et le dissimuler à ses yeux. Ce qui n'était pas plus mal.
    Hop là, te voilà protégé du grand méchant loup.

      « C'est quoi ton problème, Soren ? »

    Prononcer son nom lui laissa dans la bouche un goût aussi désagréable qu'il l'avait imaginé. Mais y avait autre chose d'encore plus désagréable.
    Mon dieu, mais est-ce que tu essaies d'être gentil là ?
    Yoan fixa le drap d'un air morose en développant soigneusement à l'adresse de son inconscient sa thèse personnelle sur la volatilité de son essence actuelle. Quelle que soit la raison profonde - et au passage aussi peu digne d'intérêt que celle pour laquelle il méprisait la terre entière - pour laquelle il agissait aussi bizarrement ce soir, elle n'avait de toute façon aucune espèce d'importance. Parce que de toute façon, tout ce qu'il pourrait dire ne servirait qu'à tourmenter davantage l'allemand : et en cela, rien n'aurait changé depuis le début. Peu importe l'intérieur. De toute façon à l'intérieur il n'y avait rien.
    La raison ultime, finalement, pour laquelle Yoan pouvait s'obstiner à essayer de le tirer de son apathie était la suivante : Claris adorait Soren.

    Et le reste venait de là après tout, rien de plus.
    Mais je le savais, que tu n'étais pas horloger.
    Plutôt le gamin bien intentionné qui met les doigts dans le mécanisme et s'enfuit en pleurant lorsqu'il se les y coince, abandonnant les rouages à une dégénérescence accrue ; lente et douloureuse.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Lun 4 Aoû 2014 - 21:31

...

Soren se serait fondu dans le mur pour pouvoir mettre ne serait-ce que quelques centimètres de plus entre Yoan et lui ; peur irrationnelle du noir ou crainte justifiée d'avoir la gorge lacérée au moindre faux mouvement, ce n'était pas à lui d'en décider. Lui, il avait peur, et il sentait bien le poids qui lui mangeait la poitrine. Réel ou irréel, ce n'était pas son problème.
C'était . Et ça faisait mal.
Un hurlement silencieux de protestation le traversa des pieds à la tête, d'une violence quasi insupportable qui failli bien le faire protester à voix haute – et plus fort qu'il n'aurait dû. « Je ne suis pas en déni » criaient à leur tour ses yeux bleus, vifs de larmes et de colère contenue. De quoi aurait-il été en déni, hein ? Pas besoin de rédemption pour qui se comporte bien et ne s'éloigne pas du chemin qui s'étend paresseusement devant lui. Soren se répétait en mantra obsessif le garçon bien et obéissant qu'il était et avait toujours été, à quel point l'éloignement et le Pensionnat ne l'avaient pas changé.
Les prières lui avaient toujours laissé un drôle de goût à la bouche, comme un vide qu'on ne peut pas combler. Cette nouvelle tentative ne fit pas exception à la règle.

Menteur, va.

L'arrière de sa tête cogna violemment le mur avec le secret espoir de s'y enfoncer – peine perdue. Il ne voyait plus que le sourire de Yoan et l'éclat morne de ses yeux, la gorge paralysée par une poigne de fer. Et s'il criait, et s'il réveillait Cyril ? Persuadé que le cauchemar se dissiperait une fois la lumière allumée, il n'était même pas fichu de faire claquer sa langue sur la plus banale des interrogations. Dis maman, pourquoi les gens sont méchants ?
Sans un mot et dans un bruissement discret, Yoan recula, le laissant seul avec un soupir qui n'arrivait pas à se frayer un chemin à travers le barrage de ses lèvres fermement closes. Quoi, hein ? Il se demandait. Ce n'était pas comme si personne ne pouvait accourir au moindre appel, comme si quelque chose de grave pouvait arriver ici et à cet instant. Pourtant, il en tremblait encore du bout des doigts lorsque le noir salvateur se fit. Immédiatement, ses ongles griffèrent la surface dont on l'avait voilé, pour l'y maintenir ou s'en débarrasser.

Je...

« C'est quoi ton problème, Soren ? »

… rien.
Quel culot il avait, d'enjamber sa fenêtre en pleine nuit pour venir le psychanalyser comme un tordu susurrerait des insanités à sa future victime ! Mais qu'est-ce qu'il voulait, au final ? Lui faire perdre son calme, qu'il lui crie dessus ? Soren sentit ses articulations souffrir d'une pression trop longtemps retenue. Il avait beau ne jamais être honnête avec lui-même, certains sursauts ne mentaient pas ; même lui s'en rendait compte les jours de pluie.
Y'a pas de l'orage ?

« C'est quoi ton problème, Yoan ? »

Vindicatives et furieuses, ses mains s'arrachèrent à l'étreinte pourtant rassurante du drap, remettant un semblant d'ordre dans ses cheveux emmêlés. Monsieur passant des jours entiers à se rassurer et se convaincre que tout allait bien, il n'aimait pas qu'on mette à mal sa thérapie en usant de nuances faussement préoccupées. Comme si ça pouvait lui faire quelque chose, qu'il ait un problème ou non. Je vais bien, je vais bien.

Mais l'autre en face, celui qui arrachait de tels grondements à sa voix, il avait un problème gros comme son poing, quelque part dans son cerveau. A supposer qu'il ait quelque chose de véritable sous toute cette couche de mauvaise foi.
Il ne l'avait pas formulé mais s'en voulut aussitôt, avec le sentiment bizarrement familier de se montrer méchamment injuste. Ce qui ne l'empêcha malgré tout pas de poursuivre, bien décidé à défendre son intégrité spirituelle :

« Jusqu'à preuve du contraire, ce n'est pas moi qui m'introduit dans les chambres des autres en pleine nuit pour leur dire que quelque chose ne va pas chez eux. »

Assomption totalement fausse et infondée (ahaha) qu'il préférait contrer en usant du côté pratique et technique de la situation. Dire qu'il avait réussi à fermer les yeux, bercé par un sentiment idiot de sécurité.

Soren savait qu'il en viendrait à craindre la nuit et ses ombres mouvantes pour le restant de ses pauvres jours.

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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Dim 24 Aoû 2014 - 16:56

    Qu'il reste donc caché sous sa couverture à trembler à chaque infime sonorité. Ça ne changerait pour ainsi dire rien du tout à son comportement actuel. En un instant, l'éclair de sollicitude éprouvé par le jeune homme à la carcasse morte disparut pour laisser à nouveau la place à l'agacement. Cette pointe de fer rouillée qui lui fouillait sans cesse les entrailles, à la recherche d'un organe vital à percer. Il faudrait bien qu'un jour elle touche quelque chose dans le vif, au lieu de s'amuser à riper et l'écorcher superficiellement. Que cela cesse.

      « C'est quoi ton problème, Yoan ? »

    Un froissement de draps et le jeune homme se retrouva à nouveau confronté à la paire d'iris bleus furieux sous quelques mèches blondes en désordre. Sur le coup, une envie de les remettre en place tirailla ses doigts, mais Soren eut la gentillesse de le faire aussitôt. Merci à lui. Quant à sa question, Yoan se demanda pourquoi il pensait encore nécessaire de la poser. A moins que ce ne soit de la rhétorique pure et dure. Il soutint le regard qui l'assassinait sur place sans ciller, en se demandant si parler aussi hargneusement ne risquait pas de réveiller les camarades de chambrées de l'allemand.

      « Jusqu'à preuve du contraire, ce n'est pas moi qui m'introduis dans les chambres des autres en pleine nuit pour leur dire que quelque chose ne va pas chez eux. »

    Tiens. Le blond haussa les sourcils :

      « J'ai dit ça, moi ? »

    Evidemment que non. L'expression était trop forte pour ce cas précis. Ou alors c'est toi qui pense que quelque chose ne va pas ? S'il avait vécu il aurait pu être psychologue tiens. Du genre qui peuplait ses thriller jadis, encore plus cinglés que leurs patients. Ce qui faisait la saveur du personnage, évidemment.
    Yoan se rassit correctement au bord du lit et résista à l'envie de terroriser sa victime malgré lui en lui décrivant tout ce qu'il pourrait avoir l'intention de faire en rentrant par sa fenêtre la nuit, pour plutôt hausser les épaules et déclarer d'un ton presque linéaire :

      « Bon. Je sais pas quelles sont les raisons terriblement dramatiques qui te font traîner ta carcasse çà et là comme un alcoolique dépressif, étant donné qu'à ma connaissance t'as pas violé une nonne mais. »

    Il tourna les épaules vers le jeune homme et pointa un doigt presque menaçant dans sa direction :

      « Tu inquiètes Claris. Trop. Et ça, je tolère pas. »

    Et sur ce point, ses yeux ne mentaient pas. Il y a eu une nuit comme celle-là, où j'ai voulu te tuer. Il y a eu une nuit comme celle-là où j'ai couru. Une où j'ai brûlé.
    Des flammes encore, partout. Pardon, pardon, pardon.

      « Et me regarde pas comme si j'allais t'égorger ou te violer. C'est très désagréable et parfaitement infondé - sans parler de l'inutilité qui va avec. »

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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Mer 3 Sep 2014 - 23:24

...

Il prit à Soren l'envie furieuse de le remettre à sa place, comme lorsque ses camarades se moquaient de lui et lançaient ses affaires. Sauf que la situation était différente et que l'agacement était trop présent sous ses dents serrées à lui en briser la mâchoire. Il n'avait jamais voulu ça ; c'était Yoan qui continuait d'apparaître dans l'ombre et lui servir ses diatribes étranges, c'était Yoan qui ne voulait pas revenir près de Claris, c'était Yoan qui avait fait quelque chose de tellement grave qu'il n'était plus qu'une ombre diaphane : il ne voulait pas savoir. Il voulait juste qu'il se taise. Qu'il reste ou disparaisse pour de bon. Pour qui il se prenait, pour qui il le prenait ?
Il avait envie de le frapper. Et parce que ses mains semblaient faites de plomb, il ne le fit pas. Mais l'envie était là, logée derrière ses pupilles, luisant à travers les larmes qui menaçaient de lui obstruer la vue comme le drap plus tôt.

Tu ne me connais pas. Va-t-en.

« Tu inquiètes Claris. Trop. Et ça, je tolère pas. »

Soren fixa le doigt qu'il pointa dans sa direction, muet d'étonnement. Qu'est-ce qu'il venait de dire ? La suite le poussa à installer une mine méprisante sur sa figure, puisque le reste ne lui allait pas. La colère, là, à gauche, elle ne se dissipait pas, et ses doigts broyaient le tissu doux et chaud dans lequel il s'était lové.
Parce qu'il pensait qu'il le lui apprenait ? Qu'il était égoïste au point de négliger l'avis de ses amis ? Non, il n'a pas dit ça, se corrigea Soren, pourtant ses oreilles ne voulaient rien entendre d'autre. Il ne supportait pas les remarques qu'il considérait comme injustes, et celle-là plantait une flèche en plein cœur de la cible. Il voulait lui dire qu'il n'était qu'un monstre, lui demander de passer par la fenêtre et ne jamais revenir – mais il sut, rien qu'à y penser, qu'il le regretterait aussitôt les mots sortis de sa bouche, et Soren n'avait pas envie de regretter plus de choses qu'il ne le faisait déjà. Berlin, et tout le reste.
Malheureusement, il n'était pas bon à penser la tête remplie de rancune. Il faisait les choses comme il pouvait avec son esprit fragile, tellement précaire, sa fatigue et sa peur. Que Yoan arrive et lui mette un coup de poignard lui donnait envie de crier à l'injustice. Ça oui, c'était facile de critiquer quand on... quand on...

