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 La raison des agneaux. [Soren Mülher]

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(mangez-moi mangez-moaaa)
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MessageSujet: La raison des agneaux. [Soren Mülher]   Lun 23 Mar 2015 - 22:56

Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l'emporte, et puis le mange, sans autre forme de procès.


    Soren s'esquiva avant que les doigts du jeune homme, peu habitués aux dérobades, ne l'attrapent définitivement. Ce dernier mit un temps à comprendre l'injonction de son partenaire, loin déjà, alors qu'une bouffée de frustration le faisait porter la main à ses lèvres cuisantes.
    Oh, ne refais jamais ça.
    Yoan étrécit les yeux devant la bravache du blond, et la colère arrêta presque net son cœur dans sa course folle. Une envie destructrice le saisit de le rattraper, de le plaquer contre un mur et dieu sait ce qu'il pourrait lui faire alors.
    Mal, comme toujours. Sans doute encore plus. Encore.

    Heureusement, ne plus avoir l'allemand directement sous les yeux étouffa cette pulsion dans l’œuf en moins d'une seconde. Heureusement, parce que la partie de lui qui se souvenait ce qu'il était venu faire là lui hurlait après avec vigueur. Calme-toi. Doucement. Ce n'est pas comme ça que tu auras ce que tu veux.
    Envolées, ses belles stratégies, sacrifiées sur l'autel de la violence. Tout s'effilochait par les bords.
    Exceptée cette incompréhension qui le rendait fou. Ce fut dur de mettre un pied devant l'autre, alors que ses doigts se crispaient et se décrispaient au rythme des va-et-vient de ses envies, et qu’une partie de lui n’aspirait toujours qu’à faire machine arrière. Tentative forcée de reprendre le contrôle, Yoan emboîta le pas à Soren en tendant une main silencieuse pour toucher le mur du bout des doigts. Un frisson le traversa de haut en bas.
    Il ne se rappelait pas que par contraste, il puisse avoir aussi froid. Mais son corps ne s’en souvenait que trop bien.
    Qu’est-ce que tu me fais bon sang.
    Qu’est-ce que tu veux.
    Un souffle dans sa poitrine en souffrance. Patience. De la patience, il faut croire qu’il n’en avait plus.
    Cruel, tu es cruel.

    Le contact du bois dans le noir fit frémir ses doigts. Yoan glissa lentement la main tout du long de la rambarde qui s’enfonçait avec l’escalier dans les ténèbres.
    Ni la chute ni l’obscurité ne l’effrayaient : la seule menace provenait d’en-dedans. Et devant aussi, presque innocemment.
    Plus de vingt pas au-dessous de lui. Il ferma les yeux.
    Les veines du bois réchauffèrent ses doigts le temps de sa descente, comptant ses pas sans rien pour casser le silence, puis il se retrouva à nouveau sans la corde de survie. Quelques mètres. Jusqu’à ce que la lumière vienne l’éblouir.
    Grimaçant, Yoan protégea ses yeux d’une main : si cela ne tenait qu’à lui, l’interrupteur aurait déjà changé de configuration. Mais c’était son reflet lumineux en provenance directe d’un monde manichéen qui tenait la barre, actuellement. Et donc l’interrupteur.
    Manichéen, mais pas tant que ça. C’était sûr. Cette démangeaison qui le harcelait, le rendait à moitié cinglé et ne voulait pas s’en aller, cette incertitude persistante, elle ne venait pas de nulle part.
    Bon sang, il voulait savoir.
    Yoan fit le tour de la pièce du regard, constatant qu’ils étaient bien seuls. Ça n’avait pas l’air franchement aussi sale qu’il l’avait entendu dire, peut-être parce que le nettoyage se faisait à minuit.
    Soudain, une idée – une potentiellement mauvaise idée – lui vint à l’esprit. Il se dirigea au hasard vers les placards les plus proches et les ouvrit, y jetant un coup d’œil rapide. Rien.
    Le jeune homme médita l’idée en se mordillant les lèvres, puis revint à la table comme si de rien n’était. Il y appuya les reins, nerfs tendus malgré son air décontracté, et suivit Soren des yeux.

      « Et maintenant ? »

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MessageSujet: Re: La raison des agneaux. [Soren Mülher]   Ven 17 Avr 2015 - 23:17

...

Soren avait eu peur que Yoan sorte le poignard pour l'achever ; l'obscurité l'effrayait et surtout, surtout, il craignait ce qui l'épiait dans son dos et qui disparaissait dès qu'il tournait la tête. Il avait l'impression de ne jamais saisir la bonne expression, comme si Yoan en changeait à volonté. Comme s'il lui offrait ce qu'il voulait afin de le dérider – de l'empêcher de s'inquiéter de la suite, dont il ne saisissait ni le but ni la nature. Qu'y a-t-il après la mort, maman ? La question était tout aussi floue et large.
Alors Soren ne s'était pas retourné, pas une seule fois, bien que l'envie ne lui en avait pas manqué et lui avait tiraillé les muscles tout du long. Son pas s'était vite fait rapide et insistant à mesure qu'ils approchaient des cuisines, pas pour le semer mais pour vite se mettre à l'abri et allumer la lumière. Le jeune homme en avait assez du noir qui lui dévorait les traits et l'empêchait de voir à plus d'un mètre devant lui. Il voulait se rassurer, s'assurer qu'il était là, tangible, et qu'il n'allait pas disparaître. Tu l'as bien senti, pourtant, non ? Il chassa la drôle de sensation de ses lèvres d'un geste discret du poignet ; quant à l'interrupteur, à peine la porte poussée, il le fit basculer jusqu'à en être ébloui.

