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 Nuada Toxaris Ei'Cadfan

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• Age : 21
• Pouvoir : Contrôle des plantes par l'usage de la musique
• AEA : Piper, un chimpanzé violet et blanc insupportablement mignon et farceur.
• Petit(e) ami(e) : Les rares à avoir tenté de la courtiser ont fini six pieds sous terre. A bon entendeur ...

Messages : 8
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MessageSujet: Nuada Toxaris Ei'Cadfan   Dim 26 Juil 2015 - 10:51



* Nuada


*nom – Toxaris Ei'Cadfan
[Il ne s'agit pas d'un nom de famille à proprement parler, mais du prénom de sa mère (Toxaris) suivi du nom de son clan actuel (Cadfan), Ei' signifiant tout simplement "du clan".]
*prénom – Nuada
[Nom d'adulte ; son nom de naissance était Ellen.]
*age – 19 ans
*née le – Sixième Jour de la troisième Lune de la septième année du Phoenix
[Autrement dit : Un bon gros millier d'années après l'Apocalypse.]
→­­

Pouvoir
Capacité de maîtriser les plantes / la végétation, à travers la musique (chants de guerre et percussions).
Alter Ego Astral
Piper, un ouistiti très mignon aux yeux immenses et au pelage violet et blanc, joueur d'ocarina et doté d'un faible pour les jeux de mots et d'un humour irrésistible. Du moins, c'était l'avis de la petite Ellen lorsqu'elle était enfant. L'adulte Nuada, elle, le trouve terriblement immature et exaspérant, et il l'insupporte d'autant plus qu'il lui remémore une période de sa vie qu'elle a depuis longtemps enterrée derrière elle. Parfois, elle aurait presque envie de le tuer, mais le code d'honneur de son peuple le lui défend, puisqu'il dépend de sa protection.
Elle aurait vraiment, vraiment préféré que son AEA soit un loup (son animal totem).
Passions
BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA

N'aime pas / Phobies
BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA



« Il n'existe que quatre êtres respectables : la Prêtresse, la Guerrière, la Poétesse et la Mère. Savoir, tuer, créer et donner la vie. » (D'après Charles Baudelaire)

Caractère

(6 lignes minimum !) BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA


Physique

(6 lignes minimum !) BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA BLABLA




Informations Hors-RP
Avez-vous bien lu les règles ? Oui, à nouveau, et franchement, elles donnent toujours autant mal au crâne! Quelqu'un a un paracétamol?
Où avez vous trouvé ce forum ? A l'époque, par google il me semble.
Souhaitez-vous être Parrainé ? Non, je pense que ça ira.
Est ce votre premier perso...
♦ ...Dans un forum RP ? Oh, non! Le premier date d'il y a au moins sept ans (et était absolument nunuche et ridicule, maintenant que j'y repense).
♦ ...Dans ce forum ? Nope. J'étais membre il y a deux ans, et puis arrivée en classe prépa et avec des problèmes familiaux en prime je n'arrivais plus à gérer. Désormais à la fac, je suis heureuse de l'annoncer : Blue est de retour! (Et peut-être qu'un de ces jours certaines de mes vieilles persos feront leur grand come-back).


Dernière édition par Nuada Ei'Cadfan le Lun 27 Juil 2015 - 9:47, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Nuada Toxaris Ei'Cadfan   Dim 26 Juil 2015 - 13:32

Histoire

Soixante-Dixième année de la Chauve-Souris, Sixième Lune, Troisième Jour (0)


Les mains de Toxaris se détendirent enfin, et la corde glissa entre ses doigts, le chanvre rugueux frôlant la paume calleuse de ses mains tandis qu’elle laissait aller son dos contre le mur de toile, soutenue par sa mère et sa tante.

- Alors? Demanda-t-elle d’une voix chargée d’anxiété. Dans les méandres de son être, elle connaissait déjà la réponse. Elle avait mis trop longtemps. Des années durant, elle avait cru que jamais elle ne serait mère. Désormais, elle était bien trop âgée pour donner la vie sans conséquence. Même si son bébé avait survécu, ce serait un enfant malade, boiteux ou difforme. On ne donnait pas impunément la vie à vingt-six ans.

Le lourd silence de l’Attrapeuse-de-Vie ne fit que confirmer ses craintes. Elle lança un regard à sa mère, mais celle-ci la fixait toujours. A l’exception de l’Attrapeuse-de-Vie, personne ne devait poser les yeux sur l’enfant avant elle.
- Je veux la voir. Déclara-t-elle d’un ton qui se voulait ferme.