« Parce que je suis le seul à l'inquiéter, peut-être ? »

Il n'allait pas faire semblant pour elle – pour la simple et bonne raison qu'il le faisait déjà. Donnez-moi des cours de théâtre, si ça ne vous plaît pas ; mes yeux sont un livre ouvert sur mon esprit.

« Je m'en fiche que tu ne tolères pas. Je fais ce que je peux. Avec mes sentiments et tout le reste. Alors merci mais... je sais déjà tout ça. »

Et quoi, qu'est-ce qu'il pouvait faire pour y remédier ? Se pendre à sa fenêtre ? N'importe quoi, Soren.
Il avait toujours eu cette pression sur les épaules, mais ce qu'il tolérait chez lui, de la part de ses parents et de son entourage, il ne le tolérait pas ici, de la part de Yoan. Il arrivait au milieu de la nuit et le mettait dans tous ses états ; il aurait aimé se résoudre à le détester pour de bon et se moquer de son bien-être, si toutefois une telle personne avec encore une quelconque notion du bien ou quoi que ce soit de ce genre. Il ne le faisait pas. Il ne le pouvait pas. Il venait comme il était, rien de plus.

Et si Yoan osait encore s'en moquer ou s'en blesser, il lui mordrait le doigt jusqu'au sang. Plus jamais, tu entends ? Plus jamais comme moi.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Jeu 4 Sep 2014 - 17:56

    Ahhhh c'était difficile. Vraiment difficile.
    Comment était-il supposé tirer une réaction rationnelle de cette boule de nerfs qui refusait de faire quoi que ce soit d'autre que le repousser en hurlant au diable, au juste ? Yoan ne savait même plus ce qu'il pouvait bien faire là, à essayer de raisonner par des arguments crus qu'on sentait bien de sa fabrique quelqu'un à qui il avait visiblement fait quelque chose de si horrible qu'il en valait la peine de se jeter par la fenêtre. Cela dit, il ne savait pas à la base ce qu'il était venu foutre au diable dans cette chambre.
    Ah oui. Claris. Et l'autre type qui tremblait sous sa couette.
    Wow, j'essaie de t'aider moi.
    Ah oui, vraiment ?

    Du point de vie d'Agatha, ça ressemblait terriblement à une mauvaise excuse.
    Eh bien. Quoi alors ? Un ennui passager, une idée comme ça, ou alors peut-être était-ce la dernière pièce qu'il n'avait pas visité en des mois et des mois d'errances nocturnes. Le manque de courtoisie de son hôte avait de quoi choquer, au final, étant donné le contraste de politesse dont il faisait preuve comparé à ses dernières visites. Qui n'était d'ailleurs pas des visites mais des... hasards ? Malheureux si l'on puis dire, et la tête de Soren était là pour le prouver. Ah, si je n'existais pas.
    Yoan reçut la phrase suivante comme une claque en pleine figure.
    Si son esprit suivait un développement logique et tendait même à accepter quelques aspects dérangeants de sa présence une seconde auparavant, l'instant suivant ce fut le black-out. La couleur déserta son visage comme si la pièce était soudain tombée à -40 degrés.
    La ferme.
    Des palpitations brûlantes dans les doigts, il referma la main sur les draps comme pour s'empêcher de le faire sur un organe plus sensible. La colère se déversa dans sa poitrine comme une coulée de lave et l'envie de hurler le submergea.
    Ça brûle.

      « Je m'en fiche que tu ne tolères pas. Je fais ce que je peux. Avec mes sentiments et tout le reste. Alors merci mais... je sais déjà tout ça. »

    Qu'est-ce que je fais là déjà ?
    Ça brûle, ça brûle. Et elle criait tellement fort.
    Bon sang j'ai mal.

    Le jeune homme fut certain d'entendre ses côtes craquer au fond de ses oreilles, comme si un barrage avait cédé quelque part. C'est à peu près à ce moment-là qu'il se rendit compte qu'il y avait trop d'émotions qui bouillonnaient dans ce vide qu'il avait installé entre lui et le monde. C'était ça. Qui n'était pas à sa place. C'était ça dont il ne voulait pas.
    Accessoirement, ce qu'il reprochait à Soren. Mais ce que ça faisait...
    Avant de s'en rendre compte, avant même de se rappeler qu'il s'était ordonné de ne pas le toucher, de ne pas l'approcher, de démontrer exactement le contraire - il avait saisi le jeune homme à la gorge.
    L'espace d'un instant. Le temps de le plaquer derechef contre son oreiller, puisqu'il désirait tant se rendormir. Le temps de chasser le hurlement de ses poumons et de maîtriser la fureur qui lui nouait la gorge. De la faire refluer.
    Sa main relâcha sa prise et alla se poser sur la clavicule de Soren avec une rage maîtrisée, bridée, qui se débattait pour finir ce qu'elle avait failli commencer. Il n'était pas beaucoup plus costaud, pourtant. Si l'allemand se défendait, ils seraient sans doute à égalité. Et pourtant. Son autre main posée en un poing non loin de son visage s'enfonça dans les draps, comme ses ongles dans sa chair.
    Ça fait mal.
    Et il était impassible hein ? Ce sourire qui ne se fissurait pas, parce que rien ne l'atteignait parce qu'il n'y avait rien à atteindre, parce que - ses yeux bordel. Les yeux dans les yeux qui le fixaient, il savait que d'un seul coup, on pouvait lui voir au travers. Colère, haine, douleur, dégoût, pitié, mépris, culpabilité, orgueil, perdition, rancune, désillusion, souffrance encore. On avait toujours pu, il suffisait de percer le voile. Et de s'apercevoir que derrière, il y avait quelque chose qui tombait en ruine.
    Vas-y, fais-toi plaisir, transperce-moi.
    Ou je te crève les yeux avant.


      « La. Ferme. Tu sais pas de quoi tu parles hein ? » Articula difficilement le jeune homme.

    Ou si. Ou non. Ils ne vivaient pas sur le même plan.
    Un instant avant d'ouvrir la bouche, il avait été convaincu d'en être incapable. Que desserrer les lèvres l'anéantirait sur-le-champ, ou qu'il ne pouvait sortir de lui qu'un hurlement. Il ne savait même pas quoi dire. Et maintenant.
    Maintenant il ne savait même plus qui avait tort, raison, pourquoi, comment, qui était injuste et qui méritait de partir. Il ne savait plus. Il s'en moquait.
    Mais toi, toi, toi. Toi et moi. Toi sans moi. Depuis combien de temps je t'ai perdue de vue, hein ?
    Oh non il n'allait pas pleurer, non. Ça ne lui était jamais arrivé, d'ailleurs. Et de toute façon ce n'était pas lui, d'ailleurs, n'est-ce pas ?
    Verdict, je te hais. Je te hais. En profondeur.
    Sa voix n'était plus qu'un murmure rauque, tremblant de rage.

      « Je te l'ai dit que je te tuerais. Tu pensais que c'était une blague ? »

    Au jeu de qui s'énervera en premier, bravo, tu as gagné. Content ?
    Pourquoi il n'avait pas un couteau sous la main. Lui donner de quoi trembler, au moins.

      « Et maintenant tu préfères que je sois le salaud ? Très bien. »

    Et il se perdait, fermant brièvement les yeux, ne sachant toujours pas ce qu'il allait dire ensuite. Comble de la dégénérescence, bravo. Il n'avait plus qu'à sauter par la fenêtre. Il voulait sauter par cette foutue fenêtre.
    Peut-être que si tu fermais les yeux...

      « Mais ce qu'on a fait toi et moi. Si c'est ça ton problème... » Une pression des doigts sur sa clavicule. Qu'une anecdote si futile finisse par prendre toute cette place. Si j'avais su ce qu'elle impliquait, moi... « Tu. Je sais pas. C'était toi bordel, c'était toi. Tu peux pas... »

    Tu peux pas me faire ça.
    Et il en venait au stade où il changeait d'objet en une seule phrase. Bravo. Cerveau sous-oxygéné, bravo. A croire qu'il en avait oublié de respirer. Sa main quitta la poitrine de Soren pour rejoindre ses yeux. Bordel. Arrête ça.
    Respire.
    Respire. Reprends-toi. Tais-toi, ça suffit.
    Tiens, tu as vraiment besoin de respirer ?


      « Pff. C'est débile. » La voix qui filtra sous ses doigts était atone. A peine tremblante. Son soupir agacé très crédible. « Je me casse, t'inquiète, je te laisse pioncer. Dis-moi juste ce que tu veux » pour que ça s'arrête « et c'est fini. »

    Il serait temps. Vraiment.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Sam 6 Sep 2014 - 0:24

...

Ses sentiments jouaient aux montagnes russes en emportant son cœur avec eux, content ou pas ; s'il avait su, s'il n'avait pas eu juste un bref éclat de détresse avant l'assaut, Soren se serait excusé aussi sincèrement qu'il avait souhaité le passer par la fenêtre quelques secondes plus tôt. La colère allait et venait, croissait à une vitesse fulgurante avant de retomber comme un ballon qu'on crève : pouf. Et même s'il tentait d'alimenter ou d'éteindre le feu, rien n'y faisait. Il était pris au piège de ses passions aussi éclatantes que brèves. Celles qui, pour une offense ou une injustice, lui donnaient la force de contredire ou de lever le poing.
Depuis quand s'évertuait-il à fuir la conversation et tuer la compréhension dans l’œuf ? Maintenant qu'il y pensait, ce n'était pas très juste, ce qu'il lui avait dit.
Mais Yoan n'avait pas été très juste non plus – Soren sentit la main à sa gorge comme une punition méritée. Bon samaritain qui prend les coups sans se plaindre, hein. Il n'eut pas le temps de se débattre ou de crier à l'aide. Pas le temps de se dire que le monstre se parait d'un voile qu'il ôtait aussitôt.