Une odeur particulière de propre et de nourriture lui monta immédiatement aux narines. L'endroit était plus propre que lorsqu'il y était passé dans la journée, et il s'autorisa un léger soupir. Sa poitrine se soulevait encore trop rapidement, et il y appuya distraitement une main, comme pour l'immobiliser. A faire le tour de la pièce et du mobilier, il se demanda soudain pourquoi il avait tenu à aller jusqu'ici. Pour la lumière qui lui blessait la rétine et lui donnait mal à la tête ? Pour s'échapper ? Non, il est toujours derrière toi.
L'allemand jeta un regard méfiant au réfrigérateur et assassina complaisamment le four du regard. Impossible de cuisiner quoi que ce soit sans mettre le feu à la pièce et au reste du bâtiment – ou, à moindre proportion, sans y perdre la peau des mains. Soren n'avait jamais été doué en cuisine et craignait de ne jamais l'être vraiment. Alors pourquoi, hein ? A part montrer à Yoan qu'il ne savait rien faire de ses dix doigts, il n'allait pas pouvoir faire grand chose. Pour s'occuper l'esprit, il ouvrit un placard qui lui souffla un immense vide à la figure. Contrarié, il passa au suivant, et ainsi de suite.

Il y avait forcément quelque chose à manger dans cette cuisine !

« Et maintenant ? »

Soren se figea, comme frappé par la justesse de la question. Et maintenant, hein... Il inspira, ferma le placard, et tomba sur un régiment de bananes en ouvrant le prochain. Exténué, il ne claqua pas ledit placard mais ferma ses yeux et se mit à prier pour une quelconque intervention divine.
Voilà pourquoi il évitait de s'emporter ; ça ne menait jamais à rien de bon. Tout ce temps, il avait refusé de regarder Yoan dans les yeux, de peur de ne rien y lire ou de (pire!) parvenir à y apercevoir quelque chose de déplaisant.
Pourtant, tu as dit que tu voulais savoir, n'est-ce pas ?

Il est temps d'assumer, Soren.

Le jeune homme serra les poings, empoigna le drôle de régiment et l’abattit avec force sur la table contre laquelle son double s'appuyait. Il haussa les épaules, tapota les multiples bananes à la peau lisse et brillante, puis lança sur le ton du badinage :

« Maintenant, on va manger des bananes. Ou cuisiner des bananes. Ou peut-être juste les regarder, ça dépend ce que tu préfères faire. »

Pour la première fois depuis de longues minutes, il le regarda droit dans les yeux.
Jamais il ne s'était senti tendu à ce point, comme si le lion pouvait fondre sur la gazelle à tout instant. Je refuse de perdre l'avantage. Je refuse.
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MessageSujet: Re: La raison des agneaux. [Soren Mülher]   Mer 22 Avr 2015 - 20:10

    Le bruit des portes qui claquent. Jour, nuit, noir, jour, des flashs. Yoan regarda Soren refermer tous les placards les uns après les autres, même ceux qu'il avait déjà inspectés.
    Ses doigts se crispèrent sur le bord de la table. Relâchèrent la pression, puis resserrèrent. Il les glissa sur le bois comme une caresse sans objet.
    Non Claris, pas le la.
    Claris au piano hein. Donne-le-moi. Elle n'avait jamais été bonne au piano.
    Et lui qui ne se souvenait plus.
    Il y a quelque chose par ici...
    Jour, nuit, oh, crucifie-moi.
    Ailleurs, trop loin, ses doigts pianotèrent, mais il n'entendait pas la mélodie. Juste des halètements rauques étouffés dans des poumons en feu. Claris, il y a ce monstre qui me rend f-
    Un bruit de choc brutal le tira du brouillard dans un sursaut. Les yeux écarquillés, le jeune homme fixa Soren sans le voir. Hein. Oh. Il eut l'impression d'être brutalement tiré hors d'un très long tunnel. Ses oreilles se débouchèrent lentement tandis qu'il discernait les iris bleus du berlinois comme derrière un voile qui se déchire.

      « Maintenant, on va manger des bananes. » Disait-il. « Ou cuisiner des bananes. Ou peut-être juste les regarder, ça dépend ce que tu préfères faire. »

    Le regard de Yoan descendit lentement jusqu'à la table et s'arrêta sur les fruits. Il ne dit rien. Rien ne remonta jusqu'à son cerveau.
    Aucune remarque déplacée ne lui vint à l'esprit. Juste un gros, très gros vide.
    Oh tu m'as bouffé jusqu'à la moelle. Qu'est-ce que vous avez laissé.
    Et puis soudain, ça l'attrapa aux tripes comme une balle de base-ball jetée avec violence. Une bouffée de colère crispa ses doigts. Il leva la main une fraction de seconde, sans trop savoir ce qu'il allait faire de violent et de destructeur. Son geste resta en suspens. Et puis il la laissa retomber lourdement sur le bois.
    C'était de l'improvisation. Tout ça. Ça n'avait aucun sens, ça n'en avait jamais eu. C'était ridicule. Creux. Soudain, ça faisait plus que l'énerver.
    Une pensée qui flottait à la lisière de sa tête l'envahit soudain et s'y épanouit comme une sale fleur grise et vénéneuse.

    Demain, je meurs.

    Et toi, et toi.


    A quoi est-ce qu'il jouait, là.
    Ses dents se serrèrent. Un éclair douloureux parcourut sa mâchoire. Il ferma les yeux.

      « Ça suffit. » Ses mots tombèrent, prononcés d'une voix sourde et définitive.

    Ça suffit, ça suffit, ça suffit. Casse-moi, casse tout. Le jeune homme s'arracha à son support d'un mouvement souple des reins et contourna Soren pour gagner la porte.