L’Attrapeuse-de-Vie se dirigea alors vers elle et lui présenta l’être qu’elle avait mis au monde. C’était un bébé jouflu, à l’air vif et robuste. Lorsque le nourrisson prit soudain une grande inspiration et entreprit de brailler stridemment comme seuls les touts-petits savent le faire, la jeune femme n’eut plus aucun doute quand à sa santé. Son enfant était sain et sauf. Il n’y avait qu’un seul problème : Toxaris venait de mettre au monde un fils. La pensée des conséquences que cela aurait la désola. Cet enfant serait rendu à son père, et elle ne pourrait jamais tenter d’en avoir un autre.

Toxaris fut secouée par un hoquet d’amertume, et ressentit soudain au plus profond de ses entrailles une douleur si violente que son buste se redressa aussitôt. Elle tomba à genoux. Les contractions avaient repris.



Le second bébé commença à pleurer dès sa sortie du ventre maternel. Une fois que sa mère et sa tante l’eurent aidée à s’installer plus confortablement, l’Attrapeuse-de-Vie lui plaça immédiatement l’enfant dans les bras. Avant même de l’avoir regardé, Toxaris sut donc qu’il s’agissait d’une fille, et qu’elle était bien portante. Des larmes de joie roulèrent sur ses joues. Malgré les vertiges causés par l’encens, la douleur et l’épuisement, elle allaita sa fille immédiatement. Ensuite, mère et tante l’aidèrent à regagner sa couche, et elle sombra avec sa fille dans un sommeil paisible.

- Est-ce que tu as vu cela, Thyra? Demanda la tante de la jeune mère à sa soeur aînée, qui hocha la tête en réponse.

- Elle porte la marque. Confirma l'Attrapeuse-de-Vie. Notre village n'a pas vu de Poétesse depuis des siècles, mais c'est certain, la déesse l'a choisie. Je parlerai aux prêtresses. Ajouta-t-elle avant de quitter la tente.

Tandis que Kaia et Thyra couvaient la petite d’un regard où se mêlaient l’attendrissement et le respect, son frère pleurait toujours, attendant son repas.


Soixante-Dixième Année de l’Araignée, Sixième Lune, Troisième Jour (2)


- Viens saluer ta tribu, mon enfant,
commanda l’Ancienne, sa voix s’accordant au rythme sourd des tambours battants.
Comme une seule femme, la tribu tourna les yeux vers une jeune femme dont le ventre s’arrondissait déjà. Elle se leva lentement et fit face au regard de ses soeurs. Une petite fille sortit timidement la tête de derrière son mollet pour observer la foule assise en cercle autour de la place.

Jamais la fillette n’avait vu tant de monde rassemblé en un même lieu dans un silence aussi profond, troublé uniquement par le choeur de d’hommes et de femmes à peine adultes qui chantait debout au dernier rang, et par ceux qui, assis entre eux, faisaient sonner les tambours. Le vent et la nature eux-mêmes s’étaient tus.
Si la petite connaissait la plupart de ces femmes, les visages des hommes lui étaient inconnus. Mais mêmes les visages familiers devenaient étranges et distordus sous les ombres dont les flammes couvraient leur visage.
Etait-ce vraiment l’Ancienne, sur l’estrade? Elle craignait soudain qu’une sorcière de légendes n’aie pris sa place.
- Mama! Gémit-elle.
Sa mère s’agenouilla auprès d’elle et la prit brièvement dans ses bras.
- Tout va bien, ma chérie. Allons voir Tante Thyra.
Toxaris se releva ensuite et la lâcha, mais saisit sa main pour la guider. Elle ne pouvait la porter jusqu’au centre du cercle. Sa fille devait marcher et traverser son clan pour rejoindre l’Ancienne - et, ce soir, l’Ancien.

L’enfant fendit finalement la foule, à la suite de sa mère, plus pour ne pas la quitter que par réelle acceptation.
Lorsqu’elle fut sur l’estrade, elle reconnut l’Ancienne, et lâcha finalement la main de sa mère pour s’avancer vers les bras tendus de sa grand-tante.
Thyra prit la fillette dans ses bras et la présenta à la tribu.
- Mes Soeurs, Mes Frères, voici la fille de Toxaris Kaia Ei’Orna. Pendant deux ans, chaque nuit, sa mère l’a baignée dans le fleuve sacrée. Ce soir, elle y plongera pour la dernière fois.
Sur ces mots, la doyenne du clan plongea la fillette dans l’eau du fleuve si brièvement que la fillette était déjà en train de ressortir lorsqu’elle protesta :
- Non! Pas ‘yo’!