Rendu muet par la surprise autant que la peur, il fixa Yoan sans rien dire. Ses doigts relâchaient le drap, à mille lieues des phalanges crispées de l'autre garçon. Et maintenant ? Il n'allait pas le tuer, pas le frapper, lui donner une raison d'arrêter de le regarder comme s'il pouvait lui trancher la gorge d'un geste sec ? Et après tout ça, lui soutenir qu'il n'y avait rien, qu'il ne ressentait rien ? Menteur, va. Menteur, sale menteur. Soren ne le comprenait pas et le constat, pourtant dressé depuis longtemps, coula du mercure dans ses veines qui pulsaient à froid. Il avait beau se dire qu'en cela, il était comme un autre (avec ses peurs, son vécu, sa colère et sa fierté), il n'arrivait pas à le considérer comme une entité à part entière. Claris, Yoan ? Où est-ce qu'il était, tout ce temps où elle avait besoin d'une épaule sur laquelle s'appuyer ? Était-il vraiment à ses côtés ou parlait-il avec la voix d'un autre ? Il avait cru lui saisir la main, dans l'obscurité, lui avoir trouvé une place quelque part. Il s'était juste trompé comme il savait si bien le faire – son cœur était égoïste et fait pour une seule personne. A part lui, franchement, qui...

« La. Ferme. Tu sais pas de quoi tu parles hein ? »

Bien sûr que non, il ne savait pas. Personne ne voulait lui dire, et comment pouvait-il le deviner seul ? Il lui avait dit « reste », et Claris aurait dit la même chose, alors ne pouvait-il pas le répéter jusqu'à ce qu'il accepte et que la nuit s'en aille enfin ? Il lui vint à l'esprit qu'il n'avait jamais vu son visage autrement que mangé d'une semi-obscurité traîtresse, entre deux arbres ou deux planches de bois : et ici, coincé entre des draps qui les étouffaient et l'empêchaient de le regarder dans les yeux. Il avait détourné son regard, par réflexe. Il avait honte.
D'avoir cru le comprendre ou de s'être promis de l'aider sans penser aux conséquences. D'être un lâche qui n'arrivait même pas à assumer ses propres bêtises.

Je suis désolé, d'accord ? Je préfère oublier.
Il était complètement à côté de la plaque, de toute façon.

Même la seconde réplique, qui fit miroiter l'éclat d'un couteau maculé de terre, ne le fit qu'à peine ciller. Il s'était raccroché à l'espoir que si Yoan ne désirait que le bonheur de Claris, il ne lui ferait rien. Cette menace sonnait faux, juste pour lui. Oui, il pensait que c'était une blague. Mais non, il n'avait jamais voulu qu'il soit le méchant dans l'histoire. Seulement voilà, qui avait tirée l'épée le premier ?
Il voulut lever les mains et saisir son bras mais ses os pesaient lourds, comme faits de pierre. Il avait toujours mal au cœur et à la tête. Et Soren restait allongé là, à se demander pourquoi il n'arrivait pas à virer une bonne fois pour toute ce poids de sa poitrine. C'était sa faute, qu'est-ce qu'il lui avait pris ? Il avait mal, il ne se sentait pas bien, il avait été honnête pour une fois dans sa vie.

Je suis gentil, mais faut pas croire, moi aussi je suis un menteur.

« Pff. C'est débile. Je me casse, t'inquiète, je te laisse pioncer. Dis-moi juste ce que tu veux et c'est fini. »

Il paniqua. Parce que, saisi dans l'urgence, il se rendit compte qu'il ne voulait pas qu'il parte – et quoi ? On laisse tout en plan, bye bye, à la prochaine ?
S'il y avait une prochaine fois.
Soren savait qu'il se retournerait dans ses draps pour les heures à venir et jusqu'au lever du soleil. Ses gestes, qui n'avaient rien de prémédité, l'amenèrent à s'accrocher aux épaules de Yoan. Il les pressa tout doucement, sans y laisser la moindre marque.
Ah, alors il était vraiment là.

« Je ne veux rien, lâcha-t-il sans même savoir quoi ajouter, pressé, c'est juste... je ne comprends rien, d'accord ? Juste ça, parce que le reste on s'en fiche, c'est juste moi. »

Moi et une affiche injurieuse à la porte – rien qui t'intéresses, vraiment. Il était temps qu'il fasse le deuil de cette étoile, mais une fois rentré chez lui, pourrait-il consentir à la remettre à nouveau ? Il ne voulait pas tasser la terre au-dessus si c'était pour devoir la déterrer par la suite. Il aurait tellement aimé passer un coup de gomme dessus, pourtant. Certaines choses ne s'effacent pas tout court.
Mais il le ferait, il serait honnête, si Yoan l'était avec lui. S'il s'enfuyait dans la nuit comme un voleur, alors lui aussi se laisserait couler le long des murs comme une ombre.

« Tu es là, hein ? »

Mais m'étrangle pas. C'est pas toi le méchant. Me laisse pas te blâmer.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Sam 6 Sep 2014 - 14:29

    Ce n'était ni la première fois, ni la centième, qu'il était pris de l'envie démente de sombrer dans un coma sans fond, et de ne jamais s'en réveiller. Lâcher prise, se déconnecter, disparaître peut-être. Cent fois sans doute il avait résisté, ou n'en avait peut-être tout simplement pas été capable. Le réel s'accrochait à lui de plus en plus, via des tenailles de fer auxquelles il importait peu que tout se désagrègent pour peu qu'à la fin il leur en reste quelques lambeaux de chair. Il ne voulait pas vivre. Il ne voulait pas qu'on l'y force. Peut-être la seule chose qui l'avait hanté jusqu'à la vie était cette certitude obscure qu'il pouvait encore faire quelque chose pour elle. Savoir que céder à l'oubli ne porterait pas à conséquences était aussi douloureux que rassurant. Cela n'avait pas d'importance.
    Mais une ou deux nuits, comme celle-là, il y avait ces yeux bleus qui s'agrippaient à sa chair. Yoan sentit un tremblement le parcourir de haut en bas au contact de ces mains qui refusaient de le laisser partir.
    Pour moi ça en a.
    Oh non. Non, non, non. Ne fais pas ça. Pas encore, par pitié, pas encore. Je le supporterai pas.
    L'élancement pervers dans ses épaules meurtries n'était rien face à ce qui se mit à l'étouffer dans sa poitrine. Ce n'étaient pas les griffures sur sa peau qui faisaient le plus mal. Pitié arrête.

      « Je ne veux rien, c'est juste... je ne comprends rien, d'accord ? Juste ça, parce que le reste on s'en fiche, c'est juste moi. »

    Sous la main qui cachait ce qu'il y avait encore à cacher, le blond se mordit les lèvres comme pour empêcher quoi que ce soit de se mettre à saigner. En se demandant pourquoi, pourquoi, pourquoi il fallait qu'il y ait cette presque étreinte qui l'empêche de tirer des traits, toujours, comme la dernière fois, pourquoi, pourquoi il fallait qu'il la désire autant qu'il la maudissait. Il en était incapable de dire "Ne me touche pas." Il ne savait qu'attendre comme un pèlerin assoiffé la gorgée libératrice de ce poison dont il ne voulait pas.

      « Tu es là, hein ? »

    Ce serait pas mieux si je répondais non ? Moi non plus, je comprends pas.
    Il songea que c'était exactement pour cela qu'il avait essayé de le faire taire la dernière fois, avec les lèvres. Pour ça et pour cette chaleur qu'il avait voulu et qui le brûlait désormais. Icare cloué au sol. Icare transpercé de part en part. Il aurait voulu un oui ou un non qui ne le force pas à ressentir et à en pâtir. Un oui pour une distraction vide, un non pour un cassage net. Pas ça. Pas ces mots trop doux pour être amers et qui le faisaient abhorrer son existence chaque fois qu'il y repensait. Pas ces gestes qui lui laissaient des marques de regret à chaque endroit où ils passaient. Tu m'as brûlé vif tu sais. Et il en aurait redemandé.

      « Je ne... sais plus. C'est cruel ce que tu fais. C'est tellement cruel. »

    Qu'il lui dise juste non, c'est tout. Il était bien parti pourtant ; et si ça faisait mal, au moins cela resterait-il bref.
    Sans qu'il y prenne garde, sa main percée de marques d'ongles s'était posée sur celle de Soren et l'avait entraînée jusqu'à sa poitrine d'un glissement presque incertain. Et l'y pressa. Va le chercher, vas-y. La douleur aurait été instantanée.
    Sa voix était si basse qu'un froissement de draps l'aurait effacée.

      « Tu dis oui, tu dis non, et maintenant ça... Ça n'a pas de sens... Je ne sais pas ce que tu as mis là. Mais reprends-le, d'accord ? J'en veux pas. »

    Moi je pensais qu'on n'était que deux au monde. J'ai jamais pensé autrement.
    Il avait cru que c'était à cause d'elle. Que c'était pour passer le temps. Un désir narcissique quelconque. Une jalousie maladive. Un sadisme à peine déguisé. Il n'était pas gentil, lui, et ne l'avait jamais été.
    Quel imbécile. Le risque, il ne l'avait pas vu venir.
    Avec un soupir, le jeune homme laissa le poids de son corps l'entraîner en avant, rendant Soren à ses oreillers ; si la manœuvre avait un but, c'était de cacher ses expressions. Un avant-bras contre les draps retenait le frôlement de son corps sur le sien, et les yeux rivés au matelas, presque fermés, évitaient ceux de son interlocuteur. Ils étaient bon à ce jeu-là, tous les deux.

      « Et arrête. » Fit-il enfin d'une voix étouffée. « C'est tout. Pense à toi et décide ce qui t'arrange. Qu'on en finisse avant que je m'énerve. Profites-en. Mais ne reste pas entre deux. »

    S'il te plaît.
    Jamais la moindre excuse ou la moindre prière ne serait sortie de sa bouche. Pas tant qu'il pouvait encore penser. Même si le mécanisme tournait dans le vide, même s'il ne comprenait plus rien, il se raccrochait aux derniers fragments mathématiques pour ne pas se perdre complètement. Il aurait bien le temps un jour. Pas maintenant. Perdre pied face à Soren lui était préjudiciable.
    C'était toujours aussi mesquin de sa part d'accuser l'allemand, quand bien même au final se mettrait-il à sa merci, alors que lui aussi, au fond, refusait de le laisser en paix. Cherchant égoïstement quelque chose qui le rattache ou qui le refoule pour toujours. Qu'on choisisse à sa place ou qu'on lui donne la poussée nécessaire pour sauter dans le vide, alors que le corps stupide refuse tout net la chute et l'obscurité.
    Sous le couvert d'un autre soupir, sa main libre se posa sur la poitrine du jeune homme et opéra une légère descente vers son estomac, à peine un frôlement. Juste comme ça. Pour que tu n'oublies pas.

      « Mais je m'excuserai pas pour ça. Si c'est ce que tu espères. »

    Moi non plus, je ne suis pas tout à faire honnête. Au bout du rouleau, peut-être. J'ai peut-être juste plus rien à défendre.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Dim 21 Sep 2014 - 21:03

...