      « J'en ai assez. J'ai eu ce que je voulais. Continue comme ça, c'est nickel. »

    Yoan, t'avais promis.
    Yan, Yan, Yan, Yan - tais-toi, arrête de rire.

    Tais-toi, je ne joue plus. Je ne sais pas quand sera demain. Soleil, Soleil dans les yeux, dis-moi encore adieu.

      « Allez, salut. »

    Ses doigts saisirent la poignée et rouvrirent la porte, mais quelque part il ne les sentait pas.



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MessageSujet: Re: La raison des agneaux. [Soren Mülher]   Jeu 4 Juin 2015 - 21:17

...

Touché.
Yoan avait tourné trop tôt les talons pour pouvoir apercevoir le sourire qui s'était glissé jusqu'aux lèvres de Soren ; ni ses mots ni ses gestes ne lui tirèrent le moindre élan de compassion. Rien n'était calculé à la minute près, rien n'était prévu, mais il avait obtenu ce qu'il cherchait à lui arracher depuis si longtemps. Un éclat de colère, d'humanité, de tristesse, qu'importe : le résultat, c'était qu'il s'en allait, qu'il tournait encore les talons, comme un enfant fuit le noir du placard. La seule différence, dans leur situation, c'était que Yoan fuyait la lumière. Dis-moi, entre nous, qui est l'enfant capricieux ? Sans vraiment hésiter, Soren détacha une banane de son en-cas improvisé et la lança de toutes ses forces sur la tête de son interlocuteur fantôme. Hors de question qu'il disparaisse, qu'il se marie à l'ombre comme il semblait si bien le faire. Pour la première fois depuis longtemps, Soren avait l'impression d'avoir la clé entre ses mains, de n'être ni le plus stupide, ni le plus lâche des deux. Cette poigne qui lui broyait la tranchée et l'empêchait de respirer (la tension ne lui allait pas) le forçait à ne pas se morfondre et agir vite.
Il ne restera pas si tu lui tiens la main.
Réfléchis, pour qui resterait-il ?

Il lui avait dit...

« Tu as la mémoire courte ? Je t'ai dit de rester, dans la chambre. Apparemment, tenir ta parole, ce n'est pas ton fort. C'est ça aussi que tu as fait, quand elle t'as demandé de rester ? »

Tu es parti, sans rien dire, sans prendre la peine de laisser un mot ?
Il avait un risque sur deux de mourir, de le rendre furieux, de ne pas parvenir à le clouer au sol. Le cœur qui martelait un rythme infernal dans sa poitrine ne se sentait plus capable d'éprouver la moindre frayeur – c'était un état constant qui avait laissé ses empreintes jusque dans ses mains parcourues de tremblements réguliers. Soren se détestait et ça, c'était quelque chose que Yoan ne pourrait jamais utiliser contre lui : comment se dégoûter plus qu'on ne se dégoûte déjà ? Quitte à se faire traiter de monstre, autant faire les choses dans l'ordre. Le but était de blesser, de ralentir, de faire briller les larmes.
Et s'il touchait un point sensible, qu'y pouvait-il ? Soren ne connaissait le monde qu'à travers les yeux de Claris, et ce qu'elle avait bien voulu lui en montrer. Yoan, il n'avait goûté qu'à ses caresses confuses au fond d'un ravin enténébré, et il ne voulait rien lui expliquer. Soren aurait fait un bon professeur, dans une autre vie. Il aimait comprendre et expliquer, dénouer chaque nœud qui lui passait sous la main. Alors même s'il n'était pas doué, il avait quand même le droit de...

Si Yoan rompait ses promesses, lui aussi le ferait. Il se sentait assez rancunier pour mordre là où il pensait que la plaie restait à vif. Prêt à riposter, à réitérer le geste, il décrocha une nouvelle banane, sans que l'incongruité de la situation ne l'amuse.
Ce n'est pas drôle. Vas-y, pleure, mon dieu, pleure. Que je devine enfin ce que tu es et ce à quoi tu penses.

Même si ça m'effraie, c'est mon choix.


hmmm u touch my banana:
 
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MessageSujet: Re: La raison des agneaux. [Soren Mülher]   Jeu 18 Juin 2015 - 19:42

    Une fuite, oui, c'était exactement le mot. Ou alors, un retour brutal et lucide à la réalité. Réalité où il n'avait strictement aucun intérêt à rester avec un garçon qui n'avait rien de plus constructif à lui proposer que de manger des bananes à deux heures du matin. Etre un peu pragmatique de temps en temps, à nouveau, ne lui ferait pas de mal. C'était du moins ce que son cerveau s'évertuait à penser avant que la voix de Soren ne s'élève, exempte de tremblement, tranchante, et que la main de Yoan ne gèle littéralement sur la poignée.

    « Apparemment, tenir ta parole, ce n'est pas ton fort. C'est ça aussi que tu as fait, quand elle t'a demandé de rester ? »

    Une coulée de mercure glacial traversa brutalement son corps à la verticale. Ou plutôt une lance chauffée à blanc qui l'aurait empalé en pleine poitrine. Voire les deux. A cet instant il ne faisait plus la différence entre le chaud et le froid. A peine entre le haut et le bas.
    Le sang commença à battre à ses oreilles, tambour obsédant et douloureux qui lui monta à la tête aussi vite que la rage.
    C'est-à-dire, si vite qu'il crut que sa tête allait exploser au passage.
    En un éclair, le jeune homme avait fait vole-face pour sauter à la gorge de Soren.
    Sa main se referma sur la trachée du berlinois et le choc violent de son dos contre le bord du plan de travail, lorsque Yoan l'y accula, dut être douloureux. En un éclair, le jeune homme se retrouva collé contre son jumeau, les ongles enfoncés dans sa chair, la poigne craquant sur son bras, chacun de ses membres proche à pouvoir le blesser au moindre effleurement. Et dieu qu'il avait envie de lui faire mal. La proximité était idéale pour l'embrasser passionnément, mais tout ce que Yoan avait envie de faire à l'instant était de lui arracher violemment les cordes vocales.