L’Ancienne s’adressa alors à Toxaris.
- Comment souhaites-tu la nommer?
- Ellen.
Répondit-elle avec assurance.
- Mes Soeurs, Mes Frères, annonça l’Ancienne, je vous présente Ellen Toxaris Ei’Orna. L’esprit de la loutre la protègera jusqu’à ce qu’elle aie trouvé son propre totem, mais vous devrez aussi, tous autant que vous êtes, la protéger comme votre propre fille.
Tous acclamèrent ces paroles rituelles.
- Cette enfant, poursuivit-elle, est spéciale. Elle porte dans ses yeux la marque de la lune. Elle est notre nouvelle Poétesse. Je sais que les vivres sont rares et que la Grande Migration approche, mais si nous parvenons à assurer sa survie, alors la Déesse aux Trois visages répondra à nos prières à travers elle.
Le silence se fit sur la place. La tribu n’avait pas connu de Poétesse depuis huit générations. C’était un signe, un miracle. Grâce à cet enfant, leurs ennuis allaient cesser. Chacun embrassa son point puis le plaqua contre son coeur, en signe de respect.

L’Ancien prit alors la parole.
- Je comprends l’importance cruciale de la Poétesse, n’en doute pas, Thyra. Mais le temps presse. Nous devons nous préparer pour la Grande Migration et, avant cela, nous avons un autre enfant à présenter.
Des murmures de surprise retentirent parmi les femmes de la tribu.
- Viens saluer ta tribu, mon enfant, commanda l’Ancien, et sa voix, plus profonde et plus posée, semblait se fondre dans le son des tambours plus que s’y accorder.
Nosh Kele Ei’Orna se leva, un petit garçon dans les bras, et le porta jusqu’au centre du cercle.
L’Ancienne vit le regard de sa nièce passer de cet enfant à sa fille, et sut qu’elle aussi l’avait reconnu. Nosh était l’homme avec qui Toxaris avait conçu Ellen. Mais elle avait eu de lui un autre enfant, ce petit, qu’elle lui avait remis lorsqu’il avait atteint l’âge de six mois, en secret, selon la tradition. Personne n’était sensé savoir qui était la mère d’un fils ou le père d’une fille. Mais deux enfants nés exactement deux ans auparavant était une coincidence bien trop rares et, surtout, leurs traits étaient par trop semblables, ce que personne ne pouvait l’ignorer.
Ellen leva la tête pour le regarder et il se pencha vers elle, par-dessus l’épaule de son père. Leurs regards se croisèrent, et ils se sourirent.
La lune illuminait à nouveau les yeux de la jeune Poétesse, et l’éclat bleu-argent dont ils luisaient semblaient se réfléchir dans les iris de son frère jumeau.


Soixante-Dixième année de la Loutre, Sixième Lune (7)


Quelqu’un m’a un jour demandé de penser à la toute première chose dont je puisse me souvenir. J’ai longtemps cru qu’elle parlait du “premier souvenir qui me passerait par la tête”, mais j’avais tort, je le sais aujourd’hui. Ce qu’elle souhaitait, c’était mon souvenir originel, le moment où j’avais atteint l’âge de raison. Elle pensait sans doute que, comme pour la plupart des enfants, ce souvenir premier comprendrait des éléments familiers et réconfortants, tels que les visages d’une famille, la chaleur d’une mère, la voix fredonnante d’une grand-mère, ou même le rire d’une tante, toutes attendries devant une adorable petite fille. Mais je n’ai jamais été comme les autres filles.
Bien sûr, ma mère était très aimante. Sa mère était morte quatre lunes après ma naissance, et sa soeur, trois ans plus tard. Je sais qu’elle m’a choyée durant toute mon enfance. Pourtant, mon souvenir originel est tardif. J’allai sur mes sept ans lorsque j’ai vu le manteau blanc pour la première fois.