Il n'aurait pas dû avoir à poser la question – mais ça aussi c'était du vu et du revu. Il était temps de passer à autre chose. C'était ce que se disait Soren tout en refusant de lui lâcher les épaules, aveugle ou insensible au trouble de son reflet bien pâle. La lune ne brillait plus.
Il s'en rappelait comme d'un croissant traître au milieu d'une mer d'encre, celui-là même qui les avait empêchés de se confondre avec les fourrés et avait révélé leurs visages à l'ennemi, le plongeant dans un cauchemar qui n'avait pas de sortie. Il s'était prolongé le long de ces murs, ne lui laissant que l'illusion d'un bref répit avant de voler en éclats. Le petit garçon timide et hésitant, cruellement peu sûr de lui, s'était raccroché aux principes qu'on lui avait mis entre les mains, et la guerre s'était étirée en une lente répétition d'explosions et de marches à n'en plus finir. De lourdes bottes sur le pavé, d'yeux aussi bleus que les siens – juste à côté des prunelles noires qui lui manquaient tant. Yoan aussi avait les yeux clairs.

Soren n'aimait pas la nuit et ce qui s'y était passé dans un écrin de confusion ne l'avait pas aidé à se détacher des ses peurs d'enfant, de tous les monstres qui se tapissaient sous son lit à attendre leur heure : minuit au gong de l'horloge. Il pouvait bien être deux heures ou six heures, pour l'ordre qui régnait dans sa tête encore assommée de stupeur et d'un reste de sommeil. Yoan avait surgi comme un fantôme par la fenêtre ouverte, il s'y était glissé avec le vent et Soren avait besoin de son contact pour s'assurer qu'il n'était pas simplement une image projetée sur un tableau blanc, un joli souvenir sans chair ni os. Il l'avait toujours vu comme une ombre insaisissable, avait fini par le considérer comme tel avant que ses lèvres ne trouvent les siennes à l'ombre d'un escalier vermoulu.
Soren n'avait pas voulu être cruel, il ne voulait pas de ce mot au présent ou au futur. Peut-être que s'il savait enfin, il n'aurait plus à employer les termes qui fâchent et à s'emporter parce que l'incompréhension en rajoutait à une fierté qui n'avait de cesse de s'écorcher (et ça, souvent sans l'aide de personne).

Sa vie était une pellicule en noire et blanc, un film muet et atrocement prévisible. Le contact de sa peau contre la sienne changea son sang en acide : il voulut s'en défaire mais ne fit pas un geste. Il se sentait tout à coup étrangement seul et vulnérable, et n'aurait pas été surpris qu'à un battement de cœur de là, Yoan se soit estompé sans un bruit. Dans la nuit ou le néant, il n'aurait pas dû s'en faire. Mais pour moi...
Il sentait bien qu'il y avait quelque chose là-dessous.

« Tu dis oui, tu dis non, et maintenant ça... Ça n'a pas de sens... Je ne sais pas ce que tu as mis là. Mais reprends-le, d'accord ? J'en veux pas. »

Ses lèvres chavirèrent et s'excusèrent pour lui. Il ne savait pas non plus ce qu'il avait pu y planter : pat commodité, il préférait penser que ça avait toujours été enfoui là, qu'il n'y avait pas touché. Comment savoir ? Quelque part dans le noir, il s'était contenté de suivre son instinct et la douleur qui avait irradiée jusqu'à sa bouche trop sèche. Il aurait dû s'en abstenir, il le savait, mais les regrets étaient là pour ça, non ? Ne jamais les laisser oublier, dans un an ou trente ans, et les laisser trébucher sur les mêmes marches autant de temps plus tard. Il ne tenait qu'à lui d'en faire un souvenir qu'il n'aurait pas à pleurer – avant que le compte à rebours ne lui échappe totalement.
Mais sans les derniers chapitres de l'histoire, Soren ne pouvait rien faire. Il voulait savoir si tout ça avait un sens, ou s'ils jouaient à qui coulerait l'autre en premier. Il n'était pas très bon à ça. Il allait se noyer sans s'en rendre compte.

Il s'écroula dans une mer de tissus et n'osa ni prendre la parole, ni se plaindre. Il se contentait de l'écouter, une main toujours sur lui comme pour prévenir la fuite. Pourtant, il aurait aimé hurler. Se débattre, le frapper, lui crier qu'il avait tort. Il ne voulait pas de son petit monde de confort, il voulait la vérité. Quant à sa propre personne, il s'en occupait déjà assez mal comme ça : il n'en avait pas besoin.
Alors qu'il s'énerve, si c'était le prix à payer. Tant pis pour ses jolis yeux bleus.

Il le sentit et s'en effraya. Un simple frôlement envoyait mille fusées de détresse à son cerveau grippé. Il batailla courageusement pour refouler les larmes, et se persuada plutôt mal qu'il ne désirait aucune excuse de sa part. Même un « pardon » n'aurait pas suffi à balayer les nuits blanches qui s'empilaient sur les bords de son lit, toutes plus cruelles et fatigantes les unes que les autres. Il ne lui en voulait pas, pas vraiment.
Sur ce coup là, il était plus innocent que lui, qui criait encore à l'injustice. Tôt ou tard, Soren allait devoir assumer les conséquences de ses actes : en équilibre au bord du vide, cette pensée le terrorisait plus que tout.

Quel lâche il faisait...

« Je n'espère pas ça. En fait, je n'espérais qu'une chose... mais c'est trop tard. (et c'était stupide, de toute façon, arrête de te cacher) Mais toi tu... »

Est là.

« Tu peux t’énerver, si tu veux, je ne déciderai rien par moi-même. Je me trompe tout le temps. Je n'y arrive pas. Et ça ne m'apportera rien. Et... »

Il sentait le fil lui échapper, ne savait plus si ce qu'il disait trouvait un sens une fois les mots tombés de ses lèvres. Il enchaînait comme un noyé à qui l'air menace de manquer à tout moment. Vite, avant que j'oublie, avant que je ne me rabatte sur le silence.

« Je suis désolé d'être cruel ou de t'avoir fait mal. Mais c'est dur de choisir quand on ne comprend rien. Je ne vais pas penser à moi alors que c'est de toi qu'on parle... »

Les mots s'étaient tués sur la fin, et la langue de Soren se figea sans prévenir. Il aurait aimé se cacher, tant ce qu'il sortait n'avait pas de sens. Il voulait comprendre mais trébuchait sur le chemin à parcourir, incapable de trouver les termes justes et rassurants. Il voulait accrocher son regard, juste cette fois.

Il s'excusa encore. Sans un mot ni un geste, sans le maladroit qu'il était dès qu'il ouvrait la bouche ou faisait un pas.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Dim 12 Oct 2014 - 1:47

    Le jeune homme ravala un hoquet salé d’ironie qui déplorait amèrement cette scène pitoyable dont il n’avait ni envie d’être acteur, ni spectateur. Un brouillon qu’on n’aurait même pas dû écrire et qui ne méritait que quelques ratures et un tampon « rejeté ». Si Soren s’écoutait assez pour lui coller dans la figure la gifle que, quelque part entre trois marches branlantes, il méritait. Si lui était assez perfide pour démonter pièce par pièce son joli petit monde en carton-pâte.
    Mais la faiblesse le reprenait par les membres, rendait ses doigts gourds et ses lèvres hésitantes. Comme si d’une façon ou d’une autre, il avait dépassé la date de péremption, la ligne invisible, et qu’un producteur immatériel lui faisait signe de retourner en coulisse. C’est bon, tu as fini de jouer avec les ficelles Yoan. Tu as assez tiré sur la corde, torturé les petits anges, allez, rentre chez toi.
    Qu’on ne te revoie pas.
    Tant qu’à faire, il aurait au moins pu finir le travail. De quelque manière que ce soit.
    Le souffle que lui renvoyaient les draps blanc avait des chaleurs de poison. Machinalement, ses doigts serraient ceux qui s’accrochaient à sa poitrine, comme dans l’espoir de les voir soudain la traverser. Et il n’aspirait qu’à ça, fermer les yeux et laisser des doigts étrangers emporter son cœur entre ses omoplates, arracher tous les fils qui ronronnaient avec fourberie au fond de ses entrailles. Et arrêter les rouages.
    Cela dit, il pouvait toujours y apposer toutes les comparaisons qu’il voulait ; après tout, il ne pensait qu’à ça.
    Le reste m’importe peu. Hein ?
    Il retira sa main. Presque distraitement.

      « Je n'espère pas ça. En fait, je n'espérais qu'une chose... mais c'est trop tard.»

    Effectivement, si c’était oublier, pour le coup, c’était bel et bien raté. Si c’était quoi que ce soit d’autre, face à ces yeux qui le fuyaient avant de revenir comme le ressac d’une mer tiède et hésitante, alors Yoan était incapable de le saisir en passant.
    Lui aussi avait ses limites.
    Il ne savait pas. Il ne comprenait rien. Il était pas fort dans ce domaine-là.
    Alors avec un soupir, il poussa contre le matelas pour se redresser lentement, comme si chaque geste lui était pénible.

      « Mais toi tu... Tu peux t’énerver, si tu veux, je ne déciderai rien par moi-même. Je me trompe tout le temps. Je n'y arrive pas. Et ça ne m'apportera rien. Et... » et c’était prévisible. Tu parles trop. Tu parles toujours trop. « Je suis désolé d'être cruel ou de t'avoir fait mal. Mais c'est dur de choisir quand on ne comprend rien. Je ne vais pas penser à moi alors que c'est de toi qu'on parle... »

    Non, il n’avait pas la force de s’énerver, malgré toutes les menaces qu’il pouvait proférer. Il n’aspirait qu’à arrêter cette discussion, trouver une solution simple ou tourner les talons pour ne jamais revenir. En un sens, le lâche c’était aussi lui, et accabler Soren de remarques cyniques n’allait rien y changer. Il ne voulait pas se confronter à ce néant qui lui courait après si ce n’était pas pour s’y noyer. Il ne voulait pas penser à lui-même, ne voulait pas penser tout court, encore moins en parler à autrui. Parce que tout le monde, lui le premier, s’en foutait, parce que ça n’avait pas d’importance, parce que c’était aussi éphémère qu’une sale fumée de cigarette expirée dans un souffle coupable. Il se frottait les doigts dans la cendre et s’en barbouillait le visage pour ne plus rien voir.
    De toute façon ça ne changerait rien.

    Et ça ne changeait rien à ces mots qui le prenaient à la gorge comme un étau de déjà-vu qui le harcelait d’images saturées d’ombres et de lumière. Amer ; décadent. L’obscurité lui volait l’air dont il avait besoin pour répondre et se dégager de la chair qui le tenait, si fort, par magnétisme.
    Il suffoquait.
    La lassitude ramena sur le rivage un fond de colère, une envie déchirante de secouer un bon coup celui qui refusait de se prononcer. Il en avait besoin. Ils en avaient besoin. Et Yoan ne voulait pas qu’il l’entraîne sur la même pente que la dernière fois ; parce que cette nuit, maintenant, ça ne serait peut-être pas l’allemand qui ne le supporterait pas.
    Alors ne me laisse pas le choix.
    Un bruit de draps froissés remonta en écho entre ses oreilles et ses lèvres, dans un battement entrecoupé de frissons, comme si d’un seul coup un linceul translucide les avait coupés du monde. Les respirations calmes et endormies, le hululement du vent par la fenêtre, plus rien. Il y avait trop de blanc, trop de bleu, trop peu de noir pour recouvrir le tout. Ses mains effleurèrent la mâchoire du jeune homme et sa joue, il lui souffla au coin des lèvres :

      « Pourquoi tu t’engages toujours sur le chemin que tu ne veux pas suivre ? » Tu sais bien ce qu’il y a au bout pourtant. « Si tu me laisses faire comment tu peux venir te plaindre ensuite ? »

    Pense à toi. Pense à moi aussi, peut-être, un peu. Quand bien même ce ne serait que pour faire demi-tour et t’enfuir en courant.
    Dans tout ce bleu, Yoan battit des cils et laissa filer un soupir. La chaleur le happait comme un feu de forêt sournois et meurtrier, allumant un tremblement dans ses doigts et une fièvre à ses lèvres brûlantes.