      « MAIS QU'EST-CE QUE TU VEUX, MERDE ? »


    Le hurlement avait quitté sa gorge comme un cri de souffrance, malgré la haine qui brillait dans ses yeux et ses lèvres retroussées sur ses dents en un rictus presque animal. Yoan sentit un tourbillon d'émotions désagréable se déchaîner sous sa peau, une douleur fulgurante succédant à la haine, au manque, à la peine et au désespoir. Et l'ensemble aviva son envie de déchirer ce visage qui lui ressemblait trop à coups de dents.
    Le jeune homme ne sut pas comment il réussit à reprendre assez d'emprise sur lui-même pour prononcer distinctement entre ses dents, d'une voix glaciale quoiqu'un peu tremblante :

      « Je n'ai pas de leçon à recevoir d'un môme qui se roule en boule dans un coin en pleurant à la moindre contrariété. J'ai essayé d'être gentil, mais je suis pas ta nounou. J'ai pas à gérer tes sautes d'humeur et je suis pas là pour te faire passer le temps. Démerde-toi. Fous-moi la paix parce que tu m'emmerdes ! » La fureur bloquait sa gorge, il en haletait presque. Sa voix baissa d'un ton et il termina dans un souffle : « Si tu continues je te bute vraiment. »


    Sauf que même à ses propres oreilles cette menace sonnait faux. Sauf que même là, même alors que chacune de ses cellules hurlaient leur rage dans une inassouvissable soif de violence, même alors que l'envie de déchirer la peau du jeune homme à mains nues le transperçait jusqu'à la moelle ; même là son corps n'était pas d'accord.
    Et les mots étaient creux dans sa bouche. La seule véritable question qui tournait dans sa tête, sans cesse, presque angoissante, était celle qu'il lui avait hurlé au visage en perdant son sang-froid.
    Et aussi, qu'est-ce que tu m'as fait.

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MessageSujet: Re: La raison des agneaux. [Soren Mülher]   Ven 14 Aoû 2015 - 0:51

...

Et toi, que m'as-tu fait ?
Soren avait accepté, anticipé la réaction de Yoan en plantant les aiguilles là où il savait que la chair était encore sensible. Le choc, pourtant, lui arracha le souffle en même temps qu'un cri étranglé, lequel s'étouffa vite sous les doigts serrés de son assaillant. Pour retrouver un peu d'air, quitter cette position qui l’acculait comme un animal traqué, Soren se débattit un peu ; pas longtemps, puisque son corps avait pris la consistance du ciment et que chaque mouvement envoyait une décharge électrique à travers ses membres. Même ses jambes, pourtant si promptes à réagir d'ordinaire, ne lui répondaient plus. La douleur se diffusait lentement de son dos à sa mâchoire, lancinante, tandis que ses yeux étaient occupés à ne pas laisser Yoan s'échapper de son champ de vision, ne serait-ce que pour une courte seconde. Ils l'accrochaient, le harponnaient, tentaient en vain de décrypter quel sentiment pouvait faire briller ses yeux à lui. Fureur, reproches, tristesse ? Une parodie de rictus s'installa sur ses lèvres grimaçantes. Il avait réussi. A ce jeu, il était certain de ne jamais perdre.
Parce que je connais ton point faible.

« MAIS QU'EST-CE QUE TU VEUX, MERDE ? »

Soren fit un effort colossal pour maintenir une façade de colère froide et neutre. Il ne voulait pas laisser paraître la peur qui tambourinait à ses artères et voyageait dans sa poitrine, lui donnant l'angoissante impression d'étouffer sous des blocs et des blocs de parpaings. Il avait choisi de provoquer Yoan et savait qu'il ne s'en sortirait pas avec une simple gifle ou des mots blessants. On récole ce qu'on sème, lui glissa une petite voix à l'accent ironique. Soren l'admit, l'accepta, inspira comme il put. S'il en arrivait à cette extrémité, c'était que Yoan ne coopérait pas, quoi qu'il fasse et quoi qu'il dise.
Mais toi, Yoan, qu'est-ce que tu veux, au juste ?

Ils passaient leur temps à se renvoyer la balle sans répondre.

« Je n'ai pas de leçon à recevoir d'un môme qui se roule en boule dans un coin en pleurant à la moindre contrariété. J'ai essayé d'être gentil, mais je suis pas ta nounou. J'ai pas à gérer tes sautes d'humeur et je suis pas là pour te faire passer le temps. Démerde-toi. Fous-moi la paix parce que tu m'emmerdes ! Si tu continues je te bute vraiment. »

Je te bute, hein ? Tout plein d'une fausse assurance dont le masque s'effritait malgré ses efforts, Soren haussa les épaules – aussi distinctement qu'il le put – et lui sourit. Il avait une envie folle de lui hurler à la figure et lui asséner ses quatre vérités sans descendre d'un décibel, quitte à alerter tous les oiseaux de nuit du Pensionnat, mais il sentait encore sa poigne sur sa gorge, et la douleur de l'impact lui faisait serrer les dents derrière ses lèvres closes. Yoan était dangereux, sans doute pas au point de le tuer (il ne croyait toujours pas à cette fable), mais assez pour laisser ses marques dans sa chair, et Soren détestait avoir mal. Il fuyait la douleur autant que possible, se mettait en retrait dès que la tension montait. Lâche, hein ? Lunatique, presque ? Sans doute égoïste. Et alors ? Yoan ne s'était pas gêné pour disparaître, la nuit dernière et toutes les autres.