Ce matin-là, je m’éveillai tôt, comme si j’avais senti que l’atmosphère avait changé. L’air était frais, cela faisait des semaines que la température avait baissé : c’était la saison froide. Il y avait autre chose, quelque chose de vivifiant, et en même temps cette impression que tous les sons étaient comme étouffés.
Ma mère était absente, sans douté déjà partie relever ses pièges et cueillir des baies. Je profitai de me trouver seule pour me diriger bien vite vers la tenture qui voilait l’entrée, sans même prendre le temps de remplacer ma tunique de nuit par un vêtement plus adapté. Je tirai doucement sur la tenture et collai mon oeil à la fente pour observer les alentours. Le sol était couvert d’un tapis d’un blanc immaculé, et qui semblait d’une douceur sans nom. Le soleil s’accrochait à son grain semblable à celui d’une peau de femme. Je posai un pied sur cette étendue blanche, un peu méfiante malgré tout, et reculai dans la tente d’un bond surpris. Le sol était gelé.
J’enfilai des vêtements chauds et les bottes que ma mère venait de terminer pour moi, puis retournai à la charge. Après une journée de jeux en compagnie d’autres filles du village, nous furent envoyées nous coucher tandis que nos mères se rassemblaient avec le village des hommes pour tenir conseil. Je m’arrangeai, avec mon amie Doli, pour trouver un point d’observation d’où nous pouvions écouter les Anciens et les habitants des deux villages de la tribu.
Le manteau blanc, nous apprirent les Anciens, revenait tous les cinq ans, et il était apparu cette année bien plus tôt et bien plus brusquement que les années précédentes. Nous ne pouvions pas nous permettre d’attendre dix jours de plus pour achever les préparatifs, ou les routes seraient bloquées. Nous avons donc quitté notre village le matin à l’aube.


***

Quelques semaines plus tard, nous établîmes notre campement bien plus près qu’à l’ordinaire de celui du village des hommes, pas très loin d’une rivière. J’étais sur le point de m’endormir lorsque l’on m’interpella d’un chuchotement.
- Eh, psst! Ellen! Tu veux faire un truc marrant?
J’aurai reconnu cette voix entre mille.
A cette époque, je passai le plus clair de mon temps avec trois aspirantes prêtresses plus âgées que moi. Si j’étais vraiment destinée à être Poétesse, j’allai probablement passer l’essentiel de mon existence en compagnie de prêtresses, et j’étais donc extrêmement soucieuse de me faire apprécier des plus prometteuses aspirantes. Mais tout de même, il était tard, et nos mères avaient formellement interdit toute escapade au cours de la Grande Migration.

- Ellen, tu dors? Insista la voix.
- Laisse tomber, tu perds ton temps, Kirceia. Partons sans elle. L’interrompit Maeveen. Je suis certaine que sa Mama lui a déjà chanté une berçeuse.

Piquée au vif, je me levai aussi prestement que je pouvais le faire sans crainte de tirer ma mère de son sommeil, et les rejoignis discrètement.
- Je suis là. Je suis prête. On fait quoi?
- Suis-nous.
Répondit Maeveen. Tu verras.
Je ne répondis bien évidemment pas que nous n’avions pas le droit de nous éloigner du campement. J’avais sept ans et elles en avaient neuf. Je ne souhaitais pas qu’elles me prennent pour une enfant.
Nous partîment vers l’est, tournant le dos à la vallée ou notre tribu avait établi son campement pour nous enfoncer dans un sous-bois qui s’étendait sur la colline.

Lorsque j’aperçus le torrent, je fus surprise de ne pas l’avoir entendu gronder. De ne pas l’entendre gronder. Nous nous approchâmes, et je pus voir que l’eau était immobile, gelée, étincelante sous la lumière de la lune. Mon reflet se détachait sur la glace, plus net que je ne l’avais jamais vu, puisque le vent ne pouvait rider la surface. Mes cheveux étaient sombres, comme ceux de ma mère, mon teint plus clair que le sien, mais ma peau se hâlerait encore. Ce furent mes yeux qui happèrent mon regard. Ceux de Kirceia étaient noirs comme du charbon, ceux de Mave ressemblaient au plumage d’une corneille, et ceux de Vlasta étaient d’un brun chaud et crémeux. Ceux de ma mère étaient gris sombre. A la lumière de la lune, les miens semblaient s’illuminer d’un éclat bleu-argent. Je les fixai durant quelques instants, comme hypnotisée. C’était donc pour cela que l’Ancienne m’appelait “Poétesse”.