      « Soren. »

    Et prononcer son nom lui laissait toujours cette sensation tremblante sur la langue, ce mélange de douceur et d’amertume qui lui donnait des frissons saturés de malaise. Il dut déchirer le voile d'un coup pour s'en dégager, roulant sur le côté et rompant tout contact, il se rassit sur le bord du lit. L’air de l’amant aux habits froissés qu’il n’était pas ; et loin de là. Un souffle d’air glacial venu de l’extérieur se glissa le long de sa nuque et le fit frissonner.

      « Au cas où ça t’aurait échappé, je suis pas venu là pour moi. » On peut rien faire pour moi.

    Il tendit deux doigts pour venir heurter sans rudesse le front du jeune homme sans le regarder.
    Etrange comme de l’extérieur, ils auraient pu paraître tout autre chose que ce qu’ils étaient réellement l’un à l’autre.
    C’est-à-dire rien du tout. Ou rien d’explicable. Même lui et sa sale manie d’avoir réponse à tout, n’en savait rien.

      « Alors réfléchis à ça deux secondes. Fais un effort s'il faut. » C’est pas que j’essaye de réparer quoi que ce soit. « Sinon ça sert à rien que je sois là, et je me casse. » Je sais pas faire ça. Ce serait tellement plus simple que tu te remettes à crier.

    Ça m’énervait de te voir comme ça. C’est tout.
    Ça me ressemble pas.
    Ça te ressemblerait davantage, oui.
    Tu vois ? Toi et moi.

    Le jeune homme se mordilla les lèvres. Une fois. Deux fois. Et on grimpe jusqu’au ciel.
    J’attendrai ton retour sur terre.

      « Un truc, donc. Tu me dis ce que tu veux. N’importe quoi, je m’en fous, mais si je le fais tu mets la dépression au placard. Ok ? »

    J’ai pas à me faire pardonner de quoi que ce soit.
    Un temps de silence, puis Yoan décrocha les yeux des colocataires endormis pour les lever au ciel. Il baissa d’un ton.

      « ... Et y a rien à comprendre... alors te prends pas la tête. Même moi. Je peux rien te dire de plus que ce que tu vois. » Sa voix se fila en murmure. « C’est tout. »
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Ven 14 Nov 2014 - 0:26

...

Soren frissonna, revint sur ses mots une énième fois, puis décida de ne plus bredouiller ou faire demi-tour. Il en avait assez abusé et quand bien même ses lèvres ne laissaient jamais passer toute la vérité, il ne voulait plus se rétracter comme un enfant prit en faute. Oui, non, oui, non, tout compte fait... C'était la faute à son cœur, qui chavirait de droite à gauche sans jamais daigner se fixer. Cette fois-ci, il voulait lui trouver un sol stable, et tant pis si ça faisait mal. C'était une bien belle résolution, prise entre deux bruissements presque imperceptibles : Yoan avait chaud, son souffle coupait au couteau l’atmosphère moite d'une nuit trop agitée.
On ne pourrait pas rester comme ça, juste un peu, sans rien dire ?

« Pourquoi tu t’engages toujours sur le chemin que tu ne veux pas suivre ? Si tu me laisses faire comment tu peux venir te plaindre ensuite ? »

Il voulut protester ; mais ça, c'était avant de se rendre compte qu'il aurait eu bien du mal à argumenter son cas. Pas de papiers, pas de notes, il n'avait rien révisé, et Yoan lui renvoyait cette colère qui n'avait pas lieu d'être en pleine figure. Sa poitrine retomba, comme compressée par un millier de lourdes pierres, et il se permit d'avoir l'air triste ou pensif. Il n'avait jamais prétendu suivre la ligne logique et rationnelle du mathématicien. Parce que je suis lâche, faillit-il répliquer, parce que je n'assume pas. Est-ce que Yoan aurait aimé l'entendre, ça ? Ça crevait les yeux, et il n'avait pas la force de nier.
Il s'enfuyait, encore. Soren voulut tendre la main pour le ramener près de lui, mais ses membres avaient attrapés la même maladie que sa petite tête. Incapable de savoir s'il aurait supporté les conséquences d'un tel geste, il ramena juste sa paume contre sa poitrine, là où son cœur lui dessinait un tout autre scénario. Oh, il n'aimait pas son nom dans sa bouche – d'ailleurs, il n'aurait jamais dû lui donner. Soren ou un autre... Quelle différence, pour Yoan ? Il y en avait plein, des comme lui, au Pensionnat. Il suffisait de lever la tête pour croiser ces yeux écarquillés.
Il était jaloux, aussi. Soren se prit à penser, un peu amer, qu'il avait décidément toutes les qualités au monde.

« Au cas où ça t’aurait échappé, je suis pas venu là pour moi. »

Oui mais, oui mais. L'allemand se redressa, faillit s'empêtrer dans ses draps, et ravala une exclamation surprise lorsque les doigts de Yoan heurtèrent son front. Ce n'était pas vraiment le moment de réveiller Cyril. Et, passant une main nerveuse sur sa peau, sa grimace accusa Yoan de ne penser justement qu'à lui.
Et si lui était venu pour ça ? Et s'il ne l'avait pas chassé justement pour ça ? Et s'il avait envie de savoir, hein ? Soren voulait hurler à l'injustice. A deux égoïstes, ils n'allaient pas aller loin, c'était une discussion de sourds.
Mais j'ai des oreilles, pensa Soren en se mordant violemment l'intérieur des joues, je dois pouvoir m'en servir mieux que ça.

J'écoute.

« Alors réfléchis à ça deux secondes. Fais un effort s'il faut. Sinon ça sert à rien que je sois là, et je me casse. »

Une protestation bien sentie mourut comme elle était apparue sur ses lèvres cuisantes. Soren oubliait qu'il était timide quand la colère l'emportait, mais celle-ci mourrait aux pieds de Yoan avec un râle d'agonie. Ses doigts tapotèrent la surface soyeuse du draps, stressés, agités, dégoûtés de risquer l'erreur pour rien. S'il ne tentait jamais rien, il n'aurait jamais rien, il ne le savait que trop bien. Mais comment savoir où la balle risquait d'atterrir ? Il ne voulait pas s'éloigner de son petit confort pour aller chercher l'égarée.
Tu te casses, hein ? C'était fou comme cette expression lui donnait envie de lui en coller une, et une autre, et encore une autre, jusqu'à ce qu'il l'écoute. T'as aussi des oreilles, alors joue pas le sourd...

« Un truc, donc. Tu me dis ce que tu veux. N’importe quoi, je m’en fous, mais si je le fais tu mets la dépression au placard. Ok ? »

Ma dépression va bien, grogna le garçon en son for intérieur, vexé d'être traité une fois de plus comme un enfant à apaiser – et si ce n'était pas le but, le résultat était le même. La dernière intervention, plus un murmure qu'une véritable parole, eut le mérite de lui faire baisser les yeux et l'empêcher de déblatérer n'importe quoi sur ses états d'âmes. Je suis pas là pour moi, se répéta-t-il, je suis là pour lui, et il est pour moi. L'équation était peut-être fausse, mais il allait devoir tout résoudre avec cette inconnue.
Il abattit sa main sur l'épaule de Yoan, presque violemment, tout ça parce qu'il arrivait encore à l'énerver. Remâche ça encore et encore, ça ira mieux.

« Un seul truc, alors : tu restes là. Sinon tu vas le regretter, je te jure. Tu restes. »

Et ça le faisait bien rire ; qu'est-ce qu'il risquait de lui faire regretter, au juste ? Il ne savait que se prendre toutes les portes qu'il croisait. A part lui claquer la sienne au nez...
Et pour ça, il était un peu tard.

« Je veux réveiller personne, précisa Soren, dont le sommeil s'était de toute façon définitivement évanoui, on va sortir. »

Il fit en sorte que sa détermination passe à travers les intonations étouffées de sa voix qui, pour une fois, ne pleurait ni contre une épaule amie, ni contre un oreiller, et ses sourcils froncés. Qu'est-ce qu'il croyait, qu'il allait lui demander de partir, quelque chose de stupide, n'importe quoi pour soulager sa conscience ?

Tu rêves. Et si tu m'attends pas à la porte, je te retrouve et je t'enfonce ce maudit éclat dans le cœur. Pour de vrai, cette fois, et sans remords.
Ça me regarde, si je veux me prendre la tête.

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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Mer 10 Déc 2014 - 0:52

    Il ne savait pas à quoi il s’attendait. Il fallut au moins ce choc pour lui faire réaliser à quel point il avançait à tâtons, et cette constatation le laissa perplexe pour une bonne poignée de secondes. Mais pas autant que l’impact de la main sur son épaule.
    Un frisson violent traversa son bras et lorsque Yoan leva les yeux sur Soren, bien qu’il n’ait à priori aucun problème de vue conséquent, il lui fallut un moment pour comprendre que cette poigne ferme lui appartenait bien.

      « Un seul truc, alors : » Répondit l’allemand. « Tu restes là. Sinon tu vas le regretter, je te jure. Tu restes. »

    Et le jeune homme resta donc bouche bée, saisi par la fermeté de cette voix qui lui chuchotait des balbutiements entrecoupés quelques secondes auparavant. Lorsque, quelques minutes plus tard, il put repenser à cette scène, Yoan dut s’avouer à lui-même qu’il avait dû avoir l’air particulièrement…
    Eh bien, pas lui-même déjà. Ce n’était pas son genre de la boucler en écarquillant des yeux stupéfaits.
    C’était gênant, en un sens.