Il toussota en ouvrant la bouche.

« Tu dis ça alors que tu t'enfuis à la moindre contrariété, que tu refuses de répondre à la moindre question, que tu arrives comme un voleur sans prévenir, pour dire que c'est moi qui t'embête après. Mais c'est toi qui a un problème ! Qu'est-ce que TU veux ? Hein ? Me tuer ? Alors vas-y ! »

Il tressaillit sans crier gare, et ajouta, la colère sourde dans la voix :

« Je pleure peut-être mais moi au moins, je suis là, et je reste là. »

Lui au moins tenait ses promesses, faisait de son mieux pour faire bonne figure. Alors, Yoan, c'est quoi ton problème ?
Peut-être, songea Soren en le mettant au défi de l'étrangler là, sur le plan de travail, qu'il était tout simplement jaloux de lui, et que c'était cette colère qui suintait à travers tous les pores de sa peau.
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MessageSujet: Re: La raison des agneaux. [Soren Mülher]   Dim 16 Aoû 2015 - 1:26

    Merde, j'ai glissé.
    Les mots du berlinois résonnèrent aux oreilles de Yoan ; il en saisit vaguement le sens, très clairement le ton, quasiment pas les mots. Cette fois, peut-être la toute première, Soren ne lui laissait aucune prise à laquelle s'attaquer pour faire sauter l'édifice. Il glissait sur un mur sans aspérités, celui d'un regard froid et d'un visage fermé, et ça le rendait fou. Fou à en hurler jusqu'à s'en casser la voix. A s'en arracher les ongles ou à s'en fracturer le crâne contre un mur ; à jouer des dents et des ongles pour éventrer ce masque que les mots ne perçaient pas. Il y avait un animal qui feulait de douleur entre ses côtes et que rien ne pouvait apaiser. Et il ne comprenait même pas pourquoi. Cette fois, il ne comprenait vraiment plus rien.
    C'est sans doute pour cela qu'il avait glissé.
    La main qui un instant plus tôt compressait la trachée du jeune homme glissa sur sa gorge, remonta sur sa nuque et entre ses doigts s’emmêlèrent les mèches blondes. Il dérapa en une seconde. En une seconde, il l'avait attiré encore plus près et pris possession de ses lèvres. L'extérieur se brouilla tandis qu'il investissait sa bouche, sa langue et le serrait plus fort, presque douloureusement, presque à l'en mordre avec ce besoin fulgurant et atroce de ne jamais le relâcher. La chaleur investit ses lèvres, sa tête, sa poitrine appuyée contre celle de celui qui était sa proie et son prédateur. Il était trop près, il se brûlait et il était à la limite de ne plus rien contrôler. Son autre main serrait toujours le poignet de Soren et il s'y faisait mal lui-même.
    Ravalant un gémissement de détresse, Yoan rompit soudain le contact.
    Il recula. S'inclina légèrement en posant ses deux poings serrés de chaque côté des hanches de Soren, sur le plan de travail, et planta ses yeux livides dans les siens. Il haletait toujours de fureur - non, pas que de fureur - et ses poings fermés maîtrisaient ses tremblements.
    Il se rendit soudain compte à quel point son rythme cardiaque s'était emballé.
    Mais fidèle à lui-même, le jeune homme reprit son attitude glaciale et serra les dents. Je ne te ferai pas ce plaisir.

    « Tch. C'est ça qui te gêne non ? » Il parvint même à tirer un sourire moqueur à ses lèvres blêmes.

    Son cœur cognait comme un dingue contre ses côtes. Ça aussi, c'était douloureux. Mais à force, il avait l'impression de n'être plus qu'une unique et profonde blessure.
    Mais c'était bien la seule chose qu'il arrivait à ressentir, parce que sous toutes ces embardées, tout ce qui parvenait à remonter à la surface était de la lassitude. Alors ils en étaient là. A se poser des questions auxquelles ni l'un ni l'autre n'avait la réponse, et à s'énerver de ne pas en recevoir. Il n'en pouvait plus. Pour une fois dans sa vie - enfin, sa vie - même réfléchir lui faisait mal. Plus que jamais cette nuit-là, il ressentit l'envie, le besoin de fermer les yeux et de tout laisser aller. Il souhaita ne jamais être monté à cette fenêtre.

    « T'aimes ça, me faire mal ? » Finit-il par lancer en désespoir de cause, d'un ton plat qui allait parfaitement avec son regard éteint. « Faut bien que ce soit ça. Parce que comme je te l'ai déjà dit - »

    Ses yeux firent l'aller-retour de Soren au plafond, le temps d'essayer de calmer son souffle. Je ne sais pas ce que je veux. Je ne peux rien cacher. Trop translucide, immatériel pour ça. Il s'effilochait déjà par les coutures. Il s'essoufflait depuis le centre de la poitrine.

    « Je ne me souviens de rien. Je ne veux rien. Je ne devrais même pas être là. » Il enchaîna vite, parce qu'il ne voulait pas épiloguer. Soren avait raison, il voulait partir et n'avait aucune raison de rester. « Mais à priori, j'avais fait une connerie avec toi. Elle s'inquiétait. Je voulais juste réparer ça. »

    Avant que...
    Mais même ça il n'en était pas capable, à priori. Comme s'il avait jamais été en mesure de réparer quoi que ce soit. Se casser lui-même, pas de problème. Mais il avait toujours eu l'intelligence et pas l'adresse. Ce qu'il prenait dans ses mains, il ne savait que le démonter. C'était pareil avec les autres. De toute façon, ce n'était pas comme s'il en avait eu besoin - parce qu'entre jumeaux tout est déjà dit. Toi...
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MessageSujet: Re: La raison des agneaux. [Soren Mülher]   Jeu 22 Oct 2015 - 21:44

...