- Mais oui, mais oui, tu es superbe! Persifla Maeveen.
- Alors? Demanda Vlasta, que je ne me souvenais pas avoir jamais entendue prononcer le moindre mot. On fait quoi?
Kirceia tourna les yeux vers Maeveen, attendant docilement son avis.
- Vous voyez ces rochers, dans le torrent? Je parie qu’on peut sauter jusqu’à l’autre côté. Répondit celle-ci.
Si l’une de nous tombait, elle romprait sans doute la glace, et pourrait se retrouver emportée par le torrent, ou pire, coincée sous la surface. Je sentis le sang quitter mon visage. J’étais une Orna, une enfant de la loutre. Pourtant, l’eau m‘avait toujours effrayée. Je n’avais vraiment, vraiment pas envie de faire ça.

- Tu veux passer la première, Ellen? Ajouta Maeveen sur un ton enjoué.
- Eh bien… Je…
Elle rit.
- Tu sais, si tu as peur, on comprend. Tu peux retourner chez Mama, on ne t’en voudra pas. On s’amusera entre nous.
Prise d’un sursaut d’orgueil, je me redressai.
- Non, j’y vais. Déclarai-je précipitamment.
Sans me laisser le temps de changer d’avis, je retirai mes chaussures et posai précautionneusement sur la première pierre moussue un pied, puis un deuxième. En m’efforçant d’étudier mes prises sans regarder la rivière gelée en contrebas, j’avançai sur une autre pierre. Puis une autre. Et une autre. Et encore une autre. Lorsque j’étudiai la pierre suivante, je me rendis compte immédiatement qu’elle était bien plus loin que les précédentes. Hésitante, je regardai par-dessus mon épaule, guettant un conseil de celles qui se prétendaient mes meilleures amies. Le rivage était désert.
Je fis tout mon possible pour garder mon calme. Peut-être qu’une adulte les avait tout simplement surprises. Cette pensée me réconforta.

- Mama! Mama! MAMA! Appelai-je, à m’en briser la voix.
Personne ne vint. Je n’entendais que le bruissement du vent qui faisait craquer les branches d’arbres à demi-morts. Sans doute s’étaient-elles déjà éloignées. J’étais seule. Ne pas paniquer. Je ne devais pas paniquer. J’observai le rocher que j’avais laissé derrière moi, le plus proche. D’ici, le gouffre qui m’en séparait semblait immense, car son flanc était raide de ce côté-ci, usé par le courant. J’allai devoir sauter. Je rassemblai tout mon courage et tentai ma chance.
Mon pied glissa sur la mousse givrée, et je ne me rétablis que de justesse. Il n’était plus question de sauter. Je n’aurai pas autant de chance une deuxième fois, c’était certain. Je me laissai tomber à genoux sur la pierre, terrifiée et désespérée. Je me trouvai à près d’une heure du camp, et les autres m’avaient abandonnée à mon sort. Jamais on ne me retrouverait.

J’entendis soudain les aboiements perçants d’un jeune chien, provenant des bois que nous avions traversés pour venir jusqu’ici.
Un garçon d’environ mon âge émergea de l’ombre des arbres morts. Ses cheveux longs jusqu’à ses épaules étaient détachés et en bataille, et il semblait avoir couru. Il tenait dans sa main droite le collier d’un chien - un chien de chasse qui ne devait pas encore avoir un an.

- Hé! Par ici! Par ici! M’écriai-je.
Visiblement essouflé, il releva la tête vers moi et lâcha son chien, qui s’assit bien docilement à ses pieds. Je fus frappée par les traits de son visage, si semblables à celui que la glace m’avait montré, et plus encore par ses yeux, qui semblaient le reflet des miens.
Il s’avança, et le chien demeura immobile.

- T’en fais pas, je vais te sortir de là. Dit-il.
Sur ses mots, il prit appui sur la première pierre et sauta habilement sur la seconde. En un instant, il était devant moi, sur la pierre que je n’avais pas osé tenter d’atteindre à nouveau. Il tendit alors le bras vers moi, paume ouverte.

- Je vais t’aider. Prends ma main.
Je tendis la main vers lui et mes doigts frolèrent à peine les siens. A cette distance, ma mère n’aurait eu qu’à se pencher pour me soulever dans ses bras, mais lui faisait ma taille.
- C’est rien. Saute, je te ratrappe.
Je baissai les yeux vers la glace qui s’étendait entre les deux rochers.
- Non, je peux pas. Protestai-je.
- Bien sûr que tu peux. Regarde pas en bas. Regarde moi. Ca va aller. Saute.
Je levai à nouveau les yeux vers lui, plongeai mon regard dans le sien et sus que je pouvais avoir confiance en lui. Je sautai et, comme il l’avait promis, il me rattrappa et m’aida à prendre pied sur le rocher.
Grâce à son aide, je regagnai rapidement le rivage.