      « Je veux réveiller personne, » poursuivit Soren, « on va sortir. »

    Yoan suivit son regard et convint – reprenant partiellement ses esprits – que l’idée n’était en effet pas mauvaise. Puis il reporta son regard sur les yeux de son interlocuteur et accusa un instant de battement, le temps que le flot de pensées bloquées par la stupéfaction s’engouffre à nouveau dans son crâne et que chaque idée reprenne sa place. De réaliser que s’il lui disait ne serait-ce que « non », là tout de suite, il y avait des chances pour que l’allemand en perde ses moyens ; parce que Soren avait beau avoir des ressources, Soren restait Soren. De quoi le menaçait-il au juste ? Qu'est-ce qui aurait seulement pu lui importer assez pour le retenir ?
    Et pourtant Yoan n’en fit rien. Il ne répondit pas et se contenta de hocher lentement la tête. Sur le moment, il ne se demanda même pas pourquoi.
    Parce que c’est ce que tu voulais, pas vrai ?
    Peut-être. Il avait du mal à réaliser. A s’adapter.
    Peut-être qu’au fond il n’y avait jamais cru, comme au reste. Qu’il croyait qu’on ne pouvait rien changer et qu’il avait beau se débattre et s’acharner, cela ne servirait à rien.
    … Eh.
    Le jeune homme se releva presque inconsciemment, échappant encore une fois à la prise de Soren. A ceci près qu’il resta debout tout près sans bouger un instant, le temps de lui jeter un autre regard ; de voir si, peut-être, on ne savait jamais, tout allait se rétracter et le terrain inconnu se résorber. Mais ce ne fut pas le cas.
    Yoan se mordilla l’intérieur de la joue dans une habitude commune qu’ils partageaient sa sœur et lui, l’ombre d’un air pensif courant sur son visage – mais ce fut bref, et il tourna les talons sans commentaire.
    Quelques pas, et le loquet qui avait cru pouvoir l’arrêter cliqueta. Mais était-ce sa victoire ou sa défaite, il n’aurait su le dire.
    Le silence l’accueillit dans le couloir, avec une impression de vide qui le fit un instant douter de la réalité de ce qui venait de se produire. Pour un peu, il aurait tourné la poignée pour vérifier que cette porte était bien déverrouillée.
    Mais évidemment, Yoan et son esprit mathématique n’en firent rien. Ils se contentèrent de fixer la porte en fronçant les sourcils, puis de s’adosser au mur du côté des charnières. Et la tentation de s’en aller fondit très vite sur lui : non pas qu’il ne s’y soit pas attendu. Il n’était pas certain de vouloir ce qui allait se passer. D’être prêt, ou quoi que ce soit. Sans doute était-ce dû au fait qu’il n’avait aucune idée de ce qui allait effectivement se passer.
    En outre, il était tiraillé par le sentiment obsédant que quelque chose d’important était différent ; n’était pas à sa place où y était revenu, justement. Il lui fallut fouiller longuement parmi la soupe d’idées qui lui remplissait la tête, les yeux fixés au tapis, pour comprendre ce que c’était.
    Et pendant ce temps, il n’avait pas saisi l’occasion de s’enfuir.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Sam 13 Déc 2014 - 21:10

...

Si Soren se félicita d'avoir surpris Yoan (il gardait encore au cœur une rancune de petit garçon, qui lui susurrait : chacun son tour), il se demanda en revanche immédiatement ce qu'il allait pouvoir lui dire une fois la porte franchie. Il était là, se donnant des airs convaincus et décidés, encore à demi enfoncé sous ses draps, alors qu'il n'avait pas la moindre idée de quoi faire ! Calme toi, s'ordonna-t-il en soutenant le regard de Yoan, les yeux légèrement plissés à cause de l'obscurité, tu trouveras ce qu'il faut faire et ce qu'il faut dire en temps et en heure. Fallait-il croire qu'il restait amer de ne pas pouvoir tout organiser au détail près ? Jamais l'emploi du temps au-dessus de son bureau à Berlin ne lui avait semblé aussi dérisoire. A quoi est-ce que ça pouvait servir d'ordonner les choses et les pensées, si la chute d'un seul domino entraînait tout le reste de l'édifice ? Un fantôme ou un courant d'air passa la porte, laissant Soren de nouveau seul avec ses doutes et le souffle précipité qui s'acharnait à lui martyriser les poumons.
Il aurait pu se rallonger et faire comme si de rien n'était, il était très bon à ce jeu là ; mais la présence qu'il ne pouvait pas oublier, de l'autre côté du bois, le poussa à écarter les couvertures et poser un pied discret au sol.

Ses colocataires avaient le sommeil lourd, et tant mieux pour eux. En silence, l'Allemand se dirigea vers l'armoire dont il ôta un pantalon et une chemise. Depuis l'accident de la cave, le pull vert avait disparu et il n'avait plus osé porter cette couleur sur lui, pire que si on lui avait dit qu'elle attirait le diable. Et dans un sens...
Que ce soir le contact de l'air sur sa peau nue ou celle de ses doigts contre son crâne tandis qu'il se recoiffait sommairement, tout lui mettait les nerfs à vif et lui donnait envie de hurler dans le vide. A une époque, vivre au Pensionnat lui avait paru être une épreuve insurmontable. Il pleurait chaque nuit, appelait sans relâche ses parents, griffait les murs à la recherche d'une sortie bien dissimulée derrière les dorures ternes des tapisseries. Puis l'habitude s'était lovée au creux de son estomac, et Soren n'avait plus cherché à fuir – il s'était contenté d'attendre, à l'abri, entre des amis qu'il avait appris à chérir plus que tout. Partir ? Il le voulait toujours. Mais son esprit, attentiste, balançait entre l'amour et la peur à chaque instant.
Et puis Yoan, dont il n'avait pas songé revoir le visage un jour, dans de telles circonstances. Et dire que la première fois qu'ils s'étaient rencontrés, Claris l'avait pris pour lui...

Il n'allait pas le nier, la vie avait un drôle d'humour, et Soren n'était plus aussi certain de l'apprécier.

Les talons de ses chaussures ne provoquèrent qu'un léger tap tap sur le plancher usé et la clenche céda sans un bruit. Soren ferma les yeux, s'accorda une seconde de pause pour inspirer en silence ; puis il sortit à son tour dans le couloir, dont le froid et le silence l'agressèrent comme mille couteaux plantés dans sa chair.
Yoan attendait, juste là. Il fut presque choqué d'en être soulagé ; s'il lui avait demandé de ne pas partir, ça ne l'aurait pas non plus étonné qu'il se volatilise au dernier moment. Esprit de contradiction, quand tu nous tiens !
Même si, dans leur cas, la lâcheté et la peur se frôlaient à s'en confondre.

Et maintenant ? La vieille angoisse du blanc, du moment de flottement et de silence : que dire, que faire ? Soren ne savait pas où aller pour discuter en paix. Il savait en revanche qu'à paniquer, il n'arriverait à rien, et il n'avait pas non plus envie de bégayer comme un abruti. Prends les choses dans l'ordre, mon garçon. Pour commencer, sortir de ce couloir pour ne pas réveiller tout le dortoir.

« On ne va pas rester là », fit-il à titre d'information, incitant Yoan à le suivre d'un mouvement de tête. A l'intérieur, à l'extérieur ? Tant qu'ils ne descendaient pas les escaliers traîtres de la cave, le jeune homme s'en fichait.

« Tu as faim ? » demanda-t-il soudainement, comme frappé par l'illumination divine. La question, triviale, le fit se sentir absolument idiot, mais il ne voulait plus du silence.
Il lui donnait l'impression d'avoir été enterré vivant.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Sam 3 Jan 2015 - 18:18

    Quelque part, lui non plus ne s’attendait pas forcément à ce que le jeune homme le rejoigne pour continuer la partie. Si la comparaison avec un jeu n’était pas trop malsaine dans leur situation – quoi que, difficile de dire ce qui pourrait ne pas l’être. Yoan avait toujours été bon aux échecs.
    En l’occurrence, il pouvait dire que Soren l’avait acculé dans un coin du plateau. Raison pour laquelle il le suivait des yeux en silence, attendant le mouvement qui lui permettrait de se dégager pour retourner la partie à son avantage.
    Ou pas. Difficile de prédire la suite lorsque le joueur n’est même plus sûr du but du jeu, ou même de vouloir gagner. Quant à savoir si la victoire, quoi qu’elle implique, lui était accessible ; il ne fallait pas exagérer.
    Yoan ne fit pas un mouvement supplémentaire lorsque Soren referma la porte derrière lui. Bras croisés, dos au mur, il le fixa du coin de l’œil en attendant une initiative de sa part. Le mouvement suivant dans ces quatre cases qui nous enferment.
    C’est ton tour après tout. C’est toi qui l’a choisi.

    Et ça se débattait pour reprendre la main.

      « On ne va pas rester là »

    En attendant, on aurait dit que le berlinois avait pris une sacré douche froide. Yoan ne savait pas trop ce qui l’avait frappé en pleine tête mais le fait que sa voix ne tremble même pas avait quelque chose de réellement perturbant. Ce qui amenait le suisse à le fixer d’un regard inquisiteur, fermant presque un œil pour s’assurer que son image ne changeait pas d’un point de vue à l’autre.
    Mais non, c’était bel et bien Soren. Soren avec un choc électrique, et Yoan dans le cirage. Comment le scénario avait-il pris une tournure aussi étrange déjà ?
    Pas sûr que son personnage d’antagoniste diabolique soit encore fidèle à lui-même, et c’était terriblement dérangeant. Mais d’un autre côté il n’arrivait pas à se forcer – et n’était même pas certain que c’était ce qu’il aurait planifié, en pleine possession de ses moyens.

      « Tu as faim ? » S’enquit soudain Soren en guise d’interlude.

    Yoan leva un sourcil et prit une longue seconde pour considérer la question. Non pas qu’elle le surprenne – le silence ne le dérangeait pas lui, mais connaissant son compagnon de la soirée, il avait dû attraper au vol la première commodité qui lui venait à l’esprit.
    C’est surtout que Yoan ne mangeait pas. Ou en tout cas il ne se rappelait pas s’être nourri depuis que Claris était arrivée au pensionnat. Il n’en ressentait pas le besoin, c’est tout.

      « Nein. » Lâcha-t-il donc avec l’ombre d’un sourire prédateur. Il savait que ce genre de réponse dans sa bouche pouvait impliquer tellement de scénarios qu’il en devenait effrayant. Mais il termina en reprenant presque brutalement sa précédente attitude : neutre, prudente, attentive. « Je ne sais pas. Mais je t’en prie. »

    D’un geste, il l’invita à prendre les devants.
    S’il n’était pas trop effrayé pour ça.
    Yoan était conscient de ne pas faciliter la tâche de son interlocuteur en se montrant si concis et en lui laissant le champ libre. Mais, d’une part, l’allemand n’avait qu’à assumer de continuer sur sa lancée ; de l’autre, il était toujours désagréablement agacé par cette prise de conscience qui filtrait insidieusement dans ses pensées. Il savait pourquoi la situation le mettait aussi mal à l’aise – le fait même d’être mal à l’aise ne faisant qu’ajouter à l’irréel ressenti. Jamais Soren ne l’avait affronté bien en face. Il avait reculé, s’était défendu ou lui avait envoyé des piques en coin, avant de se rétracter comme il savait si bien le faire. Jamais Soren – non, jamais personne – ne l’avait remis à sa place. Personne n’avait su briser cette image diabolisée qui était devenue la sienne. Même lui ne pouvait pas s’éloigner de cette impression que son être était là où il n’aurait pas dû, de cette proximité de l’étrange qui lui donnait l’avantage et la mainmise sur toute situation. Alors le monde s’était renversé et n’était plus resté que cette image, ce fantôme, hantant aussi bien les couloirs du pensionnat que les échos des pensées de ses victimes.
    Une fois qu’on cassait tout ça, que restait-il ?
    Peut-être Yoan. Tout simplement.
    Sauf que Yoan n’existe plus.
    Tout le monde le sait. Tout le monde est au courant sauf toi.