Soren aurait aimé être un bon fils, un bon ami, un bon père, avoir une vie normale et paisible comme tout un chacun – vraiment pas de grandes ambitions, juste ça.
Et ça, hélas, attendrait une autre vie.

Le souffle lui revint avec un soulagement précaire. Il ne mourrait pas ce soir, ni sur cette table ni des mains de Yoan ; il pensait toujours avoir la garanti que le monde tournerait mieux lui vif que mort, et le visage de Claris se superposait parfois à celui de son frère, comme de brefs flashs de lumière. Il en avait la rétine en miettes. Il n'était plus sûr de pouvoir distinguer le réel du fictif, l'ombre de cette clarté oppressante que diffusait l'ampoule grésillante de la pièce : il aurait tout pu confondre une autre fois, recommencer les mêmes erreurs à nouveau, comme il savait si bien le faire. Encore et encore. Se plaindre aussi, il aimait le faire, quand bien même ses yeux grands ouverts accusaient plus le choc que le dégoût. Et alors, qu'est-ce que tu attends pour lui mordre la langue, lui lancer des piques venimeuses d'apprenti-sorcier ? Il se débattit à peine assez pour avoir l'air crédible.
Le serpent était enroulé autour de son cou, de son poignet, claquait sa langue fourchue contre son palais. Un monstre, un animal, c'était tout ce qu'il aurait aimé voir dans les yeux de Yoan tandis que son souffle se séparait du sien. Il avait froid, puis chaud, et c'était un homme qui le fixait en haletant de colère. Un monstre n'en aurait rien su. Il n'aurait rien ressenti. Ma pauvre vipère aspic, tout ça est un terrible malentendu : et nous voilà au beau milieu d'une fable à la morale incertaine.

Il crut qu'il allait le frapper. Pas forcément de ses phalanges crispées, les mots avaient toujours su se frayer un chemin jusqu'à son cœur fragile et romantique.

« Tch. C'est ça qui te gêne non ? »

A peine. Comme Yoan n'avait pas l'avantage et menaçait de perdre pied, Soren laissa couler. Il aurait tout le temps de s'y pencher une heure où, lasse des livres, il construirait sa propre philosophie. Sur le coup, il contemplait son vis-à-vis comme s'il avait pu s'évaporer sur le champ. Il le sentait si fragile entre ses doigts, tandis que le sang qui pulsait à son cou lui hurlait de s'éloigner avant de commettre l'irréparable. Ne l'avait-il pas déjà commis ? Y avait-il encore beaucoup à perdre ? Aaaah, il avait peur de se voir disparaître à force d'hésiter.
Parce que c'était ce qui allait se passer, n'est-ce pas ? Il allait tomber en courant après Yoan, ou bien ce dernier lui ferait un croche-pied pour l'empêcher de le suivre. Non, ça ne me plaît pas de te faire souffrir, pensa-t-il sans desserrer les lèvres, laissant aux plis de son front le soin d'exprimer son désaccord. Ce qui le mettait hors de lui et l'atterrait, c'était de ne rien pouvoir savoir – tout en étant traité comme quelqu'un qui aurait .

Soren avait encore envie de protester, pourtant il laissa son interlocuteur finir, le bout des doigts à quelques centimètres du tissu de sa chemise, juste au cas où.

« Je ne me souviens de rien. Je ne veux rien. Je ne devrais même pas être là. Mais à priori, j'avais fait une connerie avec toi. Elle s'inquiétait. Je voulais juste réparer ça. »

Soren avait bien l'air d'un maître d'école outré par le vocabulaire de son élève, tiens. Il lui lança une œillade incertaine sans oser sourire pour autant.

« Si elle s'inquiète c'est comme ça, tu ne pourras pas lui éviter tous les chagrins. (il se demanda s'il n'était pas trop dur ; il n'avait personne avec qui comparer, aucun frère ou aucune sœur à protéger du mal, à condition qu'il puisse encore le voir lui-même) Sauf que si tu ne voulais rien, pourquoi tu es encore là. Pourquoi c'est Claris, tout le temps ? »

Il en avait des questions, et il savait qu'il ne répondrait pas à la moitié d'entre elles, que son incompréhension soit sincère ou feinte. Soren ne savait pas repérer les mensonges, ni les signes qui indiquent qu'on met, les fossettes du bonheur qui creusent les joues quand le fou rire est spontané.

« Moi, je suis où, dans tout ça ? »

Il lui saisit l'épaule. La question ne s'adressait pas qu'à lui. Soren n'avait jamais su trouver sa place ; idiot qu'il se pensait de pouvoir un jour savoir de quel côté de la ligne se tenir.
C'était pour cette raison que, à défaut de sortir la tête de l'eau, il aurait aimé savoir pour aider Yoan.

Quelle belle connerie, en effet.
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MessageSujet: Re: La raison des agneaux. [Soren Mülher]   Ven 27 Mai 2016 - 23:14

    Respire. S'intima le jeune homme comme un ultimatum, ne lâchant pas les prunelles bleues des yeux. Saleté de bleu. Et rien à faire, son souffle résonnait à ses oreilles tout autant que les battements de son cœur. Il aurait bien fermé les yeux le temps que le monde daigne se remette en place - du moins un minimum - mais Soren ne le lâchait pas. Et il ne voulait pas lui donner la satisfaction de détourner le regard.
    Malgré cela, sur le plan de travail, la pression de ses poings se déliait lentement. Comme si la colère s'étiolait lentement avec la douceur dans le ton de l'allemand.
    Sauf que son cœur battait toujours et ses oreilles bourdonnaient.