- Merci.
- C’est rien. Ca va?
- Je crois, oui.
- Tu as peur de l’eau?
Demanda-t-il.
- Un peu, répondis-je en détournant le regard, car je n’aimais pas avouer mes faiblesses.
- Comment tu t’es retrouvée là?
- J’ai fait l’idiote, c’est tout,
déclarai-je évasivement.
Son regard se fit plus grave, étonnamment sérieux pour notre âge.

- Tu sais, j’ai vu ces filles partir. Et si elles t’abandonnent dans des trucs aussi nuls, c’est pas des vraies amies.
- Je sais. Aucune importance. Je m’appelle Ellen.

Il sourit.
- Malachai.


Soixante-Dixième Année de l’Ours, Onzième Lune, Seizième Jour (9)


“L’ère de la paix touche à sa fin, mon enfant.”
Des tambours résonnent au loin, plus rauques et plus sourds que les tambours festifs de la tribu. Au sommet de la montagne, l’horizon se teinte d’une ombre noire.
“Les Hommes-des-Montagnes viendront.”
On souffle une corne au loin, et soudain, une marée de monstres indistincts vêtus de fourrures et d’ossements déferle sur la montagne.
“Ils seront là pour toi.”
Des hommes massifs descendent de cheval et déferlent dans le village, interceptant tous les habitants qu’ils peuvent trouver. “Où est-elle? OU est la ménestrelle?”
“S’ils te trouvent, ils pourront accomplir leur prophétie, et le monde sera en leur pouvoir. Prends garde, Ellen.”


- Ellen! Ellen! Réveille-toi!
Je passai les mains sur mon visage et ouvris les yeux, encore engourdie de sommeil. Ce n’était qu’un rêve.
C’était le rêve. Encore.

- Allez, debout, Ellen! Insista une voix familière.
- Malachai?! Qu’est-ce que tu fais là? Si ma mère te surprend…
- On a pas le temps, ils seront là à l’aube! Me coupa-t-il. Il faut que tu t’en ailles!
- Quoi? De quoi tu parles? On est au beau milieu de la nuit, Mal. Retourne te coucher.
Protestai-je d’une voix encore légèrement endormie, en m’asseyant malgré tout sur ma paillasse.
Satisfait sans doute d’avoir obtenu mon attention, il baissa la voix. Cela me rassura. S’il réveillait ma mère, il allait avoir de gros ennuis. Hommes et femmes se fréquentaient sur la place centrale de la tribu, mais jamais un homme ne se rendait dans le village des femmes. Il risquait le bannissement, et son père avec lui, si on le surprenait.

- J’ai entendu mon père parler à son ami. Il dit que les Hommes-des-Montagnes vont venir, que tout est prêt.
- Les Hommes-des-Montagnes?
Interrogeai-je, surprise qu’il connaisse un élément de ce rêve que j’avais fait chaque nuit depuis que la lune avait commencé à croître. Je secouai la tête pour dissiper les dernières brumes du sommeil, prête à l’écouter.
- Des Guerriers venus de très loin. On dit qu’ils ont quatres jambes et que leurs flèches crachent le feu. Mon père a dit à son ami que c’était toi qu’ils cherchaient, et qu’il savait où te trouver. C’est pour ça que tu dois partir.
Jamais je n’aurai cru que mes rêves puissent avoir une quelconque signification. J’étais une enfant, et je n’avais pas encore bien saisi ce que porter la marque de la Poétesse pouvait vouloir dire.
Je me levai et me dirigeai vers ma mère pour la réveiller.

- Attends! On a pas le temps. C’est toi qu’ils veulent, pas elles.
- Je n’abandonnerai pas Mama et Litonya!
Protestai-je.
- Je veillerai sur elles. Mais toi, tu dois partir. Insista-t-il.
Je soupirai puis hochai la tête en signe d’acceptation. Il me chargea les bras de vêtements chauds lui appartenant et d’une grande sacoche de cuir.