    Le jeune homme battit des paupières pour chasser cette pensée. L’important était que la discussion avait brutalement pris un aspect presque… normal ; et c’était là qu’il ne se sentait plus à sa place. Peut-être que l’idée que ce soit la juste place des choses était seulement trop effrayante pour être acceptée.
    Et puis il fallait avouer qu’il avait du mal à suivre Soren. S’il avait fallu décrire son idée du déroulement optimal des évènements, Yoan aurait sans doute imaginé qu’en réussissant à faire en sorte que Soren arrête de faire l’autruche, celui-ci se serait simplement empressé de le virer à grands tours de bras. Sauf que Soren n’agissait pas comme il l’avait espéré ; sauf que Soren était exaspérant de contradictions ; sauf que Soren jouait avec le feu tout en craignant plus que tout de se brûler.
    Et lui aussi ne voulait plus s’y brûler.
    Alors s’ils étaient d’accord sur la question, pourquoi…
    Un début de fourmillement dans les doigts les lui fit plier et déplier en silence, attendant patiemment que le jeune homme le prenne – symboliquement évidemment – par la main, pour voir quelle était la voie qu’il pouvait proposer. Mais sans mentir, il détestait ne pas avoir le monopole de la réplique. Il détestait devoir attendre.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Lun 5 Jan 2015 - 1:42

...

Apparemment, la rationalisation qui lui avait pourtant sauvé la vie à de si nombreuses reprises ne lui réussissait pas tant que ça ; pour sa défense, les faits étaient ce qu'ils étaient (comment résumer autrement l'imbroglio de sentiments dans lequel ils s'étaient emmêlés?), et il avait beaucoup de mal à jeter un œil rationnel et neutre à Yoan, craignant à chaque instant que le garçon ne change d'attitude et ne... fasse quoi que ce soit. A vrai dire, le moindre geste envoyait une décharge d'angoisse à travers les membres rigides de Soren, allumant mille signaux de détresse dans des yeux qui persistaient à le fuir. Clairement, son corps le flagellait et c'était sa manière à lui de lui hurler : mais qu'est-ce que tu fiches ici dans ce couloir, avec lui, à lui demander s'il a faim ?
Pour un peu, Soren aurait répondu à ses propres interrogations à voix haute, au risque de passer pour un fou. Il ne savait pas bien comment Yoan pouvait le considérer, de là où il était, mais l'image ne pouvait sans doute pas en souffrir plus. Il avait besoin d'évacuer la tension pour réfléchir, oui ; et plutôt que lui poser d'autres questions que Soren savait qu'il éviterait comme un chat évite l'eau, il se rabattait sur des questions d'une banalité affligeante, des questions qu'il aurait pu poser à Claris au détour d'un couloir. Tu as faim ?
La pression menaçait de le faire exploser, et il ne voulait pas que Yoan se taise. Pitié, parle, allez, pa-...

« Nein. Je ne sais pas. Mais je t’en prie. »

Soren avait daigné dévisser le bloc de pierre qui lui servait de tête pour lancer à Yoan un regard à mi-chemin entre peur et perplexité. Pas parce qu'un je ne sais pas ne lui semblait pas être une réponse appropriée (enfin, si, mais... ah), mais parce que le ton de sa voix lui avait instantanément donné envie de prendre ses jambes à son cou. Il ne restait rien sur lui de l'ombre de son sourire, mais l'allemand s'attarda plus longuement qu'il ne l'aurait dû sur son visage, à la recherche de l’intrus. Quand enfin il se décida à poser un pied devant l'autre, Soren lâcha son visage à contrecœur. L'idée de le savoir derrière lui, de ne pas pouvoir examiner ses traits pour évaluer sa sincérité le rendait anxieux sans raison. Non, à raison, se corrigea-t-il en se souvenant de la cave et du noir qui ne se dissipait pas. Il en avait papillonné des yeux, pourtant. Peut-être que pour cette fois-là, cette unique fois, l'obscurité avait été préférable.

Ferme les yeux et oublie, c'est une pièce aveugle et muette.

Il lâcha un soupir discret pour se donner plus de courage et d'assurance – pour se donner mine d'en avoir tout court. Le rôle de l'agneau tremblotant ne lui convenait plus, et il s'était résigné à sortir les crocs si jamais les choses prenaient un tournant désagréable. Belle résolution que cette agressivité passagère, presque animale : encore aurait-il fallu que Soren sache ce qu'il voulait et ne voulait pas pour pouvoir l'appliquer. S'il mordait au mauvais moment ou au contraire, laissait entrer le loup dans la bergerie, il risquait de briser quelque chose d'essentiel ou de ne pas pouvoir reculer.
Ne m'accule pas au mur, s'il te plaît, je ne réagis jamais bien dans l'urgence.

Monsieur n'était pas un homme d'action mais ça, Yoan devait s'en douter. Il n'en avait pas trop l'air lui-même. Soren ne put s'empêcher de penser (et il se gardait bien de formuler ce genre de pensées à voix haute, par peur irraisonnée) que les jumeaux ne se ressemblaient pas du tout.
Traiter Yoan comme il traitait Claris était impossible ; mais le plus normalement possible ? Et s'il arrêtait de lui donner des airs de bibelot fragile, de fantôme vaporeux ?

Il ne savait pas s'il avait faim, hein. Soren ne savait pas non plus.
Tant pis.

« Eh bien, allons-y quand même, l'informa-t-il au bout de quelques secondes de marche silencieuse, aux cuisines, je veux dire. »

Il avait beau savoir qu'il ne parlait pas à un imbécile plutôt lent d'esprit, il se sentait encore obligé de préciser et justifier la moindre de ses actions. Pas sûr que la clé d'une meilleure confiance en soi se trouve dans ses balbutiements sans queue ni tête.

« Mais tu... sais cuisiner ? » lui demanda-t-il, prit d'un doute soudain. Qu'il lui réponde non et Soren pouvait commencer à prier sur l'instant pour le salut de son âme : la dernière fois qu'il avait voulu faire la cuisine, il avait fait exploser quelque chose qui, il en était certain, n'était pas censé exploser. On le lui avait fait comprendre gentiment.

De banalités en banalités, il semblait déjà reprendre vie.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Mer 11 Fév 2015 - 16:50

    Exemple pratique du principe des vases communicants.
    Docile, Yoan emboîta le pas à Soren dans le couloir sans trouver pertinent de demander où ils se rendaient. Déjà parce que si le jeune homme lui proposait de manger – ce qu’il avait fait à demi-mots, sauf raisonnement extrêmement tordu – et l’emmenait dans un endroit comme les toilettes ou le parc, il aurait tout le temps de s’en soucier après. Ensuite parce que ce serait quand même franchement étrange et limite assez inquiétant.
    Il réprima un jappement de rire narquois. Comme si. Ce n’était pas parce qu’on l’avait tiré hors de l’œil du cyclone que tout était soudainement et magiquement devenu normal.
    Il allait falloir arrêter de se répéter ça, sinon quelqu’un allait finir encastré dans un mur. Pas sûr que la grosse baraque apprécie.
    De son côté, Soren trouvait visiblement beaucoup de plaisir à citer les évidences que Yoan rejetait de côté. Au moins comme ça il était sûr que le berlinois n’avais pas des idées bizarres derrière la tête. A moins que -

      « Mais tu... sais cuisiner ? »

    La question, inattendue – qui pourtant ne l’aurait pas été avec tout autre protagoniste comme interlocuteur – fit fermer à demi les yeux au jeune homme. Un souffle presque chuintant s’échappa d’entre ses dents serrées : ces répliques innocentes, banales, heurtaient son équilibre comme un petit malin qui balance une bonne grosse blague graveleuse au milieu de Roméo et Juliette. Les mots sciaient avec application les planches sur lesquelles il tenait son rôle ; ils l’atteignaient physiquement. Encore quelques questions comme celle-là et il allait exploser. Le jeune homme lutta un instant pour retrouver l’équilibre qui manquait à son registre, comme un épileptique contre la crise : Peine perdue, et il commençait à avoir mal au crâne. Dur d’imaginer que si peu de chose puisse engendrer pareil inconfort. Ça bouillonnait entre ses tempes.
    Exemple pratique.
    Manifestement, plus Soren s’engageait dans la voie d’une conversation à la rassurante banalité, mieux il se sentait. Le frère de Claris ressentait exactement l’inverse. Même pas de la peur – mais il perdait pied, c’était indéniable. Il avait essayé pourtant, on ne pouvait pas le dénigrer.
    Nein, murmura-t-il à nouveau dans un souffle douloureux. Par-dessus tout, il ne comprenait pas à quel jeu jouait le berlinois, à le tirer derrière lui, ce fantôme qui l’avait terrifié et qu’il rejetait, à faire… quoi d’abord ? Qu’est-ce qu’il faisait, qu’est-ce qu’il cherchait ? Tout ça n’était pas loin du risque de le rendre dingue. Pourquoi tu fais ça Soren. Qu’est-ce que tu veux, qu’est-ce que tu veux, pourquoi pourquoi pourquoi tu fais ça.
    Laisse-moi - laisse-moi tranquille bon sang. Qu’est-ce que tu veux à la fin ?

    Et cette normalité dans laquelle Soren tentait de l’enfermer usait ses nerfs jusqu’à la corde – ils n’avaient pas les pieds dans le même monde. Pas le même monde, pas le même thème. Le piano bien calibré contre son homonyme désaccordé.
    Finalement on doit pas être faits pour vivre côte à côte toi et moi.
    Cette réflexion trouva un écho si douloureux en une autre personne que Soren qu’il décida de la chasser sur le champ.
    Je l’ai laissée brûler. Casse-moi ce miroir, casse-le.
    Au fond, tout au fond.
    Une inspiration de plus.
    Il pouvait bien jouer le jeu encore quelques mètres. Il était encore assez fort pour ça, non ?
    Yoan replia les trois derniers doigts et glissa un index entre les omoplates de celui qui le précédait. Tu as toujours aussi peur ou ça ne sert à rien ?

      « A ta place je ferais gaffe. Tu sais que je ne suis pas très patient. » Les mots avaient franchi ses lèvres avant le « Qu’est-ce que tu fais ? » qui lui envahissait la tête.

    Je suis pas ton pote Soren.
    Et pourtant il l’aurait attrapé par la nuque et empêché de se débattre jusqu’à obtenir une réponse. Si fort.
    Pourquoi est-ce qu’il ne lui avait pas simplement fait « ok, je t’emmerde et au revoir » - hein. Soren, Soren, Soren.
    Laisse-moi faire, laisse-moi, laisse-toi faire.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Dim 1 Mar 2015 - 2:46

...