    « (...) si tu ne voulais rien, pourquoi tu es encore là. Pourquoi c'est Claris, tout le temps ? »

    Finalement, cruellement conscient de la présence des doigts du jeune homme à quelques millimètres de sa poitrine, Yoan ferma les yeux. Les mots résonnaient dans ses oreilles avec un réalisme douloureux. A peu près à ce moment-là, il comprit que l'oubli et l'état de demi-sommeil sans conscience ni remords auquel il aspirait à retourner depuis des mois s'était définitivement évaporé.
    Comment. Pourquoi.

    « Moi, je suis où, dans tout ça ? »

    Yoan battit lentement des paupières. Toujours ce bourdonnement dans ses oreilles.

    « ... on est jumeaux. C'est comme ça. C'est tout. » Trop fort. Il annihilait ses pensées. Il l'empêchait presque d'entendre sa propre voix. « ... et toii... »

    Toi, toi, toi, toi. Ce n'était pas un océan de douceur caramélisée que Soren avait ouvert sous ses pieds, réalisa vaguement le jeune homme dont les tempes battaient trop fort. C'était l'obscurité qui clapotait à ses pieds. Des ombres effrayantes dans le noir.

    « Toi... »

    Soudain, les ombres que le plafonnier repoussait aux coins de la pièce lui semblèrent trembler et s'étendre. Lécher les murs ; le noir devenir plus noir, jusqu'à en aspirer la lueur faiblissante des lampes.
    Les yeux de Yoan s'étaient arrachés aux prunelles bleues du berlinois et erraient dans le vide.

    « ... tu poses beaucoup trop de questions. T'es jaloux ou quoi ? » Un sourire en coin. Vide, cadavérique - un masque de plâtre.

    Derrière Soren, au mur, il y avait une fenêtre. Yoan venait de la remarquer, comme il venait de remarquer la lune qui lui faisait des œillades derrière les rideaux. Son cœur faisait des embardées à chaque étincelle blanchâtre de l'astre qui, dehors, l'observait ; il ne put en détacher son regard.
    Oh, la belle plaisanterie. Si la lune maintenant s'y mettait aussi.
    Des battements de paupières, des clins d’œil à la lune, les ombres, les deux yeux bleus qui le fixaient toujours intensément.
    Quelque chose compressait sa poitrine, l'empêchait de respirer. Il l'avait sur le bout de la langue. Si seulement...
    Oh. C'est peut-être plus comme ça.
    Soren restait Soren.
    Trop toi, c'est tout toi. Je serais déçu si...
    Doucement, tout doucement, une main glissa sur le bois pour venir se poser sur la hanche du berlinois, tandis que l'autre remontait dans son dos jusqu'à sa nuque où elle s'immobilisa.
    Ce que je veux...
    Un, deux, tout à coup leurs bassins se touchaient, une paire d'yeux bleu pâle hésitants cherchaient à nouveau leurs iris frères. Le pouce du jeune homme effleura doucement la joue de Soren, ses lèvres l'effleurèrent. Dans un souffle tremblant, presque implorant, un murmure les franchit :
    De toute façon tu ne veux pas de mes excuses.

    « ... Küss mich ? »

    Tu peux le dire, au fond - que l'agneau préfère le loup.

    Spoiler:
     


Dernière édition par Claris Linden le Sam 7 Jan 2017 - 3:25, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: La raison des agneaux. [Soren Mülher]   Ven 6 Jan 2017 - 3:11

...

Soren le fixa longtemps ; la réponse ne lui plaisait pas. Il n’arrivait pas à admettre que la solution puisse être aussi simple, là où ils avaient emprunté des chemins détournés pour pouvoir se retrouver.
« On est jumeaux. »
Ça ne voulait rien dire.

« Toi... »

Ça faisait même mal.

« ... tu poses beaucoup trop de questions. T'es jaloux ou quoi ? »

Ses lèvres retombèrent légèrement, et il n’eut pas le courage de les étirer à nouveau. Le rouge de la honte vint colorer ses joues, sans qu’il sache exactement d’où cette gêne pouvait provenir ; de l’impression ténue mais trop présente de passer pour un gamin en mal d’amour, en mal de reconnaissance ? Pour un abruti qui avait quelque chose à se prouver, encore et encore ? Soren se prit à détester cette ligne qu’il cherchait désespérément du regard. Se tenir d’un côté ou de l’autre n’aurait pas dû le préoccuper.
Yoan en avait, de la chance ; il allait là où Claris était. Il la suivait comme une ombre. Si Claris traversait le fossé – peut-être, alors peut-être qu’il lui emboîterait le pas au risque de se noyer. Il ne l’aurait pas fait pour lui.
Non, il n’était pas jaloux, ou juste à demi. Le reste du verre était rempli de curiosité mal placée. Si Yoan le lui avait demandé, il n’aurait pas bronché.

Une fois encore, Soren prenait l’habit de l’hypocrite notoire. Il était habitué. Ça ne lui plaisait pas pour autant, mais comme pour beaucoup d’autres choses, il s’y était résigné.
Beaucoup de choses, sauf ça.

Le contact de ses doigts froids figea son sang dans ses veines. La seconde main remontait le long d’une colonne qu’elle aurait pu briser d’un simple geste ; Soren ne s’était jamais senti aussi fragile qu’en cet instant où les yeux de Yoan semblaient le disséquer. Il n’avait pas peur pour sa vie, mais son cœur prenait des raccourcis qui lui coulaient les membres dans le plomb. Où se cachait l’adrénaline nécessaire à la fuite ? Ses propres yeux se posèrent un bref instant sur la porte, que Yoan n’avait pu franchir. Par sa faute.
C’est ma faute.
Un cri intérieur brisa toutes ses défenses. Trop près. Il ne le repoussa pas.