- Voilà. Tu te souviens de notre refuge dans la forêt?
Je hochai la tête Il nous avait fabriqué cet abri de bois dans la forêt deux ans plus tôt, au retour de la Grande Migration.
- Vas là-bas. Attends-moi pendant deux lunes. Si je ne te rejoins pas, pars vers le Sud. Eloigne-toi d’ici.
- Malachai…

Une corne de chasse résonna au loin.
- Pars maintenant, Ellen. Je te retrouverai!
Je quittai donc la tente. Malgré toute l'étendue de la confiance que j'accordai à mon ami, j'étais talonnée par la terrible impression de commettre la pire erreur de toute ma vie.



Soixante-Dixième Année du Corbeau, Première Lune (10)


Il m’avait fallu marcher trois jours durant pour rejoindre l’endroit où Malachai avait construit l’abri. Celui-ci était aussi petit et douillet que dans mes souvenirs, avec son sol soigneusement tapissé de feuilles et de plumes. Malgré la vive tentation de retourner au village pour voir si tout le monde allait bien, j’avais obéi à Malachai et j’attendu là, me dissimulant le jour et me nourrissant de baies et de racines la nuit, jusqu’à ce que la lune renaisse pour la seconde fois. Personne n’était venu.
Pars vers le Sud, avait-il dit. Eloigne-toi d’ici. Je ne pouvais pas faire cela. Je me refusais à abandonner les miens. Peut-être qu’il avait juste eu un contre-temps, peut-être même que le village entier était à ma recherche. Je ne pouvais pas partir maintenant Je ne savais même pas ce qu’il y avait au Sud par-delà l’endroit où nous avions vécu lors de la Grande Migration. Je partis donc vers l’Ouest, vers mon village, vers les miens.

Lorsque j’atteignis la portions de forêt où les chasseuses-cueilleuses de la tribu cherchaient de la nourriture, je sus que les dégâts causés par la bataille au village devaient être graves. Les arbres étaient calcinés, et je n’entendais pas le souffle ou les cris d’un seul animal. Même les insectes s’étaient tus. Réticente à m’aventurer plus loin, surtout à une heure si tardive, je résolus de retourner sur mes pas juste assez loin pour dormir dans un arbre intact, protégée par une dense végétation.

A mon réveil, je descendis de l’arbre et m’enfonçai finalement dans la zone calcinée de la forêt. Lorsque j’arrivai en vue de l’endroit où notre campement permanent était établi, je vis de loin que lui aussi avait brûlé, mais ne réalisai pas immédiatement ce que cela signifiait.
J’entendis alors un bruit de tonnerre - de galop - semblable à ceux qui avait accompagné la charge dans mon rêve. Surprise, je me tournai vers le Sud. Une femme arrivait sur le sentier, montée sur un animal à quatres jambes. Faisait-elle partie du peuple des Hommes-des-Montagnes? Tétanisée, je ne parvins pas à m’enfuir.
Elle s’arrêta à mon niveau.

- Viens-tu de ce village? Demanda-t-elle d’une voix dont la douceur me surprit.
Pour toute réponse, je hochai la tête.

Elle descendit de sa monture pour se mettre à ma hauteur.
- Je suis désolée pour ta tribu. Je m’appelle Indra Nina Ei’Cadfan. Tu peux venir avec moi et mes guerrières si tu le souhaites. Offrit-elle.
- Venez-vous des montagnes?
Elle m’offrit un sourire amer.
- Non, les Hommes-des-Montagnes sont nos ennemis mortels. Les Cadfan sont les filles de l’Amazone. Tu seras en sécurité avec nous. Nous vengerons les tiens.

J’accompagnai Indra jusqu’à son campement. Elle m’apprit que les Hommes-des-Montagnes avaient rassemblé les enfants, massacré les habitants, emmené en esclavage les survivants, brûlé le village et, pour une raison qu’elle ne connaissait pas, jeté les enfants du haut de la falaise à la nuit tombée. Elle refusa de me laisser errer dans les décombres à la recherches de survivants ou des cadavres des miens.
Elle me présenta en revanche l’unique survivante qu’ils avaient trouvée avant moi, Vlasta. Celle-ci me remit le collier de ma soeur, me confirma la mort de ma mère ainsi que de la sienne, et m’apprit que c’était le village des hommes qui nous avaient trahies et avaient permis aux Hommes-des-Montagnes de nous aider. Malachai était donc vivant et, tant que personne ne le suspectait de m’avoir aidée, il ne risquait rien.




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Nuada Toxaris Ei'Cadfan

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