Nein, d'accord ; pourtant loin d’accueillir la réponse presque inaudible avec une moue et de grands gestes angoissés (mon dieu, qu'allons nous devenir, le fou est fichu), Soren batailla dur pour ne pas se retourner et scruter Yoan, le détailler jusqu'à pouvoir percer le fond de ses pensées, là où il gardait toutes ces choses qui effrayaient son interlocuteur et le faisaient douter de ses moindres gestes. La peur était là, insidieuse, et elle rampait sous sa peau et jusqu'à ses veines gelées avec une rapidité reptilienne. Soren marchait sur des œufs tout en priant pour ne pas les casser et espérait que le saut de la corde raide ne serait pas trop douloureux en cas d'accident : sauf qu'il savait qu'il n'en ressortirait pas indemne le cas échéant. Pourquoi était-il devant, après tout ? Pourquoi Yoan traînait-il la jambe, pourquoi ne se mettait-il pas près de lui afin qu'il puisse l'observer à la dérobée ? Un seul regarda aurait suffi pour le rassurer ou, plus probablement, lui donner envie de faire marche arrière.
Mais Soren jouait le grand, le fort, la brute, aurait-il osé ajouter l'adulte ? Il ne pouvait plus reculer jusqu'à sentir le mur au creux de son dos, soulagement de courte durée et qui ne réglait rien. A force de se cacher, il allait se perdre et perdre tout le reste. Imagine-toi que Yoan est un basilic et qu'un seul regard peut te figer : garde le dos droit et les yeux fixes, concentre-toi sur la ligne d'horizon et ne la lâche plus des yeux.

Il ne pouvait pas savoir s'il l'avait blessé et – oh, dieu, ne me refais plus jamais ça.
Il sentit le doigt comme une lame de couteau plantée en traître. Il déglutit et sentit son cœur battre la mesure un rien plus fort qu'il ne l'aurait désiré. Il fit de son mieux pour le ramener à de meilleures dispositions avant de mourir aux pieds de Yoan, foudroyé par sa propre terreur. Ce n'était pas la meilleure preuve de bonne volonté qu'il puisse lui offrir. Alors, que devrais-je faire ?

Dans le doute, il continua de lui offrir son dos.

« A ta place je ferais gaffe. Tu sais que je ne suis pas très patient. »

Il s'était arrêté au premier contact et inspira longuement à cette seconde intervention, résistant à l'envie de se tordre les mains pour épargner le supplice qu'il faisait subir à sa langue. Non, il n'allait pas s'excuser et non, il n'allait pas lui obéir – et ce, quoiqu'il désire. Apparemment, discuter de tout et de rien ne plaisait pas à Yoan, et de là partait l'envie presque perverse de continuer sans s'arrêter, jusqu'à ce qu'il lui fasse comprendre plus violemment qu'il en avait assez. C'était une vengeance, douceâtre et peut-être un peu cruelle, car Soren n'avait rien d'un Saint, et qu'accuser les coups sans broncher laissait des séquelles. Durant des années, il s'était soumis et n'avait rien dit, par peur. Peur, peur, peur, encore et encore !
Vas-y, si tu y tiens tant, fais-moi mal.

L'allemand pivota sur ses talons et adressa à son vis-à-vis un sourire où pointait l'ironie ; il se donnait bonne conscience (il en avait encore besoin) en se répétant qu'à ce stade, un peu plus ou un peu moins, il ne risquait plus grand chose.
Il en mourait de peur et d'appréhension mais tant qu'à l'assassiner d'angoisse, que ce soit Yoan qui le fasse.

A coups de couteau ou d'autre chose.

« Mais moi si, rétorqua-t-il en haussant les épaules, et pour l'instant, c'est toi qui me suis. »

De peur morbide à agressivité, il n'y avait qu'un pas ; même s'il se donnait l'air détaché, ses yeux ne masquaient pas encore toute l'hésitation, toute la frayeur et toutes les questions restées sans réponses. Ses sourcils levés l'encourageaient presque à prendre les devants, à lui prouver le contraire. Des deux, il tenait encore les rênes, et cette pensée l'enhardissait (au moins un peu). Il l'avait tiré hors de cette chambre aux allures de tombeau, et il n'allait pas le laisser se fondre à nouveau dans le noir ; chaque fois qu'il l'avait laissé s'échapper, il l'avait amèrement regretté.
Et cette fois, ce sera peut-être pire. Pour la première fois de sa vie, Soren pariait au risque de tout perdre.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Jeu 12 Mar 2015 - 0:21

    Son cœur battait beaucoup trop vite. Plus que l’impression qu’il allait s’arrêter, c’était celle qu’il se dilatait en tous sens pour essayer de lui bloquer la gorge, envahir ses tissus comme un cancer insidieux et tuer toutes ses cellules une à une, qui prédominait.
    Qui l’avait foutu là déjà ? Ah, oui. Belle tentative d’assassinat.
    Réprimant un soupir nerveux, brûlant de frustration et d’oppression involontaire, Yoan décida de l’y laisser pour l’instant. Parce que l’inverse serait décidément bien trop sanglant pour la situation.
    Ce n’était pas le plan, ce n’était pas le plan. Il s’accrocha à cette idée.
    Il avait vraiment mal à la tête.

    Son doigt tendu resta en suspens lorsque Soren se retourna. Le regard qu’il lui lança fit s’étrécir les pupilles de son vis-à-vis et raidir sa nuque. Il sentit presque une bouffée de colère lui monter à la tête.
    Eh bien.

      « Mais moi si, et pour l'instant, c'est toi qui me suis. »

    Oh, tu me cherches, tu me cherches, pourquoi tu fais ça.
    Cette question qui menaçait de lui arracher la langue à terme, il la retint encore une fois. Pas maintenant. Je ne sais pas, pas maintenant.
    Son doigt glissa et revint se poser sur la poitrine de l’allemand. Il avança d’un pas.
    Avoue-le.
    Ses lèvres se posèrent sur celles du jeune homme avant qu’il puisse se dérober. Elles s’y attardèrent le temps d’une menace, mais n’y restèrent pas : Yoan lui laissa sur la peau un demi-baiser tiède et chaste – presque. Sans la chaleur, sans la langue, sans les battements de cœur ; tentative farouche pour ne pas se perdre dans ce labyrinthe édifié par leur différence.
    Entre agressivité et requête.
    Il rompit tout contact comme s’il avait peur de se brûler et recula, jaugeant Soren au fond des yeux. C’était diffus, tout en lui se révoltait contre cette éventualité, mais il le sentait. Si le jeune homme le prenait par la main, il le suivait. C’était ce qu’il était en train de faire contre son gré. Ou presque.
    Je vais me faire bouffer.
    Ou toi. C’est toi que je vais dévorer. Ça a toujours été toi, toi, Toi.

    Des convulsions cardiaques.

      « Je te suis. » Murmura-t-il dans un souffle.

    Avoue-le.
    Avoue-moi.

    Et lui, persuadé que la fatalité n’existait pas, aurait pu en rire jusqu’à la mort. La dernière fois c’était pareil. Les effleurements dans le noir. Quelque part, là aussi on lui avait pris la main.
    Malheureusement, il n’était pas en état de résister contre quoi que ce soit. Et c’était ça qui allait noyer l’un d’entre eux, ou tous les deux, au final.
    Ça n’a pas de sens.
    C’était pas le plan. Pourquoi personne ne suit jamais le plan.



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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   Lun 23 Mar 2015 - 1:17

...

C'est moi qui commande, c'est moi qui choisit ; cette fois c'est ma partie, pas la tienne.
C'était ce que Soren se répétait avant que Yoan ne s'approche et lui fasse écarquiller les yeux – une fois de plus. Il aurait pu compter le nombre de fois où son souffle l'avait raidit tout entier et l'avait empêché de respirer pour plus d'une longue minute. Ses poumons le faisaient souffrir et son cœur, incapable de tenir la cadence, menaçait de lui revenir dans la main d'un instant à l'autre. Soren aimait comprendre ce qui se passait autour de lui, il aimait savoir pourquoi exactement son interlocuteur souriait ou pourquoi il avait les larmes aux yeux. Ce baiser-là, même court, il ne sut pas l'interpréter et son cerveau manqua un nouveau tour de carrousel. Une fois que le souffle du garçon eut quitté ses lèvres, il le foudroya presque du regard, comme un professeur à qui l'on vient insolemment de saper l'autorité. Il rageait de ne pas savoir et s'ils en étaient là, c'était justement à cause de tout ça : l'ignorance. L'impression que Yoan possédait une longueur d'avance le taraudait jusqu'à l'obséder ; impossible de savoir s'il avait bon ou s'il divaguait. Soren se sentait constamment harcelé, rabaissé, moqué.
Pauvre petit.

« Je te suis. »

Non. Le mot lui échappa presque sous le coup de la colère, et il le retint en se mordant la langue. Il ne voulait pas qu'il le suive, il ne voulait pas qu'il lui donne son accord : il voulait le traîner de sa propre volonté. Yoan n'avait pas à accepter. C'était lui qui dirigeait le jeu, et il ne voulait pas juste s'en donner l'impression. Alors, la conclusion ? Sa bouche se tordit sur une grimace dubitative et il se pencha à son tour pour poser un baiser sur les lèvres de son ami du soir. Il appuya, presque violent, et se détacha aussi vite que Yoan s'était détaché. Il fuyait la réaction pour ne pas perdre le fil, garder sa composition. S'il l'avait regardé dans les yeux, qu'aurait-il vu ? Qu'il rougissait, qu'il était en colère ? Comme un enfant vexé.

Et si c'était bien plus complexe, les apparences n'avaient que très rarement sauvé Soren. D'ailleurs, il détestait l'image que le miroir lui renvoyait. Ses jolis yeux bleus ne le desservaient jamais. Il aurait préféré les avoir noirs comme sa mère. Noirs comme l'obscurité. A croire qu'il ne s'y trouvait bien que la nuit.
Je suis le pire des menteurs.

Il lui tourna le dos.

« Alors dépêche-toi », lui lança-t-il d'un ton cœur de pierre qui ne lui allait pas et ne faisait pas illusion la plus petite seconde. Il aurait aimé rajouter « nous n'avons pas toute la nuit » mais ses lèvres avaient fait mourir la suite contre son palais, comme un gros mot vite ravalé par un enfant sage. Ses mains tremblaient un peu et sa poitrine se soulevait à un rythme erratique : au moins, les pas défilaient sans se prendre dans les replis du tapis rouge qui courait et courait le long de tous les couloirs. Il ne voulait lui laisser aucune chance de le rattraper ou de riposter même si, le cas échéant, Yoan aurait pu le clouer au mur comme un cloue un papillon au tableau. Quelle belle nature morte.

Soren avait autant de force et de volonté qu'une pomme.
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MessageSujet: Re: (n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.   

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(n°8) (Décidément j'aime pas ce titre) ▬ Soren.

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