« Essen meine merguez. »



Soren eut la courtoisie de ne pas avoir l’air ahuri. Il le regardait sans le voir, ses lèvres scellées comme si la réponse avait été un « non » au feutre noir. Il avait la chaleur de son corps gravée sur la peau, la seule et unique fois où il avait eu l’impression que Yoan redevenait vivant.
Parce qu’il était mort, n’est-ce pas ?
Les morts ne supplient pas.
La lune est aveugle.

Il le saisit au col, agressif ; il lui en voulait. Il lui mentait tout le temps, disparaissait, et oui, il était jaloux. Comment ne pas l’être ?

« Ihr merguez ist zu klein, mein blonde kinder. » grogna-t-il avec cette assurance qui lui faisait trop souvent défaut, avant d’écraser ses lèvres contre les siennes. Il le sera si fort contre lui qu’il eut l’impression de se casser trois côtes : il relégua la douleur dans un coin de sa tête.
Il lui mordit la lèvre jusqu’au sang.
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MessageSujet: Re: La raison des agneaux. [Soren Mülher]   Sam 7 Jan 2017 - 4:42

    Des tressaillements douloureux remontaient le long de ses nerfs, mettant à la torture ses membres glacés. Le contact, pourtant ténu, de la peau de l'allemand, le brûlait. Plus près, plus longtemps qu'il ne l'avait jamais été - à deux doigts de sombrer. Puis le regard bleu incendiaire s'anima et Yoan sentit son cœur faire une embardée.
    La dernière.
    Tout son être se cabra contre la violence du geste lorsque Soren le saisit au col. Il ruait encore. Pour la première fois, Yoan se sentit menacé. Toutes ses fonctions biologiques s'emballèrent - résiste.

    « Si tu t’en vas, je te retrouverai. » La voix de Soren s'incisa une ouverture dans les sens du jeune homme, perçant à travers ses tympans.

    Résiste. Trop tard. Beaucoup trop tard.
    La chaleur s'empara de lui d'un seul coup ; un éclair douloureux parcourut ses vertèbres lorsque les bras du blond l'entraînèrent contre lui, si fort que tout le reste s'effaça. Yoan encaissa l'attaque. La reçut comme une absolution. Ses mains agrippèrent la chemise de son compagnon, sa nuque, le serrant à lui faire mal - tandis que dans sa bouche se répandait le goût du sang et celui de sa langue. Attrapant son visage d'une main, Yoan l'embrassa avec sauvagerie.
    Résiste.
    La lune avait fermé les yeux. La certitude du gouffre ouvert sous ses pieds tournait dans sa tête, se disputant à l'élan de désir qui s'était emparé de lui. Comme là-bas, dans le noir.
    C'était la chaleur.
    Qui le capturait, le rendait fou. Il fit dévaler ses lèvres le long de la gorge de Soren, au supplice. Je voulais être toi. Ou t'avoir. Ou n'importe quoi. Juste échapper au néant, juste que tu m'agrippes et que tu me retiennes. Embrasse-moi, embrasse-moi. Bon sang, j'en mourrais.
    Comme si.
    Au moment où il sentit, avec une précision irréelle, que le jeune homme lui répondait, Yoan sentit confusément que c'était fini. Ils avaient parcouru le chemin à tâtons, cherchant une sortie inconnue, pour revenir au même point. Mais. La sensation d'aller à son encontre, d'être contrarié, bloqué, ou obligé d'agresser pour ne pas perdre pied - tout s'était dissous dans le maelstrom d'émotions sous lequel Yoan était noyé. La synchronisation entre eux était trop soudaine, trop violente. Douloureuse. Son cerveau ne traitait plus toutes les informations - l'amusement devant l'énervement de Soren, la colère, l'envie, la peur, tout se succédait, tout se mélangeait.
    Il ne savait plus quoi faire.
    Ou bien il ne le savait que trop.

    Il était foutu.
    Les mains du jumeau attrapèrent les reins de son double et l'attirèrent à lui d'un coup, le temps de reculer et de se tourner pour le pousser contre la table. Il l'y aurait presque renversé si, au dernier moment, quelque chose ne s'était pas mis à hurler dans sa tête.
    Stop, stop stop stop.
    Ce n'était pas ce qui était prévu.
    Ce n'était pas le but.
    Ce n'était pas...
    La main libre de Yoan saisit le bord de la table comme une rampe de survie. Annihile-moi. Son autre main avait trouvé son chemin sous la chemise de Soren, ses doigts tièdes crispés sur sa chair - et sur ses lèvres, s'en rendant à peine compte, il avait murmuré son nom. Merde, je vais te bouffer.
    Et il le sentit à nouveau. Ce besoin de disparaître. Qu'on l'absorbe. Qu'on le détruise et qu'on le reconstruise. Cette volonté de prendre, de voler, sans rien laisser derrière lui. Le temps qui jouait contre lui. Mais toi. Pas encore.
    Pas comme ça.
    Un sursaut dans sa cage thoracique. Ses lèvres quittèrent celles du jeune homme pour trouver refuge dans son cou, les dents serrés à s'en faire mal. Le goût du sang dans sa bouche. Il laissa échapper un gémissement douloureux - ses phalanges étaient blanche sur le bois.
    Va-t-en.
    Il n'avait pas trouvé la réponse. Il ne savait pas. Il ne savait plus rien.
    Halt mich. Donne-m'en encore.
    Soren, Soren, Soren.


    « ... fous le camp d'ici... » Un murmure rauque, difficile.

    Il ne pouvait pas faire mieux. On ne demande pas à un noyé d'articuler correctement. Contre sa poitrine, il y avait un cœur qui battait trop fort et qui irradiait trop de chaleur. Il savait qu'il ne le supporterait pas.
    Pitié, reste.
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La raison des agneaux. [Soren Mülher]

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